LES REGRESSISTES (3)

Je continue à publier les articles qui argumentent sur le néogauchisme.  Voici une nouvelle tribune publiée par Le Figaro récemment.

Philippe d’Iribarne: «La folie “woke” et décoloniale, fille de l’utopie de l’égalité parfaite propre à l’Occident»

Iribarne

Figure importante du paysage intellectuel français Philippe d’Iribarne est auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs sont des classiques dont La Logique de l’honneur. Gestion des entreprises et traditions nationales (Seuil, 1989) et L’Étrangeté française (Seuil, 2006).

TRIBUNE - Le sociologue, X-Mines, directeur de recherche au CNRS analyse avec une exceptionnelle clarté les racines du mouvement «woke» et décolonial, né dans les universités américaines et qui progresse de façon fulgurante en France. Les pays occidentaux sont victimes de leurs intentions élevées et des objectifs écrasants et utopiques qu’ils s’assignent, explique le penseur.

La fracture de l’opinion provoquée par l’émergence du mouvement «woke» aux États-Unis et du mouvement décolonial en France paraît radicale. Les débats provoqués en France, jusqu’au sein de la majorité, par la loi «confortant le respect des principes de la République» en témoignent. L’université offre maintenant un terrain de choix à la manifestation de cette fracture. Entre ceux qui, tels nos ministres de la Recherche et de l’Enseignement supérieur ou de l’Éducation, dénoncent l’islamo-gauchisme qui y sévit et ceux qui, telle la Conférence des présidents d’université, défendent bec et ongles les orientations ainsi mises en cause, tout dialogue paraît impossible. Cette radicalité est intimement liée à la mutation qu’a connue la promesse d’égalité au cours du dernier demi-siècle.

Dans l’élan premier des Lumières, l’égalité des peuples, des cultures, était vue comme un horizon qui ne pourrait être atteint que grâce à une action intense de civilisation, d’éducation, menée par le monde occidental en faveur des peuples les moins «avancés». Le Pacte de la Société des nations de 1919 témoigne de cette vision. Ainsi son article 22 évoque les territoires «habités par des peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne». Il affirme que «le bien-être et le développement de ces peuples forment une mission sacrée de civilisation», et que «la meilleure méthode de réaliser pratiquement ce principe est de confier la tutelle de ces peuples aux nations développées qui (…) sont le mieux à même d’assumer cette responsabilité».

Cette vision est encore présente dans la Charte des Nations unies de 1945, bien que celle-ci mette en avant, d’emblée, le «principe de l’égalité de droits des peuples» et affirme de manière réitérée le refus des «distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion» (articles 1, 13, 76). Son chapitre «Déclaration relative aux territoires non autonomes» invite encore (art. 73) à aider les populations «dans le développement progressif de leurs libres institutions politiques, dans la mesure appropriée aux conditions particulières de chaque territoire et de ses populations et à leurs degrés variables de développement ».

De nos jours, cette vision inégalitaire fait scandale. Il est hautement affirmé que tous les peuples, toutes les cultures, toutes les religions, toutes les manières de vivre, se valent tels qu’ils sont ; que, certes, il peut exister dans chaque société des individus qui diffèrent, pour reprendre les termes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, par «leurs vertus et leurs talents», mais que ces qualités se retrouvent également distribuées dans tous les peuples et, au sein d’un peuple, dans toutes ses composantes ethniques ou religieuses. Affirmer le contraire relève de préjugés racistes qui méritent la condamnation la plus vive.

Or, en dépit de cette affirmation solennelle, de grandes disparités demeurent, entre les peuples et au sein de chaque peuple, dans les sorts réservés à ceux qui diffèrent par leur culture, leur religion ou leur couleur de peau. Ainsi, dans les universités américaines, les Noirs réussissent nettement moins bien et les Asiatiques beaucoup mieux que les Blancs. En France, ceux qui ont un prénom musulman ont plus de mal à trouver un emploi que ceux qui ont un prénom chrétien. La promesse d’égalité parfaite et immédiate se révèle mensongère et rien ne laisse présager qu’elle cessera bientôt de l’être.

Il est absurde de regarder comme monstrueuses certaines actions si elles sont le fait de Blancs et comme vertueuses si elles sont le fait de non-Blancs

Comment donner sens à ce hiatus ? Logiquement deux interprétations paraissent possibles. L’une, qui relève du réalisme sociologique, est que l’on n’efface pas en un jour les effets de l’histoire ; qu’à chaque époque il a existé des civilisations plus brillantes que d’autres ; qu’il faut distinguer la reconnaissance de l’égale dignité de tous les êtres humains, qui va de soi, de l’objectif d’égalité immédiate entre tous les peuples, toutes les cultures, tous les groupes humains, qui relève de l’utopie. Mais une telle interprétation ne peut être vue que comme un retour intolérable à des temps définitivement révolus.

L’autre interprétation part du caractère sacré de la promesse, fondement de l’appartenance à une humanité commune de ceux et ceux seuls qui la respectent. Mais reste alors à expliquer pourquoi elle n’a pas plus de prise sur le monde réel.

Le mouvement «woke» et le courant décolonial apportent une réponse radicale. Pour eux, si la promesse n’a pas été tenue, c’est du seul fait de la résistance de dominants attachés à leurs privilèges. Affirmer que certains groupes humains ou certains individus membres de ces groupes sont responsables de leur situation défavorable n’a pour objet que de permettre à ces dominants de jeter un voile sur leurs menées. Les coupables sont clairement identifiés: ce sont les Blancs racistes, esclavagistes, colonisateurs, qui ont mis la planète en coupe réglée. Cette vision a un caractère transcendantal (qui est connu a priori et non pas fondé sur l’expérience, NDLR), au-delà de tout besoin de confirmation ou de possibilité d’infirmation reposant sur des données de fait.

Cette mise en avant de l’infinie culpabilité des Blancs alimente une représentation totale de la vie sociale portée par tout un vocabulaire: privilège blanc, racisme systémique, appropriation culturelle, etc. Ainsi, si certains «racisés» ont du mal à trouver un emploi, il est impensable d’envisager que les employeurs cherchent simplement à embaucher ceux dont le profil laisse augurer qu’ils sont les plus à même de contribuer à la bonne marche de leur entreprise. Il va de soi que la prospérité économique de l’Occident est fondée sur l’exploitation du travail des esclaves noirs et il est indécent de l’attribuer au génie inventif et à la capacité d’organisation dont l’Occident a fait preuve. Si les figures de l’art, de la pensée et de la science célébrées dans le monde occidental, et bien au-delà, tels Kant, Pascal, Rembrandt, Bach, Shakespeare, Dante, Dostoïevski, Cervantès ou Einstein, sont essentiellement blanches, c’est l’effet d’un complot des Blancs conduit à dissimuler les figures non blanches. Etc.

Entre croyants (ceux qui sont engagés dans le mouvement «woke», les tenants d’une approche décoloniale) et incroyants il n’existe pas de terrain commun au sein duquel échanger des arguments.

Pour les incroyants, ce mouvement est sans doute explicable par la souffrance de ceux qui se sentent victimes d’une promesse trahie mais n’est pas intellectuellement respectable. Il est absurde de regarder comme monstrueuses certaines actions si elles sont le fait de Blancs et comme vertueuses si elles sont le fait de non-Blancs ; par exemple de déclarer la colonisation blanche crime contre l’humanité et de porter au pinacle la colonisation arabe, notamment en Espagne ; ou encore de dénoncer une «appropriation culturelle» quand des Blancs se permettent d’interpréter une musique «noire» mais de parler de manque de diversité à fondement raciste quand les Blancs dominent au sein des orchestres symphoniques voués à une musique «blanche». Il échappe à toute logique de considérer comme monstrueux l'esclavage perpétré par les Blancs alors que, perpétré par des Arabes ou des Noirs il ne mérite aucune attention. Et comment accepter que l’histoire de l’Occident soit réécrite à la manière d’une histoire de la Révolution française qui serait centrée sur la Terreur, les massacres de Septembre, et le génocide vendéen, pendant qu’une approche hagiographique prévaut quand il s’agit d’autres civilisations?

De plus, les incroyants ne se privent pas de souligner ce qui leur paraît le plus outré dans l’approche décoloniale. L’affirmation selon laquelle les Blancs devraient toute leur pensée aux Grecs qui eux-mêmes devraient tout aux Égyptiens, lesquels étaient noirs, et qu’ils doivent donc toute leur pensée aux Noirs leur paraît une pure fable. Ils ne peuvent croire que si, dans les expressions «idées noires», «âme noire», «noirs desseins», etc., le terme noir a une connotation négative, la source en est l’association du mot noir à l’esclavage que les Noirs ont subi du fait des Blancs et non une opposition entre la lumière et les ténèbres. Et quand, pour écarter toute objection, la réponse (que l’on trouve par exemple dans une vidéo célèbre concernant l’université américaine d’Evergreen) est que l’appel à l’objectivité, l’attention aux faits, est une invention perverse de Blancs, les incroyants se voient conforter dans la conviction que ce courant de pensée est bien peu sérieux.

Par ailleurs, la place que tient la cancel culture, la création de safe spaces où les croyants sont mis à l’abri de pans entiers de la réalité, apparaît aux incroyants comme liées au besoin de ces derniers d’être protégés de ce qui pourrait faire éclater la bulle de certitudes qu’ils habitent.

On sait que la dérive d’un milieu de recherche sous l’influence d’intérêts ou d’une idéologie n’est pas l’apanage de la « science prolétarienne » de jadis

Mais, pour les croyants, tout cela n’est qu’arguties qui ne tiennent pas face au scandale que représente la radicalité du privilège blanc qui, avec sa dimension raciste, viole les principes les plus sacrés qui doivent inspirer la vie de l’humanité. Ces arguties se trouvent disqualifiées par le fait qu’elles légitiment le maintien d’un tel privilège et il est hors de question de leur accorder quelque valeur que ce soit. Ceux qui en font usage ne méritent pas d’être écoutés et les interdire de parole, comme l’implique la cancel culture, relève de l’objectif vertueux d’empêcher de nuire des représentants du mal. Leur donner la parole, débattre avec eux, reviendrait à accorder au mal un statut égal à celui du bien.

C’est dans ce contexte que prennent sens les affrontements actuels portant sur le monde de la recherche, la place qu’y tient l’islamo-gauchisme, les mérites des courants décoloniaux, la dénonciation par les étudiants d’enseignants déclarés racistes ou islamophobes et l’autocensure de ceux qui craignent d’être regardés comme tels. La vision décoloniale, affirme ses croyants, s’appuie sur des travaux de recherche menés dans des institutions prestigieuses et conduisant à des publications savantes dont seuls les tenants d’une forme de suprématisme blanc peuvent contester la pertinence. Ce n’est pas, affirment-ils, l’idéologie «woke» qui a perverti le monde de la recherche, mais le résultat de recherches de qualité qui alimente les convictions correspondantes. Mais cette affirmation laisse ouverte la question de portée générale de la scientificité des travaux académiques et de la qualité du contrôle de cette scientificité.

On sait que la dérive d’un milieu de recherche sous l’influence d’intérêts ou d’une idéologie n’est pas l’apanage de la «science prolétarienne» de jadis. Les recherches tendant à démontrer l’absence de nocivité du tabac ou des perturbateurs endocriniens ont été marquées par de telles dérives, y compris quand elles étaient réalisées au sein des universités. On peut penser aussi aux travaux d’économistes de renom qui ont légitimé les pratiques, tels les subprimes, au cœur de la crise financière de 2008. De manière générale, il n’est pas difficile de biaiser les résultats d’une recherche tout en sauvant les apparences. Il suffit de sélectionner les données dont il est fait état et de les interpréter en fonction de ce que l’on souhaite démontrer.

Prenons, à titre d’exemple, la manière dont la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’y prend pour démontrer que la société française est islamophobe. Le parti adopté est d’écarter tout élément permettant de rattacher des réactions négatives à l’égard de l’islam à la réalité de celui-ci, ce qui permet de mettre ces réactions au passif de la population majoritaire. Ainsi, le rapport mentionne bien «un conflit de valeurs, considérant la religion musulmane et ses pratiques en contradiction avec le principe de laïcité et avec les droits des femmes et des minorités sexuelles». Mais, et c’est là que la pensée glisse, loin de considérer que ce conflit est à la source de réserves légitimes envers l’islam, il affirme que ceux qui le mettent en avant sont coupables d’«inverser la causalité et de rejeter la responsabilité du racisme sur ceux qui en sont les victimes». La manière même dont sont libellées les questions dont le rapport fait usage relève de cette stratégie. Ainsi, il n’est pas demandé si certains comportements associés à l’islam sont incompatibles avec les valeurs républicaines, mais si «certains comportements peuvent parfois justifier des réactions racistes». Du coup, une majorité des personnes interrogées n’a pas d’autre choix que de déclarer que des comportements «racistes» sont justifiés, ce qu’il s’agissait justement de démontrer.

Que nous réserve l’avenir ?

On peut douter que cet affrontement idéologique soit moins pérenne que celui qui s’est noué autour du rêve communiste. Un retour au réel impliquerait que ce qui relève d’une fausse science soit scruté avec la même rigueur que celle qui est déployée quand il s’agit d’impostures scientifiques au service d’intérêts privés. Mais cette rigueur ne paraît pas pour demain. Et qui est prêt à admettre que la folie «woke» est un enfant monstrueux de promesses radicales propres à l’Occident, promesses impossibles à tenir à l’échelle d’une ou deux générations et qui méritent d’être reconsidérées avec plus de réalisme ?

 


RANTANPLAN ET TRISTE SIRE

Ed Philippe

 

Avec son ami Gilles Boyer, Édouard Philippe publie un livre intitulé « Impressions et lignes claires » (1) qui offre un large horizon sur sa conception de la politique, sans toutefois apporter la moindre révélation sur les trois ans qu’il a passés à Matignon. A en croire la longue interview que Le Point accorde à l’ancien premier ministre, on n’apprendra rien sur les relations parfois tendues entre Matignon et l’Elysée. C’est selon le Rantanplan de la politique, qui s’est associé à son « Triste Sire* », pour commettre l’ouvrage, être au-dessus du « menu fretin » quand il s’agit de l’éthique et de la dignité. Deux qualités qui lui ont furieusement manqué  quand il s’est agi de rallier la macronie, en loucedé, caché sous une couverture dans une voiture, pour ensuite renier tous ses engagements, y compris en soutenant aux législatives suivantes des candidats contre ceux dont il avait exigé l’investiture aux Républicains.

"Les manettes".

Ce livre n’est pas plus le signe avant-coureur d’une nouvelle trahison, une candidature à la présidence de la République en 2022, ce que confirme l’intéressé dans l’entretien. Mais alors à quoi bon écrire un livre, si  c'est pour ne rien dire. Car ce n’est ni un  programme politique, ni une profession de foi, ni l’esquisse de ce que serait une présidence sous son nom.  On n’y apprend qu’une chose, peut-être pour se justifier, c’est qu’il continue de croire que le clivage gauche-droite est obsolète, alors que l’expérience et l’observation de tous les jours prouvent le contraire, mais l’homme est paraît-il têtu. On retiendra d’ailleurs de son passage à Matignon que sa politique a essentiellement consisté à prolonger celle de François Hollande, qu’il s’agisse de la dette ou des lois sociétales. Contrairement à ce qu’il affirme comme faisant partie de ses convictions, il a été surtout celui qui a consacré l’effondrement de l’autorité de l’Etat. Il est celui qui a abandonné le projet de  Notre-Dame des Landes, cédant à quelques dizaines de zadistes ultra-violents, en piétinant le droit, tous les  recours ayant échoué, et la démocratie avec le referendum. Il dit : « J’aime être aux manettes », un contrepoint de son incompétence.  Où était l’homme qui « aime être aux manettes », quand il accourait affolé au Ministère de l’Intérieur pendant que les  émeutiers mettaient à sac l’Arc de Triomphe, alors que les blindés de la gendarmerie cantonnés à Versailles attendaient des ordres pour intervenir ? Le même qui passait les forces de l’ordre en revue au bas des Champs-Elysées, image surréaliste, pendant que les black blocs déguisés en gilets jaunes, quelques centaines de mètres plus haut, mettaient le feu chez « Maxim’s » ? Aux manettes peut-être, mais il avait perdu les pédales !

De cela, on n’a rien à faire.

Il ne faut considérer le livre ni comme un coup d’envoi de sa candidature, ni comme un règlement de comptes avec Macron, il en est loin, ni même comme un ouvrage pour vous divertir en vous révélant les secrets de Matignon. « Le Point » publie quelques extraits de l’ouvrage. On y découvre les humbles origines de l’ex-locataire de Matignon, sa modestie qui va si bien à son air bonhomme et qui  dit aux Français « ce qu’il savait  et ce qu’il ne savait pas ». Un politicien qui reconnaît qu’il ne sait pas tout dans un monde où il est désormais possible de tout savoir : Rantanplan, quoi !  On se demande ce qui a tellement plu aux Français puisque dit-on, il serait le plus populaire de France. Qu’il se reconnaisse non seulement dans l’exercice du pouvoir, mais aussi dans le peuple qu’il a eu à gérer, en avouant publiquement les incertitudes liées à sa fonction, nous fait une belle jambe et cette manière  de dire les choses sans jamais les affirmer complètement confine à "l’enculage de mouche", excusez la trivialité. En fait, cette tentative de nous expliquer son succès par ce qu’il est lui, personnellement, confirme s’il en était besoin que notre démocratie est tombée bien bas. Une preuve du nivellement par le bas qui est à l’œuvre depuis plus de trente ans et dont il serait la partie visible de l’iceberg.

On aurait aimé savoir…

Les raisons de sa rupture avec le président restent mystérieuses. On y a vu le jeu naturel du couple exécutif, mais alors, on peut légitimement se demander en quoi c’était nécessaire si les deux hommes partageaient autant d’idées. On ne saura jamais comment il aurait géré la suite de la crise sanitaire. On se souvient seulement des mensonges érigés en vérité sur les masques et sur les tests et des grandes mises en scènes de ses conférences de  presse, assorties de son croque mort, Jérôme Salomon. De la com’ pour faire oublier le réel. Ce livre aurait pu être l’occasion de raconter  pourquoi Alain Juppé a échoué et quelle part son acolyte et lui ont pris dans cet échec, puisqu’ils dirigeaient la campagne. Comment ils ont enfermé le candidat en le coupant d’un entourage qui aurait pu lui être utile. Comment ils l’ont fait aller sur les thèmes qui l’ont desservi en oubliant qu’il fallait avant tout parler à la droite dans la primaire qui s’adressait prioritairement à elle, alors que Juppé avait écrit un ouvrage remarquable sur l’autorité de l’Etat. D’ailleurs on apprend au détour d’une question, qu’avec Gilles Boyer, ils avaient évoqué avec Alain Juppé la possibilité de nommer Macron à Matignon en cas de succès à la présidentielle. Il y avait bien une préméditation à la trahison. C’est ce qui arrive quand on est profondément convaincu que le clivage gauche-droite n’est plus de ce temps et qu’il faut le transcender.

"Anti Jupiter".

Il joue le rôle de l’anti-héros, un Poulidor, l’image inversée de Macron. C’est peut-être  là que se trouve la clé de l’énigme de sa popularité. Autant le Président  montre chaque jour, par ses maladresses, son dédain du peuple, autant « Ed » a plu au peuple dans son passage à Matignon, par sa timidité apparente, sa manière de relativiser les choses, sa riposte éloquente bien que souvent de mauvaise foi aux élus de l’opposition qui lui rappelaient des vérités gênantes. Il fait découvrir par un long coup de projecteur ce qu’est l’exercice du pouvoir en France, qui apporte beaucoup plus d’inquiétude, et même de peur, que de bonheur. L’hyper technocratie incontrôlable y apparaît en filigrane. L’exécutif a d’immenses responsabilités et doit trancher chaque jour sur les événements les plus anodins. Matignon est un enfer. Mais on le savait déjà. ». On pourrait croire à  l’absence « d’hubris ». En fait, c’est le point de vue d’un boxeur qui joue la modestie en prenant des coups, et qui aime ça. Voilà donc un livre qui voudrait combler le vide de l’absence, de l’éloignement du pouvoir. On n’y apprendra pas grand-chose sinon que l’auteur principal est un esprit « emberlificoté » comme le dit Bruno Jeudy. On y découvre surtout qu’Edouard Philippe est un quidam ordinaire.

Opportuniste.

Faire son retour médiatique sur la « 2 » le soir de Pâques, il faut le faire, surtout quand on n’a pas la foi. Est-ce pour autant une « résurrection » ? Pas vraiment. On peut pourtant être certain que cela a été pensé, longuement mûri, planifié. Il pensait occuper seul le devant de la « scène » (non, non, je ne l'ai pas fait) . Mais voilà, il a été précédé par Xavier Bertrand et le discours de Macron pour le reconfinement. De quoi occulter largement la manoeuvre. Nommé pour donner une caution de droite à Macron, après avoir été le principal soutien à Juppé, une nouvelle déloyauté ternirait définitivement son aura politique. Mais débarqué sans son consentement, il peut se croire libre de tout engagement. Là-dessus, il reste confus. Chez les macronistes on ne veut croire qu’à un engagement derrière le Président. D’autres, surtout ceux qui l’ont suivi en tant que « constructifs », le  rêvent en réunificateur de la droite, ce qui les arrangerait bien, eux qui n’ont servi à rien. Lui se garde bien de dire ce qu’il pense. Tout sera affaire d’opportunité. Faute de pouvoir peser sur les évènements, ce sont eux qui décideront. Il lui faudra faire oublier le chaos des trois premières années du quinquennat, la limitation de vitesse à 80 km/h et la taxe carbone qui furent les éléments déclencheurs de la crise des Gilets Jaunes, le fiasco de la réforme des retraites après deux mois de blocage du pays, un bilan accablant en matière de maîtrise de l’immigration, de violence, d’ensauvagement de la société et de poussée de la misère. On peut espérer  mieux comme « homme providentiel ».

Au fond, l’avenir politique proche d'Edouard Philippe dépend avant tout du niveau de la mémoire collective.

Il se veut en réserve de la République. Mais quand il sera candidat, si un jour il l’est, c’est certain, personne n’osera l’appeler Jupiter. Le Panda, comme sa fille ? Pas plus. Vous savez le surnom que je lui ai choisi.

Une question : fallait-il être deux pour écrire tout ça. Avait-il donc besoin d’un porte-plume (on ne peut plus dire « nègre ») de service ? « Impressions et lignes claires » ce serait plutôt « confusion et esprit torturé ».

*Conf.  Robin des Bois.

 


TOUT EST DIT !

Macron déconfinement 24 nov

 

Marc Fiorentino résume le discours d’hier soir. Je voulais vous en faire  profiter.

Pourquoi chercher plus loin, puisque tout est dit  :

« IL a donc parlé hier.
La France L'attendait.
Et IL était content.
Content de la décision de ne pas avoir reconfiné.
Content de la campagne de vaccination.
Content donc.

"Nous avons bien fait".

IL a aussi respecté la tradition du poisson d'avril.
IL a publié sur son compte Twitter le message suivant « Vacciner. Vacciner. Vacciner ».
Excellent.
Quel sens de l'humour !
Même dans les périodes difficiles.

Remarquable.

Et on n'a plus qu'un objectif : l'ouverture des terrasses. « À la mi-mai » nous a dit l'Oracle. »

 

 


LES REGRESSISTES (2) – LE DOSSIER COMPLET

Racialisme

 

Au XXème siècle les marxistes voulaient changer la société  en instaurant la dictature du prolétariat. Cela a valu les camps de rééducation dans les pays où  elle s’est instaurée en URSS, et en Chine encore aujourd’hui avec les Ouïghours, par exemple. En occident, nous y avons échappé. Mais  avec la nouvelle gauche, issue de la « French Theory » des Foucault, Derrida, Deleuze et compagnie, ces marxistes partis prêcher sur les campus américains dans les années 70, la même tentation nous est revenue sous une forme plus souterraine et pernicieuse. Par la « déconstruction » de nos  valeurs, et en prenant le pouvoir dans tous les départements de sciences sociales de nos universités, ils inculquent à notre jeunesse leurs théories fumeuses pour promouvoir une nouvelle société. Mais le fond est le même : anticapitaliste et antilibéral, et les méthodes identiques : terreur intellectuelle et attitudes totalitaires. La race, le genre et l’identité en sont les nouveaux totems qui portent en eux une véritable régression intellectuelle.

La fracture de la gauche fait désormais l’actualité presque quotidiennement. Voici un dossier pour vous permettre de vous y retrouver. C’est l’enquête d’Eugénie Bastié, parue dans Le Figaro. Vous y trouverez toutes les définitions des nouveaux « totems » de la nouvelle gauche ou « néogauchisme ». Vous pouvez vous y reporter chaque fois que vous aurez besoin de trouver la définition des nouveaux concepts : théorie du genre, wokisme, décolonialisme, intersectionnalité, etc …

 

Théorie du genre, décolonialisme, racialisme... Ces nouveaux dogmes qui veulent s’imposer en France

Par Eugénie Bastié

En France, patrie des idées, on aime à se déchirer sur les mots. Chacun a sa définition de la «laïcité», on veut retirer «race» de la Constitution, on glose sur la pertinence du terme «ensauvagement». La polémique sur «l’islamo-gauchisme» vire, elle aussi, à la querelle sémantique. Tandis que la ministre Frédérique Vidal s’est empêtrée dans une définition floue du phénomène («l’ensemble des radicalités qui traversent notre société», a-t-elle dit dans le JDD ), de nombreux universitaires et responsables politiques de gauche en profitent pour déduire de l’imprécision du mot la preuve irréfutable qu’il s’agirait d’un fantasme. Telle il y a quelques années la «théorie du genre qui n’existait pas», l’islamo-gauchisme est discrédité comme un concept «imaginaire» (dixit les 800 universitaires qui ont signé une tribune réclamant la démission de Vidal), forgé par des «réactionnaires», qui ne renverrait à aucune réalité sociale. Et, en effet, ce terme qui domine le débat ne recoupe qu’une partie d’une dérive militante des sciences sociales qui se déploie sur plusieurs fronts.

 

Interrogé par l’hebdomadaire Marianne , l’inventeur du terme «islamo-gauchisme», le politologue Pierre-André Taguieff affirme qu’il faut élargir l’idée d’une enquête lancée par la ministre au «statut des fausses sciences sociales calquées sur l’idéologie décoloniale, la “théorie critique de la race” et l’intersectionnalisme». Mais que signifient tous ces termes? Ces concepts ou champs de recherches, dont certains se veulent drapés d’une légitimité scientifique, d’autres au contraire utilisés pour désigner péjorativement l’adversaire, recoupent différentes facettes d’une puissante lame de fond qui prend sa source dans les départements des sciences sociales des facultés occidentales, et se déploie aussi en politique et dans les entreprises.

Ce qu’on pourrait appeler le «néogauchisme» - car il reprend certains mots d’ordre du gauchisme culturel des années 1970 en les radicalisant - se traduit globalement par l’abandon de la question sociale au profit de la politique des identités, du paradigme de l’exploitation pour celui de la domination, de la centralité des classes populaires vers celles de minorités sexuelles, religieuses ou ethniques, et la centralité de la race et du genre dans la recherche. Ce dévoiement militant de la science se déploie en rhizome (pour reprendre l’expression phare de la French Theory, c’est-à-dire de façon horizontale et souterraine) dans des proportions qui restent à quantifier précisément, mais qui ne sont certainement pas négligeables.

● Théories de la race et du genre

L’obsession pour le genre, la race et les identités qui parcoure l’université ne tombe pas du ciel. Elle s’enracine dans un mouvement intellectuel qui remonte aux années 1970 et qu’on a appelé postmodernisme. L’abandon des grands récits (le marxisme, le tiers-mondisme, etc.), qui structuraient auparavant le militantisme progressiste, conduit au repli de l’individu sur soi et son identité. Il s’accompagne d’une évolution des sciences sociales vers le constructivisme, c’est-à-dire l’idée que les faits sociaux sont entièrement des constructions sociales. Ce constructivisme ne ferait qu’enfoncer des portes ouvertes (après tout, oui, la plupart des réalités humaines sont construites) s’il ne s’accompagnait pas d’une dimension critique: le dévoilement de la construction s’accompagne de l’impératif de la déconstruction. Suivant la méthode du philosophe Michel Foucault, il s’agit de révéler que ce qui apparaissait comme un universel est, en réalité, une construction sociale au service d’une domination.

La norme n’est plus vue comme la sédimentation du fait majoritaire, mais comme une culture dominante traduisant l’oppression, qu’il faut déconstruire pour laisser place aux minorités raciales et sexuelles. Les Lumières et l’universalisme? Des paravents de la domination blanche. Les «cultural studies» (études culturelles), qui se répandent à l’université à partir des années 1970, reprennent cette idée et postulent le refus d’une hiérarchisation entre les cultures et les objets culturels, soutiennent que la culture ne saurait se réduire aux œuvres classiques et entreprennent de «décentrer l’Occident» au sein même de celui-ci. Les «subaltern studies» («subalternité») analysent les cultures des groupes sociaux longtemps dominés. Il existe même des «fat studies» («études de la grosseur») qui étudient la construction sociale d’une corpulence perçue péjorativement (la «grossophobie»).

Si vous n’êtes pas d’accord avec la théorie critique de la race, c’est que vous profitez du racisme : imparable !

Dans ce cadre, la théorie critique de la race («critical race theory») affirme que la blanchité est une construction sociale dont les Blancs n’ont pas conscience. La race est un déterminisme social que les minorités doivent se réapproprier. L’aveuglement à la race («color blindness») est un luxe permis par le «privilège blanc»: seuls les Blancs peuvent vivre comme si la race n’existait pas. La sociologue et «consultante diversité» américaine Robin di Angelo, auteur du best-seller Fragilité blanche, est typique de cette mouvance. Elle explique que les réactions négatives à la réintroduction de l’idée de race dans le débat public sont constitutives d’une «fragilité blanche», c’est-à-dire de la peur des Blancs de perdre leurs privilèges. En résumé, si vous n’êtes pas d’accord avec la théorie critique de la race, c’est que vous profitez du racisme: imparable!

La même dialectique existe dans la théorie du genre, que ses défenseurs préfèrent appeler «études de genre». Celles-ci proclament que la différence des sexes est entièrement une construction sociale au service, cette fois-ci, non pas des blancs, mais de l’hétéropatriarcat (même si les deux vont souvent ensemble). Dans la foulée de sa principale théoricienne Judith Butler, il s’agit de jeter le «trouble dans le genre» pour libérer les minorités sexuelles de l’oppression qu’elles subissent de par l’existence de normes. L’activisme pour la minorité transgenre prend une place centrale dans ce dispositif. Les «études de genre» se veulent, elles aussi, scientifiques et affirment que ceux qui s’y opposent tirent bénéfice du «système» qu’ils cherchent à préserver. Elles se répandent dans les universités hexagonales. À Paris-VIII, le département d’études de genre est l’un des piliers de l’université. Des masters études culturelles (cultural studies) existent à l’université Paul-Valéry de Montpellier, ainsi qu’à Bordeaux-Montaigne. À Paris-III, a été ouvert un master médias, genre et cultural studies.

● Antiracisme politique

L’«antiracisme politique» est une expression employée par une nouvelle génération de militants, inspirée notamment par les Indigènes de la République, qui s’oppose à l’antiracisme dit «moral» des associations traditionnelles comme SOS-Racisme ou la Licra. Elle leur reproche notamment leur naïveté et leurs échecs attribués à une trop grande culture du compromis avec des institutions gangrenées par la mentalité coloniale. L’antiracisme politique s’oppose frontalement au narratif de l’antiracisme universaliste qui connut son heure de gloire dans les années 1980, quand triomphaient la petite main jaune et le multiculturalisme heureux, version United Colors of Benetton. Le cosmopolitisme laisse désormais place au tribalisme. L’idéal du métissage à celui de la non-mixité. La «race», bannie sous sa forme biologique, est réintroduite comme un concept sociologique, car, comme l’explique le sociologue Éric Fassin, «si les racistes croient à l’existence des races au pluriel (blanche, noire, juive, etc.), les antiracistes nomment la race au singulier pour dénoncer le mécanisme social d’assignation à une différence hiérarchisée». C’est ainsi qu’on parle désormais de «racisés», ce terme désignant une racialisation passive et pourtant revendiquée.

L’universalisme (républicain) est dénoncé comme un différencialisme déguisé qui permet, en réalité, la domination d’un groupe d’individus (les Blancs) sur les autres (les minorités). Ce qui autorise de ne plus parler du racisme comme d’une disposition morale malfaisante des individus à combattre (la permanence du préjugé), mais comme d’une composante structurelle et organisée des sociétés occidentales: on parle désormais de «racisme systémique» ou de «privilège blanc». Ce nouvel antiracisme postule une frontière infranchissable entre «alliés» - quelle que soit leur bonne volonté - et concernés. Ainsi les «dominés» (femmes, ou membres de minorités sexuelles et raciales) ont-ils un droit à la parole privilégié sur la cause qui les concerne. Un homme ne pourra s’exprimer au nom des femmes, ni un Blanc au nom des Noirs et des Arabes. Fini le «Touche pas à mon pote», jugé paternaliste. Cette barrière dressée entre les victimes et les autres, qui nie la distinction entre le «témoignage» et l’analyse, aboutit notamment à la généralisation des «réunions en non-mixité» et autres «safe spaces» au sein des universités, des endroits où les membres de minorités peuvent se retrouver entre eux et d’où sont exclus ceux qui appartiennent au camp des dominants, les Blancs mâles hétérosexuels. En France, l’expression «indigénisme», renvoyant au groupuscule des Indigènes de la République, s’est répandue comme synonyme de cet «antiracisme politique».

● Wokisme

Le «wokisme» est la version militante de cette mouvance universitaire. La praxis de cette doxa. Le terme, aujourd’hui employé de manière péjorative par les opposants à ce mouvement (selon le même processus que le terme «politiquement correct» a été d’abord revendiqué par les progressistes pour être ensuite employé par les libéraux et les conservateurs), est né aux États-Unis dans le sillage du mouvement Black Lives Matters. Il désigne à l’origine le fait d’être woke, en argot «éveillé», c’est-à-dire d’avoir pris progressivement conscience du caractère structurel des discriminations que subiraient les minorités sexuelles et raciales. Être woke, c’est avoir conscience d’être un dominé ou un dominant, et agir en conséquence.

Si on est victime : s’organiser politiquement autour de cette souffrance partagée avec les autres membres de sa communauté pour un agenda d’identity politics (politiques identitaires). Si on est coupable d’appartenir au groupe majoritaire (blanc, hétérosexuel, mâle): faire la liste de ses privilèges et s’en déposséder. On pourrait décrire le «wokisme» comme un renouveau de la posture «radical-chic», selon le terme créé par l’écrivain Tom Wolfe pour désigner l’adoption d’une radicalité politique par des membres de l’élite.

L’ultra-sensibilité aux discriminations, même minuscules (les «micro-agressions»), conduit les tenants de cette nouvelle culture militante à restreindre le champ de la liberté d’expression en pratiquant la «cancel-culture». Cette expression, qu’on pourrait traduire par «culture de l’interpellation» ou «culture de l’annulation», a été distinguée comme «mot de l’année 2019» par le dictionnaire Macquarie. Elle renvoie à la volonté d’effacer du débat, par l’appel au boycott, certains interlocuteurs car leurs propos sont jugés insultants ou à censurer un artiste ou écrivain accusé de racisme, d’homophobie ou d’agression sexuelle (exemples récents: le réalisateur Woody Allen ou l’écrivain J.K Rowling). Une posture qui se répand aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux qui permettent de mobiliser des sympathisants sur une cause et accélèrent la polarisation politique.

Ce « droit de ne pas être offensé » se répand aussi en France

La woke culture se développe énormément sur les campus américains, au point que certains intellectuels libéraux parlent de «Great Awokening» (grand éveil) pour décrire le caractère presque religieux de cette mouvance. Pour l’universitaire Joseph Bottum, il ne s’agirait que d’une nouvelle version du puritanisme protestant. En effet, le passage du privilégié au woke a un caractère de conversion. L’ancien président Barack Obama lui-même a blâmé dans une conférence en octobre 2019 «cette idée de la pureté, de n’être jamais compromis, d’être toujours politiquement “éveillé”» (woke).

Ce «droit de ne pas être offensé» (selon l’expression de Greg Lukianoff et Jonathan Haidt dans leur livre Le Chouchoutage de l’esprit américain) se répand aussi en France. C’est ainsi qu’un groupe antiraciste a demandé et obtenu l’annulation de la pièce d’Eschyle Les Suppliantes à la Sorbonne, au motif que les acteurs, grimés à l’antique, auraient pratiqué le «blackface». D’autres intellectuels comme Sylviane Agacinski ou Alain Finkielkraut ont vu leurs conférences annulées ou perturbées par des étudiants adeptes de cette nouvelle culture militante.

● Islamo-gauchisme

«Fantasme» pour les uns, «slogan d’extrême droite» pour les autres, qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ? Sur le fond, ce syntagme désigne la tolérance, voire l’empathie d’une partie de la gauche envers l’islamisme, contre lequel elle ne déploie pas son hostilité traditionnelle aux religions et ce, pour des raisons diverses, dont trois principales.

D’abord, par tropisme tiers-mondiste et anti-impérialiste. Le mot «islamo-gauchisme» a, en effet, été forgé au début des années 2000 par le politologue Pierre-André Taguieff. Il voulait désigner ainsi la sympathie affichée de certains mouvements d’extrême gauche avec des mouvements islamistes radicaux pendant la seconde intifada, au nom de la lutte pour le peuple palestinien contre Israël. À l’époque, on voyait dans les rues de Paris défiler dans des manifestations drapeaux du Hamas et militants gauchistes keffieh au cou. La première source de l’islamo-gauchisme est donc la cause palestinienne, aujourd’hui à l’arrière-plan, mais autrefois sacrée.

Après le 11 Septembre, Alexandre Adler parle «d’islamo-altermondialisme» pour désigner un certain antiaméricanisme intellectuel qui voit dans ces attaques une juste punition de l’Occident. D’autres parlent d’islamo-progressisme. En France, le terreau anticolonialiste et l’antiaméricanisme tiers-mondiste ont été fertiles pour faire émerger une fascination teintée de mansuétude pour le réveil de l’islam dans les pays arabes. Ainsi Sartre, l’existentialiste athée, a-t-il lu dans la révolution iranienne une révolte contre l’impérialisme. Michel Foucault n’a pas caché lui aussi son admiration pour la révolution de 1979: «Il n’était pas besoin d’être voyant pour constater que la religion ne constituait pas une forme de compromis, mais bel et bien une force: celle qui pouvait faire soulever un peuple non seulement contre le souverain et sa police, mais contre tout un régime, tout un mode de vie, tout un monde», écrit-il dans un de ses reportages pour le quotidien italien Corriere Della Sera.

Beaucoup comparent aujourd’hui l’expression « islamo-gauchisme » à l’expression des années 1930 « judéo-bolchevisme »

Deuxième source de l’islamo-gauchisme: le prolétariat de substitution. C’est le cas par exemple chez Chris Harman, militant trotskiste britannique et membre du Socialist Worker Party, qui écrit en 1994 un texte qu’on pourrait considérer comme fondateur de l’islamo-gauchisme, intitulé «Le Prophète et le Prolétariat». Il fait de l’islam radical un «mouvement social» qu’il serait une «erreur» de désigner comme fasciste. L’islamisme radical est, selon lui, une «utopie» et dire que les islamistes sont les ennemis de la laïcité, c’est «faciliter aux islamistes la représentation de la gauche comme faisant partie d’une conspiration “infidèle”, “laïciste” des “oppresseurs” contre les couches les plus pauvres de la société». Si Harman affirme que «les islamistes ne sont pas nos alliés», il dit qu’il ne faut pas non plus les traiter en ennemis. Pour lui, il faut essayer de guider une partie de la jeunesse musulmane vers le progressisme, sans chercher à la braquer avec la laïcité.

Troisième source de l’islamo-gauchisme: l’analogie entre les juifs d’hier et les musulmans d’aujourd’hui. En 2014, dans Pour les musulmans, l’ex-directeur du Monde et fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, s’appuie sur cette veine: il veut reprendre le flambeau de Zola et être aux musulmans d’aujourd’hui ce que fut l’auteur de «J’accuse» aux juifs pendant l’affaire Dreyfus. Il est convaincu que la «construction d’un problème musulman» est comparable à «l’acceptation passive de la construction d’une question juive» dans les années 1930. À «cette banalisation intellectuelle d’un discours semblable à celui qui, avant la catastrophe européenne, affirmait l’existence d’un “problème juif” en France», Edwy Plenel a «voulu répondre en prenant résolument le parti de (ses) compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmane contre ceux qui les érigent en boucs émissaires.» L’obnubilation de la répétition du même, à savoir l’extermination massive d’une population en raison de sa religion et la conviction d’un engrenage fatal de la «violence symbolique» à la violence physique, conduit toute une partie de la gauche à fermer les yeux devant le problème islamiste.

Beaucoup comparent aujourd’hui l’expression «islamo-gauchisme» à l’expression des années 1930 «judéo-bolchevisme». Pourtant, contrairement à l’expression raciste qui faisait référence aux origines juives de nombreux penseurs du communisme et affirmait l’existence d’un complot mondial dans lequel les juifs seraient derrière les communistes, l’islamo-gauchisme ne désigne pas des intellectuels musulmans convertis au socialisme ou la poussée d’un agenda gauchiste par des musulmans, mais l’indulgence de compagnons de route parfaitement athées envers un islamisme politique.

La comparaison entre Juifs d’hier et musulmans d’aujourd’hui est d’autant plus douteuse que c’est dans le sillage de cette mouvance islamo-gauchiste que s’est installée une nouvelle judéophobie au nom de la cause palestinienne et de Juifs désormais désignés comme des oppresseurs.

● Décolonialisme

L’expression «décolonialisme» est employée notamment par l’Observatoire du décolonialisme, collectif d’universitaires très opposés à cet entrisme dans les sciences sociales. Les partisans de ces théories préfèrent, eux, parler d’«études décoloniales» ou de «pensée décoloniale». En anglais, on parle de «decoloniality», «décolonialité». Lancé par Edward Saïd et son ouvrage fondateur L’Orientalisme en 1978 (qui présente la manière dont l’Occident a «construit» culturellement une vision fantasmée de l’Orient pendant la colonisation), et avant lui par Les Damnés de la terre de Frantz Fanon, le post-colonialisme, qui ambitionne de déconstruire l’héritage culturel laissé par la colonisation, n’a cessé depuis de progresser au sein des sciences sociales occidentales. Il serait un peu trop rapide de juger l’essor de cette pensée comme une simple «importation» américaine.

À LIRE AUSSI : Comment l’université est devenue l’incubateur du «décolonialisme»

Dans Les Études postcoloniales, un carnaval académique, le directeur de recherche au CNRS Jean-François Bayart rappelle que la déconstruction du colonialisme puise ses sources dans la pensée française, qu’il s’agisse d’écrivains anticoloniaux de langue française - Sartre, Césaire, Fanon ou Senghor - ou des intellectuels de ladite «French theory» - Deleuze, Foucault, Derrida - qui ont largement inspiré les cultural studies sur les campus américains dans les années 1970. La pensée décoloniale naît, elle, en Amérique latine avec le Péruvien Anibal Quijano, professeur à l’université d’État de New York à Binghamton (et concepteur de la «colonialité du pouvoir») et le Portoricain Ramón Grosfoguel, professeur à l’université de Berkeley en Californie (et concepteur du «tournant décolonial»).

Les décoloniaux ont bâti un corpus idéologique qui, pour n’être pas sans failles, raccourcis, approximations et impasses, n’en présente pas moins une certaine cohérence. (Gilles Clavreul, ex-délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme)

Si les penseurs postcoloniaux décrivaient le moment historiquement et géographiquement circonscrit de la colonisation et appuyaient la nécessité de la décolonisation, les penseurs décoloniaux élargissent le spectre à la modernité elle-même. La «colonialité» n’est pas une entreprise de conquête du XIXe siècle, mais une mentalité, une «structure» qui affecte tous les aspects de l’existence humaine. La décolonisation a été incomplète car la colonisation est la matrice même de la culture occidentale, qui se poursuit par les moyens d’une mondialisation capitaliste. Le décolonialisme porte donc l’idée d’une déconstruction de la culture occidentale: il faut décoloniser les arts, la littérature, les corpus universitaires, déloger des bibliothèques estudiantines les «dead white European males» («mâles blancs occidentaux morts»), bref désoccidentaliser l’Occident lui-même. On trouve les traces de cette rhétorique dans le manifeste Nous sommes les Indigènes de la République du 16 janvier 2005 qui donnera naissance au collectif du même nom, présidé par Houria Bouteldja. Il proclame que «la France a été [et] reste un État colonial», si bien que «la décolonisation de la République reste à l’ordre du jour».

 «Les décoloniaux, que cela plaise ou irrite, ont une vraie ambition intellectuelle. Ils ont bâti un corpus idéologique qui, pour n’être pas sans failles, raccourcis, approximations et impasses, n’en présente pas moins une certaine cohérence», résume l’ex-délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Gilles Clavreul, dans une note pour la Fondation Jean-Jaurès. Si cette doctrine globale, nourrie par de nombreux théoriciens, a tant de succès chez les étudiants, c’est sans doute parce qu’elle offre les séductions d’un système idéologique de rechange après l’effondrement du communisme.

● Intersectionnalité

La notion d’«intersectionnalité» est centrale dans ces nouveaux champs de recherche. Ce concept jargonnant a été inventé par l’afro-féministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw, en 1989, pour désigner la triple oppression que subiraient les femmes afro-américaines en tant que femmes, noires et pauvres. Le paradigme de l’intersectionnalité invite à croiser les caractéristiques identitaires d’une personne (genre, classe, sexe, religion, âge, handicap) pour la placer sur l’échelle des discriminations et des privilèges. Si vous êtes un homme blanc âgé, riche, vous cochez toutes les cases de l’oppression. Si vous êtes une jeune femme noire pauvre, toutes celles du dominé. Exemple d’une thèse française en cours en 2020 qui reprend exactement le paradigme de l’intersectionnalité: «De la mauresque à la beurette: la fabrication d’un cliché médiatique. Une question au croisement du postcolonial et du genre».

L’intersectionnalité invite à dépasser la notion marxiste de classe dans l’anticapitalisme et la différence des sexes dans le féminisme pour croiser les différents critères. En pratique, cela aboutit bien souvent à un effacement de la classe au profit de la race et du genre, ce que déplorent les intellectuels pourtant de gauche Stéphane Beaud et Gérard Noiriel dans leur dernier livre, Race et sciences sociales, où ils affirment que l’appartenance sociale reste «le facteur déterminant autour duquel s’arriment les autres dimensions de l’identité des personnes». Le livre a été très mal reçu dans le milieu de la gauche universitaire radicale pour sa critique frontale du paradigme de l’intersectionnalité.

La notion d’intersectionnalité est particulièrement présente dans les études de genre. Elle a donné lieu à un nouveau féminisme qui rompt avec le féminisme universaliste, lequel affirme une solidarité des femmes entre elles face aux hommes. Ce féminisme intersectionnel revendique, au contraire, des féminismes différents selon les groupes communautaires: féminisme blanc (à déconstruire), afro-féminisme, féminisme islamique etc. Ainsi, ce féminisme intersectionnel percevra le voile non comme un outil d’oppression, mais comme un marqueur identitaire du groupe dominé des musulmanes. Il préférera l’objectif de l’inclusion à celui de l’émancipation.

Concept académique qui se veut scientifique, l’intersectionnalité se décline en version militante par l’injonction à une «convergence des luttes» entre différents groupes discriminés (femmes, minorités, LGBT). La convergence devant par nature se focaliser sur un point qui cumule tous les défauts, elle se fera contre un ennemi commun: le patriarcat blanc «hétéronormé».

 

À LIRE AUSSI :L’«intersectionnalité», nouvelle «trouvaille»de l’Éducation nationale

À LIRE AUSSI :Islamo-gauchisme, décolonialisme, théorie du genre... Le grand noyautage des universités

À LIRE AUSSI :«L’entrisme de l’islamo-gauchisme à l’université est une réalité»

À LIRE AUSSI :Aux sources de l’islamo-gauchisme

À LIRE AUSSI :«Cancel culture», «woke»: quand la gauche américaine devient folle

À LIRE AUSSI :Entre vandalisme et réécriture de l’Histoire, l’antiracisme en folie

À LIRE AUSSI :Eugénie Bastié: «Pourquoi le “privilège blanc” est une théorie délétère»

À LIRE AUSSI : Comment l’islamo-gauchisme gangrène les universités


A DROITE, DU NOUVEAU !

Bertrand

 

On ne pourra plus dire, comme les médias de mauvaise foi le font de manière récurrente, qu’à droite il n’y a personne. Xavier Bertrand a décidé de franchir le Rubicon pour la présidentielle de l’année  prochaine. Il y avait déjà des prétendants, mais en interne chez les Républicains, à commencer par Bruno Retailleau, mais bien d’autres comme Valérie Pécresse et Michel Barnier ne cachaient pas leurs intentions. La différence, c’est que  le Président des Hauts-de- France  affiche sa détermination face aux Français, à la manière gaulliste de la rencontre d’un homme avec le peuple, et, donc, ne compte  pas participer à un quelconque mode de sélection.

Pourquoi maintenant …

Cette candidature n’est pas une surprise dans la mesure où l’intéressé avait fait part à plusieurs reprises de son intention. La surprise vient du fait qu’il l’annonce maintenant, à treize mois de l’échéance. N’étant plus chez Les Républicains, il récuse à l’avance toute primaire et veut se présenter en tant que candidat libre qui s’intéresse aux autres couleurs du spectre idéologique. Il n’a donc pas à attendre l’automne prochain, moment choisi par Les Républicains pour procéder au départage des candidats. Il y aura alors profusion de communication, de quoi se noyer. Un coup stratégique qui coupe l’herbe sous le pied aux autres prétendants de la droite modérée, dans un moment de relatif calme politique, tout le monde étant accaparé par la crise du Covid et ses séquelles, et qui lui permet d’exposer tranquillement son projet. Moment d’autant mieux choisi qu’il devance aussi Edouard Philippe qui s’apprête à reprendre la parole à l’occasion de la sortie de son livre, avec un plan de communication très nourri. Désormais, il pourra parler sans s’arrêter, profiter de la campagne des Régionales pour occuper doublement le terrain avec l’espoir de rendre irréversible sa candidature. Tout le monde a été pris de court. Avantage Bertrand.

Une tâche herculéenne.

Sa candidature a été accueillie par les quolibets de l’extrême droite et de l’extrême gauche, sans compter ceux de la gauche, qui rappellent que M. Bertrand est candidat aussi aux régionales et que,  en se déclarant disponible pour la présidentielle, il livre un message à l’électeur des Hauts-de-France, région dont il est président : « Je ne ferai que passer ». Sa double candidature correspond en réalité à une forme de courage et Xavier Bertrand n’en manque pas, lui qui a choisi de se battre en solo. Il a lui-même conditionné sa campagne présidentielle au renouvellement de son mandat dans les Hauts-de-France qui servira à la fois de banc d’essai et de « primaire ». S’il perdait cette première bataille, il ne livrerait pas la seconde. En catimini, les responsables LRem considère Xavier Bertrand comme une concurrence sérieuse à Emmanuel Macron. Car, non seulement la droite peut se rassembler derrière lui, mais son profil de républicain modéré, ferme sur les principes, peut lui permettre de ressouder la « droite bourgeoise » et la « droite populaire » tout en ratissant au-delà, lui, l’ex-agent d’assurances, qui a vécu en HLM, qui n’a pas fait l’ENA, qui a des origines modestes, et  qui veut rester « à portée de baffes » comme il dit. Son plus, c’est le terrain, la France d’en bas, le terroir, la simplicité. Et quand il propose l’hypothèse d’une troisième voie pour « une France fière, redressée et réconciliée », face à Macron et Le Pen, il est crédible. Le Président des Hauts de France est un homme réaliste, qui lit les sondages et les analyses politiques. Et en homme méthodique il va s’appliquer à cocher toutes les cases qui siéront aux électeurs qu’il veut convaincre.

Un projet bien ciblé.

La lisibilité du projet repose sur quelques grands axes : le travail, la restauration de l’autorité, l’intransigeance sur nos principes et nos valeurs, voilà qui parle à toutes les oreilles. Il promet de reprendre la réforme des retraites et de repousser l’âge de départ à 64 puis 65 ans, s’engage à ne pas augmenter les prélèvements obligatoires tout en prônant le remboursement de la dette et la baisse des dépenses publiques. Voilà pour la droite bourgeoise. Mais chacun aura sa part de pouvoir grâce au recours plus fréquent au referendum et aussi avec des décisions qui se prendront sur les territoires, et, encore mieux, dans les entreprises les bénéfices seront partagés. Proximité, simplicité, voilà pour la droite populaire, pour la France des invisibles. Pas de nouveauté décoiffante, mais de quoi consolider un socle électoral.

Réussir l’incarnation.

Face à un électorat de droite en mal d’incarnation, Xavier Bertrand sait qu’il va devoir faire rêver l’ensemble de sa famille politique. Il a un atout : il aime les Français, comme le constate Pascal Péri, et ça se voit, ce qui fait de lui un « anti-macron ». Néanmoins, il sait aussi qu’il va lui falloir franchir nombre d’obstacles pour susciter l’engouement des élus comme des électeurs. C’est pourquoi, il ne parle qu’au futur, jamais au conditionnel, comme pour affirmer sa détermination. Son engagement  à un mandat unique se veut un gage d’action. Il a une petite avance dans les sondages mais il lui faut passer au statut de candidat naturel pour ensuite devenir le candidat unique, condition nécessaire pour avoir une chance d’accéder au second tour. Voilà pourquoi il se dit prêt à travailler avec tous, à rassembler, et de fait, il reprend à son compte les fondamentaux de toutes les droites en espérant que désormais le débat s’organisera autour de lui.

Pourquoi pas lui ?

Réussira-t-il à enclencher la spirale vertueuse,  c’est tout son pari ! Certes, il « en a envie », il est travailleur et organisé, il voit clair dans les attentes du pays, et même il donne des gages de désintéressement, ce que les Français aiment par-dessus tout. Reste à faire de tout cela « le président » … Treize mois pour convaincre !

 


QUAND LA DETTE REVIENT DANS LE DEBAT – LE DOSSIER

Image1
Avec le reconfinement qui ne dit pas son nom, le « quoi qu’il en coûte » en prend une louche de plus, et évidemment creuse un peu plus la dette déjà exponentielle.  De quoi relancer le débat sur son remboursement ou non, ce qui oblige les uns et les autres à rappeler leur position sur le sujet et  oblige notre « grand » argentier à donner son point de vue. Mais d’abord  redonnons les chiffres pour qu’on sache bien de quoi on parle.

Où en est la dette ?

Notre dette dépasse désormais les 120% du PIB. La France entre dans le tableau plutôt  infamant des pays les plus surendettés au monde. Arrêtons-nous seulement à l’Europe où nous tenons compagnie à la Grèce et à l’Italie, et bientôt rejoints par l’Espagne et la  Belgique à cause de la dette Covid. La BCE détient 600 milliards d’euros de dette française et nous aurons besoin d’emprunter 290 milliards d’emprunts brut rien que pour l’Etat en 2021. A quoi il faut ajouter 178 milliards de dettes anciennes qui devront  être refinancées en 2023. Sur les 2 800 milliards, la part du Covid s’élève pour l’instant à 215 milliards.

Cette dette est due rappelons-le, en dehors du « quoi qu’il en coûte », à une explosion des dépenses publiques et évidemment la baisse de l’activité l’aggrave. Elle est fortement internationalisée, détenue à 54% par des non résidents ce qui est à la fois une force en démontrant l’attractivité de la France, et une faiblesse en cas de repli dû à toute cause géopolitique. Ce qui devrait imposer  à tous la plus grande prudence quant aux solutions à envisager pour ce que nous souhaitons faire.

Cet argent n'est pas tout à fait magique. S'il était magique, on ne le verrait nulle part. Or, on peut facilement trouver sa trace. Si vous allez, par exemple, sur le service d'information Bloomberg, vous allez voir la progression du bilan de la Banque Centrale Européenne : le bilan de la BCE a dépassé les 7 200 milliards d'€ jusqu'à représenter 71,8 % du PIB de la zone euro (c'est 30 % seulement pour la FED). On peut se dire qu'on s'en fiche, que tout ça n'est qu'un jeu d'écritures comptables. On peut aussi se dire que la BCE est assise sur un baril de poudre, et qu'il finira un jour par exploser, si nous sommes inconséquents.

Le débat du remboursement.

Ce sujet va revenir régulièrement en boucle pendant les 10 ans qui viennent. Et chacun va y aller de sa solution miracle. Ce sera comme pour le covid : encore un sujet sur lequel tout le monde, et en particulier bien des politiques, va avoir un avis éclairé à défaut d’être définitif. Il y a trois types de réponses : ceux qui annoncent qu’on ne la remboursera pas, ceux qui pensent qu’on la remboursera en augmentant les impôts  et ceux qui imaginent qu’on n’en remboursera qu’une partie ou qu’on l’étalera très longtemps dans le temps.

Ceux qui ne veulent pas rembourser : C’est surtout  la  France Insoumise et Mélenchon qui tiennent ce discours qui relève plus de la posture idéologique que de la réalité. Rembourser la dette serait « engraisser » les banques.  Ce credo est repris par une centaine d’économistes européens emmenés  par Thomas Piketti qui rêve d’une action punitive contre les « riches ». Une escroquerie intellectuelle quand on sait quelles conséquences l’application d’une telle décision entrainerait : déjà pour les 600 milliards détenus par la BCE, c’est interdit par les traités européens, inutile d’entrer dans le détail  d’une opération qui serait de toute façon inutile ; ensuite, toute annulation aboutirait a supprimer l’autonomie de la Banque centrale et donc pour financer la dette annulée vis-à-vis des banques commerciales, l’Etat devrait tout simplement augmenter les impôts des Français dans un pays déjà saturé ; enfin, vouloir annuler la dette c’est oublier les taux d’intérêts et croire que les prêteurs sont des idiots : ceux qui nous prêtent à moyen et long terme aujourd’hui avec des taux très bas voire négatifs intégreraient immédiatement une prime de risque avec à la clé une augmentation des taux obligataires, encore heureux s’ils ne nous snobent pas. Enfin, un défaut sur la dette, c’est une spoliation de l’épargne des Français qui détiennent directement ou indirectement via leurs assurances-vie, près de la moitié de la dette nette négociable de l’Etat. Comment paiera-t-on alors les pensions, les salaires publics et des hôpitaux… Retenons comme paramètre que 2% d’intérêts sur une dette de 2 800 milliards d’euros, cela fait 56 milliards d’intérêts à payer, soit le budget de l’Education.

Rembourser en augmentant les impôts : « pourquoi pas », s’est interrogé François Bayrou, en imaginant, une fois de plus, une contribution « des plus riches »…  et de fait, la moitié des Français anticipe une hausse d’impôts. Mais quels impôts permettraient de rembourser ? Le même Thomas Piketti souhaite qu’on revienne sur deux mesures phares du quinquennat : l’ISF et l’allégement de la taxation des revenus du capital. Mais ce qu’ils rapportent sera loin d’être suffisant. On comprend que les Français préfèrent épargner.

Cantonner une partie ou étaler dans le temps : ce sont deux possibilités raisonnables, sans pour autant être équivalentes. Bruno Le Maire a récemment pris position pour le cantonnement de la dette Covid. Rappelons que notre dette dépassait déjà les 100% du PIB fin 2019. La crise sanitaire a été une aubaine pour la France, puisqu'on a arrêté de parler de la limite des 3% du PIB pour le déficit public et de 100% du PIB pour la dette. Au contraire, il fallait dépenser, creuser son déficit et s'endetter pour soutenir l'économie. On n'arrivait déjà pas à rembourser la dette avant le Covid, comment voulez-vous la rembourser après le Covid ? On va donc avoir droit à des manoeuvres « magiques » pour tenter de la faire disparaître. Bruno Le Maire a compris que pour qu'un objet disparaisse, il faut le retirer de la vue : notre Garcimore national propose donc de l' « isoler ». On la cantonne, on la met dans un coin. Vous voyez la dette Covid ? Hop ! Vous ne la voyez plus... !! Ainsi, on la fait disparaître virtuellement, en la rendant « perpétuelle », une sorte de dette à vie donc. On la fait rouler sur du très long terme. La BCE peut le faire, mais cela ne concerne que les 25% de la dette qu’elle détient. Isoler la dette Covid et la rembourser non pas avec une taxe comme la CRDS mais plutôt une partie des recettes issues du retour de la croissance, ce qui est très flou. Pour le reste notre financier propose une feuille de route pour le rétablissement des comptes publics avec une vision pluriannuelle. On aura l’occasion d’y revenir.  Les Républicains,  par les voix de François Baroin, Agnes Evren et Aurélien Pradié, seraient d’accord pour neutraliser la dette Covid au sein de la BCE, mais ils vont au-delà. Ils pensent que pour garder la confiance des Français et des investisseurs, et en même temps garder des marges de manoeuvre  pour relancer l’économie au sortir de la crise, il faut assurer publiquement et fortement que la dette sera remboursée et qu’en parallèle,  le cadre fiscal sera stabilisé et attractif.  Le seul moyen de concilier ces impératifs, c’est d’allonger la durée de la dette française (8 ans aujourd’hui contre 15 ans pour le Royaume-Uni) et développer les emprunts de 50 ans. Il s’agit par ce moyen de soulager la génération qui entre aujourd’hui sur le marché du travail du fardeau de la solidarité entre les âges.

Les outils du remboursement.

La crise sanitaire va finir par s'arrêter avec la vaccination massive. Alors, il va falloir arrêter de dépenser massivement et de faire des cadeaux, et il va falloir faire les comptes. C’est là qu’ on va s'apercevoir que tous les pays ont laissé leurs dettes déraper pour combattre la crise économique, que certains pays ont beaucoup plus dépensé que d'autres et que certains pays, dont la France, auront des difficultés à rembourser le surplus de dette, dite « dette Covid ». Dans ce contexte, si l’on veut préserver les chances d’une reprise forte de l’économie, il faut absolument renoncer à toute augmentation des impôts. Ensuite, il faut combiner trois paramètres qui permettront de commencer à rembourser en étalant : dégager de la croissance, maîtriser rigoureusement les dépenses et compter sur une reprise de l’inflation… en gardant un œil sur les taux d’intérêt. Car les taux, c’est l’étau financier.

Bon courage à ceux qui prendront le manche en 2022.

 


RECONFINES !?

Confinement petit commerce

 

Drôle de printemps.

C’est une manière d’entamer la saison nouvelle. Les millions de Français de l’Ile-de-France et des Hauts de France sont astreints à un reconfinement dont parait-il il ne faut pas prononcer le nom. Et pour cause, en dehors du fait que vous ne pouvez pas sortir de votre région ou département, vous pouvez pratiquement vaquer à vos occupations habituelles.  Seul le shopping est limité, et ce seront les  femmes les plus punies puisque les commerces qui resteront fermés se limitent pratiquement à ceux qui vendent des vêtements. D’ailleurs pour savoir ceux qui ont le droit d’être « essentiels », il faut consulter la liste à la Prévert édictée par notre administration toujours très productive quand il s’agit de réglementer. De même, pour sortir et vous déplacer, vous devrez vous munir d’une auto-autorisation avec pièces justificatives, selon que vous serez à 1km, 10 km ou 30 km de votre domicile. Il a fallu quarante huit heures pour que nos technocrates s’aperçoivent que s’auto-autoriser à aller se promener ne nécessitait pas cette paperasse mais néanmoins, il faudra avoir avec soi un document qui atteste une domiciliation. Cohérent mais courtelinesque. C’est ainsi que les rues de nos grandes villes sont loin d’être désertes, que les endroits de promenades, parcs, bois, bords de rivières, connaissent l’affluence qu’un soleil généreux favorise. Sans que les précautions sanitaires recommandées soient toujours respectées …

Assignés à résidence.

La décision de reconfiner un tiers de la population française n’aura surpris personne, elle n’en est pas moins astreignante pour les personnes concernées. Avec 30 000 nouveaux cas quotidiens, la situation devenait insoutenable. La lenteur de la campagne vaccinale a entraîné un retour aux bonnes vieilles mesures de protection. Une nécessité, mais aussi un aveu d’échec. Fallait-il confiner il y a plus d’un mois, quand le Conseil scientifique le réclamait à cor et à cri ? Le « courage » du président à l’époque n’aura été que provisoire. Voilà qu’aujourd’hui il rentre dans le rang. Le principal objectif de nos autorités, c’est d’apporter un soulagement assez rapide aux hôpitaux dont les salles de réanimation sont saturées, faute d’avoir fait l’effort nécessaire, pourtant annoncé il y a près d’un an, d’en augmenter les capacités. Les conditions du confinement tiennent compte de l’acceptabilité limitée des Français. On devrait plutôt parler d’assignation à résidence, car le principal  interdit concerne la frontière du département dans lequel  on réside qu’il est interdit de franchir. Cependant, ce confinement « aéré » qui, selon le président de la République, n’en est pas un, ne permet de prédire une soudaine amélioration de la situation. L’attitude d’Emmanuel Macron qui, pour des raisons politiques et du fait qu’il a refusé de confiner en janvier dernier, consiste à nier la réalité du troisième confinement est puérile. Cela a conduit à la consigne imposée au porte-parole de l’exécutif, Gabriel Attal, de claironner à l’envi qu’il ne s’agit pas d’un confinement : c’est pathétique, surtout quand le Premier Ministre a fondé son annonce sur le mot proscrit. Espérons malgré tout que tout ce chari-vari portera ses fruits.

Vaccination accélérée.

La bonne nouvelle, c’est que le vaccin AstraZeneca a été réhabilité par l’Agence européenne du médicament, ce qui permet à tous ceux de nos concitoyens qui désirent se protéger d’avoir accès plus vite à l’injection salvatrice. A cet égard, l’intervention hier soir à la télévision de Thierry Breton, Commissaire européen en charge du dossier de la production des vaccins, a été réconfortante : l’Europe s’est donnée les moyens de faire face aux besoins et la montée en puissance de la production va commencer à produire ses effets, chiffres à l’appui. D’ici  le 14 juillet, pratiquement la moitié de nos compatriotes pourra se faire vacciner. Avec l’afflux des livraisons, voici qu’on va aussi changer de stratégie. Ce qui n’était pas envisageable hier va s’imposer demain : nous allons voir fleurir les « vaccinodromes » tant décriés il y a encore peu. L’armée est appelée en renfort, ce qui est aisé à comprendre puisque la logistique, c’est son point fort, et pour avoir les cadences qu’imposent les objectifs du gouvernement, il va falloir « assurer », comme on dit. Enfin, on passe aux choses sérieuses.  Comme pour les masques, tant qu’on manquait de vaccins, ça tortillait pour dire la vérité : à quoi bon faire de grands centres tant qu’on était incapable de les approvisionner !

L’essentiel c’est qu’on en sorte le plus vite. 

 


LE GRAND CAPHARNAÜM.

Coronavirus Covid vaccination

La vaccination en panne.

« Je vous demande de ne pas injecter un vaccin que vous n’avez pas ! » C’est une caricature  de la situation dans laquelle se trouvent nos pharmaciens et nos médecins libéraux autorisés à vacciner depuis le milieu de la semaine dernière. Sans Astra, pas de vaccination.  En effet, les autorités françaises ne peuvent pas se procurer des doses de Pfizer et de Moderna en quantités massives et le Johnson et Johnson ne sera disponible que dans au moins un mois. Le vaccin Astrazeneca, avec lequel Boris Johnson vaccine toute l’Angleterre, finalement, ne présente pas plus de risque qu’un autre. Mais le psychodrame que nous venons de vivre, alors qu’en France aucun cas  ne justifiait sa suspension, alourdi par la décision de l’Allemagne et de 15 autres pays de l’Union, lui  a fait une bien mauvaise réputation,  suffisante  pour ralentir un peu plus la campagne vaccinale en Europe et surtout chez nous. Selon un sondage Elabe pour BFM-TV réalisé lundi et mardi, 81 % des Français estiment que l’exécutif a mal géré le nombre de doses de vaccin disponibles, une opinion en forte hausse.

Les errements du gouvernement.

Cette suspension pour 48 heures de la vaccination conduit le gouvernement à se déjuger sur sa stratégie anti-Covid. L’idée que l’immunisation devancerait la contagion est maintenant inapplicable et les pouvoirs publics n’ont pas d’autre choix que de miser, une fois de plus, sur les gestes-barrières.  La crise sanitaire a atteint un nouveau pic qu’il serait malséant, en temps normal, de traiter par l’imprécation. Mais enfin, nous sommes revenus aux transferts de malades graves par TGV ou hélicoptère, à la saturation des hôpitaux, notamment en Ile-de-France, et à l’augmentation sensible du nombre de cas. Plein de questions se posent. En voici trois : la suspension de la vaccination décidée par le Président, seul dans sa tour d’ivoire, a été prise dans la précipitation : a-t-il cédé à l’affolement ? Que n’a-t-on depuis  l’an dernier renforcé notre capacité hospitalière en matière de  lits de réanimation, comme le réclamaient le corps médical et l’opposition ? Que penser d’une telle gouvernance qui, au passage, piétine la démocratie en tenant à  l’écart le parlement au profit d’une officine sans légitimité, le Conseil scientifique, dont on ne sait rien des délibérations ?

Un Président prisonnier de son technocratisme.

Macron n’a pas de « feeling » politique. C’est une brillante intelligence qui construit ses décisions en cherchant la rationalité. C’est sa formation, il ne sait  pas faire autrement. Il est entouré de technocrates  eux-mêmes brillants, mais ce ne sont que des technocrates comme lui. Il a besoin de consulter d’où les multiples structures qu’il a mises autour de lui, à commencer par le « Conseil scientifique » et le « Conseil de défense », comme Louis XIV avait son « Conseil d’En-Haut ». Mais voilà, dans le contexte actuel, ces organes ne lui apportent aucune réponse  claire. J’étais hier devant LCI qui interrogeait quatre pontes de la santé : quatre points de vue différents, voire opposés. Comment décider alors ? D’autre part, notre Président n’a aucune expérience de ce qu’est vraiment la politique.  Il n’a jamais été élu de terrain, ni maire, ni conseiller départemental, ni député. Ses prédécesseurs avaient à leur disposition un réseau puissant d’élus de terrain, des partis structurés, des groupes parlementaires qui faisaient remonter le mardi matin les échos de la France profonde. Le parti de Macron est complètement déconnecté et ne peut lui rendre ce service-là. Macron ne sent pas la France. Or c’est indispensable quand des décisions graves doivent être prises.

Principe de précaution et émotion.

Ni décision scientifique, ni choix politique, la suspension de l’usage du vaccin AstraZeneca signe plutôt le triomphe de l’émotion. Voilà à quoi on en est réduit. Le gouvernement donne de ses errements une image très négative qui ne rassure pas nos concitoyens, éberlués par une pénurie de doses qui n’est pas passagère et s’inscrit dans la durée. Jouer le va-tout français sur la vaccination n’était compréhensible que si nous nous étions assurés de disposer d’approvisionnements massifs. Emmanuel Macron a prétexté une réunion de l’Agence Européenne des Médicaments pour décider dans l’urgence, lundi, ce que son Premier ministre refusait encore dimanche… « par précaution », a-t-il justifié, sans mesurer que cette course folle au risque zéro mène droit dans le mur. Car pour 30 cas de thrombose après injection sur 5 millions de patients en Europe piqués au sérum d’AstraZeneca, l’exécutif fragilise sa stratégie vaccinale, déjà poussive. Il hypothèque le retour aux jours meilleurs, alors que la troisième vague menace. Il décrédibilise pour longtemps toute logique scientifique : chercher à évaluer l’équilibre entre coût (les morts) et bénéfices (les sauvés). Mais pareille réflexion est désormais interdite dans un pays submergé par ses pulsions émotives. Résultat, des dizaines de morts du Covid faute d'être vaccinés seront sacrifiés sur l’autel d’un danger aussi hypothétique que limité. Et ce, par crainte de la défiance collective ! C’est ainsi, dans la démocratie émotionnelle, les pulsions mènent le bal sur le tempo des réseaux sociaux, vecteurs de peur et de ressentiment, d’amalgames et de démagogies. Le chef de l’Etat pouvait faire autrement même s’il doit composer avec une opinion versatile et volatile, suspicieuse et dépressive. A vouloir tout ménager, il perd en crédibilité et dévalue un peu plus son pouvoir. Le  soi-disant maître des horloges découvre que l’émotion collective est maîtresse de son action. Avec 300 morts par jour ...

L’Europe a bon dos.

On se précipite un peu trop pour juger l’Europe. Il faudrait commencer par rappeler,  ce qui est  rarement fait, que la France a pesé au maximum pour limiter les achats de vaccins Pfizer, afin de   protéger l’arrivée, alors attendue, du vaccin français de Sanofi… qui a ensuite déclaré forfait.  On s’étonnera que les  contrats signés s’avèrent aujourd’hui insuffisants ! Les Etats-Unis et le Royaume-Uni qui a payé ses vaccins à des prix exorbitants, sont présentés comme des modèles, mais ils ont enregistré à ce jour beaucoup plus de morts que tous les autres. Israël est aussi montré en exemple mais il a accepté de donner toutes les données personnelles de ses habitants à Pfizer. Ce serait impossible chez nous. Alors bien sûr, tout n’a  pas été parfait. La réalisation a été un peu gâchée administrativement à Bruxelles, comme elle l’est en France, par un mélange de juridisme et de bureaucratie. Rappelons que la santé n’est pas une compétence de L’Union. Imaginez aussi qu’on n’ait pas négocié ensemble : tous les petits pays européens n’auraient pas de vaccins parce qu’ils n’auraient pas été en mesure de négocier avec les grands labos. Ils se seraient fait racketter. Ils ont beau jeu de jouer, pour certains les francs-tireurs. Mais l’Europe reste l’Europe. L’union a ses limites, et la liberté de chacun des états-membres peut conduire à des attitudes peu solidaires, souvent pour des raisons de politique internes. Il y a parfois des comportements de voyous qui curieusement s’effacent quand il s’agit d’empocher les subventions. Je parie que d’ici deux à trois mois, on verra que c’est l’Europe qui fabrique le plus de vaccins dans le monde. Car le  grand mérite de la Commission actuelle c’est d’avoir des commissaires comme Thierry Breton qui ont pris la mesure des carences de production actuelles et qui s’emploient pour y remédier.

Donc on va reconfiner, partiellement, différemment, mais on va reconfiner une partie des Français. La  bonne nouvelle, c’est que derrière, inéluctablement, et quelle que soit la politique, il y a la délivrance grâce à la vaccination. Comme les masques, elle peine au départ, mais  elle va s’amplifier inexorablement. Et tant mieux !

 


LA FÊTE CONTINUE !

Economie  bourse

 

Le CAC à plus de 6 000 pts ! 

Le CAC atteint ce seuil symbolique. Et les indices boursiers affichent de nouveaux records historiques. C'est le cas du Dax, l'indice allemand, hier. Quel chemin parcouru en moins d'un an ! Ce qui alimente la hausse des marchés c'est cet argent qui coule à flots continus : l'argent des banques centrales,  ou si l’on préfère, l'argent des gouvernements financé par la dette, elle-même financée par les banques centrales. Depuis un an, les gouvernements et les banques centrales ont réagi vite et fort,  et il y a trop d’argent dans le circuit. Il inonde les marchés, accentuant la financiarisation de l’économie et le  découplage avec l’économie réelle. Si bien que les connaisseurs le savent, il y a deux indices CAC : l'indice CAC que nous connaissons et dont le niveau est commenté tous les jours, et l'indice « CAC GR » ou CAC « Gross Return ». Ce dernier tient compte des dividendes réinvestis en actions. Et ce CAC GR a atteint un record historique. Deux chiffres pour mesurer le chemin parcouru : le CAC a chuté le 16 mars 2020 à 3 612, il cote aujourd'hui 6 000 ; le CAC « GR » cotait 10 200 le 18 mars 2020, il vaut 16 682 !  Tout est  dit !

« Whatever it takes ».

Cette expression lancée par Mario Draghi en 2012 est encore d'actualité. Le rapport de la dernière réunion de la Banque Centrale Européenne est clair : l'argent va continuer à couler à flots en Europe. Notre plan de relance européen de 750 milliards d'€, qui n'a d'ailleurs toujours pas été déployé, fait pâle figure face aux plans de relance américains, mais notre Banque Centrale va compenser tout cela. En Europe, le rebond de l'économie sera moins puissant qu’aux Etats-Unis, et en plus  il est différé chaque jour un peu plus  à cause des cafouillages de la campagne de vaccination. Le plein emploi n'est pas du tout d'actualité, et l'inflation n’est pas un sujet  face  aux facteurs déflationnistes toujours puissants. La BCE a bien compris tout cela, et elle va devoir continuer à soutenir la croissance. Elle va donc injecter encore plus d'argent dans le circuit, « At a significantly higher place », a annoncé Christine Lagarde. La fête de l'argent va  continuer en Europe et les indices européens se réjouissent : plus les nouvelles sont mauvaises pour l'économie, plus la banque centrale injectera de l'argent, et plus la banque centrale injectera de l'argent, plus la bourse montera. Un paradoxe ? Pas vraiment. Il n’y a que la bourse qui peut rapporter en spéculant. Les taux bas disqualifient les autres placements et les investisseurs savent que leur remontée sera très limitée.

1 900 milliards de $ !

Le plan Biden a été adopté par le Sénat : 1 900 milliards de $ qui viennent s'ajouter aux 900 milliards de $ du plan de soutien de décembre. Aux États-Unis, chaque Américain gagnant moins de 80 000 $ par an, va recevoir un chèque de 1 400 $ qui viennent s'ajouter aux chèques de 1 200 $ puis de 600 $ envoyés par l'administration Trump. Il faut y ajouter des aides pour les chômeurs supplémentaires,
plus des fonds pour les vaccinations pour le personnel soignant et pour la couverture santé des plus défavorisés, plus des aides pour les écoles et les lycées. Voilà un pays qui s'apprête à distribuer 422 milliards de $ directement aux ménages.  De l’argent « hélicoptère » qui tombe du ciel. L'État n'intervient plus seulement pour soutenir les plus défavorisés, il intervient pour compenser la baisse de la croissance et ses conséquences. Pour Janet Yellen, la secrétaire au Trésor Américain et ancienne patronne de la banque centrale américaine, la lettre de la reprise est le « K ». Une confirmation officielle d'une tendance profonde. Cela veut dire que la reprise va favoriser les entreprises qui ont su surfer sur les tendances qui ont été très largement accélérées par la crise sanitaire, autrement dit une très large partie de l'économie va rebondir. Par contre, une partie de l'économie ne se relèvera pas une fois les aides gouvernementales supprimées. D’où le « K ». Cela provoque des « rotations » en bourse, ainsi, la  semaine dernière, les investisseurs se sont rués sur les valeurs technologiques qui avaient pourtant perdu plus de 20% et étaient entrées dans un territoire de baisse : hausse de 3,69 % pour le Nasdaq alors que le Dow Jones ne progressait que de 0,10 %. Malgré le package massif de relance américain, malgré les perspectives de hausse de l'inflation, malgré les perspectives de hausse de taux d'intérêt, les investisseurs restent optimistes, voire euphoriques. Cependant, la FED, va vite devoir réduire sa distribution d'argent gratuit car les États-Unis vont connaître une croissance spectaculaire avec un risque avéré de surchauffe, revenir au plein emploi et même se payer un retour à l'inflation. Surtout que certains jugent l’efficacité des aides financières directes aux ménages douteuse, puisque 30 % seulement du montant des premiers chèques de 1 200 dollars versés par l’Administration Trump ont été dépensés en biens de consommation, le reste étant épargné, affecté au désendettement, voire consacré à la spéculation, comme l’a montré l’affaire GameStop. Dès lors, le plan de relance pourrait conforter les inégalités et les bulles, comme on le constate dans l’immobilier - en hausse de 10 % - ou sur les marchés financiers, qui alignent les records.

Une locomotive puissante pour les Etats-Unis et le monde.

Néanmoins, ce dispositif qui intervient dans un contexte d’accélération de la campagne de vaccination a poussé les économistes à revoir leur copie : selon un sondage réalisé par le Wall Street Journal, ils tablent désormais sur une croissance de 5,95% en 2021 en glissement annuel. S’ils ont raison, les Etats-Unis connaîtront cette année leur plus forte croissance depuis 1983. Le plan Biden porte, en effet, à 14 % du PIB le soutien budgétaire de l’activité aux États-Unis en 2021, soit un niveau sans précédent en période de paix. L’objectif est double. Sur le plan économique, la relance vise à restaurer le plein-emploi Sur le plan politique, l’ambition est de rendre espoir aux Américains, de stabiliser la classe moyenne en apportant une réponse concrète aux difficultés des ménages, dont 40 % connaissent des fins de mois difficiles. Le plan Biden est donc une locomotive puissante. L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), juge qu’il devrait entraîner un bond supplémentaire de 3 à 4 points. D’autres observateurs, plus optimistes, parient même sur une croissance de 8 % à 10 % de l’économie des États-Unis. Ce plan aura «des retombées positives pour la croissance mondiale» prévoit le Fonds monétaire international (FMI). Il ajoutera plus d’un point de croissance au PIB mondial, lequel devrait augmenter de 5,6% en 2021, calcule l’OCDE. Les partenaires traditionnels des États-Unis profiteront de cette manne. Ses voisins proches, liés par l’accord Canada- États-Unis-Mexique, en seront les premiers bénéficiaires avec un gain de croissance de leur PIB de respectivement 1,2 et 0,8 point, pronostique encore l’OCDE. L’impact devrait être moins élevé, à seulement 0,5 point, dans la zone euro, où le poids des échanges avec les États-Unis est moins important. Mais attention, la réouverture des économies pourrait entraîner un boom et amorcer une spirale inflationniste, ce qui obligerait les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt au prix d’un krach obligataire et de défauts en chaîne des États et des entreprises surendettés. La relance, par sa démesure, accoucherait alors d’une violente récession. D’une manière plus certaine, ce gigantesque plan américain, qui sera bientôt suivi d’un autre grand programme d’investissement dans les infrastructures, risque de creuser l’écart entre la première puissance mondiale et l’Union européenne. Bruxelles, dont le plan de 750 milliards d’euros n’est pas encore en action et comporte une part trop faible d’investissements pour l’avenir, a plutôt le pied sur le frein, de quoi accroître un peu plus le retard de l’Union européenne dans la course mondiale.

Allez, le bout du tunnel se rapproche quand même. On y croit, même si en France, comme d’habitude, la reprise sera plus lente qu’ailleurs. C’est que la crise n’a pas fait disparaître nos boulets, hélas.

 


RENDEZ-NOUS LA VRAIE GAUCHE !

Rose brisée

 

Ce n’est pas ça la gauche !

Une grande partie de la gauche actuelle, influencée par les nouvelles idéologies déconstructionnistes et racialistes, tourne le dos aux valeurs sur laquelle est fondée la République française, au centre desquelles on trouve le principe d’universalité. Cette gauche, complaisante avec l’Islam radical, a abandonné la laïcité qui constituait l’un de ses piliers, avec l’égalité et la justice sociale. Ainsi est né et s’est répandu « l’islamo-gauchisme » dans notre système éducatif jusqu’à l’université et nos grandes écoles, et imprégné nos médias radio et télé. Cette pensée bafoue la devise républicaine « liberté, égalité, fraternité » comme l’affirme Zineb El Rhazaoui, bien placée pour dénoncer le fondamentalisme dont elle a été victime. Ceux qu’elle désigne comme les nouveaux totalitaires  réintroduisent la notion de race dans notre démocratie : « ne leur en déplaise, être noir, jaune, rouge ou blanc n’est pas une identité mais une caractéristique physique… Les indigénistes sont les collaborateurs de l’islamisme et les saboteurs de la laïcité. Ils enrobent leur idéologie différentialiste dans des concepts universitaires creux, faits de pseudoscience et de compétition victimaire ». Avec l’écoféminisme, le fondamentalisme religieux  et l’indigénisme, les « études décoloniales » forment le fond de la « cancel culture », cette police de la pensée qui pratique la délation et veut interdire tout débat contradictoire à l’université.

Les valeurs de la gauche.

La  gauche que je respecte  et avec laquelle je peux débattre, c’est celle de Jacques Julliard, d’Elisabeth Badinter, de Sylviane Agacinski, de Caroline Fourest, d’Alain Finkielkraut, et plus largement de Kamel Daoud, de Boualam Sansal, qui ont toujours défendu l’idée que Laïcité, République et France, c’était une seule et même chose. Et défendre la laïcité  à la française est central,  car  la laïcité, c’est l’unité dans la diversité, c’est l’idée qu’il y a un esprit universel, commun à tous les êtres humains, c’est l’unité de l’Esprit humain.  Dire « laïcité » ou dire « universalisme »,  c’est la même chose. C’est la grandeur de notre République que d’avoir proclamé ce principe valable pour tous les temps, tous les  pays, toutes les civilisations, toutes les religions. Avec la nouvelle gauche de Plenel et Mélenchon, la France n’est plus la patrie de l’universel. Écoutez attentivement les porte-parole de la gauche, ou de ce qu'il en reste. La laïcité, bien sûr, elle doit être honorée, mais avec modération, car à trop l'exalter, le risque serait de « stigmatiser » les musulmans. D’où les soutiens tièdes de leurs collègues à ces deux professeurs de  l’IEP de Grenoble qui ont eu l’audace de signaler que l’islamophobie ne pouvait pas être mise sur le même plan que le racisme et l’antisémitisme. Un comportement terrifiant fondé sur la lâcheté. Tout au long de la IIIe République, et il  n’y a pas si longtemps encore, on reconnaissait un homme de gauche à un certain nombre de traits : l'attachement indéfectible à la laïcité, à l'école républicaine, à la République elle-même, à la nation, à la France. Tous les grands hommes dont la gauche se réclamait traditionnellement, de Gambetta à Mitterrand, en passant par Clemenceau, Jaurès, Blum, Mendès, et plus près de nous, Michel Rocard et Edmond Maire, ou encore Robert Badinter, étaient pétris tout entiers de ces valeurs.

Le débat droite-gauche, essentiel.

Et en face,  il y avait la droite. Dans toute société, dans toute institution, il existe tôt ou tard un parti de l’ordre et un parti du mouvement, c’est-à-dire une droite et une gauche. La droite a toujours été du côté de l’ordre et se caractérise par son tempérament conservateur. Elle se fait protectrice des traditions en restant notamment attachée à la famille qu’elle considère comme l’unité de base de notre société. Le progrès social, auquel elle n’était pas hostile, était le résultat d’un débat fécond, parfois vigoureux, avec la gauche. L’école était aussi  un sujet d’affrontement, encore sous Mitterrand, au nom de la liberté qu’elle revendiquait pour l’enseignement libre. Cela ne voulait pas dire, pour autant, qu’elle ne défendait pas l’égalité des chances et la construction démocratique des élites, et sous la Vème République, elle n’a jamais  ménagé son soutien à l’école de la République. Cet affrontement nécessaire pour la bonne santé de notre vie démocratique a disparu. Jacques Julliard l’analyse et rejoint Michel  Onfray : il est dû à l’effondrement de la gauche.

L’inversion des rôles.

« Soit un homme qui en toute occasion affirme son attachement à la République et à ses valeurs universelles, sa confiance dans l’école et dans ses maîtres pour intégrer les nouveaux arrivants et conforter le sentiment national. Un homme qui ne transige pas sur la laïcité. » De quel côté placez-vous un homme qui tient un tel discours ? Tout ce qui vient d’être dit le démontre : vous avez affaire au parfait prototype de l’homme de gauche. Eh bien, non, aujourd’hui, c’est un homme de la droite modérée que vous avez devant vous ! Cette illustration de Jacques Julliard tout le monde peut la vérifier. La droite républicaine, soit pour faire pièce à la gauche, par glissement naturel des idées, soit pour faire barrage à la montée de l'islamisme, s’est approprié ces valeurs évoquées plus haut. Mais alors pourquoi les hommes de gauche authentiques, héritiers des Lumières et convaincus que leurs valeurs sont universelles devraient s'en affliger ! De fait, sur tous les sujets, leur démission est patente. Sur l'école républicaine : il  ne faut pas trop rechercher l'excellence, pour ne pas creuser les inégalités au détriment des moins bien armés. Sur la République : voilà qu’ils se demandent si le long cheminement de notre histoire n’est pas synonyme de colonialisme, voire de racisme,  si la Nation n’est pas facteur d'exclusion pour les nouveaux arrivants et pour la France, ils mettent en doute ce « récit » où nos ancêtres avaient trouvé le lien qui les unissait et qui serait une pure fiction, depuis les « racines judéo-chrétiennes » jusqu'à la philosophie des Lumières, issue de ces racines… Pour expliquer ces reniements, Jacques Julliard ose une explication principale : l’Islam. Mais il ne faut pas le dire. Depuis quelques années, depuis le terrorisme, la gauche est malade de l’islam, voilà la vérité !

L’anticléricalisme et le colonialisme.

Cette islamophilie étrange, qui fait, au nom d’une « laïcité » ouverte, pardonner aux musulmans beaucoup plus qu’on n’a jamais pardonné aux catholiques, a deux raisons. D’une part, dans le vieux fond antireligieux, il ne reste aujourd’hui que l’anticléricalisme, et même ce qu’il faut bien appeler une  haine du christianisme. Et, d’autre part, la mauvaise conscience d’une gauche officielle, qui sous la forme du «molletisme» (de Guy Mollet, président du Conseil au début de la guerre d’Algérie), eut une attitude honteuse (pour la gauche) du temps des guerres de libération des peuples opprimés, et qui en montrant de la compréhension à l’égard des mouvements « décoloniaux » d’aujourd’hui, espère faire oublier son absence dans les luttes anticoloniales du passé. D’où, non sans paradoxe, une espèce d’indulgence à l’égard de l’islam, qui à défaut d’autre chose, a du moins le mérite de ne pas être catholique. Et pour avoir raté l’anticolonialisme d’hier, elle se trouve engluée aujourd’hui dans un « décolonialisme de Quartier latin », abandonnant sur le terrain tous ses acquis antérieurs concernant la nation, l’école, la laïcité, l’intégration, l’universalisme. Car enfin, le fait est là : ce n’est pas pour des raisons économiques que les classes populaires, et nommément la classe ouvrière, ont abandonné la gauche pour l’extrême droite. Si bien qu’une partie de la gauche s’est lancée dans une entreprise qui consiste à substituer à la classe ouvrière qui  lui fait défaut, la masse des  immigrés en capacité de voter et qu’il faut séduire. Les défaites de la gauche depuis cinquante ans sont d’abord des défaites intellectuelles.

Redonner du sens au débat.

Cette grande alternative anthropologique  de  l’ordre face au mouvement ne fonctionne plus actuellement dans l’ordre politique, à cause de la confusion des rôles et de la défaillance des acteurs. Les  scandales sexuels qui éclaboussent les excès post soixante-huitards de la gauche « caviar » n’arrangent rien. C'est navrant, mais c'est pourtant ainsi, c’est le monde à l'envers. La question judéo-musulmane est en train de créer en France un ahurissant chassé-croisé au chapitre des valeurs au point de bouleverser le champ de la perception politique.  D’un côté la droite campe sur les valeurs de la gauche, l’extrême-droite capte l’électorat des  classes populaires, et la gauche traditionnelle est  aux abonnés absents, laissant le  champ libre  à  son succédané imprégné des théories absurdes et obscurantistes venues des Etats-Unis. Comme on voit bien que le « ni droite-ni gauche », ça ne  marche pas,  pas plus que le « en même temps », parce que quoiqu’il arrive, nous sommes idéologiquement latéralisés,  il ne tient qu’à la vraie gauche de se faire entendre à nouveau.  Les événements récents et « l’appel des 49 » dans le Journal du Dimanche nous laissent  l’espoir d’une renaissance.  Elle est urgente. Les Français aiment le débat, encore faut-il qu’il fasse sens. La droite a besoin d’une vraie gauche en face d’elle !

 


POUR UN « PACK » DES REPUBLICAINS !

Gaulois2

 

La présidentielle ultime.

Il y a les  départementales et les Régionales, une échéance que LR peut encore assumer avec de réels  espoirs de victoire, notamment en Ile-de-France, Auvergne Rhône-Alpes ou encore les Pays de la Loire.

Mais l’échéance primordiale c’est évidemment la présidentielle de 2022. Le  mode de scrutin impose à  la droite et au centre de n’être représentés que par un seul candidat pour avoir une chance de figurer au second tour. D’abord, c’est le seul moyen d’éviter le duel mortifère pour la France programmé à l’avance, Macron-Le Pen. Ensuite, pour LR, c’est même une question de vie ou de mort du parti. En cas de nouvelle défaite, à combien reviendraient nos députés à l’Assemblée nationale ? Et puis il y a ceux qui par paresse ou  par manque de courage préconisent une alliance avec Macron. Mais on ne s’allie pas avec un ectoplasme. Macron n’a pas d’idées, il n’a que celles qu’il  emprunte aux autres selon les circonstances. Résultat : son quinquennat c’est le désordre et le surplace, comme le dit très bien Brice Hortefeux. Nous avons le cumul du désordre social, sanitaire, sécuritaire et migratoire. Quant au surplace, en cinq ans, il a dû renoncer à  la plupart des grandes réformes qui auraient dû être engagées. S’allier avec lui, c’est courir à la mort certaine de notre formation.

Les élus qui allient compétence et raison.

Alors que partout où les Républicains et leurs alliés sont aux affaires,  ils font montre de  compétence et de savoir-faire dans la gestion de leurs mandats au service du bien commun. Or, on voit bien avec ceux qui gouvernent aujourd’hui, que ce soit l’exécutif ou à l’Assemblée, l’absence d’expérience est dramatique. A droite et au centre il existe un vivier de femmes et d’hommes qui peuvent faire la différence et éviter au pays le drame que serait l’arrivée au pouvoir d’une Marine Le Pen dont on voit bien les insuffisances pour gouverner un pays comme la France.

Rétablir la confiance avec l’électorat.

Pour cela, il n’y a qu’un moyen : il faut inspirer confiance pour la rétablir avec les Français.  La  question de la confiance est primordiale si l’on ne veut pas que l’abstention l’emporte. Le pays est à droite,  mais il est fatigué du désordre, des divisions, de l’effondrement des services publics, des subversions menées par le gauchisme à  l’école et à l’université. L’élection est dans un an, elle n’est pas jouée. Seule la droite a des solutions.  Ceux qui suivent les travaux des groupes parlementaires le savent bien. L’opportunité de reprendre le pouvoir est là, il faut la saisir, mais pour cela, il n’y a pas trente-six stratégies, il n’y en a qu’une. Il faut conjurer le handicap que représenterait une multiplication des candidatures.

Un scrutin et un engagement : rester ensemble !

Devant  le nombre de candidats qui prétendent représenter notre famille politique, il importe de mettre en place un dispositif de sélection pour éviter les candidatures multiples au 1er tour, puisque aucun des prétendants ne perce suffisamment dans les études d’opinion pour s’imposer. Le mieux placé, Xavier Bertrand, plafonne autour de 15% depuis des mois. Dans ces conditions il n’y a qu’un seul moyen, une méthode de départage suffisamment ouverte qu’il faut perfectionner. L’idée de Bruno Retailleau est un peu complexe avec son scrutin à un seul tour et l’attribution de points, mais c’est une piste. De son côté,  Gérard  Larcher est  aussi à la manœuvre et consulte. Cependant il y a une condition qui doit faire partie du règlement de la compétition pour que les Français aient envie de voter : désigner un candidat ne sera pas suffisant, il faut aussi proposer un pacte de loyauté entre tous les candidats  pour faire en sorte que celui qui sera arrivé en tête s’engage à travailler ensuite avec tous les autres et réciproquement. La « Team de la droite et du centre », ça peut marcher. D’abord parce que ça permet de mettre en valeur les complémentarités de caractères et d’idées, ensuite parce que ça ouvre l’éventail électoral. La droite et le centre regorgent de talents,  disons aux Français : « choisissez celui qui vous parait le meilleur, mais nous resterons ensemble pour faire campagne et gouverner. »

Si on y arrive, alors la droite aura de bonnes chances de l’emporter.

 


VOITURES ELECTRIQUES : L’ENORME MENSONGE DE LA PROPRETE !

Voiture électrique

 

Dans vingt ans, la totalité des voitures vendues dans le monde devront être électriques. De quoi bouleverser la hiérarchie mondiale des constructeurs, si cela a vraiment lieu. Car les nouvelles  stars dans  le domaine sont le constructeur Tesla et le Chinois BYD, chouchous des levées  de fonds en bourse. Ces fabricants se sont déjà projetés en 2040 ou 2050. Les tradi du secteur sont bien obligés de suivre et déjà  General Motors et Ford projettent d’abandonner le thermique d’ici dix à quinze ans. Nos champions européens sont moins radicaux, peut-être parce que  le vieux monde est plus réaliste et plus lucide, et ne prévoient de ne faire rouler qu’un tiers de leurs véhicules grâce aux batteries. Il faut dire que la  mutation du secteur automobile n’a guère le  choix, car la révolution à laquelle elle doit se soumettre lui est imposée par les réglementations des Etats qui se sont engagés à respecter les accords de Paris visant à limiter le réchauffement climatique.

L’idéologie remplace le réel.

Haro sur les  moteurs thermiques soi-disant  polluants au profit de l’électrique paré de toutes les vertus. En Europe, l’automobile est entrée dans le collimateur de  Bruxelles.  Les seuils d’émission de CO2 des nouveaux véhicules mis en circulation fixés par la Commission se sont progressivement durcis. Ils sont actuellement de 95 grammes  de CO2 par kilomètre, mais  le seuil descendra  à 80 grammes en 2025 et 59 grammes en 2030. Un rythme infernal. Les constructeurs sont contraints de s’y conformer sous peine de lourdes amendes.  Certains pays comme la Norvège ont même décidé  d’accélérer le calendrier, en bannissant dès 2025 les véhicules thermiques. Les technocrates agissent sous la pression des écologistes qui ont réussi à nous faire croire au miracle de la voiture  propre. C’est de l’idéologie car  ils ne peuvent pas ignorer que leur argumentation repose  sur un énorme mensonge. Mais le propre de l’idéologie  c’est de conduire à l’aveuglement. Ils ont gagné la première manche,  celle qui consiste  à imposer des normes et des contraintes administratives.

L’électrique pas si pratique.

La voiture électrique alterne le chaud et le froid. Elle ne se prête pas à tous les usages et elle va exiger de lourds investissements en infrastructures  qu’il va bien falloir financer, ne serait-ce que  le réseau de bornes de ravitaillement. Faudra-t-il s’attendre  à de longues files d’attente pour ravitailler après seulement 300 à 400 kilomètres.  Et la recharge de la batterie peut prendre autant de temps que le parcours lui-même. Sans parler de la sensibilité à la température extérieure, la puissance de ventilation, le chauffage  qui peuvent influencer fortement l’autonomie. Bref, en électrique, sauf petit parcours urbain, il faudra s’arrêter souvent, très souvent. Certes elle est silencieuse et peut offrir des sensations séduisantes grâce au couple des moteurs, cela ne compense pas les inconvénients.  Quant aux véhicules dits  hybrides, ils cumulent des handicaps qui les rendent peu attractifs par rapport aux mêmes modèles thermiques : alourdis par les batteries embarquées, ils sont plus lents et plus gourmands, et à l’usage, la  motricité électrique se révèle vraiment  d’un intérêt  marginal par la faible autonomie constatée. 

Des dessous très sales.

Contrairement à ce que les apôtres de l’écologie veulent nous faire croire, installer le monde entier dans la voiture électrique non seulement ne règlera pas le  problème de la pollution mais ne fera pas disparaître  les gaz à effet de serre. Force est de constater que ces belles  normes  imposées  par les pays riches ne visent finalement qu’à déplacer la pollution. Si la voiture électrique  en elle-même est presque propre, il n’en va pas de  même de la production d’électricité dans de nombreux  pays, à commencer par l’Allemagne et ses centrales thermiques. Or, il faudra bien produire l’électricité nécessaire à l’alimentation des voitures si tout  le parc  automobile est  demandeur. Il ne faut pas oublier non plus l’extraction des matières premières nécessaires à la fabrication des organes électriques du véhicule et penser encore à leur recyclage… Certains esprits lucides  en viennent à penser que le remède sera pire que l’utilisation des énergies fossiles. En effet, sous le capot  d’une voiture électrique, on trouve du rhodium, du platine, du cuivre, du cobalt, de l’or, du graphite ou du néodyme, ce dernier appartenant à une famille de 17 métaux appelés « terres rares ».  Des  métaux devenus stratégiques et dont la consommation va exploser. Leur extraction, à  l’autre bout de la Terre, en Chine notamment, provoque de terribles  dégâts sur l’environnement. Même constat pour l’extraction du graphite dans le nord de la Chine ou du cuivre dans le plus grand site du monde à Chuquicamata, au Chili, ou encore du lithium de la mer de sel d’Uyuni en Bolivie. Partout, le prix écologique est énorme.

Une dépendance stratégique.

Qu’adviendra-t-il lorsque nous aurons épuisé le filon de cuivre chilien, dans moins de quinze  ans au rythme où nous le consommons aujourd’hui, en sachant que la demande  va croître de  manière exponentielle ?  Que se passera-t-il si la Chine décide, dans un accès de mauvaise humeur, de nous priver de ses « terres  rares », ne serait-ce que pour  privilégier sa propre  production ?  On s’aperçoit alors que les options raisonnables et prudentes des constructeurs français comme Renault et Stellantis (Peugeot-Fiat) sont frappées au coin du bon sens. Les emballements boursiers ne doivent pas faire illusion.  Les moteurs thermiques  n’ont pas dit leur dernier mot.

Le basculement dans le tout électrique c’est pour nos pays développés faire preuve de cynisme et d’hypocrisie : propre chez nous, tant pis si on salit ailleurs ;  et surtout c’est s’exposer à des déboires  en se mettant en dépendance de puissances étrangères  comme  la Chine, ce qui est  loin d’être anodin. Les écolos se  gardent bien d’évoquer ces  aspects.  C’est tellement chic  d’afficher sa bien pensance vertueuse au volant d’une électrique, largement subventionnée par nos impôts !

Non, la  solution est ailleurs.  Et si c'était l'hydrogène ?

Jean-louis Perez et Guillaume Pitron ont réalisé une enquête diffusée en janvier dernier sur Arte avec des images saisissantes sur les pollutions engendrées par l’extraction des produits nécessaires aux moteurs électriques.


MACRON 2022 : AVEC QUI ?

Macron 2022

 

Une majorité éclatée et divisée.

Abondance de biens ne nuit pas, dit-on. Ce n’est pas vérifié en politique. Parti en 2017 avec une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, Macron a vu son groupe LRem rétrécir comme peau de  chagrin. Il a perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale et ne peut engager aucun programme sans le soutien du MoDem de François Bayrou qui, malgré ses exigences, notamment en ce qui concerne l’instauration d’une « dose » de proportionnelle, lui maintient son soutien. Les plus récents sujets de polémique comme la décision de la mairie de Lyon de supprimer la viande dans les cantines scolaires ou le débat virulent sur l’université qui, selon la ministre Frédérique Vidal, serait « gangrenée » par l’islamo-gauchisme, ont déclenché des querelles plus virulentes entre l’aile droite et l’aile gauche de la majorité République en Marche que dans les partis d’opposition ; la ministre de l’Environnement, Barbara Pompili, qui tire une partie de ses convictions de la « bible » écologiste, se dresse avec aplomb contre l’Élysée et la commission citoyenne éponyme n’a pas de  mots assez durs pour fustiger  le projet de  loi gouvernemental. Les divisions de la majorité porteront-elles un coup fatal à la candidature plus que probable d’Emmanuel Macron à un second mandat présidentiel ? L’apparente sérénité du président semble indiquer que les divisions, les défections de nombre d’élus, le différend avec le MoDem sur le mode de scrutin n’ont pas modifié la stratégie qu’il entend pousser à son terme en 2022. Mais il lui sera difficile de rééditer le coup de 2017. Dans ces conditions, sur quelles troupes dévouées le président sortant peut-il compter pour obtenir son second mandat ?

Le problème c’est Macron.

Le fossé séparant la droite de la gauche n’a pas été comblé par le « en même temps ». C’est une évidence, sinon, comment expliquer les désertions du groupe  majoritaire et les  déchirements internes sur le moindre débat clivant. Macron n’a pas fusionné les deux courants en un seul tout bonnement parce que c’était impossible. Ses adversaires historiques affirment l’avoir toujours prévu et en ont pour preuve le maintient de leurs électorats aux municipales que le PS et LR ont plutôt réussies, surtout LR qui a remporté 60% des villes de plus de 9 000 habitants.  Alors  on nous dira que Macron a été conduit, sous l’autorité d’Édouard Philippe, à pratiquer bien plus une politique de droite qu’un programme de gauche ; il a remplacé M. Philippe par Jean Castex, connu pour ses convictions conservatrices. Ce qui fait dire  à certains que tout ce que les macronistes ont à faire, c’est rejoindre les Républicains. Encore que LR considère Macron comme un imposteur, élu sur un programme et qui en aurait appliqué un autre, un homme de synthèse incapable de l’appliquer, et qui a fait perdre aux municipales les listes qui ont pactisé avec son parti. « Lrem porte la poisse » dit volontiers  Christian Jacob. Certes, une majorité présidentielle réunissant les marcheurs, LR, le MoDem et l’UDI ferait un malheur. Le problème c’est Macron !

L’histoire ne passe pas les plats deux fois.

Le Président croit dur comme fer qu’il peut rééditer la stratégie de 2017 malgré  le désarroi qui traverse son camp et dont  l’unique chance de réussite repose sur l’incapacité du  PS à se reconstruire an plan national, tant il est divisé sur ses fondamentaux ; la querelle sur l’islamo- gauchisme en offre une illustration saisissante. Néanmoins, Macron ne pourra empêcher une partie de ses troupes de retourner au bercail écologiste ou socialiste. Même la « jambe droite » sur laquelle  il s’appuie n’est pas  si fiable qu’il le croit. Beaucoup d’électeurs de droite qui avaient rejeté Marine Le Pen au second tour et lui avaient apporté leurs suffrages préféreront s’abstenir au mieux ou voter Le Pen, si le même duel se représente.  Et l’électorat  « conservateur » qui l’a partiellement  rallié n’aurait pas d’état d’âme à le quitter si d’aventure un candidat de la droite classique perçait avec suffisamment de crédit. Ce qui ne manquera pas d’arriver. Aussi l’analyse macronienne qui campe sur le théorème de la Vème République : « la rencontre d’un peuple avec son chef » qui plait tant aux conservateurs, se révèle très risquée et seul le narcissisme exacerbé de l’intéressé peut le convaincre d’aller à la bataille en se réclamant de son seul camp, en croyant que se créera de nouveau entre les deux tours un élan autour de son nom. Il ne voit pas l’élection présidentielle comme le résultat d’une bataille d’appareils et il croit davantage à son magnétisme personnel. Certains veulent se rassurer en observant sa cote de popularité, qui leur parait actuellement plutôt satisfaisante. Mais on sait ce qu’il en est à un an de l’échéance : les cotes sont fluctuantes, surtout avec les Français. Et surtout, il ne se méfie pas assez de Bayrou qui pourrait bien le trahir s’il ne met pas en place la proportionnelle.  

Cinq années de crise.

C’est ce que les Français risquent de retenir du mandat de Macron. Certes, c’est le mandat le plus difficile qu’un président ait dû accomplir, et de fait, son bilan en termes de réformes est plutôt maigre. Beaucoup n’ont pas été menées à terme et ne parlons pas de celles qui n’ont même pas  été  amorcées, comme la réduction du nombre des fonctionnaires. Mais  nombre de ses revers sont dus à une communication exécrable, à des choix malheureux, à l’ignorance de son prochain qui existe chez cet intellectuel déconnecté de la vraie vie depuis trop longtemps et qui ne connait rien du terrain, n’ayant jamais été élu de proximité. L’affaire Benalla, la crise des « gilets jaunes » sont des  purs produits du macronisme. Quant à la pandémie du Covid 19, s’il n’est pour rien dans son expansion en France, la gestion verticale des réponses qui en a été faite avec tous les mensonges et les échecs,  des masques aux vaccins,  lui incombent en grande partie. Il n’est pas difficile de penser qu’un Sarkozy aurait fait mieux que lui.

Au moment des comptes, il  laissera une France enfoncée dans une dette effroyable, qui n’aura su régler aucun de ses problèmes, qui aura fait la démonstration de l’impuissance de sa technocratie sur laquelle il n’a cessé de s’appuyer. Une France rongée par les violences récurrentes du communautarisme instrumentalisé par l’islamo-gauchisme et sapée par les théories progressistes. Si de nombreuses candidatures inspireront du scepticisme, seront affaiblies par des propositions sans crédibilité ou par l’incompétence, un candidat de la droite et du centre, de bonne facture, prêt à défendre avec conviction l’identité de notre pays, fondée sur la science et l’universalisme, aura toutes ses chances. En attendant, 69% des Français pensent que Macron ne sera pas réélu s'il se  représente.

 


LA PROPORTIONNELLE DE TOUS LES DANGERS.

Proportionnelle 3

 

Le  vieux serpent de  mer des décadents refait surface : le temps presse. La loi oblige à voter la réforme du mode de scrutin avant juin 2021, après ça ne sera plus possible, à moins d’un an des élections législatives de 2022.  Si les études d’opinion  montrent qu’une majorité des Français y est favorable, peut-être à cause de ce que Macron a fait de l’Assemblée nationale avec sa majorité introuvable, ça n’est pas une raison suffisante pour rendre ce mode de représentation utile au bon fonctionnement de notre démocratie. D’autant plus que la situation actuelle dans le pays est suffisamment compliquée pour ne pas y rajouter encore la déstabilisation inévitable de la gouvernance politique qu’elle provoquerait s’il était institué.  Encore faut-il savoir de quelle proportionnelle il s’agirait.

Le mauvais souvenir de la IVème République.

Il n’y a guère que les vieux qui peuvent encore témoigner des désagréments du scrutin proportionnel intégral , des tripatouillages de ce qu’on appelait les « apparentements », et de l’instabilité  gouvernementale qui faisait que les groupes charnières de quelques députés exerçaient un chantage à la majorité inversement proportionnel à leur influence réelle dans le pays. Tout le monde se souvient d’un gouvernement Félix Gaillard investi un matin et mit en minorité le soir même. Cela n’a  pas empêché la République de survivre de 1946 à 1958, mais c’est de là qu’est venue la tradition de la haute fonction publique : les gouvernements passent,  les fonctionnaires restent…  Notre technocratie déjà omnipotente n’a guère besoin du renfort supplémentaire d’un parlement affaibli qui sortirait immanquablement d’un scrutin à la proportionnelle dans une France divisée comme jamais, même avec le scrutin majoritaire actuel.  Le fait est que, à ce jour, jamais l’Assemblée nationale n’a connu autant de groupes parlementaires, et jamais autant de transfuges d’un groupe à l’autre en cours de  mandat.

La dose de proportionnelle.

L’idée est déjà ancienne. Sarkozy l’avait envisagée, Hollande l’avait promise, Macron l’avait inscrite à son programme. Les conseils municipaux des villes moyennes et grandes, les conseils régionaux sont élus selon un mode de scrutin panaché, majoritaire avec une part de proportionnelle qui permet aux oppositions d’être mieux représentées. Le Sénat lui-même est soumis aux deux modes d’élection selon les départements. Alors  pourquoi pas l’Assemblée nationale ?   Mitterrand s’y était risqué, au prix d’une augmentation du nombre des députés passés de 465 à 577. La droite, dès son retour au pouvoir rétablit le scrutin majoritaire en redécoupant les circonscriptions pour garder le même nombre de députés afin de ne pas renvoyer chez eux nombre de ses propres élus. L’avènement du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral  avec les législatives dans la foulée de l’élection présidentielle  ont faussé le résultat de ce  mode de scrutin qui provoque inévitablement le renforcement du fait majoritaire dont l’élection de 2017 a été la caricature. Cette anomalie plaide  pour un rééquilibrage. Par contre, la  transformation du paysage électoral avec une extrême-droite autour de 30% exige la plus grande prudence. Notre démocratie n’a rien à gagner à se retrouver  avec une Assemblée nationale où le Rassemblement national  serait le groupe le plus important. D’où la prudence de Macron qui envisageait l’introduction d’une dose de 25%  de proportionnelle,  avec une réduction du nombre des élus. Pour y parvenir, le  temps manque désormais.

Le projet dans les tiroirs.

Convenons-en : le scrutin proportionnel intégral donne la représentation la plus juste. Son inconvénient majeur, c’est la fragmentation politique spécifique à la France et l’impossibilité de majorités stables pour soutenir le gouvernement. Le second défaut, c’est le scrutin de listes concocté par les états-majors politiques  qui font des députés « hors sol ». C’est pourquoi, le Général De Gaulle avait préféré instaurer le scrutin uninominal majoritaire à deux tours qui avait l’avantage  d’inscrire l’élection dans les territoires avec des députés de circonscriptions. Au premier tour on choisit, au second on élimine. Un système mixte pourrait donc faire l’affaire, pour peu qu’on calibre correctement la part de proportionnelle afin de ne pas empêcher l’émergence de majorités stables. Mais là est la difficulté. Car désormais le temps est compté pour élaborer un projet de loi viable  et respecter  toutes les procédures de concertation.

Dans le premier  projet  de loi présenté en 2018, l’exécutif prévoyait d’élire  15% des députés  sur une liste nationale pour une assemblée dont l’effectif global aurait été réduit de 30%. L’affaire Benalla avait obligé à suspendre les travaux. L’année suivante, Il  avait relevé  le seuil à 20%  pour un nombre total d’élus réduit de 25%, mais le processus parlementaire avait  été une nouvelle fois interrompu par le « grand débat ». Le problème, c’est qu’avec une dose nationale de proportionnelle et le maintien de circonscriptions territoriales partout, ces projets envisagés nécessitaient  un redécoupage de toutes  les  circonscriptions, travail colossal qui n’a pas été fait et impossible à réaliser d’ici juin. Reste la possibilité de calquer le système sénatorial : la proportionnelle dans les départements peuplés, le scrutin majoritaire dans les autres. Avec le seuil équivalent à celui du Sénat, un département sur deux voterait à la proportionnelle, ce qui conduirait à désigner trois députés sur quatre  élus selon ce mode de scrutin,  l’inverse de la proportion souhaitée.  Le « seuil Bayrou »  de 25% correspondrait aux neuf départements élisant douze députés et plus. Mais aux dernières  nouvelles, Bayrou, conscient que le temps est compté, préconise une loi électorale simple, proportionnelle, départementale, avec un seuil de 5% pour l’éligibilité (on n’a pas fini de voir les listes « Théodule » apparaître). Emiettement garanti au palais Bourbon. Avec un referendum à la clé pour que les Français donnent leur avis. Retour à la IVème République dont le parti centriste a toujours été nostalgique. Mais où caser un tel referendum dans le calendrier électoral déjà bien chargé. Il y a déjà celui sur le climat à organiser.

L’opportunité politique.

Proposer une telle  modification du mode de scrutin,  en tant de crise sanitaire, s’avère hautement risqué, surtout après l’annonce de l’augmentation que les parlementaires se seraient votés. Difficile, mais pas impossible. Néanmoins,  on peut s’interroger sur la subite pression que le Modem met sur le chef de l’Etat, alors qu’il n’a même pas utilisé sa niche parlementaire, il y a une dizaine de jours, pour inscrire la proportionnelle à l’ordre du jour,  préférant la gestion du service des eaux en Guadeloupe ou l’indemnisation des catastrophes naturelles. Comme l’Elysée fait le dos rond, les  centristes se rabattent sur l’agitation politicienne, en rameutant la carpe et le lapin : le RN, les Verts, la France insoumise … à leur cause. Ils ont réussi à faire sortir du bois Darmanin et Legendre. L’union des déclinistes et des démolisseurs de la Vème République. On n’aura pas de mal, le télescopage avec les inquiétudes liées au Covid aidant, à faire le procès au gouvernement de gâcher un temps précieux pour « tripatouiller » un mode de scrutin par seule peur d’une défaite en 2022, surtout si les départementales et régionales signifient une nouvelle déroute de LREM. Il n’échappe à personne que le changement de règle  électorale favoriserait le mouvement de Bayrou. Mais celui-ci se trompe quand il imagine redonner à notre vie publique, par ce moyen, davantage d’ouverture et de possibilités de rassemblement. Ce sera, à n’en pas douter, davantage de dispersion et de confusion, de négociations d’arrières-cuisines, avec des accords qui se font en général sur le dos des électeurs, une fois les élections passées.  Si les citoyens peuvent avoir des raisons d’être  mécontents d’une assemblée où une majorité d’entre eux n’est pas représentée, leur offrir le système qui permet le plus les « tripatouillages » post-électoraux n’est peut-être pas le meilleur moyen de les réconcilier avec la démocratie représentative, qui en sortira affaiblie encore un peu plus.

Les technocrates se frottent les  mains !

 


EMPLOI, FINANCES, Où EST LA REALITE ?

Dette publique

En ces temps de  crise, il est bien difficile aux Français de se faire une idée de l’état réel dans lequel se trouve notre pays. On sait que l’activité économique s’est effondrée de 9% sur l’ensemble de l’année 2020 et qu’elle reste à l’étiage. Des moyens financiers hors-normes sont mobilisés pour lutter contre les conséquences économiques de la crise sanitaire, mais qui peut affirmer avec certitude qu’on dit toute la vérité à nos compatriotes ? Les statistiques habituelles sont faussées par l’enchevêtrement des aides de l’Etat et ce qu’elles mesurent ne veut plus dire grand-chose.

La situation de l’emploi.

Ainsi, il est bien difficile de dire quelle est la réalité du chômage et son ampleur. Le recul du PIB nous permet d’imaginer la violence du choc sur l’emploi.  Les données de base sont connues : notre population active compte 29,2 millions de personnes, dont environ 6 millions dans la fonction publique. Bercy, puis l’Insee  ont évalué les destructions nettes d’emplois autour de 700 à 800 000 pour l’année 2020,  mais paradoxalement, la courbe du chômage n’a guère bougé.  En tout cas, pas  pour le moment. La pléthore des statistiques n’empêche pas que nous soyons dans le brouillard,  tant la frontière entre le travail et l’absence d’activité est devenue floue. La difficulté provient de « l’activité partielle » largement soutenue par les dispositifs d’aide qui permettent de maintenir les salariés au sein de l’entreprise. 

A la Dares, au Ministère du Travail, on recensait 2,6 millions de salariés concernés, en novembre  2020.  Cette nationalisation déguisée des salaires empêche de mesurer les dégâts réels en terme de  réductions d’emplois par une « rétention de main d’œuvre » comme l’indique l’Insee avec cette jolie expression. La facture en est salée pour les finances publiques : 30 milliards d’euros en 2020 (1,5% du PIB). Les enquêtes  de notre institut national établissaient au 3ème trimestre 2020 un taux de chômage de 9% à quoi il fallait ajouter un « halo » de 1,7 millions de gens au statut pas  vraiment défini, entre chômeur et employé.  Le calcul selon les  normes du BIT avait même mesuré un recul du chômage, c’est dire : les gens confinés étaient dans l’impossibilité matérielle de chercher un emploi. Dans le « halo », il n’est pas certain qu’on trouve  les intermittents, les CDD, les intérimaires, les saisonniers, les autoentrepreneurs qui sortent pour la plupart des radars. Une certitude : l’addition des 6 millions de demandeurs d’emplois inscrits à Pôle Emploi et des 2,6 millions d’actifs en « chômage partiel » équivaut  à la moitié des salariés du secteur privé,  en approchant des 9 millions. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’il en sera au moment de la reprise d’activité. C’est là qu’on mesurera vraiment les dégâts, quand les entreprises zombies maintenues artificiellement en vie déposeront le bilan.

La face cachée de la dette.

Mille milliards… aurait crié le capitaine Haddock. Le « quoi qu’il en coûte » présidentiel y ressemble :  les milliards semblent tomber du ciel, sans fin, créant l’illusion d’une richesse inépuisable.  Sauf que celle-ci n’existe pas. La réalité c’est qu’en 2020, la France a emprunté des sommes gigantesques : 1 milliard par jour, ou 700 000 euros par minute. L’argent coule à flots,  comme par magie, mais il n’est pas gratuit. La  vérité, c’est que la dette française détenue par le système financier, les épargnants et la BCE, explose et constitue une véritable bombe  à retardement. Nos finances publiques sont entrées dans une zone rouge, dans un contexte compliqué, avec une société à cran, les fermetures administratives  et le chômage qui remonte, car évidemment, on commence à voir s’aligner les chiffres  des suppressions d’emplois dans les secteurs impactés par la crise.  Il faut bien savoir qu’en vingt ans, le poids de la dette dans la richesse nationale a doublé. Elle représentait 60% du PIB dans les années 2 000, elle atteint aujourd’hui les 120%. Mais en réalité,  en valeur, son poids a triplé, passant de 1 050 milliards d’euros à  environ 2 800 milliards aujourd’hui et, très vraisemblablement 3 000 milliards en 2022. Il faut y ajouter la dette invisible,  celle qui n’est pas prise en compte dans les mesures selon Maastricht.  Il faut ajouter 4 000 milliards de dettes hors bilan supplémentaires, qui correspondent aux engagements de l’Etat.

L’argent coule à flots, mais au moins on voudrait penser qu’il est bien utilisé. Tout le problème c’est qu’il est largement gaspillé dans les tuyauteries ministérielles. Pendant le confinement, environ 40% des effectifs de  la fonction publique d’Etat étaient payés  100%  tout en restant chez eux sans travailler. Nos administrations ont montré leur manque d’agilité. Ce qui est frappant c’est le contraste entre les sommes dépensées et les résultats calamiteux. Pour prendre un exemple concret, le statut des agents publics hospitaliers ajouté à la suradministration de l’hôpital ont eu pour conséquence l’arrêt beaucoup plus important de notre économie par rapport à  nos voisins allemands… nous avons un nombre d’agents au ministère de la Santé supérieur (plus de 11 000) à tous les pays comparables et  nous n’arrivons pas à gérer la logistique en interne.  L’argent va à des emplois administratifs au lieu de s’investir dans l’amélioration des services sous-dimensionnés. Bref, notre suradministration nous coûte 84 milliards d’euros par an selon l’IFRAP. Encore faudrait-il évoquer le cloisonnement qui fait que les préfets, les maires, les ministres, les présidents de région, les départements, les  ARS ne se parlent pas vraiment, ajoutant à la lourdeur, les cafouillages bien connus ( les masques, les tests, et aujourd’hui la vaccination).

La question du remboursement.

La dette détenue par la Banque Centrale européenne ne pourra pas être effacée d’un trait de plume. Et il est dangereux et irresponsable de laisser penser que ce pourrait être le cas. Car  la  valeur de la signature de la France repose sur la confiance et celle-ci est volatile. Nous dépendons financièrement presque totalement de la BCE, de ses engagements et des votes du Conseil des gouverneurs. Si la banque européenne est intervenue massivement, c’est pour éviter une crise des dettes souveraines : en mars 2020, les taux d’emprunts divergeaient rapidement entre l’Allemagne et l’Italie… et la  France. Il fallait voler au secours des états les plus fragiles. Le soutien de la BCE ne sera pas éternel et inévitablement les vannes vont se refermer progressivement. Il nous faudra donc revenir aux règles de bonne gestion quand les pays européens les plus vertueux vont dire stop aux politiques de taux négatifs et de rachat de dettes publiques. La question est de savoir combien de temps ils vont laisser à la France devenue désormais un des maillons faibles de l’Union. Le temps nous est compté.  L’argent magique et gratuit n’existe pas.  On finit toujours par payer la note.

Conforter la confiance dans la signature de la France est fondamental alors que l’Etat va encore emprunter plus de 260 milliards d’euros en 2021, et les besoins seront du même ordre les années suivantes. Il faut donc faire la démonstration de la volonté de la France de réduire son endettement, si l’on veut que les non-résidents qui détiennent la moitié de notre dette ne se détournent de notre pays. Il faudra mettre en œuvre rapidement un plan pour ramener la dette à 100% du PIB. Un sujet pour les candidats à la présidentielle !

 


NOTRE CULTURE PREND L’EAU DE TOUTES PARTS !

Académie française

Au moment où le  Royaume-Uni quitte l’Europe, les 27 pays de l’Union, en toute logique, devraient abandonner  la langue anglaise comme langue de communication, et, pourquoi pas, permettre au  français de prendre le relais. Mais le « globish » anglo-maniaque n’a jamais été aussi fleurissant et s’est imposé comme une soi-disant évidence dans les échanges intra-européens parce qu’il serait plus pratique. Que s’est-il  donc passé chez nous depuis  une vingtaine d’années pour que nous arrivions à un avachissement généralisé qui nous conduit tout droit à la relégation intellectuelle, alors que la France a longtemps pu, à juste titre, s’enorgueillir de sa langue et de sa culture ? Sans prétendre retrouver le XVIIIe siècle, époque où notre langue était celle des cours européennes , et même de la cour russe, on peut s’étonner de ce que la langue anglaise, dans sa version la plus pauvre, ait définitivement pris le pouvoir dans une Europe qui avait pour ambition de réunir les peuples et non de céder à cet impérialisme linguistique. En octobre dernier, encore, le parquet européen a ainsi choisi d’adopter l’anglais comme unique langue de travail,  un comble !

La furie féministe sape le génie de la langue.

Le français a aussi ses ennemis de l’intérieur. Depuis son apparition, l’écriture inclusive qui se  manifeste  par l’usage du point médian et la mention systématique du genre féminin, a tendance à se répandre en dépit des interdictions officielles, notamment  dans nos universités. Cette pratique est une insulte au génie de notre langue et conduit directement à un appauvrissement intellectuel.  Elle rend l’oralité de la langue impossible. Essayez de lire à haute voix : « Cher.e.s étudiant.e.s vous êtes convoqué.e.s  pour venir rencontrer vos interlocuteur.trices … ». Faut-il « oraliser » les  points ? On mesure le ridicule. Mais c’est une véritable oppression qui s’est mise en place pour imposer ce langage stupide. Dans certains cas, ce sont les professeurs qui l’imposent à leurs étudiants dans leurs devoirs ou dans leur messagerie, sous peine de ne pas corriger ou répondre, ce sont les organisations syndicales qui l’imposent aux administrations, quand ce sont les administrations elles-mêmes…  Les opposants à cette nouvelle forme d’écriture sont alors qualifiés de réactionnaires ou de conservateurs,  ce qui est pour moi un compliment.  Certains enseignants ont vu leur conférence annulée quand le thème était jugé « inapproprié » tel Jean Szlamowicz, auteur du livre « le sexe et la langue » (qui ne parle pas du cunnilingus), qui devait exposer dans le cadre d’un séminaire linguistique, « l’écriture inclusive à l’épreuve de la grammaire ». Ses collègues avaient fait pression sur le doyen pour empêcher la conférence d’avoir lieu. Et le cas n’est pas isolé. 

Voilà l’université française qui pratique l’ostracisme. Le résultat est préoccupant, car la réflexion scientifique est étouffée par l’idéologie. L’Académie française y a vu un « péril mortel ». Cette pratique est un bras d’honneur aux instituions gardiennes de la langue française. L’écriture inclusive part d’une idée fausse qui voudrait que le masculin dans la langue «  invisibilise » (admirez le néologisme) les femmes. C’est une croyance qui ne repose sur aucun fondement sérieux : faire du masculin un genre qui ne prend pas en compte le féminin, c’est faire comme si les mots n’étaient jamais utilisés dans un contexte qui en éclaire le sens : ainsi, quand je parle des « habitants de ma ville», je pars du principe que c’est un ensemble qui comprend des hommes et des femmes. Il est urgent que l’usage de cette écriture soit réellement proscrit à l’école, elle est un danger pour l’apprentissage de notre langue car elle génère de l’insécurité  linguistique en rendant le français moins accessible, elle éloigne les gens qui ont des difficultés avec la langue. Un député s’est saisi du problème et prépare une proposition de loi allant dans ce sens. Espérons qu’il soit suivi.

Nous fabriquons des infirmes de la jouissance littéraire !

Un autre mal ronge notre culture : la  castration littéraire.  C’est un inquiétant symptôme de ce nivellement généralisé qui, dans le sillage de ce qu’on appelle la « culture de l’effacement » ou «cancel culture», est en train de bâillonner l’imaginaire en éteignant la saveur des mots. Désormais, il faut éviter  toute complexité et renoncer à la richesse de la langue dans les textes à destination des jeunes. Ainsi un éditeur transforme, lors d’une réédition, une phrase telle que «Le soleil disparut dans un flamboiement d’incendie et le lac refléta de merveilleux tons de pourpre et d’or» en la phrase amaigrie «Le soleil disparaît derrière les sommets alpins et le lac prend des reflets dorés». C’est ce qu’a fait Casterman en rééditant « Le Club des cinq et le Cirque de l’étoile ». De la même façon on  renonce au passé simple au profit d’un présent aplati, ce qui supprime la différenciation féconde  que nous faisions entre l’action factuelle intervenue à un  moment précis du passé et celle qui a une durée, exprimée par le passé simple ou l’imparfait. Pour Alain Duault, on prive nos enfants « de la pulsation gourmande d’une langue riche et charnue pour en faire une sorte de prose végane ». 

Le désapprentissage de la langue dans son épaisseur et sa complexité se fait au profit de sa seule valeur d’échange. L’argument de la simplification induit donc la réduction : il faut aplatir les textes destinés aux enfants, pour les préparer à « être en phase avec leur époque », ainsi que le dit la directrice de Casterman jeunesse. Un seul chemin : l’utile, le pratique, ou l’échangeable, voire le jetable. La poésie ne leur est plus nécessaire, pas plus que la musique ou que la peinture, pas plus que tout ce qui crée un langage propre à élever l’esprit, à questionner le monde, à en révéler la beauté et la multiplicité.  Bientôt on simplifiera Chateaubriand qui fait des  phrases trop  longues, si on l’étudie encore, et on « allégera » la neuvième de Beethoven aux orchestrations trop capiteuses. Bah,  le rap est bien plus accessible et il n’est pas produit par des « vieillards blancs, hétérosexuels, suppôts du patriarcat ». Ne cédons pas à tous ces alignements devant le politiquement correct de soi-disant progressistes, qui fait réécrire des titres, déboulonner des statues, étouffer des œuvres, débaptiser des écoles, défigurer la graphie de la langue avec la pratique de l’écriture inclusive, réduire toute expression à la pensée unique du moment.

Les néo-totalitaires nous imposent leur censure castratrice.

L’accumulation de ces atteintes anticulturelles cible les jeunes, les enfants même, qui, si l’on accepte de laisser cette action rongeuse se poursuivre, n’auront bientôt plus de mémoire pour se défendre, plus d’images pour rêver, plus de mots pour dire la beauté, l’amour, la vie. Il faut en finir avec cette maltraitance récurrente de ce qui constitue la matière de notre culture et qui se traduit par une langue décharnée plutôt que savoureuse et colorée, un imaginaire censuré plutôt qu’une ouverture au rêve, une aseptisation des contenus plutôt qu’un apprentissage des différences et de la mise en perspective historique. L’uniformisation du style, du son, de la perception conduit à une robotisation des consciences à un langage unique comme l’est la pensée. Insupportable ! Qui ne mesure la régression quand la langue qui est notre première identité doit se modeler à la dictature de la facilitation du discours, au nom d’une aberration intellectuelle ?

 

 


UNE LOI QUI NE CONFORTE PAS LA REPUBLIQUE

Laicite

Le débat sur le projet de loi contre « l’islamisme radical », devenu contre « le séparatisme », puis "confortant les principes de la République", a donné lieu à un florilège d’arguments développés par les « Insoumis », la  gauche  communautariste et le PC, qui laissent pantois.  Mélenchon et ses comparses ont tourné le dos définitivement aux acquis des « Lumières ». Dire n’importe quoi, proclamer des absurdités, porter les pires reniements, défendre la soumission quand on se dit « insoumis », reculer sans cesse, pour justifier que l’on n’a pas le courage de dire ce qui est : le voile islamique n’a rien à faire en France, et encore moins sur la tête des fillettes. Ce n’est pas la question du simple port d’un vêtement qui est posée, mais bien celle des rapports entre notre civilisation occidentale et l’interprétation la plus étroite de l’Islam.

Il faut bien distinguer, s’agissant de l’Islam, la face proprement  religieuse, démarche de foi définie par les « cinq piliers de l’Islam », tout-à-fait compatible  avec nos lois républicaines et la laïcité, et l’autre face qui veut l’imposition d’un ordre social et politique qui sont, eux, incompatibles. Il est important de bien distinguer ces deux faces. La stratégie des islamistes, Frères musulmans et autres, et  de leurs alliés objectifs à fin de récupération électorale, est de dissimuler dans  leur rapport  avec notre monde occidental ce qui sépare ces deux dimensions de l’Islam. Et le point crucial de  cette  occultation concerne la tenue islamique notamment  pour les femmes. Son port  est présenté comme relevant d’une démarche de foi et toute entrave à celui-ci, en particulier à  l’école, comme « islamophobe ». Or, il suffit de consulter le Coran pour constater que cette tenue est un élément d’ordre social.

Ce qu’on essaie de nous imposer par le voile islamique, c’est une pratique religieuse associée à une morale et une pratique sociale toutes deux incompatibles avec nos valeurs. Rappelons que le voile islamique est le symbole ostentatoire d’une condition féminine inacceptable pour nous, instituant l’inégalité avec l’homme par la soumission de la femme : la femme stérile répudiée, la femme adultère punie de mort, le témoignage de l’homme qui vaut celui de deux femmes, la soeur qui n’obtient que la moitié de la succession dévolue à son frère, le mariage mixte interdit, la polygamie autorisée… Des Etats, comme la  Tunisie ont essayé récemment  d’avancer sur ces sujets,  mais ont dû reculer devant la pression exercée par les orthodoxes religieux. C’est la vraie signification du port du voile. L’affirmation de leur « islamité » par les jeunes filles ne s’arrête pas à cet accessoire vestimentaire. Elle s’accompagne généralement de contraintes supplémentaires telles que l’interdiction de suivre les cours de sciences naturelles, d’éducation physique ou de musique, voire même de s’adresser au professeur si celui-ci est de sexe masculin. D’où le mutisme de certaines filles en classe  que les professeurs ne comprennent pas toujours. Nous ne pouvons pas l’ignorer.

Et même sans astreinte religieuse, l’usage impose encore aujourd’hui quelques règles de politesse comme se découvrir pour saluer ou entrer dans certains lieux, dont l’école fait partie. Sur le plan strictement vestimentaire, si l’on accepte une exception pour le « foulard », rien ne permettra plus alors de s’opposer à la casquette sur l’oreille ou d’autres accessoires moins anodins. Et de ce point de vue, l’école reste un des rares endroits où se fait l’apprentissage de la politesse et des usages, du moins j’ose l’espérer. Le voile islamique, à l’école, et encore plus en classe, est contraire à notre code de civilités. Son port dans la rue, relève d’un autre débat.

Entendre Marie-Georges Buffet défendre « la religion opium du peuple » la plus antiféministe qui soit, au nom de la stigmatisation qu’elle subirait, pourrait être savoureux, mais relève d’un déni de  réalité et d’une confusion inexcusables. Une démarche rejointe par l’aile gauche de la majorité  présidentielle, qui a conduit à dénaturer le projet de loi initial,  et  confirmée par le Président lui-même quand il  affirme : « La France n’a pas de problème avec l’Islam ». Ainsi, la fable selon laquelle le voile islamique ne serait pas une pièce maîtresse d’un ordre collectif mais relèverait de démarches de foi individuelles a été largement acceptée par les députés. Tous les amendements concernant le voile ont été rejetés par la majorité. Et en marge, que dire de l’intervention de  la Défenseure des Droits volant au secours du burkini ! En n’affirmant pas clairement que la liberté de conscience  concerne exclusivement la dimension spirituelle de l’existence et exclut totalement l’imposition d’un ordre social et politique qui constituerait une contre-société, le projet de loi voté par l’Assemblée nationale manque son objet. Comme  il  considère l’Islam dans sa totalité  comme une religion, il est conduit à prendre des mesures  concernant les  religions en général,  alors même que la vraie cible n’est pas religieuse. Par souci de neutralité, il  impose des contraintes nouvelles de manière indiscriminée à des organisations religieuses, chrétiennes et juives, qui n’entretiennent aucune visée séparatiste et sont donc des victimes collatérales de la nouvelle loi.

Depuis le XVIIIème siècle, l’individu européen a conquis une à une toutes ses libertés. Cette remise en cause devenue permanente, à laquelle l’église catholique s’est elle-même adaptée, a permis la proclamation puis l’application progressive des « Droits de l’Homme ». C’est au nom des Droits conquis que nous avons le devoir de lutter contre toutes les atteintes aux droits élémentaires de la personne. Comme le dit Finkielkraut : « ou le hommes ont des droits, ou ils ont une livrée… ». De peur de paraître intolérants avec les musulmanes « on les confond avec la livrée que leur a taillée l’Histoire ». Voilà le piège : sous prétexte de droit à la différence, on voudrait imposer sur notre sol un apartheid. Dans son livre « Bas les voiles » Chahdortt Djavann assimile à une maltraitance l’obligation du port du voile faite aux filles mineures, et elle n’a pas tort, dans la mesure où cette obligation enferme l’enfant dans une démarche mutilante de sa féminité. Il ne s’agit pas d’intolérance, mais de respect de la personne et de protection des mineurs, en application de nos valeurs et de nos lois.

Cependant, la pratique de l’Islam n’est sûrement pas incompatible avec la laïcité. Il reste à en rechercher les modalités et à aider ceux, parmi les musulmans français, à l’instar de l’Imam Chalgoumi, qui souhaitent se situer dans cette perspective-là. Les testings effectués auprès des employeurs montrent que les candidats à l’embauche dont les CV suggèrent que, musulmans, ils adhèrent aux valeurs de la République, sont bien accueillis. Nombreux sont ceux qui adhèrent pleinement à la République et le bon sens exige qu’on évite tout amalgame ignorant cette diversité. La  confusion entre les  deux faces de l’Islam  empêche de voir qu’un regard positif sur la dimension spirituelle de cette religion coexiste chez les Français en même temps qu’un ressenti négatif sur sa dimension sociale et politique. Ainsi, si 86% de nos concitoyens rejettent le port du voile, ils ne sont plus que 24% à juger négativement le jeûne du Ramadan. S’il ne faut pas obliger toute personne d’origine étrangère à calquer sa conduite sur notre façon d’être, il est possible tout de même de dénoncer certains aspects de la tradition islamique, sans pour autant vouloir détruire sa culture. D’autant plus quand il s’agit d’une interprétation la plus étroite de l’Islam, issue du Wahabisme, contre laquelle les femmes luttent dans beaucoup de pays musulmans.

Les minorités religieuses peuvent exister à condition que celles-ci soient constituées d’individus libres et égaux. Il nous appartient de faire en sorte que cette dernière condition soit toujours remplie. De ce point de vue, il est important de signifier que la loi républicaine est au-dessus de toute autre, y compris la Charia des musulmans. Ce que la loi votée a oublié d’affirmer clairement.

 


LE FIASCO DE LA VACCINATION

Covid vaccination

Après les masques puis les tests, voici un nouveau fiasco : celui de la vaccination. La  campagne, commencée sur la pointe des  pieds devait prendre de l’ampleur avec la cible des personnels  soignants de plus de 50 ans et les plus de 75 ans. Un mois après, force est  de constater le plantage du plan de vaccination mis en œuvre par M. Véran et son indécrottable  administration sanitaire.

Commençons par une petite histoire vécue.

Nous avions réussi à décrocher deux rendez-vous pour le 23 janvier, par Doctolib, à la même heure, au centre de vaccination d’Angers. Cela paraissait normal pour un couple. Au jour dit, nous nous présentons à l’accueil, et là nous découvrons qu’un seul est inscrit sur la liste, moi en l’occurrence. Pourtant nous avions reçu tous les deux une confirmation du site, la veille. Mais rien à faire : pas  d’inscription sur la liste, pas de vaccin. Le cerbère de service est catégorique : les doses sont comptées à l’unité près. Nous faisons part de notre surprise à la médecin qui nous reçoit, qui manifeste son étonnement et se propose d’aller vérifier s’il n’y aurait pas une dose disponible. Elle se lève donc et se dirige vers le fond de la salle vers l’endroit où sont probablement entreposés les vaccins, ce que voyant, le cerbère de l’entrée se précipite aussitôt pour la rattraper… Bref, à son retour, il n’y avait effectivement aucune possibilité de vaccination supplémentaire, comme par hasard. La machine administrative dans toute sa splendeur. Pour l’heure, le bureaucrate qui avait pris le numéro de notre téléphone, n’a jamais rappelé, et nous n’avons pas pu décrocher un nouveau rendez-vous.

Le rendez-vous impossible.

Le fait est que, dans cette fameuse tranche d’âge des plus de 75 ans, à laquelle nous appartenons, qui doivent être vaccinés le plus vite possible, beaucoup ne sont même pas capables, à ce jour, d’obtenir un rendez-vous pour la première injection ce mois-ci, le mois prochain ou plus tard. Le problème n’est pas que le rendez-vous risque d’avoir lieu dans trois ou quatre mois, c’est que, tout simplement, on demande de rappeler plus tard, donc qu’ils ne peuvent même pas se projeter dans un avenir proche. La première des solutions consisterait donc à accorder des rendez-vous même éloignés aux personnes âgées pour qu’elles soient à la fois enregistrées et rassurées. Cette mesure, on n’en parle même pas, on fait des promesses qui seront vite oubliées, sans véritablement envisager l’affreuse hypothèse en vertu de laquelle beaucoup de personnes âgées ne seront jamais vaccinées.

Course de lenteur.

Pour les Français, la lenteur de la campagne vaccinale est un phénomène inquiétant, si bien que le président de la République a annoncé, pour nous soulager, que nous serons tous vaccinés avant la fin de l’été prochain. Aux calendes grecques. Pour parvenir à ce résultat, diverses mesures d’approvisionnement, la mise sur le marché de vaccins parvenus au terme des essais cliniques, la pression exercée par la Commission de Bruxelles sur Pfizer et AstraZeneca, le recours lointain à des laboratoires français pour la mise en condition du vaccin, sont présentés comme l’arsenal extraordinaire tout droit sorti de la tête du génie de nos dirigeants. La  vérité, si nous prenons des mesures secondaires pour augmenter notre puissance vaccinale, c’est qu’en réalité, nos stocks sont très insuffisants, et dans certaines régions, inexistants. Et combien de doses perdues par la gestion tâtillonne et bureaucratique du Ministère et des ARS ?

Notre recherche en déroute.

L’Europe a procédé à temps aux commandes de vaccins auprès des laboratoires qui parvenaient au terme des essais cliniques. Ce sont ces labos qui n’ont pas pu satisfaire une demande énorme, encouragée par la qualité du produit PfizerBiotech, qui a éliminé le scepticisme et l’hostilité au vaccin. Mais ce n’est pas un problème européen, c’est un problème national. Cela fait au moins deux décennies que notre Etat obèse n’investit pas assez dans la recherche et que nous subissons la fuite des cerveaux. Nous n’avons pas un laboratoire capable de prévoir un virus et, le cas échéant, de produire massivement au moins cent millions de doses en une fois un vaccin efficace, indolore et disponible. L’échec de Pasteur est la partie visible de l’iceberg de notre incurie.

C’est aussi l’échec d’une logistique hypercentralisée et bureaucratique. 

L’exemple raconté par le maire de L’Haÿ-les-Roses est  édifiant. Après vaccination dans l’Ehpad de sa commune, il restait 60 doses disponibles, et  logiquement le directeur envisageait de les mettre à la disposition du centre de vaccination de la commune, avec l’accord du maire, heureux de cette aubaine.  Mais voilà, pour l’ARS, consultée, ce changement d’affectation du vaccin n’était même pas concevable : ce qui est destiné aux Ehpads doit rester aux Ehpads, non mais ! L’histoire ne dit pas ce qu’on a fait des vaccins disponibles  … J’espère seulement qu’ils n’ont pas été jetés, ce qui entrerait dans les statistiques prévues par le Ministère.

Christophe Mahé peut rajouter trois couplets à sa chanson « Il est où » … Il est où le masque, il est où le test, il  est où le vaccin !!! Quant au bonheur, il faudra encore attendre jusqu’à la fin de l’été, enfin, si ça n’est pas une promesse de gascon de plus ! En attendant, on fait tout pour détourner l’attention de ce fiasco par  un insupportable teasing sur le « reconfinement », avec en star inénarrable, Monsieur Castex et la valse des « variants ».

 


L’HYPOTHESE BARNIER

Barnier

 

Pendant quatre ans, Michel Barnier a mené les négociations du Brexit, au nom des 27. Le Brexit, il l’a abordé comme une catastrophe non naturelle, une situation très grave pour l’Union qui posait si on y prenait garde une question existentielle  pour elle.  Ce que Nigel  Farage, apôtre de la  sécession, caricaturait  en répondant  à Barnier à la fin d’un entretien, sur la  manière dont il envisageait la relation post-Brexit de  son pays avec l’Europe : « l’UE n’existera  plus ! »  Le divorce, c’était donc aussi la volonté de certains de détruire l’Union européenne.

The right man at the right place.

Quatre ans et demi plus tard, le divorce est prononcé, et l’Union européenne en est sortie confortée. Si la mission est accomplie, c’est bien grâce au négociateur en chef et à  son inlassable volonté de cohésion des 27 face au trublion anglais. En choisissant Michel  Barnier, Jean-Claude Juncker avait fait le bon choix : il savait qu’avec le Français, il incommodait les Anglais  et  confiait la tâche à un politique chevronné, patient, fin négociateur et surtout connaisseur en profondeur des rouages de l’Union et du dossier.  Et, de fait, il a fallu la patience du « montagnard en route vers le sommet », déployant une stratégie méticuleuse, pour  affronter les rodomontades et la gestion cahotique des britanniques, leurs chantages, et sans que jamais ils aient pu percer le front uni mis en place. Grâce à une évidence : très vite il est apparu très clairement que le marché unique était le bien le plus précieux et qu’en sortir provoquait nécessairement des différences. Londres ne pouvait espérer avoir le beurre et l’argent du beurre.

Il n’y a pas de bon accord.

Michel Barnier, le reconnait lui-même, si son but était de préserver au mieux les intérêts de l’Union, et si on a eu raison de se réjouir d’un accord  in extremis entre Britanniques et Européens, qui a évité le chaos d’un « No deal », c’est inévitablement un accord « perdant-perdant » pour les deux parties qui ne permet pas l’autosatisfaction . Avec le temps, le  coût économique ira grandissant pour un Royaume-Uni, de moins en moins uni, et l’Europe s’est affaiblie en perdant  l’un de ses pays les plus importants par son économie et sa population. Son économie représente en effet 20% de celle de l’Union. En 2019, 46% des exportations de marchandises britanniques étaient pour le continent, alors que la part des exportations de l’Union vers le Royaume-Uni ne constituait que 15% du total. Il n’en reste pas moins que dans le monde actuel, l’Union et les  Britanniques sont plus que jamais dans le même camp. Il appartient à ces derniers de faire la démonstration qu’ils demeurent des Européens. S’ils choisissent de s’enfermer dans un splendide isolement chauvin et sourcilleux, il sera facile aux 27 qui ont montré leur cohésion de se passer d’eux. Grâce à Barnier, on a évité le pire.

Là où il y a une volonté, il y a un chemin...

L’aboutissement des négociations a rendu Michel Barnier disponible.  Et  à 70 ans, qu’il  porte bien, il semble déterminé à ouvrir une nouvelle page de son engagement politique, lui qui est resté fidèle à sa famille politique. Il n’a  pas  caché qu’il souhaitait jouer un rôle « utile » en s’investissant sur la scène nationale, ce que d’aucuns ont interprété comme un premier pas vers une ambition présidentielle. Et pourquoi pas ? Son image  de négociateur européen hors pair est peu abîmée par la politique nationale, il a un style rassurant, il peut plaire à cette France périphérique dont il est un des représentants par les nombreux mandats exercés en Savoie. Et il a une expérience solide de l’exercice des responsabilités, de l’élu départemental aux portefeuilles ministériels, de l’élu européen aux fonctions de commissaire, à quoi s’ajoute une stature d’homme d’Etat ayant croisé tous les  grands de ce  monde… Et quand on a réussi a fédérer 27 pays européens pendant quatre ans et demi, on doit pouvoir trouver les  moyens de fédérer les Français sur un projet national… et européen. Car le « plus » indéniable de  Michel Barnier  est d’ajouter à sa foi patriotique, une conviction européenne, car pour lui les deux engagements vont ensemble. Il lui reste  à convaincre sa famille, les sympathisants de la droite et du centre et plus largement les Français qui croient encore dans les chances de notre pays. On sait le personnage habile à fédérer les énergies, et l’équipe du Brexit qu’il a animée en est une preuve tangible. Il lui faudra un projet  sur lequel asseoir son ambition : son attachement au gaullisme lui procurera les fondements et les travaux du parti et de ses multiples filiales un bouquet de propositions dans lesquelles il suffit de puiser. La  partie ne sera pas facile, d’autant plus que Macron arrivera à la Présidence de l’Union au 1er janvier  2022. Déjà, autour du personnage, une activité discrète et collective anime son appartement parisien. Le Savoyard a entamé une tournée avec Gérard Larcher, Président du Sénat, a  partagé un petit déjeuner avec  Christian Jacob, s’est entetenu avec Damien Abad…  Et même une association aurait vu le jour sur  les bases du club Nouvelle République que Barnier avait créé en 2003.  Il compte sur la stratégie du consensus, fidèle à une démarche qui ne lui a pas trop mal réussi jusqu’à maintenant. Il a la pointure et la stature,  les compétences et, semble-t-il, l’envie.  Dans le chemin qu’il entreprend, il sait que la patience, l’effort, la détermination sont des vertus indispensables. Dans ses vœux formulés sur Twitter, on trouve cette citation, comme un aveu : « là où il y a une volonté, il y a un chemin ! ».  

Voilà de quoi remplir le « vide » à droite, non ?

 


UNE SITUATION SURREALISTE.

Cédric-un-look-denfer-

 

C’est certain, ça va repartir.  Tous les ingrédients d’une reprise forte s’accumulent.  Le  problème c’est quand.   Car avec cette pandémie qui n’en finit pas et dont on ne voit pas le bout,  avec les multiples complications apportées par les « variants », bien malin celui qui peut le dire.

2020 : une année hors-normes.

En attendant, nous vivons une période atypique pour ne pas dire surréaliste. L’exercice économique 2020 aura été hors normes.  Qui peut comprendre que la production nationale, le  PIB, ait baissé de 10% et qu’en même temps les revenus français se soient maintenus, le pouvoir d’achat aurait progressé de 0,3% en moyenne selon la Banque de France. L’activité tourne à un rythme inférieur de 10% à celui de janvier 2020 et pourtant le chômage n’a pratiquement pas augmenté et  les faillites d’entreprises ont été  moins nombreuses qu’en 2019. On saisit alors que nous sommes en plein dans l’artificiel. Ces paradoxes ont une explication : la crise sanitaire a été largement « surfinancée ». Si la chute de  production subie a entraîné une perte de 240 milliards l’année dernière, les pouvoirs publics ont injecté 400 milliards entre les  plans d’urgence et de relance.  Ce déluge d’argent public soit déboursé dans le chômage  partiel, soit prêté aux entreprises sous des formes multiples garanties par l’Etat  a permis jusqu’à maintenant d’éviter  ce qui aurait dû être la conséquence de la  crise  sanitaire, une dépression qui aurait été bien plus terrible que celle de 1930.

Le miracle pourra-t-il continuer en 2021 ?

Ce serait surprenant. La sagesse serait de se préparer à la fin de « l’argent hélicoptère » déversé par la Banque Centrale Européenne. Les difficultés sont forcément devant nous. Elles vont surgir aussi bien à l’échelle européenne que chez nous, au moment où nous allons entrer dans la campagne électorale de 2022, dont les enjeux vont du même coup se trouver exacerber. Certes Emmanuel Macron peut se  glorifier des avancées de l’Union européenne qui a réussi à concevoir un plan de relance collectif et massif de 750 milliards d’euros avec un endettement commun.  Mais si l’Europe nous protège, il ne faut pas oublier qu’elle reste, et c’est heureux, un espace de concurrence. Elle financera les dettes  publiques jusqu’en mars 2022 puis ses béquilles seront amenées à être retirées. Les divergences Nord-Sud reviendront au premier plan. Comment alors, résorber les déficits qui resteront béants une fois l’épidémie vaincue, et qui seront autant de handicaps ? Voilà une question hautement politique. Il ne suffira pas d’affirmer : « pas d’impôts Covid », comme l’assure pour l’instant Bruno Le Maire. Nous, nous savons qu’il n’a pas de baguette  magique, et que son « quoi qu’il en coûte » a été financé  par la générosité de la  BCE. Certains on pu croire à la magie, la réalité s’imposera durement une fois la source  tarie.

Une année marquée par l’incertitude.

Elle risque même d’être chaotique. Elle démarre mal avec  une stratégie vaccinale illisible et incompréhensible. Les pierres  d’achoppement s’additionnent : gestion sanitaire approximative, croissance économique  insaisissable, chômage aux contours inquiétants, finances de  l’Etat transformées  en corne d’abondance, restructurations de secteurs entiers, autant de sujets qui vont mettre l’exécutif  à bout de souffle face à une opinion publique éruptive. « Peut-être que je devrai faire des choses dures dans la dernière année », s’interrogeai le Président lors de son interview sur le site  Brut. Il peut en effet s’y préparer,  car  il va devoir faire des arbitrages hautement politiques, et notamment  trouver  la recette qui lui permettra  de mettre fin au torrent des dépenses  publiques qui agit sur les Français comme une drogue. On sait alors   que le plus difficile c’est quand il faut commencer à s’en passer. L’autre écueil  c’est la tentation  d’augmenter  les  prélèvements dans un pays  qui est pourtant au plafond en la matière. Mais c’est incontournable : nos incorrigibles  PS proposent un prélèvement exceptionnel de « solidarité » (élémentaire) sur les en-cours d’assurance-vie supérieurs à 30 000 euros, avec en prolongement, le retour de l’ISF.  De son côté, le  Comité de suivi des retraites recommande une mesure de sous-indexation des pensions visant toute la population des retraités, au prétexte qu’elles ont été épargnées  par la crise. Pendant ce temps-là, les épargnants thésaurisent les billets de banque. Un phénomène qui inquiète les autorités bancaires : rien qu’en France, ce serait 33 milliards d’euros qui seraient stockés sous les matelats, manifestation d’une méfiance d’autant plus paradoxale que l’on paie de  moins en moins en billets. Ce trésor caché est une façon d’échapper à d’éventuelles hausses d’impôts.

Le flou est partout.

La paralysie du pouvoir est patente. Le quinquennat entre dans sa phase terminale et finalement le bilan des réformes sera bien maigre. Il reste peu de temps utile et tant de choses à faire : réforme des retraites, de la décentralisation, du droit du travail, de la constitution, sans parler du referendum sur le climat. Avec un calendrier parlementaire déjà bien encombré. Les incertitudes  politiques s’y ajoutent : quel calendrier pour les  élections, quels candidats pour s’y présenter, quels champions  pour les familles politiques qui constituent l’offre électorale. Autant de domaines pour lesquels les Français aimeraient avoir des réponses et n’ont qu’un théâtre d’ombres à se mettre sous la dent. Une certitude commence à se faire jour : encore un quinquennat pour rien. Le déclassement de la France va continuer.

 


LA DICTATURE DU « JE »

Haddock insultes maj

 

La toute puissance des algorithmes.

Pour ceux qui, comme moi, ont  lu le livre de Gaspard Koenig, « La  fin de l’individu »,  dont je vous ai déjà entretenu, la numérisation accélérée de la société  pendant le Covid n’est pas une surprise. Elle annonce un tremblement de terre qui met en évidence un risque d’obsolescence  rapide de nombreuses tâches pour lesquelles nous estimions que l’homme était indispensable, mais en plus, et c’est le plus grave, le rétrécissement de la pensée subjective humaine individuelle submergée par une rationalité déterminée par des algorithmes supposés nous représenter dans notre globalité.

Encore une fois, ce n’est pas l’Intelligence Artificielle qui est en cause, mais l’usage que nous en faisons et qui façonne une drôle de société. Comme l’Europe a déjà perdu pied dans la compétition qui s’est engagée pour la maîtrise du modèle, il nous reste le choix entre celui qu’impose le régime  chinois, exquise fusion du communisme et des technologies les plus avancées pour enrégimenter l’individu, et celui des Etats-Unis contrôlé entièrement par le géant Google et ses intérêts matériels, dont on vient de voir qu’il pouvait faire le tri dans le contenu des messages qui circulent dans ses réseaux et  fermer un compte purement et simplement.

Deux périls nous menacent : les choix des algorithmes et les choix politiques ou idéologiques de ceux qui contrôlent les serveurs que nous utilisons. Ils connaissent de mieux en mieux nos vies, nos goûts, nos habitudes et ils dominent des pans entiers de l’activité économique du fait de l’accumulation incroyable de données qu’ils sont parvenus à réaliser. Ils se sont aussi attribué un nouveau rôle : être les censeurs de la vie politique et de l’opinion. Et ce n’est peut-être qu’un début. La suspension des comptes de Donald Trump après l’invasion du Capitole le 6 janvier dernier pose la question essentielle pour la liberté d’expression, de la régulation des réseaux sociaux.

Ultra-connectés et bavards.

A cela s’ajoute un troisième péril.  L’avènement du smartphone a fait de la plupart d’entre nous des êtres ultra-connectés, repliées sur leur subjectivité et leurs intérêts tout en intensifiant l’impression de jouir d’une forme d’allégement de l’existence et d’une indépendance sans cesse accrue, constate Eric Sadin (« L’ère de l’individu tyran »). Et nous sommes devenus dépendants de cet « infini » vertigineux. Avec nos téléphones, nos tablettes, nos ordinateurs, un espace d’expression sans limite et à tous moments permet à chacun de s’offrir une multitude de tribunes virtuelles, pour exprimer un avis sur tout –et surtout un avis, aurait dit Coluche-,  dans une débauche de « je » aussi gratifiante qu’addictive. L’inconvénient c’est que ces réseaux sociaux échappent à tout contrôle. Ils constituent un territoire ni structuré ni  hiérarchisé,  chacun étant maître de son « je ».

Avec Twitter on assiste au triomphe de la parole sur l’action, où l’on cherche à s’affirmer non pour défendre un point de vue mais pour imposer une perception des choses. Avec Instagram, l’affichage de soi se transforme en une continuelle monétisation de sa personne, faisant de « l’instagrameur » un homme-sandwich. Les mécanismes pervers mis en œuvre nous font glisser vers une culture de l’humiliation.  Il suffit de lire les commentaires sur Facebook pour s’en convaincre. Enfin, en étant indulgent, parce que l’indigence y règne entre la syntaxe approximative et l’orthographe déficiente qui va généralement avec la superficialité du discours. La  plupart y recherchent des signes pouvant flatter  leur narcissisme ;  asséner sa vérité est devenu un carburant pour l’ego : « je twitte, donc j’existe ! » Cette galaxie inépuisable d’individus produit une profusion de messages qui concurrence les médias traditionnels qualifiés de « top down ».

Un fait, une phrase, une remarque qui tombe  dans ces réseaux va s’envelopper d’une masse de commentaires dont les chaines d’information en continu font leur miel. Ainsi, l’information disparaît au profit de son commentaire. La parole « des gens » remplace l’argumentation de ceux qui militent ou réfléchissent, elle devient vérité et disqualifie le sachant et l’expert, le journaliste, ces passeurs d’une parole vérifiée, d’une opinion étayée ou d’un projet structuré. Tout se vaut, la  parole d’un professeur d’université et celle d’un youtubeur, celle d’un président et celle d’une madame Michu. Il devient quasiment impossible de faire émerger un point de vue  sur ces forums obéissant à la règle de celui qui braille le plus fort. L’information est partout,  mais elle n’est  pas hiérarchisée  et nous nous égarons.

Le triomphe du relativisme.

Les « gens », bien à l’abri de l’anonymat qui permet le lynchage permanent, peuvent s’indigner, se révolter, dénoncer les  incapables, les pratiques insupportables, les complots imaginaires  … Argumenter dans ces conditions, c’est perdre son temps, quant à la raison, « braves gens » … Les contenus qui ont le plus de succès ne sont pas nécessairement les  plus rationnels. C’est lié à la nature même de nos cerveaux qui mémorisent davantage les informations contre-intuitives, qui sélectionnent celles qui confirment nos vues, qui installent des œillères mentales pour nous permettre de camper sur nos positions et que les algorithmes savent renforcer. Car les  plateformes accélèrent la diffusion des fausses nouvelles,  les  post-vérités des complotistes, parce que c’est ainsi qu’elles fonctionnent : proposer à chaque internaute des lectures « proches » de ses recherches précédentes et « fabriquer » des groupes de gens qui pensent pareil, qui se confortent et se justifient. La parade serait l’esprit critique, mais il a disparu avec la culture qui l’accompagnait.

Menace pour la démocratie.

Sauf que tout ce tintamarre, ce  système d’expression est dangereux pour la démocratie.  Il favorise le populisme et le rejet des élites. D’autant plus que toutes les manipulations sont possibles, une minorité de dictateurs de l’indignation polluent les plates-formes, en dénaturent les valeurs de partage.  S’y ajoutent les algorithmes  de certains réseaux qui choisissent et trient vos « followers ».

L’impact de ces nouvelles technologies sur notre psychologie individuelle et collective  est effarant : l’histoire récente des systèmes numériques révèle une ivresse des réseaux qui encourage l’avènement de particularismes autoritaires et l’émergence d’une forme d’ingouvernabilité permanente, autrement dit la montée des comportements d’incivilité qui caractérisent l’effondrement de notre monde commun. Ceux-ci sont aggravés par les technologies de l’embrasement des esprits mises en œuvre sur les réseaux tels que Facebook, Twitter ou Instagram. On s’étonnera alors de la vacuité de ceux qu’on porte au pouvoir, faisant ainsi les choux gras de la technostructure inamovible et de ce fait, toute puissante.

Il faut se doter d’outils pour contrôler les algorithmes eux-mêmes et limiter la puissance des géants du numérique pour rétablir la concurrence. Les Facebook, Twitter, Youtube, Instagram, Snapchat doivent rentrer très rapidement dans le champ de la loi française. Ce sont tous des éditeurs de médias dont les dirigeants pour la France doivent être pénalement responsables de leurs contenus, à l’instar de leurs homologues de la presse audiovisuelle et écrite. Mieux, la  France devrait détenir ses propres plateforme numériques. Il y va de notre survie démocratique, économique et culturelle. Ces  plateformes sont simples, rapides et  peu coûteuses à démarrer et  l’on sait que notre environnement digital est fécond.

L’Europe est le premier continent à s’être engagé dans une réforme globale de son espace numérique par le biais du Règlement sur les services numériques (DSA),  et du Règlement sur les marchés numériques (DMA). Ils sont en discussion actuellement.  Ils permettront de veiller en temps réel à ce que les  plateformes se conforment aux injonctions qui découleraient de ces règlements qui s’appliqueront à tous les Etats membres. Nous devons en effet, fixer les règles du jeu et organiser l’espace informationnel avec des droits, obligations et garanties clairement définis.  C’est une question essentielle pour nos démocraties au XXIème siècle.

 


EN POLITIQUE, LA FORMULE MAGIQUE NE MARCHE PAS !

Arnaque

 

« En même temps »

Expression courante de la langue française qui signifie que deux actions ont lieu au même moment, ou que deux états, deux situations sont constatées dans la  même  temporalité. Elle a pour synonyme « simultanément » ou encore « au même moment ».  En politique, elle  a été utilisée abondamment par Emmanuel Macron pendant la  campagne présidentielle de 2017 au point d’être devenue un symbole  de  sa pensée politique pour indiquer sa volonté d’appartenir à plusieurs camps , non pas  en faisant une synthèse, mais par  simple  juxtaposition des idées. Le «en même temps » est alors  apparu  comme une formule magique qui lui a permis, en ne tranchant pas certains sujets délicats, de ne pas s’aliéner une majorité de la population.

Décriptage  politique.

La formule  magique était censée faire disparaître le « vieux monde » au profit d’un nouveau. Concrètement cela voulait signifier que les anciens repères politiques étaient dépassés.  Le « vieux monde » est structuré par deux pensées antagonistes, en gros la gauche et la droite, sans entrer dans le détail. Et  entre les deux, ce que l’on appelle  « le centre » qui  détaille les nuances de chacune des deux. Or, on a très rapidement constaté que ces repères étaient quasiment consubstantiels à la  politique et que chaque fois que le « nouveau monde » prenait une décision, elle était aussitôt classée comme étant ou de droite ou de gauche. Le « en même temps » aurait pu séduire au centre, et la magie semble avoir opérée quelque peu, surtout sur le centre droit. Mais l’équilibre en politique reste  la plus difficile des postures.

L’épreuve de la réalité.

Appliquée à  la réalité, la formule a trouvé rapidement ses limites. Après trois années d’exercice du pouvoir, c’est un fait : le slogan ne fonctionne plus. Et le nombre des dossiers qui coincent s’accumulent sur lesquels la confrontation au monde réel conduit à l’impasse. En effet, on ne peut s’engager à fond derrière la Convention citoyenne pour le climat et « en même temps » promettre de sauvegarder le mode de vie et le pouvoir d’achat de ceux qui ne veulent pas payer pour une transition écologique extrême ou n'en ont  pas les moyens. On ne peut, un jour, dénoncer l’islamisme radical avec des formules véhémentes et définitives et « en même temps » diluer cet objectif dans une loi aseptisée de peur de stigmatiser une religion et ses croyants. On ne peut donner des gages « en même temps » aux forces de l’ordre et à ceux qui dénoncent les « violences policières » sans  se déjuger.

La pression des groupes minoritaires.

Ce dernier point est préoccupant. On a le sentiment que la formule préférée du Président de la République, avec  laquelle  il voudrait pacifier le pays en donnant raison  à tout le monde  le conduit à céder aux minorités plutôt que de tenir compte de l’avis  du plus grand nombre, au prétexte que les premières recourent à la  violence ou crient le plus fort. Alors que les thèmes du maintien de l’ordre, de la préservation de l’environnement et de la lutte contre le terrorisme islamiste réunissent une écrasante majorité de Français, leur traduction en décisions se heurte systématiquement à des groupes minoritaires, bruyants et agissants qui font que le pouvoir exécutif recule, comme on l’a vu à Notre-Dame des Landes, reniant au passage une promesse de campagne. A chaque fois, l’intention est en ligne avec la promesse, mais le politique manque sa cible. Or ce  politique, élu avec des voix de gauche voudrait capter durablement des voix de droite pour 2022. Le « en même temps » voudrait donc mettre en équivalence ces intérêts opposés et en plus la majorité des Français contre des minorités militantes. La mollesse embarrassée des textes qui en résultent n’arrive plus à convaincre ne serait-ce qu’un Français sur trois.

Pensée complexe.

Cette stratégie se voudrait donc un équilibre entre des idées contraires, en une pensée complexe. L’équilibre est une vertu mais le balancement perpétuel conduit à la confusion. Trop à droite, dit la majorité en observant Darmanin  à la manoeuvre. Trop à gauche, se sont offusqués des syndicats de policiers en écoutant Emmanuel Macron dénoncer les contrôles au faciès et reprendre le terme de « violences policières ».  L’effet boomerang le conduit alors à un nouveau coup de barre pour éviter la rupture avec les forces de l’ordre. Pensée complexe nous explique-t-on : le pragmatisme présidentiel est un système. Trop complexe pour le képi de base et le Français de la rue. La droite, pas mécontente de prendre l’exécutif en défaut sur la sincérité de son tournant « régalien », n’a pas de mal à dénoncer un Macron « caméléon », image qui se diffuserait même chez des macronistes.

Absence de convictions.

Le « en même temps » apparaît trop souvent comme le produit des hésitations d’un président qui se nourrit volontiers du dernier qui a parlé, ou en donne l’impression. Dès lors que le slogan s’enraye, il débouche sur une politique illisible,  il ne séduit plus au centre et déçoit à droite comme à gauche. En fait, c’est tout simplement parce qu’il traduit une absence d’idées et de convictions. Macron est certes un technocrate  brillant, Inspecteur des Finances, rompu aux rouages administratifs et aux tableaux Excel, beau parleur, mais sans aucune expérience politique de terrain qui aurait pu nourrir son imaginaire politique. Le macronisme n’a aucun contenu politique. Il ne peut pas faire rêver. Pas de convictions, pas d'expérience. Celui qui en parlait le mieux, c’est Bruno Le Maire qui disait très justement que Macron était une « coquille vide » (mais ça c’était avant qu’il rallie son camp).

Petite  métaphore pour conclure. Comment expliquer que Jean Le Cam caracole en tête du Vendée Globe avec son vieux bateau face aux petits bijoux bourrés de technologie des dernières générations d’Imoca, sinon par des choix météorologiques judicieux fondés par une expérience solide, une connaissance approfondie des possibilités de son embarcation et une capacité d’anticipation  hors paire. Expérience, choix, anticipation… et évidemment une vision claire de la course et de l’objectif. Voilà pourquoi il nous fait rêver. LUI !

 


UN BEAUVAU DE LA PALABRE

Casseurs 2

 

Réorganiser la police ?

Est-ce vraiment le sujet ? Après deux samedis de retour des manifestations de l’ultra-gauche contre  les « violences  policières » et contre la loi de « sécurité  globale », où l’on a vu à nouveau les groupes black blocs renforcés des casseurs professionnels, à l’action avec  leur cortège de violences, c’est de « violences civiles » dont on devrait parler. Quant aux forces de police, on leur a  fait jouer encore une fois le  mauvais rôle : celui de l’impuissance et du bouc émissaire.  Ce qui est en cause, ce  n’est ni le professionnalisme ni le manque de courage,  ni le savoir-faire des agents chargés du maintien de l’ordre, c’est l’absence de volonté politique de leur en donner  les moyens. Nous sommes   en face d’un pouvoir tremblant, qui refuse de prendre le risque d’une réponse  à la hauteur des violences,  alors que la volonté populaire le souhaite massivement. Encore faudrait-il, le cas échéant, que la chaine judiciaire suive, et  là  …

Darmanin désavoué.

Notre ministricule de l’ordre  public a récolté ce qu’il avait semé.  A force de  rouler des mécaniques, de faire des moulinets et de se livrer à des rodomontades, le résultat s’est retourné contre lui.  Il  a suffi d’une vidéo manipulée de  « violences policières »  sur un personnage pourtant déjà connu des services de police, à laquelle s’est ajouté le piège tendu par des « humanitaires bien pensants » de l’évacuation de migrants sur  la place de la République sous des caméras complaisantes,  pour que Mélenchon et  ses sbires reprennent la main. Avec la  loi en discussion au parlement, ils ont trouvé les prétextes tout prêts pour mobiliser leurs troupes. L’autorité de Darmanin, si tant est qu’il en ait jamais eu, a volé en éclat. Et Macron de lui reprendre la main. Dupont-Moretti : 1/ Darmanin : 0. Après un tel désaveu, s’il avait un peu d’honneur, il démissionnerait. Au lieu de cela, il va participer à une nouvelle mascarade : un « Beauvau de la Sécurité », qui souligne en creux son échec.

La procédure de l’inaction.

Quand on n’a pas envie d’agir, on crée une commission. Le procédé est aussi vieux que la démocratie athénienne. En l’occurrence, on va mettre autour de la table  touts ceux qui sont concernés par la sécurité et l’ordre public. Et, tenez-vous bien, Macron a l’intention d’y participer en personne. On peut donc craindre le pire : il n’en sortira que du « en même temps », c’est-à-dire, au mieux tout et son contraire,  au pire, rien ! D'ailleurs le principal syndicat de police a déclaré qu'il n'y participerait pas. Cela  veut dire qu’en attendant, si Mélenchon et ses amis gauchistes le désirent, nous aurons encore des samedis animés, avec  magasins saccagés et cocktails Molotov.  Quelle  joie en cette  période de fêtes pour les Français qui n’en demandent pas tant. Quant aux commerçants, ils pourront toujours se tourner vers l’Etat pour qu’il les indemnise des  stocks pillés et des vitrines éclatées.

Il y a pourtant moyen d’agir.

Les policiers le disent, les  magistrats  le confirment : point n’est besoin de lois spéciales. Il est possible d’empêcher ce gâchis avec  les  lois actuelles. Il suffit de les appliquer. Il est tout-à-fait possible de créer des brigades  spécialisées anti-black blocs, comme le réclame Bruno Retailleau : la surveillance des réseaux sociaux, l’infiltration, les arrestations préventives, la présence de policiers en civil parmi les manifestants, permettraient d’empêcher une grande partie de  la violence. Et puis il faudrait que la police apporte à la violence des manifestants une réponse proportionnée ou égale : ça calmerait ! Il faudrait aussi que les médias qui montrent les images de saccage en floutant les visages des délinquants soient poursuivis pour complicité.

Qu’on y prenne garde.

Mélenchon rêve d’un « grand soir ». Si les forces de police, gagnées par l’écoeurement mettent le genou à terre, Macron pourrait bien lui en offrir l’opportunité  à force de   prendre les Français pour des courges, avec  ses grandes déclamations martiales suivies de reculades minables, dénonçant le séparatisme pour replonger dans le communautarisme dont il n’arrive pas à se défaire, comme en témoignent ses propos sur Brut. On connaissait ceux qui se situaient ni à droite, ni à gauche, mais devant. Aujourd’hui nous avons celui qui se situe « et à droite » « et à gauche », c’est-à-dire nulle-part. Et c’est bien ça le problème ! Il crée un vide  dangereux.

 


GISCARD ETAIT UNIQUE !

Avec giscard001

Giscard nous a quittés.

Comme chaque fois qu’un ancien président disparaît, le chœur politique lui tresse des louanges, tous spécimens confondus réunis, les hypocrites au premier rang. Valéry Giscard d’Estaing n’échappe pas à la règle. Donc voilà notre  grand homme paré de toutes les vertus ou presque, et aussi victime d’analyses  souvent fausses car sorties de leur contexte de l’époque. Je ne vous imposerai pas ici la longue liste des réformes qu’il a engagées et qui ont profondément modernisé notre pays. Aucun président élu depuis ne peut s’enorgueillir d’un tel bilan national et international. Vous trouverez aisément  le détail dans les bons journaux. Il semble enfin que justice lui soit enfin rendue.

J’ai eu la chance de vivre son septennat en partie de l’intérieur puisque dès 1976 j’avais intégré le bureau politique national de GSL -Génération Sociale et Libérale-, le mouvement des Jeunes Giscardiens. Je me contenterai ici d’évoquer trois souvenirs et de tenter  de redresser deux idées fausses qu’on essaie de nous faire avaler aujourd’hui, notamment sur les causes de sa défaite de 1981.

Trois souvenirs d'un engagement politique.

Je suis issu d’une famille gaulliste que la guerre d’Algérie a déchirée. Dernier rejeton et donc le plus jeune, très tôt j’ai trouvé refuge dans le vote pour les Républicains Indépendants. Jeune prof de collège, je trouvais les interviewes de Giscard, alors Ministre des Finances, passionnantes et surtout limpides. C’est donc en toute  logique, qu’au retour de mon engagement dans la  coopération comme  enseignant au Maroc, en 1974, j’ai adhéré au Mouvement des Jeunes Giscardiens. Je peux dire que je fus happé par la passion politique.

Le premier souvenir que je voudrais évoquer c’est celui de l’université politique de 1975  à Montpellier. Innovation du mouvement  beaucoup imitée ensuite, il organisait à la fin de l’été un campus  qui durait 5 jours où alternaient ateliers animés par les sommités de la famille politique  et soirées joyeuses.  Je fus littéralement subjugué par la séquence qu’animait Henri Giscard  d’Estaing sur la « société libérale avancée ». Je bus  littéralement ses paroles, tellement je me sentais en pleine concordance  intellectuelle. J’y retrouvais toutes mes attentes et beaucoup de mes réflexions personnelles. Il faut dire que j’étais aguerri par les débats familiaux toujours très vifs et j’avais le sentiment de trouver là une mine d’arguments pour défendre ma différence. Mon adhésion aux thèses du Président fut acquise définitivement et conforta mon engagement actif pendant le septennat et bien au-delà.

Le second souvenir a trait à l’atmosphère politique de l’époque. Etre Giscardien, c’était se battre sur deux fronts. D’un côté la gauche qui, comme à son habitude, se complaisait dans une intolérance sectaire effroyable et une démagogie à toute épreuve,  ce qui valait sur le terrain des affrontements pouvant dégénérer en violence. De  l’autre côté, l’allié UDR devenu RPR, n’acceptait pas de concéder un pouce de terrain et ne rechignait pas à le faire savoir manu militari. Les campagnes électorales, dont une grande partie, à l’époque, était consacrée au collage d’affiches partout où la surface le permettait, pouvaient  tourner rapidement au parcours d’obstacles à côté duquel Koh Lanta est une rigolade. Entre l’arrachage des concurrents et le collage de son camp, les itinéraires conduisaient parfois à des rencontres « problématiques ». C’est ainsi, que lors d’une campagne cantonale, avec une de nos équipes, je collais des affiches pour le candidat UDF que nous soutenions.  Nous avions constaté que l’adversaire du PCF était passé avant nous. Qu’à cela ne tienne, nous avions décidé de le « recouvrir ». Du côté de Trélazé, fief du maire communiste Bertholet, nous étions affairés  à « habiller » un pont,  lorsque nous vîmes surgir de l’autre côté de la rue, quatre ou cinq malabars munis de barres de fer, qui étaient embusqués et qui probablement avaient décidé de mettre fin à notre entreprise « sur leurs terres ». Nous n’eûmes que le temps de nous engouffrer dans nos deux voitures et démarrer en trombe car il n’était pas question de livrer bataille. Nous n’avions pour nous défendre que nos brosses et les troupes présumées cégétistes n’avaient pas la réputation d’être tendres. Lors des législatives de 1978,  alors que j’étais candidat moi-même, je mettais un point d’honneur à accompagner nos militants sur le terrain, comme le faisait d’ailleurs mon concurrent RPR, en l’occurrence député sortant. J’eus l’honneur de rencontrer son gendre devant les panneaux officiels dont il avait recouvert  le  mien de l’affiche de son candidat  et que j’avais entrepris de remettre en état. Il menaçait de me casser la figure  et je pense qu’il aurait tenté de le faire mais j’eus la  présence d’esprit de lui dire : « Vas-y, ne te gêne pas, et en  plus je vais m’ouvrir le crâne en tombant sur le bord du trottoir et tout le monde saura demain à qui je le dois ! Quelle publicité pour ton candidat ! ». Il se ravisa et plia bagage avec son équipe et nous poussâmes un ouf de soulagement. L’accalmie ne dura pas longtemps, car dans un autre secteur, une de nos voitures fut attaquée par des socialistes  qui s’emparèrent du stock d’affiches que mes amis détenaient. Sous la menace de porter plainte et parce que le candidat socialiste était un homme de bon aloi qui désapprouvait  ces méthodes, il eut le courage de me les rapporter chez moi, avec ses excuses. Nous eûmes l’occasion de bavarder un moment et de cet épisode était née entre nous deux une estime réciproque. Et ça tombait bien,   parce que l’un des crédos giscardiens était la  « décrispation ». La vie politique sur le terrain en avait bien besoin !

Encore un dernier souvenir, pour la route. C’était à l’occasion de la venue en France  de la reine Béatrix de Danemark. A l’époque, nous avions fondé, Dominique Ambiel et moi,  le MEL, Mouvement des Enseignants Libéraux, dont j’étais le président national. Evidemment, ouvertement giscardien, nous regroupions essentiellement les enseignants adhérents du Parti Républicain et quelques autres. Sans doute pour récompenser notre action  et nos efforts, notre état-major national fut invité à la  réception officielle donnée en l’honneur de la reine au château de Versailles. Il fallut acheter une robe de soirée à Madame, magnifique, mais qu’elle n’eut jamais l’occasion de remettre, et je louai un superbe smocking pour la circonstance. Sur le carton d’invitation il était écrit : « cravate noire ».  Dont acte.  Nous arrivâmes au château : une foule d’invités se pressait à l’entrée, nous étions loin d’être les seuls, forcément. Le cadre du château illuminé offrait un spectacle déjà extraordinaire. Les nombreux participants étaient répartis dans les différents salons et la galerie des glaces était remplie par une table qui en occupait pratiquement toute la longueur, richement décorée par la vaisselle et les compostions florales.  Bref : c’était grandiose. Ne parlons pas des buffets, la République sait recevoir ! Il était prévu qu’à la  fin du repas, le Président avec son invitée et en cortège avec les sommités présentes, fassent le tour des salons pour saluer les invités. Pour  moi, une occasion de voir l’hôte de l’Elysée. Mais voilà, je n’avais pas  bien interprété le code vestimentaire. Je m’étais vite aperçu que, excepté quelques ploucs comme moi, je faisais partie des rares à porter une cravate au lieu d’un nœud papillon noir. En plus c’était la cravate que je réservais aux enterrements !  Que voulez-vous, quand on n’a pas l’habitude….

La défaite.

Giscard a perdu en 1981. De peu. Si l’on en croit les commentateurs, sa défaite serait due au détachement des Français survenu à la fin de son septennat à cause de son caractère hautain  et à l’isolement dans lequel  il se serait réfugié. C’est faire fi, d’une part de la guerre de tranchée redoutable que lui menait la gauche, surfant sur une montée du chômage provoquée par les deux chocs pétroliers encaissés par l’économie du pays, bien qu’il fût bien indemnisé, d’autre part de la campagne de sape menée par le RPR, Chirac ayant décidé d’être candidat, et qui s’est traduite par exemple par "l’affaire des diamants" montée de toutes pièces et habilement exploitée pendant la campagne en collant des images de diamants sur les yeux de Giscard sur ses affiches 4mx3m, et par l’incitation à voter pour Mitterrand faite en sous-main pour le second tour. Et enfin sa campagne de  1981 fut en partie ratée et ne connut pas le dynamisme de celle de 1974 : un Président accaparé par ses tâches, parti trop tard, et une direction de campagne inadaptée qu’il fallut reprendre en cours de route. Il fit cependant  la course en tête et rencontrait encore une adhésion populaire comme en témoigne le meeting d’Angers dont j’avais eu en charge l’organisation et qui accueillit 10 000 personnes sous un chapiteau place Leclerc. Son bilan économique et social satisferait bien nos dirigeants actuels : malgré les deux chocs pétroliers et la fin des « Trente glorieuses », un déficit budgétaire limité à 0,3 % du PIB à la fin du mandat, un taux d'endettement stabilisé autour de 20 % du PIB (Nous venons de passer de 100 à 120 %), un taux de chômage dans la moyenne de l'Europe alors que nous sommes maintenant au-dessus…

Macron-Giscard : rien à voir !

Enfin je récuse l’idée que Macron serait son lointain successeur.  C’est une arnaque des médias qui essaient de nous le vendre comme un Président de droite. Il est à Giscard ce que le canada dry … A la différence de Giscard, qui était de droite et qui savait rallier à lui le centre-droit, Macron est  fondamentalement social démocrate, c’est-à-dire de gauche.  Giscard était un libéral plutôt  décentralisateur qui s’accommodait de l’Etat jacobin tandis que Macron est avant tout un jacobin qui s’accommode  du libéralisme. Giscard cherchait le consensus et  le débat apaisé en respectant les partis existants, alors que Macron voudrait l’obtenir  avec le « en même temps » mais en faisant table rase des partis et en  pratiquant le « dégagisme ». Cela fait une sacrée différence.  D’ailleurs Giscard a pris grand soin de ne pas modifier les Institutions voulues par le Général De Gaulle qui étaient intactes quand il a quitté le pouvoir. 

Au-delà de sa vision d’une « société libérale avancée », Valéry Giscard d’Estaing restera comme un républicain qui aura assuré la stabilité et la sécurité de la France dans une période internationale périlleuse. Sa défaite en 1981 a marqué pour la France un tournant vers le déclin. Il aura été un  modèle de constance politique par une action fidèle tout au long de sa vie à des grands principes  dont il ne dérogea pas. En 1972, Il s’était décrit comme « libéral, centriste et européen ». Il est resté fidèle à ces trois principes tout au long de sa vie publique. Une vertu à souligner, non ? surtout par les temps qui courent ...

 


L’ORACLE A PARLE !

Macron déconfinement 24 nov

Pourquoi se presser les méninges puisque Nicolas Beytout dans l’Opinion, résume mieux que je ne l’aurais fait le "Macron Circus" d’hier soir. Je lui cède donc la place :

« Si l’objectif était de donner un cap, une trajectoire, alors c’est mission accomplie : nous avons vu mardi soir un président de la République transformé en lecteur d’une carte routière, détaillant les temps de parcours, les carrefours, les étapes, les points d’intérêts et jusqu’aux horaires d’ouverture des magasins croisés sur sa route. Quel étrange exercice que celui d’entendre le chef de l'Etat descendre dans un tel niveau de précision, et –c’est un comble— s’en excuser. Il faut dire que la situation créée par le second confinement était devenue tellement incohérente qu’il fallait casser le doute dans l’esprit des Français. Et comme le diable avait pris ses quartiers dans les détails, il fallait bien plonger dans l’infiniment petit.

Nous voilà donc entrés dans un confinement d’un nouveau genre, une forme de saison 4 après celles du printemps, du couvre-feu de l’automne, et du reconfinement de novembre. Un confinement d’où pourront enfin plus ou moins s’échapper tous les commerçants, essentiels ou non, , les services à domicile et les lieux de culte. La pression était devenue trop forte, et le coût économique trop lourd pour continuer à ignorer les protestations de tous ceux qui, comme le dit Emmanuel Macron, « ne veulent pas être aidés, mais veulent travailler ». Quant aux restaurants, aux bars et autres lieux de fête, ils seront plus généreusement indemnisés qu’ils ne l’avaient probablement jamais imaginé. En somme, pour apaiser les tensions et tenir jusqu’au vaccin, c’est la règle du « un râleur, une solution ».

Reste que les aides annoncées tardent à arriver et que  les trésoreries sont à sec, surtout chez les tenanciers de bars et les restaurateurs.  Indemniser  à 20% du CA, c’est  beaucoup pour les caisses de l’Etat, mais une goutte d’eau dans la mer pour des établissements qui auront été  fermés près de six mois sur 12. Combien pourront rouvrir le  20 janvier, l’hécatombe risque d’être au rendez-vous.

Autre défi sur lequel l’exécutif, qui veut tout piloter d’en haut, risque de  buter : la  vaccination.  En dehors du fait qu’on sait qu’elle ne sera pas obligatoire et que les vaccins devraient être au rendez-vous,  c’est sur l’organisation pratique qu’il sera jugé. Si les pilotes sont la Sécu et les  ARS  comme pour le « tester-tracer-isoler », le pire est à craindre. Un pari stupide qu’une volonté affirmée de décentralisation aurait pu éviter. Mais comme on a un « Monsieur Vaccination » national qui a été nommé pour être en charge de l’opération, un énarque sûrement, tout va bien ! N’a-t-on pas comme Premier Ministre l’ex « Monsieur Déconfinement » ( Vous savez, ce monsieur plein de certitudes qui a inventé l’eau chaude et le fil à couper le beurre)…

Je laisse la conclusion à Nicolas Beytout : « Après avoir eu tant de difficultés avec les masques, le gel, les tests, la campagne de vaccination sera le vrai, le dernier révélateur de la capacité du gouvernement à gagner la guerre contre le virus. Et si la carte routière nous amène à destination, c’est de cela qu’on se souviendra. »

Autrement dit, à un an de l’échéance, pour Macron, ce sera une manière de jouer la Présidentielle à la « roulette russe ». Après tout si ça l’amuse !

 


EN ATTENDANT L’ORACLE !

Macron voeux 2020

 

A quoi cela sert-il d’annoncer une semaine à l’avance la prise de parole du Président ?

Tout bonnement à occuper  les  médias  qui ont fait défiler tous les faux experts pour les  sonder  sur ce que devraient être les annonces dont ils  n’ont pas connaissance au moment où ils parlent, et surtout faire toutes  les supputations  possibles au cours de débats  aussi inutiles que fastidieux. Secondement, la période est  mise à profit par l’exécutif pour lancer des pistes et autant de ballons d’essais afin de choisir les décisions qui paraîtront les  plus lucratives pour la popularité de l’intéressé, et finalement faire  croire qu’il a un cap, élément de langage qui revient beaucoup depuis quelques jours, alors qu’il  ne fait que suivre la  pandémie,  l’œil  rivé aux stats que Véran lui passe et à la courbe des sondages.

Mardi, nouvelle séance de « Au théâtre ce soir » !

Le 24 novembre à 20h l’oracle va parler.  Pour ne pas dire grand-chose, puisque depuis trois jours, via Castex et Attal, tout ou presque a déjà été dit.  Mais Manu a besoin de se sentir chef et suivi.  C’est certain, il  aura encore ses 25 millions de pigeons devant la lucarne magique  à boire ses  paroles à l’affût de  l’annonce qui simplifiera la vie à tel ou tel.  Mais pour ceux que cela inquièterait, ce ne sera pas la dernière séance.  Car il va faire durer le plaisir : à savoir qu’il devrait  exclure le « déconfinement » !  Il s’en est ouvert dans les colonnes du JDD d’aujourd’hui  avec le ton  martial du chef de  guerre déterminé qu’il n’est pas. Et il  nous prévient déjà pour que nous ne soyons pas  déçus : « Rien n’est pire que l’incertitude et l’impression d’une morosité sans fin. Il faut de la cohérence, de la clarté, un cap. Savoir ensemble où nous allons et comment y aller (ça on aimerait bien le savoir). C’est difficile, car la pandémie est par essence imprévisible et mondiale (donc on ne sait pas où on va). Mais c’est la clé de la confiance, qui elle-même est la clé du succès. » Du pur Macron, tout et son contraire  dans la même  phrase. Autrement  dit le cap, c’est qu’il n’y en a  pas. Et c’est normal.  Comment  pourrait-il y en avoir un ? Il faudrait  une boussole, mais  la  sienne indique le Nord et le Sud « en même temps » !

Faire durer la comédie.

Pour instaurer un simulacre de confiance, il faut donner des gages de crédibilité dans  la  gouverne. On fait donc dans la dramatisation. Donc, Macron ne va pas nous promettre des lendemains qui chantent. Pour le Président, le déconfinement est totalement exclu et il ne prononcera même pas le mot lors de son allocution. Il fera un état des lieux de l’épidémie,  comme si on ne le connaissait pas, alors qu’on a droit à un récapitulatif quotidien, et annoncera des mesures d’allégement du confinement. Quelques bonnes nouvelles dont on nous a déjà largement abreuvés. Il détaillera les modalités de réouverture des commerces « non essentiels »  et nous expliquera très certainement comment les fêtes de fin d’année vont se dérouler. On attend avec impatience de savoir si on pourra recevoir la famille et  combien on pourra être à table. Par décret, comme pour le sapin. L’annonce de la réouverture des lieux de culte devrait également se faire ce mardi. D’abord, ils n’étaient pas fermés, mais ceux qui veulent pourront enfin retourner assister aux messes. Un petit mot pourrait également être prononcé pour les grands perdants de cette période : les bars, restaurants et les lieux de culture qui ne devraient pas pouvoir réouvrir avant Janvier. Mais teasing oblige : tout n’a pas été préannoncé. Le chef s’est réservé quelques précisions : par exemple, les stations de sport d’hiver vont-elles pouvoir ouvrir, pourra-t-on réveillonner le jour de l’an, ….  Bah oui, sinon, bonjour l’audimat.

Damage de piste.

Le gouvernement a aussi envoyé son minet au charbon, dans le même journal. Le « porte-parole »,  Gabriel Attal précise en effet  que « les assouplissements » au confinement se  feront en trois étapes au regard de l'évolution sanitaire et des risques liés à certaines activités : d'abord autour du 1er décembre, puis avant les congés de fin d'année, puis à partir de janvier 2021. Mais nous sommes prévenus d’ores et  déjà : le confinement va se poursuivre et donc la limitation des déplacements aussi ! Une attestation pour se déplacer sera toujours nécessaire au-delà du 1er décembre, avait déjà déjà surenchéri le Premier ministre Jean Castex, mais le rayon d’un kilomètre ne serait plus maintenu pour prendre l’air. Attal juge par ailleurs « intéressante », « à titre personnel », la possibilité de rendre obligatoire l'isolement des cas positifs et des cas contacts, rajoutant  « Beaucoup de nos voisins l'ont fait et j'entends des Français qui estiment subir des contraintes qui pourraient être allégées si nous concentrions les efforts sur les chaînes de contamination ». Un avis dont le Président et son Premier Ministre  pourraient s’inspirer, d’autant plus que Les Républicains le réclament à cor et à cris. Mais il  est gonflé quand il affirme que les oppositions, « à défaut d'un esprit constructif » se sont « retrouvées au sein d'un conseil de défiance ».  Tellement facile de faire siennes les  propositions qui en émanent pour ensuite refuser en débat dans les Assemblées  toute proposition qui ne vient  pas de la Majorité.  En voilà encore un qui, au bal des faux-culs, ne ferait pas banquette.

On verra si,  sur la vaccination, ils auront su anticiper. Le ratage  complet de l’opération « tester, tracer, isoler »   ne plaide pas en leur faveur.

 


SARKOZY : LA JUSTICE IMPARTIALE ?

Sarko-cible-

 

L’affaire du financement libyen de la campagne de 2007.

Nouveau rebondissement : Ziak Takieddine, actuellement réfugié au Liban pour échapper à la justice française, a démenti ses précédentes allégations selon lesquelles il avait remis cinq millions d’euros dans trois valises à Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale de 2007. La somme était censée venir du pouvoir libyen, alors détenu par Mouammar Kadhafi. Rappelons que les juges avaient été jusqu’à mettre l’ancien président sur écoute pendant des mois  en 2012 en espérant récupérer des éléments  à charge  sans pouvoir alimenter le dossier. Le  témoignage de Takieddine, sulfureux intermédiaire entre la Libye et la France, était donc une pièce maîtresse de l’accusation. Du côté de la justice, on rappelle que le dossier, minutieusement monté contre l’ancien président, contient des accusations exprimées par d’autres parties. Mais elles n’ont pas beaucoup de crédibilité puisqu’elles émanent d’anciens affidés du dictateur libyen, lui-même assassiné lors de la révolution qui déchira son pays.

Menteur ?

Aussi se pose-t-on la  question de savoir quand M. Takieddine ment. Quand il accuse Nicolas Sarkozy ou quand il le blanchit ? C’est là que nait le soupçon d’une justice partiale.  Elle  ne veut retenir que la  version qui accuse l’ancien président. Celle qui  accuse un magistrat instructeur selon lequel  il y aurait eu un marchandage obtient en retour : « circulez, il  n’y a rien à voir !». C’est une particularité bien française : un juge ne se trompe jamais et donc ne se dédit jamais, quitte à ce que la procédure aboutisse à une relaxe ou un acquittement à la fin de la procédure, comme dans l’affaire Bettencourt.

Des preuves !

Pour Nicolas Sarkozy, qui clame son innocence et tient, comme tout un chacun, à défendre son honneur,  et dont la carrière politique pourrait ne pas être terminée bien qu’il s’en défende, les propos de Takieddine arrivent comme le printemps après l’hiver. On peut comprendre que tous ses amis qui croient à son innocence exultent, d’autant plus  qu’apparaît  au grand jour le soupçon que les investigations ont été conduites à charge, avec en plus des arrière-pensées politiques. Rappelons le concours empressé de « certains médias » dont on sait le parti pris qu’ils nourrissent toujours contre l’ancien président et qui souhaitent toujours l’abattre. En effet, dans ce dossier très politique, l’hypothèse élaborée relève plus de la  fiction que de la réalité. Car les témoignages fournis par d’anciens dirigeants  libyens pouvaient logiquement être inspirés par une ardente envie de vengeance après l’intervention française qui a empêché Kadhafi de s’emparer de la Cyrénaïque en rebellion. Cette  évidence devrait être  prise en compte par les magistrats instructeurs en lieu et place des scénarios qu’ils proposent en hommes incapables de la moindre impartialité, scénarios qui ne sont soutenus par aucune preuve sinon une déclaration écrite d’un ancien Premier ministre libyen dont la crédibilité est proche de zéro, en admettant même que le document soit réel. Le point essentiel de toute cette affaire, c’est que les juges, tout pétris de soupçons qu’ils soient, ne disposent d’aucune preuve. Car ce n'est pas à Sarkozy de démontrer son innocence  !

Une réforme de la justice.

Comme le dit Robert Badinter : « il faut préférer la relaxe d’un coupable à la condamnation d’un innocent ». Les juges le savent mais, parce que ce dossier implique Nicolas Sarkozy, ils n’ont pas songé un seul instant à faire leur la conviction de l’ancien Garde des sceaux. Le problème, alors, dépasse le cas de M. Sarkozy, en tant que justiciable. Il est celui du fonctionnement de la justice en France. On peut espérer qu’Éric Dupont-Moretti, l’actuel ministre de la Justice, soit conscient, lui, du problème. Il sait à quels murs il s’est heurté quand, en tant qu’avocat, il défendait des malheureux qui, n’ayant pas l’envergure d’un ex-chef d’État, étaient livrés pieds et poings liés à des jurys plus inspirés par leur « intime conviction » que par le savoir des experts. D’ailleurs la magistrature observe son action avec mauvaise humeur. Comme nombre d’institutions nationales, la justice française a besoin d’une réforme. Des préoccupations sanitaires et économiques nous en éloignent. Elle n’en est pas moins indispensable et urgente.

Acharnement.

En tout cas, cet épisode légitime un peu plus le soupçon d’acharnement judiciaire contre l’ancien président. On est tenté de faire le parallèle avec  la célérité avec laquelle fut menée l’affaire Fillon en pleine campagne électorale. Si les juges voulaient délégitimer la  fonction politique, ils ne s’y prendraient pas mieux. Et l’on peut aussi se poser la question du bien fondé de l’existence d’un « parquet financier » disposant de moyens d’investigations qui semblent pour le moins discrétionnaires pour ne pas dire arbitraires. 

 


FERME-LA (BOUTIQUE) ET MEURS !

Confinement librairie

 

Les confinis parlent aux confinés.

La conférence de presse de Castex a été un modèle du genre, comme d’habitude : discours scandé au rythme des slides, sans affect, avec les  froides  certitudes chiffrées du technocrate, ne prenant en compte aucune des vraies  réalités sinon à travers le prisme bureaucratique. De quoi vont-ils se plaindre ces commerçants puisqu’ils auront des aides ! Monstrueux, tout simplement monstrueux. Ces gens-là sont à cent lieux-lumières de la  réalité vécue par des commerçants qui ont fait rentrer leur stock et qui n’ont plus aucune rentrée d’argent que le compte-goutte hypothétique du « commandé-livré » Pour certains, ce qui ne représente même  pas un pis-aller. Deux jours d'une attente anxiogène alimentée de spéculations en boucle sur les chaînes d'info sur ce qu'il allait annoncer. Pour finalement ne rien dire qu’on ne sache déjà.

Le coup de grâce.

L’entêtement de nos gouvernants porte le coup de grâce aux petits commerces, à commencer par les bars, les restaurants, les hôtels et les clubs de sport qui n'ouvriront vraisemblablement pas avant les fêtes de Noël. On n’a pas le droit de participer aux offices, mais pour eux la messe de Noël est dite : une large partie ne s'en relèvera pas. Pour ceux-là, on va droit au massacre. Pour les autres commerces, il reste l'espoir d'ouvrir début décembre. Mais cela ne suffira pas à sauver l'année, d’autant   plus que les contraintes sanitaires imposeront des protocoles très contraignants qui ne permettront pas de rattraper le  manque à gagner par une chalandise plus nombreuse. Loin de là. Et là encore, les faillites vont se multiplier. Tout simplement dramatique. La bureaucratie aveugle ne fait aucun effort pour se baser sur un risque sanitaire avéré et s'adapter à la situation des territoires. On crève d'égalité  et d'uniformité !

Même chez nous.

En plus, Castex a commencé à nous expliquer comment nous n’allons pas passer les fêtes de Noël en famille...Jusqu’où ira l’audace bureaucratique dans la privation de nos libertés ?  Combien de temps va-t-on encore se faire infantiliser en permanence ? « Il s’agit de ne pas desserrer la bride » : mais à qui parle-t-il ? Sommes-nous des toutous ? « Ce serait irresponsable (de sa part)… »,  parce que les Français le seraient ? Nous avons l'impression que le reste du monde fonctionne comme nous,  mais rien n’est  plus faux !  Notre pays est une exception. Aucun de nos voisins n’oblige à posséder des « autorisations de déplacement » et ce  serait même impensable dans de nombreux pays, comme la Grande-Bretagne. Impensable aussi, un gouvernement qui déciderait de nos réunions familiales ou de nos fêtes de Noël, mais nous, nous acceptons tout. Pas tous, mais une majorité tout de même. Et il faut bien se soumettre parce que le « gendarme » va sévir. Il est vrai qu’il est plus facile de traquer la pauvre mémère qui n’a pas pensé à remplir sa paperasse que de faire appliquer le confinement dans certains quartiers. La surmortalité d’un département comme la Seine-St-Denis en dit long.

Et tout ça pourquoi ?

Parce qu’on a un système hospitalier sous-dimensionné à qui il faut éviter l’embolie et qu’on a un dispositif de soins incapable d’appliquer la seule stratégie efficace  «  tester, tracer, isoler ». On a 30% de fonctionnaires en trop dans les services  administratifs, dit-on, on devrait  donc pouvoir faire du dépistage en masse !  Mais voilà, on apprend que la sécu et les ARS ont des systèmes informatiques incapables de dialoguer…. Alors exit le XXIème siècle, retour au Moyen-Age ! On confine !  Où passe notre pognon ? Dehors Véran, mettons Douste-Blazy ! Mais pourquoi s’inquiéter  puisque Bruno Le Maire renforce les aides à tour de bras avec de l’argent qu’il n’a pas et qui de toute façon arrivera… trop tard ! La vérité c’est que le gouvernement français est en échec complet et que la France a les chiffres les plus mauvais de toute l’Europe pour la réponse à la pandémie.  Difficile à contester, les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Pauvre France !

 


LE MALAISE

Malaise Castex

 

« Y a comme un défaut », aurait dit Fernand Raynaud. En ce mois de novembre, avec ce nouveau confinement, le  pays ne va pas bien : grogne, violence sourde, morosité, théorie du complot, réseaux sociaux en ébullition, chute vertigineuse de la confiance … Il faut regarder les choses en face et tirer la sonnette d'alarme. Et passer outre aux injonctions des moralisateurs  comme quoi il ne faudrait  pas critiquer l’action des « chefs » sous prétexte d’irresponsabilité ou de politique politicienne. Pour parer à cet écueil, on se contentera des faits.  Indiscutables. Tirons un premier bilan, temporaire. Et il est désastreux pour la France, aux plans sanitaire et économique. Nos partenaires européens n'ont pas confiné aussi durement que nous au printemps et pas plus maintenant. En conséquence, notre économie a souffert et va souffrir plus que celle de nos partenaires. Là où l'Allemagne va perdre un peu moins de 6 points de PIB en 2020, nous allons en perdre plus de 11. C'est presque deux fois plus. Ce nouveau confinement, dont l'impact sur le PIB est estimé à 50 milliards et qui représente 20 milliards de dépenses supplémentaires, nous entraîne vers une dépense publique à 63,4 % du PIB. 

Les  chiffres sont terribles.
La France n'a pas voulu choisir entre l'économie et la vie, elle a même oublié que l'économie c'était aussi la vie. Il faut bien admettre que le « en même temps » cher à notre gouvernement a des effets dévastateurs.

Voyons le plan sanitaire.

Avec 600 morts du Covid par million d'habitants, nous venons de dépasser la Suède, dont le modèle a pourtant été très critiqué, et nous nous rapprochons à toute vitesse de l'Italie (679), des États-Unis (724) et de la Grande-Bretagne (736). L'Allemagne est à 137, tiens donc ! La France est devenue l'épicentre de la pandémie. Si on regarde le nombre de décès du Covid sur les 14 derniers jours pour 100 000 habitants, nous affichons 8,2, l'Italie 6,4, la Grande-Bretagne 6,2, l'Allemagne 1,5 et la Suède 0,9. Les chiffres sont sans appel. Il ,est inutile de rappeler ici que nous avons le système de santé dont le budget rapporté au PIB est largement un des plus élevés au monde. Manifestement l’argent est  mal  dépensé et ne va pas là où il serait le plus efficient.

Du côté de l’économie, ça ne vaut pas mieux.

Là encore les chiffres sont sans appel. Sur 2020 nous afficherons une des plus mauvaises performances économiques mondiales. Avec une baisse du PIB de 12%, nous explosons les compteurs par rapport à toutes les grandes puissances économiques, et de très loin, à part l'Espagne et l'Italie : Chine +1,8%, États-Unis -4,3%,  Suède -4,3%, Japon -5,3%, Allemagne -6%, Grande-Bretagne -9,8%. Nous devions nous rattraper grâce à un plus fort rebond en 2021, de 6% mais il est révisé à la baisse mois après mois, forcément. Et s'il se situe finalement à 4,5/5%, nous serions au même niveau que nos partenaires qui ont beaucoup moins plongé en 2020. Pas brillant, donc.  Et encore, laissons de côté les indicateurs du chômage, de la balance commerciale, du déficit budgétaire et de la dette.  Inutile d’enfoncer le clou. Ils sont calamiteux.

Les incohérences et les volte-face.
La simple observation des faits nous oblige à faire  le constat des errances des décisions qu'on appelle maintenant pudiquement le « stop and go ». La pandémie est passée du « nous sommes en guerre » à « la guerre est finie, c'est la libération, sortez et consommez pour sauver l'économie », puis à « nous allons tous mourir, car vous ne faites pas d'effort » avec les effets dévastateurs qu’on constate. On avait cru comprendre que travailler au maximum malgré le virus devait redevenir la règle commune pour tous les Français, quel que soit le secteur. Sauf, visiblement, pour les commerces considérés comme non essentiels. Agnès Verdier-Molinié commente ironiquement : « Vos chaussettes sont trouées et vous avez besoin d'en acheter une paire rapidement ? Ce n'est pas essentiel. Vous avez envie de fumer ? C'est essentiel. De lire un bon livre ? Pas essentiel. Besoin d'un vêtement d'enfant en deux ans ? Essentiel. En trois ans ? Interdit. Kafka n'y retrouverait pas ses petits. » Malheureusement, le commerce se relèvera difficilement de ce « stop and go ». N'attendons pas quinze jours pour rouvrir les commerces, même s'il doit y avoir des règles sanitaires contraignantes. Une large partie des petits commerces va aller directement en liquidation. Alors que les commerçants demandent une vision et un cap, on leur répond par des aides, de l’assistanat et l’aumône. Mais enfin, les commerçants ne sont pas des mendiants, ce sont des entrepreneurs. Pourquoi leur refuse-t-on le droit  de travailler ? Les arguments avancés sont incohérents.

Il y a des raisons de positiver.

L'économie mondiale  ne va pas si mal. Et même l'économie française. Car nous avons la chance de faire partie de la zone euro, et d'avoir la Banque centrale européenne qui finance largement l'économie.  Cela nous permettra de passer ce cap difficile, même si dans l’absolu, on peut déjà annoncer, sans prendre trop de risque, qu’à la fin de la pandémie, le bilan sera désastreux. Surtout par comparaison avec l’Allemagne, la Suède, et même les États-Unis ou la Grande-Bretagne. D’ailleurs, il a suffi qu’un laboratoire annonce la  mise au point du vaccin salvateur pour que le ciel s’embrase d’un soleil boursier éblouissant. Certes, on a connu des hausses de marché en une journée supérieures à celle de lundi, notamment après la crise de 2008. Le CAC 40 a violemment accéléré pour terminer la séance du jour en hausse de 7,57 % à 5 336 points. Le groupe pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech ont indiqué que leur vaccin était efficace à plus de 90% contre le Covid. Du coup, les derniers sont devenus les premiers. En effet, les valeurs massacrées du fait du Covid ont connu des progressions de plus de 30 ou 40% et les valeurs dites « Covid », notamment dans le digital, qui avaient connu des progressions fulgurantes, ont chuté lourdement.

Rien de nouveau sous le soleil.  Vivement le  monde d’après quand même ! En espérant que le peuple et ses élus soient un peu plus écoutés. Et n'attendons plus pour faire confiance aux Français en supprimant cette attestation de déplacement, unique en Europe, qu’il est tellement facile de contourner, qui infantilise et maintient un climat de défiance à l'heure où nous devrions être soudés. Il faut faire confiance à nos élus locaux et à notre Parlement pour co-construire le chemin de la sortie de ce confinement avec de la souplesse en fonction des territoires au lieu de camper sur des positions bureaucratiques ineptes, étatiques, dictées avec un autoritarisme entêté.

N'oublions pas qu'il y a, non pas un, mais deux combats à gagner : le sanitaire et l'économique. Sinon, les « survivants » n'auront que la crise économique et le chômage en héritage.

 


LA REPUBLIQUE EN RUINE

Marianne pleure

 

On l’invoque à tous propos, mais tous les piliers sur lesquels notre République est fondée sont attaqués ou rongés.

L’école effondrée.

L’ignoble attentat dont a été victime ce professeur de Conflans-Ste-Honorine s’attaque à la République parce qu’il vise l’un de ses prérequis les plus essentiels : la liberté de pensée, fille de l’esprit  critique, qui ne va pas sans la connaissance qui est la source de la raison. C’est  donc l’institution scolaire qui est atteinte en premier. Notre République est fondée sur « Les Lumières » et l’école en est le vecteur principal. Pour les obscurantistes, qui prospèrent sur l’ignorance, le savoir est un adversaire qu’il faut exterminer. La multiplication de ces crimes barbares ne doit pas seulement nous inquiéter. Les condamnations verbales, aussi définitives soient-elles,  ne sont plus suffisantes. C’est  une guerre civile larvée que nous mène le terrorisme islamiste, il nous faut  le combattre vigoureusement par des actes et pas seulement par les mots. Mais l’école elle-même est malade depuis de nombreuses années. L’effondrement du savoir en est le symptôme le plus visible. C’est un lieu commun que d’affirmer que le système éducatif est au bout du rouleau. La France ne cesse de reculer dans les classements internationaux, mais ce n’est que la  partie visible de l’iceberg. Des enseignants parmi les plus mal payés d’Europe, le refus d’apprendre de certains élèves, des programmes édulcorés, l’autorité contestée… et pour finir des diplômes dévalués pour ceux qui en obtiennent un. L’école de la République n’est  plus ce qu’elle était.

La laïcité contestée.

Principe établi de la République française, la laïcité  en est une spécificité. La séparation de l’Etat laïc et de la religion fait  partie de notre identité nationale. Elle est régie par la  loi de 1905 qui relègue la pratique religieuse dans la sphère privée et qui recommande  la discrétion dans l’espace public. C’est en son nom que des millions d’étrangers ont pu être assimilés et acquérir la pleine citoyenneté française. Certains en font une lecture erronée : la « laïcité ouverte » ou élargie qui voudrait laisser s’exprimer les spécificités culturelles. On en voit le résultat : cette conception conduit au multiculturalisme et au communautarisme. C’est ce qui empêche de « faire nation ». En s’attaquant à un enseignant laïc de l’école publique, l’assassin s’attaque donc aussi à ce principe fondamental.

L’Etat régalien impuissant.

Notre République est aussi dotée d’un  Etat aux pouvoirs régaliens, notamment  ceux qui garantissent la liberté et la sécurité des citoyens. Il n’y a pas de liberté sans sécurité.  Or celle-ci est battue en brèche quotidiennement. C’est  même devenu un feuilleton quotidien. Quel sera  l’atteinte du jour aux forces de l’ordre ? Car chaque jour nous apporte une agression ou un refus d’obtempérer aux conséquences dramatiques, son lot « d’incivilités » pour ne pas dire de violences : une fusillade à Marseille, une attaque de commissariat aux mortiers d’artifice par une quarantaine d’individu, une agression au couteau, sont la chronique de la France ordinaire. Et on va occuper les forces de l’ordre  à surveiller les réfractaires au couvre-feu, comme si elles n’avaient rien d’autre à faire. Pour leur remonter le moral, heureusement elles peuvent compter sur  les coups de menton et les tweets de  Darmanimbus.  En attendant elles doivent faire avec le  manque d’effectifs, du matériel à bout de souffle et des locaux souvent pitoyables.

La démocratie en crise.

Le système démocratique instauré par la Vème République est aujourd’hui bien mal en point. La maladie dont il souffre s’appelle « abstention ». A chaque échéance le nombre de citoyens qui participent au scrutin diminue jusqu’à moins d’un électeur sur deux. La légitimité d’un président élu est assurée par le quart du corps électoral, ce qui lui donne une base électorale étroite pour gouverner. Le scrutin qui mobilise le moins c’est celui de l’élection des députés au parlement européen. Les dernières élections municipales ont atteint des records, mais la crise sanitaire ne permet pas d’en tirer un jugement définitif. Les échéances de 2021, départementales et régionales, si elles ne sont pas gênées par la covid, permettront d’y voir plus clair en matière de participation. Il faudrait une réforme des modes de scrutin : comme l’affirme Xavier Bertrand, élu d’une région où la gauche a préféré se retirer du second tour pour empêcher le Front National de gagner, il n’est pas sain que dans un hémicycle il n’y ait que deux courants politiques de représentés. Il n’est pas certain pour autant qu’une meilleure représentation incite davantage de citoyens à aller voter. Le fond du problème tient dans la défiance à l’égard de la politique et du monde politique qui règne en France. Avant toute réforme qui pourrait aggraver le mal en rendant le pays ingouvernable, la question à laquelle il faut répondre est : « Comment rétablir la confiance ? ».

La Nation effacée.

La France n’est pas le pays d’un peuple, d’une race ou d’une ethnie, c’est une Nation. Elle est le creuset dans lequel se sont fondus des peuples venus de partout en Europe depuis la nuit des temps. La République en a reçu l’héritage. Elle l’a élevée, grâce aux « Lumières », jusqu’à l’universel, par le principe de raison. Elle est fondée sur l’idée de patrie et le peuple souverain décide de son destin par l’éducation, le savoir et l’esprit critique qui rendent possible le débat démocratique. C’est comme cela qu’elle a permis à tous ceux qui voulaient s’installer d’où qu’ils viennent, de devenir français, citoyens à part entière, pour peu qu’ils adhèrent  à ces principes. Mais aujourd’hui, parmi ceux qu’elle accueille, il y en a qui refusent de partager l’esprit des lumières, préférant conserver leur culture obscurantiste et leur théocratisme. Ce refus d’assimilation conduit au communautarisme, au refus de « faire nation » ce qui est incompatible avec les valeurs de notre République. Mais la nation est aussi fragilisée par la construction européenne, dont certain ont peur qu’elle dilue notre identité nationale dans un concept plus large de « nation européenne » qui suppose des souverainetés partagées.

La République, dans sa conception jacobine, est un bloc. Or, celui-ci est de plus en plus fissuré : l’égalité par le mérite laisse place à la discrimination positive, la démocratie plie sous les coups des passions irraisonnées, la patrie tend a s’effacer au profit d’une souveraineté partagée dont on discerne mal les contours, la laïcité est sapée par le multiculturalisme et le savoir, la science sont combattus par les obscurantismes de tous poils. C’est un tel contexte qui conduit au drame que nous avons vécu vendredi : un crime odieux qui nous jette à la face ce qu’est l’application d’une autre loi, celle de la « charia », au nom de laquelle il a été commis. Souhaitons que son horreur provoque en réaction le réveil de tous les citoyens de bonne volonté qui croient encore dans la France éternelle, la « seule France » aurait dit le Général De Gaulle.