LA FOLLE DANSE DES TECHNOCRATES

Danse des technocrates 2

 

Un Président désarçonné plus préoccupé de courir après sa popularité.

Faut-il qu’il soit perdu à un point qu’on n’imagine même plus : l’agenda d’Emmanuel Macron témoigne par ses consultations tous azimuts  de l’ampleur du désarroi. Voyez l’agenda des derniers jours : Citoyens tirés au sort qui remettent dimanche leurs propositions sur le climat, ministres planchant mardi sur le plan de relance, partenaires sociaux réunis en sommet mercredi sur la gestion de la crise, prédécesseurs consultés sur l’« après », Nicolas Sarkozy mardi, François Hollande vendredi, Valéry Giscard d’Estaing au téléphone… Emmanuel Macron demande à Richard Ferrand comme aux présidents des autres Assemblées, des idées pour la suite du quinquennat. Ce dernier réunit ce mercredi élus, partenaires sociaux, citoyens pour réfléchir à des propositions qui alimenteront son document final. Etonnante plongée dans un abîme sans fond qui dit beaucoup du moment. Le « Nouveau Monde » a furieusement besoin de « l’Ancien ». Au dernier Conseil des Ministres, le Président a engueulé copieusement les ministres au point que certains le disent proche du « burn-out ». Que va-t-il nous sortir le 29  juin ? On peut craindre le  pire. Il  est prêt à tout bousculer  pour se retrouver un chemin de « victoire » en 2022. Même de modifier le calendrier électoral selon son accommodement.  Décidément, cet homme-là a un problème avec la  démocratie et ne comprend rien aux Français.

Pendant ce temps-là, le pays s’enfonce dans une récession sans précédent.

Le dispositif pour faire face à la crise sanitaire a offert aux Français  « les mesures les plus généreuses  d’Europe », au prix d’un endettement inconsidéré, au prix  d’un recul du PIB de 12,5% : le chiffre vient de tomber du FMI. Nos technocrates ont  la main lourde quand il s’agit de dépenser dès lors que le guichet de l’argent facile est  ouvert. Cela n’a pas empêché l’économie française de détruire 500 000 emplois au 1er trimestre et ce n’est qu’un début. Nous avons la récession et les déficits les pires d’Europe. Pour quantifier les choses, le repli du PIB s’élèvera à près de 280 milliards d’euros tandis que le déficit total Etat-Sécu-Collectivités territoriales avoisinera les 250 milliards. La dette publique franchira les 120% du PIB à 2650 milliards…C’est bien connu,   la crise entraîne plus de dépenses publiques et moins de rentrées fiscales.

Mais nos politiques, retranchés derrière leur collège de médecins bureaucrates et les technocrates de Bercy, ont pris des décisions trop  fortes et ont eu la main trop lourde. Comme le  pays a abordé la crise  en situation de fragilité, contrairement aux  dires officiels, car la récession était déjà engagée dès le début de l’année, l’impact du Covid19 a été beaucoup plus lourd qu’ailleurs. L’hexagone fait partie depuis plusieurs années des mauvais élèves de la zone euro. Trois explications plus une : un confinement  plus sévère qu’ailleurs qui a conduit un salarié sur deux du privé au chômage  partiel (22% en Allemagne), absence de directives claires qui ont découragé de nombreux actifs de reprendre leur travail durant le confinement avec une chute d’activité autour de 30%, de nombreux handicaps sur l’offre dans les activités qui impliquent de la promiscuité et des contacts. Enfin, la tendance à l’épargne de  précaution des Français (plus de 100 milliards) face  à l’incertitude économique pénalise une économie traditionnellement tournée vers la consommation. Et cette fois-ci les dépenses  publiques qui enflent démesurément (64% du PIB) plombent les comptes de l’Etat sans redynamiser l’économie. Déficits et récession se donnent la main  pour la descente aux enfers, accompagnée par la danse macabre de notre haute technocratie !

Quelle considération nos partenaires européens plus vertueux  peuvent-ils nous accorder ? Notre manque de retenue est une insulte aux traités que notre pays a signés. Nous nous comportons comme des escrocs vis-à-vis de ceux dont la rigueur financière permet de garantir sa valeur à la monnaie que nous utilisons.

Pendant ce temps-là le pays part  à vau l’eau et n’est pas gouverné.

Il y a un abandon de la sécurité dans notre pays aujourd'hui. Ni le président de la République, ni le Premier ministre n'ont pris ce sujet au sérieux. Quant au ministre de l'Intérieur, il est complètement dépassé par la situation. Nous sommes devant une crise d’autorité de notre État. Une République sans police, sans gendarmerie, sans justice respectées n’est plus un État de droit. Les violences dont nous sommes presque quotidiennement les témoins sont le produit des démissions et des lâchetés  successives. Elles vont avec  les désordres qui agitent les esprits. Si bien que nous sommes dans un  monde qui marche sur la tête où nous voyons l’inversion des valeurs quand les  « antiracistes » racialisent  tout jusqu’aux statues,  où nous voyons l’inversion des responsabilités quand on rend nos forces de sécurité responsables des violences. On a officiellement abandonné le principe d’universalité de nos valeurs ! Avant de repeindre le pays en vert, en rose ou en noir, lavons-le  d’abord de sa crasse bureaucratique. A quoi bon édicter des interdictions si des groupes peuvent impunément les enfreindre. Car si le pays sombre dans la violence et la désespérance, c’est bien parce que la bureaucratie galopante a fait de lui celui qui consacre le plus d’argent  à ses dépenses publiques au prix de salaires bas et d’entreprises à la compétitivité limitée. Un exemple : nous dépensons 4,1% du PIB en dépenses hospitalières (les plus fortes d’Europe) avec les soignants les plus mal payés d’Europe, tout ça parce que nous subissons l’hypertrophie des personnels  administratifs (34% des emplois). On s’étonne après que la méfiance collective suinte partout et alimente un climat social exécrable ! Voilà ce qui arrive quand on abandonne le pouvoir aux technocrates sans âmes : des politiques sans marges de manœuvre, un Etat irresponsable, une opposition systématiquement écartée, des collectivités marginalisées, des citoyens sans repères…

Qu’arrivera-t-il si l’environnement change et les créanciers se réveillent ?

 


VIOLENCES : QUI COMMENCE ?

Casseurs 2

 

Je suis frappé par le fait que ceux qui parlent toujours des violences policières n’abordent jamais le sujet de la violence des  manifestants et particulièrement de certains groupes dont c’est le  « métier ». Les images ne manquent pourtant pas. A  croire que ceux qui ont pour  mission de  maintenir l’ordre et  de faire  respecter la loi républicaine ne sont pas légitimes  quand ils recourent à la violence  pour répondre à une violence qui elle le serait. C’est insupportable. Il n’y a pas de volonté de violence contre les minorités en France. Par contre il y a des  minorités qui ne font rien pour respecter la loi. On l’a vu pendant le confinement.  Et  voilà que des  manifestations massives ont eu lieu dans le  pays malgré les interdictions officielles : le nombre ne les rend pas pour autant légitimes !

Déni de justice ?

On sait ce qui les a déclenchées.  En écho  avec l’affaire de Minnéapolis aux Etats-Unis, la  famille d’Adama Traoré, ce jeune homme mort il  y a quatre ans lors d’une interpellation, s’est activée pour  profiter  de l’émotion en criant au déni de justice et à la volonté d’escamoter les  faits.  L’affaire est en cours et le malheur veut que dans notre pays la justice soit lente, trop lente. Face à des  gens  dont on peut comprendre l’exaspération  mais qui n’acceptent que les décisions qui vont dans leur sens, mener une enquête sereine relève de la tâche impossible. Tous les  partisans d’un racisation du débat,  blancs ou noirs, ont beau jeu de crier à l’impunité. Faudrait-il que la  justice condamne forcément les gendarmes au prétexte que les émeutes  sinon se propageraient. On n’a  guère entendu tous ces braillards prompts à crier au racisme des blancs quand il a s’agi de juger  les assassins d’Issam Halimi. On ne meurt  pas  dans notre pays parce que l’on est différent. Il arrive qu’on meure parce qu’on est un délinquant qui n’a pas de limites. Il est dommage qu’à cette occasion,  le gouvernement, à commencer par le Ministre de l’Intérieur, se soit aplati  puis ridiculisé devant les rodomontades de la famille Traoré.

Racisme  larvé.

Et  maintenant on voudrait nous faire croire que les Français sont racistes. Rien n’est plus faux. Nul ne peut sérieusement affirmer que nous vivons dans un pays raciste. Evidemment, il y a parmi les Français blancs des gens qui le sont. Mais  ils ne sont pas plus nombreux que ceux de couleur qui le sont tout autant parce qu’ils se sentent brimés. Racisme  et antisémitisme prospèrent sur le fumier de la misère culturelle et le terreau de l’obscurantisme. Ils se manifestent par des pulsions personnelles de haine plus que par la forme des institutions qui pourtant ne les facilitent en rien. Quoi qu’on fasse dans l’affaire Traoré, nous allons droit au choc communautaire, tant il est vrai que beaucoup de difficultés proviennent du défaut de volonté de s’intégrer qui ne date pas d’hier : refus d’utiliser l’école républicaine pour s’élever, pratique illégale de la polygamie, recours aux expédients délictuels… Reprendre l’enquête pour donner un gage d’apaisement serait créer un précédent dangereux dans le fonctionnement de notre justice.  Quant à la  police, s’il  est peut-être opportun de mettre à l’écart les brebis galeuses et de les sanctionner, elle constitue un corps républicain à l’image de la société française qu’il convient de soutenir et non de stigmatiser. Car, avec une police contrôlée à l’extrême, les bavures visant des individus d'origine immigrée sont statistiquement très faibles et  les prétendues « victimes innocentes d’une police raciste » sont la plupart du temps des repris de justice, pour ne pas dire des criminels. Drôles de « héros » ! Cette inversion des valeurs en dit long sur la manipulation orchestrée par les organisateurs des rassemblements et certains médias dont France Inter. 

Le rôle de la peur.

S’il est un spectacle dramatique, ce n’est pas celui de la « peur du gendarme », mise en scène et théâtralisée récemment par Camélia Jordana, mais bien au contraire, celui d’une population qui se plaît à humilier la police, qu’elle harcèle en permanence. On l’a vu pendant le confinement : le pouvoir a préféré fermer les yeux sur le non-respect des règles édictées dans beaucoup de banlieues. Rodéos, déprédations et guet-apens sont des « activités » quotidiennes dans les quartiers. Finalement, c'est bien dans le camp des forces de l'ordre que croît la peur. Les forces de sécurité sont par ailleurs « usées » par les longs mois où elles ont dû intervenir. Voilà pourquoi Christophe Castaner « tempère » en autorisant implicitement une manifestation interdite.  Mais il a tort ensuite de prendre à partie sa propre police. Le « premier flic de France » ne se rend pas compte qu'il joue un jeu dangereux,  car plus il donne des gages à ces séditieux potentiels, plus ils s'enhardissent. 

Ras-le-bol de la repentance.

Les intellectuels, très prompts à traduire leur haine du catholicisme mais singulièrement tolérants avec l’Islam, telle Danielle Sallenave,  tous ceux que Jacques Le Goff a définis comme les « islamo-gauchistes » se retrouvent à la manoeuvre pour mettre de l’huile sur le feu à cette occasion  et continuer leur travail de sape pour réécrire l’histoire. Nous en avons assez de ces mises en scène des « indigénistes ». Non, nous n’avons pas à nous excuser de la période coloniale. Non, nous n’avons pas à nous repentir. Ceux qui viennent en France avec ces idées-là dans la tête doivent savoir que nous ne sommes pas prêts à gommer le passé.  Nous l’assumons avec ses parts d’ombre et de lumière et nous ne sommes plus colonialistes pour autant. La police continuera de faire son travail. Il n’y a pas de fracture entre la police et la population lorsque 70 % de la population déclare l’aimer et avoir confiance en elle. Elle est aussi un rempart pour la République.  Il ne faudrait pas l’oublier !

 


REMETTRE L’ETAT A SA PLACE

Des-liasses-de-billets

 

Avec la crise l’Etat s’est arrogé tous les pouvoirs, sur la vie des gens, sur celle des entreprises, sur notre santé … mais  il est absent des quartiers où règne la loi des sauvageons.  Face à la crise sanitaire, l’exécutif s’est voulu réactif pour endiguer la pandémie, avec  beaucoup d’incohérences, et pour soutenir l’économie. Mais dans les deux cas, trop vite et trop fort.

Pouvoir sur les gens.

C’est ainsi que l’Etat a décidé pendant deux mois si on a le droit de sortir, si on a le droit de faire 100 kms, si on a le droit de se promener dans un parc. Il a encore décidé pour nous du droit de voir ses parents ou ses grands-parents, de travailler au bureau ou de rester chez soi. C’est lui qui nous dit si on peut partir en vacances en France ou à l'étranger, aller au restaurant, prendre de la chloroquine avant de l’interdire. Il nous a expliqué que cela ne servait à rien de mettre des masques puis qu’il fallait en mettre. Avec  un inventaire  à  la Prévert quand il a fallu trier les commerces qui pouvaient ouvrir pendant le confinement. Bienvenue dans  le monde de Courteline. Est-ce en infantilisant les Français qu'on les rendra responsables ?

Pouvoir sur l’économie.

Il s’est arrogé un droit de vie ou de mort sur les entreprises privées et donc sur nos emplois. Avec la  pluie d’argent emprunté à la BCE, c'est lui qui paie les salaires, c'est lui qui décide quelle entreprise a le droit de survivre ou doit mourir, à travers le PGE, c'est lui qui décide de prendre le contrôle de tel ou tel secteur, comme avec la main-mise de fait sur Renault. Pour demain, c'est lui qui décide si vous devrez rouler en électrique ou en hybride, et quelle usine doit ouvrir et quelle usine doit fermer. J’exagère à peine. Il a pris complètement le pouvoir économique. Il  en a les moyens puisque la Banque centrale européenne lui a fait un chèque en blanc. Du coup il dépense sans compter et il se rend incontournable.  Voilà donc l’Etat, déjà incapable de gérer le budget de la France, lui qui  n'a jamais réussi à équilibrer les dépenses avec les recettes, aux manettes de l'économie ! Oubliez le capitalisme en France. Nous sommes dans le pire pays pour le dirigisme technocratique. Chaque jour il annonce des « dons » de plusieurs dizaines de milliards d'€, et cela ne coûte rien puisque c'est « l'État qui paie ». L’épargnant remboursera.

On  peut faire autrement.

Prenons l’exemple du secteur automobile : l'automobile française mérite d'être sauvée. La France peut s'enorgueillir d'avoir avec PSA et Renault deux constructeurs de premier plan ainsi qu'une multitude de grands équipementiers tels que Faurecia, Michelin, Valeo… Elle est une grande puissance de l'automobile et si le gouvernement ne vient pas en aide à ce secteur gravement fragilisé par la crise, c'est évidemment toute l'économie française qui en payera durablement le prix. Bien sûr, à l'heure ou des centaines de milliers de véhicules encombrent les parkings des concessions et représentent l'équivalent de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires immobilisé, une prime à la casse qui contribuera en même temps à accélérer la mutation vers un parc automobile plus électrique, peut paraître la bienvenue. Mais l'effet d'aubaine qu'elle suscite fait que les voitures vendues avec des rabais aujourd'hui sont beaucoup de voitures qui ne seront pas vendues demain à leur véritable valeur. Et comme il est impossible de concevoir une prime qui ne soutienne que les véhicules assemblés en France, les primes à l'achat sont aussi des machines à creuser notre déficit commercial et à soutenir les usines mais des autres… C’est  l’inconvénient majeur du dirigisme technocratique.

Une bien meilleure solution aurait été d’aider structurellement nos industries, surtout si on veut « relocaliser ». Plutôt que de demander au contribuable de financer l'achat de voitures en accordant plus de primes, c'est de moins d'impôts que nos constructeurs ont surtout besoin : plus qu'une aide purement conjoncturelle, c'est une baisse immédiate et massive et durable des impôts de production qui s'imposait.  D’autant  plus que les Français ont beaucoup épargné et ont donc la possibilité de reconsommer. Le surplus d'épargne devrait dépasser les 60 milliards d'euros à la fin du mois, et peut-être les 100 milliards d'euros en fin d'année ! Curieusement, personne n'a encore songé à mobiliser cette poche d'argent liquide, qui dort pour l'essentiel sur des livrets A et des comptes courants, pour financer la reprise. On pourrait aussi flécher les bas de laine des Français vers le capital des entreprises qui n'a rien d'une idée nouvelle. Elle n'en reste pas moins d'actualité. Portée par le vieillissement de la population, l'épargne va continuer à croître, et chercher à s'investir, au moins en partie, autrement qu'à taux négatif. Or, la réflexion engagée par quelques parlementaires sur la réorientation de l'épargne vers l'investissement productif a été mise en sommeil avec la crise sanitaire. Mais remettre à plat la structure de l'épargne en France suppose aussi de questionner le fait que la dette publique est principalement achetée par… les épargnants eux-mêmes, via leur assurance-vie. Un système qui pérennise l’Etat dans son rôle de contrôleur de la machine. L'exécutif a fait preuve d'une réactivité remarquable pour soutenir la trésorerie des entreprises, en garantissant leurs financements auprès des banques. Il semble moins inspiré quand il s'agit de trouver des solutions pour renforcer leurs fonds propres.

Il faut décentraliser.

Auréolés par leur rôle dans la crise, les présidents de région n’ont pas hésité à agir hors de leurs domaines de compétences pour venir en aide à leurs administrés. L’occasion d’observer une remise en question profonde du système centralisé et d’envisager une grande vague de décentralisation. Pécresse, Morançais, Morin, Wauquiez, Bertrand : ces présidents de région ont été amenés à remplacer un État qui s’est arrogé tous les pouvoirs pour combler une incompétence manifeste à gérer la crise sanitaire et à gérer notre budget. Pour arrêter ce délire, ce n’est  pas de déconcentration qui consiste à déplacer localement les fonctionnaires incompétents, dont on a besoin, mais d’une décentralisation qui consiste à utiliser les  services des collectivités locales qui ont fait la preuve de leur efficience et efficacité. Mais Jupiter n’en veut pas. La preuve, Xavier Bertrand a été ostracisé lors de sa visite chez Renault. Pourtant les Régions ont fait la preuve de leur capacité non seulement à gérer leur budget en faisant des économies, mais aussi de leur réactivité.

Il est grand temps de remettre l’Etat à sa place. La crise sanitaire aura permis de prendre la mesure de son obésité et des insuffisances sur lesquelles elles débouchent. Plus d’Etat là où il faut et pas d’Etat là où ce n’est pas son rôle. Vaste sujet, mais brûlant, quand on voit les dérives du budget et de la dette. Décentraliser, c’est « détechnocratiser » !

 


SUR LES RESEAUX EN DELIRE …

Internet

 

37ème  jour de confinement.

Les confinés parlent aux confinés :

Plus d’un salarié sur deux est au chômage partiel : plus de 10 millions, indemnisés à 84% du salaire net (concerne 820 000 entreprises, soit 6 sur 10).

17 plans d’actions prioritaires pour le déconfinement : on n’a pas de  pétrole mais au moins on a une usine à gaz ! (On ne sait pas si Strauss Khan a proposé un plan Q) Bref, on n’est pas sorti de l’auberge.

Les Français se lavent moins –et surtout les hommes- 67% seulement des confinés  font une toilette quotidienne complète. Et en plus les hommes changent de sous-vêtements encore moins souvent (déjà qu’il y en a qui gardaient le slip une semaine). Dans les petits appartements, bonjour l’ambiance. Casse-toi, tu pues !

Netflix  fait de  bonnes affaires : avec  le confinement la video en streaming a doublé  son bénéfice net  …

Le concours d’impôts nouveaux est ouvert :  c’est Laurent Berger qui a ouvert le  bal avec une proposition de « taxe sur les entreprises qui ont bénéficié de la crise ». On attend avec intérêt Mélenchon et Martinez … Ah ces gauchos ! Et je ne vous parle pas du « verdissage » !

On va, paraît-il, vers un « embrasement » des  banlieues, à cause des dealers qui ne font  plus  leurs affaires et aussi à cause de la « faim » ! Un lien entre  les deux : cela s’appelle l’économie souterraine. Ne pas prendre à la légère.

Pour ajouter au stress, si besoin : c’est le monde qui serait au bord d’une explosion sociale majeure. Même pas  peur ?

Les bons  plans : la FNAC fait une promo sur cinq téléviseurs. C’est aussi le  moment d’acheter une voiture. Il va falloir faire respecter la « distanciation sociale » (ça y est, je l’ai casé) dans les magasins et les concessions dès le 11 mai.  Les Français auraient déjà accumulé 50 milliards d’euros sur les livrets.

Macron serait devenu le 1er épidémiologiste de France : notre président hypermnésique et insomniaque serait devenu un expert en la matière. Ce qui ne l’empêche pas de douter. De quoi disserter à longueur de temps sur le sujet. Comme dit  Sarkozy, à un moment, il faut décider, et donc prendre  un risque !

Médisite : cinq positions pour brûler le plus de calories au lit… Pour compenser le grignotage et les  petits plats !

Et à part ça ?

Un astéroïde géant va frôler la Terre le 29 avril. Brrr… La NASA surveille de près. On est  rassuré.

On est  mal patron : 70% du muguet nantais ne sera pas cueilli. Le bonheur n’est plus dans le pré.

Kim Jun Un a disparu des écrans radars : énigme. Ce serait à cause d’une opération chirurgicale qui aurait mal tourné. Ce n’est pas le virus, c’est bien connu, il ne passe pas les  frontières fermées.

Elisabeth II a eu 94 ans le 21 avril ! Un anniversaire gâché par Meghan et Harry qui ont annoncé la veille qu’ils ne communiqueraient plus avec les  médias de sa gracieuse majesté. Susceptible  Mémé ! (Précision : Meghan n’est pas la fille de Renaud, comme je l'ai entendu dire)

Bouchons de voitures : ils sont dus à la réouverture des « Drive » de Mac Do ! Qui a dit « rien ne sera plus comme avant dans le monde d’après » ?

20 avril : date d’ouverture de la campagne de déclarations d’impôts (pour ceux qui ont quelque chose à déclarer évidemment).

Le prix du baril de pétrole a chuté en-dessous de 0 $, brièvement, mais du jamais vu. Surproduction, certes, mais aussi jeu des spéculateurs des contrats à terme. Bah, le cours remontera inévitablement et malheureusement. En attendant, les prix à la pompe sont très bas,  mais comme vous ne roulez guère ….

 


NOTRE-DAME UN AN APRES.

Notre Dame de Paris

 

C’était il y a un an, le  15 avril.  A 18h18,  le feu démarrait dans la charpente de Notre-Dame de Paris. Nous dînions chez des amis quand la nouvelle se répandit. La  télé fut allumée et devant nos yeux stupéfaits, nous vîmes le spectacle d’horreur d’un brasier qui avait embrasé toute la toiture. Nous étions entre stupeur et sidération. Les lances des pompiers paraissaient bien dérisoires face à l’ampleur du sinistre. Et, médusés nous vîmes la flèche de Viollet-Le-Duc s’incliner lentement puis s’effondrer et disparaître. Les pompiers firent malgré tout un travail colossal qui permit de sauver le bâtiment, en évitant, au péril de leur vie, aux deux tours de s’effondrer. En même temps, ils avaient permis de sauver les reliques et quelques œuvres inestimables. Au petit matin, les images nous montrèrent l’intérieur de la cathédrale : un spectacle de désolation,  la voute partiellement effondrée, l’amas des poutres calcinées mais au fond, luisant comme intacte la grande croix du chœur semblait nous dire de ne pas désespérer.  Une campagne de dons sans précédent permis de rassembler  près d’un milliard d’euros pour la restauration du monument.

Une course contre la montre.

La  semaine dernière sur la 2 un documentaire nous narrait dans le détail les actions menées pour sauver définitivement l’édifice. Si un an plus tard, la mise en sécurité du site qui est le préalable à la reconstruction, n’est toujours pas achevée, le reportage nous a permis de constater que le devenir  de Notre-Dame est entre de bonnes mains, celles de gens passionnés, de compagnons talentueux, de professionnels de haut niveau. Les travaux de consolidation sont bien avancés, et seraient achevés sans cette maudite crise du coronavirus qui a mis le chantier à l’arrêt.  Les équipes sont motivées pour se remettre au travail le plus tôt possible. Nous savons désormais que Philippe Villeneuve, l’architecte en chef et le Général Georgelin chargé de superviser, mettront tout en œuvre pour que la cathédrale soit définitivement hors de danger avant l’automne. Déjà les trous de la voûte sont bâchés, les vitraux sont déposés et partis à la restauration, les arcs-boutants consolidés par les cintres et l’échafaudage métallique a reçu les renforts nécessaires préalables au démontage   de ses 40 000 tubes fondus ou tordus. Des capteurs permettent de contrôler la stabilité du monument et détecteraient le moindre signe de détresse. Le document diffusé sur France 2 nous a permis de mesurer l’ampleur de la tâche entreprise et de découvrir les techniques utilisées : de quoi être fiers des compétences de nos entreprises et de leurs savoir-faire inégalés. Etonnants ces renforts d’arcs-boutants en bois, réalisés au millimètre près, pesant 8 tonnes, et posés par un grutier, à l’aveugle guidé par talkie, pour finalement s’adapter avec une précision inouïe sur le socle prévu. Impressionnant cet architecte qui connaissait la charpente initiale par cœur et est capable de reconnaître tel morceau calciné au milieu des décombres. Les travaux de sécurisation du site ont déjà coûté 165 millions d’euros. La tâche à accomplir  reste immense : finir de débarrasser les voûtes des nombreux débris qui les encombrent encore, dépose de l’orgue dont les tuyaux doivent être remis à neuf un à un, nettoyage des sols rendu indispensable pour abaisser le taux de plomb présent dans la cathédrale.

Une enquête difficile.

La  piste accidentelle demeure la plus plausible, bien que le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz n’exclut aucune hypothèse, mais aucun élément nouveau, à ce jour, n’est venu accréditer une piste criminelle. C’est une enquête hors-normes. Les débris ont fait l’objet d’un examen minutieux, les investigations menées sur place se poursuivent souvent dans des lieux adaptés.  La police scientifique passe les gravats au peigne fin pour isoler les éventuels indices : cables, fils électriques, mégots, boitiers de dérivation… Plus de cent témoins ont été auditionnés pour comprendre l’enchaînement fatal. Notamment  les enquêteurs ont cherché à comprendre la mauvaise interprétation du signal lors de la première alarme incendie, ce qui a fait perdre beaucoup de temps  à la sécurité. Elle a abouti à une intervention retardée des pompiers qui se sont trouvés à leur arrivée face à des flammes  qui avaient beaucoup progressé. On l’a compris, une longue bataille technique est engagée. Espérons que le mystère de cet embrasement sera un jour élucidé.

La cathédrale nous fascine toujours.

La question de sa renaissance ne se pose même pas. La messe du vendredi saint, célébrée par Monseigneur Aupetit, arrivé dans les lieux couvert d’un casque de chantier, est déjà forte en symbole : avant tout, l’édifice même atteint dans son intégrité, est encore et toujours un lieu de culte. Ce moment symbolique, au coeur du christianisme, au plus fort de la passion du Christ, n’a pas été choisi au hasard. Le prélat  se prosterne devant la couronne d’épines sauvée des flammes. La voix de Judith Chemla dit le poème de Claudel, le violon de Renaud Capuçon souligne l’action de grâce et la voix de Philippe Torreton donne l’ampleur lyrique aux méditations qu’il lit. Ensemble, ils portent le message au-delà des murs  par la magie de la télévision. Ils étaient là pour amplifier à la fois le caractère pathétique et la profondeur de ce message, et faire oublier l’absence du public cantonné derrière des écrans lointains. Notre-Dame est encore vivante, comme le Christ ! Le monde entier a vu Notre-Dame brûler, et le monde entier pouvait voir, déjà, Notre-Dame commencer à revivre, avant de renaître un jour définitivement. Elle était faite pour traverser les siècles et cela continuera, nous en avons maintenant la certitude. Si nous sommes attachés à ce qu’elle représente, c’est parce qu’avec elle nous n’habitons pas seulement le présent, nous participons à l’histoire. Derrière la création architecturale, elle incarne physiquement aussi notre aspiration à la transcendance :  avant d’être une prouesse de l’art gothique elle nous offre un lieu pour prier. Et le fait que tant de badauds aient assisté en état de sidération à ce que d'aucun nommerait un « brasier infernal » prouve assez qu’on ne peut arracher à la cathédrale son noyau spirituel. Et cet effroi ressenti par des gens à la foi incertaine est bien la « marque chrétienne » de la France. Une manière de dire que les pierres de Notre-Dame sont sacrées.  Méditation, prière, musique et poésie : l’espoir est  là.

Un architecte amoureux du monument et une renaissance assurée, c’était le message de Pâques de cette année !

 


L’ODYSSEE DE SYLVAIN TESSON

Odyssée avec Tesson

Ne surtout pas rater.

De la  Turquie à la Sardaigne, l’écrivain voyageur est parti pour Arte dans le sillage d’Ulysse,  le Héros d’Homère. Avec lui, on embarque sur les eaux de la  Méditerranée qui ont vu naître un mythe fondateur de notre civilisation.  « L’Iliade et l’Odyssée », la référence de François-Xavier Bellamy.  Nous en retrouvons la définition sous les lignes de Sylvain Tesson : « Nous levons l’ancre à Marseille. Le calcaire des Calanques a la pureté d’un marbre égéen. Hélios éclaire la Bonne Mère phocéenne révélant le miracle méditerranéen : la triple source gréco-romaine, juive et chrétienne a abouti à un miracle qui s’appelle l’Europe. Braudel l’avait dit il y a trente ans : tout s’organise ici en triade. La vigne, l’olivier et le blé. Le vent, la lumière et le calcaire. Athène, Rome et Jérusalem. Le  Christ, Athéna et César. Ce sont les blasons du Mare Nostrum. » …

Pendant un mois et demi, Christophe Raylat, le réalisateur promène ses caméras  dans tous les lieux où Ulysse a fait étape. Pendant six semaines, avec ses comparses, il  remonte le fil de l’Odyssée dans le désordre, reliant  les sites inventoriés par Bérard. A chaque escale, un invité les rejoint à bord : archéologue, philologue, artiste, savant ou écrivain. Tous brûlent de la même passion : l’Antiquité. Avec  un conseil qui vaut par les temps qui courent : « quand on se confine, prendre soin de s’entourer de compagnons versés dans les humanités ! Le temps passe plus subtilement. »

Ainsi vogue le navire, de jour en jour, d’île en île, jusqu’à la tendre Ithaque où la douceur de l’air confirme qu’Ulysse a bien fait de lutter dix années  pour retrouver sa terre. A chaque rencontre, à chaque coup de vent, l’Odyssée apparaît comme un poème vivant, sous nos yeux déployés.

Pour les Grecs, l’Iliade et l’Odyssée s’inscrivent comme le véhicule du renouveau !  Grâce aux textes,  les Grecs comprennent qui ils sont. Les deux poèmes rassemblent les informations et indiquent comment piloter les bateaux, sacrifier aux dieux, festoyer et combattre, c’est-à-dire comment vivre. Les deux poèmes structurent l’identité… Certains hommes  modernes pensent que le monde est né le jour de leur naissance.   L’idée d’une identité collective insulte leur fierté individuelle. Narcisse n’aime pas Homère. L’une des joies à bord est de s’apercevoir que rien n’a changé depuis deux millénaires et demi sous le soleil. La vie se joue toujours au même tempo… "C’est cela que nous sommes partis chercher en hissant les voiles : ce qui demeure". Sur cette terre, le changement est une imposture, demain une illusion et la « perfectibilité de l’homme » une calembredaine…  L’homme a besoin d’un récit pour savoir qui il est.  Il ne saurait vivre sans mythes. Ne pas s’abreuver à la source des vieux textes est pire qu’une paresse.  C’est un confinement : le confinement de soi-même en soi-même. Cela  donne des hommes à la triste figure, très ignorants, très fiers d’eux-mêmes, enfermés  dans un ennui qui s’appelle le présent.  François-Xavier Bellamy ne dit pas autre chose dans son livre « Demeure » !

Et si les portes de la cité se ferment, on peut lire avec des yeux toujours neufs l’Iliade et l’Odyssée. Le mythe vient à notre secours dans les temps de réclusion ! Quand un cheval de Troie entre dans une ville, porteur d’un virus qui affole les esprits et paralyse les  corps, on a intérêt à emprunter les seules portes encore ouvertes : celles de la poésie ! 

Du lundi 13 avril au vendredi 17 avril, à 17H45, la  chaine ARTE diffusera la série « Dans le  sillage d’Ulysse »,  avec  Sylvain Tesson.  Un documentaire réalisé par Christophe Raylat. 5 épisodes de 26  mn. 

Rien de vous empêche en même temps de relire l’œuvre d’Homère.  Bon confinement !

 


SUR LES RESEAUX DECHAINES…

Internet

 

Quelques nouvelles lues ici ou là …. Bien évidemment, le  virus se taille la  part du lion.

Coronavirus 1 : une enquête a permis d’établir que le pangolin n’y était pour rien (Le  club des Echos). Nous voilà rassurés.

Coronavirus 2 : le Prince  Charles  est contaminé. Quelle époque !  Même les virus ne respectent plus rien !

Coronavirus 3 : Après sa démission du conseil scientifique de Macron, « le Professeur Raoult est-il le De Gaulle du Covid 19 ? » se demande l’Obs. Nouvelle version de « j’ai raison seul contre tous ! ».  Espérons qu’il supporte la comparaison avec le Général.

Conoravirus 4 : le côté obscur de  la force. Alors que les Français applaudissent les soignants tous les soirs à 20H, des « bas de plafond» se permettent d’ostraciser des infirmiers ou des soignants qui habitent leur immeuble en leur demandant avec insistance d’aller vivre ailleurs, pour ne pas être contaminés. Honteux !

Coronavirus 5 : la  crise sanitaire aura des conséquences sur la croissance. Récession : 3 Points de moins de PIB pour Bruno Le Maire, si le confinement dure un mois ;  6 points de  moins pour l’Insee si le confinement dure  deux mois. Cohérent. Qui peut me dire combien de  points en moins si le confinement dure trois  mois… ?

Coronavirus 6 : Un constat impressionnant. Depuis le confinement, l’air est  plus  respirable dans les  grandes villes  et  particulièrement à Paris. CQFD. Pourvu que ça ne donne pas  des idées à Hidalgo. Je parie qu’on ne va pas tarder à nous annoncer aussi un record triomphal de moindre  mortalité sur les routes.

Coronavirus 7 : Je lisais naguère que  nos savants qui explorent la galaxie comprenaient mieux les « trous noirs ». Ils n’ont pas vu que nos maisons de retraite seraient le trou noir de l’épidémie (L’opinion). Trop proches, certainement. 

Coronavirus 8 : Des masques moisis auraient été livrés à des soignants à la Réunion. Très regrettable ! On ne peut pas croire que ce soit la durée du voyage, même par bateau, qui en soit la cause. Or plaisanterie, la question reste posée : « Où sont passés  les masques ? » Nos  policiers ont dû donner les leurs aux hôpitaux, alors qu’ils sont en première ligne pour faire respecter  le  confinement….

Boulet : « On ne va pas  demander aux enseignants qui ne travaillent pas de traverser toute la France pour aller ramasser des fraises ! » Je traduis : «  On en va quand même pas demander aux fainéants de bosser un peu ! ».  Les enseignants qui s’échinent pour trouver des solutions avec internet pour faire cours auront apprécié. De qui est la boulette ? Eh oui, gagné, c’est Sibeth. A croire qu’elle a été élevée au jus d’Hanouna.

Carnet mondain : Meghan et Harry vont parait-il quitter leur manoir de  Vancouver au Canada. Ils hésitent entre la Californie et l’Angleterre pour se poser après le « Megxit » du 31 mars.

Air du temps : « l’Internaute » propose 40 lieux pour se sentir seul au monde ! Le site ne précise pas si c’est loin des virus.

Edition : finalement c’est Stock qui publiera l’autobiographie de Woody Allen.

Pas sortis de l’auberge : on connait le « conseil scientifique » chargé de conseiller Macron. Le président de la République a installé cette semaine un nouveau "comité de chercheurs" pour accompagner le gouvernement dans le choix de sa stratégie de sortie du confinement imposé à la population depuis le 17 mars. Notamment en explorant le potentiel des outils numériques et des données de localisation. Le confinement risque de durer longtemps : le temps qu’ils étudient toutes les hypothèses et testent les solutions !

Aïe : Cyril Hanouna prépare une émission TPMP de 48h en direct de son domicile ! 

 


ENFIN LA GAUCHE UNIVERSALISTE SE REVEILLE !

Gauche contre lumièresGénération offensée

La  gauche la plus bête du monde.

J’avais fini par penser que notre gauche française était devenue la plus bête du monde. Autrefois, c’est ce qu’on disait de la droite. Pour moi, la gauche défendait le progrès, l’universel et la raison, l’héritage des Lumières constituait un corpus idéologique incontournable, surtout pour les tenants de l’émancipation. C’est pourquoi, bien qu’attaché aux valeurs de la droite à travers la conservation et le sentiment religieux, j’ai longtemps campé aux confins de la droite modérée et de la gauche sociale,  dans un centrisme qui me semblait au carrefour de ces idéaux nobles. Mais force est de constater, qu’aujourd’hui, c’est la droite qui défend la laïcité et la liberté de pensée (ou de penser), tandis que ceux qui autrefois pendaient les curés me semblent regarder la religion des nouveaux damnés de la Terre (l’Islam) avec une grande complaisance et se font les pourfendeurs impitoyables de ceux qui ne pensent pas comme eux en interdisant certaines œuvres… Et je dois dire que jusqu’à maintenant, j’avais le sentiment que le communautarisme leur avait fait abandonner définitivement le terrain de la pensée universelle.

La gauche contre les Lumières.

Le reniement vient de philosophes français, adeptes de la pensée critique tel que Deleuze et surtout  Foucault, qui ont scié, j’allais dire « sciemment », la branche des Lumières sur laquelle la gauche était assise, déconstruisant la possibilité de toute norme commune, au point qu’à leurs yeux, il ne parait pas choquant qu’on réduise un discours à l’identité raciale, ou de genre, ou sociale, de celui qui l’énonce. Ce reniement de l’universalisme conduit cette gauche, généralement bobo, « cul-cult » tant elle infeste les mieux de la culture, à s’emparer de la « morale et de l’identité » pour se permettre de censurer à tout va.  Plus d’appropriation culturelle possible, cette gauche dite « intersectionnelle » veut empêcher toute utilisation d’un élément provenant d’une culture minoritaire par un artiste dit « occidental », par définition le  grand méchant, de préférence « blanc » et « hétérosexuel ».  Ainsi on interdit Eschyle à la Sorbonne sous prétexte de « blackface », ainsi le « Hijab Day » à Sciences Po,  autant de cas qui nous montrent qu’au logiciel des lumières on veut substituer celui de l’obscurantisme. Ces gentils « millenials » qui n’ont connu ni l’esclavage, ni la colonisation, ni la déportation, ni les goulags du stalinisme, s’offusquent de l’introduction de  plats asiatiques dans les cantines, ridiculisant la notion d’antiracisme. Ces  procureurs vont jusqu’à compter les Noirs dans la salle de  la cérémonie des Césars pour alimenter leur thèse victimaire.

Une saine révolte.

Cela fait  bien longtemps que les intellectuels de droite  sont l’objet de moqueries quand ce n’est pas de cabales médiatiques quand ils dénoncent les mêmes dérives ou défendent la laïcité (c’est pour cacher un racisme anti musulman).  C’est donc avec un certain soulagement, pour ne pas dire bonheur, qu’on entend des voix s’élever à gauche. Deux coups de gueule salutaires :  celui de Stéphanie Roza, chercheuse au CNRS, avec la publication de « La Gauche contre les Lumières », dans lequel elle  explore avec précision les racines intellectuelles de ce reniement qui s’est épanoui particulièrement au sein des « sciences sociales » ;  celui de Caroline Fourest, « Génération offensée », dans lequel l’auteure bien connue pour sa défense de la laïcité et de l’égalité des femmes, s’en prend avec son style polémique cher à Charlie Hebdo, à cette « gauche moraliste et inquisitrice » dont elle fustige les manifestations grotesques. Deux ouvrages qu’il faudrait assurément lire. Toutes les  deux ont le courage et la lucidité de penser librement. Il est grand temps que des voix se réveillent à gauche pour contrer une radicalisation idéologique qui, de soirée des César en délires universitaires où l’on interdit des conférences, menace la vie de l’intelligence, transformant les lieux de savoir et de tolérance en lieux de terreur. Elles viennent renforcer le combat d’un Jacques Julliard qui se demandait récemment « où était passée la gauche ? ». Ouf,  la vraie gauche, celle issue de la révolution et des Droits de l’Homme et du Citoyen, celle de Mirabeau, celle de Jaurès,  celle de Georges Marchais quand il oubliait Marx pour rendre hommage à Descartes, celle de Michel Rocard…  n’est pas morte ! La gauche relativiste, communautariste et « déconstructiviste » va devoir affronter la guerre alors qu’elle se croyait en terrain conquis. Ce n’est pas la droite qui se plaindra. Pour défendre les Valeurs Universelles sur lesquelles sont fondées celles de la République, on ne sera jamais trop nombreux.

 

« La Gauche contre les Lumières », Stéphanie Roza, Fayard.

« Génération offensée », Caroline Fourest, Grasset.

 


UNE QUESTION QUE JE ME POSE …

Fin du monde tintin

 

Les condamnations embarrassées de la pédophilie.

L’affaire Gabriel Matzneff a au moins le mérite de permettre une condamnation sans équivoque de la pédophilie, aujourd’hui  considérée comme une abjection. Cela n’était malheureusement pas  le cas au sortir de mai 68, ce qui amène Bernard Kouncher à se fendre d’un commentaire pour le moins léger : « la  période était bêtement laxiste… Les idéologies nous submergeaient ! », une défense bien faible en regard de la pétition pédophile qu’il avait signée avec Daniel Cohn Bendit  et bien d’autres, publiée  dans Le  Monde et Libé en 1977. Inutile de dire que ceux qui dénonçaient cette pratique étaient renvoyés au rang de ringards,  comme  le sont aujourd’hui ceux qui alertent sur les dérives progressistes de notre époque. Jamais en reste, le  Canard enchaîné a cru bon de rechercher et d’exhumer ce qu’en disait la psychanalyste François Dolto. Non seulement elle défendait la pédophilie et l’inceste, mais justifiait aussi que le mari puisse battre sa femme. Néanmoins, circulez. N’attendez pas de ces braves gens qu’ils se repentent ou que l’on fasse le procès de cette époque de « libération » des mœurs.

Notre époque n’a rien à envier aux soixante-huitards.

La libération des interdits bourgeois se poursuit aujourd’hui avec un florilège d’inepties : la théorie du genre, dont on sait que le Canadien qui en était l’auteur a tout inventé, le féminisme exacerbé qui défie le bon sens par ses excès, les « avancées génétiques » qui permettront bientôt de fabriquer des bébés à la carte, sans parle des manipulations sur l’embryon  … Dans tous les cas, l’humain n’est plus qu’un objet. Et comme il y a quarante ans, ceux qui se dressent pour s’indigner que l’on puisse provoquer une rupture anthropologique dans la procréation, et d’une manière générale pour dénoncer toutes ces fadaises, sont aussitôt disqualifiés  par la gent bien pensante : tous les  participants aux manifs de protestation ne sont que des ringards réac, et qui plus est, (ringardise suprême) cathos ! Ces protestataires qui défendent le droit de l’enfant à naître d’un père et d’une mère ne sont pas différents de ceux qui s’indignaient de l’utilisation sexuelle des petits par des  adultes. Ils sont la France conservatrice, peut-être, encore que j’aie du mal à y classer José Bové ou Sylviane Agacinsky, mais cette France-là me parait infiniment  plus réfléchie que ces progressistes  pour qui le « progrès » doit tout permettre.

Alors voilà ma question : faudra-t-il attendre quarante ans et qu’une autre génération se frappe le front en disant « mais comment cela a-t-il pu se faire ? » Comment  a-t-on pu promouvoir de telles régressions ?

Il sera alors  grand temps d’évaluer les dégâts causés par l’inconséquence des propagandistes du progressisme. Tout comme nous constatons aujourd’hui où nous a menés leur mépris des conservatismes : déculturation, violence, démission de l’Etat, renoncement de l’Ecole à transmettre, déconstruction de l'Histoire, repentance généralisée, généralisation du laid et de l’éphémère… Je continue de persévérer dans l’idée que le conservatisme qui respecte l’intelligence et la personne fera renaître notre civilisation, en prenant en compte, qui plus est, la conservation de la planète.

 


LA POLITIQUE DU "DEUX POIDS - DEUX MESURES"

Agnès Thill

Le bloc-notes donne la parole à Agnès THILL, députée, qui s’insurge contre le 2 poids – 2 mesures qui se généralise dans notre société. Une analyse que je souhaite partager avec vous. (Texte publié dans Valeurs Actuelles)

Députée excommuniée de la République en Marche pour ses positions contre l’ouverture de la PMA, Agnès Thill dénonce le traitement infligé à l’association Alliance VITA pour ses affiches appelant à respecter la paternité et la maternité, alors que la campagne de promotion de la série « Sex Education » bénéficie elle de la clémence des pouvoirs publics.

Ce 2 poids - 2 mesures est un scandale devenu insupportable dans notre pays.

2 poids - 2 mesures la demande de retrait des affiches d’Alliance Vita par Anne Hidalgo, Maire de Paris, et le silence assourdissant autour des affiches de la série Sex Education de Netflix.

Qui est Anne Hidalgo ? Cette gauche qui censure, qui ne s’offusque pas que la décision de justice de réaffichage ne soit pas appliquée, voire même s’en satisfait ; comment croire une seconde que ces gens-là défendent la démocratie, le débat d’idées et le respect de chacun ?

Quant au parti majoritaire présidentiel : qui ne dit mot consent, lequel d’entre eux s’est offusqué de cette censure ? Lequel d’entre eux s’est offusqué du non-respect de la décision de justice ? Force est de constater que la censure ne va que dans un seul sens.

Un adulte ne doit pas faire ce qu’il veut des enfants, et on doit avoir le droit de le dire en démocratie.

2 poids - 2 mesures les propos d’Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat, ce dimanche 19 janvier 2020 via Twitter. Comment peut-on être ministre et traiter de « réac » publiquement 41 000 manifestants pacifiques et se prétendre pour le rassemblement, la concorde et l’union ? Comment peut-on haïr et humilier à ce point toute une frange de la population et se targuer en même temps, je cite le dit tweet, « d’aimer les familles » ?

2 poids - 2 mesures les familles attaquées : toutes les familles ont droit au respect, y compris les familles hétérosexuelles, qui croient en la fidélité, et aux fruits de leur amour.

N’est-il pas ministre pour tous les français ?

Qui a le monopole de l’amour ? Olivier Dussopt ? Marlène Schiappa ? Anne Hidalgo ? Les censeurs, ces non respectueux des décisions de justice ? Être traitée de « réac » par un ministre est scandaleux. Comme être traité d’homophobe par d’autres.

Un adulte ne doit pas faire ce qu’il veut des enfants, et on doit avoir le droit de le dire en démocratie.

Au nom de tous ceux que j’ai portés ce dimanche en représentant 1/577ème des français, nous aimons toutes les familles, être accusé du contraire par les plus hauts personnages de l’Etat, par ceux qui nous gouvernent, est scandaleux. Quelle confiance apporter à ceux-là !

Grâce au droit de blasphème, on peut insulter, moquer, caricaturer les religions mais pas l’homosexualité… À croire que l’un est plus sacré que l’autre, en pays laïc.

2 poids - 2 mesures le monopole de la souffrance ! La souffrance n’appartiendrait qu’aux homosexuels alors que la loi en leur faveur prétend que l’absence de père laisse indifférent ! Qui est blessé ?

2 poids - 2 mesures les médias : les violences sont surmédiatisées quand un silence complice a couvert la manifestation pacifique « Marchons Enfants » de ce dimanche.

2 poids - 2 mesures les excuses du chansonnier sur France Inter, radio publique payée par nos impôts : grâce au droit de blasphème, on peut insulter, moquer, caricaturer les religions mais pas l’homosexualité, ce qui est normal mais on pourrait penser qu’au nom de l’égalité… À croire que l’un est plus sacré que l’autre, en pays laïc.

2 poids - 2 mesures quand ils s’offusquent de ce qui est interdit par la loi, la pédophilie- criminelle, acceptée sur les plateaux télé il y a vingt ans alors qu’ils laissent sans mot dire les émissions télé et les livres prônant ce qui est interdit par la loi en France, telle la GPA.

2 poids - 2 mesures les maladresses ! Faut-il citer celles de collègues députés, de Benjamin Griveaux lorsqu’il a présenté ses excuses concernant la photo de collabo lors du Vel D’Hiv ? Les maladresses des autres ministres et députés aussitôt oubliées après leurs excuses, quand les miennes paraissent inutiles et qu’à vie on me ressort mes deux maladresses ?

2 poids – 2 mesures pour les lieux de culte : on peut vandaliser les églises mais on ne peut pas toucher aux mosquées et synagogues. Tant mieux. Heureusement. Mais on aimerait la même indignation pour tous.

2 poids – 2 mesures pour les retraites : on cèdera à certains et pas aux autres.

Ce « en même temps », on aime les uns mais pas les autres, n’est plus supportable.

On supporte les règles, fussent-elles sévères, mais on ne supporte ni l’injustice ni l’incohérence.

Nous sommes tous citoyens du même pays. Nous exigeons le même respect pour tous, dû à chacun de nous. Nous refusons d’être continuellement traités, par les gens de gauche, ceux du parti présidentiel, et des ministres eux-mêmes, de « réac », « extrême-droite », « cathos », « homophobes ». Comme si cette violence injuste laissait sans conséquence. L’unité du pays est menacée par ceux-là même qui prétendent la construire.

Ce « 2 poids - 2 mesures » est en train de nous anéantir !

Notre pays se meurt sous ses douleurs, ses cris, ses désespoirs, ses révoltes. Ce « en même temps », on aime les uns mais pas les autres, ce « en même temps » n’est plus supportable.

Notre pays se meurt d’incohérences. On ne peut pas être ministre et mal traiter, mal nommer, mal considérer, un seul de ses concitoyens, et bien sûr, prétendre être là pour tous, au service de tous ?

Quel scandale !

 

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - Un (tout petit) peu de prospective (6)

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L'ECOLE S'INVENTE TOUS LES JOURS

Un (tout petit) peu de prospective.

« Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoient désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est la règle… ».  Voici en quelques lignes ce que serait l’enseignement pour « Petite Poucette », tel que nous le décrit Michel Serres. Il nous projette dans la révolution numérique qui plonge les enfants d’aujourd’hui dans le  monde virtuel et planétaire où ils vivent déjà. Et d’après lui, ils n’ont déjà plus la même tête que nous : ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois, ils ne connaissent, ni n’intègrent, ni ne synthétisent comme nous sommes habitués. Par la toile ils accèdent à tout le savoir et ils ne parlent déjà plus la même langue que nous… Et voilà ces jeunes auxquels « nous prétendons dispenser   de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles  de classe, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus. »

Mais le savoir reste à transmettre !

Le nouveau monde dans lequel Michel Serres se projette va-t-il se passer du pédagogue ? De tout temps le savoir avait pour support le savant ou le « sachant » comme on dirait en « novlangue ». Au temps de la tradition orale, il était aède ou griot. Puis vint l’écriture pour le fixer sur les  supports antiques : tablettes d’argile, rouleaux, parchemins. Des moines passaient leur vie à le copier pour le diffuser. A la Renaissance, l’imprimerie fait du livre  le principal support de diffusion. On construit des bibliothèques pour le rassembler, à la Sorbonne et ailleurs. Même le moindre collège est conçu autour de ce centre vital : le CDI (Centre de Documentation et d’Information).  Mais aujourd’hui, ces supports sont devenus obsolètes,  c’est la toile qui est devenue le  principal support de messages et d’information. Dans mon bureau, il y a une éternité que je n’ai pas ouvert mon « Grand Larousse encyclopédique » ni un volume de  mon « encyclopedia universalis ». Démodés,  poussiéreux, dépassés, ils sont devenus un décor d’érudit. Un simple décor. Ils ont été détrônés par « Google » ou ses équivalents. Il suffit de taper quelques lettres et la réponse jaillit, immédiate. Désormais, le savoir est partout, sur la toile, disponible. Il suffit de se baisser  pour le ramasser. Encore faut-il se baisser ! Encore faut-il,  surtout, qu’il soit vérifié ! Car en même temps, il faut bien l’admettre,  l’ignorance  progresse.

A qui le transmettre, s’interroge alors le philosophe ? A tous ! Désormais le savoir est accessible à tous ! Avec l’accès aux personnes, par le téléphone, en tous lieux, l’accès au savoir est ouvert : d’une certaine manière il est toujours et partout déjà transmis. Soit !

Mais si on voit bien ce que ce constat génère comme conséquences matérielles : plus besoin de lieux concentrés, plus d’enseignant énonçant le  savoir à un groupe silencieux à l’écoute attentive, l’apprentissage interactif peut se faire entre des personnes dispersées dans l’espace planétaire dès lors qu’elles sont connectées. Ce n’est pas sans poser au moins deux problèmes : quoi mettre dans la tête, et à quelle(s) source(s) de savoir se référer ?

La tête bien faite.

Michel Serres utilise la métaphore de la légende de Saint-Denis pour illustrer le fait que nous avons dorénavant la tête à côté du corps, autrement dit un cerveau bis dans la main qui contient tout le savoir dont on peut avoir besoin. A-t-on pour autant de manière innée, le mode d’emploi pour l’utiliser ?  Montaigne préconisa une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine, parce qu’il prenait en compte le formidable progrès apporté par le stockage de la connaissance dans les livres. Inutile donc  comme les anciens de se remplir la tête : la méthode devenait  aussi importante que le contenu. N’oublions pas qu’il ajoutait : « qu’on y requiert les  deux ! » Et cela nécessitait d’apprendre et d’apprendre à apprendre. Ce que curieusement, Michel Serres oublie.

La tête de nos enfants mute une nouvelle fois : ils ont les fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué,  puisque ces fonctions se transforment avec le support et par lui. La pédagogie change donc totalement avec les nouvelles technologies. Tout reste à inventer ! Mais… j’ajoute un « mais ». Je pense malgré tout qu’il y a un commencement nécessaire à la transformation de la tête bien faite en tête numérique,  qui s’appelle  « apprentissage de l’écriture » –peu importe laquelle, cryptage, encodage, - et de « la lecture ». Car sans ces deux apprentissages il n’y aura point de formation de l’esprit critique, absolument indispensable à l’utilisation et à l’interprétation de toute information si on veut qu’elle devienne « connaissance ». Sinon, le cerveau bis, dont on lui imposera le contenu, pensera à sa place. D’ailleurs si l’on en croit Michel Desmurget (« La fabrique du crétin digital »), le cerveau mutant que décrit Michel Serre n’existe pas, études scientifiques à l’appui.

La  vérification du savoir.

Michel Serres nous dit : « N’ayant plus à travailler dur pour apprendre le savoir, puisque le voici, jeté là, devant elle, objectif, collecté, collectif, connecté,  accessible à loisir, dix fois déjà revu et contrôlé … ». Objectif et contrôlé : peut-on en être certain ? Et par qui ? Peut-on faire confiance au collectif ? Chacun sait que tous les moteurs de recherche ne sont pas exempts d’erreurs, et même  nombreuses.   Wikipédia, déjà citée, cette encyclopédie collective est une collection d’articles souvent fort bien documentés, mais à l’initiative de contributeurs pas toujours complètement objectifs.

Allons plus loin. 

Le monde est dominé aujourd’hui par un géant des données d’information : « Google ». Mais qui le contrôle ?  Qui nous garantit le savoir qu’il dispense. Questions de béotien probablement,  mais quand on voit tout ce qui circule sur internet, où  le vrai côtoie très souvent le « fake »,  il convient d’être  méfiant. Certes Petite Poucette  ne lit ni ne désire plus « ouïr l’écrit dit » (l’expression est de Michel Serres : en gros, la transmission orale par le prof),  parce que le  savoir annoncé, tout le monde l’a déjà, et en entier, sous la main. Alors ce nouveau savoir qui ne sort  plus du livre  où  il  était stocké, quel est–il ? « C’est une offre sans demande » nous répond le philosophe. C’est la fin des experts et un retournement de la pédagogie. Petite Poucette cherche et trouve le savoir dans sa machine. Mais celle-ci ne fait que compiler le savoir sorti des livres dont on a bien voulu la nourrir et c’est elle qui choisit ce qu’elle va afficher (Gaspard Koenig, « la fin de l’individu »). Et alors comment Petite Poucette discernera-t-elle le bon savoir de l’obscurantisme qui sait lui aussi se glisser dans les algorithmes de la connaissance ? Car, comme nous le montre Gaspard Koenig, les banques de données ne sont rien d’autre que du savoir compilé. Alors, le savoir « discuté » sera-t-il capable de faire face ? D’autant plus que l’intelligence artificielle va aussi s’en mêler. Et quand la machine  tombera en panne, quelle solution ?... Mon esprit cartésien me pousse à la  méfiance.

La compétition avec l’Intelligence Artificielle.

Aujourd’hui, c’est l’Intelligence Artificielle qui mène la danse. Elle est capable de battre des champions du monde d’échec. Elle progresse à une vitesse exponentielle et elle s’auto-éduque autant qu’elle  se programme nous prévient Laurent Alexandre (La guerre des intelligences – JC Lattès). En 2020, les ordinateurs traiteront 1 milliard de milliards d’opérations toutes les secondes, tandis que l’humanité produira 1 000 milliards de milliards de data chaque semaine, une masse de données et d’informations que le cerveau humain sera   incapable de digérer sans le recours à l’Intelligence Artificielle  dans tous les domaines de la vie humaine. Ce tsunami numérique,  dont il est déjà impossible de se passer et qui va impacter tous les métiers, exigera de  la part des humains une intelligence naturelle plus développée, au risque sinon que l’IA les  dépasse.  En effet, quelle va être la place de l’homme face à  ce qu’on appelle l’Intelligence Artificielle faible, déjà opérationnelle,  sans parler de l’Intelligence Artificielle forte dotée de conscience et d’émotions qui pourrait émerger plus tard, bien qu’on en soit encore très loin ?

Les algorithmes : des crétins performants.

Dans sa quête mondiale sur l’Intelligence Artificielle, Gaspard Koenig nous rassure tout en nous montrant les multiples biais dangereux qui peuvent conduire à la fin de l’individu. Du « Turc mécanique », ce joueur d’échec hongrois automatique du Baron Von Kempelen inventé en  1769, aux supercalculateurs de Google,  l’IA, qui se résume en fait à la somme de nos connaissances compilées en informatique, est une illusion seulement capable de reproduire un résultat et non un processus.  Mais c’est une illusion convaincante. Pour faire simple, la dernière génération d’algorithmes est capable de fouiller dans une masse de données, de manière plus ou moins autonome, pour en extraire des régularités et des prédictions. Mais sans données, pas d’IA, qu’elle soit « machine learning », « reinforcement learning » ou « deep learning ». Les technologies d’IA sont maintenant capables d’anticiper et d’orienter les comportements individuels grâce à la puissance de personnalisation et d’optimisation fournie par le traitement des « data ». La collecte de ces « data » est donc essentielle. Ce sont des milliers de personnes qui s’y emploient mais aussi chacun d’entre nous grâce à tous les « cookies » et « conditions d’utilisation »  que nous téléchargeons quotidiennement. Pourtant, la « super intelligence » est un mythe, car le bon sens est la chose du monde la moins partagée par les robots. Aucun algorithme ne peut concevoir une interprétation globale du monde et des hommes qui le peuplent : comme  l’affirmait Spinoza, « le  cerveau et le corps sont dans le  même bain  et  produisent l’esprit de  manière conjointe », ce  que Antonio Damasio, neuroscientifique de renommée mondiale, explique par  « l’homéostasie » : on pense autant avec ses doigts de pieds qu’avec son cerveau ! Et aucune IA n’est capable  d’imiter nos doigts de pied.  Avec en plus nos « sentiments », au coeur du processus homéostatique, qui sont seuls à produire du sens. Sans corps,  pas  de sens commun, mais  pas d’humour non plus. Cela n’empêche pas  l’IA de menacer l’humain.

Le « nudge » : une nounou souterraine.

Commençons par le mot lui-même, qui, en anglais, signifie «coup de pouce». C’est en 2008 que la théorie du Nudge a été popularisée par deux américains : Richard Thaler, un économiste et théoricien de la finance comportementale et Cass Sunstein, professeur à l’Université de droit d’Harvard. Son principe est simple: influencer nos comportements dans notre propre intérêt. Elle part du principe que les individus ne sont pas des êtres rationnels et que leurs prises de décisions sont sous l’influence de l’environnement, des émotions et des instincts, les biais cognitifs. Ainsi, ce « coup de pouce » serait ce qu’il y a de plus efficace pour aider les individus à faire des choix : par exemple, une grande surface avait augmenté de 30% en 3 mois ses ventes de poissons frais en diffusant des bruits de mouettes et des odeurs de marée. Issu de la  psychologie comportementale, le  principe du « nudge » a été intégré dans  les algorithmes. Pour aller à l’essentiel, l’idée qu’avance l'auteur, c’est que nous vivons dans un monde où nos libertés seraient de toute part menacées notamment par les Gafa, mais aussi par des entreprises, par des gourous et des partis politiques qui tentent de nous faire aller dans telle ou telle direction, non par une méthode autoritaire, mais en nous incitant doucement, par micro-messages publicitaires ou autres, à choisir telle option d’achat, de vote, de spectacle, etc… Influencer sans contraindre, et pour le bien. Autant de formes de soumission aux algorithmes. Avec  le danger évident, celui d’agir pas seulement pour notre bien mais surtout pour la communauté,  variable selon le développeur de l’appli. Derrière le « nudge », il y a toujours une forme d’allégeance à un communautarisme qui se profile,  soit par utilitarisme (cas américain) soit par idéologie collectiviste (cas chinois). L’individu perd  alors sa liberté de jugement. On imagine assez facilement ce que le « nudge » appliqué à des logiciels pédagogiques pourrait provoquer comme orientation des apprentissages…

Le libre arbitre en danger.

Les stratégies  développées par  les créateurs d’applications mettent en effet nos facultés de choix personnel « libre et par soi-même » à rude épreuve par le confort qu’elles nous apportent. Et les  exemples dans notre vie quotidienne ne manquent pas : « Waze » qui nous guide en nous promettant  le meilleur temps de parcours, c’est tellement plus facile  que de déplier une carte routière ; nos messageries nous proposent des réponses toutes faites sans que nous ayons à  faire  l’effort de rédiger ou de chercher un mot  plus précis… Des petits riens qui font de nous, petit à petit des zombies décérébrés : interrogez un chauffeur parisien d’Uber sur la ville qu’il traverse chaque jour, et vous serez surpris du vide ;  et ne cherchez pas pourquoi vos enfants, sinon vous-mêmes, avez  perdu votre vocabulaire  et votre syntaxe !  A force d’économiser nos fonctions cérébrales,  Gaspard Koenig explique que l’humain perd pour de bon l’habitude de prendre ses propres décisions et sa liberté de choisir.  Les algorithmes agissent comme une drogue. Grâce aux délibérations « tellement logiques » servies sur un plateau, chacun acceptera d’être accompagné par une IA dans les choix les plus importants de son existence. C’est déjà ce qui se passe avec les sites de « rencontres ». C’est la fin de l’individu autonome et responsable par le triomphe du « bien-être » !

L’individu n’a pas dit son dernier mot.

On observe déjà  les nombreuses transformations  dans la société, générées  par la fin du libre arbitre. Ce sont les ordinateurs qui échappent au monde financier, c’est  l’art sans artiste, la science sans causalité, la théorie, fruit de la réflexion humaine rendue obsolète par les data, et sans libre arbitre,  fini le marché : la prédiction de nos comportements suffit déjà à ajuster l’offre à la demande dans bien des  cas.  Pour échapper à tous ces dérèglements, c’est à l’individu de reprendre la main  en commençant par ne plus fournir gratuitement  ses données,  en définissant ses  propres normes  pour les imposer aux algorithmes et tant pis  si elles ne sont pas « optimales » pour  le  groupe.  Chacun devrait pouvoir  imposer  son propre nudge, de manière consciente et volontaire.  C’est le  principe de  la  « Prime Directive », que Gaspard Koenig sort  de la  série Star Trek, pour en faire  une règle supérieure d’ordre moral.  Cela remettrait de l’humain dans l’IA et surtout lui redonnerait du sens.

L’Etat français à la manœuvre.

Notre  pays présente des prédispositions pour exploiter  le  filon du « nudge » et utiliser les algorithmes à son profit. Il est centralisé et hypertechnocratisé, deux caractères facilitateurs. Le système fiscal  mis en place  avec  le  prélèvement à la source en est un bon exemple : le  « nudge » ici consiste à soulager le contribuable  de toutes les démarches déclaratives, il n’a plu qu’à  payer, et encore, le prélèvement  a lieu sans même son consentement. Une autre application est en train de se mettre en place : Bercy a glissé dans le  projet de loi de finances une disposition qui lui donnerait  le droit de collecter et d’exploiter, au moyen de traitements informatisés,  les contenus librement accessibles publiés sur internet.  Un « ciblage de  la fraude et valorisations des requêtes », pour définir un traitement automatisé des données collectées consistant à appliquer des  « méthodes statistiques innovantes ». En clair  il  s’agit de conjecturer qui va frauder dans le futur en fonction de  données personnelles (vraies ou fausses)  publiées par soi-même  ou  par des tiers…  Le  « data mining »  est  en plein dans le sujet puisqu’il est  censé permettre de prédire les  comportements et de prévenir le délit. Et on envisage maintenant d’utiliser la « reconnaissance faciale » pour la sécurité. Espérons qu’on ne suivra pas le modèle chinois. Big Brother est  déjà  là !

Il  ne s’agit  pas pour autant de devenir technophobe. Le particularisme de l’Europe, par rapport au reste du monde, c’est sa culture spécifique à l’origine de l’individu libre et responsable.  L’Europe  a  tout son rôle à  jouer pour proposer des régulations intelligentes conciliant prospérité et libertés. L’important est que, là  aussi, les  algorithmes n’enterrent pas nos « Lumières ». Comme le dit Gasparov dans le livre, à  propos de « Deep blue » qui l'a battu aux échecs : «  il n’est  pas plus intelligent qu’un réveil-matin programmable ! »

Plus que jamais, l’éducation aura un rôle primordial.

Dans ce contexte, l’une des grandes questions qui sera au cœur des préoccupations sera celle de l’éducation : quelles compétences et quelles connaissances transmettre à nos enfants et petits-enfants pour qu’ils ne deviennent pas les esclaves de l’Intelligence Artificielle, des personnes ayant perdu leur libre-arbitre, et qui fera qu’ils ne seront pas facilement manipulables par les médias où le virtuel peut si facilement remplacer le réel, par le  monde économique, toujours preneur de mains-d’œuvre dociles, sans parler du politique  où  le mensonge peut façonner l’opinion plus facilement qu’autrefois (cf. la campagne sur le Brexit au Royaume-Uni) ?

Déjà les métiers tels que la  médecine, la radiologie et la chirurgie sont envahis par elle. Il n’y aura bientôt plus d’agences bancaires parce que la  plupart des opérations sont traitées sans intervention humaine… L’avenir est donc dans les activités qui font appel à l’esprit d’entreprise dans les métiers de la robotique, les biotechnologies,  les nanotechnologies.  Il sera aussi  dans toutes celles qui peuvent donner un sens à la vie : l’enseignement évidemment, la recherche bien sûr,  mais aussi le droit,  les loisirs, les services  à la  personne, la sécurité, et  forcément la politique dont il vaudrait mieux qu’elle ne soit pas exercée par des robots !

Il est impératif  que l’économie de la connaissance prenne rapidement en compte les personnes qui ont des capacités moyennes ou modestes, puisque dans le même temps l’Intelligence Artificielle va avancer de  plus en plus vite. Celles que l’on commence à former seront encore sur le marché de l’emploi en 2070.  Qu’en fera-t-on quand elles seront dépassées  par les progrès de  l’Intelligence Artificielle ? L’auteur de « La guerre des intelligences » préconise : l’école a un rôle à jouer, à condition que, lorsqu’on investit dans l’éducation, cela ne profite pas qu’aux élèves qui ont un QI élevé. En effet, partout dans le monde, l’éducation ne marche vraiment bien que sur ces derniers, toutes les études internationales le montrent. Cela  passe par une modernisation des moyens et un nouveau type de recrutement des enseignants. 

Investir dans la recherche pédagogique.

Il faut réfléchir à une pédagogie qui améliore  les capacités des gens à QI modeste et qui leur permette d’apprendre : c’est le seul moyen d’éviter le  pire scénario qui consisterait à avoir d’un côté l’élite et de l’autres  les inutiles. Laurent Alexandre, déjà cité  plus haut, stipule que nos cerveaux pourraient être modifiés par la  science pour augmenter notre quotient intellectuel afin de résister à la concurrence de  l’Intelligence Artificielle. Une montée en puissance radicale en utilisant tout le potentiel  des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Il  plaide encore  pour une école « transhumaniste » qui trouvera normal de transformer le cerveau des élèves, pour favoriser une démocratisation de l’intelligence. Nombre d’intellectuels humanistes y verront une dérive qui rappelle le « Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley,  mais l’essayiste a des arguments qu’il faut savoir entendre, sans qu’ils soient décisifs.

On a lancé la société de la  connaissance, du big data, et l’industrialisation de l’Intelligence Artificielle sans se préoccuper de l’intelligence biologique. Laurent Alexandre dénonce, à juste titre  des élites qui n’ont même pas commencé à réfléchir à l’avenir des gens moins doués, alors  que les inégalités de quotient intellectuel sont les principales sources des inégalités sociales et économiques. Or le quotient intellectuel mesure notre capacité à résister à l’Intelligence Artificielle puisqu’il synthétise notre plasticité neuronale et donc notre adaptabilité intellectuelle. En ce sens, la prise  en compte  par  l’école de cette nécessité évidente  d’égalisation des chances, impose des investissements lourds dans la recherche pédagogique au moins autant que les  géants du numérique américains et chinois investissent dans l’éducation des cerveaux de silicium.

Nous avons en France, une « mission sur l’intelligence artificielle » pour la développer dans notre pays et en Europe. Elle a défini six pistes de  réflexion : politique industrielle, enjeu des données, impact  sur l’emploi, écologie, éthique et recherche. Rien sur la formation et l’évolution de la pédagogie ! En retard sur le développement de l’Intelligence Artificielle, nous ne prenons pas en compte son impact sur l’humain. Peut-on se contenter d’une vision qui réduit l’Intelligence Artificielle à débarrasser l’humain de ce qui est répétitif pour se concentrer sur le stratégique et l’empathique qui font de nous des humains ? Voilà une vision un  peu trop réduite du rôle de l’Intelligence Artificielle. Le  débat est donc loin d’être clos. 

Les écrans ne sont pas la solution.

L’ouvrage de Michel Desmurget qui a mis trois ans à rassembler la littérature scientifique concernant le sujet est sans appel. Dans « la fabrique du crétin numérique », il démontre avec une grande précision les dégâts provoqués par le temps passé de nos chères têtes blondes devant les écrans. Toutes les études montrent un affaissement majeur des compétences cognitives de ces jeunes, depuis le langage jusqu’aux capacités attentionnelles en passant par les savoirs culturels et fondamentaux les plus basiques. La numérisation de l’école ne fait qu’aggraver les choses, on le sait, entre autre, par les études PISA. Le miracle que décrit Michel Serres  n‘a pas eu lieu : homo numericus n’est pas advenu. Ce prodige évolutif que d’aucuns nomment « millenial, digital native, e-generation,… » n’existe que dans la tête des propagandistes de la consommation d’écrans. L’enfant mutant du numérique, que son aptitude à taquiner le smartphone aurait transformé en omnipraticien des nouvelles technologies, qui grâce aux jeux vidéo aurait vu son cerveau prendre force et volume, cet enfant n’est qu’une légende. De même la performance des élèves chute d’autant plus que les investissements dans les technologies de l’information et de la communication (TICE) augmentent. Alors que nombre d’études ont démontré l’importance de la lecture dans les livres pour enrichir et développer le langage et son influence positive sur les résultats scolaires. L’enfant n’a besoin pour développer son verbe ni de vidéos ni d’applications mobiles, il  faut qu’on lui parle, qu’on sollicite ses mots, qu’on l’encourage à nommer les objets. Il a besoin d’interaction humaine. Le cerveau humain s’avère, quel que soit son âge, bien moins sensible à une représentation vidéo qu’à une présence humaine effective.  C’est pour cette raison que la puissance pédagogique d’un être de chair et d’os surpasse irrévocablement celle de la machine.

Donc, le professeur solidement formé reste la meilleure solution. Un écran ne peut pas sourire, accompagner, guider, stimuler, encourager, rassurer, émouvoir, faire preuve d’empathie … qui sont des éléments essentiels de la transmission et de l’envie d’apprendre.

Les écrans ont d’autres effets négatifs qu’il serait dangereux de sous-estimer : leur utilisation abusive affecte lourdement le sommeil, augmente fortement la sédentarité en diminuant d’autant le niveau d’activité physique, effets auxquels il faudrait ajouter les contenus « à risque » de tous ordres ( sexuels, tabagiques, alcooliques, alimentaires, violents …) qui saturent l’espace numérique. Maîtriser l’utilisation des écrans s’avère donc une nécessité si l’on veut préserver les performances scolaires, le développement intellectuel et la santé des enfants.

D’autres enjeux tout aussi cruciaux.

La France a aussi pris du retard dans toutes les problématiques d’accueil des enfants « différents » : tous les « dys.. », précoces, autistes.  Ce sont des défis que les autres  pays relèvent. Et dans le domaine de la pédagogie, voilà un des rares domaines où les outils numériques peuvent être d’une grande utilité pour faciliter l’insertion de ces enfants, le  plus souvent possible, en milieu « ordinaire », c’est-à-dire les scolariser.

Ainsi, prenons le cas des enfants autistes. En France,  80% des enfants autistes ne sont pas scolarisés. Leur prise en charge devient indispensable,  d’autant plus que la Haute Autorité de Santé estime à 1 nouveau-né sur 150 concerné par l’autisme, taux que les spécialistes estiment largement sous-estimé et plutôt  à 1 sur 100. Ils seront donc de plus en plus nombreux. A la rentrée 2019, ce sont plus de 4 000 enfants de 3 ans qui n’ont pas pu intégrer l’école maternelle. 

L’imagerie cérébrale montre que le cerveau des autistes fonctionne différemment de celui des « neurotypiques » (gens dits « normaux »). Ce ne sont pas les mêmes zones du cerveau qui s’activent chez les uns et chez les autres, ce qui suggère qu’aux différences constatées au niveau des processus cognitifs répondraient des connexions  entre régions cérébrales elles-mêmes différentes. Un chercheur californien a établi que le développement important du cortex préfrontal, siège des fonctions cognitives supérieures,  comme le langage et le raisonnement, résultait d’un nombre anormalement élevé de neurones dans cette région, de 67 % supérieure à celui des enfants non autistes. Ainsi, si les autistes ont tant de difficultés pour apprendre à parler, ce serait peut-être en raison d’un excès de neurones à la naissance.  Ces  observations ont permis dans d’autres pays de  mettre en place des stratégies d’apprentissage adaptées. L’apport des neurosciences pourrait être décisif pour adapter  les  modèles d’enseignement. Il existe des méthodes qui sont mises en œuvre dans d’autres  pays, qui fonctionnent et qui permettent de sortir la  plupart des enfants autistes du milieu hospitalier. Ce sont soit des classes spécialisées, de moins de 12 élèves, soient des classes  ordinaires avec accompagnant formé. Au Canada, on pratique « l’autorégulation ». Les cas d’autisme étant très variés, les enfants sont insérés dans des classes ordinaires et en cas de « crise » dirigés  vers un « sas » médico-social associé à l’établissement. L’important étant d’assurer la  prise en charge en continu de la maternelle à l’école élémentaire et au collège. Cela suppose de former les  personnels à ce type d’encadrement. L’expérience démontre que tout le  monde bénéficie de cette démarche : les autres élèves acquièrent une connaissance de ces enfants et s’habituent à eux, les  accompagnants spécialisés profitent aussi aux élèves dits « normaux » mais en difficultés. Et les outils pédagogiques sont déjà familiers. Le  problème des autistes étant souvent un défaut de verbalisation, l’i-pad permet, grâce à des logiciels de pictogrammes, de contourner ce défaut et de rétablir la communication. Il existe évidemment d’autres contraintes correspondant à la sensibilité particulière de ces enfants, comme privilégier le visuel, qui peuvent être gérées.  Il  ne s’agit pas ici d’entrer dans le détail. Le « plan autisme » du gouvernement vise en priorité la précocité du diagnostic, avant 2 ans, ce qui voudrait signifier  une entrée en maternelle à 3 ans, en 2021. Restera à convaincre le ministère de l’Education nationale et à former les  enseignants et les accompagnants, ce qui imposera un gros effort financier.

Pour faire court, je suis persuadé que les outils numériques, utilisés avec des programmes très précis et adaptés, associés  à des stratégies pédagogiques spécialisées mises en œuvre par des enseignants dûment formés, permettraient de répondre aux cas des élèves  précoces,  si mal  pris en compte dans  les classes  ordinaires, et de tous ceux qui présentent des troubles de dyslexie, dysphasie, dyspraxie… Toujours avec le même  objectif : leur faire suivre autant que faire se peut une scolarité en milieu ordinaire. Espérons que comme d’habitude, nous ne prenions pas un train de retard. Car il faut compter avec les forces conservatrices du système que sont les syndicats de gauche comme le Snuipp-FSU, qui continueront de défendre l’indéfendable. Il serait temps que les sciences, et surtout les neurosciences, qui sont autrement plus fiables que la psycho-sociologie des pédagogistes, soient prises  réellement en compte en ce qu’elles apportent des éléments de connaissance sur l’activité cérébrale. C’est   ainsi que le professeur Dehaene, spécialiste de psychologie cognitive  a  démontré, imagerie cérébrale à l’appui, l’inefficacité de la méthode globale pure expérimentée dans les années 80. Et de fait, il estime que le « décodage » doit tenir une place importante en CP dans l’apprentissage de la lecture.  De quoi faire se dresser tous les experts en « sciences de l’éducation » de la rue de Grenelle !

Le pédagogue a encore un rôle à jouer.

Je vois bien que lorsque mon imagination me projette dans un enseignement avec des élèves bardés d’outils électroniques, en adaptant mes recettes et un  renversement des rôles - les élèves qui énoncent ce qu’ils ont trouvé et le  prof qui écoute et fait le tri, réoriente ou valide- je ne suis qu’une relique du 20ème  siècle qui ferait cours avec  les schémas de « l’ancien monde ». Evidemment, les cours du 21ème siècle s’annoncent complètement différents et l’on peine à les imaginer à travers les évolutions qu’envisage Michel Serres, assez surréalistes d’ailleurs. Pourtant je reste persuadé que malgré tout, il faudra continuer d’apprendre à lire  et  à écrire parce que c’est par là que tout a commencé et continuera de commencer. Luc Ferry nous prévient : il ne croit pas  au recours aux « sciences de l’éducation » ou « neurosciences », il doute, en effet, qu’une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau d’un élève par un enseignant rendra forcément ce dernier meilleur pédagogue, sinon comment expliquer que de merveilleux professeurs aient pu tout ignorer des neurosciences ! Il a en partie raison s’il veut dire par là que la relation pédagogique restera essentielle. Sauf que l’amélioration des facultés cognitives est  possible et requiert des méthodes adaptées, utilisant tout le potentiel des sciences du cerveau. Une meilleure connaissance du fonctionnement de notre matière grise ne peut qu’aider  le  pédagogue à imaginer ses stratégies d’apprentissage, comme  je l’ai fait  en découvrant les travaux de La  Garanderie.

Pédagogue ou « médiateur » ?

Il n’y aura peut-être plus de pédagogue dans un rôle tel qu’on le conçoit aujourd’hui encore, néanmoins je reste  persuadé qu’un « médiateur » du savoir sera toujours indispensable,  sous quelle forme et comment… cela reste à inventer. La solution pourrait être dans la recherche des complémentarités entre le cerveau humain et  celui de silicium, grâce à une cartographie de l’intelligence artificielle qui permettrait d’en identifier les zones de  compétences. Ainsi, il y aura des endroits où l’on va être moins bons que l’Intelligence Artificielle mais que l’on pourra reprendre par de la formation,  par  du travail de groupe,  par de nouvelles  approches intellectuelles… Une guerre de  mouvement passionnante et du pain sur la planche pour  les futurs pédagogues qui devront se remettre sans cesse en cause.  Il reste que les livres de  Laurent Alexandre, de Michel Serres, de Gaspard Koenig, de Michel Desmurget, soumettent à la réflexion de ceux qui ont en charge les destinées du système   éducatif, des pistes de réflexions qui rendent leur lecture indispensable par nos intellectuels et nos politiques s’ils veulent appréhender les enjeux du monde qui vient, et  qui est déjà là pour partie. Avec toutefois une constante : le geste d’enseigner, quel que soit le contexte, se situera toujours au-delà des réformes et des circulaires, car il est d’abord une relation qui se  construit avec autrui, en l’occurrence entre le pédagogue et un élève ou un étudiant.

 


ALERTE : LES ECRANS VONT FAIRE DE NOS ENFANTS DES CRETINS !

La fabrique du crétin digital001

 

« La consommation récréative du numérique sous toutes ses formes (smartphones, tablettes, télévision, etc…) par les nouvelles générations est absolument astronomique… Entre 8 et 12 ans, ils passent à peu près 4h45 (chaque jour). Entre 13 et 18 ans, ils effleurent les 6h45. » 

C’est sur ce constat que débute le livre de Michel Desmurget « LA FABRIQUE DU CRETIN NUMERIQUE ». L’auteur est directeur de recherche en neurosciences à l’Inserm. Il a passé trois ans à éplucher toute la littérature scientifique qui existe sur le sujet et son constat est sans appel : on court à la catastrophe. La consommation actuelle de nos jeunes, et souvent dès deux ans, saborde tous les piliers de notre intelligence avec comme résultat un affaissement du QI et de nombreux autres effets nocifs. L’article que je vous propose est un peu long, mais la matière est dense (400 pages), même synthétisée. Et je n'ai fait qu'effleurer le sujet...

Rétablir la vérité.

Le chercheur se fixe comme premier objectif de démolir toute la propagande véhiculée par les pseudos experts médiatiques qui semblent se féliciter de la situation et selon lesquels nous aurions changé d’ère et le monde appartiendrait désormais aux « digital natives » dont le cerveau aurait muté. Un cerveau plus rapide, plus réactif, plus apte aux traitements parallèles, plus compétent à synthétiser d’immenses flux d’informations, plus adapté au travail collaboratif. Et ces évolutions représenteraient une chance extraordinaire pour l’école, pour refonder l’enseignement, terrasser l’échec scolaire…  La réalité est toute autre. Les études scientifiques viennent malheureusement infirmer le discours des charlatans du numérique. La recherche met en lumière une longue liste d’influences délétères chez l’enfant et l’adolescent. C’est pourquoi Michel Desmurget s’attache d’abord, preuves à l’appui,  à démonter tous les discours offerts au grand public pour le rassurer et le pousser à consommer de l’écran. Car la partie n’est pas gagnée. Il faut d’abord en finir avec « l’enfant mutant » : « si vous voulez voir à sapiens un successeur, revenez dans quelques millions d’années ». Il faut combattre ceux qui sèment le doute en présentant les savants comme des « alarmistes digitaux ». Il faut expliquer que science et opinion ne se valent pas…

Le mythe : homo mediaticus.

La première partie de l’ouvrage est consacrée au démontage précis et méthodique de la construction du mythe. Comment il s’est répandu  en faisant croire à l’émergence d’une génération différente, possédant un cerveau plus développé, et vantant le caractère formidable des écrans. Ces « contes et légendes »  ne tiennent pas. L’enfant mutant du numérique, de la confrérie X, Y, Z, lol, zappien ou C, que son aptitude à taquiner le smartphone aurait transformé en omnipraticien des nouvelles technologies, qui grâce aux jeux vidéo aurait vu son cerveau prendre force et volume, cet enfant n’est qu’une légende. Aucune étude scientifique ne valide une telle évolution. Le problème n’est pas résolu pour autant. Son image continue à hanter les croyances collectives. Comme pour les industriels, le problème est tout de même sérieux, ils dépêchent sur le terrain  et dans les médias les « experts ». Il faut alors dénoncer les conflits d’intérêts, combattre les verbiages creux et les réponses fumeuses, et s’attaquer à tous ceux qui entretiennent le doute. Le constat est sans appel : « nombre d’experts médiatiques parmi les plus importants présentent une stupéfiante capacité à collectionner les âneries, sornettes, revirements, approximations et contrevérités » nous dit Michel Desmurget. Pour le citoyen lambda il est très difficile d’isoler les sources compétentes des foyers impropres et lobbyistes. Et au bout du compte les petits soldats du numérique, psychiatres, psychologues, médecins, universitaires, continuent, sous couvert d’expertise, sans jamais avoir à expliquer leurs sujétions industrielles, à emplir l’espace collectif de leur affligeante propagande. Ainsi des études boiteuses à la méthodologie coupable,  font croire que les loisirs numériques n’affectent pas les performances scolaires, que les jeux vidéos améliorent les résultats scolaires, et même qu’il y aurait moins de crimes grâce aux jeux vidéos violents. Toutes ces errances se combinent pour installer un mythe bien éloigné des dures réalités scientifiques.

Homo numericus : la réalité est loin du mythe.

La génération contemporaine est bien « la plus bête ». Les écrans sont mauvais pour le développement cérébral. Les nouvelles technologies mettent le cerveau dans une situation permanente de multitâche pour laquelle il n’est pas conçu… Bien plus grave encore le numérique à l’école est un désastre, un canular à 60 milliards de dollars qui n’améliore pas les résultats des élèves. Ce qui explique que les fameux « geeks » soient nombreux à inscrire leur descendance dans de coûteuses écoles privées dépourvues d’écrans, comme l’admet l’un de ces visionnaires de la Silicon Valley. Michel Desmurget analyse le problème en le prenant à la racine : le constat des usages abusifs trop répandus.

L’imprégnation se fait dès l’enfance alors que les premières années d’existence sont fondamentales en matière d’apprentissage et de maturation cérébrale, amputant l’enfant d’un certain nombre de stimulations et expériences essentielles très difficiles à rattraper.

Suit la période 8-12 ans de l’amplification : le temps passé aux activités numériques, essentiellement des jeux et des vidéos, dépasse quotidiennement les 4h30. La généralisation des smartphones entraîne une vraie submersion au moment de l’adolescence poussant la consommation au-delà de 6h30/jour… 40% du temps normal de veille. Sur une année, les écrans absorbent autant de temps qu’il y a d’heures cumulées d’enseignement du français, des maths et des SVT durant tout le secondaire. Ces chiffres ne sont que des moyennes d’usage. Il est évident qu’avoir plusieurs télés, consoles, smartphones ou tablettes à la maison favorise la consommation, et ce d’autant plus que la chambre est concernée.

Le milieu familial devrait au contraire limiter l’accès et donner l’exemple. La consommation n’est pas inéluctable : les études démontrent que fixer des règles ça marche, à condition de réorienter les activités. D’autant plus que l’impact préjudiciable des écrans récréatifs sur la santé et le développement cognitif surgit bien en deça des seuils d’usages moyens observés.

Ecrans et résultats scolaires ne font pas bon ménage. 

L’auteur aborde ensuite les répercussions sur la réussite scolaire pour souligner le danger. La littérature scientifique démontre de façon claire et convergente un effet délétère significatif des écrans domestiques sur la réussite scolaire, indépendamment du sexe, de l’âge, du milieu d’origine. A cet égard, le « smartphone » se révèle être le Graal des suceurs de cerveaux et de la décérébration : plus ses applications deviennent intelligentes, plus elles se substituent à notre réflexion et plus elles nous conduisent à devenir idiots.

L’utilisation du numérique à l’école, n’est guère plus convaincante. Pour faire court, la technologie peut permettre d’optimiser un enseignement de qualité, mais elle ne pourra jamais pallier un enseignement de piètre qualité. On comprend pourquoi toutes les expériences de « classes sans profs » ont échoué. Il est infiniment plus astreignant d’apprendre avec un MOOC qu’avec un enseignant qualifié, sans parler du danger que présentent les algorithmes qui se soucient comme d’une guigne de la validité des résultats, incapables qu’ils sont de s’interroger sur la rigueur factuelle des contenus identifiés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus les Etats investissent dans les TICE, plus la performance des élèves chute. A la différence d’un prof, un ordinateur ne peut pas sourire, accompagner, guider, encourager, stimuler, rassurer, émouvoir ou faire preuve d’empathie, qui sont les éléments essentiels de la transmission et de l’envie d’apprendre.

Une intelligence entravée.

Les résultats scolaires ne sont que la partie visible de l’iceberg des effets néfastes. Ce qui est atteint c’est l’essence même de l’édifice humain en développement, depuis le langage jusqu’à la concentration en passant par le mémoire, le QI, la sociabilité et le contrôle des émotions. Une véritable agression silencieuse. Les écrans mutilent les interactions humaines si importantes au cours de l’enfance et de l’adolescence notamment pour la réussite scolaire, la stabilité émotionnelle et la prévention des conduites à risque. Une étude récente montre l’action négative du temps global d’écran sur le développement moteur, social et cognitif. Le langage est amputé ; il demande bien plus que des paroles pour assurer son déploiement : il demande des livres. L’attention est saccagée. Sur ce point les résultats sont accablants. Un exemple : la pratique de la télé ou des jeux vidéos, le matin, avant l’école, altère durablement les capacités de concentration et par suite la performance intellectuelle.

Une santé menacée.

Les médias électroniques doivent être reconnus comme un problème majeur de santé publique, souligne la communauté scientifique. La liste des champs touchés paraît sans fin : obésité, anorexie ou boulimie, tabagisme, alcoolisme, toxicomanie, violence, sexualité non protégée, dépression, sédentarité… Bref, les écrans sont les pires faiseurs de maladies de notre temps.

Le sommeil est brutalement mis à mal, oubliant que pendant que nous dormons, notre cerveau travaille. Or, le manque de sommeil perturbe la réactivité et la connectivité des circuits cérébraux impliqués dans la gestion des émotions. Et les écrans portent une large part de responsabilité : ils retardent l’heure du coucher, augmentent la latence d’endormissement, interrompent souvent la continuité de nos nuits, et altèrent la qualité du sommeil par les contenus excitants, stressants ou anxiogènes. Ainsi les scientifiques ont établi un lien étroit, au sein des jeunes générations, entre consommation numérique et souffrance psychique (dépression, anxiété, mal-être, suicide…).

La sédentarité que la consommation d’écrans engendre a aussi son cortège d’effets dévastateurs. Chez les enfants, une heure quotidienne d’écran suffit à perturber le système cardio-vasculaire. Des indices convergents indiquent des risques plus inquiétants sur le long terme. Ainsi, l’augmentation impressionnante du nombre d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) depuis une trentaine d’années chez le jeune adulte. Je passe sur le lien avec le développement des addictions : tabagisme et alcoolisme. Un quart de nos lycéens de 16 ans boivent régulièrement et se saoulent une fois par mois au moins.

Pour en sortir : 7 règles essentielles.

1 - Avant 6 ans : pas d’écrans.

2 - Après 6 ans : pas plus de 30 mn à une heure par jour, tout compris.

3 - Pas d’écran dans la chambre.

4 - Pas de contenus inadaptés.

5 - Pas le matin avant l’école.

6 -  Pas le soir avant de dormir.

7 - Un écran à la fois.

Moins d’écrans, c’est plus de vie : c’est toute l’écologie familiale qu’il faut réorganiser. Parler, échanger, dormir, faire du sport, jouer d’un instrument de musique, dessiner, peindre, sculpter, danser, chanter, prendre des cours de théâtre, et surtout lire.

A vous de jouer, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

Bon courage.

Une satisfaction, l’info commence à sortir : « Le Point » traite du sujet, c’est déjà ça !

La fabrique du crétin numérique - Michel Desmurget - Editions du Seuil.

 


BONNE ANNEE 2020 !

Boule de gui

 

J'adresse à tous mes amis et à tous les visiteurs du bloc-notes

mes meilleurs voeux de bonheur, santé et prospérité.

Que 2020 apporte à chacun d'entre vous sa part de félicité et les mille petites joies qui font que la vie vaut d'être vécue. 

Que 2020 éclaire ceux qui nous gouvernent afin qu'ils engagent notre pays sur la voie du redressement et du rassemblement.

 

Bonne année 2020

 

 


JOYEUSES FÊTES !

Bonne année haddock001

 

Je vous souhaites de bonnes fêtes de fin d'année,

un joyeux Noël et une belle Saint-Sylvestre

entourés de ceux que vous aimez !

Le bloc-notes fait la trêve des confiseurs. 

Nous nous retrouverons le 2 janvier 2020.

Je vous remercie de votre fidélité qui ne se dément pas,

A bientôt,

Daniel

 

Bonhomme_de_neige


LE PARCOURS DU COMBATTANT

Passeport001

 

La France périphérique existe : je l’ai rencontrée.

Un exemple bien concret : faire établir un passeport ! Même en s’y prenant à l’avance, il vaut mieux ne pas habiter en province, chez les ploucs, comme on dit, parce que là, il ne faudra pas être pressé.

Histoire vécue.

Fin octobre nous décidons de faire un voyage au Maroc en février 2020. Pays pour lequel un passeport à jour est nécessaire. Les nôtres étant périmé, et toujours prévoyants, nous décidons de faire les démarches rapidement. Nous nous rendons donc à la mairie de Saint-Barthélemy d’Anjou pour effectuer la demande de renouvellement de nos documents : surprise, le premier rendez-vous disponible qu’on nous propose est le 23 mars, et il faudra compter ensuite  6 à 8 semaines pour récupérer le passeport. Ce qui faisait autour du mois de mai… Autant dire, il valait mieux envisager le voyage en 2021. Devant notre protestation, on nous propose d’essayer auprès d’autres mairies du Maine-et-Loire et on nous fournit la liste d’une quinzaine d’entre elles, car toutes ne sont pas équipées de l’équipement biométrique nécessaire. Autre étonnement. Plusieurs coups de téléphone ne donnent pas plus satisfaction : la mairie d’Angers pouvait nous proposer au mieux le 8 mars !

La région parisienne.

Nous commencions à nous dire que notre voyage était bien compromis. Mais dans quel pays vit-on où il faut 6 mois pour établir un passeport !!! Côté préinscription sur le site internet du gouvernement, c’est plutôt facile et ça marche bien : l’interface est accessible à tous et c’est rapide. Oui, mais il reste à trouver une mairie pour déposer le dossier. Ayant à nous rendre chez nos enfants dans la région parisienne, nous tentons notre chance auprès de la mairie d’Asnières. Bonne surprise : nous pouvions avoir un rendez-vous dès le 6 décembre. Date peu pratique pour nous, en raison des grèves et puis nous avions des obligations fin novembre, ça nous obligeait à des démarches de reports pas très faciles. Alors nous tentons Le Chesnay où habite l’un de nos enfants. Incroyable : nous pouvions déposer notre dossier dès le lendemain si nous le souhaitions. Nous avons pris rendez-vous pour le 27 novembre. Nous avons déposé notre dossier en un quart d’heure, grâce à une organisation d’accueil très efficace, et la secrétaire nous a assurés que nous aurions nos documents sous trois semaines. 12 jours après, ils étaient arrivés, et pas besoin de rendez-vous pour les récupérer. Elle est pas belle la vie ?

La France périphérique existe bien.

Comment expliquer une telle différence de délais ? Comment la déconcentration des préfectures vers les collectivités a-t-elle été réalisée ?  A Saint-Barthélemy, la ville dispose d’une machine biométrique pour 10 000 habitants. Angers en a 8 pour 150 000 habitants, et Le Chesnay en a quatre pour 30 000 habitants ! Cherchez l’erreur ! Elle est où la « Smart City » à Béchu ?  Quant aux délais de confection du document une fois le dossier déposé, nous n’avons pas de réponses. C’est le mystère des méandres de notre administration. Nous en avons déduit que le Maine-et-Loire était un département sinistré sur le plan administratif. Probablement comme beaucoup d’autres en France périphérique. La fracture existe bien avec les grands pôles urbains. Voilà un beau sujet pour nos chantres de l’égalitarisme.

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - Le collège, ce maillon faible (3)

Le collège, ce maillon faible.

 

Dans le système éducatif, le collège unique a été un pas historique d’ouverture à tous de la scolarité jusqu’à 16 ans mais il est devenu le maillon faible du système car il est le plus exposé aux problèmes de l’intégration, et, disant cela, je ne pense pas qu’aux élèves d’origine étrangère. D’abord parce qu’il est censé accueillir tout le monde, y compris les élèves en difficulté et en retard scolaire, ensuite parce que les élèves qu’il reçoit sont à l’âge où se façonne la personnalité. Cette quête du moi des adolescents et la mixité sociale qu’ils vivent devraient être deux atouts pour les guider vers une bonne intégration dans la société. Mais beaucoup d’établissements concentrent une trop  grande hétérogénéité des élèves et trop de types de difficultés pour faire face efficacement à l’une d’entre elles : celle des élèves abandonnés à eux-mêmes, à cause de difficultés sociales, de traumatismes affectifs, du gavage vidéo-télévisuel et numérique ou sous l’emprise d’une culture obscurantiste…

Lire  le chapitre complet dans "l'Ecole s'invente tous les jours" , en cliquant sur : "III. Réflexions pour aujourd'hui - Le collège, ce maillon faible (23" dans la colonne ci-contre, à gauche, tout en bas.


III - Réflexions pour aujourd'hui - Les remèdes (2)

Les remèdes.

 

Une tâche de longue haleine.

Une fois qu’on a dit tout ça, avec les progrès importants des sciences cognitives et grâce à l’aide que pourrait apporter l’intelligence artificielle (IA), il est possible de  mieux définir ce qui est efficace et ce qui ne l’est pas en pédagogie, et même en matière d’organisation. Il y a des établissements pionniers, il existe des méthodes alternatives, des outils qui ont fait leurs preuves. Dans son livre « Apprendre », Stanislas Dehaene énonce les chemins que balisent ses expériences scientifiques sur le fonctionnement du cerveau. Les pratiques qui fonctionnent peuvent être la source des réformes indispensables, en ne perdant pas de vue que la restauration de la confiance de la société  dans son école  est une priorité.

Remettre la machine sur le chemin des performances sera néanmoins une tâche de longue haleine. Et d’abord, tant pis pour les cénacles progressistes qui crieront à la « réaction », mais il est urgent de renouer avec l’humanisme pédagogique. Il  ne s’agit pas de se  tourner vers le monde d’hier, mais plutôt d’examiner en quoi le  passé peut nous aider en essayant de ne pas confondre « l’école d’hier » avec « l’école de toujours », une école qui ne devrait jamais perdre de vue que la  culture peut vraiment  être transmise pour ce qu’elle est : le patrimoine de l’humanité  à travers la diversité des œuvres de l’esprit à toutes les époques. C’est la Culture partagée qui rassemble, qui fait lien entre les individus.  Commençons donc par arrêter de charger l’école  de tous les problèmes du moment pour la laisser se concentrer sur sa seule et unique mission : la transmission du savoir.

L’objectif.

Il est simple : transmettre à chaque enfant le meilleur de la culture dont il est, d’où qu’il vienne, un légitime  héritier. Mais il n’y a pas de culture sans savoir et de savoir sans instruction....

Lire  le chapitre complet dans "l'Ecole s'invente tous les jours" , en cliquant sur : "III. Réflexions pour aujourd'hui - Les remèdes (2)" dans la colonne ci-contre, à gauche, tout en bas.

 


LA COMEDIE CONTINUE

Comédie grecque

 

Inutile de se prendre la tête. Pour Laurent Berger la ligne rouge a été franchie, mais tout reste négociable bien que le Premier Ministre prétende être ferme.  Inutile de se prendre la tête, parce que, en l’état, je ne risque pas de voir la fin des régimes spéciaux… Si ça continue comme ça, je serai dans l’autre monde avant.

Un peu plus de clarté.

La réforme a été présentée. On y voit un peu plus clair. Mais elle reste lointaine : elle sera appliquée pour la génération 75, avec une mention spéciale pour les régimes « spéciaux » qui bénéficieront d’un large report  (générations 80, 85, voire plus…). Ce sera un régime universel par points, avec une augmentation des cotisations pour les salariés du privé touchant plus de 120 000 € par an. 64 ans, c'est le nouvel âge d' « équilibre » (on ne dit plus âge pivot). C'est le sujet qui a fâché la CFDT plutôt favorable au régime universel. On pourra toujours partir à la retraite à 62 ans mais avec un malus et il faudra attendre les 64 ans pour toucher le taux plein, ce qui revient à une diminution déguisée des pensions. Quelle hypocrisie pour ne pas avoir le courage d’expliquer qu’il faudra travailler plus longtemps.

Peut faire mieux !

On serait tenté de dire « tout ça pour ça »… Doit-on enfoncer les portes ouvertes , ce qu'on se tue à répéter depuis des mois : on va devoir travailler plus longtemps , on va devoir cotiser plus, on va toucher une retraite plus faible, et elle sera davantage taxée. Avec ce système universel, c’est inévitable compte tenu de la démographie et du vieillissement de la population. Pour les bas revenus, la retraite sera préservée. Pour les classes moyennes « supérieures », la retraite par répartition ne sera qu'une retraite « complémentaire », leur retraite « principale » viendra de leur capitalisation. Quand je dis « on », c’est pas nous, les actuels retraités, pour qui rien ne change.

Quant à la méthode, difficile de faire pire.

Voilà le pays complètement bloqué ! Bref, vous allez dire que je suis incorrigible : le projet des Républicains est autrement plus franc, plus réaliste et plus opérationnel pour garantir les pensions et mettre fin à la fuite en avant de la dette. La droite c’est différent !

En attendant, je pense à ceux qui galèrent pour aller au boulot. Et aussi : prenez vos précautions, si vous devez bouger pour les fêtes, remplissez vos réservoirs …


PARLONS FRANÇAIS !

Académie française

 

Halte à la colonisation culturelle !

L’anglo-américain s’insinue partout, sous la forme du franglais le plus souvent, ou même comme seconde langue de communication entre les Français. Les enseignes commerciales, l’univers audio-visuel, quand ce ne sont pas les équipements publics –ainsi Angers a son « ice-park » (une patinoire)-, sont gangrénés par ce qui est devenu plus qu’une mode : une véritable colonisation culturelle. Pourtant, tous les sondages montrent que nos compatriotes sont attachés à leur langue, d’autant plus qu’elle est la seconde langue internationale, utilisée sur tous les continents, sans parler de l’Afrique et de sa francophonie. Mais malgré le foisonnement d’associations de défense du français, le mal se répand.

Le « globish » hante tous les milieux.

Il est devenu « in » de glisser des mots anglais dans les phrases au milieu de mots français, et de conjuguer des verbes improbables : ainsi le verbe « timer » cité en exemple samedi dernier par Barbara Lefèbvre, pour dire plus ou moins « programmé » ou « arrivé à l’heure » … Les premiers défenseurs de notre langue devraient être les femmes et hommes politiques. Las, ils sont loin d’être exemplaires. Anne Hidalgo est très active pour introduire le franglais dans la communication de la mairie de la capitale: « Made for sharing ! » vantant les JO de 2024 est inscrit en grand sur la Tour Eiffel, inscription contraire à la loi et aux dispositions olympiques, un comble ! Et Metz a son « Lorraine Airport », une décision du Conseil Régional qui s’est cru probablement très original. Nous ne sommes pas les derniers avec notre « Loire Valley »… Notre président « manager » n’est pas en reste avec sa « start-up nation », ses « clusters de compétences » sous les applaudissements des représentants de la « French Tech » pour mettre en avant la « French touch »…

L’univers de l’entreprise est particulièrement exposé. Le franglais en inonde les moindres recoins, de « calls » en « meetings » dans « l’open space ». On y fait du « benchmark », on engage des « process », on attend le « feedback »… Ce sont les nouveaux codes du « corporate ». Ainsi va la novlangue du bureau. Plus on fait « Silicon Valley », plus on est certain de paraître performant, critère inversement proportionnel au niveau de compréhension du vulgum. J’ai passé sous silence « job » trop connu et « mail » pour courriel, trop usé, que « courriel » n’a pas vraiment réussi à remplacer.

Mais ce n’est pas fini. Le cancer a gagné la vie quotidienne. Désormais, on quitte son « job » pour aller boire un « drink » dans un « afterwork ».  Autrefois on pratiquait le culturisme, remplacé désormais par le « bodybuilding », dans des salles de sport ? non, de « fitness », les pieds dans des baskets pour faire du « running ». En sortant tardivement il n’y aura plus qu’à se consacrer au « souping » (le « must ») : c’est l’art de manger la soupe. On ne rit pas !  Mais notre univers culturel est aussi envahi par « Facebook », ses « followers », ses « likes »…  Nous n’utilisons pas un téléphone multifonctions, mais un « smartphone » qui nous permet de faire des « selfies » et d’agrémenter nos messages de « gifs » sur « Whatsapp ». On regarde « the Voice », on organise un « brunch », on fait ses courses à « Carrefour City ». L’envahisseur anglais est partout. Le sabir est devenu un incontournable des conversations du quotidien.

Allons enfants …

Ne me faites pas dire que cette évolution est inévitable et que c’est la vie ! Rappelons que dans la salle de presse de la Commission européenne à Bruxelles, il est d’usage de parler français. Pourtant, on assiste à une accélération de la soumission universitaire, intellectuelle et populaire à l’impérialisme linguistique de la langue anglaise. Elle s’impose d’autant plus facilement que ceux qui l’adoptent, le font soit par naïveté pour faire moderne, soit sous l’effet d’une globalisation mal comprise. C’est renoncer, en réalité, à notre empire intellectuel : cette anglicisation souterraine marque le déclin des intellectuels français qui croient pouvoir renverser leur marginalisation en adoptant la langue dominante, à laquelle ils ont si longtemps résisté. Il est bon de rappeler ici la richesse de notre langue et que cette évolution est d’autant plus inacceptable qu’elle constitue un appauvrissement. N’acceptons pas cette lente dégringolade dans le sous-développement culturel. Ce n’est pas rien de parler et d’écrire la langue de Racine, Voltaire, Chateaubriand, Hugo, que le monde admire et même nous envie. Car ne nous y trompons pas, perdre la maîtrise de notre langue, c’est aussi perdre notre identité. Ce sont les idées qu’elle véhicule qui vont disparaître et perdre de leur influence, ce que Jean-Marie Rouart dénomme « l’âme française », « ce message si original d’esthétique et d’éthique façonné par les siècles ». Le globish n’est la langue de personne, il fait même injure à la langue anglaise, c’est un mythe de modernité qui a surtout la faveur des publicitaires et des « branchés ». Et la langue française a tous les outils pour résister, il suffit d’en convaincre ses usagers. Commençons par respecter la loi qui la défend. Justement nous fêtons les 25 ans de la loi Toubon.

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - Les maux du système éducatif (1)

Ces maux dont souffre l'Education nationale.

Triste constat.

Le recul des performances éducatives de la France dans les classements internationaux n’est que l’effet visible d’une dégradation profonde du système éducatif qui vient de loin. Le dernier classement Pisa en est encore le reflet même s’il semble montrer une certaine stabilisation par rapport au précédent. Tout de même, il paraît difficile de s’en satisfaire : la France, 7ème puissance mondiale, le pays de l’éducation gratuite et obligatoire, en 22ème position en lecture, 25ème en mathématique, 24ème en sciences…  Le Ministre Jean-Michel Blanquer a raison quand il dit que le redressement sera une tâche de longue haleine et qu’il faudrait le même ministre pendant au moins dix ans ! Ce classement consacre, malgré les efforts récents, l’échec d’un système et de ses pédagogies hasardeuses incapables d’affronter correctement l’enseignement de masse. Il suffit de regarder comment font les pays qui font réussir leurs enfants : priorité aux fondamentaux, enseignants solidement formés, évalués, et surtout valorisés. Le pire, c’est qu’avec une idéologie égalitariste largement partagée par le corps professoral, on arrive à un système champion de la reproduction des inégalités sociales qu’il prétend combattre. Souhaitons bon courage au ministre actuel qui en est bien conscient !... 

Lire  le chapitre complet dans "l'Ecole s'invente tous les jours" , en cliquant sur : "III. Réflexions pour aujourd'hui - Ces maux dont souffre l'Education nationale (1)" dans la colonne ci-contre, à gauche.

 


UNE FOIS DE PLUS, FAIRE SEMBLANT ?

Retraites 3

 

Quelle réforme ?

L’idée était séduisante : un régime universel unique pour tous, bien égalitaire à souhait, qui mettrait fin aux injustices. Un système par point bien technocratique comme nos énarques savent en pondre. Et surtout bien flou et comme dit notre Martine lilloise, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ! ». On ne sait plus s’il s’agit de remettre de l’ordre dans les comptes, ou comme la promesse de la campagne présidentielle l’avait annoncée, de construire un régime idéal mettant fin aux 42 régimes disparates actuels. Une réforme mérite d’être menée, mais faut-il voir si simpliste dans un pays aussi compliqué que la France, où les « acquis sociaux » se sont construits dans la durée et ne seront pas faciles à détricoter. C’est bien pour cela que le pouvoir avance masqué et prolonge à n’en plus finir le moment où il faudra annoncer la vérité : le système par points est une machine à ne faire que des perdants et une étatisation déguisée, mettant à la marge les partenaires sociaux, qui ont pourtant montré leur capacité à gérer de façon paritaire les retraites complémentaires, avec le grand danger de laisser l’Etat fauché et impécunieux fixer le prix du point, moyen le plus commode de faire les ajustements… à la baisse.

Mobilisation massive.

Le jeudi 5 décembre a annoncé la couleur : le gouvernement voulait savoir, il n’est pas déçu. La mobilisation a été massive et cela ne présage rien de bon. Trop de colères, de rancoeurs accumulées, se sont exprimées face à un Macron trop présomptueux, trop orgueilleux, incapable de reconnaître ce qui a été fait avant lui, par la droite notamment, aveuglé par une promesse de campagne inconsidérée. Il a cultivé les ambiguïtés, multiplié les petites phrases sources de confusion, méprisantes à l’égard du peuple. Avec le Premier Ministre, ils ont réussi à alimenter les craintes au lieu  de rassurer et d’établir la confiance. Et puis ce Jean-Paul Delevoye qui met les pieds dans le plat en élargissant maladroitement le sujet à l’immigration… comme si le climat n’était pas assez anxiogène ! Le constat : ils ont réussi à faire l’unanimité contre eux et ce projet qui se voulait simple et se révèle fumeux. Le pouvoir est donc condamné à reculer, d’une manière ou d’une autre, s’il veut éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé. On voit déjà comment : en reculant sur les régimes spéciaux et en prenant le chemin de la fuite en avant sur la dette.

Une autre réforme est possible.

Les comptes sont tenus même si leur équilibre est fragile, comme le souligne le dernier rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites). Et cela grâce aux réformes en profondeur de 2003 et 2010 menées par les Républicains, Hollande s’étant surtout contenté de rajuster le niveau des cotisations. Les dernières réformes de 2010 et de 2014 ont commencé à rapprocher les règles dans les régimes spéciaux de celles des fonctionnaires et du secteur privé. Mais, c’est vrai, rapprochement ne veut pas dire égalité de traitement. Ce sont ces différences qui perdurent auxquelles voudrait mettre fin le régime universel en intégrant les régimes spéciaux, ce qu’il faudra faire de toute façon, en évitant de reculer aux calendes grecques. Mais, la priorité devrait être d’ajuster d’abord le financement avant d’envisager les autres modifications, et il n’y a qu’une mesure qui puisse assurer l’équilibre financier au-delà de 2025 : reculer l’âge de départ progressivement à 64 puis 65 ans. Les Français le savent et ils y sont prêts, pour peu qu’on y mette les formes. Ensuite, il faut mettre fin aux injustices criantes pour les salariés en faisant converger les régimes public et privé. Evidemment, il faut en profiter pour mettre fin aux autres injustices du système actuel concernant les femmes et les carrières hachées, préserver les droits familiaux et conjugaux, et les caisses autonomes bien gérées qui ne demande rien à personne. C’est la réforme qui permettra de maintenir assurément le niveau des pensions sans faire peser leur financement sur les générations futures, sans augmenter les cotisations qui pèseraient sur le pouvoir d’achat des actifs. C’est le projet proposé par les Républicains. Il est réaliste et il est tenable.

La clarification à reculons ?

Edouard Philippe va devoir clarifier le projet. Mais les rumeurs qui circulent ne sont pas de nature à rétablir la confiance ni rassurer les Français inquiets pour leur avenir. Quelle justice à reculer la réforme des régimes spéciaux en appliquant la clause du dite du « grand-père », qui consiste à la repousser de 40 ou 50 ans ? Il n’y aurait pas non plus de « mesure paramétrique », expression technocratique pour dire qu’on ne repoussera pas l’âge de départ, ce qui veut dire que le financement serait assuré par l’emprunt et la dette pour combler les 17 milliards d’euros qui manqueront à court et moyen terme. Peut-on être surpris que le pouvoir lâche du lest  sur la dette et les économies, lui qui fonctionne à chéquier ouvert depuis le début du quinquennat ? C’est une faiblesse et un manque de courage qui est la marque de toutes les réformes entreprises depuis 2017.

C’est tout simplement de l’irresponsabilité.

 

 


L'école s'invente tous les jours !

Après le "bref regard sur une carrière" et la "radioscopie d'une expérience", j'aborde le 3ème chapitre, tourné davantage sur le présent et l'avenir du système éducatif.

Plus que jamais, je reste persuadé que "l'école s'invente tous les jours" !

 

III - Réflexions pour aujourd'hui 

« L’unité de tout cela, Monsieur l’Inspecteur, c’est la vie, la  qualité de tous ces textes, la résonance qu’ils provoquent chez les  élèves  … »

                                                      Philipe  Delerm

 

C’est comme Obélix tombé dans la marmite de potion magique : l’enseignement, une fois qu’on est tombé dedans, il arrive très souvent qu’on ne s’en défasse plus jamais. C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de continuer à cogiter en suivant les convulsions et évolutions de notre système éducatif.

 

Deux constats préliminaires

L’ignorance gagne du terrain.

De manière générale, je suis effaré de constater qu'à mesure que le progrès scientifique accumule un savoir de plus en plus exact, on observe à travers le monde une lente montée de l'ignorance. Chaque jour la science nous apporte de nouvelles découvertes et pourtant jamais l'ignorance n'a gagné autant de terrain. En France, les chiffres sont là : nous comptons 6 % d'illettrés, c'est-à-dire environ 3 millions de personnes. Si on additionne les personnes analphabètes qui ont des difficultés à lire et à écrire le français, on arrive à près de 10 % de la population. C’est énorme pour un pays où l’enseignement est gratuit et obligatoire !

Mais ce phénomène concerne le monde entier. Selon une récente projection de l'ONU, en 2020, le monde arabe comptera 25 % d'analphabètes. Ce monde arabe qui a publié plus de livres entre le VIIIe et le XIIe siècle qu'aujourd'hui. Que penser de ces prédicateurs saoudiens qui apprennent à leurs étudiants que la Terre est plate, et dernièrement, à l'Université de Sfax en Tunisie, qui est pourtant l'un des pays arabes parmi les plus avancés, une chercheuse voulait démontrer aussi que la Terre était plate et qu'elle ne tournait pas autour du Soleil. Il y a quarante-cinq ans, quand j’enseignais au Maroc, je rencontrais le  même problème avec le professeur de l’enseignement religieux  mais cela ne semblait pas perturber les élèves qui s’accommodaient des deux vérités. Cette progression du fondamentalisme  existe aussi aux États-Unis où 46 % des Américains (effarant, non ?) pensent que la Terre a moins de 10 000 ans. Parmi eux, il y a ceux qu'on appelle les « créationnistes » et ceux-ci commencent à prendre pied en France, en Angleterre, et même en Turquie où, parait-il, ils sont déjà très nombreux. Cette montée de l'ignorance favorise  l’obscurantisme, phénomène à mettre en corrélation avec la montée de l'islamisme politique.

Faut-il admettre que nous sommes en pleine régression intellectuelle dans le monde ?

La surinformation favorise l’ignorance.

Certains établissent aussi un lien avec la révolution numérique. Selon eux c’est dans les années 2000 qu’on a commencé à assister à une surinformation qui a conduit à l'ignorance. J’avais commencé à faire ce constat, juste avant de  prendre ma retraite, en 2003. Aujourd’hui, trop de 15-29 ans ne lisent plus de livres. En revanche, ils lisent davantage sur les réseaux sociaux, les blogs... D'après une étude de l'Université de Yale, la lecture sur le réseau internet n'est pas la même : les informations se superposent les unes aux autres alors que la lecture d'un livre permet de pénétrer les pensées de l'auteur et de structurer les informations. D'autres études sont à mettre en corrélation avec ce constat inquiétant : les Français auraient perdu 4 points de QI entre 1989 et 2009, phénomène mesuré aussi en Angleterre ou aux États-Unis.

Wikipédia est le plus bel exemple des effets pervers de l'Internet. Si dans le domaine scientifique, les notices sont rédigées par des experts, dans le domaine de la littérature et en histoire, c'est un agrégat de données nivelées par le plus grand nombre. On est loin du concept des « encyclopédies », véritables réceptacles du savoir vérifié. Ce qui est grave c’est que l’absence de hiérarchisation du savoir conduit au relativisme culturel où tout se vaut. La page d’une star de la chanson  est bientôt  plus fournie que celle de Victor Hugo, et Homère y passe pour un galopin.

 

Il n’y a qu’une seule façon de réagir à cela : rétablir le pouvoir  du savoir et de l’intelligence par l’école ! Il faut absolument replacer la culture générale et l'histoire au centre de nos préoccupations. Avec des enseignants aux connaissances indiscutables, de préférence !

A suivre : "Les maux dont souffrent le système éducatif".


NOUS SOMMES LA NATION FRANCAISE…

Barbara Lefebvre c'est ça001

 

« C’est ça la France … Qu’a-t-on fait pour mériter ça ? » Un livre que tout citoyen qui s’intéresse à la chose publique devrait lire.  Barbara LEFEBVRE y passe en revue toutes les dérives de notre temps qui cherchent à détruire La France, sa culture, son histoire, sa laïcité, son unité…. Un livre d’une grande lucidité qui part de l’observation des faits et qui en analyse les origines et les conséquences néfastes. Et pourtant, nous restons la « nation française », c’est le cadre qu’il faut continuer à défendre. Elle nous dit comment. Un merveilleux outil de réflexion pour une droite qui se reconstruit.

Les deux postmodernités.

Faisant référence au sociologue Yves Bonny, Barbara Lefèbvre évoque « l’idéologie de la déconstruction » à l’œuvre et met en lumière les deux axes de la critique postmoderne du « en même temps » macronien. La première postmodernité met en valeur toutes les catégories sociales dite marginalisées ou opprimées (femmes, immigrés, homosexuels, minorités religieuses…). Racialisation et ethnicisation en sont la démarche naturelle. Le processus débouche sur la nation multiculturaliste. L’identité nationale y est présentée comme hégémonique, car imposée par les groupes sociaux dominants. La seconde postmodernité est celle de l’individu nomade, cosmopolite, sans racines… Il est chez lui partout et ne connait pas les frontières. Sans passé ni avenir, il vit uniquement dans le présent. Il est le digne représentant des élites intellectuelles, artistiques, économiques des grandes métropoles. La nation est l’ennemi de ces deux postmodernités : elle oppresse les minorités, elle est un geôlier pour le nomade. Voilà pourquoi tous ceux qui s’en réclament sont aussitôt stigmatisés et suspectés de vouloir restaurer des valeurs nauséabondes.

La nation.

La culture qui fonde notre identité nationale est le résultat d’un melting-pot, de mélanges, de métissages, elle s’est forgée au cours des siècles. En valorisant l’unité de la nation (une et indivisible) nous mettons en avant ce constat. Accepter de se fondre dedans va à l’encontre de l’accusation d’exclusion, de xénophobie ou de racisme. Encore faut-il adopter le principe d’universalité sur laquelle cette identité s’est construite. Cela ne convient pas aux obsédés de la race ou du genre qui préfère la psychologie victimaire.

La patrie.

Ce n’est pas un hasard si le drapeau tricolore a été remis à la mode au milieu des années 2000. Déjà, l’insécurité culturelle pointe et une partie de l’élite politique, intellectuelle et médiatique s’empare des couleurs nationales pour  montrer au peuple inquiet un attachement patriotique à la France. Mais il ne suffit pas de pavoiser. D’abord le bleu-blanc-rouge ne plait pas à tout le monde et est réduit par certains à « la revendication d’une nation mythifiée de tradition judéo-chrétienne, de blancs aux yeux bleus, excluante et raciste ». L’extrême gauche apporte ainsi son soutien aux islamistes. Peu importe qu’on soit pris en contradiction entre l’hyper souverainisme des Conventionnels de 1792 et le courant internationaliste prolétarien repeint aux couleurs du multiculturalisme, dont ils se réclament. La patrie c’est aussi La Marseillaise. Autre symbole fort de l’attachement à la France, elle est forcément une cible. Se réapproprier les symboles de la République, c’est aussitôt être suspecté de faire le jeu de l’extrême droite. Le débat autour du « sang impur » qui au début du XVIIIème siècle n’a aucune connotation raciste ni protofasciste, n’est qu’un artifice pour se démarquer à bon compte. En quoi une ligne de la Marseillaise réduit-elle l’identité des Français à une couleur de peau ou à une ethnie quelconque ?  La patrie enfin, c’est un territoire. La géographie rejoint l’histoire. Le pays abrite la nation comme le paysan fait le paysage. C’est pour avoir nié cette réalité que le pouvoir centralisé et technocratique s’est pris de plein fouet le mouvement des « gilets jaunes » ! Attaquée sur ses symboles et niée dans sa réalité par la mise à mort du monde rurale, notre « patrie » est en grand danger.

Christianisme et laïcité.

« Les religions sont des structurants identitaires fondamentaux » affirme Barbara Lefèbvre avec justesse, ne serait-ce que parce que la « morale judéo-chrétienne » subsiste et se retrouve dans nombre de nos valeurs, de nos principe juridiques sous une forme sécularisée, rationalisée. Evidemment l’islam provoque un électrochoc identitaire, dans un monde où le religieux s’est réduit à la « sphère privée ». Mais qui ne voit la contradiction d’une doxa qui se plait à décrire le modèle judéo-chrétien comme désuet voir réactionnaire et pousse des cris d’orfraie quand on s’offusque du port d’un voile pourtant largement discriminant à l’endroit des femmes. Passons sur le fait que les participants à la « manif’ pour tous » soient décrits par les médias « éclairés » comme un ramassis de cul-bénis et de fachos homophobes, ce qui n’est en rien la réalité, il suffit de quelques images bien choisies et le combat est perdu d’avance. Le paravent de la laïcité pour lutter contre une religion qui a la prétention de régir la vie des sociétés humaines dans toutes ses dimensions, depuis la sphère privée jusqu’à l’organisation de l’espace public, risque d’être bien maigre d’autant plus que le Conseil d’Etat rend des arrêts d’une grande tolérance à l’égard de l’islam, en vidant de sons sens la loi de 1905.

L’idéologie de la déconstruction.

C’est le pire poison pour notre société. « La nation est un monstre, l’identité nationale est luciférienne, l’Etat a des penchants génocidaires ». Le culte du repentir concerne tout l’Occident, et l’Europe en particulier, accusés de tous les crimes esclavage, impérialisme, colonialisme, génocide…  Inutile d’entrer dans le détail. Et pour que ce soit bien clair, on réécrit l’histoire. L’objectif est simple :  déconstruire les idéaux universels occidentaux. Le progressisme s’est attaqué à l’art, la littérature, la philosophie. La mise en procès de l’Occident esclavagiste, raciste, islamophobe, sexiste est généralisée. Elle débouche sur le relativisme intégral qui excuse d’avance le terrorisme. Ainsi depuis vingt ans, la repentance est devenue une routine. Mais ne nous y trompons pas, la mouvance décoloniale est par sa nature identitaire, fondée sur des bases ethniques et/ou religieuses. Elle entend se confronter à l’identité nationale pour la disloquer, la remplacer : « La France est à nous ! » disent-ils. Ils refusent ainsi de se fondre dans l’identité nationale comme d’autres l’ont fait avant eux.

La place de l’armée.

Avec le sacrifice d’Arnaud Beltramme, image indépassable du « héros » au service de la patrie, à laquelle on pourrait ajouter le sacrifice des 13 soldats morts au Mali, le lien armée-nation a plus que jamais sa raison d’être. L’engagement militaire reprend enfin tout son sens. Le déni de la guerre est-il pour autant conjuré ? Va-t-on enfin utiliser vraiment l’armée dans le rôle qui lui est dévolu, et non la confiner dans des tâches subalternes, de sécurité-parade ou éducatives. Mais que penser quand le chef des armées humilie son chef d’état-major ?

Je n’ai fait que survoler superficiellement un ouvrage à la réflexion dense et implacable. Le livre mérite qu’on entre dans son intensité.

Vous n’avez pas le temps de le lire ? Alors venez samedi prochain à la rencontre de l’auteure. Et en plus vous pourrez lui poser toutes vos questions au cours d’un échange qui s’annonce ouvert et riche.

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« TU SAIS CE QU’IL TE DIT LE VIEUX C** ? »

OK boomer

 

« Ok Boomer ! »

Voilà encore une mode qui nous vient des Etats-Unis via les réseaux sociaux. Ce « mème » (élément de langage répétitif des internautes) qui veut dire « ferme-la vieux con ! » est utilisé par ceux qu’on appelle les « millennials » (nés dans les années 80-2000) pour dire aux « Baby-boomers » qu’ils n’ont plus leur mot à dire, eux qui n’ont connu que le plein-emploi et massacré la planète pour satisfaire leur consommation. Ce slogan est employé par les jeunes (plus ou moins) militants écolos qu’ils soient collapsologues ou suivistes de Greta, par les anars d’Extinction Rebellion qui nous font le « remake » du capitalisme maudit source de tous les maux, et autres « alt-right » américains qui rendent la génération des baby-boomers responsables de l’immigration de masse…  Joli pot-pourri de motivations qui ont en commun de cultiver la haine des vieux, comme en témoignent les messages qu’on peut lire sur les réseaux sociaux.

Trop facile !

On retrouve le même thème, en plus édulcoré, dans les propos de nos gouvernants qui justifient le surcroît d’impôts sur les retraités parce qu’ils auraient des revenus supérieurs à ceux des jeunes. C’est aussi la thèse défendu par les « Terra nova » qui voudraient reprendre aux anciens une partie du patrimoine qu’ils auraient accumulé sur le dos des générations suivantes… Comme quoi, il ne fait pas bon vieillir en France !  Mais le raisonnement se heurte à au moins trois écueils. Le premier tient dans le mode de vie de la génération actuelle des grands parents qui ont été beaucoup plus raisonnables, en général, que les générations suivantes : moins de couples séparés et sens du sacrifice pour économiser et préparer les vieux jours ont permis effectivement d’accumuler davantage que le « zapping » permanent et le tout « tout de suite ». Le second, c’est qu’il est trop facile de rendre responsable de tous les maux  tous les anciens sans discernement. Parmi eux, se trouvent les soixante-huitards qui ont introduit le ver dans le fruit avec leur concept du « jouir sans entraves » qui est à l’origine de bien des dérèglements de notre société : on leur doit la retraite à soixante ans non financée, les 35 heures et  une large part des dérives financières qui ont conduit la France au point où elle en est. Ils ont transmis aux millennials le refus de l’effort et un système éducatif « à la rue ». C’est vrai, ils peuvent avoir des raisons d’en vouloir à ceux-là. Le troisième écueil, je les invite à chausser leurs lunettes pour observer les transformations du monde des 50 dernières années : le formidable progrès de la santé sur tous les continents qui a permis d’éradiquer les épidémies et d’augmenter considérablement l’espérance de vie des populations, le recul  de la pauvreté… avec un corollaire redoutable : la bombe démographique qui menace la planète. C’est peut-être le défi le plus explosif que l’humanité doit relever, en même temps que celui de la préservation de notre planète. Et de cela, il serait ridicule d’en rendre responsable la génération des « Boomers ».

« Ta gueule et apprends ! »

Je reprends à mon compte la réponse faite par Olivier Mazerolle sur un plateau télé et j’ajoute un conseil : « apprends ! » Puisque le Ministre actuel semble vouloir remettre un peu de consistance dans les contenus d’apprentissage, je ne saurais trop conseiller aux jeunes tentés par le « OK Boomer » de se mettre sérieusement  à l’étude des mathématiques et des sciences, matières dans  lesquelles nous sommes tombés bien bas, de l’histoire pour mieux savoir de quoi il retourne, et du français pour apprendre la nuance de la pensée et développer leur esprit critique, plutôt que de sécher les cours le vendredi. Ils pourront ainsi se forger leur opinion personnelle plutôt que de se contenter de suivre des modes, parfois obscurantistes, comme des moutons bêlant. Qu’ils abandonnent aussi pour un temps leurs écrans sur lesquels ils épuisent inutilement leur cerveau en activités vaines au profit de contenus plus structurants de la pensée. L’intelligence n’est rien sans le savoir, et les temps qui viennent seront gros consommateurs d’intelligence. Ensuite, il sera toujours temps d’établir des conversations plus fécondes entre générations que ces apostrophes triviales. Car vouloir opposer les générations, en campant par exemple sur les positions empiriques d’une Greta Thunberg élevée au rang d’icône, c’est établir un clivage qui sera impuissant à répondre aux défis tant sociaux qu’écologiques, car ceux-ci appellent à une mobilisation de la société tout entière.

OK les jeunots ?

 

 


Radioscopie d’une expérience (1)

« Mais si, Monsieur je la savais encore hier soir,  je l’ai récitée à mon frère, seulement c’était de la poésie hier soir, mais vous ce matin, c’est une récitation que vous attendez et moi ça me constipe cette embuscade »

                                Chagrin d’école - Daniel Pennac

 

De la pédagogie.

Je me dois de revenir sur le choix du métier d’enseignant : alors que l’actualité nous porte, comme je le remarquai dans le chapitre précédent à entendre plutôt « je ne suis pas fait pour ça ! », en ce qui me concerne, « j’ai aimé ça ! ». Comme Daniel Pennac l’explique très bien dans son livre « Chagrin d’école », il convient de mettre un contenu à ce « ça ». Est-ce que j’étais fait  pour « ça » ? Enseigner c’est se retrouver devant une classe, se confronter à des élèves tous différents, avec un but ou une mission, comme on voudra : faire en sorte qu’ils apprennent un savoir. Mais le « ça » va de pair avec d’autres paramètres qui viennent compliquer la tâche : l’éducation bonne ou mauvaise des uns, les handicaps culturels des autres, la concurrence des autres sources de savoir qui n’a fait que prospérer au cours de ma carrière. Heureusement, il y a les méthodes pour faire face. Certains s’y réfugient constamment pour être mieux armés mais on découvre rapidement qu’elles ont leurs limites puisque tous les enfants ne réussissent pas de la  même façon.

Y-a-t-il encore des profs heureux ?

Je me demandais encore récemment s’il était possible de trouver son bonheur de prof dans les classes actuelles. En lisant « Petite Poucette » de Michel Serres, je me suis surpris encore à imaginer les stratégies d’apprentissage que je mettrais en œuvre si j’étais encore en activité,  pour utiliser cette source de savoir immense qu’offre internet, mobilisant l’intérêt des élèves pour les écrans, à discerner le vrai du faux, l’utile et l’accessoire … Quelle chance pour les profs d’aujourd’hui ! Quelle opportunité pour mettre enfin en place des exercices adaptés à chaque personnalité ! La gestion mentale plus internet est peut-être le chemin efficace vers la réussite pour tous. Et ce que je lis actuellement sur la « neuro-éducation » me fait sourire. Je n’avais pas attendu les progrès de l’imagerie fonctionnelle pour m’apercevoir que le stress et l’anxiété étaient des freins pour les processus de mémorisation et qu’au contraire, les émotions positives, l’humour et le  jeu facilitaient les apprentissages. A condition de ne pas oublier que l’effort reste  indispensable.

Le naufrage de l’Education nationale est suffisamment évoqué et mesuré,  les témoignages de ce que vivent les enseignants dans les établissements des « zones sensibles » suffisamment nombreux et évocateurs des difficultés qu’ils rencontrent, que je pensais ce métier voué désormais au supplice. Les livres  qui paraissent me rassurent. Certes, le passage d’une ministre idéologue a pu contribuer à accentuer les ravages du pédagogisme et de la théorie égalitariste. Certes, la machine de la rue de Grenelle est une machine à broyer les élèves,  certains élèves, et même les enseignants...

La suite dans "L'Ecole s'invente tous les jours", colonne ci-contre, "radioscopie d'une expérience 1"

 


IMMIGRATION, TRIANGULATION, MANIPULATION

Macron planté

Triangulation.

Le procédé est connu. Aller chercher chez l’adversaire des thématiques qui lui sont propres dans le but de le déstabiliser et de tenter d’attirer une partie de son électorat. C’est ce qu’on appelle faire de la triangulation. Quand Emmanuel Macron a décidé d’intervenir sur la question de l’immigration, c’est bien évidemment sur les terres de la droite et du Rassemblement national qu’il est venu s’installer. Avec ce thème, il n’a pas résisté à la tentation d’aller chercher à droite des soutiens électoraux qui s’amenuisent sur sa gauche. Selon les théoriciens de cette stratégie, la triangulation, ce serait prendre le meilleur de la droite et de la gauche et se placer au-dessus. D’où le mot utilisé pour la définir. Encore faut-il pouvoir trianguler : en France, le clivage droite-gauche est tel, même depuis le « en même temps », que dès qu’on bascule d’un côté, on perd l’autre. C’est ce qui arrive à Macron, qui à force de vouloir dézinguer les Républicains, a perdu son électorat de gauche ce qu’atteste tous les sondages. Il faut bien comprendre que si chaque candidat, chaque parti cherche chez l’adversaire des thèmes spécifiques à lui reprendre, les effets peuvent s’avérer contre-productifs, surtout si les discours ne sont pas suivis d’effets.

Factice.

Avec le thème de l’immigration, le  Président, par son discours, fait plus que des clins d’œil à la droite, voire même à l’extrême-droite, persuadé qu’il est que l’élection de 2022 se jouera sur ces thèmes, ce en quoi il n’a pas tort. Encore fallait-il que l’opportunité d’exploiter le filon se présente. L’attentat dramatique de la Préfecture de Paris lui en a fourni l’occasion sur un plateau. Macron est un as de la communication, c’est bien la seule qualité que je lui connaisse. C’est donc une séquence politique entière qu’il nous a assénée, avec une mise en scène soignée et comme c’est un bon comédien il nous a joué les scènes successives avec brio. Scène 1 : profitant de l’émotion suscitée par le drame, le discours solennel s’est fait martial et grandiloquent pour mener le combat contre « l’hydre islamiste », appelant le peuple tout entier à la vigilance. Scène 2, changement de décor : on le retrouve à Mayotte, haut lieu de l’immigration, pour se mettre en scène sur le terrain le plus approprié et prouver ainsi son intérêt et sa volonté de prendre le problème à bras-le-corps. Scène 3 : le coup de l’interview disruptive dans Valeurs Actuelles, pour s’adresser directement à l’électorat de droite dont c’est l’hebdo favori, et y tenir des propos que n’auraient pas désavouer Eric Ciotti, voire Marine Le Pen. La boucle étant bouclée, il ne restait plus qu’à demander au « grand dadais » de Matignon de présenter le plan décidé par le gouvernement afin de légiférer : 20 mesurettes présentées comme l’alpha et l’oméga pour reprendre en main l’immigration et la maîtriser. L’extrême gauche hurle plus qu’elle n’a mal, à gauche quelques voix protestent mollement, preuve que l’on n’est pas entré dans le dur. On va voir si l’électorat de droite s’y laissera prendre. De ce côté, toutes les voix concordent pour dire que le « compte n’y est pas » ! Cette séquence nous aura permis de mesurer une fois de plus la dimension factice de l’hôte de l’Elysée.

Toxique.

Une nouvelle fois Macron a donné l’impression de vouloir écarter du jeu les Républicains, pour se concentrer sur le match face à Marine Le Pen. Une manœuvre qui revient à faire une nouvelle fois du RN la seule alternative au macronisme. C’est dire s’il joue gros. Le sondage de mi-mandat, met Marine Le Pen dans un rapport 45/55 face au Président. Un second tour qui se joue à 5 points d’écart ! Quand on sait que 64% des électeurs de Mélenchon seraient prêts à voter pour la présidente du RN (JDD du 3/11), la stratégie présidentielle frise le suicide. Car rien ne dit que la triangulation va réussir : que peuvent produire les 20 mesures présentées sinon peu de choses et plutôt une aggravation de l’immigration contrôlable, d’autant que le dispositif n’aborde pratiquement pas la lutte contre l’immigration clandestine en dehors de quelques gesticulations comme le démantèlement des camps de l’est parisien dont on sait que les interpellés seront répartis dans la nature… avant de revenir. Qu’on est loin des constats proclamés devant les députés de sa majorité. Sur l’immigration et contre l’Islam politique, les Français attendent plus que des incantations. En campant sur des postures comme le "ni de droite, ni de gauche", (alors qu'un budget typiquement de gauche est en train d'être voté), et parce que dans notre pays, le Président est doté de presque tous les pouvoirs, auxquels s’ajoutent des médias plus que complaisants, Macron joue un rôle toxique pour la respiration de notre démocratie. Il est rejeté par 2/3 des Français. Son socle est modeste. Il empêche le vrai débat qui devrait opposer la sociale-démocratie aux conservateurs libéraux. L’affrontement « progressistes-populistes » est un succédané qui ne fonctionne pas, comme on l’a vu au Parlement européen. le masque finira forcément par tomber. Macron va laisser la France plus pauvre qu’il ne l’a trouvée et, sur le plan électoral, une démocratie bien mal en point.

 


ASTERIX ET L’AIR DU TEMPS

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Peut-être  comme  moi, avez-vous  lu le  dernier album d’Astérix : « La fille de Vercingétorix » ? Le 38ème album de  la série a  été présenté par les médias comme  très réussi. Je crois savoir pourquoi.  Tiré  à 5 millions d’exemplaires, dont 2 rien que pour la France, l’éditeur est confiant dans le destin de cet opus qui paraît pour la soixantième année d’existence de la série. Un joli destin pour notre cher petit gaulois et son village d’irréductibles. Les deux repreneurs depuis 2013, Ferri et Conrad, continuent de s’inscrire dans la veine  Goscinny-Uderzo, sans tout-à-fait parvenir à leur hauteur, au moins pour le scénario et  les textes.  Pour  les dessins, la main de Conrad excelle à reproduire l’univers de la série.

Je ne vais pas vous raconter l’histoire, pour préserver votre découverte si vous ne l’avez pas lu. Je me contenterai de quelques commentaires. Le scénario est relativement simpliste et contingente Astérix et Obélix dans un rôle finalement assez secondaire. Ils  ne sont pas  les moteurs de l’histoire  et semblent plutôt  la subir. La  fille de Vercingétorix en est évidemment  l’héroïne,  mais campée dans une posture d’anti-héros, en adolescente récalcitrante. Quelques gags  sont bien dans la veine, notamment les références en filigrane à la seconde guerre mondiale et à la résistance, avec un « Monolitix » dont le physique fait penser irrésistiblement à De Gaulle, et la volonté de se réfugier à Londres, mais le filon s’épuise vite et se perd rapidement en chemin. On retrouve forcément des soldats romains toujours aussi peureux et aussi peu motivés,  l’espion repoussant à souhait, le bateau des pirates et son équipage toujours aussi malchanceux… Il est bien question de résistance, mais on sait depuis  le début de la saga que le village gaulois résiste mais n’a aucune intention de reconquête de la Gaule. Alors la fille de Vercingétorix en Jeanne d’Arc  de la  reconquête : c’est raté !  D’ailleurs, l’adolescente est pacifiste. De ce point de vue l’histoire tourne court, là encore.

En fait,  et c’est pour ça que ce 38éme album plait à la gent éditoriale, le véritable sujet tourne autour de la jeune fille.  C’est une caricature de féministe, fugueuse, rebelle dont les idéaux sont très contemporains  et elle coagule autour d’elle les jeunots boutonneux du village que l’on découvre au passage.  Les  Végans ne sont pas loin non plus : ainsi l’appétit d’Obélix  menace d'extinction l’espèce des sangliers, et elle rêve de vivre sur l’île de Thulée, l’île légendaire évoquée par Hérodote  - le rêve hippie ?-.  C’est plutôt  Greta Thunberg pour les leçons aux adultes. Pour rester dans les thèmes d’aujourd’hui,  n’a-t-elle pas été élevée par deux papas ? Elle ne veut pas s’habiller en fille (allusion à la guerre du genre ?) et à la fin, en guise d’épilogue, après être partie sur toutes les  mers, elle revient avec une progéniture très contemporaine… et évocatrice. Je ne vous en dis pas plus.

On hésite pourtant entre la volonté prosélyte d’inscrire cette  histoire dans l’air du temps et la caricature. D’aucuns crieront à  l’influence gauchiste. Et c’est vrai que les  auteurs y cèdent  par plusieurs traits.  Mais on peut y voir aussi une satire  des  progressistes. Quoi, De Gaulle-Monolitix  en couple homosexuel avec un Ipocalorix larmoyant, pour élever la fillette, ça ne marche pas vraiment ! On a abandonné le cliché du village concentré de l’esprit gaulois qui correspondait à la  France du milieu du 20ème siècle. Les archétypes qui le peuplent sont toujours là, Abraracourcix, Agecanonix, Bonnemine, Ordralfabétix et  Cétotomatix, mais ils deviennent subitement démodés : par les critiques de leurs enfants, par leurs réflexes qui paraissent désuets. Bref,  comme si l’alchimie identificatrice Gaule-France ne fonctionnait plus. Difficile de se référer à la France périphérique contemporaine, avec  ses ronds-points et ses zones commerciales. Pas plus qu’à sa fragmentation communautaire. Restent la pratique du décalage, l’humour et le détournement (parcimonieux) des références historiques.

On regrette néanmoins le côté potache qui animait les personnages de  l’époque Goscinny. On perd de  vue ce  qui était la substance de la série : une réelle volonté de résistance franchouillarde. La Gauloise  venant entonner l’air du féminisme ne colle pas vraiment avec le duo Astérix-Obélix et de fait il se trouve marginalisé. « Représentants d’un monde d’arriérés ! » dit même le traître Adictosérix,  partisan du ralliement aux Romains. Une manière d’illustrer le débat conservateurs-progressistes ?  Quant à la vignette du retour d’Adrénaline, dans la dernière page, je vous laisse deviner à quoi elle fait allusion. Et aussi, une bizarrerie :  si les enfants évoquent le barde, il n’apparaît pas du tout dans l’histoire et même pour le banquet final, sa silhouette n’est pas suspendue dans l’arbre. Un oubli ?

Pour moi, cet album n’est pas franchement génial bien qu’il puisse figurer honorablement dans la saga du Gaulois récalcitrant.

 


LA FIN DE L’INDIVIDU !

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J’ai enfin terminé le livre de Gaspard Koenig. Passionnant, fouillé, foisonnant ! Voilà une enquête complète et planétaire auprès des acteurs  de la révolution numérique. Difficile de faire plus exhaustif : le philosophe s’est entretenu avec tous ceux qui comptent sur la planète en matière d’Intelligence Artificielle, de la Californie à la Chine en passant par Israël et ailleurs, pour confronter leurs analyses et projets à son expérience personnelle, de Spinoza (entre autres) auquel il se réfère à René Descartes avec qui il nous propose un entretien surréaliste et délicieux, dans un grenier d’Amsterdam.  

Un ouvrage remarquable qui a conduit Luc Ferry à se fendre de deux tribunes dans Le Figaro, une sur la théorie du « nudge », pour démonter l’argumentation de l’auteur, l’autre sur « la fin de l’individu », dans lesquelles il exprime son scepticisme pour ne pas dire sa dérision à l’égard des thèses développées par le philosophe libéral. Je ne voudrais pas être prétentieux, mais il m’a semblé à leur lecture que notre chroniqueur régulier du Figaro n’avait pas complètement lu le livre, ou alors très rapidement et d’un œil distrait. Pour tout dire, le second article de Luc Ferry semble faire totalement l’impasse sur le dernier chapitre du livre de Gaspard Koenig dont les conclusions réduisent à néant les critiques qui lui sont faites. Ce qui a conduit ce dernier à répondre dans les mêmes colonnes : « Face à l’intelligence artificielle, l’optimisme de principe ne suffit pas ». Point de vue que je partage, d’une part, parce que tout le monde n’a pas la culture et la capacité de libre arbitre d’un Luc Ferry, et d’autre part, parce que les constats faits par Gaspard Koenig sont d’une brûlante actualité pour un grand nombre. Explications.

Les algorithmes : des crétins performants.

Du « Turc mécanique », ce joueur d’échec hongrois automatique du Baron Von Kempelen inventé en  1769, aux supercalculateurs de Google,  l’IA, qui se résume en fait à la somme de nos connaissances compilées en informatique, est une illusion seulement capable de reproduire un résultat et non un processus.  Mais c’est une illusion convaincante. Pour faire simple, la dernière génération d’algorithmes est capable de fouiller dans une masse de données, de manière plus ou moins autonome, pour en extraire des régularités et des prédictions. Mais sans données, pas d’IA, qu’elle soit « machine learning », « reinforcement learning » ou « deep learning ». Les technologies d’IA sont maintenant capables d’anticiper et d’orienter les comportements individuels grâce à la puissance de personnalisation et d’optimisation fournie par le traitement des « data ». La collecte de ces « data » est donc essentielle. Ce sont des milliers de personnes qui s’y emploient mais aussi chacun d’entre nous grâce à tous les « cookies » et « conditions d’utilisation »  que nous téléchargeons quotidiennement. Pourtant, la « super intelligence » est un mythe, car le bon sens est la chose du monde la moins partagée par les robots. Aucun algorithme ne peut concevoir une interprétation globale du monde et des hommes qui le peuplent : comme  l’affirmait Spinoza, « le  cerveau et le corps sont dans le  même bain  et  produisent l’esprit de  manière conjointe », ce  que Antonio Damasio, neuroscientifique de renommée mondiale, explique par  « l’homéostasie » : on pense autant avec ses doigts de pieds qu’avec son cerveau ! Et aucune IA n’est capable  d’imiter nos doigts de pied.  Avec en plus nos « sentiments », au coeur du processus homéostatique, qui sont seuls à produire du sens. Sans corps,  pas  de sens commun, mais  pas d’humour non plus. Cela n’empêche pas  l’IA de menacer l’humain.

Le « nudge » : une nounou souterraine.

Commençons par le mot lui-même, qui, en anglais, signifie «coup de pouce». C’est en 2008 que la théorie du Nudge a été popularisée par deux américains : Richard Thaler, un économiste et théoricien de la finance comportementale et Cass Sunstein, professeur à l’Université de droit d’Harvard. Son principe est simple: influencer nos comportements dans notre propre intérêt. Elle part du principe que les individus ne sont pas des êtres rationnels et que leurs prises de décisions sont sous l’influence de l’environnement, des émotions et des instincts, les biais cognitifs. Ainsi, ce « coup de pouce » serait ce qu’il y a de plus efficace pour aider les individus à faire des choix : par exemple, une grande surface avait augmenté de 30% en 3 mois ses ventes de poissons frais en diffusant des bruits de mouettes et des odeurs de marée. Issu de la  psychologie comportementale, le  principe du "nudge" a été intégré dans  les algorithmes. Pour aller à l’essentiel, l’idée qu’avancent l'auteur, c’est que nous vivons dans un monde où nos libertés seraient de toute part menacées notamment par les Gafa, mais aussi par des entreprises, par des gourous et des partis politiques qui tentent de nous faire aller dans telle ou telle direction, non par une méthode autoritaire, mais en nous incitant doucement, par micro-messages publicitaires ou autres, à choisir telle option d’achat, de vote, de spectacle, etc… Influencer sans contraindre, et pour le bien. Autant de formes de soumission aux algorithmes. Avec  le danger évident, celui d’agir pas seulement pour notre bien mais surtout pour la communauté,  variable selon le développeur de l’appli. Derrière le « nudge », il y a toujours une forme d’allégeance à un communautarisme qui se profile,  soit par utilitarisme (cas américain) soit par idéologie collectiviste (cas chinois). L’individu perd  alors sa liberté de jugement.

Le libre arbitre en danger.

Les stratégies  développées par  les créateurs d’applications mettent en effet nos facultés de choix personnel « libre et par soi-même » à rude épreuve par le confort qu’elles nous apportent. Et les  exemples dans notre vie quotidienne ne manquent pas : « Waze » qui nous guide en nous promettant  le meilleur temps de parcours, c’est tellement plus facile  que de déplier une carte routière ; nos messageries nous proposent des réponses toutes faites sans que nous ayons à  faire  l’effort de rédiger ou de chercher un mot  plus précis… Des petits riens qui font de nous, petit à petit des zombies décérébrés : interrogez un chauffeur parisien d’Uber sur la ville qu’il traverse chaque jour, et vous serez surpris du vide ;  et ne cherchez pas pourquoi vos enfants, sinon vous-mêmes, avez  perdu votre vocabulaire  et votre syntaxe !  A force d’économiser nos fonctions cérébrales,  Gaspard Koenig explique que l’humain perd pour de bon l’habitude de prendre ses propres décisions et sa liberté de choisir.  Les algorithmes agissent comme une drogue. Grâce aux délibérations « tellement logiques » servies sur un plateau, chacun acceptera d’être accompagné par une IA dans les choix les plus importants de son existence. C’est déjà ce qui se passe avec les sites de « rencontres ». C’est la fin de l’individu autonome et responsable par le triomphe du « bien-être » !

L’individu n’a pas dit son dernier mot.

On observe déjà  les nombreuses transformations  dans la société, générées  par la fin du libre arbitre. Ce sont les ordinateurs qui échappent au monde financier, c’est  l’art sans artiste, la science sans causalité, la théorie, fruit de la réflexion humaine rendue obsolète par les data, et sans libre arbitre,  fini le marché : la prédiction de nos comportements suffit déjà à ajuster l’offre à la demande dans bien des  cas.  Pour échapper à tous ces dérèglements, c’est à  l’individu de reprendre la main  en commençant par ne plus fournir gratuitement  ses données,  en définissant ses  propres normes  pour les imposer aux algorithmes et tant pis  si elles ne sont pas « optimales » pour  le  groupe.  Chacun doit  imposer  son propre nudge, de manière consciente et volontaire.  C’est le  principe de  la  « Prime Directive », que Gaspard Koenig sort  de la  série Star Trek, pour en faire  une règle supérieure d’ordre moral.  Cela remettrait de l’humain dans l’IA et surtout lui redonnerait du sens.

L’Etat français à la manœuvre.

Notre  pays présente des prédispositions pour exploiter  le  filon du « nudge » et utiliser les algorithmes à son profit. Il est centralisé et hypertechnocratisé, deux caractères facilitateurs. Le système fiscal  mis en place  avec  le  prélèvement à la source en est un bon exemple : le  « nudge » ici consiste à soulager le contribuable  de toutes les démarches déclaratives, il n’a plu qu’à  payer, et encore, le prélèvement  a lieu sans même son consentement. Une autre application est en train de se mettre en place : Bercy a glissé dans le  projet de loi de finances une disposition qui lui donnerait  le droit de collecter et d’exploiter, au moyen de traitements informatisés,  les contenus librement accessibles publiés sur internet.  Un « ciblage de  la fraude et valorisations des requêtes », pour définir un traitement automatisé des données collectées consistant à appliquer des  « méthodes statistiques innovantes ». En clair  il  s’agit de conjecturer qui va frauder dans le futur en fonction de  données personnelles (vraies ou fausses)  publiées par soi-même  ou  par des tiers…  Le  « data mining »  est  en plein dans le sujet puisqu’il est  censé permettre de prédire les  comportements et de prévenir le délit. Et on envisage maintenant d’utiliser la « reconnaissance faciale » pour la sécurité. Espérons qu’on ne suivra pas le modèle chinois. Big Brother est  déjà  là !

Il  ne s’agit  pas pour autant de devenir technophobe. Le particularisme de l’Europe, par rapport au reste du monde, c’est sa culture spécifique à l’origine de l’individu libre et responsable.  L’Europe  a  tout son rôle à  jouer pour proposer des régulations intelligentes conciliant prospérité et libertés. L’important est que, là  aussi, les  algorithmes n’enterrent pas nos "Lumières". Comme le dit Gasparov dans le livre, à  propos de « Deep blue » qui l'a battu aux échecs : «  il n’est  pas plus intelligent qu’un réveil-matin programmable ! »

Je pense n’avoir fait qu’effleurer le sujet, tant le livre  est dense. Plongez dans sa lecture si vous vous en sentez l’envie, vous serez étonné.

La fin de l’individu. Voyage d’un philosophe au pays de l’intelligence  artificielle.  Gaspard KOENIG. Editions : L’Observatoire /  Le Point.

 


LA CRETINISATION EN MARCHE.

Crétin

 

« Mort aux cons » s’était écrié un quidam au passage du Général De Gaulle. Celui-ci lui avait répondu : « Vaste programme » ! Cette anecdote m’est revenue à l’esprit en lisant il y a quelques jours l’éditorial de Vincent Trémollet de Villers dans Le Figaro. Celui-ci y dénonçait les actions agressives contre les éleveurs des animalistes, portés par la philosophie de l’antispécisme.  Il voulait y voir surtout le symptôme « d’une crétinisation qui depuis quelques temps prend des proportions insensées ». Il n’a pas tort. En fait l’éditorialiste a mis le doigt sur un sujet qui ne se limite pas, malheureusement aux seuls antispécistes. La crétinisation, c’est le thème qui est repris par d’autres journalistes, écrivains ou essayistes, constatant l’étendue de ses dégâts dans bien d’autres domaines. Et de fait, notre époque semble favoriser tout ce qui peut concourir à la crétinisation de la population.

L’Ecole, d’abord.

Je ne reviens pas sur l’ouvrage de Jean-Paul Brighelli, « la fabrique du crétin », écrit dans les années 80, où il dénonçait déjà tout ce qui conduisait à l’affaiblissement de la connaissance et de l’esprit critique. On en mesure aujourd’hui la pertinence. Nos hautes instances, affolées par les inégalités que l’abdication de la récompense de l’effort et du mérite a provoquée, en sont à distribuer les places en fonction de l’appartenance ethnique ou du genre, décisions nourries par un discours de victimisation. Ainsi, par exemple, on supprime à Sciences-Po l’épreuve de culture générale ce qui évite de mesurer l’inculture. Avec la disparition des notes, l’histoire en miettes, on fabrique, faute d’exigences, des générations d’incultes qui vont se trouver fort démunies face à l’Intelligence artificielle.

La fin de l’individu.

La crétinisation nous guette aussi avec tous les services que nous rendent déjà les nombreuses applications sur nos portables ou tablettes, qui, certes nous apportent du confort, mais surtout nous évitent de réfléchir et de penser. Le « nudge » nous prend déjà en charge, comme l’explique Gaspard Koening, au détriment de notre « libre arbitre ». En nous procurant un service toujours plus irrésistible, en nous promettant une information quasi exhaustive, les technologies nouvelles nous dissuadent de décider et de délibérer par nous-mêmes. Pourtant l’intelligence humaine est si complexe qu’il faudrait pour la copier, fabriquer un système auto-organisateur ayant la capacité d’apprendre par lui-même, par l’expérience, et rien ne permet pour l’instant d’envisager une intelligence artificielle dotée du « sens commun » polyvalent et généraliste dont disposent les humains. Encore faut-il que ces derniers continuent d’exploiter leur cerveau, ce à quoi l’Ecole semble renoncer. Car, face aux multiples faisceaux du « nudge », seuls les esprits munis d’un solide sens critique et d’une culture approfondie pourront se défendre, et préserver leur libre arbitre.

Les réseaux sociaux et  les chaines d’info en continu.

L’individu du 21ème siècle est en plus soumis à un pilonnage en règle qui le soumet à un torrent d’informations et d’avis en tous genres sans qu’il ait tous les repères pour forger son propre jugement. Les réseaux sociaux sont redoutables : il s’y côtoie le vrai et le faux en toute impunité, la vérité scientifique y exposée au feu roulant des théories obscurantistes, les injures remplacent les arguments, la bêtise s’y étale plus facilement que la culture et l’intelligence. Les chaines d’info contribuent  aussi à la crétinisation. 24H sur 24, elles débitent leur flux d’information sur tous les sujets d’actualités, experts plus ou moins avérés, commentateurs plus bavards que compétents, débats débouchant le plus souvent sur la confusion. Seul le citoyen éclairé et muni d’une solide culture ne s’en laissera pas compter. Je crains que ce soit devenu une denrée rare. Il s’en suit alors des effets de mode, les médias étant entre les mains d’une intelligentsia orientée et de lobbys fortement installés. La cabale contre Zemmour en témoigne.

La confusion politique.

Depuis la pratique du « en même temps » qui veut nous faire croire que toutes les idées se valent et qu’il suffit de faire confiance à la technique pour gouverner (entendez technocrate), les gens ont de moins en moins des convictions.  Et ceux qui en ont sont soumis au feu des censures les plus violentes dès lors que leurs convictions déplaisent : c’est un séminaire sur la radicalisation qui est suspendu à la Sorbonne, sous la pression de groupuscules islamogauchistes, c’est la philosophe Sylviane Agacinsky qui a vu déprogrammée sa conférence prévue de longue date sur « la procréation à l’heure de la technique », à l’université de Bordeaux sous la pression des LGBT, en raison de son opposition connue à la PMA. L’avachissement de nos instances gouvernantes à tous niveaux est patent et est de nature à créer la confusion. Le règne de l’intimidation prévaut, qu’il s’agisse de sujets graves comme la bioéthique qui mériteraient des débats approfondis, ou de la place de l’Islam dans la République qui devrait compter avec des positions claires au plus haut niveau. Mais que dire d’un Président qui ajoute à la confusion pour ne pas créer la confusion ! Un président plus acteur de théâtre que décideur politique.