HISTOIRE

LA DEMOCRATIE N’A PAS DIT SON DERNIER MOT !

Gaulois2

 

Dans ce siècle initialement salué comme celui porteur d’une ferveur pour la démocratisation impossible à endiguer, le désenchantement à l’égard de la démocratie et la dévalorisation de la politique semblent prévaloir. Le constat est sans appel, le moins mauvais de tous les systèmes montre des signes de faiblesses puisque seulement la moitié de la population mondiale a vécu en démocratie en 2021. Les coups d’État ou encore les prises de pouvoir anticonstitutionnel se sont accrus significativement tandis que certains bastions de ce modèle, à l’instar des Etats-Unis et de la France, sont devenus des démocraties défaillantes ou affaiblies. Dans le même temps, le modèle illibéral et les régimes autoritaires semblent avoir le vent en poupe. Pourtant, la victoire de Lula au Brésil, les élections de mi-mandat aux États-Unis, l’évolution de la guerre en Ukraine, défavorable pour les Russes, apportent une bouffée d’oxygène aux démocraties, mises à mal par le populisme.

Le populisme battu en brèche.

Au Brésil, la page  est tournée, après quatre années de chaos et de fureur, Jair bolsonaro quittera  la scène dans deux mois avec devant lui un avenir incertain, qui se jouera peut-être dans les tribunaux avec des juges en embuscade. Certain de sa victoire, il  s’est d’abord muré dans le silence, ne voulant ni reconnaître clairement sa défaite, ni désavouer ses partisans, prêts à un  putsch. La  victoire de son adversaire est à vrai dire étriquée avec 50,9%,  mais bien réelle. Lula n’est pas la meilleure référence démocratique, mais de toute évidence la moins  mauvaise face à une extrême-droite conspirationniste et antidémocratique. Le  leader populiste de la droite radicale va  mettre  une semaine pour, du bout des lèvres, reconnaître sa défaite. Le  Brésil sort de l’expérience épuisé, mais il a montré la résilience de  son système démocratique qui sort renforcé  de cette  épreuve électorale.

Biden bel et bien conforté.

Joe Biden n’a pas eu tort de célébrer les avancées de son parti, les démocrates. Lesquels ont sans doute perdu la majorité à la Chambre des représentants mais se sont défendus âprement sur d’autres fronts, de manière à garder la majorité au Sénat. Biden au moins, ne met-il pas en danger la démocratie américaine, même s’il doit composer avec son aile  gauche wokiste et sa composante extrémiste. De leur côté, les Républicains avaient juré de ne pas reconnaître les résultats des élections législatives si elles ne leur apportaient pas la victoire. Ils ont mis une sourdine à leurs proclamations, insistant sur leurs gains mais taisant leurs pertes. Comme Bolsonaro, celui qui était certain de déclencher une vague insurmontable, doit  se rendre à  l’évidence : sa prophétie autoréalisatrice n’a  pas fonctionné. Si les Républicains auront une petite majorité à la Chambre des Représentants,  ce sera sans les poulains de Trump presque tous battus. Tout un électorat modéré, dans lequel  on compte des électrices et électeurs Républicains, a fait le choix de  la démocratie  contre le pouvoir personnel et  les   formes maladives de communication. Les  modérés semblent avoir imposé leur loi.

Deux perdants : Trump et Poutine.

Biden trouvera sans effort une majorité mixte au Congrès pour continuer à apporter à l’Ukraine l’aide militaire et humanitaire sans laquelle elle serait déjà conquise par les Russes. Il y a deux perdants dans cette élection : Donald Trump dont l’espoir d’être réélu pour un second mandat est en cours de disparition et Vladimir Poutine, qui a déjà perdu la bataille de Kherson, et ne sait comment expliquer aux mères russes pourquoi tant de leurs enfants ont été sacrifiés dans un conflit artificiel que le maître du Kremlin a monté de toutes pièces. Même les dictateurs doivent rendre compte au peuple.

On ne peut pas régner par la peur, indéfiniment.

Coïncidence ou pied de nez de l’Histoire, au même moment, le régime dictatorial des  mollahs iraniens doit faire face à une révolte violente de sa jeunesse qui ne supporte plus la chape de plomb islamiste  qui lui est imposée. Et les manifestations  perdurent malgré le black-out instauré par l’Etat et une répression féroce et sanguinaire. Deux mois après, son déclenchement, le feu perdure. De la même façon, les  déboires de l’armée russe en Ukraine pourraient bien sonner la dernière heure du régime de Poutine. Les Russes se moquent de lui tant qu’il leur fiche la paix, mais quand il envoie de la chair à canon en Ukraine, sa présence au Kremlin commence à être discutée même si toute contestation est gravement punie. En même temps, l’ours des glaces ne fait plus peur. On croyait que, en cas de conflit, les chars russes débouleraient rapidement dans les plaines d’Europe centrale. Il n’en est rien.  Pas de logistique, pas d’approvisionnement, pas vraiment de stratégie, seulement des stratagèmes et du chantage.

Un autre ordre mondial.

Poutine voulait montrer à la face du monde  que le  modèle  démocratique dont nous nous réclamons était une cause de faiblesse et de déclin, que les temps   nouveaux étaient aux pouvoirs forts, et il travaillait à la constitution d’un nouvel ordre  mondial, avec la Chine  et l’empire ottoman, entre autres, capable  de  s’opposer au monde occidental. La débâcle de son armée, les erreurs stratégiques imputables à lui-même, la  corruption généralisée de son régime de cleptocrates, les  exactions et les  crimes de guerre que l’ONU instruit, ruinent son entreprise. La presque totalité de l’activité russe a été consacrée à une communication mensongère. Mais la vérité finit toujours par montrer le bout de son nez. Alors, le système russe est toujours meilleur que celui des démocraties ?

Décidément, même quand elle est menacée, la démocratie libérale n’est pas si facile à abattre.  A cet égard, l’expérience italienne nous offre un joli sujet d’observation.

 


VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE XI …

Chine xi-jinping

Et  voilà, le dictateur a toute la  vie devant lui ! 

Le dernier congrès du PCC  qui vient de se terminer a redésigné XI Jinping Président du parti, pour un 3ème mandat, grâce à la modification de la constitution dont il a fait retirer la clause de limitation à deux mandats de cinq ans.  Après la reprise en main du parti dont il a éliminé tous ceux qui le gênaient et dont il a accentué l’emprise sur  l’économie, le nouveau « Mao » à qui il aime se comparer, a les coudées franches  pour partir à la conquête  du  monde, à commencer par Taïwan, finir le génocide des Ouïghours, et hisser la  Chine au premier rang des  puissances mondiales.

Les  investisseurs inquiets.

Les investisseurs n'ont pas aimé ce Congrès du Parti communiste chinois qui a consacré la dictature à vie de Xi Jinping et dès lundi matin, le yuan a chuté contre le dollar à son plus bas niveau depuis janvier 2008. Les indices boursiers de Hong Kong et de Chine continentale ont chuté lourdement de plus de 2 ou 3%. Pourtant, il n’y a aucune surprise, excepté peut-être la scène de la sortie forcée de l'ancien dirigeant chinois, Hu Jintao, disciple de Teng Tiao Ping, le libéralisateur. Xi Jinping a fait les déclarations qu'on attendait sur Taïwan, sur le modèle de démocratie imposé par l'Occident et inadapté à la Chine (ça on  l’avait compris), sur le modèle de croissance « équilibrée ». Ce que craignent les investisseurs c’est le maintien de la politique du zéro Covid renforcée par la présence de partisans de cette stratégie au Politburo et la défiance vis-à-vis du secteur privé déjà malmené depuis quelques années : les actions d'Alibaba ou de JD.com ont baissé de plus de 10%.

La Chine encore au ralenti.

La croissance chinoise va donc continuer à être sous pression, et... c'est plutôt une bonne nouvelle !...  pour nous. Il y a des économistes qui se se plaignent de la faible croissance chinoise du fait de la politique zéro Covid, mais ils ne se rendent pas compte, que sans le zéro Covid, la Chine tournerait à plein, et consommerait massivement pétrole, gaz et matières premières alimentaires. Il est aisé alors d’imaginer les conséquences sur l'inflation si on rajoutait aux facteurs actuels une consommation chinoise non affaiblie ? Or, il se trouve que le prix du gaz a baissé de 40% .

Mais l’avenir de la Chine n’est écrit nulle part. Même si Xi s'est entouré de ses fidèles, nous ne connaîtrons vraiment ses orientations en matière de lutte contre le Covid et de modèle économique que dans les mois qui viennent, et nous aurons peut-être quelques orientations au prochain G20 à la mi-novembre  à Bali. Rien n’est moins certain. Car Xi Jinping ne peut pas se permettre de laisser la situation économique se dégrader encore. Rappelons que les anticipations de croissance en Chine pour 2022 sont seulement de 3,3%. Les actions chinoises chutent alors que les actions américaines ont récemment rebondi. Et la Chine a grand besoin de  la consommation des  européens comme le montre son offensive au Salon de l’auto avec ses voitures  électriques. Il est possible que dans un premier temps, maintenant qu’il est réélu et qu’il a l’éternité devant lui, il temporise sur les sujets qui fâchent,  cherche à calmer l’ours russe, afin de mettre la priorité sur la relance économique  de son pays qui traverse une grave crise immobilière qui menace sérieusement le système bancaire.

Pour autant, le pire n’est pas exclu.

Le nouveau Mao a entre les mains tous les pouvoirs.  La Chine redevient un pays totalitaire comme jamais avec le contrôle d’une main de fer du parti communiste dont les dirigeants peuvent disparaître  à tout moment et le contrôle de la population avec la reconnaissance faciale. Xi Jinping a mis la sécurité du pays au premier rang  avec le renforcement  à tout va de  l’armée populaire. Nul doute que Taïwan ne devienne un sujet …  brûlant !

Oui, de quoi être inquiet.

 


LES AMERICAINS DESUNIS

Capitole 2

 

Jamais les Etats-Unis n’ont été aussi divisés  et la manifestation la plus criante en est  la récente décision de  la cour  suprême de supprimer la loi sur l’avortement, laissant les Etats choisir leur camp. Ce n’est pas le seul  débat qui agite  la première  puissance  mondiale. On constate de  plus en plus que les  américains ne sont plus d’accord entre eux sur rien tant  les débats philosophiques, éthiques et sociétaux qui agitent la société font état de fractures inconciliables à tel point que certains n’hésitent plus à affirmer que le  pays court  à la guerre civile.

Ni écoute, ni compromis.

Le  combat entre conservateurs et  progressistes fait rage, mais ce qui est grave c’est qu’ils ne débattent plus. Tout est sujet à affirmation péremptoire et selon que les Etats sont aux  mains des uns ou des autres, les lois ne sont pas les mêmes, à tel point qu’on y déménage pour aller dans celui qui convient, ce qui renforce la polarisation. Sur l’avortement, les armes  à feu, la sexualité, l’immigration, le climat et même le port du masque, tout est sujet à s’opposer. Les Etats du Sud, le Midwest et les Rocheuses,  les campagnes et les petites villes sont tenus par les Républicains ; la côte pacifique, le Nord-Est, les grandes métropoles  sont favorables aux démocrates… La page Trump n’est toujours pas tournée et accentue le glissement « à droite » du parti Républicain dont les groupes radicaux continuent d’entretenir le soupçon de l’élection volée et si les procès qui sont faits à l’ancien président débouchent sur une ou des inculpations, ce pourrait être le déclencheur d’une guerre civile.

Une  démocratie malade.

La  prise d’assaut du Capitole pour tenter d’empêcher la proclamation de  la victoire de Joe Biden, encouragée par Trump, est emblématique du mal qui ronge  les  Etats-Unis. L’obscurantisme religieux des diverses églises évangélistes, le communautarisme, l’offensive woke, la radicalisation des suprémacistes blancs face au Black Lives Matter,  ont provoqué le  déclin des  modérés de chaque camp et entraîné la défiance envers les institutions. Ainsi, à la suite de la  perquisition par le FBI de la villa de Trump, un individu armé n’a pas hésité à attaquer un bureau local de l’agence fédérale. La défaite de Liz Cheney à la primaire républicaine face à la candidate trumpiste en est une autre démonstration. Les inégalités économiques aggravent le clivage et  conduisent à une faible  participation électorale qui atteint  la représentativité du système et réduit à néant la confiance dans les assemblées élues. L’engrenage est en marche : déclin de l’efficacité de l’Etat et des valeurs démocratiques, factions  politiques fondées sur l’identité et la race, gouffre entre urbains et ruraux, médias et réseaux sociaux qui mettent de l’huile sur le feu, toutes les conditions sont réunies pour un embrasement. Avec deux blocs qui s’affrontent au Sénat et à la chambre des Représentants, le  vote des lois est à la merci du moindre récalcitrant.  Le pays est quasi  ingouvernable. Joe Biden peine à faire voter quoi que ce soit. Et pour certains, le 6 janvier 2021 avec  l’attaque du Capitole, n’a marqué que le début du coup d’état. Pour preuve, une alliance d’une dizaine de secrétaires d’Etat s’est formée qui assurent que Trump à gagné. Or leur rôle est de  certifier le résultat des élections dans chaque Etat, et tout se passe comme si ces Républicains préparaient un noyautage plus large en vue de la prochaine présidentielle. En parallèle, les « progressistes » font régner une véritable terreur intellectuelle dans les universités et un certain nombre de médias avec  une  mauvaise foi évidente. Ce qui fait dire à une enseignante : « Dans ce pays, plus personne ne s’écoute, plus personne n’accepte de compromis,  Je ne vois pas comment on va dépasser ça. » Elle s’attend à toujours plus de violence.

Nous ne sommes pas à l’abri.

La France  a été longtemps à l’abri du genre d’affrontements que connaissent les Etats-Unis. L’universalisme républicain nous a longtemps mis à l’abri des guerres communautaires et permis de combattre le racisme.  La donne est en train de changer. La  crise scolaire et le quasi abandon de  la transmission de nos valeurs par  l’école qui traverse une crise générale sans précédent, la  ghettoïsation et ses effets pervers, l’immigration non maîtrisée, mettent à mal le modèle d’intégration et d’assimilation mis en échec par un communautarisme de plus en plus virulent. A  l’obscurantisme religieux sont aussi venus s’ajouter le wokisme et les théories à la mode aux Etats-Unis sur le genre, l’identité et le féminisme. Notre vieux  pays soi-disant plein de bon sens, respectant les femmes, tolérant sur les mœurs,  est en passe d’être submergé par ces thématiques qui piétinent les sciences et l’esprit des  Lumières et prétendent réécrire notre histoire. Il est affligeant de voir un Mélenchon, naguère bouffeur de curés, qui refuse d’entrer dans une église pour des funérailles, se mettre au service de l’Islam et de voir le maire de Grenoble défendre le port par les femmes d’une tenue dont la seule signification est la soumission de la femme à l’homme, ne faisant rien d’autre que préférer une revendication communautaire aux valeurs de la République. Quand en même temps on observe la montée de la violence, l’impuissance de l’Etat et des élus, et qu’on constate la même radicalisation de la société qu’aux Etats-Unis, avec une droite de plus en plus autoritaire et identitaire et une gauche de plus en plus contaminée par le wokisme, on se dit que nous aussi nous courons à l’affrontement.  Gérard Colomb l’avait pressenti, on y est presque. S’il est  encore temps de réagir, il  n’y a qu’un remède : le retour à l’universalisme et en corollaire la laïcité intransigeante, qui s’appuie sur  le rétablissement de  l’école de la République avec  comme  principales missions l’assimilation et  l’ascenseur social  appuyé sur la  connaissance et le savoir. Mais  il ne faudrait pas tarder.

 


FAIRE LE BON CHOIX …

La liberté guidant le  peuple bis

... OU POURQUOI JE VOTERAI PECRESSE QUOI QU’IL ARRIVE !

Malgré l’actualité tragique, on peut regarder avec lucidité les programmes électoraux et s’éloigner des images et raccourcis télévisés. En effet, pour moi,  le plus important est de connaître les propositions qu’un candidat fait sur  les principaux sujets que je crois essentiels et  pour lesquels j’attends des engagements autant que des réponses. Il importe aussi que l’ensemble soit cohérent et supportable sur le plan financier, donc qu’il soit évalué aussi précisément que possible, bien que nous sachions que l’environnement économique et la conjoncture soient aléatoires. Un projet ne vaut que pour le moment où il a été conçu, sa réalisation devra  s’adapter à l’évolution du contexte,  tant il peut y avoir de facteurs qui échappent à celui qui a la charge de l’exécuter. Enfin, il est évident que la question que chacun doit se poser est de  savoir si le  candidat ou la candidate qui le propose  a la carrure pour exercer la charge et l’entourage pour le mener à bien, car on ne gouverne pas seul un  pays comme la France.

Si je m’apprête  à voter pour  Valérie Pécresse, ça n’est pas seulement parce qu’elle est la candidate de la famille politique à laquelle j’adhère.  Chez  moi, ça n’est pas comme ça que ça marche. Il faut que le programme corresponde  à ce que je souhaite et à mes convictions,  car j’en ai, à la différence de beaucoup de mes compatriotes. Et je pense encore avoir suffisamment d’esprit critique pour évaluer le contenu qui  nous est proposé. La preuve, certains  de nos amis ont décidé de soutenir un autre candidat, ce qui m’amène à  m’interroger sur leurs convictions. Aussi est-il nécessaire d’en faire l’examen point par point.

Le programme.

J’ai deux priorités, dont on parle peu dans  cette campagne, mais qui me  paraissent primordiales : notre société et notre mode de vie sont mis en danger dans leurs fondements par le fondamentalisme religieux et la nouvelle pensée de gauche appelée wokisme avec tout son cortège de postulats non discutables et qui a envahi notre université et nos grandes écoles.  Ce sont deux sortes d’obscurantisme qui mettent en danger l’universalisme des Lumières sur lequel notre démocratie et l’ensemble de nos libertés sont fondés. Sur ces deux sujets, Valérie Pécresse apporte des réponses claires. Je partage ses propositions raisonnables pour réguler l’immigration et la remise en route d’un projet d’assimilation,  avec  au cœur une laïcité émancipatrice. Elle n’aura pas la main qui tremble, au contraire de Macron, contre  l’islamisme radical, ayant déjà fait ses preuves dans sa Région. De  même j’approuve son rejet de la repentance   que voudraient imposer ceux qui veulent réécrire notre histoire au nom de la condamnation d’un pseudo « privilège blanc ». Sa conception d’une égalité  des citoyens qui s’affranchit de toute notion de sexe, de race, de couleur  ou de religion, inspirée  par l’universalisme républicain, me va très bien.

Le projet de société qui ressort de ses différentes propositions concernant la famille, avec le retour de l’universalité des allocations familiales et le rétablissement de  l’allocation dès le premier enfant, avec ses nombreux compléments, forment  une panoplie complète ; le rétablissement de  l’égalité des chances par une réforme profonde du système éducatif s’appuyant sur  l’autonomie des établissements et le soutien à la jeunesse avec la mise en place d’une banque pour soutenir les projets des jeunes ; la réforme du financement des retraites avec le recul du départ à 64 ans puis 65 ans, qui permet d’assurer une retraite  minimum égale au smic et de maintenir le niveau des pensions, avec en parallèle la volonté de favoriser le maintien à domicile le plus longtemps possible ; voilà un ensemble cohérent, d’inspiration libérale,  propre à rétablir l’ascenseur social. Il faudrait y ajouter bien d’autres mesures comme celles concernant la construction de logements,  la  pratique sportive, …

L’Etat et le domaine régalien constituent le pilier central de la vie en société : c’est un point fort du projet de Valérie Pécresse. Par une réforme puissante visant à diminuer le nombre de fonctionnaires (200 000)  en ne remplaçant pas un départ sur trois à la retraite, et en l’accompagnant d’une nouvelle décentralisation qui supprime les doublons embolisants et d’un redéploiement  (50 000) dans les fonctions qui ont besoin de renfort, telles  sécurité, éducation, santé, elle donnera les moyens aux services publics de retrouver toute leur efficacité. Les  compétences attribuées aux territoires permettront de retrouver souplesse et rapidité des réponses à apporter. On trouvera aisément le détail de toutes les  mesures prévues. En matière de défense, la  crise ukrainienne lui a donné l’occasion de préciser l’action qu’elle mènerait pour renforcer et moderniser nos armées. « Qu’est-ce qu’elle apporte de plus ? » demande un ministre louant l’actuel Président. L’efficacité ! Car trois coups de téléphone à Poutine n’effacent  pas cinq ans d’échecs en matière de sécurité… par exemple.

Pour l’économie, il s’agit de libérer les énergies en allégeant le poids qui pèse sur les entreprises, en diminuant les charges pour permettre l’augmentation du pouvoir d’achat et les impôts de production pour redonner des marges de compétitivité : le cap est donné, avec un engagement ferme de permettre une augmentation de 10% du pouvoir d’achat sur le quinquennat. La libération du temps de travail est un autre  axe qui devrait permettre d’améliorer les salaires avec en plus la possibilité de convertir les RTT en salaire. L’agriculture n’est pas oubliée  avec  comme objectif de retrouver l’autonomie alimentaire de la  France et faciliter la transmission des propriétés. En matière d’énergie, le recours assumé au nucléaire n’empêchera  pas le déploiement de sources d’énergies complémentaires  et diversifiées. Les enjeux de transition énergétique sont pris en compte, eux aussi, avec une vision pragmatique non punitive.

Restent la dette et les déficits.  Le prochain locataire de l’Elysée  héritera  d’une situation fortement dégradée avec un contexte qui s’annonce nettement moins favorable avec le retour de l’inflation et la remontée inéluctable des taux d’intérêt. Les réformes envisagées cumulant réduction du nombre des fonctionnaires, économies et dynamisation de la croissance,  devraient laisser une marge de manœuvre qui sera d’abord attribuée  à la réduction des déficits publics.

Voilà  un programme cohérent qui correspond en tous points à ce que j’attends. Remettre le pays au travail, meilleur moyen de réduire les dépenses sociales, ce n’est pas  un retour au passé comme certains  voudraient le  faire croire,  c’est au contraire reprendre le  chemin du progrès et ouvrir des  perspectives sur un avenir plus sûr.  Force est de constater qu’aucun  autre candidat, et certainement pas  Macron ne propose, avec autant de précisions,  un projet  aussi construit.

La fiabilité est le deuxième sujet.

Toute la question est de savoir si Valérie Pécresse a les épaules  pour porter  son projet. Je pense que son parcours parle pour elle. Ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme la « dame de faire ». Quant au procès en insincérité que certains lui font, il relève de la politique politicienne. Je retiens qu’elle a le courage de dire, même ce qui peut déplaire, qui a pour prolongement la volonté de faire. De plus, elle peut s’appuyer sur une foule de talents qui sont à sa disposition, tous gens compétents  et expérimentés.  Personne ne peut en dire autant.  Au lendemain de l’élection, elle aura l’embarras du choix pour nommer un premier ministre et nommer un gouvernement immédiatement efficient. Quant à la stature internationale, est-ce qu’on se posait la question pour Macron.  C’est comme le journaliste qui demandait : « vous vous voyez en chef des armées ? ». Machisme stupide.

Enfin, élire une femme, ce serait un signal fort envoyé par la France,  qu’elle entre pleinement dans le 21ème  siècle.  Ça n’est pas pour rien que symboliquement, on la représente par la « Marianne » !

Alors oui, deux fois oui, mille fois oui, je voterai Pécresse le 10 avril, je le dis aux Raffarin, Woerth, Muselier et autres déserteurs, aux électeurs tentés par « l’effet drapeau », oubliant toues les bévues et les échecs du sortant. Ceux-là ont tort, car, au-delà de Valérie Pécresse et de son projet,  c'est de la France qu'il s'agit et de son renouveau ! Bref,  s’il ne devait  en rester qu’un, je  serais celui-là ! Il n'est jamais honteux de faire vivre ses convictions.

 


SOUS LES YEUX DU MONDE ENTIER

Karkiv

Effroyable spectacle.

Je ne sais  pas  si Poutine se rend compte de l’effroyable  spectacle  qu’il donne au monde entier avec l’invasion de l’Ukraine  par ses troupes. Elles multiplient les crimes de guerre et  contre  l’humanité sous les objectifs des caméras de tous les continents, ceux des multiples appareils capables de réaliser des vidéos  en temps réel, ceux des satellites capables de montrer ce que le terrien ne peut pas voir. La technologie moderne est ainsi : tout se sait, tout se voit. Ainsi Vladimir Poutine devra, un jour,  rendre des comptes devant  l’humanité de tout ce qui aura été perpétré en son nom.

Le peuple sous le boisseau.

Le peuple russe, soumis à une censure d’un autre âge, est abreuvé d’une logomachie ignoble  faite d’un tissu de mensonges, mais il ne peut  pas ne pas savoir. Les réseaux sociaux, internet, les multiples  liens qui unissent des familles entières entre Ukraine et Russie, offrent une porosité impossible à contrôler. Il est  des voix qui s’élèvent,  courageuses car  elles s’exposent aux pires sévices d’un régime totalitaire prêt à tout pour réduire toute protestation au silence. Pourtant, c’est le peuple tout entier qui devrait se soulever pour ne pas être complice d’une telle barbarie. L’appel de Navalny, du fond de sa géole peut-il être entendu ? Du moins sauve-t-il un tout petit peu l’honneur d’un peuple plongé, certainement à son corps défendant, dans l’opprobre et  la honte. Le syndrome de l’hyperpuissance a rendu  fou le  maître du Kremlin, car il n’y a  pas d’autre mot pour qualifier le défi qu’il lance au monde entier, menaçant  d’utiliser l’arme nucléaire si on lui résiste. Après cet épisode monstrueux, à combien d’années de honte le peuple russe va-t-il se trouver condamné face à tous les autres peuples  de la Terre ?

Le réveil des vieilles démocraties.

Au moins aura-t-il réveillé nos vieilles démocraties du continent européen qui s’était assoupies sur l’oreiller confortable de la paix qu’elles pensaient acquise pour toujours.  Et voilà qu’elles redécouvrent sa fragilité. Le réveil est tardif mais peut se révéler salutaire. La première  puissance économique du monde a de nombreux moyens de répliquer et  de se défendre. Elle prend conscience que de nouveau, il va falloir remettre à niveau ses dispositifs de défense. Sous le choc de l’invasion de l’Ukraine, elle vient de décider en trois jours ce qu’elle essayait de  mettre en place depuis  de nombreuses années.  Elle a conduit l’Allemagne à faire sa révolution copernicienne en matière de défense. Elle prend des mesures de rétorsion contre la Russie qui vont mettre à mal son économie et peut-être provoquer son effondrement. La puissance des 27 a peu à craindre des effets négatifs qui  pourraient en résulter. Quand l’Europe veut, l’Europe peut ! Elle doit dès maintenant réfléchir à une nouvelle organisation de sa sécurité pour  l’ensemble du continent,  en partenariat avec les Etats-Unis et l’Otan. La  France a un rôle éminent à jouer et il est important qu’elle retrouve tout son pouvoir d’influence.

Un peuple de héros.

En attendant, c’est le peuple ukrainien, magnifique de patriotisme dans sa résistance, qui souffre  sous les bombardements russes,  ou sur  la  route de l’exil   qui déchire les familles. Le Président Zelinski donne au monde libre une belle leçon d’attachement à la démocratie et à son peuple. Son intervention en vidéo devant le Parlement européen lance un appel que tous les démocrates  dignes de ce nom  doivent entendre et les  députés européens ne s’y sont pas trompés qui ont voté dans la foulée une résolution demandant que la candidature de l’Ukraine à l’Union européenne soit acceptée.  Un effet boomerang que Poutine n’avait probablement pas prévu. Pour l’heure, notre solidarité et notre soutien ne doivent pas faiblir. 

Rien ne vaut la démocratie.

Ceux qui trouvaient des vertus à ces démocratures illibérales voient aujourd’hui où le pouvoir autoritaire sans partage et sans limite peut conduire. En ces temps de campagne électorale, puissent les Français  en tirer la leçon : notre  vieille démocratie est  peut-être usée, mais elle permet la confrontation des idées et le choix, les manifestations dans la rue et l’expression  libre dans les  médias, et cela porte un nom : la  liberté. Mais celle-ci a un prix : le vote citoyen.  Puissent-ils s’en rappeler  les 10 et 24 avril prochain en se rendant aux urnes et en éliminant déjà les candidats  qui trouvent des grâces au dictateur russe !

 

 


LA « URSULA » FRANCAISE

UVDL Pécresse Zenith

Merci Poutine.

La Russie  s'était préparée à une situation de guerre. Depuis l'annexion de la Crimée en 2014 et le train de sanctions qui a suivi, elle a amassé des réserves, un véritable trésor de guerre dont la progression s'est accélérée depuis la flambée des cours du pétrole et du gaz. Les réserves de la Banque centrale russe sont estimées à 630 milliards de dollars, et constituées de devises étrangères, d'or, d'emprunts d'Etat étrangers et de placements dans des banques. Plus de 40% de ces réserves sont placées en Europe et aux États-Unis. Mais voilà, ces 40% sont désormais gelés. Et c’est  un fait historique, jamais un pays de l'importance de la Russie n'a été frappé de sanctions financières aussi puissantes. Qui plus est, autre fait historique, en un temps record, à peine 3 jours, pour que les « alliés » se mettent d'accord pour débrancher les principales banques russes du système de paiements « Swift ». Pour que l’arsenal soit complet, les transactions sur la dette russe sont interdites, et plus inattendu, les réserves étrangères de la Banque centrale russe  sont aussi gelées. Ce sont des sanctions massives ! Désormais, la  banque centrale russe a vu son stock de « munitions » diminuer pour défendre le rouble, aider les entreprises touchées par les sanctions économiques et garantir les dépôts bancaires des ménages russes. Dès l’ouverture des marchés, ce matin, le rouble s’est effondré de 30%, la panique a gagné la bourse de Moscou, et  la population s’est précipitée tout le week-end pour retirer son argent des banques. La Banque centrale russe a dû remonter son taux principal de 9,5% à 20% pour défendre sa monnaie. Poutine a réussi en quelques jours à créer une vraie Europe de la défense et à montrer que l'Otan n'était pas en état de « mort cérébrale ». On ne lui dira jamais assez  merci pour ça même si on s’en serait  bien passé.

La lionne de la Commission.

Elle n’a  pas peur des mots. Ursula  Van der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a soutenu sans ambages, hier,  une adhésion « à terme » de Kiev au bloc européen, qualifiant le pays qui combat actuellement une invasion russe de son territoire de  « l’un des nôtres » : « Ils sont l’un des nôtres et nous souhaitons qu’ils nous rejoignent » , a-t-elle indiqué, faisant écho aux propos de Volodomyr Zelinski qui a demandé à l’UE une adhésion immédiate de l’Ukraine, dans le cadre d’une nouvelle procédure spéciale. La présidente de la Commission européenne s’exprimait lors d’un entretien accordé à Euronews quelques heures après l’annonce de la décision des 27 de financer l’achat et la livraison d’armes à l’Ukraine pour lesquels l’UE comptait consacrer 450 millions d’euros et 50 millions d’euros supplémentaires pour d’autres fournitures, notamment médicales. Jusqu’ici, officiellement, les occidentaux s’étaient montrés peu précis quant à une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. On ne sait si la déclaration de la présidente de la Commission  a reçu l’aval des 27, mais elle a le mérite de s’appuyer sur l’évidence que la crise met en lumière et de poser clairement le sujet sur la table. Du pur Ursula !

Valérie, une « femme d’Etat »

La « tigresse » en campagne s’est muée sous nos yeux en femme d’Etat. Ce n’est  pas moi qui le dit, même si je le pensais, c’est l’un de mes amis, ancien député de Maine-et-Loire. Et il n’est pas du genre à dire les choses à la légère. Rien de mieux qu’une crise grave comme celle qui s’abat aujourd’hui sur l’Ukraine, pour révéler les tempéraments. 

D’un côté, les guignols comme Zemmour qui ose  affirmer que Poutine est  un  « démocrate autoritaire » (admirez l’euphémisme) et Le Pen qui fut naguère financée par une banque russe. Ils trouvent encore l’audace de trouver des excuses au dictateur du Kremlin. Leurs partisans n’ont-ils pas voté au Parlement européen contre  l’aide économique en faveur de l’Ukraine ! Cela en dit long sur  leur conception de la démocratie  et les valeurs qui les animent  au fond d’eux-mêmes. 

De l’autre, Valérie Pécresse qui, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, montre  sa capacité d’appréciation et un chemin responsable que la France devrait  emprunter. Et ça tombe  bien, parce que grâce à  Poutine, l’Union  européenne vient de faire un pas de géant dans sa cohésion, rendant possibles les solutions  préconisées par la candidate de la droite et du centre : une conférence européenne de la sécurité du continent incluant la Russie et la constitution d’un piler européen au sein de l’alliance atlantique. Bien  évidemment, il faut d’abord  mettre fin à la guerre en Ukraine. Et pour cela, elle a émis, en concertation avec Nicolas Sarkozy, l’idée que lui soit proposée une  mission de médiateur européen, ce qui serait une bonne initiative des 27.  Certains  trouvent à Valérie de la raideur et un ton  martial dans ses discours et ses déclarations.  Affaire d’appréciation.  Cela ne retire rien au fond : face à l’adversité, et les embûches qu’on lui tend ne manquent pas,  face à des journalistes  plus procureurs qu’interviewers, elle montre une capacité  de résilience  qui n’étonnera que ceux qui ne la connaissent pas.  D’Ursula Von der Leyen, elle a le même profil un peu filiforme qui laisserait  penser à de la fragilité. Mais comme la lionne allemande, elle a la solidité intérieure des âmes bien nées.

Comme l’affirme Jean-Christophe Ruffin, « elle n’a pas dit son dernier mot » !

 


2022, PETIT ETAT DES LIEUX…

Globe-terrestre-

 

L’année 2021 s’est terminée en fanfare pour les bourses mondiales, malgré les vagues successives de coronavirus. Rien n’a réussi à entamer la confiance des boursicoteurs  dopés par l’excès de monnaie déversée par les banques centrales. Comme toujours la bourse promet la Lune, mais on ne veut regarder que le doigt qui la montre, l’indice. 

Le bilan de l’année est inespéré en France sur le front de l’emploi avec  un demi-million de chômeurs en moins sur douze mois  et la stabilisation du chômage à 8% de la population active. La reprise technique de la croissance après  le  creux de -8% en 2020  l’explique en partie, car un coup d’œil à la pyramide des âges nous montrerait qu’un déficit du nombre d’entrées sur le marché de l’emploi est loin d’être le fait du hasard et explique en grande partie  que  le chômage des jeunes soit au plus bas et que plus d’un million d’emplois ne soient pas pourvus. Ceux qui ne sont pas nés il  y a vingt ou trente ans manquent à l’appel !  Mais loin d’être solide, le retour de la croissance reposait sur une illusion que la vague  « omicron » est en train de faire s’évaporer.

Du côté du Brexit, le gars Bojo prend enfin le retour de bâton  que méritent sa mauvaise foi et ses mensonges. Les multiples difficultés rencontrées par les importateurs et exportateurs britanniques pour s’approvisionner ou pour vendre, montrent que le  Brexit,  loin de leur redonner  une liberté de manœuvre, leur impose  de nouvelles contraintes et débouche sur une perte massive de souveraineté réelle. On est loin du « take back control » ! 

Le  monde ne sera  pas moins dangereux.  Poutine, qui n’en finit pas de montrer ses muscles du côté de l’Ukraine, semble vouloir privilégier la  voie diplomatique face à Biden mais en même temps lorgne du côté de la Chine. Les dictateurs nous montrent un peu plus chaque jour qu’ils n’ont peur de rien,  qu’ils  aient des résultats catastrophiques comme Erdogan, ou qu’ils tissent les fils étroits des routes de la soie  à travers la  planète avec la main de fer du communisme comme Xi Jinping, qui ne renonce pas à annexer Taïwan.  Dans ce sombre concert,  l’Europe aura bien besoin d’être unie pour espérer jouer un bout de partition. Il ne faut pas oublier que nous devons lutter en permanence contre  l’universalisme islamiste qui ne renonce pas à sa conquête de la planète et dont les démocraties occidentales sont les premières cibles à abattre.

Enfin, puisque la France prend la présidence de l’Union européenne pour six mois, profitons-en pour célébrer comme il se doit les vingt ans de l’Euro. Que les  Français l’aient adoptée par raison ou par passion, il n’en reste pas  moins que la monnaie commune apporte la crédibilité budgétaire à la quasi-totalité des Etats et heureusement, aujourd’hui, plus personne ne la remet en cause. Elle est devenue la deuxième grande monnaie internationale derrière le dollar en même temps qu’une balise de sécurité pour les européens,  qu’il s’agisse de l’épargne,  de la stabilité monétaire indispensable à nos entreprises, ou encore des capacités financières incomparables qu’elle peut apporter aux Etats eux-mêmes. Son seul défaut est qu’elle peut inciter au laxisme et malheureusement la France  ne sait pas y résister.

Voilà de quoi donner du grain à moudre pour le bloc-notes,  en ajoutant la campagne présidentielle, vous l’imaginez bien.

Une bonne année 2022, je ne sais pas, mais passionnante, certainement !

A  suivre, La France, une sorte de Cuba en Europe.

 


POUTINE, LE TSAR AUX PIEDS D’ARGILE.

Poutine

La Russie a décidé de détruire un satellite  obsolète sans prévenir personne. L’attaque a été décrite comme irresponsable par l’OTAN et les Occidentaux, qui y ont vu une nouvelle provocation de Moscou, une fois encore assumée comme parfaitement illégitime, mais nécessaire au « nettoyage » de l’espace. Le paradoxe veut que Poutine, dans son aveuglement, n’ait pas compris qu’il venait de prendre le risque de démolir la station internationale, alors qu’il en est l’un des principaux contributeurs. Ses démonstrations prennent parfois des tours suicidaires.

Des signes de son affaiblissement.

Bien que la fermeté du contrôle exercé sur son peuple par le maître du Kremlin ne soit contestée par personne, il semble prendre des initiatives largement influencées par les premiers signaux de son affaiblissement politique :  il est incapable de freiner la ruineuse inflation qui empêche le développement économique de son pays, il est obligé d’intervenir dans la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, une guerre qu’il réprouve, et il est contraint de supplier ses concitoyens d’aller se faire vacciner alors que la pandémie fait des ravages dans son pays.  C’est que la désaffection des Russes pour le vaccin traduit d’abord leur manque de confiance dans un produit  entièrement conçu en Russie, mais aussi dans tout vaccin en général. La Russie, en attendant, est l’un des pays les plus touchés par la pandémie et ce, depuis plusieurs semaines.

Achetez donc Pfizer !

Ce qui est intéressant, c’est qu’Emmanuel Macron ne craint pas, malgré la capacité de l’opinion française de se soulever contre ce qui lui déplaît, de continuer à prendre des décisions contraignantes alors que le dictateur de Moscou  ne sait plus comment faire pour amener le peuple à ses centres de vaccination. Il aurait bien  une solution déplaisante : celle de bannir son Spoutnik V, et d’acheter Pfizer ou Bio’NTech. Mais non, il préfère montrer ses muscles en allant détruire dans l’espace une cible inerte qui ne méritait sans doute pas d’être éliminée. Or Poutine sait exactement où en sont ses relations avec l’Occident. Il masse des troupes aux frontières de l’Ukraine, continue à faire en sorte que ses navires aillent taquiner les proues des navires occidentaux, intervient en Arménie, organise des manœuvres militaires à la frontière des États baltes, manœuvres aussitôt concurrencées par celle de l’OTAN et évidemment dénoncées par Moscou.

C’est un homme dangereux.

Tout le comportement de la Russie tient dans Poutine, un enfant capricieux qui ne veut pas qu’on marche sur ses plates-bandes, qui aime bien tirer un coup de missile de temps en temps, pour montrer ses muscles, qui est pourtant totalement incompétent quand il s’agit de lutter contre une pandémie, mais qui, ivre de sa force, a envie de la tester en créant une échauffourée avec l’OTAN. Il traite les occidentaux, désignés comme ennemis par ses soins, avec mépris, le même que celui que les Baltes et les Ukrainiens lui inspirent. Il étend son influence dans le monde à la faveur des pires conflits qu’il contribue à alimenter par ses propres interventions militaires. On ne dira jamais assez combien cet homme est dangereux. C’est la stratégie de la tension, dont il espère qu’elle rendra nerveux ses adversaires, alors que, las de ses provocations, ils y répondent en ayant recours à ses méthodes : manœuvres à la frontière de la Russie, dénonciation permanente de l’annexion de la Crimée, stigmatisation du tir de missile. Evidemment, rien de tout ça ne prépare la paix, mais c’est le contexte que Poutine souhaite pour flatter le nationalisme russe et faire oublier son incurie à l'intérieur.

 


LE DESASTRE AFGHAN

Crétin

 

Quand l’Histoire fait  marche arrière.

Le sens de  l’Histoire, on voudrait que ce soit la marche vers le progrès et le meilleur. L’évolution de nos sociétés nous y avaient habitués. Mais le retour de la barbarie n’est pas nouveau. Les Talibans reprennent l’Afghanistan : les  Afghans seront donc livrés  à la barbarie obscurantiste d’un islam radical.  On a connu d’autres  accidents du même type dans l’Histoire des civilisations. En vingt ans, les Etats-Unis n’ont pas réussi à imposer le modèle démocratique occidental, malgré les milliards de dollars, ni à former, face aux Talibans, une armée afghane capable de livrer l’une de ces guerres dites asymétriques. Quand Joe Biden, après Trump, a annoncé le départ, inéluctable et irréversible, des troupes américaines, les militaires afghans, formés et équipés par les États-Unis, se sont simplement rendus, se sont enfuis, ou ont passé la frontière avec l’Ouzbékistan. Le seul bilan vraiment positif de leur intervention militaire est l’élimination d’Oussama Ben Laden au Pakistan par les forces spéciales. Les « Talibans », en revanche, n’ont jamais été vaincus ; ils ont pu constamment renaître de leurs cendres et ont continué à faire régner la terreur partout où ils pouvaient par des attentats, tuant des civils, hommes, femmes, enfants et vieillards.

Une population hétérogène.

L’influence des Britanniques puis, au vingtième siècle, des Russes, n’avait laissé aucune trace sur les traditions afghanes. Si les campagnes sont restées à l’écart souvent sous la férule des isalmistes, près de la population, 17 millions d’individus, vit dans les villes. La double décennie américaine y a modifié les comportements du peuple et a élargi son horizon, surtout celui des femmes. Mais face à la corruption et aux rivalités claniques d’un système politique instable, l’espace de liberté ne tenait que grâce à l’occupation américaine. Le retour à des préceptes religieux suffocants ne sera pas accepté aussi aisément qu’il aurait pu l’être à l’époque des seigneurs de guerre, aujourd’hui incapables de résister aux Talibans, alors qu’ils ont régné pendant des lustres sur de larges portions de territoire. Des dizaines de milliers d’Afghans sont morts aux mains d’une intolérance moyen-âgeuse ; il leur faudra mourir encore pour récupérer un peu de liberté.

Le retour des Talibans était inéluctable.

Les Talibans ont compris que la lassitude américaine leur offrait un boulevard. Ils se sont employés à rassurer les Afghans et les étrangers en leur jurant qu’ils ne voulaient de mal à personne, juste le pouvoir central. Mais partout où ils sont arrivés en conquérants, ils se sont conduits avec leur férocité habituelle, avec une pratique rodée de l’exécution sommaire, la fermeture des écoles pour les filles, l’interdiction pour les femmes d’avoir une vie publique. Ils tiennent leur mandat non pas d’une élection mais de la charia. Croire, sans doute pour justifier cette impardonnable défaite, qu’ils auraient changé ou que la conquête du territoire afghan aurait adouci leurs mœurs épouvantables est une illusion, une hypocrisie, un autre mensonge que les Occidentaux se font à eux-mêmes. La popularité de Joe Biden ne court aucun risque : écartelés entre la pandémie et le réchauffement climatique, les Américains ont d’autres chats à fouetter.

Une défaite qui fera date.

Le vieux dilemme occidental, intervenir ou laisser faire, a été tranché par le président américain, mais, depuis Trump, les États-Unis sont sur une pente isolationniste dont il vaudrait mieux examiner toutes les conséquences. L’Amérique, quasi ruinée, n’a plus les moyens d’être le gendarme du monde. Minée à l'intérieur par sa gauche "woke", elle n'est plus vraiment le pays des "lumières" qu'elle a été. Pire, nous sommes à une époque où les régimes inacceptables du siècle dernier sont redevenus à la mode : partout, de la France des contestataires et de l’antisémitisme  à l’Amérique qui a assisté au sac du Capitole, des factions exigent la mise en place de régimes autoritaires à vocation autarcique. Sur le plan stratégique, la victoire des Talibans est une défaite historique pour les démocraties et pour la Liberté, telle que nous la concevons. Ils ne se contenteront jamais de soumettre leurs compatriotes, on peut avoir la certitude qu’ils organiseront des attentats contre l’Europe et l’Amérique. N'oublions jamais que leur rêve est d'imposer la charia à toute la planète.

La France aussi…

Le Président Macron tente de sauver l’honneur et la dignité de la France en organisant le rapatriement de nos ressortissants et des afghans qui ont aidé nos forces et participé à nos actions. C’est bien le moins. Pour le reste, elle estime que ses engagements au Sahel et ailleurs la disculpent du retrait d’Afghanistan, décidé et accompli par François Hollande. Elle n’a pas tout à fait tort, sauf que ce qui vaut pour le combat au Sahel vaut pour toute zone géographique où des terroristes préparent des attentats. Ils obéissent à une logique qu’ils croient dictée par Dieu, ce qui les rend aveugles à toute forme de compromis, à commencer par le respect de la vie humaine. Nous allons donc les retrouver sur notre chemin. Probablement par des attentats dans notre pays, et le piège malien pourrait bien ressembler à son « cousin » afghan, avec le même résultat tôt ou tard. Ce qui se produit aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un inquiétant déclin occidental, que consacre non seulement la montée en puissance des dictatures mais aussi notre propre refus de faire des sacrifices au nom de la liberté. C’est le message que l’on peut, d’ailleurs, adresser aux manifestants français du samedi : face à la montée des revendications communautaristes que veulent nous imposer des islamistes radicaux dans notre propre pays, vous pourriez avoir un jour à combattre vraiment pour la liberté dont vous vous réclamez. Pensez un peu à ce qu’elle serait si la charia vous était appliquée !

 


LA CHINE, BEN MON « COCO » !

Chine communiste

 

Les  occidentaux ont eu tout faux.

Xi Jinping a pris le chemin inverse de celui choisi par Deng Xiaoping en 1978. Sur le plan économique, la Chine se referme et se concentre sur son immense marché intérieur. Le mouvement s’accompagne d’une ferme reprise en main idéologique. Depuis son entrée dans l'Organisation Mondiale du Commerce, on a d'abord cru que, découvrant le capitalisme et s'ouvrant au monde, la démocratie progresserait et la dictature politique s'affaiblirait progressivement avant de s'effondrer. Comme pour l’ex URSS après la chute du mur de Berlin. Puis on a pensé que la Chine n'aspirait qu'à devenir la première puissance économique mondiale, avec un communisme de façade et un capitalisme économique sauvage. La Chine étant devenue l'usine du monde et le premier client de nombreuses industries et de nombreux pays, il fallait fermer les yeux sur le régime politique. Par naïveté ou/et appât du gain, on oubliait l’idéologie, tant pis pour les droits de l'homme et la liberté d'expression. Mais depuis quelques semaines une révolution se déroule sous nos yeux : Le triple choix de la fermeture économique, du durcissement idéologique et du pouvoir absolu fait du rêve chinois un cauchemar.

La Chine est bien une dictature et un pays communiste.

Xi Jinping le rappelle au monde. Nous assistons à une nouvelle révolution culturelle qui va changer la face de la Chine. En mai 2019 la Chine avait lancé une campagne pour « rester fidèle à son engagement initial » et « pour garder constamment à l'esprit sa mission ». On en comprend maintenant le sens. Ce n'était pas que des mots. Il n'est plus question d'ego ni même d'argent. Il est question d'idéologie. Xi Jinping ne veut plus être seulement un Big Boss, il veut égaler Mao, voire le dépasser. Il rêve d’être le grand Timonier. Et il veut tout contrôler. Et les « nouvelles routes de la soie »  ne sont pas seulement un vecteur de développement économique, elles sont  la manifestation d’un impérialisme mondial.

La reprise en main est globale et vise tous les secteurs un par un.

Le gouvernement chinois s'est d’abord attaqué aux patrons de ces entreprises chinoises devenues tellement puissantes qu'elles menaçaient le pouvoir central. Ces entreprises valorisées des dizaines de milliards de dollars, engrangeaient des dizaines de milliards de profits grâce à des centaines de millions de clients. Jack Ma et quelques-uns de ces milliardaires qui ont cru au mirage du capitalisme américain et de la cotation sur Wall Street se faisaient taper sur les doigts et disparaissaient quelques jours avant de réapparaître sans plus jamais s'exprimer. On a mis ça, alors, sur le compte d’une lutte d'ego, entre Xi Jinping et ses milliardaires.

Ensuite, le gouvernement chinois a provoqué une onde de choc avec la reprise en main musclée de ses entreprises de la tech, créant une véritable panique. Les investisseurs internationaux, comme le géant américain Blackrock, qui sont actionnaires de grands groupes chinois visés par le gouvernement sont aujourd’hui piégés.

Le  mouvement a continué avec le secteur de l'éducation, un secteur qui pèse plus de 100 milliards de $. XI Jinping a tout simplement décidé qu'il ne pouvait plus y avoir d'actionnaires étrangers dans ce secteur... et tant pis pour les fonds américains... Ces groupes ont même l'interdiction de faire des profits ou de lever de l'argent. Pour le gouvernement chinois, ce secteur ne pouvait pas répondre aux lois du capitalisme. Goldman Sachs prévoit un effondrement de la valeur des groupes d'éducation de 100 milliards de $ à 25 milliards de $.

On se demandait à quel secteur le PC s'attaquerait après la tech et après l'éducation privée. On le sait maintenant : ce sont les jeux vidéos. Pour les médias officiels chinois, les jeux vidéos sont un « opium mental » et des « drogues électroniques ». Un vocabulaire qu’on a déjà connu. Evidemment, les valeurs du secteur ont immédiatement pris une claque.

L’Empereur rouge a  décidé de  contrôler l'éducation des enfants. Xi Jinping veut encourager les familles à faire plus d'enfants, parce que la Chine sera vieille avant d’être riche, il veut avoir la main sur leur éducation, il veut avoir la main sur leurs loisirs. Il veut contrôler.

Tout contrôler,  quitte à sacrifier quelques centaines de milliards de dollars de « capitalisation » !

Désormais, la Chine fait peur.

L'année 2020 a marqué le basculement du monde en faveur de la Chine alors même qu'elle était à l'origine de la pandémie de Covid-19. Mais sa fermeture économique, son durcissement idéologique et l'affirmation agressive de ses ambitions de puissance pourraient entraver sa conquête du leadership mondial.

La guerre commerciale et technologique lancée par Donald Trump, au prix de l’amputation de 1 % de la croissance américaine, a mis un coup d’arrêt aux excédents commerciaux chinois. Les dettes publiques et privées chinoises approchaient 270 % du PIB, les défauts financiers des entreprises étaient en hausse de 5 % et la fuite des capitaux ne cessait de s’amplifier. La relance par le crédit bancaire ne parvint pas à masquer la crise structurelle d’un mode de développement intensif fondé sur l’industrie et l’exportation, la prédation de l’environnement et la dette.

Le soixante-dixième anniversaire de la République populaire accompagna la fin des « quarante glorieuses » et une réorientation stratégique, associant fermeture économique et renforcement du totalitarisme. A l’intérieur, la Chine pratique un système  concentrationnaire de masse qu’elle applique aux Ouïgours du Xinjiang,  elle généralise la surveillance numérique de la population grâce à la reconnaissance faciale et en lui adossant le  système de crédit social qui conditionne à leur allégeance au Parti communiste l’accès des citoyens au logement, à l’éducation, à la santé ou aux transports. Autour d’elle, la mise au pas de Hong-Kong, l’annexion de la mer de Chine du sud et la prise de contrôle d’actifs stratégiques, voire de pays entiers, en raison de leur dépendance à la dette liée aux « nouvelles routes de la soie » provoquent des résistances croissantes. La Chine fait peur, du Vietnam à la Malaisie en passant par le Japon, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Sur le plan économique, la Chine se referme et se concentre sur son immense marché intérieur. Une priorité absolue est donnée à la technologie avec la volonté d’une autonomie qui supprime la dépendance vis-à-vis des États-Unis, assumant une confrontation globale. La question reste pendante de savoir si Xi Jinping conduit la Chine vers le leadership mondial ou si, comme à la fin du XVe siècle sous la dynastie Ming, il la coupe de la modernité.

L’occident pensait avoir tué le « totalitarisme communiste » avec la fin de l’URSS, la Corée du Nord continuant d’exister pour l’anecdote. Mais cette idéologie a la vie dure et en France on est bien payé pour le savoir avec la résurgence mélenchonienne. La Chine est là pour prouver qu’il est bien vivant et n’a pas renoncé à son rêve de domination mondiale. Il est grand temps de rapatrier nos industries imprudemment délocalisées.

Entre Islam radical et communisme pur et dur, le monde est mal parti !




QUAND « SUPER BARNIER » EST AUX MANETTES !

Journal du Brexit001

 

Le « Journal secret du Brexit »  que Michel Barnier a livré sous le titre « La grande illusion » se  lit comme une aventure passionnante vécue au jour le jour. Ce pavé de 500 pages, véritable chronique de négociations improbables avec des Anglais retords à souhait, est une expérience unique de quatre ans et demi, dans le décor des capitales européennes, avec comme acteurs tous les puissants de notre continent, et ses épisodes de noblesse mais aussi de petitesses et de fourberies, ses rebondissements et ses coups de bluff, sans oublier quelques moments intimes et réflexions personnelles qui en donnent toute la dimension humaine.

Michel Barnier s’y révèle comme un "grand monsieur".

Pour parvenir à éviter un « no deal » catastrophique, Celui que l’Union européenne a choisi pour mener la négociation,  a fait preuve d’une endurance  sans pareille. Il y est parvenu en réussissant d’abord à unir l’ensemble des Etats membres jusqu’au bout de l’ultime nuit, ce qui n’est pas un mince exploit, et à parer tous les coups tordus, les  postures, les exigences, les tactiques parfois redoutables de nos « amis » britanniques, ce qui constitue en soi une véritable gageure. S’il l’a fait, c’est en tenant en permanence la règle de l’unanimité, véritable force sur laquelle la perfide Albion a buté à chaque instant, en respectant ses  mandants, les peuples de  l’Union et sans jamais confondre  « le  sentiment populaire et le  populisme ». Ainsi, le respect de la parole de  chacun et de  la parole donnée sont  au coeur de ce « roman » du Brexit où, de Gibraltar à la pêche, en passant par la  « problématique » irlandaise, tant d’événements, de rencontres, d’échanges, que l’auteur nous fait vivre de l’intérieur. On n’en perd  pas une miette. Michel Barnier traverse ces quatre années et demi  comme un menhir, bénéficiant de  la confiance  des instances européennes, quels qu’en soient les responsables, de Juncker à Van des Leyen, en passant par  Macron, Michel, Merkel, Tusk, Sassoli et côté anglais  May, Johnson, Davis, Raab, Barclay, Gove  … Il  joue dans la cour des grands avec brio en sachant s’entourer de collaborateurs remarquables  constituant une « task force » incontournable. Confiance est le  maitre mot de la négociation, à tous les niveaux. Et le mérite d’avoir su la créer lui en revient !

Préserver  l’Union européenne du Brexit.

Michel Barnier a mené ces négociations en connaissant parfaitement les tentations de peuples  européens pour les quels le  Brexit pouvait être un modèle  ou un exemple. Quand le verdict tombe le 23 juin 2016  de l’autre côté de la Manche, nous savons, avec lui, qu’un tel vote reste possible  dans d’autres pays de  l’Union, dont le nôtre. Il a dû regarder en face nos  colères  et le  fantasme de l’indépendance. S’il avait en tête  de faire en sorte que l’Union et tout ce qu’elle implique d’avantages soit préservée, il  s’était aussi donné comme objectif de parvenir à un accord avec  le Royaume-Uni  qui soit aussi fécond que possible dans un respect  mutuel. Son credo est clair : « la  grande illusion est de croire à la promesse d’une identité et d’une souveraineté solitaires plutôt que solidaires ». Il lui a fallu des nerfs d’acier et imposer un calme  à toute épreuve,  puisé dans l’unanimité des 27 pour affronter le royaume des « tabloïds » soutenant agressivement le « Leave », les mensonges de Nigel Farage qui ne donnait pas cher de l’Europe sans l’Angleterre, les fractures de la majorité d’un parti conservateur changeant de Premier  ministre au milieu des négociations, passant de la ténacité de Theresa May aux foucades imprévisibles de  Bojo. Sang froid et méthode ont fini par triompher. Il faut absolument lire ce livre  pour comprendre dans le détail et en creux tout ce que l’Europe fait  pour nous, pour nous protéger et comme  marché unique, ce que les  commentateurs de nos médias et nos politiques prompts à mettre sur le dos de l’Europe leurs propres insuffisances ignorent.

L’Histoire retiendra son rôle.

Le traité auquel les négociations ont abouti  pourrait s’appeler « traité  Barnier ».  Il a joué un rôle majeur. On se demande qui a sa  place aurait pu réussir. Elu local de Savoie, ministre de  l’environnement, des  affaires européennes, des affaires étrangères, de l’agriculture, commissaire européen, cette négociation fait de lui l’un des  politiques français les plus capés, les  plus gradés, en un  mot les  plus robustes. Il a un entregent considérable en Europe et dans le  Monde et s’est trouvé l’égal des chefs d’Etat. « Patriote et européen » comme il aime se décrire, il a  déclaré vouloir désormais œuvrer pour l’avenir de son pays. On le sait engagé pour sa terre, pour notre langue,  pour les territoires et  leurs particularismes, il souhaite voir notre immigration suspendue pendant cinq ans, il parie sur le courage du collectif pour relever les défis du relèvement de la France et se réinventer. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin » aime-t-il affirmer. Et récemment, il a déclaré qu’il « serait au rendez-vous ».

On aurait bien tort de se priver d’un tel homme aussi talentueux.

La grande illusion, journal secret du Brexit, de Michel Barnier, Gallimard.

 


LE POINT SUR L’ECONOMIE

Planche à billets

 

LA PEUR DU RETOUR DE L’INFLATION

Intéressant le rapport de l’ancien ministre des Finances, Jean Arthuis. Il nous montre un horizon bien sombre à  l’horizon 2030, un moment où notre dette se situerait entre 130 et 150%  de note PIB. Et ce  rapport explique à demi-mot qu’il est impossible de concevoir un plan de rétablissement de nos finances publiques. Et pourtant nous allons vers les 3 000 milliards de dette, car nous continuons à emprunter 1 milliard d’euros par jour sur les marchés.

Trop de liquidités.

Les banques centrales injectent trop de liquidité et les gouvernements en font trop. Le principal danger vient du risque avéré de surchauffe de l’économie, et particulièrement de  l’économie américaine du fait des plans successifs de Joe Biden qui injectent des dollars par dizaines de milliards. Avec  la crise sanitaire on a un effet  de cumul : l'épargne des ménages, la trésorerie des entreprises, les liquidités des banques centrales, les plans de relance, constituent un cocktail explosif.  Le 4 mai dernier, Janet Yellen, secrétaire au Trésor américain a, pour la première fois, évoqué la possibilité d'une hausse des taux d'intérêt. C’est un tournant. Elle a très précisément déclaré qu'il faudrait peut-être augmenter les taux d'intérêt pour que l'économie US n'entre pas en surchauffe. Elle alimente l’idée que l'inflation va revenir, et qu’inévitablement les taux d'intérêt vont remonter, surtout aux États-Unis. Les prévisionnistes s’accordent sur une inflation américaine qui devrait dépasser les 3,5 ou 4%. D’autant plus que la hausse des matières premières va aussi alimenter la hausse de l'inflation.
L’Europe suivra. En Europe, la reprise sera forte mais moins forte qu'aux États-Unis et les pressions inflationnistes seront moins fortes. Le travail de la BCE  devrait donc s’avérer moins complexe que celui de la FED. Notons tout de même que le taux de référence en France, le taux d'emprunt à 10 ans, n'est plus négatif. Il reste bas à 0 ,12%, mais il n'est plus négatif. Les taux d'emprunt d'État remontent partout en zone euro, 0,81% en Italie, 0,43% en Espagne. L'Allemagne a encore un taux négatif à -0,23% mais rappelons qu'il était tombé à -0,67% il y a 6 mois. Ce sont des signes avant-coureurs.

Rappelons que, en économie, si on accroît massivement les liquidités en circulation, la masse monétaire augmente et si la masse monétaire augmente, inéluctablement, l'inflation dérape. On aurait donc dû  avoir un retour de l’inflation depuis des années compte tenu des baisses des taux et des injections massives de liquidités par les banques centrales. Celle-ci n'est jamais venue. On a déjà expliqué pourquoi : les pressions déflationnistes structurelles étaient fortes : la démographie avec  l’effondrement des taux de fécondité et le vieillissement de la population, du fait de la digitalisation de l'économie, et enfin du fait de la révolution sociétale, et notamment de la prise de conscience écologique qui pèse sur la surconsommation.

Le retour de l’inflation.

L’inflation semble maintenant pointer son nez et ça va  changer la donne, tant sur l'économie que sur les marchés. Le facteur déclenchant aura été la crise sanitaire. Les masses d'argent mobilisées par les gouvernements et les banques centrales ont atteint des niveaux tellement délirants qu'à la sortie de la crise sanitaire, la consommation et l'investissement explosent, comme on le voit en Chine ou aux Etats-Unis. Et la pression est tellement forte que, cette fois, la hausse de l'inflation est inéluctable. Désormais, le débat porte sur son caractère plus ou moins durable. Les banques centrales font le pari  que cette hausse de l'inflation sera conjoncturelle et accompagnera la sortie de crise en raison du retard de consommation et d'investissement accumulé pendant la crise. La FED et la BCE tentent de rassurer sur les craintes d'inflation, et, pour l’instant, n’envisagent pas de  monter les taux pour la contrer. Mais rien n’est moins certain. Il peut y avoir un dérapage de l'inflation, car il y a trop d'argent en circulation dans l'économie, et cela risque de provoquer des turbulences. L’indicateur  à suivre de près c’est l'inflation aux États-Unis. Si elle dérape, il faudra se mettre aux abris.

Cycle de hausses ?

Le risque est d’autant plus difficile à appréhender que les matières premières industrielles, agricoles, l'énergie, sont entrées dans un cycle de hausses, du cuivre au plus haut depuis 2011 au soja au plus haut depuis 8 ans, en passant par le maïs, le minerai de fer ou encore le sucre, tout monte. Les raisons sont les  mêmes : la masse de liquidités déversée par les banques centrales, les plans de soutien et les plans de relance massifs des gouvernements, le rebond de l'économie post-crise sanitaire en Chine et aux États-Unis avec l'effet rattrapage de la consommation et de l'investissement, la « transition écologique » qui provoque des ruées sur certaines matières premières. Enfin, la Chine est le premier consommateur au monde de matières premières et son économie a redémarré sur les chapeaux de roue. Même si elle anticipe un cycle de croissance plus contrôlé, les prévisions de ses besoins sont impressionnantes. Le  redémarrage de l’économie américaine ajoute aux tensions d’approvisionnement. La flambée des matières premières va inévitablement alimenter la hausse de l'inflation. Autant d’éléments qui plaident pour un dérapage de l'inflation dans les mois qui viennent.

Voilà pour le contexte.

Et pendant ce temps, en France… 

Les français ...épargnent, épargnent et épargnent encore. Nous allons de records en records, notamment pour l'assurance vie : 1 812 milliards d'euros d'encours, 1 milliard d'euros de collecte nette en mars, 4 milliards en 3 mois. Mais ce qui se passe en France est grave, et nous risquons d'en payer les conséquences pendant longtemps : grisé par un sentiment de totale liberté et par l'ivresse du chèque en blanc de la Banque centrale européenne, le gouvernement dépense sans compter. Le problème c’est qu’il dépense, il n'investit pas, et  qu’il essaie de faire passer la masse des dépenses publiques préélectorales pour de la « relance ». Pas un jour ne passe sans que nous distribuions une aide qui additionnées se comptent en centaines de millions, voire en milliards d'euros. Des aides de soutien évidemment nécessaires pour les secteurs, les entreprises et les personnes en difficultés. Mais cela va bien au-delà de ce qui est nécessaire. Sous couvert de soutien à l'économie du fait de la crise sanitaire, le gouvernement a fait exploser des dépenses publiques qui n'ont rien à voir avec ce soutien. Nos gouvernants y ont vu une opportunité historique de distribuer de l'argent sans compter, et pour que ça passe mieux vis-à-vis de nos partenaires, nous changeons les étiquettes : nous labellisons de simples dérapages des dépenses publiques avec une étiquette « plan de relance ». On disait qu'en France, il y avait une taxe pour chaque problème. Aujourd'hui il y a une aide pour chaque problème. Rien n’a été fait pour limiter les mauvaises dépenses publiques que nous accumulons sous forme de déficit depuis 1974, celles qui dépassent nos revenus et sont faites totalement à fonds perdu, avec une efficacité de plus en plus réduite, comme on l'a vu avec notre système hospitalier pendant la crise.  Elles ne seront jamais remboursées et vont donc peser sur la croissance à venir. Quand la crise sanitaire sera terminée, nous ferons une fois de plus figure de cancres et de tricheurs. Et que se  passera-t-il  si l’inflation repart et entraîne une remontée  des taux…

Notre dette est  déjà un enjeu de souveraineté  puisque plus de 51% est détenu par des investisseurs étrangers.  De 250 à 300 milliards d’euros d’obligations tricolores s’accumuleraient dans les caisses de la banque centrale chinoise.

Aussi devrions-nous avoir, parallèlement à la fin des aides de sortie de crise une stratégie claire de réduction des dépenses associant une baisse durable des impôts pour sauver la croissance et  l’emploi.

 


LE PROPHETE ET LA PANDEMIE

Gilles Kepel001

DU MOYEN-ORIENT AU JIHADISME D'ATMOSPHERE

Par Gilles KEPEL

Certes  l’ouvrage est ardu à lire.  C’est une enquête très serrée et très documentée mais un outil indispensable  pour qui veut comprendre ce qu’est aujourd’hui « l’islamisme », ou « islam politique », et quels en sont les différents acteurs, les alliances qu’ils nouent et les stratégies qu’ils développent, face aux grands acteurs mondiaux : Europe, Etats-Unis, Russie et même Chine. L’auteur y explique comment on est passé d’un djihadisme de commanditaires avec Al Qaïda et Daech à un « djihadisme d’atmosphère » alimenté par des « entrepreneurs de colère ».

Le livre de Gilles Kepel trouve toute son actualité, malheureusement, avec le nouvel  attentat qui vient de frapper la France, et qui entre en une triste résonnance avec  les  mécanismes qu’il décrit. Voilà un livre que tout responsable public, homme politique ou fonctionnaire exécutif devrait lire. Cela éviterait à certains leur attitude de déni.

Gilles Kepel est directeur de la chaire « Moyen-Orient Méditerranée » à l’Ecole Normale supérieure. Il est l’un des rares spécialistes français du monde arabe et fin connaisseur du Moyen-Orient. Son savoir gène les mouvances décoloniales et « indigénistes » à l’œuvre dans l’Université et les grandes écoles dont il affirme qu’elles  participent indirectement de ce djihadisme d’atmosphère. Il en a vécu personnellement  les effets par la fermeture de la  chaire « Moyen Orient Méditerranée » à Sciences Po, créée en 1985 par Rémy Leveau et dont il avait pris la suite, et qui rayonnait dans le monde entier. « La connaissance a été éradiquée pour faire  place nette à l’idéologie, et l’on a vu apparaître le « hidjab day » à l’instigation d’associations islamistes et les études postcoloniales » précise-t-il. Or Gilles Kepel déplore le délaissement des études de la langue et de la civilisation arabes quand elles n’ont pas été détruites volontairement par de hauts fonctionnaires omniscients mais incultes et des « cuistres universitaires » selon lesquels  « ça ne sert à rien de connaître l’arabe pour comprendre ce qui se passe en banlieue ». Il  plaide au contraire pour que soit renforcée en France et à l’université la connaissance du monde arabe, de ses langues, de ses cultures et civilisations qui ne se réduisent nullement à la simplification salafiste. Une faiblesse que la  loi « confortant les principes républicains » ne saurait compenser.

Dans son livre « Le Prophète et la pandémie », il tente un parallèle avec la progression du coronavirus : « et si le djihadisme prospérait dans notre pays à la manière d’un virus ? ». En retraçant l’année 2020, de l’effondrement du marché pétrolier à l’assassinat de Samuel Paty, d’Ankara aux banlieues françaises, il démonte les rouages d’un mécanisme qui se met en place, s’appuyant sur « une atmosphère » entretenue par des activistes qui ne peinent pas à motiver quelques « idiots utiles » qui passent à l’acte. Les ressorts sont souvent complexes et les alliances à géométrie variable courantes : ainsi en Syrie, Turcs et Iraniens parrainent deux camps ennemis mais communient dans le patronage du mouvement palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza… Cartes et chronologie à l’appui, il met en perspective l’actualité de l’année 2020 ce qui permet de comprendre la trame profonde des évolutions à l’œuvre. Ainsi vous saurez comment s’est forgée « l’entente d’Abraham » sous l’égide des Etats-Unis qui établit la paix entre les pays arabes et Israël avec la bénédiction discrète du saoudien Mohamed Ben Salman, et comment cette entente se heurte au front « fréro-chiite » animé par Qatar, Turquie et Iran, avec le soutien ponctuel de la Russie…

Parmi les indispensables : le président turc Erdogan en profite pour mener une « blitzkrieg » pour tenter de refaire d’Istanbul le centre de l’islam mondial. Ainsi il rend au culte musulman la  basilique Sainte Sophie dont Atatürk, pour « l’offrir à l’humanité », avait fait un musée 85 ans auparavant. Il fait de la France sa bête noire pour faire oublier l’héritage très francophile d’Atatürk, mène une campagne déchaînée contre le président Macron qu’il couvre d’insultes en réaction à son « islamophobie » présumée, permettant à son contempteur de conforter la figure du héraut des musulmans offensés. Il devient de ce fait, l’un des principaux entrepreneurs du djihadisme d’atmosphère, d’autant plus qu’il peut attiser les affrontements avec la république laïque honnie par les leviers qu’il  possède sur notre propre territoire, telle l’association Milli Görüs. Il peut même provoquer des désordres comme on l’a vu à Décines où des « Loups gris », des extrémistes nationalistes turcs, sont venus en commando, s’attaquer aux descendants du génocide arménien, depuis longtemps réfugiés en France et intégrés. Par ailleurs, il bénéficie de la mollesse de l’Europe qu’il n’hésite pas à humilier.

En dehors du Moyen Orient, il existe un autre territoire qui cristallise l’ensemble  des crises : la Libye.  On y trouve un concentré des  problèmes :  des hydrocarbures aux migrations, du terrorisme aux rivalités  entre Tripolitaine - où Turquie et Qatar soutiennent, avec la mansuétude américaine, un pouvoir issu des Frères musulmans -, et la Cyrénaïque, - où Abou Dhabi et Le Caire appuient leurs rivaux avec le support de Moscou -. Sur le terrain les  deux camps se combattent grâce à des mercenaires syriens prélevés parmi les insurgés islamistes et les miliciens pro-Assad démobilisés, tous les ingrédients sont réunis pour que viennent s’installer là le vecteur de la déstabilisation de l’Afrique du Nord et derrière elle de l’Europe,  en parallèle au contentieux qu’Ankara cultive contre Athènes en Méditerranée. Et profitant que l’Europe  est divisée entre les intérêts concurrents de l’Italie et ceux de la France.  

Le résultat en est un terrorisme qui frappe  en France, en Autriche, avec des combattants sans organisation. Passant tous les attentats au crible, il met à jour, preuves à l’appui, le système des « entrepreneurs de colère », mobilisant foules et réseaux sociaux du monde musulman pour venger le prophète face à l’Occident, qui servent de support de motivation. Mille autres détails passionnants ou éclairants émaillent un ouvrage riche en références.

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

A lire en prenant son temps !

« Le Prophète et la Pandémie », du Moyen-Orient au jihadisme d’atmosphère – Gilles Kepel – Chez Flammarion. Collection Esprits du Monde.

 


« GOUJATERIE A ANKARA »

Erdogan Van Der Leyen

 

C’est le dernier film sorti en Turquie, avec à la mise en scène et comme principal Acteur Recep Tayyip Erdogan, avec la participation exceptionnelle de Charles Michel, président du Conseil européen et Ursula Van Der Leyen,  présidente de la Commission européenne. 

La « Sublime Porte » est devenue aujourd’hui, avec le pseudo descendant du « califat » en la personne de Erdogan, le modèle de ce qui se fait de pire en matière d’indignité. Recevant le président du Conseil européen, Charles Michel et la présidente de la Commission de Bruxelles, Ursula Van der Leyen, le président turc a placé Mme Van der Leyen sur un siège disposé à l’écart, ce qui a provoqué un tollé justifié dans les instances européennes de Bruxelles. Les deux hauts représentants de l’Europe s’étaient rendus à Ankara pour demander à Erdogan des explications sur le retrait de la Turquie de la « Convention internationale d’Istanbul » consacrée au droit international des femmes. On peut se demander si le piège ainsi tendu à Ursula Van der Leyen n’a pas été conçu par la diplomatie turque pour trancher le débat avant même le début de la conversation. Ce faisant, Erdogan s’est conduit comme un homme cynique, un malappris qui étale son mépris des femmes et en même temps de l’Europe dans laquelle il voudrait pourtant entrer.  

Les mauvaises manières de la diplomatie turque.

Maître chez lui,  le Petit Mamamouchi d’Ankara a cru bon d’infliger une humiliation à la présidente de la Commission qui, après un instant d’hésitation, s’est assise à l’écart, ce qui ne l’a pas empêchée de défendre la Convention pour les femmes avec opiniâtreté. Les mauvaises manières sont devenues la marque de fabrique de la diplomatie turque et d’un potentat qui multiplie les gaffes délibérées. Cette fois-ci encore, la manœuvre a parfaitement réussi : les médias se sont emparés de l’incident en ne s’intéressant qu’au scandale de la mise en scène, en occultant l’entretien dont on ne saura que peu de choses, ce qui était le but recherché. C’était une manière d’informer d’entrée de jeu Van der Leyen que son pays ne réintègrerait pas la Convention. N’oublions pas que le Turc siège au Conseil de l’Europe et fait toujours partie de l’OTAN !!!

Charles Michel : un hubris fait de lâcheté.

Mais si on déplore la goujaterie du président turc, on peut aussi s’indigner encore plus fort du comportement de Charles Michel qui, au lieu de participer complaisamment au scénario, aurait dû avoir l’élégant réflexe de donner son siège à sa collègue, ce qu’il n’a pas fait, s’asseyant confortablement et étendant ses jambes pour se relaxer. Tous les personnels européens ont réagi avec vigueur. Il s’est excusé du bout des lèvres, constatant simplement que la rencontre n’a pas été inutile. Rien de plus dangereux pour l’Europe que de prendre de tels accommodements avec une démocratie vidée du droit et décidée à imposer son modèle à une Europe veule. Dans toute politique, l’important est le symbole. En Europe, l’incident n’est pas passé inaperçu  mais les peuples européens semblent ne pas avoir accordé  à l’épisode beaucoup  d’importance, habitués qu’ils  sont  au manque de fermeté face à Ankara.  Les nombreuses associations féministes qui s’égosillent dans des manifestations en France auraient une conduite plus judicieuse si elles s’en prenaient à l’homme qui affiche son mépris et sa haine  des femmes, en abolissant un texte qui fut signé, coïncidence étonnante, à Istambul.

Un pas de plus vers l’obscurantisme.

M. Erdogan veut enterrer le modernisme qu’avait insufflé Kemal Ataturk à son pays en instaurant la laïcité et la suppression du port du voile pour les femmes, synonyme d’égalité.  Il rêve de retrouver un leadership dans le monde musulman sous l’influence des  alliances qu’il a nouées avec les « Frères Musulmans » et les pays  les plus conservateurs, dans le cadre de la triplice turco-irano-qatarie. Kemal Ataturk doit se retourner dans sa tombe.  Avec  la  mise en scène de cet entretien, il adresse aussi au peuple turc un message en vertu duquel jamais une femme, fut-elle qualifiée, ne changera ses projets de retour vers le Moyen-Age. C’est peut-être judicieux sur le plan tactique, mais c’est désastreux sur celui des intérêts bien compris de la Turquie, qui n’a jamais eu autant besoin de l’aide technologique et financière des Européens qu’il tente de remplacer par l’afflux des capitaux en provenance du Qatar.

Arrogance sans limites.

On ne dissertera jamais assez sur le comportement d’un chef d’État, par ailleurs assailli par de graves problèmes nationaux et par la chute de sa monnaie, qui surfe pour se maintenir sur la crête d’un nationalisme belliqueux aggravé par une politique de force dont il n’a pas réellement les moyens et qui détourne son budget vers les conquêtes militaires au détriment d’un peuple besogneux dont le niveau de vie ne cesse de baisser. On sait qu’il se maintient au pouvoir par la manipulation des préparatifs électoraux, les  provocations contre la Grèce, la persécution des Kurdes et des Turcs qui les soutiennent, les interventions multiples en Arménie, en Libye, en Méditerranée, en Syrie ou des milices déchaînées tirent sur tout ce qui bouge. Il ne faut donc rien attendre de cet individu mû par la haine. Profitant de la déstabilisation du Moyen-Orient provoquée par la pandémie et le crash des hydrocarbures, la Turquie de Erdogan a passé l’année 2020 à pousser son avantage pour tenter de reconquérir une hégémonie régionale  dans la perspective de ressusciter une sorte de califat ottoman. Il fait comme si la Turquie était une grande puissance, capable de projeter à l’étranger des opérations militaires susceptibles de modifier les équilibres géographiques. C’est dans ce cadre qu’il faut situer la réislamisation le 24 juillet 2020 de l’antique basilique byzantine Sainte-Sophie, rendue au culte musulman, dont Atatürk avait fait un musée  il y a quatre vingt cinq ans. Provocation hautement symbolique  qui a laissé l’Europe de marbre… ou presque, mais qui était une réponse aux accords signés le 13 août 2020 entre  les Etats sunnites, Arabie et Emirats avec Israël, dits  « accords d’Abraham », sous l’égide américaine.  Ceux-ci ont été passés pour faire face à la surenchère de la triplice.

L’initiative européenne était donc importante si elle voulait  signer un refus de se laisser marginaliser. Il serait temps qu’elle tienne la dragée haute à ce fauteur de troubles et qu’elle lui impose des sanctions économiques et commerciales. Il serait temps que l’Europe défende avec ardeur les valeurs de la démocratie parlementaire, sans craindre les risques qui seront pris. Et cela d’autant plus que Erdogan est capricieux, condamné à la fuite en avant perpétuelle. Mais il ressemble à ses maîtres, Poutine et Xi. Ils ne comprennent que le langage de la force, cette force que les Européens, sous la houlette de moins en moins assurée de la chancelière Angela Merkel, cherche à retenir au profit d’une diplomatie plus sereine. À force de rester sereins, nous finirons par aller chercher ordres et projets  chez les fossoyeurs de la démocratie.

 


L’EUROPE A TOUJOURS BON DOS !

Covid vaccination

 

Le moment viendra pour juger à partir de la pandémie du Covid 19 de la qualité de la gouvernance des nations et de la résilience de nos sociétés. Il est, à mon avis, bien trop tôt pour tirer des conclusions sur la hiérarchie entre les nations et les continents qu’elle aura redessinée. D’abord parce que la crise n’est pas terminée, y compris pour ceux qui croient qu’ils en sont sortis. Et contrairement à ce que nombre d’observateurs, le plus souvent europhobes, affirment dans la précipitation, le déclassement de l’occident n’est pas du tout acté face à l’Asie, et encore moins celui de l’Europe au sein de l’occident. On peut seulement affirmer sans trop se tromper, que,  sans avoir un bilan aussi calamiteux dont on l’accable, la France a perdu quelque peu le  contrôle de la situation sanitaire par la défaillance d’un Etat obèse et impuissant dont la bureaucratie omnipotente a fait la démonstration de ses lenteurs et de ses errements. Le moment venu, il faudra en tirer lucidement les enseignements.

Ah, ces vaccins !

S’il y a un sujet sur lequel tout le  monde s’en est donné à cœur joie, c’est bien celui des vaccins. Comparaison n’est pas raison. Il faut souligner ici à quel  point le débat public et médiatique, procédant en permanence à des comparaisons internationales, s’est organisé autour d’indicateurs et de chiffres « non maîtrisés », pour rester correct. Tous les jours, au Parlement, à la télé, les critiques  de tous bords pleuvent, des experts pérorent, des chroniqueurs ricanent, surfant sur l’air du temps, sans que ni les uns, ni les autres n’aient une connaissance suffisante, vérifiée, de la réalité. Et revient en boucle  l’accusation : l’Europe est responsable du retard  pris par la vaccination sur le continent et en France. Tellement facile. Et de prendre à témoin la Grande Bretagne de Johnson, les Etats-Unis, et même la Russie, ce qui est un comble, quand on connaît la « transparence » de son pouvoir.

Il est temps de rétablir quelques vérités fiables parce que vérifiables.

Oui, la centrale d’achat des vaccins mise en place par la Commission européenne  n’a pas été d’une gestion optimale. Créée à la demande des Etats alors que la santé n’est pas une compétence  partagée, on peut comprendre qu’elle ait été d’abord précautionneuse, donc un peu lente. Et sa négociation avec les labos a probablement, au départ, manqué de technicité, d’autant plus qu’elle se faisait sous l’œil sourcilleux des parlementaires européens, de nombreux eurodéputés penchant du côté de la réticence et de la temporisation. Mais il est faux de dire que l’Europe se soit  fait dépasser par la Grande Bretagne, la preuve en est que les contrats qu’elle a signés avec Astrazeneca, l’ont été la veille de la signature de ceux de sa gracieuse majesté. Si les  vaccins ne nous ont pas été livrés comme il était prévu, c’est à cause de  la  pression d’un Premier Ministre, peu respectueux de sa signature, coutumier des méthodes de voyou, mis le dos au mur par sa gestion désastreuse de la pandémie  dans son pays, et prêt à tout pour se refaire une santé aux yeux de son peuple, alors que de son côté, l’Europe tenait ses engagements. La Grande Bretagne a fait le choix de vacciner avec une seule dose dans un premier temps, reportant la seconde aux calendes grecques. Un pari fou qui a marché pour l’instant mais qui aurait pu tourner à la catastrophe. Sauf que maintenant le temps presse pour lui et il aurait bien besoin de doses que l’Union Européenne réserve désormais en priorité à sa population. Si nous avions reçu les 100 % de vaccins AstraZeneca qui nous étaient contractuellement destinés, l'Union européenne serait aujourd'hui au même niveau que la Grande-Bretagne en termes de vaccination. Les Etats-Unis, eux, ont choisi l’autarcie : « on garde tout ce que l’on produit pour nous et on ne partage pas ». Sans solidarité internationale, l’Europe s’est  organisée pour faire face. A la fin de l’été, il sera temps de faire les comptes.

L’Union européenne n’a pas à rougir.

L’Union européenne ne mérite pas l’hystérie dont elle fait l’objet. Pour les uns, c’est parce qu’elle ne devrait pas exister, pour les autres parce qu’elle est un bouc émissaire commode. Convenons d’abord d’une réalité incontournable : le début de la vaccination a commencé sous le signe d’une pénurie structurelle. Les Européens, parce que c’est leur culture, n’auraient pas accepté les risques pris par les Etats-Unis et la Grande Bretagne pour rattraper le temps perdu sur l’épidémie grâce à la vaccination. Par ailleurs, on ne produit pas 800 millions de doses du jour au lendemain ! Les performances de stratégies de commando comme l’a pratiquée Boris Johnson ne pouvait se faire qu’au détriment de tous, ce qui était gagné par lui était forcément perdu pour les autres. Le Brexit n’a rien à voir là dedans. On n’a  pas beaucoup communiqué sur le travail que l’Union a effectué et c’est dommage.  Dès le 5 février elle a nommé le Commissaire à l’Industrie, Thierry Breton, à la tête d’une « task force » chargée de produire le plus rapidement possible sur le continent les vaccins dont nous avons besoin. Début avril, le dispositif est en place et 52 usines sont  en capacité de produire. D’ici l’été, la montée en puissance va permettre de fournir les dizaines de millions de doses à toute l’Europe pour atteindre le plus tôt possible, autour de la mi-juillet, le seuil d’immunité qui empêchera le virus de se propager et arrêter ainsi l’épidémie : 14 millions de doses ont été livrées en janvier, 28 millions en février et 60 millions en mars ; pour le trimestre suivant, nous passons à 100 millions en avril, mai et juin ; puis 120 millions à l'été et nous atteindrons un rythme de croisière de 200 millions à partir de septembre. Dès le dernier trimestre de l’année, l’UE sera à même d’envoyer en Afrique tous les vaccins nécessaires. On verra alors qui s’en est sorti le mieux et qui est capable de contribuer à éradiquer sur toute la planète cette saloperie de virus, garantie qu’il ne nous revienne pas sous la forme de variants divers et variés. L'Europe sera le premier continent en matière de production vaccinale dès la fin de cette année, avec une capacité de production de près de 3 milliards de doses par an. Me revient alors à l’esprit le slogan d’une campagne européenne avec Nicolas Sarkozy : « Quand l’Europe veut, l’Europe peut ! ».

On ne se sauvera pas tout seul.

Il est  déraisonnable de penser que chacun aurait pu faire mieux en restant chacun dans son coin, à l’abri chez lui, face à une pandémie qui se  joue de toutes les frontières. Qui peut imaginer que la France, pays divisé, ankylosé par son principe de précaution, bureaucratique et incapable de produire son propre vaccin, le seul des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU à être dans ce cas, aurait pu tirer correctement son épingle du jeu dans un affrontement au chacun pour soi. Et à quel prix ? Au contraire, il paraît plus réconfortant d’avoir participé à un ensemble qui a choisi la solidarité et comme règle le partage équitable entre tous ses membres des doses disponibles.  Il a pu y avoir des impatiences ici ou là,  mais elles n’ont plus lieu d’être dès lors que la production arrive à faire face aux besoins. Oui, l’Union européenne a fait un choix collectif de prudence et de précaution. Qui l’en blâmerait ? L’administration bruxelloise, a fait preuve de prudence et de responsabilité comptable, comme on le lui demandait. Elle a, en réalité, parfaitement rempli sa mission. Si certains chez nous, l’accablent pour sa lenteur, n’est-ce pas en raison de la mauvaise gestion du freinage de la pandémie, l’autre moyen de ralentir sa progression.

Il est tellement facile de mettre sur le dos de l’Europe ce qui relève  de nos propres insuffisances. Mais ce n’est pas une attitude nouvelle. Et la France est loin d’être exemplaire quant à sa responsabilité.

 


LA FÊTE CONTINUE !

Economie  bourse

 

Le CAC à plus de 6 000 pts ! 

Le CAC atteint ce seuil symbolique. Et les indices boursiers affichent de nouveaux records historiques. C'est le cas du Dax, l'indice allemand, hier. Quel chemin parcouru en moins d'un an ! Ce qui alimente la hausse des marchés c'est cet argent qui coule à flots continus : l'argent des banques centrales,  ou si l’on préfère, l'argent des gouvernements financé par la dette, elle-même financée par les banques centrales. Depuis un an, les gouvernements et les banques centrales ont réagi vite et fort,  et il y a trop d’argent dans le circuit. Il inonde les marchés, accentuant la financiarisation de l’économie et le  découplage avec l’économie réelle. Si bien que les connaisseurs le savent, il y a deux indices CAC : l'indice CAC que nous connaissons et dont le niveau est commenté tous les jours, et l'indice « CAC GR » ou CAC « Gross Return ». Ce dernier tient compte des dividendes réinvestis en actions. Et ce CAC GR a atteint un record historique. Deux chiffres pour mesurer le chemin parcouru : le CAC a chuté le 16 mars 2020 à 3 612, il cote aujourd'hui 6 000 ; le CAC « GR » cotait 10 200 le 18 mars 2020, il vaut 16 682 !  Tout est  dit !

« Whatever it takes ».

Cette expression lancée par Mario Draghi en 2012 est encore d'actualité. Le rapport de la dernière réunion de la Banque Centrale Européenne est clair : l'argent va continuer à couler à flots en Europe. Notre plan de relance européen de 750 milliards d'€, qui n'a d'ailleurs toujours pas été déployé, fait pâle figure face aux plans de relance américains, mais notre Banque Centrale va compenser tout cela. En Europe, le rebond de l'économie sera moins puissant qu’aux Etats-Unis, et en plus  il est différé chaque jour un peu plus  à cause des cafouillages de la campagne de vaccination. Le plein emploi n'est pas du tout d'actualité, et l'inflation n’est pas un sujet  face  aux facteurs déflationnistes toujours puissants. La BCE a bien compris tout cela, et elle va devoir continuer à soutenir la croissance. Elle va donc injecter encore plus d'argent dans le circuit, « At a significantly higher place », a annoncé Christine Lagarde. La fête de l'argent va  continuer en Europe et les indices européens se réjouissent : plus les nouvelles sont mauvaises pour l'économie, plus la banque centrale injectera de l'argent, et plus la banque centrale injectera de l'argent, plus la bourse montera. Un paradoxe ? Pas vraiment. Il n’y a que la bourse qui peut rapporter en spéculant. Les taux bas disqualifient les autres placements et les investisseurs savent que leur remontée sera très limitée.

1 900 milliards de $ !

Le plan Biden a été adopté par le Sénat : 1 900 milliards de $ qui viennent s'ajouter aux 900 milliards de $ du plan de soutien de décembre. Aux États-Unis, chaque Américain gagnant moins de 80 000 $ par an, va recevoir un chèque de 1 400 $ qui viennent s'ajouter aux chèques de 1 200 $ puis de 600 $ envoyés par l'administration Trump. Il faut y ajouter des aides pour les chômeurs supplémentaires,
plus des fonds pour les vaccinations pour le personnel soignant et pour la couverture santé des plus défavorisés, plus des aides pour les écoles et les lycées. Voilà un pays qui s'apprête à distribuer 422 milliards de $ directement aux ménages.  De l’argent « hélicoptère » qui tombe du ciel. L'État n'intervient plus seulement pour soutenir les plus défavorisés, il intervient pour compenser la baisse de la croissance et ses conséquences. Pour Janet Yellen, la secrétaire au Trésor Américain et ancienne patronne de la banque centrale américaine, la lettre de la reprise est le « K ». Une confirmation officielle d'une tendance profonde. Cela veut dire que la reprise va favoriser les entreprises qui ont su surfer sur les tendances qui ont été très largement accélérées par la crise sanitaire, autrement dit une très large partie de l'économie va rebondir. Par contre, une partie de l'économie ne se relèvera pas une fois les aides gouvernementales supprimées. D’où le « K ». Cela provoque des « rotations » en bourse, ainsi, la  semaine dernière, les investisseurs se sont rués sur les valeurs technologiques qui avaient pourtant perdu plus de 20% et étaient entrées dans un territoire de baisse : hausse de 3,69 % pour le Nasdaq alors que le Dow Jones ne progressait que de 0,10 %. Malgré le package massif de relance américain, malgré les perspectives de hausse de l'inflation, malgré les perspectives de hausse de taux d'intérêt, les investisseurs restent optimistes, voire euphoriques. Cependant, la FED, va vite devoir réduire sa distribution d'argent gratuit car les États-Unis vont connaître une croissance spectaculaire avec un risque avéré de surchauffe, revenir au plein emploi et même se payer un retour à l'inflation. Surtout que certains jugent l’efficacité des aides financières directes aux ménages douteuse, puisque 30 % seulement du montant des premiers chèques de 1 200 dollars versés par l’Administration Trump ont été dépensés en biens de consommation, le reste étant épargné, affecté au désendettement, voire consacré à la spéculation, comme l’a montré l’affaire GameStop. Dès lors, le plan de relance pourrait conforter les inégalités et les bulles, comme on le constate dans l’immobilier - en hausse de 10 % - ou sur les marchés financiers, qui alignent les records.

Une locomotive puissante pour les Etats-Unis et le monde.

Néanmoins, ce dispositif qui intervient dans un contexte d’accélération de la campagne de vaccination a poussé les économistes à revoir leur copie : selon un sondage réalisé par le Wall Street Journal, ils tablent désormais sur une croissance de 5,95% en 2021 en glissement annuel. S’ils ont raison, les Etats-Unis connaîtront cette année leur plus forte croissance depuis 1983. Le plan Biden porte, en effet, à 14 % du PIB le soutien budgétaire de l’activité aux États-Unis en 2021, soit un niveau sans précédent en période de paix. L’objectif est double. Sur le plan économique, la relance vise à restaurer le plein-emploi Sur le plan politique, l’ambition est de rendre espoir aux Américains, de stabiliser la classe moyenne en apportant une réponse concrète aux difficultés des ménages, dont 40 % connaissent des fins de mois difficiles. Le plan Biden est donc une locomotive puissante. L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), juge qu’il devrait entraîner un bond supplémentaire de 3 à 4 points. D’autres observateurs, plus optimistes, parient même sur une croissance de 8 % à 10 % de l’économie des États-Unis. Ce plan aura «des retombées positives pour la croissance mondiale» prévoit le Fonds monétaire international (FMI). Il ajoutera plus d’un point de croissance au PIB mondial, lequel devrait augmenter de 5,6% en 2021, calcule l’OCDE. Les partenaires traditionnels des États-Unis profiteront de cette manne. Ses voisins proches, liés par l’accord Canada- États-Unis-Mexique, en seront les premiers bénéficiaires avec un gain de croissance de leur PIB de respectivement 1,2 et 0,8 point, pronostique encore l’OCDE. L’impact devrait être moins élevé, à seulement 0,5 point, dans la zone euro, où le poids des échanges avec les États-Unis est moins important. Mais attention, la réouverture des économies pourrait entraîner un boom et amorcer une spirale inflationniste, ce qui obligerait les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt au prix d’un krach obligataire et de défauts en chaîne des États et des entreprises surendettés. La relance, par sa démesure, accoucherait alors d’une violente récession. D’une manière plus certaine, ce gigantesque plan américain, qui sera bientôt suivi d’un autre grand programme d’investissement dans les infrastructures, risque de creuser l’écart entre la première puissance mondiale et l’Union européenne. Bruxelles, dont le plan de 750 milliards d’euros n’est pas encore en action et comporte une part trop faible d’investissements pour l’avenir, a plutôt le pied sur le frein, de quoi accroître un peu plus le retard de l’Union européenne dans la course mondiale.

Allez, le bout du tunnel se rapproche quand même. On y croit, même si en France, comme d’habitude, la reprise sera plus lente qu’ailleurs. C’est que la crise n’a pas fait disparaître nos boulets, hélas.

 


BIDEN : LE MIRAGE DE L’APAISEMENT

Biden 2021

Joe  Biden a lancé un appel à l’unité dès son élection. Reste à convaincre les 74,2 millions d’électeurs qui ont voté Trump. Un pari difficile à tenir dans un contexte caractérisé par une vague de censure généralisée  surtout depuis les événements du Capitole.

Un sans faute international.

Pour l’opinion internationale, l’indispensable défaite de Trump était infiniment plus importante que la victoire de Biden. Voilà qu’elle découvre un président qui a pris en un mois toute une série de décisions positives et rassurantes, surtout pour notre vision française et européenne : retour dans la conférence mondiale sur le climat, retour à l’OTAN, deux instances où il va affirmer le leadership américain, fermeté nécessaire avec la Chine et la Russie, main tendue à l’Iran que les mollahs feraient mieux de saisir, rétablissement des liens avec l’Union européenne, lancement d’un plan économique de 1 900 milliards de dollars, c’est plus, au total, qu’un président peut accomplir en si peu de temps. Il a bel et bien mis fin à l’isolationnisme américain. La menace terroriste l’a déjà incité à adopter un moratoire sur les troupes américaines déployées à l’étranger, à réaffirmer la solidarité de Washington avec l’Europe  et il reste présent au Sahel où l’armée française est aidée par le renseignement américain.

Une logique centriste.

Le pari de Biden  en donnant l’image d’un président qui agit est de convaincre beaucoup d’américains de la  classe moyenne qui croient aux valeurs traditionnelles. Le président actuel propose un discours apaisant qui n’utilise pas les superlatifs et s’adresse aussi à ceux qui ont voté contre lui, avec l’espoir que les décisions qu’il annonce et qu’il applique deviennent irréversibles avec le temps. Célébrant dans la tristesse les 500 000 morts du Covid, il a fait ses condoléances au peuple américain et il a mis les drapeaux en berne. À l’irréversibilité apparente du trumpisme, qui aurait été confirmée par la réélection du président sortant, il a substitué le retour aux réalités politiques et philosophiques : l’Amérique est en deuil, les victimes du Covid sont autant de preuves de la réalité de la pandémie. Ainsi le cynisme a-t-il laissé la place à la compassion. La clé de son succès tiendra dans la mise en œuvre de son plan économique et social qui, s’appliquant à tous, donc aux moins riches, tentera de séduire une partie de l’électorat de Trump. Peut-être, alors, cette partie de l’opinion sera-t-elle lassée, au bout d’un certain temps, par cette hystérie collective qu’il faut alimenter tous les jours à coup de mensonges ; peut-être sera-t-elle satisfaite d’être traitée comme de simples démocrates si elle abandonne toute violence ; peut-être ceux qui votaient Trump sans aller jusqu’à la mise à sac du Capitole finiront-ils par admettre qu’une page est tournée. Biden est un centriste, mais les activistes de sa gauche n’en restent pas moins actifs.

La  faiblesse du Parti Républicain.

Pour autant, il ne fera pas disparaître en un jour le courant puissant qui a donné plus de 70 millions d’électeurs à Trump. Bien qu’ils soient désormais privés de réseaux sociaux, les suprémacistes, complotistes, racistes et autres bataillons d’une extrême droite dure et violente, continuent à se répandre par d’autres canaux d’Internet et grâce à quelques radios et télévisions. Tout dépendra de la suite que le Parti Républicain donnera à l’épisode Trump. Il sort très affaibli et divisé en interne des quatre dernières années. Donald Trump n’a pas été destitué a posteriori, comme le souhaitaient les démocrates. Mais il aura été à ce jour le seul président des États-Unis qui ait subi deux fois la procédure d’impeachment. Trump voit déjà se dresser le mur du fisc contre lui : la Cour suprême vient de l’obliger à livrer au procureur de New York sa comptabilité. Il risque donc d’être condamné pour fraude fiscale car l’ex-président par ses errements peut nous laisser penser que ses comptes sont truqués. Cela n’empêche pas que les électeurs Républicains ont de quoi douter de la volonté de réconciliation. Ils n’ont pas perdu de vue que la priorité de l’administration Biden pour l’aide accordée aux PME pour rouvrir et reconstruire après le Covid ira en priorité aux entreprises tenues par des Noirs, des Latinos, des Asiatiques, des amérindiens et des femmes.  C’est son programme. Kamal Harris y veillera. La ligne de fracture politique qui divise l’Amérique en deux n’est pas vraiment organisée autour de conceptions rivales de l’organisation économique mais autour d’une hiérarchie morale à laquelle l’idée de bien commun est étrangère.

Plaire aux Européens ne veut pas dire plaire aux Américains.

Il faudra au Président élu, s’il veut réussir la réconciliation, s’affranchir de la philosophie morale qui constitue le cœur idéologique de la gauche américaine depuis de nombreuses  années.  Tout est conçu, en effet,  pour promouvoir le « cercle de la raison et de la vertu » : les programmes des chaines d’information en continu, les séries et les films, les formations des  départements des ressources humaines, les panneaux publicitaires, les slogans des supermarchés et des restaurants, les devoirs scolaires des enfants, tout est à l’unisson de la bien-pensance démocrate qui contrôle tous les réseaux,  avec au cœur du dispositif la philosophie morale « woke ». Composée d’ONG, de fondations, de départements diversités insérés dans toutes les structures bureaucratiques, cette machine a réussi  peu à peu, à faire qu’une grande partie de la société américaine a été gagnée par le langage toxique de la gauche universitaire, faisant passer aux oubliettes la vieille aspiration à la social-démocratie. Et le vécu sur le terrain, que nous autres européens percevons difficilement, est redoutable si l’on en croit ce que rapportent les observateurs sur place : si vous n’adhérez pas au prêt-à-penser, vous êtes classé ipso-facto dans le camp des « déplorables », surtout si vous êtes un homme blanc, hétérosexuel et père de famille ! Le risque est donc grand de bannir du champ de la responsabilité  politique toutes  les revendications d’un peuple dont Trump s’était fait le porte-parole et de traiter en séditieux tout Américain qui prétendrait y rester fidèle.

 


DE QUOI LE BITCOIN EST-IL LE SYMPTOME ?

Bitcoin

 

Coke monétaire.

Le prix du bitcoin vient de subir une correction sans que cela remette en cause sa folle course vers les sommets. Une trajectoire stupéfiante, qui tient en partie au potentiel supposé de la reine des cryptomonnaies, mais surtout à la frénésie actuelle des marchés financiers. Le bitcoin à 58 335 $ au plus haut  a chuté à 45 000 $ avant de rebondir à 50 000 $. En 3 jours. Même chose pour Tesla : 900 $ au plus haut, chute à 619 $, Rebond à 698. Le patron de la Banque centrale américaine, dealer en chef de la coke monétaire, a voulu rassurer tous les accros aux liquidités des banques centrales qui craignaient qu'on réduise leurs doses : Jay Powell a confirmé qu'il maintiendrait son « soutien à l'économie » car le retour à la normale n'était pas proche. On va pouvoir racheter du bitcoin et Tesla... Vive la coke monétaire.

Le bitcoin à 50 000 $ pièce.

Depuis le début de l'année, la valeur de la reine des cryptomonnaies n'est pas loin d'avoir doublé, et sur un an, elle a été multipliée par cinq. Résultat, les « tokens » s'échangent désormais à prix d'or, au sens propre, puisque chacun des quelque dix-huit millions de bitcoins en circulation vaut ces jours-ci pas loin de l'équivalent d'un kilogramme de  métal jaune ! Un engouement incompréhensible quand on sait qu’il s’agit d’un actif virtuel qui n'offre aucun rendement et n'a de devise que le nom  , dans la mesure où il ne permet pas d'acheter grand-chose. Il  faut  pourtant expliquer  l’inexplicable. En finances, il y a toujours une ou plusieurs raisons, rien ne se fait au hasard. 

Le bitcoin est d’abord un thermomètre de la spéculation.

Depuis des mois maintenant, Wall Street vole de record en record, alimentée par les liquidités fournies par la banque centrale. Cela crée un environnement dans lequel la valeur économique n'est plus forcément le critère principal pour déterminer la valeur d'un actif . Cette financiarisation alimente la spéculation,  mais les phénomènes « Robins des bois » de  petits porteurs  qui se rassemblent sur des  plates-formes internet comme « Reddit », viennent troubler le jeu en infligeant de lourdes pertes à des fonds experts. C’est ce qui s’est passé avec « Gamestop » fournisseur de jeux vidéo, propriétaire de  « Micromania » que ces derniers jouaient à la baisse : ces petits porteurs ont décidé d’acheter massivement et de façon concertée les actions de cette entreprise ciblée, et comme ils sont des millions, même avec des petites sommes, ils ont fait monter le cours de cette entreprise de 1 000 % en un rien de temps. Leur motivation était d’abord le jeu. L’argent, car la montée des cours leur a bien sûr profité, mais, à voir les messages postés sur les groupes d’échanges, un vague objectif politique aussi, comme faire payer la finance et la punir des désordres de la crise d’il y a douze ans. La persistance de ces raids boursiers a été suffisante pour inquiéter des investisseurs à la recherche d’opportunités  plus fortes. Le bitcoin a été providentiel. 

Une double révolution à venir.

La monnaie cryptée annonce pourtant d’autres évolutions. Pour beaucoup d'observateurs, les politiques monétaires ultra-accommodantes menées par les banques centrales conduiront fatalement à un regain d'inflation et à une fuite devant la monnaie. Par ailleurs, conjuguée à la digitalisation des usages, la technologie qui sous-tend le bitcoin, la » blockchain », devrait tôt ou tard révolutionner le monde des paiements et plus largement le secteur financier. Cette envolée reposerait donc sur de solides fondamentaux. Elle refléterait le rôle économique clé que le bitcoin est appelé à jouer, comme disrupteur, d'abord, comme valeur refuge, ensuite. L’inflation et la dévaluation monétaire sont les deux fléaux contre lesquels la devise électronique née il y a douze ans à peine offrirait une protection efficace. D'où son nouveau statut d'or digital, dont il ne faut pas s'étonner. C'est ce qui explique que les unes après les autres les grandes maisons de Wall Street en proposent désormais à leurs investisseurs à la recherche d'actifs à fort rendement , augmentant ainsi le nombre des acheteurs et donc la fièvre spéculative. En clair, le bitcoin est en train de devenir le subprime des années 2020. Cependant son marché limité aujourd'hui à 1.000 milliards de dollars est loin d'avoir le potentiel systémique de celui des crédits subprimes en 2007, mais la dynamique, elle, est quand même très préoccupante.

Dans l'euphorie actuelle, il offre donc des perspectives de gains élevés et rapides. Ou de pertes importantes en cas de retournement, comme on vient de le voir… Car son gros inconvénient, c’est qu’il n’y a pas d’amortisseur et ses mouvements sont largement imprévisibles.  On estime que la volatilité du bitcoin est dix fois supérieure à celle du marché des actions. Avis aux amateurs de sensations fortes ! C’est bien pourquoi Janet Yellen, la secrétaire du Trésor, ex-patronne de la Fed, n'en est pas fan : « Je ne pense pas que le bitcoin soit largement utilisé comme mécanisme de transaction dans la mesure où il est utilisé, je le crains, souvent pour le financement illicite »…« Le bitcoin est un moyen extrêmement inefficace de mener des transactions et la quantité d'énergie consommée pour traiter ces transactions est stupéfiante ». Cela n’a pas empêché la cryptomonnaie de gagner 300% sur 6 mois. Bulle ???

Le bitcoin est un indicateur de plus de la folie du monde dans lequel nous vivons.

 


"WE ARE FIRED" ! (nous sommes virés)

Drapeau US

 

La fin pathétique de Trump.

On est débarrassé du "fou furieux".  Les derniers soubresauts de la politique intérieure de Trump frisent la  mascarade et l’on serait tenté d’en rire franchement si elle ne ridiculisait pas la démocratie de la première puissance du monde et si elle n’avait pas des côtés sinistres. Élu jusqu’au 20 janvier 2021, et contrairement au fair-play et aux traditions de la transition, il continue à détricoter l’héritage laissé par Barack Obama, de manière à compliquer la tâche de Joe Biden. Heureusement ce dernier fait preuve d’un grand sang-froid et  n’est pas affolé par les difficultés qui l’attendent. Il faut dire qu’il a une longue expérience politique. En fait, la première leçon du 3 novembre, c’est l’extraordinaire robustesse des institutions américaines qui ont rendu impossibles les coûteux recours de la campagne de Trump contre les résultats confirmant sa défaite dans certains États très disputés, lesquels ont accordé, grâce au vote par correspondance, 6 à 7 millions de voix populaires en plus à Joe Biden. Donald Trump n’a pas pu s’opposer à cette déferlante et le show mis en place par ses avocats n’a pas ébranlé les juges, de quelque bord qu’ils fussent, parce qu’aucune fraude n’a été trouvée. Toute la presse, américaine et internationale, a mis l’accent sur les obstacles dont Trump a  l’intention de jalonner le mandat de Biden. Enfin, pour illustrer le caractère vicieux du battu, il faut s’indigner de son intervention personnelle pour que soient exécutés les condamnés à mort fédéraux qui attendent leur sort dans le couloir de la mort. Trump fait souvent rire, mais il est aussi sinistre, cruel et inhumain, surtout quand il  se livre à des abus de pouvoir. La tradition veut que son successeur décide ou non de gracier les condamnés. Dans certains cas, les avocats n’ont même pas obtenu le délai de 91 jours prescrits par la loi pour leur permettre de présenter un dossier. Tragique égocentrisme !

Pas plus mal que si c’était pire.

Cependant, quelque chose qui ressemble à la raison commence à émerger du camp républicain, partagé, jusqu’à présent, entre le désir de ne pas s’aliéner le président sortant et celui de rester dans la course. C’est ainsi que le plan de relance de l’économie américaine va être annoncé et que Joe Biden démontrera que lui aussi est un créateur d’emplois. Dans ces conditions, le pire n’est pas sûr. Il n’est pas certain qu’en 2024, Trump puisse réapparaître comme un monstre du Loch Ness sorti des eaux le couteau entre les dents. Il n’est pas sûr non plus que ses électeurs vont continuer à semer la zizanie et tenter de semer le trouble dans les consciences et dans les votes, même s’il y a aux États-Unis une élection législative dans deux ans qui peut renouveler la Chambre des représentants au profit du Grand Old Party. Les Américains forment un peuple qui aime le changement, qui ne s’accroche pas au passé, qui veut aller de l’avant, avec cette foi et cette solidité mentale que lui confère la stabilité institutionnelle.

Bienvenue à Biden.

Avec 306 grands électeurs contre 232 à son adversaire et 7 millions de voix d’avance, Joe Biden a remporté un triomphe plus qu’une victoire, ce qui lui permettra de gouverner avec autorité à partir du 20 janvier 2021. Après quatre ans de Donald,  le  vilain canard, le candidat démocrate veut « reconstruire, en mieux » les Etats-Unis. Il devra certes compter avec sa « gauche » et Bernie Sanders, mais il est avant tout un modéré et un « centriste » et il a l’expérience de sa vice-présidence Obama où il avait en charge les affaires internationales. De plus il bénéficie d’excellentes relations au Sénat avec des sénateurs républicains, qui lui seront bien utiles s’ils y restent majoritaires. On peut compter sur Joe Biden pour apaiser les relations avec les  alliés naturels de l’Amérique, que Trump a  mises à mal par ses incartades et ses roromontades, même s’il ne faut pas se méprendre : « America first » restera d’actualité. Le nouveau président veut mettre en place un choix plus large pour l’assurance-santé et une fiscalité plus juste pour financer un grand plan d’infrastructures et une économie plus verte. A cet égard, le retour des Etats-Unis dans les Accords de  Paris est une bonne nouvelle. Il veut un plan massif pour promouvoir le « made in America » ;  il a promis de financer davantage les écoles situées dans les zones les  moins riches, davantage de bourses et des études gratuites dans les universités publiques pour les étudiants pauvres ;  il s’attaquera évidemment aux inégalités raciales dans une société qui a besoin d’apaisement sur ce point. Les marchés sont plutôt satisfaits de cette victoire avec un Sénat en position de contrôle, car l’absence de  majorité dans la haute assemblée limite l’action des démocrates. Le nouveau président a commis un sans faute pour l’instant.  Il a  misé sur l’establishment démocrate pour réhabiliter les institutions : il s’entoure de professionnels expérimentés qui ont exercé des fonctions sous la présidence Obama. Compétence et expérience sont les  maitres mots qui président à ses choix. La future administration aura pour mission de « rendre sa stature mondiale à l’Amérique, son éminence politique et morale ». C’est ainsi que nous voyons réapparaitre Antony Blinken, Jake Sullivan, John Kerry, à des postes quasi similaires à ceux qu’ils avaient occupés. Le coup de maître est la nomination de Janet Yellen au Trésor, elle qui a été présidente de la Réserve fédérale et des conseillers économiques de la Maison blanche. Restera la gestion de la crise économique et là encore, pas  de surprise, le programme creusera les déficits, comme celui qu’avait prévu Trump. Il faut s’attendre à une hausse de la dette fédérale de 18 points de PIB d’ici 2030…  avec une hausse des dépenses publiques. Rien de nouveau sous le soleil !!

Si les dirigeants européens préfèrent Joe Biden, ils ont aussi raison de ne pas se faire trop d’illusions, car l’élection américaine ne change pas grand-chose à nos intérêts commerciaux. Et c’est pas plus mal  pour la cohésion du vieux continent.

 


LE BILAN DE TRUMP

Capitole

Le suspense se prolonge : qui sera le 46ème Président des Etats-Unis ?  Le décompte n’en finit pas de s’éterniser. Et puis, les résultats sont si serrés que dans les derniers états, on recompte pour être certain. Mais le voile se lève peu à peu. Tout  converge  pour désigner Joe  Biden comme gagnant. Une victoire de Trump sur le fil serait une énorme surprise.

Saluons d’abord la performance électorale.

Une fois de plus, Trump crée quand même la surprise. Même s’il  est battu. Cette fois-ci encore, les sondages se sont trompés. Cette  fois-ci encore, le fossé entre la perception générale et la réalité du terrain est profond. Mais, quel que soit le résultat définitif de cette élection, on voit que Trump a été soutenu par une part importante de la population américaine, près de la moitié des suffrages exprimés, et pas seulement par quelques bandes d’extrémistes ou de clowns caricaturaux qu'on a vus pendant quatre ans. Non seulement Trump n'a pas été rejeté mais ses électeurs se sont largement mobilisés, au-delà du cliché du petit blanc du middle-west. Il faudra analyser en profondeur ce qui, quoi qu'il arrive, constitue un excellent score. Il y a quatre ans on pouvait dire qu'il avait bénéficié d'un effet de surprise et que personne ne le connaissait. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Au cours  de  la campagne électorale, il a donné une leçon sur la confiance en soi, inébranlable, allant jusqu'au déni permanent de réalité. Il a donné aussi une leçon de combativité, menant le combat jusqu'au bout, à raison de cinq meetings par jour, et cela lui a permis de combler son retard qu’annonçaient les sondages. Tout cela, évidemment, ne compense aucune de ses outrances. Mais la vague démocrate annoncée n’a pas eu lieu.

Un pays fracturé.

Trump, s’il s’en va, laisse un pays divisé en deux camps totalement opposés et difficilement réconciliables. Sa volonté de rester dans le bureau Ovale à n’importe quel prix, y compris le désordre institutionnel, des troubles ou émeutes possibles qui affaibliraient les démocrates, des accusations calomnieuses non assorties de la moindre preuve, suffit à indiquer qu’il a perdu l’élection et qu’il ne pourrait exercer un second mandat que dans un cadre institutionnel difforme. Mais, en réalité, il ne peut se battre contre le calendrier que pendant une courte période. Le 16 décembre, le collège électoral se réunira pour désigner le vainqueur. Au tout début de janvier, le nouveau Congrès confirmera ce choix. Au-delà des palinodies judiciaires, toute décision d’un tribunal se fondera sur le nombre des suffrages. Biden aura probablement la majorité du collège électoral et la majorité en voix populaires. À partir de là, il sera invincible. Deux choses sont sûres : la  première c’est que pour rétablir un semblant de sérénité et d’unité, Biden est préférable à Trump ;  la  seconde c’est que la  démocratie est tout de même grande gagnante, car jamais  les Américains n’ont été aussi nombreux à participer au scrutin. Il n’en reste pas moins que l’Amérique sort encore plus divisée de cette expérience. Il se peut même que se produisent de graves incidents, avec morts, blessés, pillages et incendies.

Le bilan économique.

En attendant le résultat, profitons-en pour tenter de faire un bilan économique des quatre ans de présidence Trump. Essayons de dépasser les clivages partisans et les sentiments que peut inspirer le personnage. Sa volonté de « Make America Great Again », sa volonté d'être pro business et son obsession pour la Bourse, lui tenait lieu de programme économique. A-t-il réussi ? Certes, la crise du Covid, comme partout, a fait déraper la machine.  Il faut donc examiner la situation pré-Covid sur les points fondamentaux : la croissance, le chômage et la bourse.

+ La croissance.  Avant Covie, les États-Unis ont connu la plus longue période de croissance positive de leur histoire : plus de onze ans de trimestres successifs de croissance ininterrompue. Une croissance certes moins importante que les taux habituels de sortie de crise (crise de 2008), mais une croissance prolongée de quelques années alors qu'on annonçait régulièrement une récession qui n'est venue qu'avec la Covid.

+ Le chômage.  Là encore, un point positif. Avant la Covid, il avait atteint le plus bas niveau depuis près de 60 ans : à 3,5%, le chômage américain défiait toutes les prévisions avec même des taux au plus bas aussi pour les minorités.

+ La Bourse. Elle est allée de records historiques en records historiques, avec une écrasante domination de la tech et de la finance américaines en Bourse, et des capitalisations phénoménales, avec des entreprises de moins en moins contraintes par la réglementation et de moins en moins imposées.

Ces points positifs ne doivent pas occulter pour autant les aspects beaucoup moins favorables.

Cette croissance s'est faite à crédit, avec une dette qui, même avant la Covid, avait dérapé du fait de déficits budgétaires explosifs.

Autre point négatif : le commerce extérieur. C’est un échec total. Le pari du protectionnisme a été perdu. Les mesures prises contre la Chine n'ont pas permis de faire baisser le déficit commercial abyssal des États-Unis, bien au contraire, et n’ont pas réussi à empêcher les importations tout en les renchérissant pour le consommateur américain.

Et enfin, les inégalités.
C’est un débat plus compliqué. Certes le fossé s'est creusé, mais l'accroissement des inégalités est plus dû à un enrichissement spectaculaire des plus riches qu'à une détérioration de la pauvreté.

Et le Sénat !

Quand Biden sera élu, il devra compter avec un Sénat hostile, très probablement. Les Démocrates pensaient remporter facilement le Sénat. Ce n'est pas le cas. Les deux camps ont 48 sénateurs chacun, et il faut 51 postes pour avoir la majorité. Sauf qu’on ne connaîtra les résultats définitifs pour le Sénat qu'en janvier 2021. En effet, en Géorgie (toujours la Géorgie), un candidat et probablement un deuxième n'ont pas atteint la barre des 50% des voix. Il faudra donc, fait exceptionnel, attendre un deuxième tour qui déterminera si les Républicains conservent la majorité. Il ne pourra avoir lieu qu’en janvier. Il faut savoir que Le Sénat américain n'est pas notre Sénat, il a un vrai pouvoir qui pourrait en cas de majorité des Républicains,  contrebalancer le pouvoir démocrate et empêcher toute dérive d’impôts ou de dépenses … autrement dit paralyser grandement l’application du programme du nouveau président.

Les Etats-Unis vont  donc connaître une nouvelle période  passionnante !

 


LES DOSSIERS DE L'ETE

Dossiers de l'été

3 / MEDITERRANEE : ENDIGUER ERDOGAN !

 

Escalade en Méditerranée.

Conflit gréco-turc001

Notre mer intérieure n’est plus la « Mare nostrum » des Romains. Lieu de rencontre des grandes civilisations, et particulièrement celles du « Livre », elle devient aujourd’hui une zone de tensions majeures, marquée par l’extension du désordre qui domine le Moyen-Orient et  sa  côte sud, et la montée en puissance de la démocrature (pour ne pas dire la dictature) turque. L’effondrement du Liban et le jeu trouble de l’Iran, la décomposition de la Libye qui s’enfonce dans une guerre intestine sans fin  où se mêlent conflits tribaux et importation des conflits régionaux avec l’intervention de la Turquie et du Qatar du côté Tripoli, de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, des Emirats et de la Russie du côté Haftar, n’arrangent pas la situation. Mais c’est peut-être la  rivalité entre les Etats pour le contrôle des espaces maritimes, et  l’appropriation des ressources qui vont avec, qui risque de déclencher des conflits.

La  découverte du gisement est-méditerranéen dont les réserves de gaz sont estimées à 3 500 milliards de m3 rend la situation  proprement explosive (sans jeu de mots). Sans compter que la Méditerranée voit transiter ¼ du trafic maritime mondial et constitue l’une des zones de  migrations les plus intenses. On comprend avec regrets pourquoi le projet de Nicolas Sarkozy de créer « l’Union Pour la Méditerranée »  était si stratégique.  Il avait réussi à réunir autour de la même table tous ceux qui s’affrontent aujourd’hui, plus de 40 dirigeants, pour en faire une zone de paix et de coopération autour de quatre thématiques : la dépollution de la  Méditerranée, la construction d’autoroutes maritimes et terrestres, le développement d’une protection civile méditerranéenne et l’installation d’une université euro-méditerranéenne en Slovénie. Les  « printemps arabes » bouleversèrent les données, et surtout, François Hollande abandonna le projet, probablement parce qu’il n’en voyait pas l’intérêt ou ne se sentait pas à la hauteur, ou les deux. Sans la France, L’Union européenne ne pouvait que se désengager. La  place est vacante pour laisser libre cours à tous les appétits !

L’inquiétante Turquie d’Erdogan.

Mais dans ce paysage aux soubresauts tumultueux, c’est l’évolution de la Turquie qui devrait nous inquiéter le  plus. Entre les mains d’Erdogan, le régime ne cesse de se durcir. La  liberté d’expression n’y est plus qu’un souvenir : les avocats sont soumis à un contrôle renforcé, on ne compte plus les députés de  l’opposition déchus de leur mandat, de nombreux journalistes sont poursuivis pour « espionnage politique » ou pour des révélations qualifiées de « secrets d’Etat » et il  ne fait pas bon critiquer le régime, il faut rajouter  les  procès à rallonge de personnes qualifiées « d’activistes », la  destitution des maires élus du parti pro-kurde.  En juin, une loi a été votée pour renforcer les pouvoirs des milices de quartier qui seront désormais armées. Les « Bekci », en chemise caramel rappelleraient à certains le temps des « chemises brunes ».  Ils veillent sur les villes et les villages dès la nuit  tombée.  L’AKP leur a donné le  pouvoir de contrôler et de fouiller, de porter une arme et d’en faire usage en cas de besoin. Une véritable  armée au service du régime  est  en train de se mettre en  place. Le pays va être pris dans un véritable étau dont Erdogan serre la vis.  Fin juillet, le  parlement a de nouveau frappé en élargissant l’emprise du pouvoir sur twitter et Facebook.  Les  réseaux sociaux sont d’une importance capitale pour de nombreuses personnes qui les utilisent pour s’informer, faute de médias libres. Désormais, la  censure en ligne est possible. Sous son action politique, la Turquie ne cesse de s’islamiser et dans une nécessité qui lui a paru sans faille, il a récemment transformé la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul en super mosquée. Et pendant ce temps-là,  l’arrogant dictateur gesticule et multiplie les provocations à l’égard de l’Europe, pour faire oublier la crise économique qui sévit chez lui et exacerber le nationalisme turc. Un engrenage que l’on connaît bien.

Il faut "endiguer" Erdogan.

Erdogan

Après son intervention dans le conflit syrien contre les Kurdes, Erdogan se mêle de la  Libye  tout en maintenant le chantage aux immigrés sur l’Europe moyennent finances. Maintenant, il mulitplie les  violations de l’espace grec notamment au prétexte de chercher du gaz. Car la Méditerranée orientale en regorge, et la Turquie, confinée sur ses côtes par les eaux territoriales grecques, n’entend pas être tenue à l’écart de ces richesses. C’est l’un des enjeux de ses interventions ces derniers temps dans les eaux chypriotes et grecques. Le gaz est la nouvelle pomme de discorde entre la Turquie et Chypre. Les projets gaziers chypriotes irritent particulièrement Ankara, car la Turquie ne reconnaît pas les limites maritimes validées par l’ONU. Il y a quelques jours, elle a signé un accord avec la Libye qui délimite de nouvelles zones maritimes entre les deux pays. Elles ne sont, bien sûr, pas reconnues par les autres pays, mais elles auraient pour effet de bloquer un projet de construction d’un gazoduc long de près de 2.000 km, baptisé « EastMed » qui relierait les champs gaziers d’Israël, d’Egypte et de Chypre à la Grèce, ouvrant les portes du marché européen. Bruxelles y est favorable, mais beaucoup doutent de la viabilité économique de l’opération, évaluée à 6 milliards d’euros alors que l’Europe est déjà bien approvisionnée en gaz par pipeline et en GNL bon marché. Cela n’empêche pas la Turquie de tout faire pour torpiller le projet EastMed et la  situation peut réellement déraper.

Les derniers développements ont conduit l’UE à réagir : Josep Borrell, chef de la diplomatie, a convoqué  les Etats-membres. Les 27 devraient exprimer leur solidarité avec La Grèce  avec un ton plus dur. Une fois n’est pas coutume, mais j’approuve la décision du Président Macron  de renforcer la présence militaire française en Méditerranée orientale. Deux chasseurs Rafale et deux bâtiments de la Marine se sont rendus dans les zones de tensions. Il faut montrer  ses muscles pour ne pas avoir à s’en servir. Erdogan est comique quand il l’accuse de jouer au « Caïd ».  Il n’y a aucune raison de ménager le « Caudillito » d’Ankara qui tente par tous les moyens d’imposer la présence turque en Méditerranée et qui multiplie les incidents avec les Grecs en envoyant drones, bateaux et soldats sur leur sol ou dans leurs eaux.  

Angela Merkel a engagé des négociations. Un compromis serait  possible, car  les Turcs peuvent légitimement revendiquer un droit d’accès aux richesses, pour peu  qu’ils soient raisonnables… Et l’Europe ne manque pas de moyens de rétorsion : elle est le plus grand partenaire commercial de la Turquie et pourrait créer un énorme problème à son économie déjà mal en point. Mais dans l’immédiat, il est urgent d’endiguer Erdogan. Et compte tenu du sort qu’il réserve à la démocratie  dans son pays, le mieux serait de mettre fin officiellement aux négociations pour son entrée dans l’Union européenne qui n’ont aucune chance d’aboutir. Ce n’est pas avec une attitude belliqueuse qui pue la haine de  l’Europe et les ambitions impérialistes, en piétinant la démocratie, en s’adressant aux autres avec un langage de charretier et en exacerbant le sentiment nationaliste de sa  base, qu’Erdogan parviendra à ses fins. Ou alors, ça rappellerait de biens tristes souvenirs comme ceux de 1938.

Heureusement, l’Histoire, dit-on, ne se répète jamais. 

 


TRUMP DEMASQUE !

Donald Trump

La  pandémie du Coronavirus aura au moins eu un mérite (même si le mot n’est pas très approprié),  celui de révéler la vraie nature de Trump. Obsédé par sa volonté de privilégier l’économie à  tout prix et son aveuglement dans sa rivalité avec la  Chine, il a oublié l’essentiel : le  peuple américain !

La catastrophe sanitaire.

Plus  de 300 000 cas  à travers le  pays, le virus se répand rapidement. Plus de 1 500 morts dans les dernières 24H, dont 594 à New York où la maladie fait rage et qui compte 4 159 décès sur un bilan total de 9 000, soit près de la moitié. Ces nombres traduisent l’impuissance de l’administration et des services de santé américains. Ils montrent surtout qu’un retard a été pris par Donald Trump au début de la pandémie, qu’il refusait de prendre au sérieux. Pendant plusieurs jours, il n’a cessé de minimiser la gravité du phénomène causé par ce qu’il se contentait d’appeler le « virus chinois », une manière de sous-entendre que la Chine avait organisé la contamination de la planète. Face au désastre annoncé, il a choisi de protéger l’économie qui, il y a encore un mois, se trouvait dans une situation plutôt florissante. Il a donc préféré injecter deux mille milliards de dollars dans l’économie de son pays mais rien pour la protection sanitaire de ses concitoyens. Le président des États-Unis a parié sur le mauvais cheval : compter sur la barrière que constituerait l’infection de 60% de la population comme immunisation naturelle contre le virus, en oubliant qu’il exposait son pays à un bilan catastrophique de  100 000  à 200 000 morts, voire plus. Le  « mauvais rhume » se transforme alors en cauchemar. C’est que les Etats-Unis ne sont pas organisés pour soigner les centaines de milliers d’Américains dont beaucoup seront démunis pour payer leurs soins. Il est probable que le pays manque comme nous de moyens en respirateurs, lits de réanimation,  masques et surblouses médicales. Autre écueil : le pays est très décentralisé, le confinement n’y a été ordonné que dans la moitié des États, alors qu’il s’agit d’une crise évidemment fédérale et, aujourd’hui encore, beaucoup d’Américains n’ont pas vraiment compris qu’ils étaient exposés à une épidémie, de sorte que la discipline du confinement est vécue avec nonchalance.

Le retournement de l’économie.

C’était le point fort de Trump. Mais il a été incapable d’enrayer la chute de la bourse et la brusque montée du chômage (plus de six millions de personnes ont déjà perdu leur emploi). Son autorité et sa crédibilité sont donc atteintes dans un secteur pour lui essentiel : sa capacité à faire tourner l’économie. Dans la course à la Maison Blanche, il ne pourra pas brandir son principal trophée : le plein emploi et la prospérité, et il ne pourra pas faire campagne sur la puissance américaine. Il a beau annoncer maintenant des moments « horribles », organiser avec des méthodes douteuses le ravitaillement de son pays en masques, préconiser le traitement par l’hydrochloroquine dont il veut  tous  les stocks pour les Etats-Unis, le tout dans une surenchère nationaliste insupportable, le roi est nu à sept mois des élections générales. Car, pour la première fois, ses analyses taillées à la hache et ses propos mensongers ne relèvent plus du verbiage sur les réseaux sociaux, mais de prises de position qui auront fait des milliers de morts dont il sera comptable. Du coup sa défaite, qui semblait impossible il y a à peine un mois devient possible. Jusqu’à présent, Trump tenait bon, parce qu’il était attaqué sur sa personnalité et son caractère, son ignorance et son triomphalisme enfantin.  Ses admirateurs voyaient dans ces jugements une manœuvre scélérate destinée à le disqualifier. Aujourd’hui, il doit répondre d’un manque de clairvoyance et de lucidité dont la traduction est déjà « un crime » massif. Peut-être que ses plus fervents partisans qui compteront leurs propres victimes changeront alors d’avis. Si cette crise permettait de montrer la vraie nature de Trump à ses  adorateurs aveugles, de le démasquer au moment où il demande à ses concitoyens de se masquer (sauf lui), ça ne serait pas une injustice.

La  chance de Biden.

L’erreur de  Trump arrive au moment où les démocrates se rallient à un candidat unique, en l’occurrence Joe Biden. Celui-ci incarne ce que les Américains considèrent comme le répit centriste auquel ils pourraient bien se rallier : les admirateurs du « génie » de l’immobilier et ceux qui réclament à cor et à cri plus de justice sociale pourraient fondre leur déception dans le vote pour un homme dont la discrétion va se transformer en qualité première. Joe Biden est parfaitement capable de transférer des financements énormes vers la protection sociale et le niveau de vie, tout en conservant ce qui séduisait tant chez Trump, l’autonomie des États-Unis, première puissance mondiale censée trouver dans sa propre énergie la solution de tous les problèmes. Car il existe quand même une aspiration du peuple américain que Trump a voulu satisfaire à n’importe quel prix et que Joe Biden peut prendre en compte partiellement : c’est la démondialisation. De ce  point de vue, la pandémie du Cov19 arrive  à  point nommé pour faire bouger les lignes. Le changement profond qui se prépare aux États-Unis ne sera que l’un des changements qui vont transformer le monde. Les paradigmes économiques et sociaux seront d’autant plus différents que la gestion trumpiste aura été la caricature de ce qu’un président doit faire pour ses concitoyens.

 

 


LA LIBERTE COMME REMEDE A NOS MAUX

Baverez Le-monde-selon-Tocqueville

 

Une drôle d’expérience.

Je sais que le titre de cet article fait un  peu provocation par rapport à la situation de confinement que nous vivons et qui est, je l’espère, temporaire. Je profite du temps  dont nous disposons tous pour approfondir la réflexion sur notre devenir, celui de la France et de l’Europe. Car la crise sanitaire, en  mettant notre économie quasiment à l’arrêt et en ouvrant toutes grandes les  vannes des « liquidités » pour financer, ne va pas vraiment arranger les choses. Déjà, Macron a annoncé que plus rien ne serait comme avant : « Il nous faudra demain, tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties ». C'est que cette crise va provoquer une accélération de la mutation structurelle de l'économie, vers une croissance plus faible, voire vers la décroissance, avec ses effets dévastateurs, comme le chômage.… Les « « millenials » remettent en question depuis longtemps notre modèle, ils remettent en cause la surconsommation, responsable selon eux de la destruction programmée de la planète. Et Macron semble vouloir aller dans leur sens et se refaire une santé avec la  « croissance durable » !  Un débat sur lequel nous aurons l’occasion de revenir. Déjà on se demande bien comment, sans croissance, on pourrait rembourser la dette abyssale à laquelle on va parvenir. « Hélas, c’est là qu’est l’os ! », et je parie qu’on va nous ressortir les balivernes marxistes habillées en vert. Le sujet, c’est donc bien « la liberté ».

Actualité de Tocqueville.

Le seul remède efficace à nos maux, c’est la liberté, selon Tocqueville. Nicolas Baverez, dans un livre lumineux qu’il faudrait lire, « Le Monde selon Tocqueville », refait le chemin pour nous. La  pensée de l’auteur de « De la démocratie en Amérique », disparu il y a cent soixante ans, n’a jamais été aussi  pertinente. Et les temps que nous vivons mettent vigoureusement à l’ordre du jour la pensée « tocquevillienne ». Elle nous permet de comprendre la crise que traversent nos démocratie minées par le désengagement de citoyens individualistes et la  tentation de dérives autoritaires. A travers le recueil de l’œuvre de ce démocrate de raison, de larges extraits sélectionnés et classés par thème par Nicolas Baverez, on découvre « la plus formidable –et toujours actuelle- analyse du système démocratique, de ses bienfaits et de ses limites » nous explique Daniel Fortin dans Les  Echos. L’analyse des faiblesses françaises telles que centralisation excessive, religion de l’impôt, préférence  pour la radicalité politique, est d’une étonnante actualité.  Il montre aussi à quel  point  la passion des hommes pour l’égalité, si française, peut se retourner contre la démocratie et dégénérer en despotisme. On y retrouve les traits de notre histoire : besoin de sécurité, culte de l’homme providentiel, haine sociale (envers la noblesse hier, les riches aujourd’hui), et qui constituent les failles dans lesquelles n’importe quel régime peut sombrer. En ce début  de 21ème siècle, au moment où le monde connaît une crise de la démocratie d’une ampleur inédite,  jusqu’au sein même des Etats-Unis, l’acuité de la vision de Tocqueville parait inouïe.

Petit détour en philosophie.

Nicolas Baverez décrit avec précision ce qu’il appelle « le krach démocratique », thème qu’il reprend en plus approfondi dans son ouvrage récent « l’Alerte démocratique » (dont j’ai fait le résumé dernièrement), et démontre à quel point la lecture de Tocqueville, qui avait tout prévu, peut  permettre d’y faire face. Mais qui est donc cet Alexis de Tocqueville, auteur si peu connu en France alors qu’il  est respecté aux Etats-Unis, et dont les écrits sont subitement devenus à la mode ? Aristocrate de cœur, Tocqueville dérange par son caractère inclassable. Il  est trop  libéral pour les monarchistes et les conservateurs, et trop  aristocrate pour les Républicains. IL  n’appartient à aucun parti ni aucune école de pensée. S’il est considéré aux Etats-Unis c’est grâce à la  puissance de son analyse sociologique et politique. Il n’est ni un prophète ni un doctrinaire, mais un historien et un sociologue et la démocratie n’est pas à ses yeux une cause à défendre mais un état de la société qui peut conduire soit à la liberté, soit au despotisme. Il perçoit avec lucidité à la fois la force du mouvement vers la démocratie que suscite la passion de l’égalité et en même temps les risques de dérives tyranniques ou de désengagement des citoyens qui  peuvent  l’accompagner. Il se reconnait dans les droits de l’homme et les défend en dénonçant le destin tragique fait aux Indiens, en s’engageant pour l’abolition de l’esclavage ou en critiquant le racisme de Gobineau. C’est la liberté qui le conduit à la démocratie et au libéralisme sans renoncer au lien fondamental entre la liberté et la justice et  à l’attachement aux contre-pouvoirs, eux-mêmes antidotes de  la  tyrannie. Pour comprendre que le lien n’est pas évident, le paradoxe historique entre l’Angleterre et la France au XIXème siècle peut nous éclairer : l’Angleterre conservatrice a acclimaté la liberté politique en restant une société de classes alors que  la France révolutionnaire a liquidé la société aristocratique sans parvenir à fonder une démocratie stable, oscillant sans cesse entre le chaos et le césarisme. En résumé : le mouvement vers l’égalité des conditions, s’il est irrésistible n’en dicte pas  pour autant ni les institutions ni le destin des hommes. Chez Tocqueville, la  liberté est la valeur suprême, un mode d’organisation du pouvoir et un principe d’action.  C’est avec cette conception que nous devons impérativement renouer !

Marx est obsolète.

Raymond Aron a éclairé  dans « Essai sur les libertés » les rapports entre la liberté et le développement de  la société industrielle à la lumière des conceptions de la démocratie de Tocqueville et de Marx, ainsi que de l’opposition entre libertés formelles et  réelles. Il montre la supériorité de Tocqueville pour qui la liberté politique, loin d’être formelle, est la question centrale, sur Marx qui voit dans l’exploitation la loi du capitalisme et dans la révolution la condition de l’établissement d’une démocratie authentique. L’histoire du XXème siècle a confirmé ce jugement : pendant que le capitalisme a su se réformer et les sociétés occidentales conjuguer la protection des libertés individuelles avec un haut degré de prospérité et de solidarité, le « soviétisme » a cumulé la  suppression de toute forme  de liberté avec la paupérisation des masses et des inégalités maximales. Ce qui amène Jacques Julliard (certes de gauche mais sans jamais avoir été marxiste) à se poser la question sur son carnet : « Pourquoi Tocqueville  nous est-il si utile, alors que Marx  nous tombe un peu des mains ? ». Pour lui, l’anthropologie marxiste est aujourd’hui une misère. Marx avait donné à la question sociale la dignité d’un problème philosophique majeur. Mais on sait ce que la pratique bolchévique en a fait.  Pire, le  bobo « éclairé » et truqueur d’aujourd’hui a pris la place du prolétaire, le sociétal s’est substitué au social, la lutte contre les discriminations remplace la lutte des classes et « l’intersectionnalité » tient lieu « d’Internationale ». « Les belles âmes occidentales ont leurs pauvres : les musulmans…. » précise Jacques Julliard. Pour lui, Marx, qu’il faut ranger parmi les grands penseurs humanistes de l’Occident, est devenu « inutile et incertain » parce que sa vision de l’homme, son anthropologie sociale est d’un simplisme redhibitoire, tandis que la vision de Tocqueville est d’une vérité  criante. L’opposition repose sur un clivage déterminant : le premier,  influencé  par les libéraux, pense que les hommes sont dominés par leurs intérêts, alors que le  second fait  une place essentielle aux passions. Vaste débat, mais tellement actuel. Le  duopole libéralo-marxiste est mort. Nous n’avons envie ni de la dictature du prolétariat ni de l’intérêt individuel bouffi d’envie et de consommation érigé en principe pour défendre l’autoritarisme et le despotisme politique. C’est en cela que Tocqueville nous éclaire : face à  l’économisme réducteur, il affirme l’autonomie du politique et chante la gloire de la démocratie tout en dénonçant les déviations que constituent la tyrannie de la majorité (suivez mon regard), l’individualisme exacerbé qui laisse chaque citoyen isolé et dépendant à la merci d’un Etat tyrannique et protecteur. Nous nous voyons assignés à résidence par lui selon le sexe, l’origine ethnique, la couleur de peau, en une véritable régression déterministe et racisante (Merci Marlène et Sibeth). Cette mise en tension permanente de la société promeut le populisme. Et voilà le message : la  démocratie ne saurait fonctionner sans le concours de libres associations de citoyens : partis, syndicats, associations, amicales, etc., fondées sur le volontarisme et le consentement, et aussi sans des  pouvoirs déconcentrés dans les différents niveaux de collectivités.

La démocratie n’a  pas encore perdu ! Militez les amis ! C’est plus que jamais nécessaire !

 

 


ET MAINTENANT … KRACH, BOUM, HUE !

Planche à billets

 

La plongée des bourses.

Le CAC 40 a terminé la séance de jeudi en perte de 12.45 % à 4 036 points. L’indice phare du palais Breugnard a acté la plus forte baisse en une journée de son histoire. La BCE n'a pas réussi à rassurer, et les investisseurs retiendront surtout cette phrase : « personne ne doit s'attendre à ce que la banque centrale soit la 1ère ligne de défense en temps de crise ». Le CAC 40 a donc connu une chute de 34 % en 16 séances, les plus violentes de l'histoire. En 2008, le décrochage n’avait été que de 25% après la faillite de Lehman Brothers. Hier a aussi pris fin officiellement le cycle de hausse de la bourse américaine le plus long de l'histoire, qui aura duré 11 ans, de mars 2009 à mars 2020. Le Dow Jones a donc clôturé à 23 553 points, en baisse de plus de 20% par rapport à son niveau record du 12 février. Mais cette vague de baisse vient de la situation aux États-Unis : l'administration Trump a  cafouillé et est enfin sortie du déni ; elle commence à reconnaître la gravité de l'épidémie, et peu de temps après que l'Organisation Mondiale de la Santé ait décidé de parler de pandémie, les États-Unis ont décidé de fermer leurs frontières aux Européens (moins les  Anglais, admirez l’hypocrisie), ce qui a été l’élément déclencheur. Les investisseurs sont paniqués et anticipent une année économique « blanche » avec un monde à l'arrêt en 2020, ce dont personne n’est certain. La panique l’emporte pour l’instant.

Les Etats vont intervenir.

Ils ont commencé à agir : baisse des taux, notamment en Grande-Bretagne et le 18 mars à nouveau aux États-Unis ; rachat d'emprunts d'états, mais aussi de dettes d'entreprises par les banques centrales ; report d'échéances de paiements d'impôts et de charges pour les entreprises (annoncés par Macron)… Combien de temps faudra-t-il pour que ces mesures, qui seront de plus en plus massives, s'infusent dans les marchés et calment les investisseurs ? Les 500 personnes les plus riches au monde ont perdu 331 milliards de $ jeudi. Cependant la situation n’est pas comparable à celle de 2008. L’important est de conserver le tissu économique prêt à redémarrer une fois l’épidémie passée. Il n’y a pas de créances pourries comme l’étaient les « subprimes ». Et ça pourrait repartir beaucoup plus vite qu’en 2010. Les finances publiques de certains états vont plonger un peu plus (Nous, on a l’habitude).  Il faudra être sérieux le moment venu. De  même la crise pétrolière est  liée à d’autres facteurs et le virus n’a été qu’un prétexte. L’Arabie Saoudite continue sa manœuvre pour forcer la Russie à signer l’accord sur la réduction de la production, et elle a décidé d’inonder le marché de barils. Il est difficile de croire à un affrontement durable entre l’Arabie Saoudite et la Russie. Les deux pays ont trop à perdre dans ce bras de fer.

Quels scénarios ?

Enfin, que ce soit la Fed ou la BCE, les messages envoyés par les banques centrales, de  manière différente, sont les mêmes : les pouvoirs publics doivent jouer leur rôle pour protéger les entreprises les plus vulnérables et elles seront accommodantes pour ne pas empêcher les conditions d’une reprise. Car il faut s’attendre à des  plans de relance très agressifs, y compris chez les plus endettés. Sur ce plan-là, en France on a des orfèvres de la relance keynésienne. Pour une fois, ils ne seront pas à contre-temps et ils sont toujours les premiers à dépenser l’argent qu’on n’a pas. Pour une fois, on ne s’en plaindra pas. Aujourd’hui on devrait assister à une tentative de rebond dans les bourses. Le CAC 40 est attendu en hausse, tentant de se stabiliser, dans un contexte de crainte de récession mondiale. Si on considère qu’on a atteint le fond, ce qui n’est pas avéré, voici les bases : le Brent se négocie à 34.39 $ le baril contre 33.88 $ hier à la même heure. L'once d'Or est à 1 585.80 $ contre 1 635.70 $ précédemment et la parité euro/dollar est à 1.1172 contre 1.1315 hier dans la matinée (source Fiorentino). La BCE, mine de rien, a quand même ouvert les vannes. Christine Lagarde a été très critiquée mais elle a fait ce qui était raisonnable : baisser les taux d'intérêt maintenant, quand ils sont déjà à zéro depuis près de 4 ans, ne sert à rien. Par contre, soutenir directement les entreprises, et en particulier les PME, en finançant directement leurs dettes est une bonne mesure. La BCE en a donc gardé sous le  pied, au cas où. De son côté, la FED a annoncé qu'elle inondait le marché de liquidités, sans limites. L'argent, quasiment gratuit, coulera à flots pour empêcher les circuits financiers de se gripper. Pour l'instant, les banques centrales font ce qu'il faut. En France, Macron a appelé les Français à s'unir, en respectant les distances, et à résister, tout en ne cachant pas que la situation allait empirer. Il met le pays quasiment à l’arrêt dès la semaine prochaine en fermant écoles, collèges, lycées et universités, et en appelant au télétravail. Voilà une expérience historique : que va-t-il se passer lorsqu'un pays s'arrête ? Nous entrons dans une période d’incertitude qui n’est pas propice au rétablissement de la confiance… Espérons qu’elle ne soit pas trop  longue.

On croise les doigts, aujourd’hui c’est un vendredi 13 !

 


CORONAKRACH

Fin du monde tintin

 

Les bourses ont dévissé brutalement lundi dernier de 8 points. Les signes avant-coureurs s’étaient manifestés  par des replis  significatifs la semaine précédente. Mais cette fois-ci, la panique l’a emporté. Regardons de plus près.

Le coronavirus a été le déclencheur.

Les raisons sont évidentes : des régions entières de la planète sont touchées et principalement les pays développés. A commencer par la Chine, mais aussi la Corée du Sud, l’Italie, La  France et même les Etats-Unis… Des régions et même des pays entiers sont en quarantaine, des pans entiers de l’économie mondiale sont à  l’arrêt.  L’épidémie est  mondiale  et crée de l’incertitude économique, justement ce que les marchés détestent le plus. Conclusion : on a effacé lundi toute la hausse de 2019 et de 2020. On était à 6 111 au plus haut le 19 février 2020, on est retombé à 4 730 (4 731 c'était la clôture du CAC le 31 décembre 2018 !!!). Plus de 20% de baisse, … pour commencer.

Un terrain fragile.

La crise du coronavirus arrive à un moment où l'économie mondiale était déjà affaiblie, en ralentissement. La Chine avait fortement freiné avant l'épidémie. L'Allemagne était au bord de la récession, comme le Japon, deux pays touchés par la guerre commerciale. Les prévisions de croissance pour 2020 étaient médiocres, les experts annonçaient même un premier trimestre « blanc ». Aujourd'hui, on anticipe un semestre, voire une année blanche. Les pays les plus touchés par l'épidémie comme la Chine, l'Italie, et l'Iran vont inévitablement basculer dans la récession, suivis par le reste du monde, déjà fragilisé, et des pays comme l'Allemagne, vont également basculer. C’est pourquoi Eric Woerth annonce une crise économique. Alors tous les regards se tournent vers les États-Unis, dernier ilôt de croissance. Trump avait annoncé les  mesures qu’il comptait prendre après la  baisse des taux directeur de 0,5% qui n’ont pas empêché la   panique boursière, mais rien ne vient pour l’instant. Les chiffres de l'emploi de février, publiés vendredi, étaient spectaculairement bons, mais l'épidémie a touché les États-Unis et plus personne n'ose faire de prévision d'impact sur la croissance du pays.

Le krach pétrolier.

La Chine tousse et tout est déréglé. Mais pas seulement. Le pris du pétrole s'est effondre de 30%, en une seule journée, au-dessous de 30$. La baisse de la demande entrainant une augmentation de l’offre conduisait à une baisse. Aussi, l'OPEP s'était entendue pour réduire drastiquement la production de pétrole pour soutenir les cours, mais la Russie a refusé l'accord. En représailles, l'Arabie Saoudite a donc décidé de baisser brutalement ses prix et d'inonder le marché de pétrole. Avec un double objectif : d’abord obliger la Russie à accepter des nouveaux quotas de production, puis pousser les entreprises américaines du pétrole de schiste surendettées à la faillite pour éliminer pendant quelques années cette concurrence. Une manière de punir Trump de ne pas avoir réagi à l’attaque de l’Iran sur les réserves de pétrole saoudiennes ? L'Arabie Saoudite parie qu'elle peut supporter l'effondrement des cours mais que ni la Russie, ni les producteurs américains de pétrole de schiste, eux ne pourront résister.

Retour sur terre pour les investisseurs.

Et oui, ça n’est pas tout. Une crise peut être salutaire. Depuis le temps qu’on annonçait une correction boursière du fait de la décorrélation entre le niveau des bourses et l’économie réelle. La crise du coronavirus a donc été un choc de réveil : les investisseurs sont sortis de leur hallucination et ont découvert la réalité des problèmes structurels qui touchent l'économie. Et en particulier la tendance déflationniste majeure liée à la démographie, la technologie et la révolution sociétale (aspiration à la déconsommation et à la décroissance). Cela fait des mois que les investisseurs se berçaient d'illusions. Tous pensaient que la bourse ne pouvait pas baisser à cause de l’absence d'alternatives aux actions avec les taux bas ou négatifs et que les banques centrales garantissaient la hausse de la Bourse du fait de leurs injections de liquidités au moindre signe de baisse. Un optimisme béat mêlé à l'appât du gain qui a mené à des excès. Mais pour comprendre l’ampleur du choc, il y a aussi un autre paramètre qu’il ne faut  pas négliger, c’est la gestion dite « passive » qui est devenue prépondérante. La gestion « algorithmique » par les « machines », exagère les tendances et jusqu’à maintenant, personne ne s'en inquiétait puisque la tendance était à la hausse. Sauf que, elles exagèrent aussi les tendances à la baisse !  C’est ce qui s’est passé sur les marchés.

Panique boursière, krach pétrolier, investisseurs échaudés, dettes énormes… Tous les ingrédients sont réunis pour déclencher une crise économique mondiale avec ralentissement de la production et son cortège de faillites et de chômage, ralentissement des échanges et donc baisse du commerce mondial… Une crise qui tombe à pic pour Bruno Le  Maire. La France avait épuisé tous les effets de la dernière relance par la consommation et les perspectives  2020 étaient mauvaises. Il se demandait bien comment il allait pouvoir relancer, alors que la Cour des Comptes venait de l’accuser de ne rien faire pour réduire les déficits. Il a un  prétexte tout trouvé. Pour le reste, ne soyons pas trop pessimistes. Nous verrons ce qu’il en est dans une prochaine note.

 


LE JEU TROUBLE D’ERDOGAN

Erdogan

 

Avec Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie, on n’est jamais déçu.

Il avait menacé de lâcher les réfugiés qu’il abrite sur son sol moyennant six milliards d’euros en deux ans, versés par  l’Europe pour qu’il les garde. Et il a tenu parole. Il crée ainsi un chaos humanitaire de grande ampleur, utilisant  comme diplomatie le chantage à l’abandon dans la nature des personnes dont il a officiellement la responsabilité. Obnubilé  par la chasse aux Kurdes, il a engagé une offensive dans la région d’Idlib, causant de nombreuses pertes civiles et militaires et ses forces subissent des revers sous les bombes russo-syriennes. Etrange quand on sait que,  bien qu’appartenant à l’OTAN, il est allé chercher ses armes en Russie. Le renversement des alliances d’un jour à l’autre a déclenché la confusion générale.

Une série de zig-zags.

Les réfugiés syriens et autres paient les frais de cette étrange diplomatie de la Turquie, ce pays qui n’est pas plus fiable aux yeux de Poutine  et qui ne l’est pas plus à ceux des Européens ou des Américains. Comme Erdogan bout de passion de colère, de haine et d’aversion pour d’éventuels médiateurs, il n’écoute que lui-même, de sorte qu’il revient rarement à la raison. Son offensive au nord de la Syrie est un fiasco, mais il continue à y croire. Et furieux de ne pas avoir le soutien de l’Europe il entend le lui faire payer d’une manière ou d’une autre. Notamment en laissant passer  tous les réfugiès en annonçant  qu'il cessait de respecter l’accord de mars 2016 avec l'Union européenne prévoyant que les migrants restent en Turquie, en échange d'une aide financière européenne à Ankara. Des milliers de migrants ont donc tenté de passer la frontière entre la Turquie et la Grèce depuis le 29 février. Les autorités grecques ont annoncé que plus de 1.700 d'entre eux étaient arrivés sur les îles grecques, venant s'ajouter aux 38.000 déjà présents qui surpeuplent les camps de réfugiés dans des conditions de plus en plus précaires. 

En Europe, c’est la politique du verrou.

Cette situation tendue a réveillé en Europe le souvenir de la crise migratoire de 2015. Elle a envoyé aussitôt un message dissuasif aux migrants : « N'allez pas à la frontière. La frontière n'est pas ouverte », a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, alors que le ministère turc des Affaires étrangères réclamait que Bruxelles applique strictement l'accord de 2016 et dénonçait cyniquement le soutien exprimé à la Grèce par les 27 lors d'une réunion ministérielle à Zagreb. « Il est malheureux que l'UE agisse en contradiction avec ses propres principes en soutenant la Grèce qui viole la législation internationale sur les droits de l'Homme », affirmait le ministère en accusant l'UE de faire preuve d'hypocrisie et de politiser le dossier migratoire. Les marges de manœuvre au sein de l’Union, en ce domaine sont minces, de nombreux états étant sous  la pression des partis  ou groupes populistes hostiles à toute  immigration. C’est donc la fermeté  qui s’est  manifestée,  les  Grecs s’autorisant même des actions de dissuasion sur les  embarcations des migrants et les repoussant manu militari à la frontière terrestre. Pour tenter de sortir de l'impasse, M. Erdogan s’est entretenu au téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel,  qui avait piloté les négociations ayant abouti à l'accord de 2016. La Grèce de son côté se défend « d'user d'une force excessive » contre les migrants. Athènes n'a fait « que réagir aux provocations qui ont eu lieu à la frontière», a affirmé son Premier ministre Kyriakos Mitsotakis sur CNN, qui avait aussi accusé Ankara d'aider les migrants à passer en Grèce par la voie terrestre et par la mer.

Les Européens ne sauraient s’exonérer de leurs responsabilités dans cette affaire.

Ils ont eu raison de trouver un arrangement avec Erdogan qui a entraîné la chute notable de l’immigration. Mais ils ont eu tort de lui faire confiance sur le long terme. Ils ne pouvaient ignorer que, tôt ou tard, celui-ci les trahirait. C’est en effet un spécialiste de la trahison, qui s’entoure de terroristes pour combattre les Kurdes qu’il accuse de terrorisme,  qui a fait alliance avec la Russie en croyant qu’il avait ainsi obtenu une carte blanche l’autorisant à ravager un peu plus la Syrie et qui compte maintenant les morts turcs qui ont péri dans les bombardements syriens ou russes. Il croit pouvoir jouer le rôle d’une grande puissance qui peut mettre les Européens devant le fait accompli. Il n’a réussi qu’à souder toute  l’Union face à ses délires. Le petit dictateur a dû réviser ses plans.

Le revirement.

Le président turc a  donc changé de pied et a donné l'ordre à ses garde-côtes d'empêcher les migrants de traverser la mer Egée, confirmant une accalmie dans la crise migratoire entre la Turquie et l'Union européenne. « Sur ordre du président (...) aucune autorisation ne sera donnée aux migrants de traverser la mer Egée en raison des dangers que cela comporte » (sic), a indiqué le service des garde-côtes sur Twitter. Et  à nouveau, Erdogan est à Moscou pour discuter avec Vladimir Poutine. Le président russe ne sait plus quoi faire de cet « allié » encombrant qui, incapable du moindre scrupule, bombarde indifféremment alliés et ennemis, quitte à défier la puissante Russie. Aussi, face au Kremlin, a-t-il dû jouer l’apaisement pour essayer d’obtenir une trêve sur  le front syrien.

Jusqu’au prochain délire…


LA CHINE DANS UNE IMPASSE ?

Chine grande muraille

 

Une pandémie au mauvais moment.

L’épidémie du coronavirus met le projecteur sur la Chine et vient compliquer la tâche des dirigeants chinois au moment où l’économie donne des signes d’essoufflement. En réalité, elle est en crise. Elle a affiché en 2019 sa croissance la plus basse depuis 30 ans, et les chiffres réels sont probablement nettement inférieurs aux chiffres officiels : les 6%  publiés avoisineraient plutôt les 2% ; les faillites d’entreprises sont en hausse de 20%, la bourse de Shanghaï a chuté de 25% l’an dernier et la  fuite des capitaux s’intensifie. Au moment où la République populaire fête ses 70 ans, elle doit faire face à la fin du cycle de ses « quarante glorieuses » et concomitamment à une transformation de son statut et de son environnement. L'épidémie qui touche le pays rend l'équation encore plus complexe. Les investisseurs s’attendent à un long épisode d’épidémie qui risque de peser durablement sur l’économie. L’épisode précédent du Sras, en 2003, avait provoqué un manque à gagner de 18 milliards de dollars pour l’Asie du Sud-Est.  Depuis la  Chine a pris un poids beaucoup plus considérable dans l’économie mondiale pour atteindre plus de 15% du PIB mondial. Les répercussions sur l’économie mondiale ne sont pas à négliger et dépendront de la gravité de la  pandémie. Voilà qui explique pourquoi les bourses  ont plongé.

Les quatre principes de la prospérité.

Deng Xiaoping avait organisé le développement de la Chine autour de quatre principes : le maintien du monopole du PC équilibré  par un pouvoir collégial limité à 10 ans, l’ouverture de l’économie aux mécanismes du marché et à l’international, l’assouplissement du contrôle idéologique sur l’économie et la société, l’émergence pacifique sur la scène internationale. Le résultat en a été un formidable développement, la Chine devenant l’usine du monde grâce à la mondialisation. Mais ce modèle de développement fondé sur l’industrie, l’exportation et la dette se trouve aujourd’hui dans une impasse.  Les causes sont évidemment multiples. La  première est purement arithmétique : compte tenu de la progression du PIB, il est plus compliqué aujourd'hui, de progresser en % qu'il y a 20 ans, la base de l'équation, en valeur absolue, étant nettement plus élevée. Il faut compter aussi avec la démographie : effondrement du taux de fécondité et allongement de la durée de vie, un scénario à la japonaise. Enfin, la Chine a choisi de sortir de la crise de 2008 en se focalisant sur la consommation intérieure et plus seulement sur les exportations. Mais les causes profondes tiennent dans la gouvernance imposée par Xi Jinping.

Le retour à la présidence impériale et au dogme marxiste.

La réorientation stratégique a été actée par le XIXème congrès, avec la mise ne place d’une présidence à vie, la consolidation du secteur des entreprises d’Etat, la réaffirmation du dogme marxiste sur l’économie et les universités, et surtout la revendication ouverte d’un leadership mondial à l’horizon 2049 à travers le projet des « nouvelles routes de la soie ». Cette nouvelle volonté de contrôler l’économie a compliqué son recentrage sur le marché interne et accentué son ralentissement. La Chine connaît un gonflement des dettes privées et publiques qui représentent plus de 260% du PIB, et engendrent des bulles spéculatives dangereuses, pendant que la multiplication des projets dans le cadre des « nouvelles routes de la soie » provoque des pénuries de financement. Enfin, l’affirmation agressive du leadership chinois fait peur et débouche sur des résistances face à une économie de prédation dirigée par l’Etat chinois qui s’accompagne d’une mise sous tutelle des Etats aidés et de leurs actifs stratégiques. La guerre commerciale enclenchée par Trump a mis un coup d’arrêt à l’expansion commerciale chinoise et constitue en même temps un signal d’alerte pour les autres puissances. Mais, sous le feu croisé du ralentissement économique, de l’escalade de la guerre commerciale et technologique, Xi Jinping s’est résolu à faire quelques concessions tactiques : l’accord de phase 1 avec les Etats-Unis en fait partie. Un armistice qui n’empêchera pas la poursuite de la confrontation technologique.

Un leadership compromis ?

La  crise sanitaire ne sera qu’un épisode. On voit à l’œuvre l’Etat centralisé dans la manière dont il traite le  confinement de l’épidémie. C’est le côté positif du pouvoir autoritaire. Néanmoins, le renforcement du contrôle de l’Etat va se poursuivre : sur la population à travers le programme de surveillance numérique continue, sur les entreprises avec la multiplication des incarcérations de dirigeants du secteur privé, sur le capitalisme chinois avec le frein à son ouverture internationale, sur la société en général avec la réaffirmation du dogme marxiste dans les médias. Vis-à-vis de l’extérieur, la Chine entend s’imposer à Hong-Kong et mettre la pression sur Taïwan, annexer la mer de Chine du Sud et instrumentaliser la Corée du Nord pour affaiblir la présence américaine en Asie. Ces orientations pourraient remettre en question la conquête du leadership mondial. En effet, la priorité donnée au contrôle entrave la transformation de l’économie et fait peser une chape de plomb sur la société. La restriction des espaces de liberté est difficilement compatible avec une économie de connaissance et d’innovation. Le pouvoir absolu joue toujours contre les réformes et c’est le développement du pays qui en pâtira. Xi Jinping n’a rien compris aux causes des « 40 glorieuses » !

Une fois l'épidémie passée, et la phase 1 des accords commerciaux avec les États-Unis signée, il faut s’attendre à ce que la Chine se lance dans une super relance : monétaire avec des injections de liquidités massives, budgétaire avec des baisses d'impôts et des investissements d'infrastructure.
Cela ne permettra pas à sa croissance de rebondir significativement, mais cela évitera un ralentissement économique plus marqué. En attendant la contagion s’étend : 132 morts, 6 000 personnes contaminées. Plus que le SRAS qui avait touché 5 327 personnes dans le pays. Autrement dit, ça craint !

 

 


QUE NOUS RESERVE 2020 ET APRES ?

Fin du monde tintin

 

Je ne vais pas tenter de vous faire croire que je possède une boule de cristal ou que je lis dans le marc de café. J’ai beau avoir quelques réminiscences de culture gréco-romaine, je ne sais pas pour autant jouer les augures ni interpréter les auspices, pas plus que je n’ai sous la main la Pythie de Delphes pour consulter ses oracles… Bref, tout ça pour vous dire que je m’en suis tenu benoitement à une compilation des avis parus ici et là en ce début d’année. Avec une constante quand même : alors que le pessimisme prévalait début 2019, la fête boursière avec un indice qui a bondi de 25% sur l’année, conduit aujourd’hui à l’euphorie sur les marchés.

Politique et banques centrales.

Rien ne semble avoir prise sur l’impact des politiques d’aisance monétaire menée par les banques centrales. Marc Fiorentino le constate : « Aucun événement politique majeur n’a eu d’impact durable depuis que les banques centrales ont inondé les marchés de liquidités gratuites ou à taux négatifs,  ni l’élection de Donald Trump, ni le Brexit, ni, plus récemment, les attaques sur les infrastructures pétrolières saoudiennes ou encore la procédure de destitution de Trump. Rien ne peut gâcher la fête sur les indices boursiers. » Les jours qui viennent vont constituer un test important pour les marchés en 2020. Nous allons savoir s’il faut définitivement ignorer les événements politiques et géopolitiques majeurs et si la puissance des banques centrales est telle que les « cygnes noirs », sont pulvérisés dès leur apparition. Et il ne va pas en manquer : Trump qui a endossé l’uniforme de chef de guerre a frappé au cœur du régime iranien. Il y aura des représailles qui passeront par l'intermédiaire des multiples milices financées par l’Iran dans la région. Et il faut s’attendre au pire puisque en représailles des représailles Trump a menacé de frapper 52 cibles iraniennes. « 52, comme le nombre des otages à l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979 », a-t-il dit. On aura aussi du nouveau du côté du Brexit…

Les songes d’Attali.

Il ne s’agit pas de l’héroïne de Racine, mais de Jacques. Dans sa chronique hebdomadaire des Echos, il nous livre une liste de 12 événements improbables auxquels il faut néanmoins se préparer. Il appuie son raisonnement sur les événements surprises survenus depuis 2010, dont l’un des plus significatifs fut l’élection « d’un total inconnu à la présidence de la République française »… Je vous livre cet inventaire sans développer : en 1. Le plus « sympathique », l’effondrement du système financier mondial sous les coups d’une très grande crise financière (il n’est pas le seul à y penser) 2. Un tir de missile balistique nucléaire de la Corée du Nord vers Tokyo, ou Washington 3. La dislocation de l’Eglise catholique (ça c’est plus original) 4. L’invasion d’un des pays baltes par la Russie, suivie d’aucune réaction des Etats-Unis 5. La constitution d’un nouveau califat islamique de la Lybie au Nigeria 6. L’élection en France d’une présidente de la république d’extrême-droite (on n’y est pas encore) 7. La victoire à l’élection présidentielle américaine d’une femme sociale-démocrate et écologiste 8. Des découvertes majeures permettant la guérison des cancers les plus résistants 9. Une prise de conscience écologique planétaire avec un prix mondial du carbone à 100 dollars la tonne 10. Une charte contraignante édictée par les 50 plus grands fonds d’investissement du monde pour ne plus investir que dans les entreprises durables 11. Des révolutions démocratiques victorieuses en Russie, en Turquie ou en Chine 12. Des œuvres d’art et de nouveaux courants artistiques changeant notre regard sur le monde. C’est une liste à la Prévert, j’en conviens. Je vous laisse le soin d’imaginer les développements, c’est plus romanesque.

Le regard de Nicolas Baverez.

Voilà un économiste sérieux. Certes, il verse facilement dans le pessimisme, mais les temps y prédisposent. Il analyse le cycle de démondialisation auquel nous assistons sous la poussée des populismes, qui explique le contexte économique beaucoup plus dur, marqué par une diminution de la croissance et des emplois ainsi qu’une hausse des risques politiques et financiers. Pour lui, l’abandon de toute discipline monétaire et budgétaire (les deux vont ensemble), dans les grands pays développés renforce la probabilité d’un nouveau krach. Il prédit que les années 2020 seront placées sous le signe de la crise de la démocratie représentative et du regain (déjà en cours) des nationalismes. Car l’échec économique des populistes n’arrive pas à remettre en cause leur capacité à arriver au pouvoir et même à s’y maintenir, profitant de la déstabilisation des classes moyennes ou de la polarisation des territoires, des désarrois identitaires et de la montée de la violence… Triste tableau. L’antidote au national-populisme, c’est le patriotisme et la liberté. Encore faut-il le mettre en œuvre.

A vous de faire votre opinion.

Allez, une bonne nouvelle pour terminer, comme quoi rien n’est impossible : la Grèce où la bourse d'Athènes triomphe des indices boursiers mondiaux avec 52% de hausse. Et elle emprunte à des taux plus bas que l'Italie. Hé, Hé ! Et Carlos Ghosn qui s’évade du Japon, c’est pas un joli pied de nez ? Pendant ce temps-là, nous, on concocte une réforme des retraites qui se voudrait universelle et juste et qui ne sera ni universelle, ni juste…

Bah, le principal n’est-il pas d’être en bonne santé !

 

 


LA GUERRE DU PROTECTIONNISME

Donald Trump

 

Il ne suffit pas de tenir un discours qui plait politiquement, encore faut-il qu’il tienne ses promesses. Dans la guerre commerciale qu’il mène face aux Chinois et même à ses alliés européens, Trump a multiplié les mesures protectionnistes, par souci de plaire à ses électeurs : elles ne leur ont pour l’instant produit que des désagréments. La vérité, c’est que malgré l’apparente bonne tenue de l’économie américaine, Trump a perdu la bataille du protectionnisme.

Perte de pouvoir d’achat.

« L’ensemble des mesures protectionnistes décidées par Donald Trump depuis son élection ont provoqué une perte de pouvoir d’achat de 51 milliards de dollars pour les consommateurs américains », nous assure Eric Le Boucher dans les Echos, s’appuyant sur les calculs d’économistes éminents, ce qui correspond à une perte de 0,3% de PIB. En contrepartie, les barrières tarifaires n’ont produit que 7 milliards de gains pour les producteurs américains qu’elles sont censé protéger. Plus grave pour lui, ce sont les cultivateurs américains exportateurs qui ont été pénalisés par les mesures de rétorsions. Ainsi la Maison blanche a dû leur accorder un plan d’aide de 12 milliards … Bref, les consommateurs américains ont vu les prix augmenter et les producteurs n’ont rien gagné.

Perte de compétitivité.

Les géants américains ont perdu en compétitivité par l’importation de pièces détachées plus coûteuses. Dans le même temps, certaines firmes étrangères se sont implantées, suivant la nouvelle tendance de l’économie qui veut que l’on produise là où on vend pour éviter d’émettre du CO2 en transport et se mettre en concordance avec l’esprit écologique du moment. C’est bien parce que Trump est sur la défensive qu’il change constamment d’adversaire et cherche à paralyser l’OMC en bloquant le fonctionnement de l’ORD, l’instance d’appel du règlement des différends, contestant son caractère supranational. Une attitude d’autant plus incompréhensible qu’elle a rendu de nombreux arrêts favorables aux Etats-Unis. C’est aussi pour détourner l’attention qu’il fait une proposition jugée inacceptable en ce qui concerne la taxe mondiale sur le numérique  qui se négocie à Riyad avec 134 pays : il s’agirait ni plus, ni moins, de rendre le nouveau régime fiscal mondial non obligatoire mais en option pour les entreprises, américaines en l’occurrence. « Inacceptable », a jugé Paris, à juste titre. En gros, pour « mes Bafa » tout est permis. Une position de Matamore.

L’arme politique factice.

La guerre commerciale est très difficile à gagner, mais elle reste une arme politique facile à manier. Le Président américain multiplie les allers-retours, imposant des droits de douane un jour, les suspendant le lendemain, change de front constamment en restant pro-actif, menaçant l’Europe quand les négociations avec la Chine s’enlisent… Mais en réalité les électeurs de Trump ne sont pas si contents. L’an passé, pour les élections du "mid term" les Républicains ont perdu 5 sièges dans les « comtés républicains » où les effets négatifs du protectionnisme frappent particulièrement les agriculteurs. 15 sièges supplémentaires ont été perdus  avec la suppression de « l’Obamacare » qui a atteint nombre de « petits blancs » : la fidélité des électeurs ne dure que tant qu’ils ne sont pas touchés eux-mêmes. La politique populiste est bonne dans les discours électoraux, dans les faits elle n’obtient aucun des buts qu’elle affiche, et peut même blesser ceux qu’elle a séduits.

La trêve avec la Chine.

Pékin a toujours un temps d’avance dans le maniement du temps. Alors que Trump se débat à coup de tweets démagogiques exagérés pour se faire réélire l’an prochain, Xi Jinping a le temps d’attendre que les présidents passent, et il peut se contenter de négocier quelques broutilles. Sa stratégie de conquête des « routes de la soie » n’est même pas atteinte par la guerre commerciale. Néanmoins, les barrières douanières érigées par Trump ont eu des effets sur la croissance de l’empire du milieu. Les belligérants ont donc décidé de faire une pause. La Maison Blanche a crié victoire à son habitude. Les 160 milliards de dollars supplémentaires de produits chinois importés qui étaient menacés de droits de douane, seront épargnés, en échange d’achats de produits agricoles US, notamment de soja et de porcs ( en raison de la crise porcine chinoise) pour 40 milliards de dollars en 2020. Vu de Pékin, « l’accord de la phase 1 » conclu avec Washington est présenté comme une victoire, arrachée sans faire de concessions majeures, ce qui est réel. C’est vrai que les taxes, toujours maintenues, imposées sur 450 milliards de produits chinois ont fini par se faire sentir sur les flux commerciaux. Mais l’effet tangible des tarifs douaniers reste limité pour les entreprises chinoises qui se sont relocalisées ailleurs en Asie du Sud-Est. Le problème tient davantage dans la fragilité de l’économie chinoise et c’est ce constat lucide qui explique la volonté du régime chinois d’obtenir une trêve commerciale avec Washington. Les deux parties y avaient intérêt. Pour la suite, « la phase 2 », rien n’est assuré. Tout le monde sait bien que la rivalité géostratégique et technologique entre les deux premières puissances mondiales n’est pas prête de s’éteindre. Le match ne fait que commencer.

Une bonne santé artificielle.

Aux Etats-Unis, le marché de l’emploi est toujours dynamique : il a créé 266 000 postes en novembre contre 182 000 attendus. Le taux de chômage est tombé à 3,5%, un plus bas en 50 ans. Mais c’est peut-être l’arbre qui cache la forêt. C’est une croissance aux pieds d’argile. Elle repose sur un endettement massif des consommateurs profitant des taux bas. Les bulles financières se multiplient et rappellent de mauvais souvenirs. Les fondamentaux de l’économie américaine ne sont pas bons : l’endettement massif de l’Etat, le déficit abyssal du commerce extérieur, la difficulté de l’Etat fédéral à boucler ses fins de mois en sont les signes les plus visibles. Malgré la tentative de la Fed pour reprendre le contrôle, le laxisme budgétaire et le foisonnement des activités financières échappant à toute régulation se trouvent au cœur des dérèglements d’un capitalisme qui conjugue multiplication des rentes et des inégalités, surendettement et économie de bulles. En effet, c’est Trump qui a supprimé la règle « Volcker » qu’il trouvait trop contraignante, lui permettant ainsi d’engager une nouvelle phase de déréglementation à travers l’expansion de la finance de l’ombre et l’émergence anarchique des cryptomonnaies. Si Trump était réélu, les Américains pourraient ensuite le payer chèrement.

L’expérience nous a, en effet, enseigné que les épisodes d’argent gratuit s’achèvent toujours par des krachs dévastateurs !

 


QU’AVONS-NOUS FAIT DE LA VICTOIRE SUR LE COMMUNISME ?

Mur de berlin 9 nov 89

 

9 novembre 1989.

Le « Mur de Berlin » tombe. Les Berlinois de l’Est se précipitent à l’Ouest, les larmes aux yeux dans la liesse générale. Nous regardions ces images à la télé et n’en croyions pas nos yeux. Quelques années plus tôt, je m’étais rendu avec une classe du collège Jean Vilar, au cours d’un voyage d’échange scolaire, sur la frontière Oder-Neisse qui séparait la RFA de la RDA. A l’époque on l’appelait le « rideau de fer ». La frontière était fortifiée et infranchissable dans un sens comme dans l’autre : pont détruit, barbelés sur la rive en face, miradors où des ombres militaires étaient occupées à surveiller, panneaux « halt minen ! » agrémentés de têtes de mort très dissuasifs… Les élèves étaient silencieux. L’un rompit le silence : « Les habitants ne peuvent donc pas sortir de leur pays ? »  Ils touchaient  concrètement la réalité de la dictature communiste. Les habitants de l’Allemagne de l’Est étaient coupés du reste du monde, comme tous ceux qui vivaient dans les « démocraties populaires » sous la tutelle soviétique.

La fin d’un monde.

19 ans après la mort du Général De Gaulle, jour pour jour, le monde décidé à Yalta en 1945, cette conférence dont il avait été exclu et qui avait conduit au partage de l’Europe entre la partie sous influence occidentale et celle sous influence russe, voyait  s’effondrer l’un des symboles de cette coupure. Tout le monde fut surpris de la rapidité avec laquelle cet événement se produisit. On sait que les régimes communistes allaient de plus en plus mal, depuis quelques temps, de l’autre côté du « rideau de fer », en proie à une crise sociale, économique et à une soif de liberté de plus en plus affirmée exprimée par des peuples « enchaînés ». Car les dictatures mises en place après 1945, sous la férule de l’URSS, régnaient par la terreur. En témoignent le « goulag » de Soljénitsine, les milliers de morts et de torturés chimiques des asiles psychiatriques soviétiques. Dès les années 50, des peuples commencèrent à se révolter : 1956, Budapest, 1968, Prague … et chaque fois les chars du « Pacte de Varsovie » rétablissent le joug communiste, sans que les occidentaux ne bougent d’un iota. On est en pleine guerre froide et l’on craint la 3ème guerre mondiale atomique. Violence et mensonge d’Etat, espionnage de tous par tous, égalité mais dans la misère : il suffit de voir à Prague le « musée de la terreur » pour se faire une idée des méthodes employées par ces gouvernements de « démocraties dites populaires ». Tous ces jeunes qui s’apprêtent à voter Mélenchon, devraient relire l’Histoire !

Effondrement par l’intérieur.

Bien sûr, tous les peuples n’ont pas opposé la même résistance aux régimes mis en place par le Kremlin, souvent par des coups de force. La Pologne, rurale et catholique fut un foyer de résistance pour de nombreuses raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir. Avec le temps les adhérents sincères au système communiste s’amenuisent au fur et à mesure que les informations percent sur les réalités de son fonctionnement. C’est l’époque où en France Georges Marchais commence à parler de « bilan globalement positif » pour contrer les témoignages des dissidents soviétiques. L’action du pape Jean-Paul II, évêque de Cracovie a pu conforter l’action de Solidarnosc, mettant à mal l’idéologie communiste. Mais l’effondrement est surtout venu de l’intérieur : pour faire simple, c’est à partir de la succession de Brejnev et de l’avènement de Gorbatchev et de sa « perestroïka » que les fragilités que Hélène Carrère d’Encausse avaient identifiées en présentant l’URSS comme un colosse aux pieds d’argile, se sont amplifiées jusqu’à l’effondrement final en 1991. Le « Mur de Berlin » n’étant qu’un épisode hautement symbolique ayant accéléré la déliquescence d’un système à bout de souffle.

La victoire du « monde libre ».

La chute du mur de Berlin consacre la victoire du monde libre sur le totalitarisme rouge.  Du jour au lendemain la réalité que l’on pressentait apparaît au grand jour : d’un côté l’opulence, de l’autre, la pauvreté, d’un côté des entreprises prospères et florissantes, de l’autre des établissements obsolètes. La victoire intervient par KO.  Plus qu’une victoire d’un système économique sur l’autre, le capitalisme contre le communisme, c’est celle de la liberté sur l’oppression. On a cru alors à la « fin de l’histoire ».  On a cru que le modèle libéral qui venait de l’emporter sur les économies étatisées, allait s’imposer dès lors partout et de lui-même. Bref, on a cru à l’avènement d’une nouvelle ère : celle de la mondialisation heureuse. La seule bonne chose qui en est résulté, c’est la « réunification de l’Allemagne ». Non la RFA n’a pas annexé la RDA. Il faut être révisionniste endoctriné comme Mélenchon pour faire croire à une pareille fable. Mais les difficultés que cette unité retrouvée après trente ans de séparation étaient énormes à surmonter : elles ont coûté des milliards d’euros aux allemands de l’ouest. Et l’on voit bien aujourd’hui, et c’est vrai pour tous les pays de l’Europe de l’Est, que le traumatisme du joug communiste est encore présent et a profondément modifié les mentalités. Nous ne pouvions pas faire autrement que de leur ouvrir généreusement les portes de l’UE, après les avoir si souvent abandonnés à leur triste sort. Il nous appartient de leur faire comprendre que Bruxelles n’est pas Moscou et que nous sommes prêts à poursuivre le processus d’intégration, de réconciliation entre ces deux Europe artificiellement séparées pendant trois décennies. Qui va à Prague voit bien qu'on est en présence d'un berceau de l'Europe.  Profitons-en aussi pour mettre en garde contre les tentatives pour mettre à bas nos démocraties libérales. Elles ne sont pas parfaites mais  face aux autres modèles, elles restent les « moins pires » comme dirait l’autre. Les tentations totalitaires perdurent : comme on sait les régimes communistes n’ont pas disparu et s’y ajoutent les idéologies vertes ou noires.

Ecoutons Angela Merkel, cette allemande de l'Est devenue chancelière : "Les valeurs qui fondent l'Europe, la liberté, la démocratie, l'égalité, l'Etat de droit et la préservation des droits de l'homme ne vont pas de soi" et "doivent toujours être défendues", a-t-elle assuré dans la chapelle de la Réconciliation, un des lieux de mémoire de la division de Berlin qui dura de 1961 au 9 novembre 1989. Paroles de bon sens ! Restons mobilisés !