CETTE CRISE QUI VIENT : LES SIGNES AVANT-COUREURS SE PRECISENT

Baisse de l'euro

 

Bien évidemment je n’oublie pas la crise que nous vivons avec l’épisode « gilets jaunes » et la séquence parisienne de samedi prochain qui va certainement décider de  la suite, selon qu’elle sera « maîtrisée » ou pas. Cela ne doit pas nous empêcher de regarder ce  que le vaste monde nous prépare.  Là aussi, il semble que l’orage monte. Après le « krach rampant » qui a repris après un léger rebond,  voici les inversions de courbes des taux aux Etats-Unis. Si elles se confirment, elles annoncent une récession.  Explications.

Le contexte.

En ce moment le grand jeu chez les prévisionnistes est d'anticiper deux événements majeurs : un krach boursier aux États-Unis dont certains affirment qu'il aura lieu en juin 2019, d'autres fin 2019 ou mi-2020, sans plus d'explications... et une récession aux États-Unis que beaucoup s'accordent à voir à la mi-2020. L'euphorie qui a suivi l'annonce d'une trêve entre la Chine et les États-Unis a fait long feu. Le président américain Donald Trump a envoyé une salve de tweets peu accommodants. Il est prêt à prolonger la trêve, mais il reviendra à la politique de hausse des droits de douane si un « véritable accord » avec la Chine se révélait impossible. C'est normal et c’était prévisible : le différend entre les États-Unis et la Chine va bien au-delà du seul problème du déficit commercial

Les  marchés financiers réagissent.

Sur fond de  trêve fragile dans la guerre commerciale qui oppose Pékin à Washington, mardi, les principaux indices américains, le Dow Jones et le Nasdaq, ont reculé de près de 3 %. Et mercredi, dans le sillage de Wall Street, les places européennes ont entamé une nette baisse qui s’est   prolongée encore aujourd’hui à Paris où le CAC 40 cède encore 3,30 % : les marchés ont pris conscience que la trêve n'est rien d'autre qu'un apaisement de façade à ce stade. Pas de répit donc sur les marchés financiers.

La vraie raison de la baisse est ailleurs...

Ce qui a vraiment inquiété les marchés aux États-Unis, c'est la courbe des taux d'intérêt des emprunts d’état américains en fonction de leur durée. Les taux courts sont déterminés par la Banque centrale américaine, la FED, alors que les taux longs sont établis par le marché, en fonction de l'offre et de la demande. Normalement, les taux longs sont supérieurs aux taux courts. C'est logique : vous voulez recevoir plus de rémunération si vous prêtez votre argent à l’État américain plus longtemps. Mais lundi dernier  la courbe des taux s'est « inversée ». Les taux longs sont passés en dessous des taux courts. Cela veut dire que les marchés anticipent une baisse des taux à moyen terme, autrement dit un ralentissement de l'économie américaine, voire une récession. De quoi créer la panique sur les marchés.

Les banques ont enregistré de forts reculs.

C’est en lien avec les marchés. Les  banques sont exposées,  forcément. JPMorgan a cédé 4,46 %, Goldman Sachs 3,82 % et Bank of America 5,43 %. On observe un aplatissement de la courbe des taux : la différence entre les taux courts et les taux est de plus en plus mince. Sans entrer dans le détail et pour faire court, mardi, la courbe entre le 3 et le 5 ans s'est inversée, nourrissant l'inquiétude des investisseurs. Heureusement, il  faut encore relativiser, le meilleur indicateur d'un retournement imminent est la courbe entre le 10 ans et le 3 mois. Si l'écart se réduit de plus en plus, il reste encore 50 points de base. Pour  l’instant !

L’excitation post cessez le feu « Chine/Etats-Unis » est retombée. Comme il fallait s’y attendre, on revient aux vrais sujets : le ralentissement de l’économie Européenne et le ralentissement annoncé de l’économie US en 2019/2020, et bien sûr aussi le ralentissement de l’économie Chinoise. Maintenant la question sur les marchés n'est plus de savoir s'il y aura une récession aux États-Unis ou une crise sur les marchés, mais de savoir quand elle aura lieu. Et les investisseurs ont décidé, brusquement, de l'anticiper. En toute logique, la baisse des indices boursiers continue donc.

 


GILETS JAUNES ET IMPOSTURE VERTE

Bagarre_village_gaulois

 

Une révolte est toujours désastreuse.

Rappelons-nous le désastre des portiques autoroutiers avec les « bonnets rouges ». Voici maintenant la révolte des « gilets jaunes » déclenchée par le prix des carburants. Tout ça parce que nos gouvernants ne conçoivent l’écologie qu’à travers des taxes vertes. Le malheur c’est qu’elles viennent s’ajouter à un niveau de prélèvement très élevé qui justifie le « ras-le-bol ». Après, il faut faire la part des choses : le spectacle des violences auxquelles on assiste de week-end en week-end n’est pas le fait des « gilets jaunes » mais de groupes de casseurs qu’on appellera comme on voudra. Ils ne m’étonnent pas vraiment : quand un Etat recule devant quelques dizaines de zadistes comme   à Notre-Dame des Landes, le  signal qui est envoyé ne peut que déboucher sur de tels débordements. Les dégâts  causés sont inexcusables et les auteurs  méritent d’être recherchés et  poursuivis. On peut penser, comme l’affirme Luc Ferry, que le gouvernement a les moyens d’empêcher ces désordres, surtout quand ils touchent des lieux très symboliques comme l’Arc de Triomphe. On peut alors légitimement se demander ce que recherche l’exécutif. On hésite entre incompétence et machiavélisme. Cela n’empêche pas que la colère des gens ordinaires qui manifestent, ou pas d’ailleurs, est profonde. Les taux d’adhésion aux revendications contre les taxes font état de soutiens énormes, dépassant 80%, dans les sondages. Du jamais vu.

Un Etat escroc.

Les Français en « gilets jaunes » ne sont pas contre la transition écologique. Mais ils ont compris que la hausse des taxes « vertes » ne la finance pas. C’est un prétexte. Ils voient bien qu’il s’agit avant tout de mesures de rendement pour remplir les caisses du Trésor public. Ainsi, entre 2018 et 2019, le produit de la TICPE a augmenté de 3,9 milliards d’euros. La quasi-totalité est allée nourrir le budget général  et seuls 80 millions seront reversés sur le compte « dédié » spécial « transition énergétique ». La vérité c’est que le gouvernement se livre à un jeu de bonneteau : la suppression de la taxe d’habitation  pour 2018 aura en effet coûté 3,8 milliards. Le parallèle est facile à faire. Et la projection à l’horizon 2020 est identique : les hausses prévues des taxes (19 milliards) sont appelées à couvrir les 18 milliards de coût de la suppression totale de la taxe d’habitation que l’Etat s’est engagé à compenser aux collectivités à l’euro près. L’erreur de Bercy a été de vouloir combler les pertes de recettes générées par ses réformes de baisses d’impôts  comme l’ISF  ou de cotisations sociales, par une augmentation de la fiscalité verte et de la CSG. C’est clairement une « escroquerie ». Le choix de la facilité alors qu’il aurait fallu plutôt engager une baisse sérieuse des dépenses publiques. Et les Français doivent avoir clairement dans l’esprit que c’est un tsunami qui va leur tomber dessus : selon les prévisions actuelles des finances publiques pour 2022, le  produit de la fiscalité énergétique passerait de 50 à 67 milliards. Un « Everest fiscal », selon l’expression d’Agnès Verdier-Molinié, qui ferait passer la fiscalité verte à 2,53% du PIB, une des plus élevée du monde alors que notre pays est plutôt un bon élève avec moins de 1% d’émission de CO2. Pourquoi être les « premiers de la classe » alors que nous avons déjà une fiscalité confiscatoire. Tous les Français se retrouvent dans le sentiment d’un matraquage fiscal. Car les 1 038 milliards de prélèvements  que nous observons aujourd’hui sont appelés à devenir 1188 milliards en 2022 si le même cap est maintenu.

Une autre fiscalité écologique est possible.

Pour être acceptée, une fiscalité verte doit être équitable, neutre et claire. L’équité consisterait à imposer de la même façon toute atteinte identique à l’environnement, quelles qu’en soient les causes. Si on se réfère au prix de la tonne de gaz à effet de serre émise à 44,60 €, en comparaison l’essence devrait supporter 11 centimes/l ce qui est nettement moins que ce qui est perçu aujourd’hui ! Cela supposerait donc que l’Etat se focalise sur d’autres produits que le carburant qui porte déjà plus que sa part.  D’autre part, la fiscalité écologique doit être neutre à la fois pour les agents économiques et pour les finances publiques. Cela veut dire que chaque euro perçu doit être compensé par un euro rendu. Tout autre façon d’agir ne peut qu’alourdir la pression fiscale, réduire la compétitivité, baisser le pouvoir d’achat. Enfin, l’effort  consenti doit être clair : les fonds perçus pour la transition écologique doivent vraiment abonder un compte dédié à comptabilité séparée et régulièrement audité pour être public. On pourrait ainsi, à taxation constante, modifier progressivement l’assiette de l’impôt, en taxant la pollution plutôt que le travail ou le capital… Une voie vertueuse que le gouvernement pourrait emprunter s’il était honnête.

Si la hausse des carburants a déclenché ce vent de colère, c’est parce qu’elle ne répond à aucun des trois critères précédemment énoncés. Elle n’est pas équitable, car elle ne touche pas les autres produits émetteurs de gaz à effet de serre, elle n’est pas neutre car elle aboutit à une hausse de la pression fiscale non compensée, et elle n’est pas claire parce qu’elle est absorbée dans l’insondable et obscur budget de l’Etat.  Un déclencheur, car c’est la goutte qui fait déborder le vase ! Comme  on le  voit, si le gouvernement et  Macron veulent sortir de  la crise, le chemin n’est pas bien compliqué. Il suffit d'arrêter de mentir.  D’être vertueux !

 

 


DES IDEES POUR REDRESSER LA FRANCE

Chantier

 

La question n'est plus de savoir s'il faut réformer la France. Mais comment la réformer.

Macron a lancé un train de réformes et certains considèrent que c'est déjà un exploit après des années d'immobilisme. On sait pourtant que c’est largement insuffisant, et qu’aucune des transformations engagées n’est allée assez loin, comme le démontre Agnès Verdier-Molinié dans son dernier livre. Et on sent à la grogne qui a gagné le pays, qu'il aurait fallut faire plus, plus vite et différemment. Facile à dire...? C’est sûr. Mais d'autres pays l’ont bien fait !

Une évidence.

Primo, il faut baisser les prélèvements obligatoires. Le plus vite  sera le mieux. Le  ras-le-bol fiscal qui éclate au grand jour avec les « gilets jaunes » vient de  loin. Un reflux avait été engagé par Sarkozy mais la crise de 2008 est venue tout enrayer.  Il a subi un coup d’accélérateur avec  le coup de massue fiscal de Hollande et Macron a  poursuivi peu ou prou la même politique portant les prélèvements à un niveau jamais atteint. Maintenant il faut faire vite, car ils sont asphyxiants. Mais pour les baisser, il faut réduire les dépenses de l’État. Et pour réduire les dépenses de l’État, il faut réformer…  mais vraiment réformer !

Par quoi commencer ?

Sans conteste, par une réforme des prestations sociales et une réforme du financement des retraites. Pour cette dernière, en évitant le détour, si possible, par  une usine à gaz fumeuse pour endormir tout le monde,  comme le système  à   points. L'âge du départ à la retraite doit être repoussé en s’appuyant sur  le constat que l'allongement de la durée de vie ne laisse  pas le choix, la retraite par capitalisation venant compléter la retraite par répartition.  Autre impératif : la baisse des prestations sociales dont notre  pays est le champion du  monde. Simplification,  suppression des doublons, contrôle strict des prestations versées : on peut le faire. En conséquence, les impôts pourront baisser.

L’économie ensuite.

Il faut rendre le  marché du travail beaucoup plus flexible. Ce qui a été entrepris s’est arrêté au milieu du gué et est resté beaucoup trop timide. Il faut aussi des contraintes plus strictes d'acceptation d’emploi par les chômeurs, avec la création de mini-emplois, qui, comme on l’a observé ailleurs, deviennent avec le temps des vrais jobs à plein temps.  Naturellement, il faut accompagner d’un versement d'allocation chômage très strict, assorti d’une professionnalisation et d’une amélioration sensible des agences pour l'emploi. Dans le même temps, les entreprises  doivent pouvoir accompagner le  mouvement  par leur capacité accrue de développement. Le chemin passe inévitablement par un basculement sur la TVA de la plus grande partie des charges qui pèsent sur elles. Trois points de  plus sur la TVA à 20% devraient suffire. C’est la solution la plus juste, parce que tout le monde la paie, la plus rapide et la plus efficace économiquement parlant. On ramènera ainsi leur compétitivité  à la moyenne européenne : elles pourront reconquérir des parts de marché et atténuer ainsi le déficit de notre balance commerciale. Un cercle vertueux peut se mettre en place qui conduit à la croissance grâce à la hausse des investissements et des salaires.

C’est possible.

Oui, on peut le faire ! La  preuve : jugeons-en par les résultats économiques de l'Allemagne aujourd'hui ! Plein-emploi, excédent budgétaire, excédent commercial, dette en baisse, hausse des salaires et du pouvoir d'achat, l'Allemagne « a fait le job »  et a  commencé avec Gerhard Schröder le 14 mars 2003 avec son « Agenda 2010 ».  C’est le chemin qu’elle a emprunté et  elle s'est réformée. Certes, au prix de sacrifices,  mais les résultats sont là. L’Allemagne est aujourd’hui la locomotive de l'Europe. L’Allemagne l’a fait, pourquoi pas nous !

Le  cœur de la méthode : exiger et aider.

Schröder déclarait en 2012, en faisant le bilan de son « Agenda 2010 » :
« De mon point de vue, le principe fondamental qui est au cœur des réformes de l'Agenda 2010, c'est le principe "exiger et aider" (require and support). Ce principe concerne l'équilibre entre la solidarité d'une part et la responsabilité individuelle d'autre part. Certes, l'État-providence garantit - et doit garantir - que les gens ont droit à une protection dans les moments qui constituent une menace pour leur existence. Mais il ne faut pas absoudre les gens de leur devoir de faire tout ce qu'ils peuvent pour éviter de demander une aide. »
Rien à dire de plus.

J’attends « l’agenda 2026 ». Qui osera faire de la  France la « locomotive de l’Europe » dans sept ans ? Un rêve ? Non, on  peut  le  faire !

 


IL A ENCORE TAPE A CÔTE DU CLOU !

Archibald en colère

 

Macron ne comprend pas les  « gilets jaunes ».

Il ne sait pas vraiment qui ils sont.  Quand il pense « France laborieuse », il évoque plutôt  les  smicards,  qui ne sont pas à négliger mais qui sont toujours servis les  premiers, alors que le cœur des contestataires est constitué de tous ceux qui bossent et qui se prennent les hausses d’impôts et de taxes sans jamais bénéficier des aides « sous conditions de ressources ». Ce ne sont pas des poujadistes, ce sont des salariés, des artisans, des petits commerçants, des retraités, qui en ont marre d’alimenter le  tonneau des danaïdes, marre d’être traités comme des vaches à lait, sans jamais voir d’amélioration de  la  situation.  Tout cela est résumé par le  coup de  gueule de « Jacline » sur facebook : « Mais qu’est-ce que vous faites du pognon ? ».  En guise de réponses, Macron disserte.  Il fait des beaux discours devant des maires choisis, mais le plus  grand nombre n’est pas dupe. Il fait de beaux discours sur la transition énergétique, mais tout le monde  sait que la France fait partie des moins  pollueurs de la planète et que peu d’argent y est consacré. En bref, le sentiment s’accroit dans les classes moyennes qu’il nous prend pour des cons. Il  faut qu’il arrête d’emmerder les Français qui savent qu’ils ne sont pas les pire  pollueurs de la planète et qu’il sera temps de les solliciter le jour où les Chinois et  les  Américains appliqueront les accords de Paris.

Discréditer pour ne pas écouter.

La première parade qu’il tente c’est de discréditer  le  mouvement des « gilets jaunes » en l’assimilant à des séditieux d’extrême-droite de préférence, et les éléments de langage ont été diffusés avec suffisamment de cohérence pour qu’on en connaisse l’origine. D’abord par le Ministre de l’Intérieur, puis par les autres ministres. Lequel aura été ce week-end,  le plus odieux de Castaner ou de Darmanin ? Ceux qui reprochent à Wauquiez des allusions au nazisme quand il évoque l’eugénisme, ne sont pas en reste pour trafiquer l’Histoire en évoquant la « peste brune » (mot macronien) ou la lèpre nationaliste, juin 34 et j’en passe. Menteurs et malhonnêtes intellectuellement, de leur part ce n’est guère surprenant. Ils ont ordre d’instituer Marine Le Pen comme seule opposante face à Macron, aidés  par certains médias complaisants. Ils oublient  simplement qu’entre les deux, il y a le « peuple de France » (expression chère à Nicolas Sarkozy). Les gens se rendent bien compte, à voir  les « gilets jaunes » défiler paisiblement dans les rues d’Angers, de Poitiers, d’Orléans ou d’ailleurs, qui ils sont véritablement : trop blancs et trop français probablement pour plaire aux élites parisiennes. Mais la description que celles-ci en font est tellement fausse qu’évidemment le mensonge n’en est que plus flagrant.

L’excuse : c’est pas nous, c’est les autres. 

Ah, Gilles Legendre !  Il est pathétique. Rendez-vous compte, le ras-le-bol fiscal serait vieux de trente ans, alors  comment voulez-vous qu’en 18 mois … Sauf que La REM n’était pas obligée d’aggraver la situation avec un choc fiscal de 22 milliards (CSG), agrémenté d’une foultitude de taxes à tout va dont  le carburant n’est que la  partie émergée de l’iceberg. Il serait plus crédible si son groupe avait accepté le vote du Sénat d’intégrer les hauts fonctionnaires  qui touchent jusqu’à 300 000 € par an dans la loi sur « la moralisation de la  vie publique » (La REM s’y est opposé) et  n’avait pas pris l’initiative de voter l’exemption de  la CSG pour les députés. Le gouvernement réforme peut-être -encore que-, mais il n’a engagé aucun effort pour réduire les dépenses publiques, au contraire il dépense toujours  plus… à crédit. Il se comporte comme  la gauche l’a toujours  fait. Les Français s’en rendent bien compte. Résultat : la  croissance  n’est  pas au rendez-vous ! Inutile d’invoquer le passé.  Quant à la droite, il y a sept ans qu’elle n’est  plus  aux affaires,  autant dire  un siècle.  Encore a-t-elle eu à gérer une crise inouïe,  et pas si mal que ça ! Reste Bruno Le  Maire. Sa malhonnêteté intellectuelle n’est plus à démontrer.  Il donne maintenant dans la dramatisation. Les « gilets jaunes » nuisent à la France et seront responsables si le taux de croissance espéré n’est pas atteint. Une excuse trop facile, alors que l’on sait que l’économie est plantée depuis  le début  de l’année.

 L’intrusion des réseaux sociaux comme contre-pouvoir.

Prenons garde. Il faut avoir de la sympathie pour ce mouvement plus citoyen que certains voudraient le laisser croire, mais ne laissons pas détruire ce trésor qu’est la démocratie représentative. Ce serait prendre  le risque d’errements que la France a déjà connus, avec leur cortège d’horreurs. L’intrusion des réseaux sociaux comme contre-pouvoir peut paraître salutaire, laisser  prospérer serait très dangereux pour la démocratie : une assemblée citoyenne sortie de nulle part qui s’arrogerait un pouvoir de « constituante », par  exemple. Mélenchon en rêve ! Les Républicains sont trop timides. Certes, la « récupération »  est  un vilain mot.  Cependant il ne faut pas avoir peur de se poser en interlocuteur présent partout puisque le pouvoir méprise  la rue.  Des initiatives fortes seraient les bienvenues. Le diagnostic a été fait depuis longtemps : Laurent Wauquiez a été le premier à parler du trouble des classes moyennes.  Nous avons certainement  des propositions à faire, et pourquoi pas à travers une grande réforme fiscale qui rétablirait l’équité,  ce qui  prendrait le pouvoir actuel  à son propre piège ! Je suis certain que ce serait entendu par la  France qui bosse. Ce serait autrement  plus crédible que toutes les usines à gaz que nous pondent Macron et ses sbires, « sous conditions de ressources », ce qui exclut les « gilets jaunes », et les "machins" d'experts, ce qui s’appelle « taper à côté du clou ! ».

 


UN KRACH LENT MAIS BIEN REEL

Récession

 

Baisse rampante.

Ce n'est pas un krach, brutal, comme ceux que l’on a déjà connus avec une baisse violente de 10% dans une journée. On assiste depuis quelques jours à un krach rampant : les unes après les autres, explosent les bulles qui se sont formées sur les marchés depuis des années du fait des taux d'intérêt à zéro et de l'excès de liquidités.  La plupart des marchés ont  perdu 20% depuis leur niveau le plus haut. Tout y passe : les marchés émergents, le bitcoin et même Apple. Toutes ces bulles éclatent. 2018 marque donc la fin d'un cycle de près de 10 ans de hausse. En effet, cela fait des mois, voire des années, que certains marchés étaient largement surévalués.  La baisse intervient maintenant. Plusieurs facteurs l’expliquent : la tension entre la Chine et les États-Unis, les perspectives du ralentissement de la croissance mondiale confirmé par Christine Lagarde récemment, mais surtout la hausse des taux d'intérêt aux États-Unis. Rappelons-nous, quand les taux d'intérêt étaient à zéro, il n'y avait pas d'alternative aux actions, mais quand les taux sont au-dessus de 3%, certains investisseurs considèrent que c'est une alternative envisageable. C'est l'envolée de la capitalisation des grands groupes de tech américaines qui a alimenté la hausse des indices américains pendant ces dernières années et c'est la baisse des cours de ces mêmes groupes qui mène la danse de la baisse ! Le Nasdaq chute de plus de 3%. Il est à son plus bas niveau depuis avril. Avec une baisse marquée d'Apple, Facebook ou encore Salesforce. Le dernier rempart a cédé. Premiers signes d’essoufflement de l’économie américaine pour 2019 ? Les commandes de biens durables aux Etats-Unis chutent lourdement de -4,4% en octobre alors que le consensus s'attendait à un repli plus limité de -2,2%. On aura bientôt la  confirmation.

Les monnaies virtuelles en vrille.

Du côté des monnaies virtuelles, ça n’est pas mieux, même si on peut être persuadés que la blockhain marque une véritable rupture. Il n’y a pas si longtemps, les médias faisaient un buzz sans fin quand le bitcoin frôlait les 20 000$ et qu'on voyait des épargnants retirer leur argent des livrets A pour miser sur dessus. Les imprudents ! Le bitcoin a chuté en dessous de 5 000$, soit une baisse de 75%. Et son challenger, l'ethereum, a perdu plus de 90%. C’est curieux, mais on entend beaucoup moins les défenseurs des « crypto-monnaies »... En attendant ce sont des  milliards (de monnaies  pas virtuelles) qui se sont « évaporés ».

Soldes généralisées.

Les marchés américains sont portes closes pour "Thanksgiving". Aujourd’hui c’est le « Black Friday ». C'est parti : tout est en soldes pour quelques jours, de ce vendredi au cyber Monday : les actions dans le monde entier qui affichent de 10 à 30% de baisse, même Apple et Amazon ; le bitcoin est à moins 75%, les marchés émergents à moins 30%, le pétrole à moins 30%, l'action Renault à -40%... A Tokyo, les indices sont eux aussi au repos pour la fête du travail. Du côté de l'euro, celui grappille quelques fractions face au dollar à 1,1412. Le CAC40 tente un rebond à l'ouverture dans des volumes étriqués, après avoir cédé 0,75% hier.

Gare au pétrole !

Les prix du pétrole ont connu une lourde chute sur le mois d'octobre avec une baisse de 30 % depuis leur dernier pic au début du mois dernier. Mais ne nous réjouissons pas  trop tôt et Macron ferait bien de ne pas trop compter dessus pour calmer la hausse des prix à la pompe. Les pays de l'Opep et la Russie doivent se rencontrer le 5 décembre pour ajuster leur stratégie de soutien des prix, et l'Arabie saoudite prône une réduction de la production. Et puis on oublie toujours cette autre composante du prix du pétrole : le cours de l’euro.  Et le rapport n’est pas en notre faveur : dollar fort et  euro à 1,14.

 


IL FAUT QUE L’EXECUTIF ARRETE DE NOUS MENTIR !

Contribuable détroussé

 

Non,  la  croissance n’atteindra pas 1,6% en 2018

Avec une progression estimée à 0,4% au quatrième trimestre par la Banque de France, après 0,2 % aux premier et deuxième trimestres, et 0,4 % au troisième, on ne voit pas comment elle pourrait atteindre 1,6% ! Ce sera  plutôt 1,2 ou 1,3% et ce sera déjà bien si on tient compte de l’environnement à la baisse en Europe et surtout en Allemagne, notre premier partenaire. Par rapport aux prévisions du gouvernement à 1,7 %, c’est donc un manque à gagner d’environ 11 milliards d’euros qui va creuser le déficit ou la dette.  Encore faudra-t-il regarder aussi du côté de la balance commerciale à quel niveau de déficit on sera. Pas étonnant que Philippe ne veuille pas baisser les taxes !

Non, les taxes sur les  carburants  ne sont pas justifiées

Certes l’augmentation des taxes a été décidée sous Hollande. Ce n’est pas une excuse valable.  On peut toujours revenir sur des décisions. D’abord, il aurait fallu tenir compte des aléas du prix du pétrole,  que nous payons, rappelons-le, en dollars.  Le prix du baril doit être corrigé du cours de la monnaie américaine, ce qui fait que les hausses ou les baisses à la pompe ne sont pas toujours très compréhensibles. La conjonction de la hausse du prix du baril avec celle du dollar auxquelles sont venues se rajouter les taxes dites « vertes » a débouché sur des prix à la  pompes proprement insupportables. D’autant plus que le système de taxation est depuis trop longtemps hystérique puisque l’Etat y taxe même ses  propres taxes en leur appliquant la TVA !   Quant à l’écologie, tout le monde a compris qu’elle était surtout un prétexte puisque ce sont des sommes dérisoires qui lui sont consacrées sur le pactole récupéré. Pour que les hausses soient acceptées, il faudrait qu’elles ne soient pas punitives, c’est-à-dire à fiscalité globale constante par transferts, et que l’argent ainsi récupéré finance vraiment une transition verte. Sauf que le budget de l’Etat interdit tout « fléchage ». Il faudrait  un gouvernement vertueux. Peut-on faire confiance à des menteurs ?

Non, les 80 km/heure ne sauvent pas des vies.

Depuis le début de l’application de la nouvelle réglementation, les organismes qui comptabilisent la mortalité routière en sont aujourd’hui à +26, par rapport à la même période antérieure.  Il est évidemment trop tôt pour tirer des conclusions définitives.  Mais on voit bien par contre le « jack-pot » des contraventions générées par les radars.  De quoi ajouter au mécontentement général que l’exécutif  a tort de sous-estimer.

Non, il n’y a pas plus de pauvres.

Chaque fois que l’exécutif invente un dispositif  de « compensation », il le fait par des mesures « sous conditions de ressources ». C’est encore par ce genre d’usines à gaz qu’il compte calmer  le mouvement des « gilets jaunes ». Mais les classes moyennes plus ou moins aisées n’en peuvent plus de ces régimes discriminatoires qui divisent toujours plus la France en deux, entre ceux qui sont aidés et qui touchent et ceux qui payent tout plein pot.  Or, l’indice « gini »,  l’indicateur international de la pauvreté est stable depuis de nombreuses années pour la France. Il n’y a donc pas d’aggravation de la pauvreté, contrairement à ce que le discours ambiant tend à nous faire croire. Les  mécanismes d’aides  mis en place,  qui font de notre pays à la fois le recordman des prélèvements avec plus de 1 000 milliards d’euros et celui où l’on trouve le plus de dispositifs « sous conditions de ressources » pour satisfaire l’obsession égalitariste, conduisent à un appauvrissement généralisé et empêchent les entreprises de prospérer par le poids qu’ils font peser sur elles. Les résultats en sont le chômage structurel chronique, les déficits publics, la dette et le commerce extérieur en berne.

Non, Macron n’est pas  le sauveur de l’Europe.

La journée du 11 novembre aura été pour le Président français celle du changement de pied.  Dans sa pensée complexe, le schématisme « d’homme de l’ouverture » dans lequel il s’était réfugié face aux « forces populistes du repli », prolongé  par  une comparaison douteuse avec la  montée des nationalismes dans les années 30, a dû laisser la place à un discours où le patriotisme est mis en exergue cette fois-ci, comme contrepoint au nationalisme. Il fallait atténuer les angles en présence des dits « populistes » parmi les quelques 60 chefs d’Etats venus commémorer la paix . Cela ne change pas grand-chose : sa dénonciation des nationalismes,  même élargie au  monde entier est à  mettre en relation avec un fédéralisme européen qu’il continue de défendre et dont les Français ne veulent plus. Mais on voit bien la manœuvre. En se plaçant sur le terrain du patriotisme,  il veut réinvestir le champ de la droite ;  il a compris que le danger ne venait pas seulement des extrêmes qui veulent détruire l’euro et l’Europe, mais aussi  de ceux qui souhaitent garder l’Europe  tout en la réformant et sans fuite en avant vers plus d’intégration. Un axe vers lequel il tend désormais. La politique du coucou chère à Emmanuelle Macron. La droite républicaine aura intérêt à dénoncer la manoeuvre, car derrière  les  mots, la même volonté politique subsiste. Ceux qui peuvent sauver l’Europe en contrecarrant la vague du populisme, ce sont les partis qui composent le PPE. Ceux que Macron,  précisément veut détruire. Ce n’est certes pas le moyen de sauver l’Europe !

Dans ma  prochaine note, j’aborderai le sujet des « gilets jaunes » et vous dirai ce qu’on peut en penser.

 


TRUMP S’EN SORT, MAIS RIEN N’EST REGLE

Donald Trump

 

Le scénario anticipé s'est produit.

Comme annoncé par  les sondeurs, les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des Représentants. C’est une première depuis 2008. Le Sénat reste républicain. Les démocrates ont gagné quelques sièges de gouverneur mais des états clés comme la Floride sont restés républicains. Pourtant, la chute des indices boursiers, provoquée par la hausse des taux et les tensions commerciales avec la Chine, n'étaient pas une bonne nouvelle pour Donald Trump. Sa popularité est  au plus bas après le meurtre de Khashoggi, les colis piégés adressés à des personnalités démocrates et l’attaque contre une synagogue de Pittsburgh. Il  a contrebalancé par une furia populiste   et une collection de mensonges sans précédents.

Pas de vague anti-Trump.

« Tremendous success tonight. Thank you all. » C'est le tweet de Trump ce matin. Il se félicite de sa « victoire ». « Fabuleux ? » même s'il a perdu la Chambre des Représentants. Certes, il n'y a pas eu de vague bleue, de vague démocrate, et Trump n'a pas été rejeté massivement. Il avait transformé cette élection en referendum en s'investissant massivement, plus qu’aucun autre président pour des élections de mid-terms, et sa campagne a permis de sauver quelques candidats. Mais le pays reste divisé. Les  Etats-Unis sont coupés en deux camps totalement différents, et totalement opposés. À l'image des femmes qui représentent 52% des votants et ont voté massivement pour les démocrates et contre Trump avec un écart de 18 points. D’un côté, Trump a réussi à prendre le contrôle de fait du GOP, le parti républicain, et de l'autre, les démocrates ont réussi à prendre le contrôle de la Chambre des Représentants.

Deux années agitées s’ouvrent.

C'est la campagne présidentielle qui commence. On peut s’attendre à ce que l'affrontement entre les deux camps soit sanglant. Les démocrates vont tout tenter, et ils ont deux ans pour le faire, pour déstabiliser Trump et le fait d'avoir la majorité à la Chambre des Représentants va être une arme redoutable, notamment sur les sujets domestiques et sur les enquêtes en cours. Evidemment, Trump va encore plus tweeter qu'à son habitude, avec une violence qui va être décuplée par son sentiment de victoire. Mais pour les marchés c'est le scénario « idéal » pour les investisseurs. A partir de maintenant Trump est sous contrôle, et les acquis des deux premières années ne seront pas remis en question. Il va falloir à nouveau regarder du côté des nouvelles économiques et se désintéresser un peu pendant quelques mois de la politique. D’autant plus que le ralentissement mondial promet des rebondissements imprévisibles de l’hôte de la Maison blanche.

Le pétrole et les marchés.

Le pétrole s’est effondré. Le  prix du baril a chuté de plus de 20%, pour de multiples raisons mais en particulier du fait des exemptions massives concernant l'achat de pétrole iranien qui va donc continuer à couler sur le marché. La baisse du prix du pétrole, c'est évidemment une bonne nouvelle. Sauf pour le gouvernement français qui fait campagne en ce moment sur le thème : « si les prix du carburant flambent c'est à cause de la flambée du pétrole... ».  Sur les marchés boursiers, le mois d'octobre est derrière nous mais cela ne veut pas dire que les craintes sont dissipées. Elles sont toujours présentes et elles sont même nombreuses. De la panne de la croissance européenne aux taux et à l'inflation en passant par les tensions commerciales, la consolidation était nécessaire. Elle a eu lieu. Mais pour combien de temps ? On se demande même comment les marchés ont fait pour résister pendant de si longs mois. La fin de l'année risque donc d'être encore agitée. Les indices vont maintenant tenter un rebond. Il faudra surveiller trois éléments : d’abord, les taux américains et notamment le niveau des 3,25 % sur le 10 ans ;  ensuite les taux italiens et notamment le « spread » avec les taux allemands ; enfin, la rencontre fin novembre entre Trump et Xi Jinping à Buenos Aires qui devrait marquer un tournant dans les relations commerciales entre les deux pays. En attendant, tous les regards des traders et des investisseurs sont tournés vers un chiffre et un seul : le taux de référence pour les taux d'intérêt aux États-Unis, le taux à 10 ans des emprunts d’État. Il a atteint vendredi dernier les 3,22 %, un niveau proche de son record de hausse depuis 7 ans.

Les  taux américains remontent.

Un peu de technique. On distingue deux catégories de taux d'intérêt.  Les taux d'intérêt à court terme d'abord. Ils sont déterminés par les banques centrales. Et la FED, la Banque centrale américaine, a remonté ses taux d'intérêt 8 fois depuis décembre 2015 et s'apprête à les remonter encore une fois en décembre et plusieurs fois en 2019. Les taux d'intérêt à long terme ensuite. Ils sont déterminés par les marchés, par l'offre et la demande. Et ils progressent car l'économie américaine est en pleine croissance, avec un plein-emploi qui provoque une hausse des salaires et par conséquent une hausse de l'inflation et donc une hausse des taux d'intérêt à long terme, comme le taux à 10 ans des emprunts d'État américain. Il faut suivre ce taux pour une raison simple : la hausse des marchés boursiers depuis 2009 a été, en grande partie, alimentée par la baisse des taux d'intérêt. Quand les taux d'intérêt étaient à zéro, on disait « qu'il n'y avait pas d'alternative aux actions ». Mais avec des taux d'intérêt qui remontent, il y a maintenant une alternative aux actions : si le taux à 10 ans dérape au-dessus des 3,4 % et s'approche des 4%, cela aura un impact négatif sur les indices boursiers. Aux niveaux actuels, les taux américains sont encore sous contrôle. Pour combien de temps ? La surchauffe provoquée par la relance massive de Trump alimente l’inflation. Une crise boursière violente pourrait donc arriver  dans les deux ans… Et quand les taux américains remontent, les nôtres suivent. Pas  bon pour nous, vous savez pourquoi ! Pas bon pour Macron non plus, mais ça on s'en tape.

 

 


SANTE : COMMENT MACRON L'ETATISE AVEC SA REFORME

Réforme santé

 

Vers un système  à l’anglaise

Déjà la part du financement de la santé est de moins en moins assurée par les charges sociales, puisque la  part de l’impôts via la CSG grossit petit à petit et finira par remplacer  les cotisations salariales. On s’éloigne du modèle dit « bismarckien », fondé sur l’assurance assise sur le travail, pour se rapprocher du modèle dit « beveridgien » à l’anglaise, de type assistanciel, piloté par l’Etat. On sait déjà à quoi s’attendre : une médecine à deux vitesses, avec des médecins « fonctionnaires » et les anglais qui ont les moyens qui viennent se faire soigner en France. 

Le plan santé 

Les  médecins ont pourtant applaudi quand le Président de  la République a présenté son projet, parce qu’il  vise à sortir du modèle tricolore hospitalo-centré et englobe tous les acteurs, privés et publics, dans une évolution systémique. Des lignes de force qui paraissent logiques, en effet : deux paris,  celui du territoire et celui de la confiance aux acteurs de santé. On tourne le dos à l’ère idéologique Touraine, dont le parti pris était de réserver les missions de service public au seul hôpital public, au mépris des réalités du terrain. Pour autant, si l’approche est claire, paraît cohérente et bien pensée sur le papier, en donnant une vue d’ensemble où chacun trouve sa place,  la ville  comme l’hôpital, avec une gradation des soins, et en partant des territoires, rien n’est réglé. Il faudra réformer les directoires et conseils de surveillance institués par la loi Bachelot,  et renouveler les  directeurs des ARS  tout en divisant les effectifs de leur personnel par deux. Il faudra aussi  supprimer des pans entiers du Code de la santé publique pour laisser une vraie liberté aux hospitaliers. Enfin, il faudra réguler l’offre de soins de la médecine de ville et c’est le plus compliqué à mettre en place, car la  grande difficulté d’aujourd’hui c’est justement pour les établissements hospitaliers  d’avoir en face d’eux, localement, des interlocuteurs libéraux pour assurer la  permanence des soins, les parcours de prise en charge, mettre en place les coopérations.

Déjà ça commence mal

« Le  compte n’y est pas » dans le budget 2019 de la Sécurité sociale constate la fédération hospitalière de France, et  appelle à plus de volontarisme. Pour mettre en place la réforme, il y a une double nécessité : réguler les soins de ville et accompagner financièrement la transition.  Dans le  budget 2019 on ne retrouve ni l’approche des territoires, ni les nouvelles régulations pour la médecine de ville. Le gouvernement continue à surestimer l’activité des hôpitaux et à baisser les tarifs  en sous-estimant la progression de leurs charges, supprimant tout lien entre le coût d’une pathologie et la somme versée  pour la traiter. Et le système shaddock fait le reste : on gèle les crédits des hôpitaux puis on puise dans ces crédits gelés pour financer les dépassements de la médecine de ville, et présenter ainsi une sécurité sociale en équilibre… Avec une équation insoluble pour les hôpitaux à qui on demande 960 millions d’euros d’économie  cette année.  L’investissement hospitalier est tombé à moins de 4 milliards d’euros par an, là où près de 7 seraient nécessaires en rythme de croisière !

La  fin du modèle libéral ?

« En même temps », la réforme enterre le modèle national de médecine libérale. D’abord en battant en brèche son principe fondateur : le  paiement à l’acte, pour le remplacer par le forfait qui s’appliquera « pour commencer » dès 2019 à l’hôpital  pour l’insuffisance rénale et le diabète. Les  médecins de ville suivront. Deuxio, la réforme veut mettre fin à l’exercice « isolé » -aujourd’hui majoritaire- du médecin dans son cabinet, pour le remplacer par les cabinets de groupe qui devraient procurer efficacité et convivialité. Avec le risque, comme  c’est le cas pour les cliniques et les laboratoires absorbés par des grands groupes, que ces cabinets regroupés et maisons de ville de connaître le  même sort, les médecins devenant de simples salariés. Troisio, le plan Macron pose l’obligation de former des « communautés professionnelles territoriales de santé ».Il en existe aujourd’hui 17,  il en voudrait 1000 d’ici à 2022.   Mais ça coince, avec un cahier des charges très rigide, organisé d’en haut et peu de latitude laissée aux acteurs. Quarto, 400  médecins salariés des hôpitaux vont être envoyés dans les déserts médicaux jusqu’à ce que la fin du numerus clausus crée  l’offre de soins suffisante et permette de les remplacer.  En espérant que la  surabondance ne débouche pas sur l’instauration de règles strictes pour réguler les ouvertures de cabinets. Et quand on sait que la cohérence du système  sera alors assurée non plus par les cotisations et les  partenaires sociaux,  mais  par l’impôt et l’Etat … la  boucle est bouclée.

Une médecine administrée

Il y a gros à parier que la  régulation des soins se fera par des incitations et des contraintes calculées à partir d’écarts-types, de moyennes d’actes, avec des remboursements dégradés et potentiellement des déconventionnements pour les établissements ou les professionnels de santé qui s’écarteraient trop des référentiels. .  Quand on voit les résultats que l’Etat obtient avec l’économie française qui crève d’être administrée… on sait à quoi s’attendre pour la  médecine.

 

 


« EN MARCHE… VERS L’IMMOBILISME »

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Dans son livre « En marche vers l'immobilisme »  Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation IFRAP, tire la sonnette d'alarme : le gouvernement ne va ni assez vite, ni assez loin dans sa politique de réforme de la France. Rien ne serait pire que de sombrer dans le piège de l'enlisement. Les quinquennats passent mais les urgences restent les mêmes : réduire les dépenses publiques et les impôts, mais aussi renforcer au plus vite la compétitivité des entreprises.

Et le verdict tombe à la page 235 : « Deux choix s’offrent  maintenant à nous : continuer à vivre dans l’obscurité ou allumer la lumière. » Et elle ajoute : « Les Rentiers de la République,  ceux qui refusent de faire le bilan,  de regarder en face les faits et  les chiffres de l’état de la France écornent chaque jour un peu plus la démocratie. Ils manquent de courage, de panache, mais aussi de clairvoyance.  Pour se  maintenir  ils  laissent les citoyens dans l’illusion du redressement économique. Avec  le risque majeur de dérouler le tapis  rouge aux populistes et autres  bonimenteurs. »… Le  verdict est sans appel.   « Le  gouvernement tombe dans le panneau des fausses réformes et complique un peu plus  chaque jour la vie des  Français.  La réforme de la formation professionnelle qui ne simplifie rien et conserve des structures avec des emplois quasi fictifs,  le  prélèvement à la source, la réforme de  la taxe d’habitation avec  sa cascade d’impôts  en vue… Impuissance à éclairer suffisamment le  projet gouvernemental, à en faire la pédagogie, impuissance à ne pas  se  perdre dans les détails technocratiques, impuissance à vaincre  les résistances provenant tant des corps  intermédiaires que de sa propre administration ! »

Quand les promesses s’évaporent…

La grande réforme fiscale se fait attendre, les économies promises sont restées lettres mortes, l'administration responsable de biens des blocages n'a pas été remise au pas, mais la communication bat son plein. Certes, des réformes ont été lancées. Mais elles se révèlent trop timides et très imparfaites dans leurs mises en œuvre. Bref, Agnès  Verdier-Molinié craint que le mandat d'Emmanuel Macron ne s'enlise dans les mêmes sables mouvants que ceux de ses prédécesseurs. Ce livre est un essai concret et pragmatique,  un petit manuel de la réforme agrémenté de quelques idées simples et efficaces pour libérer les énergies et redonner du pouvoir d'achat aux particuliers ainsi que des marges d'investissements aux entreprises. C'est un livre "libéral", ce qui nous permet de relativiser le "libéralisme" macronien.

Tout ça pour ça !

Dans « En marche vers l'immobilisme », Agnès Verdier-Molinié nous dit en quelque sorte: « Tout ça pour ça ? »

Voici une petite liste de ses constats :

- le prélèvement à la source se révèle être un choc de complexité et se résume à cette alternative extravagante pour le contribuable : dévoiler [ses] revenus ou payer plus cher !

- la non-transparence publique est toujours ce qu'elle était : le public, par exemple, cache des emprunts en milliards d'euros que le citoyen ne saurait voir, qu'il s'agisse de la Ville de Paris ou de la SNCF.

- les prélèvements obligatoires ne baissent pas : un impôt (ou une taxe) qui baisse peut en cacher un ou une autre qui monte comme  par exemple : d'une part baisse des cotisations sociales et d'autre part hausse de la CSG ; et la suppression de la taxe d'habitation sera inévitablement compensée...)

- Pôle Emploi coûte et ne sert à rien.

- le nouvel ennemi de classe est le détenteur d'immobilier : pourtant, quand le bâtiment ne va pas, rien ne va...

- l'insécurité est toujours ce qu'elle était, par enlisement et aveuglement.

 Les grands corps de l’Etat ont leur part de responsabilités :

- le Président en est issu et s'entoure de ses semblables...

- ils sont les grands bénéficiaires du système et de ses prébendes, qu'il s'agisse des administrateurs des finances publiques, des administrateurs des douanes ou des parlementaires.

- ils dissimulent les chiffres de l'exil fiscal qui ne diminue pas par la grâce des impôts confiscatoires et du repoussoir qu'est l'impôt sur la fortune immobilière.

- l'ENA ne sera pas réformée et le recrutement des hauts fonctionnaires non plus.

- le nombre de fonctionnaires ne baisse pas significativement et les dépenses publiques pas du tout.

- les fonctionnaires de l'Assemblée nationale ne sont pas moins bien lotis que les hauts fonctionnaires et tiennent tout autant à leurs prébendes.

Et  puis il faut compter avec les bloqueurs : 

- les syndicats de l'éducation nationale : malheur aux dissidents...

- les agents de la fonction publique : pas touche à leurs avantages et à leur temps de travail...

- les syndicats de la SNCF : pas touche à leurs avantages, à leur régime de retraite, etc. La réforme n’y a surtout pas changé grand-chose.

- les syndicats, plus forts dans le public que dans le privé : les ordonnances se caractérisent par beaucoup de reculades et peu d'avancées... et le Code du Travail ne fait que gonfler. Contrairement à ce que d’aucun a cru.

Ce qu’il faudrait faire…

Elle donne aussi sa feuille de route  qu’elle conseille au gouvernement : «  Le gouvernement et l'administration doivent garder en mémoire les 8 objectifs suivants : fiscalité à 40% du PIB [45% actuellement] ; des dépenses publiques à 50% du PIB [57% actuellement] ; un coût de fonctionnement des administrations à 25% du PIB ; une masse salariale à 11% ; 6% de chômage ; 74% de taux d'emploi ; 10 000 communes et interco ; 115 000 élus max ; la retraite à 67 ans.. ».

 Ce n'est même pas ambitieux. Ces objectifs nous permettraient simplement de revenir au niveau de la moyenne européenne... Et cela ne réduirait évidemment pas la dette publique qui tangente les 100% du PIB...

Le tout démontré, chiffres à l’appui,  exemples  concrets et comparaisons parlantes. Tout ce qu’elle constate est étayé, tout ce qu’elle propose existe ailleurs et donne des résultats. Alors ?

Un livre à lire absolument par ceux qui ne veulent pas  voter idiots !

 


JE VOUS L’AVAIS BIEN DIT…

Economie  bourse

 

Rappelez-vous mon article  « Cette crise qui vient et qui se  précise »…  Eh bien, à observer ce qui se passe dans les bourses du monde entier, on peut penser qu’elle s’est mise en branle. 

Les bourses plongent.

Il  paraît qu’il ne faut jamais dire : « on vous l’avait  bien dit ! ». Cela ne se fait pas,  ça fait orgueilleux. Pourtant on devait bien s’en douter depuis le temps qu'on vous annonce que les marchés boursiers sont trop chers, en particulier les marchés américains, et que de nombreux signaux d'alerte sont apparus depuis des mois déjà. Et la purge se produit sur les marchés.  Elle était prévisible. Les spécialistes  disent qu’elle était même nécessaire. Beaucoup de marchés sont donc entrés en « bear territory », c’est-à-dire en configuration baissière, comme c'est le cas quand on chute de plus de 20%. L'Asie accuse une baisse de 21% par rapport à son plus haut niveau de l'année en janvier et on évalue tout de même à 5 000 milliards de dollars l’argent qui s’est évaporé en fumée là-bas depuis le début d'année. La baisse des marchés boursiers s'accélère. Et, pour une fois, ce sont les marchés américains qui ont le plus baissé, Nasdaq en tête : 4% de baisse. C’est la plus forte baisse en un jour depuis août 2011. Mais, comme c'est toujours le cas, quand les marchés américains baissent, le reste du monde suit. Avec des hauts et des bas, parce qu’il y aura toujours des prises de bénéfice pour produire des petits rebonds.

Pourquoi maintenant ?

Pour Trump c'est de la faute de la Banque centrale américaine qui a trop remonté ses taux. Et  c’est  logique, il n’a pas tout à fait tort. En effet, c'est bien en partie la hausse des taux d'intérêt aux États-Unis qui a rendu la Bourse moins attractive.  Sauf qu’il se trompe sur le coupable : si les taux remontent ce n'est pas de la faute de la FED, c'est de sa faute à lui, qui a fait une relance keynésienne avec ses baisses massives d’impôts, sur une machine économique américaine qui tournait déjà à plein régime,  ce qui a donc obligé la FED à remonter ses taux d'intérêt... Il devrait lire « l’économie pour les nuls ! »

Ralentissement économique.

Et  bien entendu, on commence à avoir des signes de ralentissement économique. Rappelez-vous que le FMI avait déjà abaissé sa prévision de croissance mondiale pour 2019 de 3,9% à 3,7%.
La Chine a ralenti, et la croissance européenne marque le pas. L'indice des directeurs d'achat, un indice très suivi par les prévisionnistes, a touché son plus bas niveau depuis 25 mois. La baisse des exportations et en particulier des exportations allemandes est l’une des causes principales. On n'attend plus qu'une croissance de 0,3% au 4ème trimestre en zone euro contre 0,4% initialement prévu.  Et ça  n’est certainement pas fini. On n’est qu’au début.

La  France n’est pas mieux lotie.

Les  prévisions de croissance  pour la fin de l’année  tournent maintenant autour de 1,3% : un chiffre qui doit vous dire quelque chose non ? Quant à l’année prochaine, même la  Commission européenne s’inquiète du budget 2019 que l’Assemblée  est en train de voter, tellement il  est plein de mensonges  et de faux-semblants  en matière de baisses des dépenses publiques  et de tenue du cap. Agnès Verdier-Molinié en dresse  aujourd’hui la liste des incongruités dans une longue tribune du Figaro.  Des chiffres mis en perspectives et incontestables qui  démontent  les assemblages trompeurs mis en œuvre  par Bercy. Pour résumer : les 6 milliards de baisses d’impôts n’existent pas. Notons au passage que les recettes de la CSG passent de 91 milliards en 2017 à 119 milliards en 2019 ! Et  les ménages vont payer l’an prochain 2 milliards de taxes en plus sur les  carburants  soi-disant pour la transition écologique.  Si c’est comme  pour  le patrimoine  …   Et le gouvernement ne prend pas en compte le 1,8 milliard d’augmentation des cotisations de retraites complémentaires. Mêmes  tours de passe-passe pour les entreprises. Les impôts  sur la production vont augmenter en 2019 de 4 à 5 milliards  d’euros  alors que ce sont ceux qui plombent le plus leur compétitivité.  Et  c’est encore par un tripatouillage peu accessible au commun des mortels que le déficit de l’Etat à 4% du PIB avec 98,7 milliards d’euros, se transforme en fin de compte à 1,9% !! Au total, la dépense publique  devrait augmenter l’an prochain de 22 milliards d’euros,  après 28 milliards  en 2018. Telle est la réalité de la gestion macronienne via Darmanin-le-racketteur. On ne s’étonnera donc pas que tous les voyants soient au rouge : important déficit du budget, hausse du chômage, croissance en berne, dette en expansion comme le déficit commercial (because le  pétrole, entre autre) avec à la clé un ras-le-bol fiscal des  Français dont  le gouvernement ferait bien de se  méfier.

On avance vers la crise, et notre pays est plus désarmé que jamais !

 

 


CETTE CRISE QUI VIENT ET QUI SE PRECISE…

Endettement mondial oct 2018endettement mondial

 

D’abord la chute des marchés.

Cela faisait des mois qu’on attendait une chute des marchés. Hier, la dernière digue a cédé. Les investisseurs s’étaient réfugiés sur les valeurs technologiques américaines, sur les valeurs du luxe ou encore sur les valeurs pétrolières. Ils avaient commencé à fuir les marchés émergents. Mais ces valeurs « refuges » ont fini par chuter aussi. Hier, tout s’est accéléré. Les marchés américains défiaient toutes les lois de la gravité boursière et ont connu un cycle de hausse phénoménale depuis mars 2009. De nombreuses sociétés atteignaient des valorisations aberrantes. Une correction n’est donc pas étonnante. Tout va dépendre maintenant de l’évolution des taux aux États-Unis et des négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis, mais la purge pourrait encore continuer.

Les ingrédients d’une nouvelle crise.

Dix ans après l'effondrement de  Lehman Brothers la question la plus pertinente consiste à déterminer ce qui provoquera la récession et la crise mondiale de demain. Six facteurs vont concourir  à son déclenchement : les valorisations excessives sur les marchés boursiers, le retournement de cycle inévitable de la récession, l’inexorable hausse des taux d’intérêt, l’escalade de la concurrence commerciale exacerbée  par l’affrontement entre Trump et la Chine, les marges de relance très réduites du fait de la fuite en avant de la dette  mondiale, une croissance plus lente en Europe, en raison d'un resserrement monétaire et de frictions commerciales, et enfin la désastreuse résolution de la crise de 2008, notamment aux Etats-Unis, où on assista à une situation ubuesque qui vit les épargnants spoliés, sauver par le biais de l’endettement public, les banques qui les avaient floués.  

Comme en 1929, la crise commence à la  bourse.

Le  premier de ces facteurs est en train de se mettre  en place, il fait l’objet du constat en introduction. Les marchés boursiers américains et mondiaux sont en effervescence. Les ratios cours/bénéfice aux Etats-Unis sont supérieurs de 50 % à leur moyenne historique, les valorisations de capitaux privés sont devenues excessives et les obligations d'Etat trop coûteuses compte tenu de leur faible rendement et de leurs primes de terme négatives. Le crédit à haut rendement devient également de plus en plus coûteux, à l'heure où le taux d'endettement des entreprises américaines atteint des sommets historiques. Par ailleurs, l'endettement sur de nombreux marchés émergents et dans certaines économies développées se révèle clairement excessif. L'immobilier commercial et résidentiel est beaucoup trop coûteux dans de nombreuses régions du monde. Le FMI relève qu’avec la hausse des taux d'intérêt américains et le raffermissement du dollar, ainsi que l'intensification des tensions commerciales, un certain nombre d'économies de marché émergentes ont connu une inversion des flux d'investissement de portefeuille. Les fonds d'actions et d'obligations des marchés émergents ont enregistré des sorties d'environ 35 milliards de dollars. Pour l'heure, avec l'appétit de risque des investisseurs internationaux, les pressions sont restées contenues et se sont concentrées dans quelques pays (Argentine, Turquie, Brésil, Afrique du sud). Mais une déstabilisation de plus grande ampleur n'est pas à écarter. Au risque, cette fois-ci de faire sombrer le bateau, c’est-à-dire l’économie mondiale.

Vers une récession mondiale.

L'actuelle expansion mondiale devrait se poursuivre encore l'année prochaine, dans la mesure où  les Etats-Unis enregistrent d'importants déficits budgétaires, où la Chine applique des politiques de crédit assouplies et où l'Europe reste sur une trajectoire de reprise. Mais d'ici à 2020, les conditions tendront vers une crise financière, suivie d'une récession mondiale. D’abord, les politiques de relance budgétaire qui poussent actuellement la  croissance annuelle américaine au-dessus de son potentiel de 2 % ne sont pas tenables. D'ici à 2020, ladite relance se sera épuisée.  Ensuite, le timing de cette relance ayant été inadapté, l'économie américaine connaît actuellement une surchauffe, et l'inflation s'élève au-dessus de la cible.

Inexorable hausse des taux d'intérêt.

La Réserve fédérale des Etats-Unis devrait ainsi continuer d'augmenter le taux cible des fonds fédéraux, l'amenant de son niveau actuel de 2 % à 3,5 % au moins d'ici à 2020, ce qui élèvera probablement les taux d'intérêt à court et long terme, ainsi que le dollar américain. Enfin, dans le même temps, l'inflation augmente également au sein d'autres économies majeures, tandis que le prix du pétrole contribue à des pressions inflationnistes supplémentaires. Cela signifie que les autres grandes banques centrales suivront la Fed sur la voie d'une normalisation de la politique monétaire, ce qui réduira la liquidité mondiale, tout en exerçant une pression à la hausse sur les taux d'intérêt. La surchauffe américaine va précipiter le retournement du cycle de  croissance.

Escalade commerciale.

Facteurs aggravant, les tensions commerciales opposant l'administration Trump à la Chine, à l'Europe, au Mexique, au Canada et à d'autres sont vouées à l'escalade, engendrant une croissance plus lente et une inflation plus élevée. La croissance dans le reste du monde devrait donc ralentir, sous l'effet de pays jugeant bon de riposter contre le protectionnisme américain. Les marchés émergents, d'ores et déjà fragilisés, continueront de subir les effets du protectionnisme et des conditions monétaires resserrées aux Etats-Unis. Pour les pays émergents, l'endettement extérieur a augmenté beaucoup plus rapidement que leurs exportations. Résultat : les pays où la dette extérieure est trop élevée par rapport aux exportations représentent maintenant environ 40 % du PIB global des pays émergents (hors Chine). Les  sorties de capitaux les mettent clairement en grande difficultés : l’Argentine et la Turquie en savent quelque chose.

Marges de relance réduites.

La marge de relance budgétaire dans le monde est d'ores et déjà réduite par une dette publique massive. La possibilité de nouvelles politiques monétaires non conventionnelles sera limitée par  des bilans hypertrophiés et par un manque de capacité à réduire les taux directeurs. Par ailleurs, les sauvetages dans le secteur financier seront intolérables pour des pays marqués par la résurgence de mouvements populistes, et dirigés par des gouvernements quasi insolvables comme par exemple l’Italie. Les  banques centrales seront cette fois-ci impuissantes. Aux Etats-Unis, en particulier, le législateur a limité la capacité de la Fed à fournir de la liquidité aux institutions financières non bancaires et étrangères présentant des passifs libellés en dollars. En Europe, la montée des partis populistes complique l'adoption de réformes au niveau de l'UE, ainsi que la création des institutions nécessaires pour combattre la prochaine crise financière et la récession qui s'ensuivra.

Des mesures de renforcement insuffisantes.

Le Fonds monétaire international (FMI) dresse pourtant un bilan plutôt positif des réformes entreprises pour consolider  le système financier au cours des dix dernières années. Les banques sont maintenant plus solides ; la quantité et la qualité de leur capital se sont fortement accrues ; les tests de résistance des banques à une déstabilisation des marchés ont été largement adoptés ; bon nombre d'activités financières réalisées hors du cadre bancaire classique ( « shadow banking »), en partie responsables de la crise de 2008, ont été réduites ou transformée en outils de marché plus sûrs. Mais il s'inquiète d'une certaine fuite en avant concernant l'endettement dont le niveau global a progressé. Tout indique que la croissance a été soutenue par plus de dettes : les politiques monétaires non conventionnelles mises en oeuvre depuis la crise de 2008, en abaissant le coût de l'endettement, ont soutenu la reprise économique. Là où le bât blesse, c'est que la dette totale du secteur non financier a augmenté à un rythme beaucoup plus rapide que le taux de croissance de l'économieDans les pays dont le secteur bancaire est le plus développé, l'endettement des entreprises non financières a fortement progressé. Il s'élève maintenant à 167.000 milliards de dollars, soit plus de 250 % du PIB de ces pays, contre 113.000 milliards de dollars (210 % du PIB) en 2008. Les vulnérabilités continuent de s'accumuler et le nouveau système financier n'a jamais été mis à l'épreuve.

A la différence de 2008, époque à laquelle les gouvernements disposaient des outils politiques permettant d'empêcher une chute libre, les dirigeants qui affronteront la prochaine récession auront les mains liées, sachant par ailleurs que les niveaux globaux de dette sont supérieurs à ceux d'avant-crise. Lorsqu'elles surviendront, la crise et la récession de demain pourraient se révéler encore plus sévères et prolongées que celles d'hier. S’il y a crise en 2020, le gouvernement américain ne pourra recourir à des déficits budgétaires abyssaux. La dette américaine a atteint un niveau record qui menace la crédibilité du dollar. De son côté, la Réserve fédérale ne pourra abaisser un taux directeur qui reste très bas en dépit de sa remontée récente. Quant aux épargnants et aux salariés qui perdirent leur emploi suite à la récession de 2008, ils n’accepteront pas d’être ignorés une fois encore. Et l’Europe connaîtra le même sort !

Et pendant ce temps-là, Jupiter qui a perdu son bâton de foudre, n’arrive pas  à former un gouvernement…

 


LA VALSE FOLLE DE JUPITER (extrait n°2)

Macron la valse folle de Jupiter 2

 Voici un autre passage du livre de Jean-Marc Daniel, celui consacré au chantier de la retraite.

« …Pour résoudre une fois pour toutes ce délicat  problème, Emmanuel Macron a nommé un « Monsieur Retraite » en la personne de Jean-Paul Delevoye, ancien président du Conseil économique, social et  environnemental.  Les  consultations ont recommencé avec le défilé des partenaires sociaux dans les  couloirs des ministères en charge du dossier. Qu’il faille encore débattre paraît d’autant plus surprenant que depuis le livre blanc remis à Michel Rocard, nous n’avons guère  manqué d’analyses et de recommandations ;  que le constat est simple, à savoir que la France qui consacre 14% de son PIB à payer des retraites, est le pays de l’OCDE, après l’Italie, où  le poids est le plus élevé ; et que la solution elle-même est en fait assez simple. …La retraite repose, comme tout système  de transfert, sur une mécanique dans laquelle on prend pour donner. Si le système  accumule les déficits, c’est que l’on donne trop ou que  l’on ne prend pas assez. Et Alfred Sauvy de préciser qu’en reculant l’âge de départ à la retraite, on aurait moins à prendre et à donner. Cette évidence a d’ailleurs été rappelée en avril 1999 dans un des multiples rapports rédigés depuis le livre blanc de 1991, à savoir celui qui fut remis par le groupe présidé par Jean-Michel Charpin, alors commissaire général au Plan. Ce rapport, qui faisait un point à ce jour guère égalé sur la situation des retraites, contenait cette observation : « Le recul progressif de l’âge de la retraite pourrait favoriser le rééquilibrage des régimes par répartition sans peser ni sur les revenus des retraités ni sur ceux des actifs. Il est justifié à la fois par l’allongement de la vie, le recul de l’âge d’entrée dans la vie active, et l’amélioration de l’état de santé des plus de 60 ans. »

A quel problème peut donc se heurter Jean-Paul Delevoye ? Juste à une assertion assez péremptoire :  « Pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d’envisager l’avenir avec une sérénité raisonnable, selon le Comité de suivi des retraites. L’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d’augmenter la durée de cotisation. »

Et comme cette assertion émane du programme d’Emmanuel Macron, circulons puisqu’il n’y a rien à voir… ou à revoir.

On peut compter néanmoins sur Trissotin 2.0 (les technocrates ndlr) pour nous délivrer un texte incompréhensible, nourri de références au notionnel, au système à points, à la sauvegarde de la répartition qui aura comme résultat de noyer une nouvelle fois le poisson.

Soyons clair : toutes les astuces de langage plus ou moins alambiquées n’empêcheront pas que sortir de cet inconcevable déni sur l’âge de départ à la retraite est inévitable. Cependant, cela ne prendra tout son sens que si l’on agit selon une démarche économique plus large. Il se trouve que certain personnage envisage de supprimer un jour férié pour financer la dépendance des personnes âgées. Celui qui fait cette proposition  est celui qui  proposait  en 2014 d’assouplir les 35 heures, car il constate que la quantité de travail mobilisée en France est insuffisante. Il s’agit bien évidemment d’Emmanuel Macron. Cela signifie qu’il est indispensable de résorber  le chômage structurel dont le niveau élevé tend à devenir une spécificité française parmi les économies développées, mais qu’il faut également allonger la durée du temps de travail de ceux qui en ont un, en différant leur départ en retraite, en leur permettant de travailler autant qu’ils veulent par la suppression des 35 heures, et en revoyant le nombre de jours fériés :  Emmanuel Macron  le sait et l’a dit... »

Vous avez donc bien compris : d’un côté on ne touche pas à l’âge de départ, dixit Murielle Pénicaud, et de l’autre on veut mettre en place un système qui y pousse avec un concept fumeux « d’âge pivot » …  

Il  y a un  principe qui échappe à Jupiter : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement !


POUVOIR D’ACHAT : MANDRAKE AUX FINANCES

Mandrake

Mandrake, c’est le magicien qui a enchanté mon enfance grâce à ses  pouvoirs d’hypnotiseur. Il  mettait ses dons au service de la lutte contre le mal. On ne peut pas en dire autant de nos apothicaires de Bercy qui essaient par des tours de passe-passe de nous faire croire qu’ils baissent les  impôts quand ils les augmentent et que le  pouvoir d’achat augmente quand il baisse.  Ce serait  de  la  magie si ça n’était  pas  un habile bonneteau fiscal. Attachez  vos ceintures, il va falloir suivre. Car depuis le début de l’année nous sommes pris dans un tourbillon de mesures qui fait que pour nos revenus, même  un comptable  expérimenté se mélangerait les pédales.

Commençons par les hausses.

Au 1er janvier  les taxes sur le tabac et les carburants ont été augmentées, suivies de près fin janvier par la CSG de 1,7 point (25% de hausse en produit). Le renchérissement du pétrole a accentué la hausse du prix de l’essence et du gazole. Du coup, les prix des produits alimentaires ont accéléré. Et  l’inflation est réapparue. Moralité : le pouvoir d’achat a diminué de 0,5% au 1er trimestre. Et le même scénario recommence en 2019. Rebelote pour les  carburants et le tabac à quoi il faudra ajouter les surprises du prélèvement à la  source de l’impôt sur le revenu. Pour les dix millions de Français déjà mensualisés,  le  prélèvement viendra dix jours plus tard et sera, en théorie et à condition que vous n’ayez pas de crédit d’impôts,  un peu inférieur pendant les dix premiers mois de l’année mais il faudra continuer à payer en novembre et en décembre. Ceux qui profitent de niches fiscales recevront un acompte de 30%, et puis non, de 60% (!) du montant des abattements de l’année précédente. L’Etat a retrouvé 5 milliards d’euros pour faire l’avance. En 2019, il faudra compter aussi avec une revalorisation inférieure à la hausse des prix des pensions de retraite : un rabotage déguisé.

Voyons les baisses.

Les cotisations sociales dues  sur les salaires par les employés ont été allégées de 2,2 points et l’impôt sur la fortune dû en juin a fondu des deux tiers. Bon, ce ne sont pas  les mêmes qui sont concernés, mais ça compte quand même. Les  salariés vont connaître une autre baisse de leurs cotisations de 0,95 point fin octobre. A la même date la  taxe d’habitation va diminuer d’un tiers pour quatre foyers sur cinq. Avec un peu de chance vous serez dedans, mais ça n’est pas certain. En 2019, nouvelle baisse de la  taxe d’habitation de 30%  et revalorisation du minimum vieillesse (de combien ?). Cette dernière n’est pas  une baisse mais au moins ça vient compenser un peu les hausses.

Vous avez suivi ?

Selon nos magiciens le sacro-saint  pouvoir d’achat devrait connaître une (forte) hausse de 1,5% au dernier trimestre 2018 ce qui laisse perplexe les statisticiens de l’Insee qui ont du mal à s’y retrouver. Pour eux ce serait plutôt 1 à 1,3%, soit une hausse du même ordre que l’an dernier sur l’ensemble de l’année. La vérité c’est que le gouvernement patauge et  panique à l’approche de la fin de l’année avec la  crainte de ne pas rester dans les clous  des 3% de Bruxelles si la croissance n’est pas au rendez-vous. Il promet des milliards d’euros en mêlant étrangement les  genres dans un jeu de bonneteau effréné, distribuant et reprenant tour à tour. Notons au passage que la hausse de la CSG a été effective dès janvier et que sa compensation pour les salariés a été fractionnée : une partie en début d’année, l’autre ce mois-ci. L’écart de 9 mois dans l’application a généré 4,5 milliards d’euros de trésorerie pour Bercy. Et dans le même temps, les impôts ont augmenté pour les ménages de 4,5 milliards d’euros. Donc une marge de 9 milliards …Voilà un jeu de bonneteau savamment orchestré par une administration fiscale qui sait que les dépenses ne vont pas baisser et qu’il faut prévoir en face de chaque baisse d’impôt une hausse ! Ainsi les  petites taxes créées cette année vont-elles rapporter 7 milliards… Donc, au total, les ménages vont bénéficier de 24 milliards d’euros de baisses d’impôts directs quand le dispositif annoncé sera complètement en place, tout en devant s’acquitter de 29 milliards de prélèvements  supplémentaires … L’Etat crée en moyenne près de 7 taxes nouvelles chaque année, ça n’est donc pas fini. Etonnez-vous alors que la France batte le record de l’OCDE des prélèvements obligatoires : plus de 1 000 milliards.  Jamais on n’a payé autant d’impôts en France. Les entreprises paient plus de 16,1% du PIB, 50 milliards  de plus par rapport à la moyenne européenne, ce qui relativise les baisses programmées pour elles par ce « brave » monsieur Le Maire.

La hausse du pouvoir d’achat.

On comprend que les  Français n’en croient pas un mot. Ce ne sont pas les quelques euros supplémentaires sur la feuille de paie  (30 €) qui vont compenser  la hausse des prix et les  quelques heureux qui vont engranger une taxe d’habitation moindre, il y a de fortes chances  pour qu’ils l’épargnent en prévision du mois de janvier. Le gouvernement lui-même, « Darmamoins » en premier, crée de l’incertitude  par sa  communication brouillonne. Son action est illisible. Et  encore, on n’est pas au bout de nos surprises : un choc pétrolier n’est pas impossible en novembre si Trump applique ses sanctions contre l’Iran qui promet en représailles de bloquer le détroit d’Ormuz. En  plus, il  pourrait bien y avoir, en début d’année prochaine, un effet récessif du prélèvement à la source agrémenté de quelques bugs, ce qui n’est pas exclu. Bonjour les dégâts !

Ce n’est plus Mandrake, c’est Garcimore !

Autrement dit, ce n’est pas la consommation qui est à l’ordre du jour,  mais plutôt l’épargne de  précaution.

 


LA VALSE FOLLE DE JUPITER (extrait n°1)

Macron la valse folle de Jupiter

Je poursuis aujourd'hui la suite de l'analyse du livre de Jean-Marc DANIEL.

Voici un premier extrait (p. 79,80 et 81) :

 

« C’est à la résolution des problèmes structurels du pays que le président Macron doit se consacrer en priorité. Cette priorité est d’autant plus manifeste que ces problèmes sont assez clairement identifiés.

La première manifestation en est la persistance d’un chômage élevé. Ce chômage est d’autant plus paradoxal que, fin 2016, 27% des entreprises industrielles déclaraient avoir des difficultés à recruter. Cela  signifie en particulier que… l’inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences effectives de la main d’œuvre est plus forte que jamais.

La deuxième est l’absence de maîtrise des finances publiques. Malgré une hausse spectaculaire des prélèvements obligatoires qui sont passés de 41,3% en 2010 à 44,5% en 2016, les budgets publics connaissent un déficit et la Cour des Comptes… avance que la situation exige un effort d’économie « d’ampleur inédite ».

Un appareil  productif à la peine et une dépense publique excessive se conjuguent pour nourrir le troisième problème qu’Emmanuel Macron reçoit en héritage, à savoir un important déficit extérieur. La  balance des paiements courants de la France en 2017 est négative,  s’établissant à 0,8% du PIB…  Et la situation a tendance à s’aggraver, puisque l’OCDE anticipe un déficit de 1,6% du PIB pour 2018.

Porter un jugement sur les débuts d’Emmanuel Macron revient à s’interroger sur l’adéquation de la politique qu’il mène à la situation qu’il a reçue, c’est-à-dire à un héritage où  le  cycle masque les limites du rebonds de l’économie française,  d’une économie en sous-emploi et marquée par un phénomène de déficits jumeaux (déficit extérieur et déficit budgétaire).

Dès lors que la croissance est le cumul de trois composantes, l’analyse de la réponse à apporter à cette interrogation… doit porter sur chacune des trois composantes. Nommé président du Conseil Italien en 2011, Mario Monti a formalisé ce principe en affirmant que toute politique économique efficace devait comporter des réformes tendant à accroître la concurrence de façon à élever le niveau de croissance potentielle,  des réductions de dépenses propres à  équilibrer les finances publiques à long terme… et une politique d’ensemble fondée sur le retour à la dignité nationale pour que les aléas n’altèrent pas trop  la confiance du pays en lui-même.

Emmanuel Macron a-t-il rempli ce contrat ? A ce stade, nous affirmons qu’il y a de sérieuses raisons d’en douter. »

 


LA VALSE FOLLE DE JUPITER

Macron la valse folle de Jupiter

Jean-Marc DANIEL est un économiste libéral reconnu, professeur à ESCP Europe. Son diagnostic sur les 15 premiers mois du septennat est pessimiste. Après avoir cru à la promesse Macron, il explique pourquoi il court à l’échec, sauf si…

La politique qu’il a menée jusqu’à présent ne répond pas aux problèmes de long terme de l’économie française, parce qu’elle est trop superficielle. Le Président nouvellement élu devait impérativement légitimer son pouvoir par l’adhésion de l’opinion et des réformes concrètes et effectives. Or, pour l’instant on n’a ni l’une, ni l’autre. On a découvert un entourage où se côtoient des technocrates imbus de leurs certitudes et des « spadassins » incontrôlables dont l’affaire Benalla est l’exemple emblématique ; la multiplication des décisions et des plans se succèdent sans qu’on puisse en mesurer la cohérence, malgré la « novlangue » de « transformation » qui est censée l’expliquer ; l’action diplomatique menée notamment en Europe n’est pas plus lisible. Les Français ne sont pas impatients des résultats, ils pressentent que la politique menée ne va pas dans la bonne direction et qu’elle court à l’échec.

La promesse sociale-libérale n’est pas tenue.

L’auteur explique longuement le positionnement initial d’Emmanuel Macron à l’intérieur des différentes familles de pensée, notamment à gauche. Il le classait, par ses nombreuses déclarations et interviewes, dans la gauche dite « feuillante » à laquelle appartenaient Delors et Rocard. Mais dans l’action, s’il commence plutôt bien ce qu’il entreprend, il ne va jamais jusqu’au bout. Jean-Marc Daniel multiplie les exemples. « Porter un jugement sur les débuts de Macron revient à s’interroger sur l’adéquation de la politique qu’il mène à la situation qu’il a reçue, c’est-à-dire à un héritage où le cycle masque les limites du rebond de l’économie française, d’une économie en sous-emploi et marquée par un phénomène de déficits jumeaux » (Il existe un lien automatique entre déficit extérieur et déficit budgétaire). Il fallait donc s’attaquer en priorité à la partie structurelle de nos déficits et du chômage de façon à élever la croissance potentielle, en rétablissant la concurrence, en réduisant les dépenses publiques de façon à les équilibrer sur le long terme afin de pouvoir laisser filer le déficit budgétaire dans les périodes défavorables du cycle. Il fallait aussi  une politique d’ensemble fondée sur le retour de la dignité nationale pour que le pays ait confiance en lui-même. Pour l’instant on est loin du compte.

La REM n’est ni de droite, ni de gauche, elle « n’est pas ».

L’impression qui se dégage du groupe parlementaire est qu’il est constitué d’une collection d’hommes et de femmes dont on ne sait pas d’où ils viennent et qui ne savent pas où ils vont. C’est ce qui ressort des réflexions d’un député En Marche, Bruno Bonnell : « Ce qui lie le groupe, c’est Macron. Comme on n’a aucune base idéologique, on n’a pas de repères. » La République en Marche n’est pas un parti mais un club de supporters. La verticalité macronienne supplée au projet et au programme. Le point commun des marcheurs est qu’ils croient en Emmanuel Macron, soit comme leader capable de transformer la société, soit  comme homme politique suffisamment puissant pour leur assurer une place au soleil électoral. Une faiblesse militante qu’on retrouve aussi bien à l’assemblée qu’au gouvernement dont la plupart des ministres sont inconnus du grand public. Le macronisme manque donc de relais politiques auprès de l’opinion et de militants  aguerris prêts à défendre le Président sans barguigner en cas de coup dur. L’affaire Benalla a été un révélateur de cette faiblesse : la tétanie qui a saisi le groupe parlementaire et les aficionados jusqu’au plus haut niveau, jusqu’à Castaner, est très révélatrice. Par son inexistence le parti macroniste n’a pas réussi le pari du « nouveau monde » qui devait dépasser le clivage gauche-droite. Celui-ci est plus que jamais bien réel et reste la référence et le marqueur de toute action politique. Pire, par les courants qui le traversent en raison de l’origine de certains élus, il est la cause d’une certaine paralysie de l’exécutif qui ne peut pousser les réformes jusqu’au fond.  Il n’y a guère que les derniers convertis qui soient plus macroniens que Macron telle Aurore Berger.

Le rêve européen prend l’eau.

Le Président s’est proclamé « européen » et défend une vision de l’Europe ouverte sur le plan commercial, et plus intégrée sur le plan politique. Il l’a mise au centre de son action et a même prononcé quatre discours de fond rappelant références historiques et  principes. Il en ressort une intention certaine plus qu’une politique. Son rêve de leadership s’est heurté aux réalités. L’idée d’un ministre des Finances européen et de l’augmentation des pouvoirs budgétaires de l’Union a fait florès. Pour les autres la réforme doit se limiter  à l’achèvement de l’union bancaire et à la réactivation de la mise en place d’un « fonds monétaire européen ». Et de rappeler que la priorité pour tout membre de l’Union est le respect des règles budgétaires. Macron est recalé parce qu’il n’a pas pris de front la résorption de la dette et des déficits publics suffisamment. Il est prié de balayer devant sa porte. L’Europe et l’euro n’ont pas vocation à redistribuer la prospérité existante au profit des Etats qui accumulent dette et déficits, mais à apporter un surcroît de prospérité qu’une monnaie commune devrait normalement générer si tout le monde s’astreignait aux mêmes efforts. Son repositionnement en vue de la campagne des élections de 2019 pour prendre la tête des « progressistes » contre les « nationalistes » est un épiphénomène pour masquer cet échec et recherche un clivage dangereux parce que ne correspondant pas à la réalité qui est beaucoup plus complexe. Il pourrait conduire l’Europe à la catastrophe. Par ailleurs son rêve de plus d’Europe fédérale n’est pas partagé par le peuple français, qui le rejette un peu plus fortement à chaque élection du parlement européen.

Le retournement de cycle va rendre compliquée la tenue du cap.

L’économie française s’inscrit dans un schéma bien connu des économistes : elle enchaîne des cycles d’une durée de sept à neuf ans, dont les années de ralentissement ou de récession furent 1975, 1983, 1993, 2001 et 2009. Mais, problème lié à des causes spécifiques, simultanément elle a vu son taux de croissance potentielle reculer : il était de 5% dans les années 60, de 4% dans les années 70, de 3% dans les années 80, de 2% dans les années 90,  pour finir à 1 à 1,5% depuis 2000. Ce schéma qui  se traduit par un enchaînement de déstockage et de désinvestissement suivi par une reprise liée au restockage puis au retour de l’investissement reste d’actualité. En claironnant en 2015 « ça va mieux » Hollande n’avait aucune raison de douter que six ans après le trou de 2009, la croissance ne revienne. Simplement le choc fiscal de 2012 l’a retardée en France. Mais quand Macron s’installe, l’économie française est dans sa phase d’expansion du cycle. La conjoncture qu’on a connue en 2017 s’apparente à une « embellie qui nous euphorise ». Embellie qu’il aurait fallu utiliser pour corriger les défauts structurels de la dette, du déficit et de leur corollaire le chômage, au lieu du déni qui  a poussé une fois de plus à augmenter dépenses et déficits, quoi qu’on en dise. Le problème c’est que le retournement du cycle va inévitablement intervenir en 2019-2020, avec son cortège de difficultés, le retour de la hausse du nombre des demandeurs d’emplois et l’absence de marges de manœuvres pour réduire les déficits, donc des hausses d’impôts inévitables … Macron peut crier qu’il va continuer les réformes, encore faut-il en avoir les moyens. Il pourra toujours faire de la com’  

Macron est seul.

Inexpérimenté, il accumule les erreurs d’analyse et les bourdes. Il se présentait comme un social-libéral de gauche et vire de plus en plus à l’opportuniste autoritaire dont les choix pourraient coûter cher.

Je vous distillerai au fur et à mesure des prochaines notes quelques « citations » très éclairantes.

Macron, La valse folle de Jupiter – Editions « l’Archipel ».

 


CE GROS MENSONGE DES 6 MILLIARDS !

Des-liasses-de-billets

C’est de la com’.

La ficelle est un peu grosse. L'exécutif n'a retenu que les baisses d'impôts pour son calcul, « oubliant » d'inclure des mesures moins avantageuses comme le quasi-gel de certaines prestations sociales (retraites, APL, allocations familiales). Avec un calcul plus complet,  l'OFCE prévoit une hausse du pouvoir d'achat en 2019, mais moindre que celle annoncée par le gouvernement (3,5 milliards). Mais le décompte  est encore partiel : « Le chiffre de 6 milliards est un faux », a dénoncé Eric Woerth, qui parle de 300 millions d’euros en moins pour le pouvoir d'achat l'an prochain. Et  c’est effectivement la réalité de ce qui va se passer si  on prend en considération toutes les augmentations de taxes qui plombent la vie quotidienne des Français. Le président de la commission des Finances de l’Assemblée comptabilise 10,6 milliards de gains pour le  pouvoir d’achat en 2019 ( baisse des cotisations salariales, taxe d’habitation, suppression des charges sociales sur les heures sup, revalorisations diverses…),  mais à quoi il faut retrancher 10,9  milliards de mesures à impact négatif (prélèvement à la source, hausses de la fiscalité énergétique, désindexation des retraites, gel des allocations familiales et des  apl…) soit 300 millions d’euros en moins qui pèseront sur les  ménages.

Le front du déficit.

Le déficit budgétaire devrait rester stable en 2018 à 2,6 % du PIB, avant de passer à 2,8 % du PIB en 2019, sur fond de croissance s'établissant à +1,7 % les deux années.  Ce qui peut paraître optimiste. En fait, la dépense continue d’augmenter et malgré les économies demandées aux ministères, - on notera au passage que l'effort global n'est pas chiffré par le gouvernement -, le déficit de l'Etat atteindra 98,7 milliards d'euros en 2019. Ce montant considérable, que Bercy a tout fait pour ne pas ébruiter jusqu'à la présentation du budget, s'explique par la double année de décaissements de l'Etat au titre du CICE, mais aussi par la perte de 6 milliards d'euros de recettes d'impôt sur le revenu en raison du prélèvement à la source qui va occasionner un décalage d'un mois de trésorerie pour l'Etat.  Cela n’empêche pas la Commission européenne de juger que l'effort de redressement structurel (hors effets de la conjoncture) n'est pas suffisant : il serait de seulement 0,1 % cette année, et 0,3 % l'année prochaine. Nos voisins font beaucoup mieux. Surtout, cela place la France dans une position de faiblesse en cas de retournement de la conjoncture, ce qui est prévisible si une crise alimentée par le  prix du baril de pétrole survient.

Des mesures positives pour les entreprises.

Le gouvernement tient à peu près sa promesse : il va transformer le crédit d’impôt (CICE) en baisse des charges pérennes, c’est une bonne chose même si les entreprises seront d’abord  perdantes. A cela il faut ajouter la baisse du taux d’IS de 33 à 25%  et l’exonération du forfait social pour les  PME de moins de 50 salariés, soit près de 25 milliards qu’elles n’auront pas à payer. Tout cela va dans le bon sens. C’est  toujours ça et l’on comprend que les organisations patronales soient satisfaites. Evidemment, il faut tenir compte de la hausse de la fiscalité énergétique et diverses mesures qui viennent à charge. Globalement le bénéfice serait de 19 milliards quand  même. Dommage qu'on leur colle sur le dos la charge du prélèvement à la source.

Toujours rien sur la dette et le déficit.

Il faudrait faire beaucoup plus pour que  notre économie redevienne vraiment compétitive, mais faute d’avoir pris le problème  par le bon bout, le gouvernement a des marges de manoeuvre réduites par la dette et le déficit. Peut-être récessive à court terme, une réduction drastique du périmètre de l’action de l’Etat, avec un recentrage sur le régalien, permettrait une réelle réduction des prélèvements obligatoires, prémices indispensables au retour à moyen terme de la compétitivité, de la croissance et du plein-emploi. Or le cafouillage fiscal et la fragilité de la baisse du déficit de cette année – bien peu structurel – brouillent le message gouvernemental. Le cadre contraignant de  Bruxelles  est plutôt une bonne chose car il oblige quand même à un minimum de rigueur. Cependant, la France accuse un retard de plus en plus important par rapport à ses voisins européens. Pour donner un ordre d’idée de l’effort à fournir dans les prochaines années, il faudrait une baisse de 1 000 milliards d’euros de la dette française pour que la France rejoigne le niveau d’endettement de l’Allemagne.

Le piège du retournement.

Les planètes favorables sont moins alignées qu'il y a un an (pétrole, guerre commerciale). Le refus assumé d'une plus grande rigueur sur les dépenses publiques peut se comprendre : ce n'est pas le moment d'appuyer sur le frein au moment où l'économie ralentit. Mais la quête éperdue du pouvoir d’achat reste une erreur. C’est un mauvais moteur de la croissance si on prend en compte le déficit commercial qu’elle génère : encore 65 milliards d’euros prévus pour 2019, comme en 2018, à condition que le pétrole ne flambe  pas. Dans le même temps, le  PIB passerait de 2 350 milliards à 2 420 milliards, soit un gain de 70 milliards avec un taux de croissance prévu de 1,7%. On mesure la fragilité du bénéfice pour le pays. L’autre difficulté est que l’exécutif va se heurter à un problème qu’il feint d’ignorer : un compte à rebours redoutable, celui de la dette et du déficit. La première tangente les 100 % du PIB, le second les 100 milliards d'euros. Or, il est désormais acquis que les taux d'intérêt vont remonter. Ce  n’est plus une menace, c'est maintenant une quasi-certitude. Il ne peut donc pas espérer que la croissance,  qui plonge déjà, desserrera l'étau. Emmanuel Macron pourrait bien être le premier président qui tombe dans le piège de la dette. Imaginer récupérer  la  mise en 2020 est plus que jamais un pari hasardeux.

 


BRUNO LE MAIRE CROIT AU PERE NOËL

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Notre économie va mal.

La croissance de 2,2% de l’année dernière était due à l’embellie de la  conjoncture internationale,  mais était restée inférieure à la moyenne de nos partenaires de  la zone euro. Pour 2018,  avec  les 0,4% du premier semestre,  il sera  miraculeux d’atteindre  le 1,7%  prévu.  Le taux de chômage stagne à 9,2%.  Enfin le poids de nos échanges dans le  commerce  mondial et dans celui de la  zone euro ne cesse de décliner, signe d’un déclassement inquiétant. L’aspect  le plus grave  de cette dérive tient dans nos comptes  extérieurs, lourdement déficitaires : 62,3 milliards d’euros l’an passé et va  continuer à se creuser avec déjà plus de 33,  5 milliards d’euros pour le 1er semestre,  du fait du renchérissement du coût de  l’énergie. Globalement, notre pays consomme plus qu’il ne produit et cette situation correspond à un transfert de croissance vers le reste du monde. Autrement dit, quand nous relançons artificiellement la  consommation à coups de prélèvements d’impôts  et de déficits  publics pour stimuler notre croissance, c’est celle des pays qui alimentent notre marché qui en profite. Et l’horizon continue de s’assombrir avec le doublement du prix du baril de pétrole (80$) générant une inflation de l’ordre de 2%, ce qui fragilise encore un peu plus les marges de nos entreprises et donc leur capacité d’investissement, d’innovation et d’exportation. Enfin, il faut s’attendre, cette fois pour de bon, à une remontée des taux d’intérêt à long terme du fait du découplage entre les US et la zone euro,  ce  qui mettra à mal la solvabilité de notre dette qui vient de franchir les 100% du PIB (grâce à la SNCF). Voilà une équation budgétaire bien compliquée pour le  gouvernement en cette fin d’année.

Trop de temps a  été perdu.

Hollande peut faire le fanfaron,  les  cinq années de son mandat compteront terriblement par leur immobilisme et la  fuite en avant des déficits et de la dette. Depuis son élection, Macron n’a fait guère mieux. Le CICE qui a légèrement amélioré les marges et les réformes successives du marché du travail pour introduire un peu de flexibilité, si elles étaient nécessaires, n’en ont pas moins été très insuffisantes. En tout cas loin de pouvoir attaquer le chômage structurel de notre économie qui pèse 7 à 8% et qui limite la croissance potentielle autour de 1,7%. Le  gouvernement a bien compris qu’il fallait s’attaquer au problème de la formation,  mais les choix qu’il a faits, avec  la  loi qui vient d’être votée pour l’apprentissage et la formation professionnelle, ne sont pas  les  meilleurs. Au  lieu de s’appuyer sur les Régions dont c’est la compétence et qui pouvaient en plus abonder les efforts de l’Etat en faisant levier, celui-ci les a écartées. Et tant qu’on ne se posera pas la question de la pertinence de nos dépenses  publiques (56,4% du PIB) en prenant le chemin des économies, tant que la  France ne choisira pas d’abandonner la modèle social ruineux qui la dévitalise pour le  modèle de compétitivité, elle ne pourra pas régénérer son tissu industriel  qui ne pèse plus que 11% du PIB, un des plus faibles de l’Union européenne, moitié moins que l’Allemagne.

Le mirage de la loi PACTE.

Le Ministre de l’Economie compte beaucoup sur la loi PACTE, dont il a obtenu qu’elle soit discutée en urgence, pour doper nos entreprises et la croissance.  D’abord il ne faudrait pas  en attendre des effets immédiats, car  il faut tenir compte du parcours  législatif et du délai de publication des décrets d’application puis le temps d’appropriation par les chefs d’entreprises. Mais son contenu, comme toutes les lois macroniennes, est ambigu. Certes, le projet contient quelques avancées,  comme le « gel des seuils » : une entreprise devra avoir dépassé les 10, 50 ou 250 salariés pendant cinq ans consécutifs avant de se voir appliquer les taxes et obligations liées à ces passages de seuils. Et le seuil des 20 salariés est supprimé. De quoi faciliter l’embauche dans nombre de TPE et PME.  Bon point aussi pour la simplification des démarches pour créer une entreprise. Mais, « en même temps »,  la loi complexifie le rôle de l’entreprise en lui accolant un objectif social et environnemental, et de nouvelles contraintes sociales pour en rendre la gestion plus « démocratique »… De nouvelles usines à gaz en perspective. Le fait de vouloir une « entreprise inclusive » dont l’intérêt et l’apport positif soit bien compris par nos concitoyens ne remplacera  jamais la première nécessité qui est de reconstituer leurs marges laminées par leur insuffisante compétitivité et surtout par la pression insupportable des charges de la fiscalité qu’elles supportent. Un débat qui renvoie à  la pertinence de nos dépenses publiques. Et comme cela ne suffit pas, le gouvernement leur colle sur le dos,  dès le 1er janvier prochain,  la mission « régalienne » de la collecte de l’impôt sur le revenu avec le « prélèvement à  la source ». Une charge dont elles se passeraient très bien.

Je cherche vainement dans tout cela le chemin salutaire de l’effort et de la vertu, le seul qui pourrait enrayer la glissade de plus en plus accélérée de notre déclin. Les mêmes causes  provoquant les mêmes effets, le rafistolage du budget 2019 à coups de rabots  par-ci, de désindexation des pensions par-là, il serait étonnant que la France se redresse. Entre les beaux discours et la réalité… On peut toujours croire au Père Noël !

 


LA VICTOIRE DES TECHNOCRATES DE BERCY

Bercy_ministere_finances

 

L’école avait ses « pédagogistes », Bercy a ses « inspecteurs des Finances », des technocrates fiscalistes les meilleurs du monde.  On n’en doutera pas  à voir leur capacité d’invention de taxes en tous genres et à constater tout ce qu’on paie. Enfin,  ceux qui paient. En effet,  en ce qui concerne l’impôt sur le revenu, seuls 43%  des  Français  y sont assujettis. Mais leur  capacité essentielle tient probablement dans leur  faculté à obscurcir  le  discernement de nos politiques. Ainsi, les commentateurs avisés  n’hésitent pas à affirmer que la  décision prise  par  le  Président de la  République est d’abord une victoire de Bercy. Il est  pourtant évident que c’est une mauvaise décision et qu’il en paiera à coup sûr le prix, le  moment venu. Pour l’heure, il importait à Macron d’affirmer son autorité ébréchée par un été qui l’a sérieusement mise à mal. Sévèrement ! Il n’y a plus que 23% des Français qui lui soient favorables.

Pour la fiscaliste Virginie Pradel, présidente de l'Institut Vauban, le prélèvement à la source n'est concevable que si le système fiscal est simple - or celui de la France  se caractérise par une extrême complexité. Mais rien ne fait peur  à nos experts de Bercy. Ce sont parait-il des « dentelliers » de  la fiscalité et ils sont capables de s’adapter aux situations les  plus compliquées. Ainsi,  pour un célibataire qui dispose seulement d'un salaire, sans recourir aux niches fiscales, le prélèvement à la source va lui simplifier la vie,  mais pour un couple dont les montants sont très différents, la situation sera beaucoup plus complexe. Si madame perçoit un salaire nettement inférieur à celui de son mari, et qu'elle ne veut pas que son employeur ait connaissance du montant des revenus du foyer fiscal, elle pourra opter pour un taux non individualisé, c'est-à-dire ne prenant en compte que son salaire, à l'exclusion des revenus de son mari. Une telle option l'obligera à verser chaque mois un complément d'impôt sur le site internet de la DGFiP. Et cela tourne au casse-tête, notamment lorsque les modalités de recouvrement de l'impôt sont distinctes, selon le type de revenu : ainsi, l'impôt sur les honoraires ou les revenus locatifs continuera d'être versé directement par le contribuable, selon de nouvelles modalités, et non prélevé. Une usine à gaz !

On oppose aux détracteurs du prélèvement à la source que la quasi-totalité des pays européens ont opté pour ce mode de récupération de  l’impôt. Mais en France, l'impôt est calculé au niveau de la famille, contrairement aux autres pays où l'impôt est individualisé et il existe généralement beaucoup moins de crédits et réductions d'impôt chez nos voisins européens. Avec un impôt aussi complexe que le nôtre, un tel prélèvement relève de la gageure.  Il  ne faudra pas s’étonner s’il y a des dysfonctionnements, malgré les assurances de M. Darmanin. Mais c’est lui qui en paiera la facture et pas les technocrates planqués dans leur bureau. Il ne faudra  pas qu’il vienne se plaindre.

Et,  de plus,  ce  n’est pas  aux entreprises de prélever l'impôt pour l'Etat. Ce n'est pas leur rôle. D'autant qu'elles ont déjà à prélever plusieurs milliards de cotisations sociales et même d'impôts, comme la TVA et la CSG. La réforme risque de changer le climat des  relations patron-salariés. Et  elles n’ont pas besoin de cette surcharge de travail  alors qu’elles luttent  pour préserver un  peu de compétitivité. Les Républicains par la  voix d’Eric Woerth et de Christian Jacob ont proposé  un système de mensualisation modernisé bien plus simple à mettre en œuvre et sans passer par les entreprises. Mais voilà,  c'est « le vieux monde », on ne peut donc pas le prendre  en considération.

D’ailleurs le  gouvernement craint par-dessus tout le double effet psychologique et récessif de  la  mise en place du prélèvement fin janvier. D’autant plus que la  croissance annoncée pour 2019 est plutôt  morose. Aussi multiplie-t-il  dans l’urgence les gestes notamment en faveur des contribuables qui pratiquent la « défiscalisation » pour qu’ils n’aient pas à avancer la totalité de leur dégrèvement d’impôt. C’est là qu’on s’aperçoit qu’avec nos technocrates, ce qui n’était pas  possible hier, le devient aujourd’hui. Mais entre 200 et 300 euros de moins sur la fiche de paie, cela se ressent, et la consommation pourrait en pâtir. La communication de Bercy se veut résolument optimiste,  mais elle fait volontairement l'impasse sur certains aspects négatifs pour le contribuable. L'opinion n’a pas conscience que pour obtenir le remboursement d'un surplus d'impôt prélevé, elle devra attendre plusieurs mois. Qu’il y ait des « bugs »,  c’est inévitable, mais ils ne concerneront plus les avis d'imposition, mais directement les prélèvements sur salaires... Ce qui change tout.

Le  débat sur le  prélèvement à la source ne doit  pas occulter les dernières mauvaises nouvelles en provenance de l’INSEE : Le déficit et la dette publics de la France ont été révisés en raison du reclassement de SNCF Réseau comme administration publique et de la prise en compte du coût de la recapitalisation l’an dernier du groupe nucléaire Orano par l’Etat. Le déficit public à fin 2017 s’inscrit dorénavant à 2,7 % du produit intérieur brut, après 3,5 % fin 2016, soit 0,1 point de plus qu’annoncé précédemment pour ces deux années. La dette publique monte de son côté à 98,5 % du PIB fin 2017 après 98,2 % fin 2016, contre respectivement 96,8 % et 96,6 % auparavant.Ces révisions tombent à un mauvais moment pour le gouvernement, déjà contraint de revoir ses prévisions pour 2018 pour tenir compte du ralentissement de la croissance.

C’est pourquoi aussi Bruno Le Maire pousse les  feux sur la  nouvelle loi « Pacte » dont il  attend qu’elle soutienne la croissance. Nous analyserons son contenu,  mais encore faut-il qu’elle fasse le  parcours  législatif et ensuite que les décrets d’application sortent… Au mieux pour  l’été 2019.   En attendant, la France continuera d’aller dans le mur.

 


LE « POUVOIR D’ACHAT », CURIEUSE OBSESSION

Pouvoir d'achat 3

 

Le sacro-saint « pouvoir d’achat ».

Darmanin prétend baisser les impôts pour donner du « pouvoir d’achat » aux Français, Wauquiez  veut « qu’on rende l’argent aux Français »  avec  le même but. Si on regarde à gauche et du côté  des extrêmes, on trouvera des discours ayant la même préoccupation avec des modalités  différentes…
Bref,  le « pouvoir d’achat » c’est l’alpha et  l’oméga de la politique française. S’il  y a des revendications pour l’augmenter, je n’ai trouvé personne pour expliquer vraiment d’où il vient,  et c’est pourtant essentiel.  Le « pouvoir d’achat » des ménages n’est que la résultante de la richesse produite qui permet aux entreprises et à l’Etat de verser des salaires. Excusez-moi d’enfoncer le clou !

On peut comprendre la nécessité de l’augmenter en période d’inflation pour compenser la hausse des prix ou pour partager de la meilleure façon une prospérité effective. Pourtant la France n’est pas dans une période d’excédent de richesse, ce serait plutôt  l’inverse,  quant à  l’inflation, elle vient tout juste de redémarrer à 2,3% après une longue période de stabilité des prix. Alors cette idée fixe d’augmenter le « pouvoir d’achat »  doit bien avoir une justification. Et cette justification, on la connait, elle est une aberration économique : il faut augmenter le « pouvoir d’achat » pour relancer la croissance par  la consommation.

Le jeu malsain de l’Etat-providence.

Comme les entreprises ne sont pas en situation de pouvoir augmenter les salaires, à quelques exceptions près, c’est la puissance publique par  le  jeu de la fiscalité qui va se charger d’en distribuer.  On va donc ponctionner  les  uns pour redonner aux autres,  avec  une justification imparable –la justice sociale-, de façon à relancer la production par la consommation. Créer une demande pour augmenter l’offre… Au passage, précisons que comme  le niveau de ponction fiscale a atteint un niveau quasi-confiscatoire, nos technocrates augmentent la marge de manœuvre en recourant à l’emprunt,  qui gonfle la dette.  Tout irait pour le mieux si c’était les entreprises hexagonales qui profitaient de la  manne providentielle. Mais nous sommes en économie ouverte  et il y a belle lurette que les chemises, chaussures, articles ménagers et autres smartphones ne sont plus fabriqués chez nous. Ce sont donc les  entreprises chinoises, indiennes ou coréennes qui vont être mises à contribution et donc des produits importés que nos concitoyens vont acheter.  Pour 100€ de « pouvoir d’achat » supplémentaire, 70€ vont aux importations. De ce  fait, notre balance du commerce extérieur est lourdement déficitaire.

Nos politiques marchent sur la tête.

La  quête du « pouvoir d’achat » est profondément démagogique. Le poids des prélèvements obligatoires, des charges et de la fiscalité la plus lourde d’Europe font déjà que notre croissance potentielle endogène est poussive, entre 1% et 2% du PIB. En la stimulant artificiellement, comme nous faisons depuis plus de trente ans (rappelez-vous la « cagnotte » de Jospin, sous Chirac), et en exceptant celle de 2010, vraiment utile, justifiée par la crise de 2008, nous creusons un peu plus à chaque relance, déficits, dette et chômage… Pour une raison toute simple : le petit plus de recettes du PIB produit par 1,5% de croissance, soit environ 35 milliards d’euros, avec son cortège négatif d’augmentations d’impôts et de déficits publics, est largement repris par les 65 milliards de déficit commercial, même si les produits importés génèrent de la TVA. En réalité, à chaque fois,  la France s’appauvrit un peu plus. Et comme notre contexte socio-économique est déprimé, la croissance induite s’essouffle tout de suite si elle n’est pas confortée par l’environnement extérieur. Ce qui vient de se produire : 2,2% en 2017, 1,7% (peut-être) en 2018, 1,5% prévu en 2019.

Il y aurait mieux à faire.

Il faudrait arrêter de prendre  le problème à l’envers et commencer par se  préoccuper de restaurer notre capacité  à créer de  la richesse  en redonnant à toutes nos entreprises, pas seulement les grandes, les marges de manœuvre nécessaires. La tâche est énorme, tant le retard accumulé est important. Il faut que nos entreprises  se  modernisent, rattrapent leur retard en robots  et en informatique, se spécialisent davantage, ce  qui nécessitent des investissements sur plusieurs années.  Il faut susciter les vocations exportatrices : nous n’avons que 124 000 entreprises tournées  vers l’export quand les Allemands en ont 300 000. Il faut permettre aux start-up  de devenir PME,  et aux PME de devenir ETI. Cela suppose des politiques fiscales adaptées avec un allègement drastique des charges, il faut   moderniser les rouages de support à l’action internationale,  comme le fait la Région des Pays de la Loire. Nos gouvernants devront avoir  la  force  d’âme de résister à l’appétit des investisseurs internationaux pour notre dette, ce qui maintient des taux encore très  bas et entretient la facilité de l’emprunt. Il faudrait certainement travailler  plus et revenir enfin sur les 35 heures qui coûtent 20 milliards par an à l’Etat. Et viser le plein emploi qui sera la récompense  des  efforts déployés. Personne ne parle du plein emploi ! Pourtant l’atteindre éviterait  bien des réformes compliquées dès lors que les cotisations seraient au rendez-vous ! Ensuite, le temps viendrait d’augmenter le  « pouvoir d’achat »… comme la résultante logique, une fois notre balance commerciale rétablie. Après, et seulement après !

Quand j’entends que nos technocrates au pouvoir se préoccupent de faire un plan contre la pauvreté, je crains le  pire. Quelle meilleure lutte contre la pauvreté que de procurer des emplois à ceux qui n’en ont pas et de la stabilité à tous les précaires. C’est le meilleur plan qu’on puisse mettre en place.

 


LE FAUX LIBERALISME D’EMMANUEL MACRON

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Le Président peut  pérorer tant qu’il veut et continuer à faire croire qu’il fait du « en même temps », si la  politique qu’il mène est vue comme « ultra-libérale » par le gars  Jean-Luc, elle n’en est pas  moins  une politique de  gauche classique sociale-démocrate, faisant quelques concessions au « capitalisme » faute de pouvoir s’en passer, mais profondément dirigiste et étatiste. Tant que je ne le verrai pas « détricoter »  toutes les lois et tous les règlements qui corsètent étroitement l’économie, mettant la liberté d’entreprendre et l’initiative privée  sous  contrôle  de «  l’Etat-stratège » et autres fadaises, je combattrai ce que j’appelle une escroquerie intellectuelle. Il est, comme ses  prédécesseurs  et pour les mêmes raisons, condamné  à l’échec.  Celui-ci commence à se voir malgré les efforts des médias pour le masquer. Et de voir tous ces gens de droite qui  se laissent avoir, parmi  les plus instruits, cela me laisse pantois.  Mais  j’ai une explication : ils ne savent pas ce qu’est le vrai  libéralisme.

Et  d’abord, le  constat.

Et  si on commençait par faire un simple  constat : le socialisme est en échec, même dans sa version   modérée sociale-démocrate. Partout la sociale-démocratie est en panne de logiciel et n’arrive pas à renouveler sa  pensée.  La France où  elle est minoritaire à gauche, n’échappe pas  à la  règle et la  première année de  pouvoir de  Macron en est une belle  illustration. Malgré quelques  timides réformes et  une  relance  keynésienne  avec  un énième prélèvement d’impôts   pour relancer  la  machine ( 24 milliards  d’euros avec  la hausse de la CSG), l’embellie de  croissance qui venait  de  l’extérieur  retombe sans  que  nous  ayons pu commencer  à redresser nos comptes, à rembourser  la  dette, à relancer durablement l’activité de nos entreprises. 24 milliards prélevés  en pure   perte  partis alimenter, comme les  précédents, le tonneau des Danaïdes, n’améliorant ni  le sort des  pauvres toujours plus nombreux, ni le chômage structurel et laissant en actualité  permanente le thème de « la pauvreté » qu’il  faudrait  éradiquer.  Tant qu’on fera la même politique,  il n’y a  aucun espoir d’y parvenir,  puisqu’on se paie le luxe, si je puis  dire,  de  creuser  encore un  peu plus  la  dette ! Si le  social-étatisme ça marchait, ça se saurait  depuis  le  temps qu’on l’applique !

En France,  l’offre  libérale n’a jamais  été présentée.

Exceptés François Fillon, chose exceptionnelle, qui a  présenté un volet  économique franchement libéral dans son  projet présidentiel, et  dans une moindre  mesure Alain  Juppé, les projets de gouvernement depuis des  lustres tournaient autour d’une même démarche étatiste. Au point que l’échec de la droite comme de la gauche  à force de  se complaire dans l’étatisme, la  réglementation,  la centralisation, a rendu tout changement de  majorité illusoire et  toute alternance vide de sens. On s’étonne  ensuite que les Français se tournent vers  les  extrêmes ou se  réfugient dans l’abstention. C’est l’échec de l’économie dirigée qui fait que les Français vouent une défiance  massive à la classe politique. C’est bien qu’ils attendent autre chose ! Mais encore aujourd’hui, une grande partie de  la droite et du  centre ne croit toujours pas  à l’alternative libérale, il suffit  d’entendre François Bayrou ou même Valérie Pécresse avec  sa  hausse du SMIC. Et demandez  à  Laurent Wauquiez s’il faut  privatiser  Air France,  il  vous répondra que non.

Il ne suffit  pourtant  pas de montrer l’échec économique et humain du socialisme. Les  déboires et les injustices que notre peuple subit n’ont  rien à voir avec le vrai capitalisme. La  crise de l’emploi et de son corollaire, la pauvreté, est  le  sous-produit  d’un capitalisme frelaté, amputé justement  de sa  dimension libérale. La  grande nouveauté de   notre temps,  c’est  de construire méthodiquement une alternative libérale. Elle n’a jamais été vraiment  présentée aux Français,  par aucun parti,  et la plupart de nos concitoyens ignorent que de nombreux  pays ont  pu éviter  la crise ou  en sortir sans dégâts  majeurs en acceptant les réformes libérales : le Canada, l’Australie, la  Suède, l’Allemagne.

Réconcilier le capitalisme avec le libéralisme.

Nous vivons les derniers soubresauts du capitalisme frelaté, où  le succès économique n’est plus la récompense des services rendus au bien commun, passés au filtre des  marchés  libres et ouverts, mais le résultat du « carnet d’adresses » et des pots-de-vin, de  la  collusion entre monde des  affaires et  hommes  d’Etat,  de  la corruption sous des  formes  subtiles et  souvent légales par l’octroi de  privilèges, de  monopoles, de  souscription à des  marchés publics, de subventions  ou tout bonnement de discriminations fiscales… avatars visibles et connus du dirigisme. On présentera ces tares en les mettant sur  le  dos du capitalisme, en s’appuyant sur les apparences  marchandes  des contrats, des sociétés, des directeurs, des crédits, des profits, fruits des montages  savants des oligarques, tous sortis de  l’ENA. Nous vivons mal l’adaptation à  l’économie mondialisée car elle a ouvert des brèches en mettant les Etats en compétition, alors que certains  ont misé  sur la  vraie liberté économique pour se développer et croître. Elle  met en lumière tous nos  modèles inefficaces : corporatisme, fonctions publiques, droits acquis.

La  France a des atouts. Elle  s’en sortira si elle mise sur le capitalisme réconcilié avec sa dimension libérale. Car la liberté économique n’est qu’un aspect du capitalisme, mais il est essentiel. Et c’est la dimension humaniste qui nous donne la clé : la liberté des actes est ordonnée à la dignité des  personnes. C’est cette dernière qui inspire et légitime le système d’économie de liberté. Autrement dit,  le système capitaliste ainsi défini est celui qui permet de restaurer la  créativité de l’être humain, sa propriété, sa responsabilité, et de développer le sens du service de  la  communauté, car nul ne peut y réussir sans satisfaire le besoin des autres, de choisir la confiance et la foi en la  parole donnée plutôt  que la méfiance et la  contrainte. Cette corde « libérale »  doit être adjointe aux autres qui constituent le socle de la droite.

Faire référence « aux valeurs »  n’est pas suffisant d’autant plus qu’elles reposent sur des notions floues aux interprétations diverses. La  liberté économique,  le capitalisme libéral,  reconnaissent les  fonctions régaliennes de l’Etat, ne sont pas  contradictoire avec  l’esprit civique  et peuvent être  les vrais moteurs de  l’économie de marché sans renier le sentiment national, bien au contraire. L’échec sans appel de Nicolas Sarkozy  à la primaire a mis fin à la culture bonapartiste de la droite et Laurent Wauquiez ferait bien d’en prendre conscience,  s’il veut que ça « imprime ».  Néanmoins, les accommodements entre libéralisme économique, politique et conservatisme social ne sont pas des vues de l’esprit, la  « synthèse » élaborée par François Fillon en témoigne. Un projet qui n’aliénait aucune composante de la droite. Voilà un héritage qu’on ferait bien de faire fructifier et qui était un chemin possible vers une société de liberté.

N.B. Il faut enseigner « l’économie libérale » en économie dès le lycée, ce qui n’est pas vraiment fait aujourd’hui.

 


LE TONNEAU DES DANAÏDES.

Tonneau des danaïdes

Ah, les inégalités !

Je  lisais l’autre jour Manuel Valls qui s’exclamait : « il faut réduire les  inégalités ! ».  Mais qu’ont-ils donc fait pendant cinq ans que les socialistes étaient au pouvoir avec cet objectif constant au point de rendre la  fiscalité confiscatoire pour redistribuer aux « pauvres » ? Ils n’ont cessé d’élargir les mises sous condition de ressources au détriment des  mêmes et  au profit des mêmes et d’affranchir une frange toujours plus large de nos  compatriotes  de  l’impôt sur le revenu si bien que  1% paie 25% de l’Impôt sur le revenu et les 10% les plus aisés paient 50% de l'addition IR + CSG + TH, une proportion qui pourrait s’accroître encore en 2018 si 80% des assujettis à la TH sortent de l’assiette de l’impôt. Et  voilà qu’on vient encore nous dire que les inégalités se creusent !  Statistiques de l’Insee à l’appui ! Quand comprendront-ils que leur raisonnement est une machine à fabriquer de la pauvreté parce qu’ils prennent le problème par le mauvais bout. Il  suffit de regarder  les  économies de notre vaste monde : celles qui s’appuient sur  le libéralisme et la liberté d’entreprendre produisent plus de richesse que celles qui promeuvent le  dirigisme étatique et les pauvres  y sont moins pauvres. La France est un cas quasi extrême, excepté les rares économies totalitaires communistes qui perdurent, de pays dit « libéral » alors qu’il est complètement « socialisé ». Au point qu’on n’a même plus besoin des socialistes !

La redistribution : une machine à généraliser la pauvreté.

L’idéologie économique française valorise depuis Colbert et Louis XIV l’Etat entrepreneur et stratège, que les  Jacobins ont ensuite repris  à leur compte,  irriguant tous les  courants politiques. On y a rajouté le modèle social d’Etat-providence en 1945, avec  le programme du Conseil National de la Résistance entériné par De Gaulle. De fait, en France,  l’Etat est toujours prêt à se substituer au marché  et le bien-être ne peut provenir que de son action. A crédit s’il le faut, quand  l’économie dont on a faussé les règles ne produit pas  la  richesse attendue.  C’est un cycle  infernal qui s’est progressivement mis en place et singulièrement aggravé depuis Mitterrand. La retraite  à 60 ans non financée  ou les 35 heures généralisées font partie du florilège des décisions anti-économiques pourvoyeuses de déficits, d’assistance et de pauvreté. Comme la redistribution ne peut se faire  par  l’emploi et les  salaires d’entreprises croulant sous les charges,  c’est l’Etat qui y pourvoie en se procurant  la ressource nécessaire par l’impôt et aussi, malheureusement, par l’emprunt.  De  la croissance à crédit qui génère du déficit commercial qui en annihile le bénéfice. Moyennant quoi on augmente  le  chômage et le poids de l’assistance. Cercle vicieux ! Expliquez-moi comment avec 729 milliards d’euros de transferts sociaux sur 1257 milliards, on a 3 millions de chômeurs et  6 millions de  précaires… Les dépenses publiques  atteignent 56,4%  du PIB quand les recettes culminent avec un taux de prélèvements obligatoires record de 45,4% !  L’écart  entre dépenses et recettes en dit long ! Si le  système marchait, ça  se saurait !

La dette et les déficits : toujours plus d’impôts.

Macron, que l’on présente comme le  sauveur de l’Europe a poussé ce cri du cœur à l’adresse de notre voisin : «  En Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme  perpétuel pour les  excédents budgétaires et commerciaux, car ils  se font aux dépens des autres ! » C’est sûr, ce n’est pas  à notre  pays que ça arrivera ! Qu’est-ce qui empêchait les Français de  se mettre en situation de concurrence avec nos partenaires européens en utilisant l’euro qui facilitait les échanges, comme  l’on fait les  Allemands. Mais la  France a fait le choix de se mettre sous la protection de la  monnaie commune pour pratiquer une politique  budgétaire  laxiste. On en paie aujourd’hui la facture. On comprend  alors  que  proposer un « budget spécifique » européen éveille la  crainte chez nos voisins d’y voir une tradition dirigiste  accro à la dépense publique.

Ce cri du cœur d’Emmanuel  Macron est révélateur de  son état d’esprit. Adepte  de l’Etat providence qu’il ne remet pas en cause, sa politique prolonge  celle de son prédécesseur avec quelques  adaptations taxées de « libérales » imposées plus par la réalité  que par  des convictions. Il n’envisage pas de baisser la dépense publique qui obligerait à remettre en cause le  périmètre de l’Etat. Il est donc condamné à  continuer dans la voie de l’augmentation de la pression fiscale et de l’emprunt.  C’est d’ailleurs ce que lui rappellent ses trois économistes de  service : les trois hommes préconisent des mesures précises comme la « taxation plus lourde des grosses successions ». Dans le même ordre d'idée, MM. Aghion, Martin et Pisani-Ferry conseillent au président de différer la suppression de la taxe d'habitation des 20 % les plus aisés. Ils recommandent par ailleurs de revoir « les aides aux entreprises » et « l'extinction des aides à la pierre ». Bonjour les dégâts si on asphyxie un peu plus les entreprises et le bâtiment.  Comme il faut préserver ceux, toujours  plus nombreux, qui sont dans la précarité, la base de ceux qui sont sollicités se rétrécit et ils paient toujours plus. Ainsi les retraités considérés aujourd’hui comme riches. Le ras-le-bol fiscal va en plus être exacerbé  par le prélèvement à la source qui, supprimant le  consentement à l’impôt, cache  l’individualisation, la fin de la prise en compte de la famille, et prépare à terme la fusion avec la  CSG. Les classes moyennes ne sont pas au bout de leurs peines.

On va donc continuer à remplir le tonneau des danaïdes.

C’est le système qui génère les inégalités. Il oublie principalement l’essentiel : il faut produire  la  richesse  avant de la  partager, et ce sont les  entreprises, pas l’Etat, qui en sont capables. Tant qu’on ne les  mettra pas en situation de  participer à la compétition internationale avec les  mêmes  chances que leurs concurrentes,  la  France continuera de s’appauvrir. On va donc continuer à augmenter les prélèvements, faire semblant de réaliser des économies, tirer des  plans tous azimuts… Il  y aura évidemment de  moins en moins de riches et toujours plus de pauvres,  car imaginer que ce que l’on prend aux uns permet aux autres de s’élever est  une fiction, d’autant plus qu’en réalisant l’opération on diminue la richesse produite. Depuis le temps qu’on a  mis ce dispositif en marche, il  ne devrait plus y avoir d’inégalités dans notre pays. Or on n’a jamais eu autant de précarité et de pauvreté. Parce que c’est comme remplir un puits sans fond : la redistribution une fois partagée, ce sont des miettes que reçoivent les destinataires. Cela  débouche sur l’assistance généralisée et pourquoi pas, en phase ultime, le  revenu universel pour suppléer au manque d’emplois que l’économie se révèle incapable de créer. Alors, faute de capitalistes locaux, on peut  toujours faire venir des investisseurs étrangers pour créer quelques emplois,  mais il faut savoir qu’ils rapatrient chez eux leurs bénéfices. Il   suffit de regarder notre balance des  paiements. 

Notre pays si talentueux mérite une autre politique !

 


MACRON : L’IMPASSE ?

Macron planté

 

L’illusion serait-elle en train de se dissiper ? En tout cas, on a l’impression que rien ne fonctionne comme le Président jupitérien le  voudrait. Les  piliers qui servent de fondement à sa  politique semblent se fissurer. Car  c’est bien à l’écroulement de sa stratégie auquel on assiste :  les réformes devaient être portées par une croissance forte au plan intérieur et par la refondation de l’Europe sous son autorité au plan extérieur.

La croissance à la peine.

Les dernières statistiques le montrent clairement : la reprise est en train d’avorter. Le rythme annuel de  la croissance est redescendu autour de 1,7% avec une perspective encore  plus limitée pour 2019 : 1,5%. En cause, tous les  moteurs de l’activité : le ralentissement touche tous les secteurs, sous  l’effet des hausses d’impôts (4,5 milliards d’euros pour les ménages), les investissements stagnent,  la  balance commerciale se dégrade avec la montée de l’euro et la rémanence du déficit de compétitivité de nos entreprises. La construction souffre du déluge de taxes et d’impôts sur l’immobilier… C’était  prévisible et je l’avais dit il y a quelques semaines.  Je n’ai aucun mérite, la politique keynésienne conduit toujours aux mêmes résultats : prélèvements, distribution et rechute avec son cortège  habituel : déficits publics, dette, chômage. Cette reprise éphémère souligne tout simplement la vulnérabilité de la France qui a plus que jamais une économie  dominée.  Car les  causes du ralentissement comme celles de la reprise sont  pour l’essentiel extérieures à notre pays. Nous subissons le retournement fin 2017 du cycle d’expansion qui a démarré fin 2009  aux Etats-Unis et évidemment  l’envolée du prix du pétrole de 40% en un an. Et malheureusement pour nous les trois inspirateurs de cette politique, Aghion, Martin et Pisani-Ferry, viennent de  proposer au Président d’en remettre une couche :  continuer à alimenter le tonneau des Danaïdes : ce sera l’objet de mon prochain article !

L’Europe sourde.

Le « prix Charlemagne »  fait certes de belles dissertations sur l’Europe avec des envolées lyriques qu’Homère n’aurait pas désavouées. Mais le Président prêche dans le désert. Pour l’instant ses propositions sont restées lettre morte. Angela Merkel s’est même payé le luxe de lui faire une réponse  détaillée dans un grand quotidien allemand et c’est plutôt « nein » que « ya vol » ! En gros,  si on compte sur l’Allemagne pour cautionner la politique de croissance à la française fondée sur une dette publique exponentielle et des déficits  jamais combattus, en « mutualisant les dettes », c’est pas demain  la veille. D’ailleurs, la France,  par son attitude, n’aide pas à conjurer les périls qui menacent l’Union. La hausse des taux d’intérêts, la volatilité sur les marchés, l’instabilité de l’euro, vont rendre encore plus compliquée la tâche du gouvernement français qui court après les recettes comme un mort-de-faim après un quignon de pain. Notre pays participe aux trois chocs mal gérés qui menacent l’union d’éclatement et la fin de la monnaie unique : la crise italienne, la crise migratoire et la crise financière ; sans parler des autres défis : l’imprévisibilité de Trump, la  guerre commerciale, la  fracture numérique… Or, sans moteur le franco-allemand, l’Europe n’avancera  pas.

Le ruissellement ne ruisselle pas.

Macron avait justifié la suppression de l’ISF par son faible rapport et le  fait que notre  pays était le seul  à  l’avoir institué et  maintenu. Un « impôt imbécile ». Là-dessus nous sommes d’accord. Il  avait aussi ajouté un argument supplémentaire : la « théorie du ruissellement » selon laquelle quand on laisse l’argent aux riches, par capillarité  économique, il  profite aux pauvres. Sauf qu’en France, ça ne marche pas. La raison est toute simple : si on reprend l’image de l’eau qui s’écoule du sommet  vers la vallée, on s’aperçoit que dans notre pays,  les pentes sont hérissées de barrages de détournement mis  en place par l’Etat et bien peu d’eau arrive en bas. En effet, la France  est la championne mondiale  des prélèvements obligatoires et cela se traduit pas la taxation du capital partout  où il pourrait se constituer ou s’accumuler. Le ruissellement est tari avant d’avoir commencé et est remplacé par la mise « sous conditions de ressources » de tranches  toujours plus nombreuses de la  population.  Après on dénonce le « Président des riches » ce qui est une illusion d’optique.  Enfin, au passage, il a quand même fait plaisir à ses copains banquiers.

Les contradictions du « en même temps ».

J’ai toujours pensé que l’expression cachait une imposture. La reprise que l’on doit au contexte international plus qu’à Hollande a fonctionné comme un paravent donnant corps à l’utopie du « en même temps ». La réalité n’a pas de  mal à mettre  par terre la  fiction et ce qui est inconciliable le reste : moins d’impôts (ce qu’on dit) et plus de dépenses publiques (ce qu’on fait) ; plus de compétitivité sans baisser les charges qui  pèsent sur les entreprises ; on veut faire des économies mais on garde le même nombre de fonctionnaires ; on augmente le pouvoir d’achat en taxant davantage les carburants (entre autres) et bientôt les restaurants… Même pour l’Europe, le « en même temps » ne tient pas la route.

Emmanuel Macron est de plus en plus perçu comme un président menant une politique de droite, et c’est confirmé par différentes études d’opinion. C’est facile à comprendre : l’actualité des dossiers traités, comme la réforme de  la SNCF, trouvera plus de sympathisants à droite qu’à gauche. Mais c’est encore une imposture. Il maintiendra le cap tant qu’il n’aura pas réussi à anéantir ou diviser durablement la droite. Ce qui est d’ailleurs confirmé : le chef de l'Etat voit sa cote reculer chez les sympathisants de toutes les familles politiques à gauche y compris son propre parti, La République En marche. La chute de Nicolas Hulot, très identifié à gauche dans l'opinion des Français, contribue à déséquilibrer à droite la perception du gouvernement. Le pourcentage de ceux qui déclarent « ne pas faire confiance du tout » à Emmanuel Macron progresse de 3 points pour atteindre 27 %, ce qui marque un durcissement de ceux qui veulent s’opposer à sa politique en corrélation avec les mouvements sociaux du printemps. La politique menée par l'exécutif n'est pas perçue comme équilibrée par les Français. Les ministres, qui peinent toujours à émerger malgré des réformes enchaînées les unes après les autres, ont beau défendre l'équilibre général des mesures prises, leur discours ne passe pas dans l'opinion. Justement à cause de la  confusion entretenue par le « en même temps » ;  la « transformation » vers le monde nouveau se heurte aux dures réalités. L’illusion ne tardera pas à se dissiper : discours de droite, politique de gauche, disais-je. Car les faits sont là : ni les simagrées amoureuses à l’égard de Trump, ni les « francs » dialogues avec Poutine, ni la tentative de convaincre Merkel n’ont eu la moindre réussite, le moindre résultat. Quant aux succès économiques, ils demeurent à la traîne de ceux de l’Europe et du monde. Ce n’est pas Jupiter qui nous gouverne, mais Narcisse, ce qui n’empêche pas qu’il faille craindre ses projets, car avec sa  majorité de godillots, sa capacité de nuire à notre pays reste  puissante. Son insistance obsessionnelle à vouloir une loi sur les « fake news » en apporte la preuve décisive et ses projets constitutionnels, une autre.

 

 


LIBERAUX ? VOUS VOULEZ RIRE !

   
Faux liberaux Liberalisme

 

Petite leçon sur le « libéralisme ».

Selon un sondage publié par Les  Echos, Macron et Philippe arriveraient en tête devant Juppé, comme  personnalités  libérales.  Juppé, passe encore, bien que sa conversion girondine soit récente. Voilà une preuve de plus de l’inculture majeure de nos concitoyens en économie. Savent-ils seulement ce qu’est le  libéralisme au pays où le marxisme reste encore un  support  de l’action politique puisque c’est à cause de cette idéologie mortifère que la gauche a explosé. Mélenchon et quelques autres ayant repris le  cher flambeau de  la lutte des classes. Pour simplifier, en France,  tout ce qui n’est pas « marxiste »  est libéral,  voire « ultra-libéral ». C’est donc  à nos  joyeux compères  des « Insoumis »  et  avant  eux,  bien d’autres, que l’on doit ce classement pour le moins fantaisiste. Parce que si Macron et  Philippe sont des libéraux, moi, je suis évêque (je n’ai rien contre les évêques). Ce sont des technocrates étatistes. Autrement dit, la politique qu’ils mènent est typiquement sociale-démocrate dans ses aspects keynésiens :  je prends  de l’impôt  et je distribue. Ce qui fait prendre des vessies pour des lanternes, ce sont les réformes menées depuis un an que la gauche  qualifie de « libérales » : la réforme du droit du travail, celle de la SNCF,  en sont les exemples emblématiques. Mais celles-ci ne sont qu’une remise  en ordre des  affaires de l’Etat qui, n’ayant plus d’argent, doit tailler et réorganiser. Sachant qu’en plus, pour la  SNCF, l’Europe impose l’ouverture à la concurrence. D’ailleurs on voit bien que la réforme du code du travail n’a rien changé en profondeur : il faut se lever de  bonne heure pour y voir  une réforme libérale. Une  politique libérale  serait  toute autre.

Rappelons quelques principes qui  fondent le libéralisme :

Les libéraux préfèrent l’initiative individuelle au dirigisme étatique.

L’Etat soit se concentrer sur ses fonctions régaliennes.

Les libéraux sont partisans de la décentralisation et croient dans la capacité d’initiative des territoires.

Les libéraux veulent que l’on puisse jouir des revenus de son travail sans subir une fiscalité confiscatoire.

Les libéraux pensent que le budget de la nation doit être en équilibre et qu’il n’est pas sain de laisser la charge de la dette à nos enfants.

Les libéraux sont conscients des enjeux environnementaux et sont persuadés qu’ils seront la clé de la croissance future.  Ce sont des écologistes réalistes.

Les libéraux se classent à droite, une droite moderne,  pro-européenne, ouverte sur les évolutions de la société, et ne se reconnaissent pas dans le dirigisme hyper-centralisateur du gouvernement actuel,  pas plus que dans le nationalisme étriqué du Front National.  

Qu’est-ce que vraiment le libéralisme   ? 

Il s’agit avant tout d’une vision de l’Homme qui consacre pour chaque individu la libre-disposition de soi, la liberté d’entreprendre et de réaliser ses ambitions mais aussi l’égalité devant la loi comme le rappelle notre Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789. C’est bel et bien une philosophie de confiance dans l’être humain. Les libéraux font plus confiance aux individus libres et responsables qu’à  l’Etat omniprésent, fût-il « providence ».

L’engagement  politique,  pour un libéral, c’est d’abord faire reculer l’Etat pour qu’il se recentre sur la protection des libertés individuelles, la protection de la propriété, le droit à la sécurité. Un Etat fort en matière de police et de justice est primordial pour garantir la préservation de nos libertés et de notre propriété. Cela ne veut pas dire que le libéralisme c’est « les riches » et « les puissants » contre « les pauvres » et « les petits ». Le  libéralisme combat les rentes et le capitalisme de connivence, l’évasion fiscale, tout ce qui fausse le marché et nuit à une juste concurrence.

La crise du socialisme et de l’étatisme.

Ceux qui croient que l’Etat n’a jamais autant reculé que ces dernières années et que le libéralisme a triomphé en France, se trompent lourdement. Les dépenses publiques représentent 56% du PIB, la dette atteint 2.200 milliards d’euros et le déficit de l’Etat 70 milliards d’euros, tandis que la pression fiscale ne cesse de battre tous les records. Nous ne sommes pas aujourd’hui confrontés à la crise du libéralisme mais bien à celle du socialisme et de l’étatisme. Et Macron la prolonge.

Pour  les  libéraux, la priorité est donc de remettre de l’ordre dans nos finances publiques. Loin d’être la clé de tous les maux, la baisse de la dépense publique est un moyen pour redonner de l’air à un système asphyxié par l’impôt.

Sur le plan social, le pillage institutionnel que représente l’impôt ne résout pas la pauvreté dans un pays qui compte près de 9 millions de pauvres. Au contraire, il enraye le seul moteur fiable permettant d’augmenter la production de biens et de services et donc de réduire la pauvreté. Une politique libérale proposerait une baisse massive de la fiscalité, aussi bien pour les entreprises en réduisant l’impôt sur les sociétés à 23% que pour les particuliers….

Bref, une politique libérale aurait comme  première préoccupation de rétablir les conditions favorables  à la création de la  richesse, objectif que l’on a perdu de  vue, et  seul chemin pour le retour à un pays prospère.

Le porte-drapeau des Libéraux est aujourd'hui Virginie Calmels,  1ère Vice-présidente des  Républicains.

 

 


LA DETTE ? TOUT LE MONDE S’EN FOUT ! Sauf que…

Dette  mondiale

 

Un ouvrage sérieux du Cercle Turgot montre à quel point l'endettement public gangrène l'économie mondiale sans que ni l'opinion ni les dirigeants des pays ne s'en émeuvent vraiment. La dette mondiale, soit l'ensemble des dettes de tous les pays  de  la planète, dépasse largement le PIB mondial, soit la somme de tous les PIB, selon une étude McKinsey Global Institute (MGI). Et par « largement », il faut comprendre qu'elle est trois fois plus élevée : la montagne atteindrait 237.000 milliards de dollars à la fin 2017, et en un an, elle aurait crû de 11.000 milliards, c'est-à-dire l'équivalent du PIB annuel de la Chine, deuxième économie de la planète. Elle représente selon le FMI et sur la base des chiffres de 2016  (164.000 milliards de dollars), 225% du PIB mondial, un record !  C'est le genre de donnée qui laisse rêveur.  Tout esprit rationnel penserait que le système économique actuel est largement biaisé et va probablement s'écrouler comme un château de cartes.

L’empreinte de 2008.

La crise de 2008 a laissé des traces : à elle seule, elle aurait augmenté le poids de la dette publique de 40 %. Pour les seuls pays développés, cette dernière pesait, fin 2017, en moyenne plus de 105,4 % de leur PIB. Un plus haut depuis la seconde guerre mondiale, rappelle le FMI. Les pays les plus endettés sont le Japon (236,4 % du PIB), l’Italie (131,5 %), la France (97%). Aux États-Unis (107,8 %) la réforme fiscale lancée par Donald Trump, évaluée à 1 000 Milliard de $, devrait encore augmenter le poids de cette dette publique et le niveau d’endettement pourrait atteindre 116,9 % en 2023 ! Malgré des taux de croissance très élevés, les pays émergents ont de plus en plus recours à l’endettement, eux aussi. La dette publique des pays émergents est passée de 37,4 % du total des PIB des pays concernés en 2012 à 49 % en 2017 et devrait atteindre 57,6 % en 2023. La Chine fait fort, elle aussi : deuxième puissance économique mondiale, elle a vu son taux d’endettement passer, en 5 ans, de 34,3 % à 47,8 % de son PIB. Selon les prévisionnistes du FMI  il devrait atteindre 65,5 % à l’horizon 2023. A elle seule, la Chine représente 43% de l'augmentation de la dette mondiale depuis 2007.

Une progression inquiétante.

Cette progression générale de la dette publique inquiète le FMI dans la mesure où elle amoindrit les capacités des gouvernements à déployer des politiques budgétaires de soutien en cas de récession. Des capacités déjà très largement entamées par la crise de 2008, notamment dans les pays occidentaux. L’institution prévient : l’endettement mondial représente désormais un risque pour l'économie. « Le monde est désormais 12% plus endetté que lors du précédent record en 2009 », attribuant cette hausse à la Chine, et  ça va continuer, car les Etats-Unis ne sont pas en reste comme on l’a vu.

Les  apparences sont trompeuses.

« L'économie mondiale va très mal. La croissance se confirme, tout le monde en profite, mais ces bonnes nouvelles cachent une terrible réalité d'arrière-scène : tout cela ne marche que par endettement. Etats, entreprises, ménages se ruent sur les emprunts. Les taux sont à zéro, endettez-vous ! Endettez-vous ! Les chiffres qui viennent d'être publiés cette semaine sont déments. » dénonce Eric Le Boucher dans les Echos. Et  il précise : « Selon l'Institute of International Finance la France est le pays qui a le taux d'endettement des ménages le plus élevé d'Europe »,  ce qui n'est pas rassurant. Si les taux d'intérêt remontent, prévient Christine Lagarde, ce qui est en cours avec la normalisation des politiques monétaires des banques centrales, toute la montagne va trembler. Et si le cycle économique se retourne, comme c’est prévisible, les autorités seront privées de moyens pour faire face. En 2008, elles ont pu laisser filer les déficits et abaisser les taux, mais comme rien n'a été remis à sa place depuis, ces armes sont aujourd'hui sans munitions. Quant aux pays pauvres, beaucoup foncent vers le défaut de paiements. Une nouvelle crise pourrait donc provoquer dix fois plus de dégâts qu'il y a dix ans. D’autant plus que les conditions politiques qui avaient permis au G20 de « relancer ensemble » ne sont plus  d’actualité, et elles pourraient bien laisser place à la désunion. Mais la croissance continue de faire illusion et la fragilité du système ne cesse de croître. La crise financière a eu pour cause immédiate un excès général d'endettement. La manière dont les banques centrales ont dû affronter la crise systémique de 2008 d'une magnitude extrême a eu pour résultat de poursuivre la course à l'endettement.

Un système économique et monétaire déréglé.

La finance internationale est une galaxie noire qui échappe tellement au contrôle qu'on ne se sait même pas la mesurer vraiment. Une seule certitude : l'expansion de ladite galaxie.  Aujourd’hui, tout est financiarisé à commencer par la « raison d'être » des entreprises. Le système mis en place depuis 1970 est intrinsèquement instable : la spéculation va de bulle en bulle et l'économie de crise en crise. Pour éviter leur éclatement, Alan Greenspan a  acheté massivement des actifs. C'était reculer pour mieux sauter. Le ratio dette/PIB s'est élevé partout mais sans traduction dans l'investissement qui, au contraire, se rétracte et manque pour reconstruire des fondements solides pour la croissance. Le dollar domine de façon extravagante cette finance globalisée  avec 87 % des marchés de change, 61 % des réserves, 57 % des prêts bancaires ; ses acteurs qui  gèrent 55 % des actifs font la loi, et il reste le refuge ultime de sécurité, alors que l'économie américaine ne représente plus que 23 % du PIB mondial et 12 % du commerce international. Cherchez l’erreur ! La bonne solution serait de redéfinir le cadre institutionnel d'une coopération monétaire internationale, explique Eric Le Boucher : «  Cela nous ramène au FMI, à qui il faut redonner un rôle majeur et pas seulement de surveillance. On le devine, Donald Trump s'y opposera. »

Les Etats invités à prendre des mesures.

Fort logiquement, il faut serrer les boulons tant que la croissance est là, exhorte Christine Lagarde qui détaille les actions à mener : de la rigueur pour les Etats, les firmes et les banques ; des mesures pour éviter la flambée des prix de l'immobilier qui est générale dans les métropoles ; des amortisseurs pour tenter d'amoindrir les mouvements violents de capitaux qui affecteront les pays les plus vulnérables… Mais rien ne se passe vraiment dans ce sens, la bombe à retardement pourrait bientôt exploser et l'orchestre du Titanic continue de jouer.

Comme dit  l’autre, « on n’est pas  sorti de l’auberge ».  Mais pour l’épargnant moyen, que faire  pour se mettre à l’abri ? En attendant, la France devait mettre la croissance à profit pour s’attaquer à la réduire au lieu de laisser filer.

 


LE MAIRE, MAITRE « ES POUDRE DE PERLINPINPIN » !

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Ah la  belle affaire !

Pour la première fois depuis dix ans, le déficit budgétaire, ce marqueur incontournable  de la dérive des comptes publics, est descendu en-dessous des 3% par rapport au PIB. Bruno Le  Maire affiche sa  satisfaction : les finances de la France vont bien. Sauf que la  situation est loin d’être bonne. Car si le déficit public s’améliore, tous les autres indicateurs de notre tableau de bord sont mauvais. La dette a continué à s’alourdir et c’était inévitable puisque nous sommes toujours en déficit. Certes l’année 2017 s’est terminée sur une amélioration du déficit d’un petit milliard et des poussières par rapport à 2016,  grâce à la croissance plus forte que prévue, mais pour stabiliser la dette, il aurait fallu qu’elle fût de 25 milliards (dixit la Cour des comptes).

La course folle des dépenses.

Plus grave, En un an, 10 milliards de dépenses supplémentaires : l’Etat a dépensé 10,6 milliards d’euros de plus en 2017 (326,8 milliards) qu’en 2016 (316,2 milliards). Il a aussi dépensé 4,3 milliards d’euros de plus que ce qui était prévu dans la loi de finances. La faute à un budget insincère précise Didier  Migaud. « Les dépenses totales sont en très forte hausse », constate-t-il encore. Les dépenses publiques sont donc en net rebond : elles auront augmenté 2 fois plus vite en 2017 que l’année précédente ! Et ce n’est pas que sous Hollande. Macron a pris le relais. Les dépenses de fonctionnement, pour l’essentiel les salaires de la fonction publique, auront progressé 3 fois plus vite qu’en 2016. Et si le déficit s’est effectivement quelque peu réduit, c’est parce que la croissance a fait rentrer davantage d’impôts, notamment la TVA et l’Impôt sur les sociétés, portant le niveau des prélèvements obligatoires à un niveau incandescent comme on sait : 45,4% de toute la richesse créée par les Français sont prélevés par la puissance publique. Record historique, on se tue à le répéter !

Un piège redoutable.

C’est le piège dans lequel Emmanuel Macron risque de sombrer : sans baisse des dépenses, pas de baisse des impôts. Et il sera impossible alors pour l’économie française de se libérer.  D’autant plus que Mario Draghi le confirme, la   croissance européenne ralentit et le retournement de conjoncture sur les taux se confirme. Autrement dit,  c’est l’échec des réformes assuré. Car la croissance qui a été plus dynamique que prévu l’an dernier agit comme  un trompe l’œil.  Elle a permis d’améliorer la situation des finances publiques,  mais cela  ne tient qu’à des éléments ponctuels.  En réalité la  maîtrise des dépenses n’est qu’une illusion,  il n’y a aucun effort structurel.  De fait,  réduire  la  dette à moyen terme est improbable. Ce n’est pas parce que la France sort de « la procédure de déficit excessif » que nous devons nous affranchir des règles européennes : elle devrait réduire de 0,5 point en moyenne chaque année son déficit structurel (celui qui ne tient pas compte des effets de la conjoncture), or  ce n’est pas  ce que prévoit le  programme pluriannuel  transmis à Bruxelles.

Et le  chômage s’en mêle.

Preuve que notre économie ne va pas si bien que ça, le taux de chômage tel qu’il est calculé selon les normes du Bureau international du travail (BIT), a rebondi de 0,3 point au premier trimestre en France métropolitaine, une hausse qui touche principalement les femmes, pour s’établir à 8,9% de la population active, selon les données provisoires publiées mercredi 23 mai par l’Insee. En incluant les départements d’outre-mer (hors Mayotte), il s’inscrit à 9,2%, en hausse de 0,2 point par rapport à sa marque de fin décembre. Mais l’Insee l’anticipait de moindre ampleur, tablant, dans ses dernières prévisions publiées en mars, sur un taux de chômage national revenant à 9,0% au premier trimestre. Le rebond du premier trimestre intervient alors que l’Insee a annoncé la semaine passée que l’emploi salarié avait progressé de 0,3% au premier trimestre dans le secteur privé en France, avec la création nette de 57 900 postes sur la période. Ces chiffres peuvent paraître contradictoires, ils marquent surtout une certaine stagnation. Et comme la remontée des taux est maintenant entamée, les  marges de manœuvre du gouvernement vont s’étioler. Il  pourrait bien avoir mangé son pain blanc. Mais il n’y a rien d’étonnant à tout cela : j’ai toujours dit que l’économie administrée ne savait pas produire d’autres résultats que ceux-là depuis près de 40 ans maintenant ! Tant qu’on n’en sortira pas  …

Il faudra beaucoup d’imagination à Le Maire et Darmanin pour nous faire croire « aux lendemains qui chantent » !

 


NULS EN ECONOMIE !

économie pour les nuls

 

Je me demandais comment les thèses marxistes sur lesquelles repose le discours de Mélenchon pouvaient séduire autant de Français. Car si le personnage a un carisme certain, ce qu’il raconte a fait, partout où ça a été appliqué, plus que la preuve de l’inefficacité. Il suffit de regarder comment le Vénézuela a été précipité dans l’extrême pauvreté en quelques années. Dans notre pays, tout ce qui n’est pas marxisant est libéral ou ultra-libéral. M. Martinez vilipendait encore aujourd’hui la  politique « libérale » de M.  Macron, faite pour les riches. Des raccourcis simplistes qui peuvent recueillir un écho dans la population. La réponse est simple : les Français sont nuls en économie, ce qui les rend vulnérable aux pires thèses populistes d’extrême-gauche comme d’extrême-droite. Facteur aggravant : nos élites, et en particulier les énarques, sont touchées par le phénomène.

Ce constat ressort dans une étude édifiante publiée dans l’hebdomadaire Le Point.

Qu’on en juge : 63% des Français n’auraient aucune idée de l’ordre de grandeur du PIB de notre pays, 73% ignorent combien coûte au total à son employeur un salarié payé au SMIC, 38% estiment que la situation de notre commerce extérieur est bonne ou très bonne… Et si la culture économique des Français est aussi limitée, cela tient en grande partie à la façon dont cette matière est enseignée dans le secondaire ainsi que dans les grandes écoles qui forment les hauts fonctionnaires, comme l’ENA ; mais aussi à l’inculture générale de ceux qui commentent l’économie, excepté quelques journalistes spécialisés, et qui transmettent des idées erronées ou des interprétations orientées des faits. Car non seulement les rouages et les mécanismes basiques de l’économie sont mal enseignés au profit des sciences sociales, ainsi la notion de compétitivité échappe complètement à nos étudiants, mais  en plus on les fait raisonner à partir de Keynes, Marx ou Durkheim en ignorant presque totalement la pensée libérale. Quand on sait que Nathalie Arthaud, leader de Lutte ouvrière, est prof d’économie, on peut avoir une petite idée du discours qui est tenu sur les entreprises et les patrons : la légende noire de la révolution industrielle qui réduit le patron à un exploiteur ou un esclavagiste a la vie dure. C’est pourquoi s’est développée en France une méfiance fondamentale envers l’économie de marché, réduite à un système d’exploitation de l’homme par l’homme et cette méfiance nourrit le désintérêt pour son fonctionnement. Or, on admet généralement qu’il faut que la moyenne des gens ait un minimum de culture économique pour qu’une économie soit tournée vers l’innovation.

Il est donc urgent de revoir l’enseignement de l’économie.

Une réflexion sur les programmes est justement en cours. Un groupe d’expert dirigé par l’économiste Philippe Aghion, proche d’Emmanuel Macron, a été chargé de faire des propositions. On ne sera pas rassuré pour autant sur la désintoxication à entreprendre des thèses keynésiennes qui sont à l’origine de l’économie administrée par l’Etat, qui paralyse tant la production de richesse dans notre pays. Il faudrait imposer l’étude des fondamentaux : ce qu’est une économie de marché, un prix, un monopole, la concurrence, une courbe d’offre et une courbe de demande… et revoir le contenu des manuels qui devraient d’abord contenir les bases du raisonnement en économie et non noyer les élèves dans les documents et les données qu’ils ne retiennent pas.

Et faire une place à l’étude du libéralisme en économie !

Car, en France, dès qu’on veut alléger les contraintes qui pèsent sur les entreprises, on brandit volontiers le spectre de « l’ultra-libéralisme », sans même savoir ce qu’est le libéralisme de base. Sans compter qu’il existe toutes sortes de libéralismes, le pur et dur n’existant qu’en théorie et n’étant appliqué nulle part, même aux Etats-Unis, et qui nous offrent toutes les nuances plus ou moins sociales au gré du curseur des interventions de l’Etat. Cela mériterait un détour, non ? Car ce qui est certain, c’est que l’économie administrée à laquelle on est arrivé en France musèle considérablement la capacité de production de richesse. Sans compter que le poids de la sphère publique a fini par anéantir toutes les marges de manœuvre. Sans apurement de la dépense publique et désendettement, notre pays ne pourra que continuer à s’enfoncer. Trop de gens pensent, par exemple, que notre dette de 2 200 milliards d’euros est une plaisanterie et qu’il n’y a pas besoin de la rembourser ! J’espère simplement pour eux qu’ils n’ont pas d’assurance-vie. Ce dont ils n’ont pas conscience, par contre, c’est que du même coup, ils mettent notre démocratie « libérale » en danger. Il suffit de regarder où en est arrivée la démocratie italienne. Le même sort pourrait bien nous être réservé.

 


PALS (prélèvement à la source) : LES PME ET LES CLASSES MOYENNES VONT EN PRENDRE PLEIN LA POIRE !

Prélèvement  à la source

 

Des petits apprentis sorciers comme Darmanin, c’est pain béni pour les aristocrates de la technocratie qui gouvernent Bercy (et la France).  Ils lui font avaler toutes  les procédures jusqu’aux plus absurdes. La  mise  en place du prélèvement à la source s’annonce comme une escroquerie de grande ampleur pour les  contribuables « cochons de payants » ! Sans parler  d’une conséquence que l’administration,  dans son aveuglement n’anticipe même pas : le choc récessif que provoqueront sur la consommation les salaires amputés de 20 ou 30% dès la fin janvier 2019. Les  députés LR soulignent dans une tribune publiée dans l’Opinion, bien d’autres  problèmes.  Je ne résiste pas au plaisir de vous en faire  profiter : lisez, elle mérite le détour. Les intertitres  sont de votre serviteur.

 

« Le report initial d’un an pouvait laisser espérer l’enterrement de cette mesure héritée du quinquennat Hollande. Mais le ministre des Comptes publics a confirmé l’entrée en vigueur du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu au 1er janvier 2019. Le mouvement est lancé.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

Cette réforme, exigée par l’Union européenne, part d’une bonne intention : prélever à la source permettrait de s’épargner des démarches déclaratives et un paiement tardif de son impôt. De plus, d’autres pays aux systèmes d’imposition beaucoup plus simples le pratiquent. Pourtant nous risquons d’aboutir au contraire de l’effet escompté. A l’occasion de la déclaration en ligne 2018 des revenus 2017, le taux individuel de prélèvement à la source transmis aux employeurs sera également communiqué à chaque contribuable, il s’appliquera sur les fiches de paie à compter du mois de janvier 2019 et l’impôt dû sera directement déduit du salaire net. Simple ? C’est oublier les effets indésirables de ce «Cosmopompe» et ses conséquences redistributives imprévues. A compter de janvier 2019, les salaires nets seront amputés par les prélèvements de l’impôt sur le revenu. Le taux de prélèvement sera déterminé en fonction des revenus de l’année 2017. Pendant 10 mois, nous serons prélevés sur la base de nos revenus d’il y a deux ans (n-2) avant prise en compte de la déclaration des revenus de l’an dernier (n-1) qui déclenchera à l’automne la régularisation des montants prélevés.

Vous suivez ?

Donc, si en 2018 le salaire a augmenté, nous tirerons profit de l’année blanche ; si au contraire il a baissé, nous serons prélevés sur nos revenus 2017 et devrons attendre l’automne 2019 pour voir les montants régularisés. Nous pourrons moduler nos prélèvements mais attention si nous nous trompons de plus de 20% par rapport au montant dû !

Une Usine à gaz. Il  faut  être énarque pour  pondre un dispositif aussi absurde !

Ce système va enfoncer les contribuables à problèmes : les cas particuliers des couples, ceux qui refusent de communiquer leur taux de prélèvement à leur employeur, les intérimaires, ceux qui enchaînent les contrats courts, les gérants d’entreprise, les indépendants, les libéraux, ceux qui perçoivent des revenus fonciers, ceux qui bénéficient d’un revenu exceptionnel... La complexité se déduit dès l’exposé des principes : derrière la simplicité se dissimule une usine à gaz digne des Shadocks ! L’employeur devient le receveur de l’impôt et le responsable de sa bonne perception devant l’administration fiscale. L’Etat se défausse sur les entreprises en leur demandant de prendre en charge, à leur frais, une activité éminemment régalienne.

Des  coûts  supplémentaires pour les entreprises !

La querelle philosophique a des incidences très pratiques : pour collecter cet impôt, les éditeurs de logiciels de gestion sociale vont augmenter leurs coûts; les gestionnaires de paie vont voir leur charge de travail augmenter dans ce rôle de guichet d’entrée pour Bercy, les pénalités infligées pour erreur ou retard vont augmenter avec les flux; les professionnels du chiffre vont multiplier les diligences et les temps passés pour assurer, contrôler ou ajuster ces nouvelles opérations sensibles. N’en déplaise à M. Darmanin, les temps humains et les coûts vont être augmentés tout au long de la chaîne des fonctions supports des employeurs dans des proportions que nul ne peut anticiper - souvenez-vous du RSI. D’ailleurs les logiciels de Bercy ont déjà dysfonctionné et faussé un demi-million de feuillets préremplis. Cette réforme va contribuer à faire baisser le taux de marge des sociétés non financières (EBE/VA), qui s’établit selon les derniers chiffres à 31,9 % (selon l’Insee), soit un taux durablement inférieur de 4 à 10 points à ceux de nos voisins européens (selon AFEP/EUROSTAT).

Avance de trésorerie permanente à l’Etat, et ce n’est peut-être pas fini …

Les entreprises ne seront pas seules à subir ces coûts et cette complexité. Bercy aussi verra ses agents submergés par les cas particuliers. Le contribuable, lui, devra toujours déclarer annuellement ses revenus, sauf si nous assistons à la première étape d’une fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG, afin de rendre cette dernière progressive et d’augmenter discrètement les prélèvements sur les classes moyennes et aisées. Officiellement, il n’en est pas question. Pour l’instant. Bercy souligne un avantage majeur : la contemporanéité, c’est-à-dire payer immédiatement l’impôt dû sur les revenus qui viennent d’être perçus ou s’adapter sans délai à un changement de situation personnelle. Les finances publiques étant tenues selon une comptabilité de trésorerie et non d’engagement, l’impact de ces rentrées fiscales sera considérable. Demain, l’Etat bénéficiera d’une avance de trésorerie permanente aux frais du contribuable et, le cas échéant, il rendra ce qu’il aura jugé bon de restituer au bout de dix mois de prélèvements, c’est-à-dire au moment de payer les impôts locaux — la nature est bien faite. Personne n’a réfléchi au mauvais côté macro-économique de cette contemporanéité : l’impact en matière de prévisions de recettes fiscales l’année où se produit un décrochage économique et où toutes les recettes de l’Etat - TVA, IS et IR - plongeront en même temps. Ce mécano fiscal sans cesse revu, enrichi et normé étouffe la fameuse source qu’on entend prélever. Derrière la simplicité, il y aura une taxe administrative que les entreprises françaises acquitteront avec comme assiette leur compétitivité.

Il était pourtant si facile de généraliser le prélèvement mensuel.

Il est encore temps d’y renoncer et d’aller vers un système bien plus simple et déjà pratiqué par de nombreux Français : la mensualisation. Il suffirait de la rendre obligatoire pour assurer une régularité de la recette pour l’Etat sans générer une telle usine à gaz au frais des entreprises. »

Qu’est-ce qu’on fait ? On se révolte ?

Les signataires :

Julien Aubert est député LR de Vaucluse, président d’Oser la France, Thibault Bazin est député LR de Meurthe-et-Moselle, vice-président d’Oser la France; Valérie Beauvais est députée LR de la Marne, vice-présidente d’Oser la France ; Bernard Brochand est député LR des Alpes-Maritimes ; Bérengère Poletti est députée LR des Ardennes, vice-présidente d’Oser la France ; Jean-François Parigi est député LR de Seine-et-Marne et vice-président d’Oser la France ; Alain Dufaut est sénateur LR du Vaucluse ; Bernard Fournier est sénateur LR de la Loire ; René-Paul Savary est sénateur LR de la Marne ; Bernard Carayon est maire LR de Lavaur et conseiller régional d’Occitanie, vice-président d’Oser la France ; Stéphane de Sallier Dupin est conseiller régional de Bretagne ; Stéphane Sauvageon est conseiller régional de Provence-Alpes-Côte D’Azur ; Gurval Guiguen est conseiller municipal et métropolitain de Rennes ; Pierre Laget est adjoint au maire des 11 et 12e arrondissements de Marseille chargé des Finances ; Olivier Arsac est adjoint au maire de Toulouse et conseiller métropolitain de Toulouse Métropole et Jérôme Besnard est conseiller municipal de Mont-Saint-Aignan.

 


SOUTENIR LA DEMANDE : UNE ERREUR ECONOMIQUE

Economie  bourse

 

Le gouvernement actuel a repris tous les « standards » de la politique suivie depuis 2012 : prélèvement  massif par les impôts (hausse de la CSG, multiplication des prélèvements par les taxes) pour financer par redistribution et transferts divers de cotisations la demande, ce qu’on appelle une « relance par la consommation ». Ce n’est pas cette politique qu’il aurait fallu mettre en œuvre. L’idée de la nécessité du soutien de la demande de biens et services et du risque qu'il y aurait à réduire les déficits publics hante nos technocrates. Notre politique économique reste imprégnée par le keynésianisme comme l’a souligné Patrick Artus dans une récente tribune dans les Echos. Et dans son livre « Osons l’Europe » Christian Saint-Etienne fait un constat qui va dans le même sens. Cette option a besoin d’une politique monétaire avec des taux d'intérêt très bas pour la poursuite d'une politique budgétaire expansionniste (augmentation des dépenses) que l'on préfère à la réduction du déficit public.

Plusieurs facteurs font douter de la pertinence du soutien de la demande aujourd'hui en France. 

Tous les signes montrent d'abord que le taux de chômage est proche de son niveau structurel, celui que la seule reprise conjoncturelle ne peut faire disparaître, et on observe que les difficultés d'embauche des entreprises sont très importantes. Ces dernières se plaignent par conséquent davantage  de problèmes d'offre que de problèmes de demande. Par ailleurs le commerce extérieur de la France se dégrade rapidement, conséquence logique d’une demande qui amplifie les importations, signe que l'appareil productif n'est pas en état de répondre à la progression de celle-ci. Dans cette situation, il est donc inutile de stimuler la demande de biens et services sauf à aggraver la dégradation du commerce extérieur et l'inflation salariale. Précisons que contrairement aux idées reçues de nos technocrates, les travaux de recherche montrent que la réduction du déficit public par la baisse des dépenses publiques a peu d'effets négatifs sur l'activité, à la différence de la pression fiscale qui est le vrai frein.

Vers une hausse des taux.

On ne peut enfin pas supposer que la BCE va maintenir perpétuellement des taux d'intérêt bas. C’est pourtant le pari que font Les « keynésiens ». Pourtant les taux d'intérêt à long terme commencent à remonter dans la zone euro (pour la France de 0,6 % en décembre 2017 à 0,9 % en mars 2018 pour le taux d'intérêt à 10 ans). Il serait donc nécessaire de commencer à réduire le taux d'endettement public, mais ce n'est pas le cas : le déficit public de la France est toujours 1 point de PIB supérieur à celui qui stabiliserait le taux d'endettement public. C’est donc un pari dangereux. Comme le souligne Patrick Artus : « Même si les prévisions faites par les organisations internationales, par les gouvernements, par la Banque centrale européenne, montrent toutes la poursuite d'une croissance forte dans la zone euro pendant plusieurs années, il faut se rendre à l'évidence : le pic de croissance qu'elle a atteint à la fin de 2017 est désormais derrière nous. La zone euro a en effet dépassé son point de retournement cyclique et la croissance va y diminuer progressivement. »  

S’adapter rapidement.

L'urgence en termes de politique économique devient la réduction du chômage structurel, par des politiques de formation, de requalification et par la baisse des impôts qui accroissent le coût du travail. Par ailleurs, le ralentissement de la croissance va rendre plus difficile la réduction promise des déficits publics dans les pays où ils sont encore excessifs, comme la France. De son côté Christian Saint-Etienne énumère les quatre problèmes clés que notre pays  doit corriger. D’abord arrêter la dérive de la dette publique en reprenant le contrôle de la dépense publique pour revenir rapidement à 1% du PIB ; réformer le marché du travail en introduisant plus de flexibilité en contrepartie d’un effort accru de formation ; redonner au pays une fiscalité compétitive en Europe ; enfin, augmenter son effort de recherche et d’innovation et rénover/robotiser son appareil de production pour qu’il réussisse dans « l’iconomie entrepreneuriale ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que la politique de Macron ne répond que très partiellement à ces urgences.

 


LES MAUVAIS CONTES A DORMIR DEBOUT DE LE MAIRE ET DARMANIN !

Croissance 2014 panne

 

Cocorico  pour un mensonge !

L'annonce d'un déficit public ramené à 2,6 % du PIB en 2017 permet enfin une sortie de la procédure de déficit excessif par Bruxelles. Il fait dire à Bruno Le Maire que ce résultat a été obtenu « grâce aux efforts de réduction des dépenses et à la politique de redressement entamée par le gouvernement ». Un énorme mensonge ! Car les autres indicateurs clefs que sont la dette, les dépenses ou la pression fiscale, constatés à l’heure qu’il est, vont à rebours des objectifs gouvernementaux.

La croissance, cet écran de fumée.

Le regain de croissance ne permet pas à lui seul un rétablissement pérenne des comptes publics. Ainsi, le taux de prélèvements obligatoires a atteint les 45,4% du PIB : 45,4% de toute la richesse créée par les Français sont prélevés par la puissance publique ! Historique !  Une pression fiscale record, du jamais vu, de quoi relancer le « ras-le-bol fiscal ». La France reste toujours la terre de la pression fiscale. Et le gouvernement aurait tort de crier victoire trop vite parce que notre pays reste en queue du peloton européen en matière de déficit : le déficit moyen de la zone euro est à 0,9 %. Alors à 2,6%, il n’y a pas de quoi pavoiser. Et si le déficit s’est effectivement réduit, c’est parce que la croissance a fait rentrer davantage d’impôts.

Le  seul avantage de ce rayon de soleil, c’est que  la voie est désormais grande ouverte pour que la Commission européenne mette fin le 23 mai prochain à la procédure de déficit excessif lancée contre la France en 2009. Il faut pour cela rester deux années de suite avec un déficit sous les 3 %, et tout indique que le pari sera tenu également cette année. Sauf retournement imprévu de conjoncture toujours possible. Ces perspectives devraient aussi faciliter le passage du cap de 2019, où le déficit devait à nouveau tutoyer les 3% en raison de la transformation du CICE en baisse directe de charges (ce qui occasionnera un surcoût temporaire). 

« En même temps » une réalité plus sévère.

Ces bonnes nouvelles ne laissent pas pour autant un ciel bleu horizon. Car dans « en même temps », les chiffres dévoilés lundi par l'Insee vont à rebours des objectifs budgétaires que s'était fixés Emmanuel Macron pour son quinquennat. Non seulement  le taux de prélèvement obligatoire augmente, mais les dépenses publiques aussi :  celles-ci s'établissent à 56,5 % du PIB preuve que la réduction du déficit en pourcentage s'explique avant tout par des raisons conjoncturelles. La croissance des dépenses s'est établie l'an dernier à +2,5 %, alors que la loi de finances initiale tablait sur +1,6 %. La  hausse de la rémunération de la fonction publique (+2,2 % contre +0,6 % en 2016) y a pris une grande part, du fait de mesures  prises telles que le dégel du point d'indice et les diverses améliorations catégorielles, décidées sous François Hollande.  Enfin, le dernier indicateur clef n'est pas non plus là où il était attendu. Malgré une croissance plus forte que prévu et un déficit plus bas, la dette publique repart logiquement à la hausse, à 97 % du PIB contre 96,6 % un an auparavant. Le gouvernement ne prévoit pas de baisse avant 2020, même  s'il a promis récemment de redoubler d'efforts dès cette année.

Une pente dangereuse.

On est loin, en effet, des objectifs affichés pour le quinquennat, soit la baisse promise pour la dette de 5 points de PIB en moins, pour les dépenses publiques de 3 points et pour le taux de prélèvements obligatoires de 1 point. Et comme le penchant du gouvernement est toujours le même : il n’y a pas de cagnotte, mais  je ne peux m’empêcher de dépenser plus, c’est plutôt  mal parti ! Car comme le souligne Eric Woerth : « il n’y a pas  l’ombre d’un début d’action sur la dépense publique ».  On cherche toujours les décisions courageuses dont parle Bruno Le Maire et son compère Darmanin. Sauf que sans baisse des dépenses, pas de baisse des impôts. Impossible alors pour l’économie française de se libérer, c’est l’échec des réformes assuré.