HISTOIRE

TOUT VA MAL ! FINALEMENT, TANT MIEUX ! (Peut-être)

Economie  bourse

L'économie ralentit.

L’économie ralentit fortement en Europe. En Chine aussi, avec  le confinement  qui perdure. Mais le coup de frein est aussi significatif aux États-Unis, même si c’est dans une moindre mesure. On a cru qu'on pouvait prolonger les cycles de croissance à l'infini avec des plans financés par de l'argent magique, qu'on pouvait même empêcher la croissance de chuter. On l'a vu avec la crise des subprimes, puis la crise de l'euro, surtout avec la crise du Covid. Avec ce jeu malsain, les banques centrales et les États, avaient fini par oublier le jeu des cycles économiques. Mais voilà, on a atteint les limites du système comme l'a reconnu la semaine dernière la patronne du FMI. La mauvaise nouvelle  c'est que les banques centrales n'ont plus de marge de manoeuvre car elles ont fait exploser l'inflation avec leur torrent d'argent magique. La guerre en Ukraine et ses conséquences a amplifié le phénomène au mauvais moment. Pour un Etat surendetté comme la France, c’est une complication supplémentaire.

La situation actuelle s’explique facilement et était largement prévisible : l'explosion de l'inflation,  couplée aux conséquences du Covid avec ses pénuries et ses ruptures d'approvisionnement, avait  commencé à provoquer partout un ralentissement de la croissance, avec une amplitude variable selon les zones. En conséquence les banques centrales sont obligées de réagir en remontant les  taux d’intérêt. De ce fait, elles vont accentuer la décélération de l'économie, surtout aux États-Unis, en arrêtant de faire tourner la planche à billets. Pour l’instant la  BCE reste prudente mais elles sera obligée d’y venir, à moins de laisser  l’euro continuer de se déprécier  par rapport au dollar.

En fait c’est (peut-être) une bonne nouvelle !

Pour que l’économie retrouve une situation normale, avec des circuits qui soient rétablis et une inflation qui rechute, il faut absolument que l'économie ralentisse. C'est le seul moyen de réduire la pression qui crée des tensions et des fissures partout. Il va falloir réapprendre à laisser les cycles économiques reprendre leur cours normal. La baisse de l'inflation provoquée par la hausse des taux et la baisse du pouvoir d'achat va permettre, à terme, de redonner du pouvoir d'achat aux ménages et de revenir à des niveaux de croissance moins volatils et plus sains. L'économie ne peut pas fonctionner uniquement avec des substances artificielles et hallucinogènes. Il va donc y avoir une période de « transition »,  compliquée tant au plan de l'économie qu'au plan des marchés, mais c'est une étape nécessaire. D’ailleurs le grand nettoyage sur les marchés a largement commencé. La combinaison de l'inflation, de la hausse des taux d'intérêt, de la guerre en Ukraine et du confinement en Chine pèse sur les indices boursiers : les actifs les plus touchés sont ceux dont les valorisations étaient les plus aberrantes, mais l'onde de choc se propage au-delà.

Les taux d’intérêt s’envolent  et atteignent des niveaux qui sont encore loin de la normale, mais qui s'éloignent de l'anormal : finis les taux d'intérêt négatifs, finie la dette française financée à 0%. On assiste à une véritable tension sur les taux d'emprunt des États à 10 ans. Aux États-Unis, on est à 3,15%, et la hausse devrait continuer. Avec le plein-emploi affiché vendredi dernier et des taux d'inflation supérieurs à 8%, des taux autour de 3% restent encore étonnamment faibles. L’Europe aussi connait des tensions. La France emprunte à 1,65%. On était à -0,17% il y a moins de 9 mois. Les « spread », c'est-à-dire la différence de taux d'emprunt, entre l'Allemagne et les autres pays de la zone euro divergent. Alors que l'Allemagne emprunte à 10 ans à 1,15% (-0,52% il y a encore quelques mois), l'Italie emprunte déjà à 3,15%, un « spread » de 2% par rapport à l'Allemagne, l'Espagne à 2,25%. Là encore rien de plus normal, mais on n'était plus habitué à ce que les marchés réagissent normalement. Donc rien d’étonnant aux mouvements actuels sur les marchés. La hausse des indices boursiers a été alimentée par la baisse des taux d'intérêt et les injections (trop) massives de liquidités. La hausse des taux d'intérêt et l'arrêt des injections de liquidités alimentent la baisse des marchés. C'est aussi basique que cela constate Marc Fiorentino.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas des rebonds puissants, sur d’éventuelles bonnes nouvelles…

Un retour à la normale qui complique le début du quinquennat.

En attendant, le deuxième mandat d’Emmanuel Macron démarre sous le signe d’un grand affaiblissement. Le déficit commercial de la France s’est creusé à 12,4 milliards d’euros en mars, pour atteindre, sur les douze derniers mois, 100 milliards d’euros, viennent d’annoncer les Douanes. Un double record, sur un mois et sur une année glissante. La moitié de la dégradation récente est due à la  facture énergétique : le prix des biens importés comme le pétrole, le gaz et l’électricité augmente de 19% sur trois mois. Il y a aussi des effets indirects : la France importe des biens qui se fabriquent avec beaucoup d’énergie, dans la chimie, la métallurgie, le bois et le papier… Les prix de ces importations augmentent davantage que celui de nos exportations.

Autre facteur conjoncturel aggravant : la dépréciation de l’euro par rapport au dollar, monnaie dans laquelle se règle le pétrole. Le remède, ce serait la remontée des taux par la BCE, ce qui ne nous arrange pas non plus à cause de la dette. « Si le ralentissement de la croissance et le retour en boomerang de l'inflation dans la zone euro, en raison de la guerre en Ukraine, font redouter une stagnation de la croissance couplée à une forte inflation » constate Christine Lagarde, elle en profite pour rappeler «l'ordre des événements». « Il convient d'abord de mettre fin au programme de rachat de dettes qui devrait intervenir au début du troisième trimestre avant de procéder aux ajustements des taux directeurs quelque temps après et de façon graduelle. » Voilà qui donne un peu de visibilité, mais ne simplifie pas la tâche pour autant. Encore faut-il qu’aucun événement contrariant ne vienne perturber ce schéma.

 


VAINES PROMESSES ET CHEQUES EN BOIS !

Récession

Voilà où mène le déni.

La  campagne électorale avait complètement occulté le sujet : retour de l’inflation et croissance menacée. On n’a pratiquement pas parlé du gouffre des dépenses publiques et de la folle dette, alors pensez donc, aborder  l’intendance …  Mais les faits sont têtus. Et les chiffres  sont tombés, et avec eux un coup de froid glacial sur l’optimisme affiché  par nos élites. Les économistes et les commentateurs dans la presse financière sont surpris par le ralentissement économique et par la correction sur les marchés qui est même devenue un krach pour les valeurs techs. Le financement des promesses qui comptait sur la croissance pour remplir les chèques est largement compromis.

Pourtant, la  crise qui nous tombe dessus était prévisible…

Donc, pour le premier trimestre de l'année 2022 on est à croissance 0 % en France et -1,4% aux US. Il n’y a pas besoin d’être spécialiste pour comprendre que les causes de récession s’additionnent. Voici les cinq principales : une guerre en Europe qui a pour conséquence la flambée des prix de l'alimentaire et de l'énergie et le débranchement d'un partenaire commercial majeur pour l'Europe, la Russie ;  l'inflation qui explose partout et donc qui pèse sur la consommation des ménages ;  les importations des pays non producteurs d'énergie qui explosent du fait de la hausse du pétrole et du gaz, sachant que le déficit commercial est un paramètre clé de la mesure de la croissance ; les goulets d'étranglement du rattrapage post-Covid ne sont pas résorbés totalement et en plus la Chine confinée ralentit fortement. Le vieux prof que je suis et qui connaît son histoire ajoute : l’inflation, on sait quand elle commence, on ne sait jamais quand elle finit, parce qu’une fois enclenché, c’est un système qui s’auto-entretient.

… et elle va durer !

Cette crise va durer une bonne partie de l'année 2022, voire au-delà. Pour certains pays, l’entrée en récession va se concrétiser a minima par deux trimestres de suite de « croissance négative ». Au moins, on peut espérer que ce ralentissement économique va permettre un retour à la normale sur les goulets d'étranglement et faire diminuer un peu l'inflation. Mais tant que celle-ci restera élevée, la croissance et les indices boursiers resteront sous pression, tout simplement parce que le carburant de la hausse des marchés a été la baisse spectaculaire des taux d'intérêt et les injections exagérées de liquidités. Si les taux d'intérêt remontent et que l'on injecte moins de liquidités, les marchés n'auront pas le carburant nécessaire pour remonter. Et, en plus, il faut faire avec la guerre : le conflit en Ukraine, qui est devenu une quasi guerre mondiale, pèse sur la croissance et les marchés par l'inflation.  Une résolution du conflit ou même un cessez-le-feu sera salué par les marchés, mais on n’en est pas encore là.

Vaches maigres en début de mandat.

Dans ce contexte, les propositions de Mélenchon, leader de la nouvelle union populaire, qui se voit déjà premier ministre, apparaissent pour le moins farfelues : en plein crise énergétique, il propose la sortie du nucléaire, et en pleine explosion de la dette, la retraite à 60 ans. Il marche sur la tête, mais ce n’est pas nouveau ! Le Président de la République ne fait guère mieux. Les chèques « pouvoir d’achat » promis pour le début de l’été ont du plomb dans l’aile. Cette chute de croissance est « une mauvaise nouvelle », reconnaît un ministre, qui s’inquiète du moral des ménages, alors qu’en parallèle, l’inflation continue de flamber. Après deux ans de quoiqu’il en coûte et un an de rattrapage de la crise, la fête est finie. Entamer un mandat présidentiel dans une économie en ralentissement brutal est périlleux. D’autant plus que les menaces s'accumulent : consommation plombée par l'inflation, risques de grèves, durcissement monétaire. Le retour de la hausse des prix, que la guerre en Ukraine rend à la fois plus forte et plus durable, change la donne, d'abord en ponctionnant massivement les revenus, ensuite en inversant le levier monétaire, ce qui va bloquer le levier budgétaire. C’est là qu’est l’os. En France, les gouvernants éteignent les embrasements sociaux avec de l'argent public. Or celui-ci va se raréfier d'un coup, car la Banque centrale européenne change de cap. Avec une inflation qui s'emballe au-delà de 7 % en zone euro, elle va cesser d’acheter des obligations publiques dès l’été et remonter ensuite ses taux. Inexorable ! Le gouvernement français risque donc de devoir fermer le robinet. Patrick Artus, l'économiste de la banque Natixis, estime même que les hausses d’impôts sont inévitables.

Investissements en berne, consommation comprimée, exportations amputées, dépenses publiques affaiblies : le scénario d'une récession profonde pourrait alors s'amorcer, avec des conséquences politiques et sociales imprévisibles.

 


CE QUI ATTEND LA PROCHAINE PRESIDENCE

Pluis de billets

Mis à part le climat social  dans une France qui aura voté à 60% pour les extrêmes populistes au 1er tour, et qui n’offrira pas une grande sérénité à ceux qui tiendront les rênes  du pouvoir,  ce sont les données du contexte économique international agrégées à des données françaises  dégradées ou fragiles qui vont  compliquer la tâche.   Deux  facteurs sont en cause : l’inflation  et la chute de la croissance. Le constat du FMI est inquiétant :  inflation, pénuries, perte de croissance, divergence des économies, risques de soulèvements sociaux : les cicatrices de la pandémie sont aggravées par la guerre en Ukraine.

Prévisions de croissance en baisse.

Le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance, en particulier en zone euro, où l’inflation atteindrait 5,3 % en moyenne cette année. La croissance française est attendue à 2,9% en 2022 et 1,4% en 2023. On peut s'attendre à une période de stagflation, avec pas ou peu de croissance et une forte inflation, semblable à ce qui se passait dans les années 1970. C’est la fin d’un cycle et, avec lui, se consument les illusions de l’argent magique, de la dette facile, de l’assainissement inutile, de la distribution sans fin, du plein emploi, de la stabilité financière ad æternam... Sur la retraite, le pouvoir d’achat, le logement, les inégalités, la santé, la sobriété énergétique ou la fiscalité, ces facilités perdues devraient se traduire par des ajustements douloureux.

Une inflation plus forte et plus durable.

Donc, nettement moins de croissance et un surcroît d'inflation plus durable. C'est la conjoncture internationale qui se profile dans les prochains mois selon le Fonds monétaire international (FMI). Les banques centrales sont confrontées à un arbitrage difficile entre la lutte contre une inflation record et la sauvegarde de la reprise qui s'est dessinée après la crise du Covid-19. En s'éloignant des objectifs des banques centrales, l'inflation va probablement inciter à un resserrement monétaire plus agressif. La Réserve fédérale américaine a déjà commencé. Mais la hausse des taux d'intérêt pourrait conduire à une correction désordonnée des marchés financiers, y compris au niveau de l'immobilier. Le FMI projette un taux d'inflation moyen de 8,7 % dans les pays en développement, après 5,9 % en 2021. Le problème est que cette flambée des prix des produits de base et la tension des taux d'intérêt mondiaux vont réduire encore plus la marge de manoeuvre budgétaire des marchés émergents et des économies en développement importateurs de pétrole et de produits alimentaires.

Conséquences pour la France.

Les soubresauts de l'économie mondiale - provoqués aussi bien par l'invasion russe de l'Ukraine que par les confinements stricts opérés en Chine face au Covid - redessinent le paysage économique du quinquennat à venir. Avec le fort ralentissement de la croissance et le surcroît d'inflation, le futur chef de l'Etat débutera son mandat avec des comptes publics plus dégradés que prévu. La remontée des taux d'intérêt pourrait même compliquer un peu plus l'équation budgétaire. « Au vu du contexte budgétaire bien plus compliqué que prévu, nous avons devant nous un quinquennat qui sera celui des hausses d'impôts ou des promesses trahies », avance Patrick Artus, conseiller économique de Natixis. En effet, il va falloir laisser jouer les stabilisateurs économiques, ce qui creuse les déficits et pose beaucoup de questions en termes de redistribution et de transferts. Alors que Bercy tablait en début d'année sur une croissance de 4 % et un déficit à 5 % du PIB fin 2022, l’objectif de ramener le déficit à 3% à l’horizon 2027 est  probablement déjà compromis. Et le gouvernement devra faire avec une remontée des taux d'intérêt,  inévitable. Les facilités budgétaires que nous avons connues depuis dix ans grâce à cette ère de taux bas vont disparaître, raison pour laquelle il faut s'attendre à ce que le futur gouvernement revienne sur certains engagements ou augmente les impôts. Même si la visibilité n'est pas grande, ce nouveau contexte risque de percuter des programmes économiques biberonnés au « quoi qu'il en coûte ».Il faudra voir aussi si le nouvel accent mis sur la transition écologique - par nature très coûteuse - par l'actuel chef de l'Etat ne compliquera pas un peu trop l'équation budgétaire. Pour autant, les objectifs écologiques coïncident avec nos intérêts stratégiques - vis-à-vis de la Russie - et économiques. 

Comme  on le voit, une équation compliquée,  propre à générer de l’insatisfaction dans un pays déjà au bord de la crise de nerf.

 


TRISTE BILAN (3) Le délitement de l’économie

Récession

Les  quelques corrections apportées au cours du quinquennat, notamment en matière d’imposition des entreprises, avec la mise en place de la flat taxe à 30% sur les revenus du capital, la pérennisation du CICE, la baisse de l’impôt sur les sociétés de 33% à 25%, diminution de 10 milliards sur les impôts de production, n’empêchent pas la France de rester la championne des taxes et des  prélèvements. Si pour notre économie, ces allègements ont été les bienvenus, ils  n’ont pas  permis d’inverser la  tendance au déclassement, face  à  la concurrence  mondiale et même de nos partenaires européens.

Le poids des deux dettes.

Tout le monde connait le montant de la dette qui frise désormais les 3 000 milliards d’euros, mais  à l’inverse, l’endettement extérieur de la France n’est jamais évoqué, même quand on annonce le déficit commercial historique à 85 milliards d’euros. Peut-être parce que le  pays est dans le rouge depuis près de vingt ans, à force d’importer  plus qu’il n’exporte et de vivre à crédit. Pour la banque de France, la « position extérieure » de la France affichait un solde négatif de près de 700 milliards d’euros à la fin de 2020. La totalité des créances de la maison France, de tous ses résidents, ne couvre pas ses engagements vis-à-vis de l’étranger. C’est un record historique absolu, 30,2% du PIB. Ce trou énorme s’explique par trois mouvements de fond : les déficits successifs annuels des paiements  courants, les déficits publics dont la bonne moitié est financée par des non-résidents,  et aussi par les effets de la mondialisation accélérée de notre économie ce qui se traduit par des investissements transfrontaliers massifs, réels et financiers, dans les deux sens.  Mais là encore, si nous engrangeons 476 milliards d’euros, nous sommes débiteurs nets de 976 milliards. Voilà des déficits jumeaux, finances publiques et échanges extérieurs, qui ont pour conséquence un endettement dans les deux registres interne et externe. A titre de comparaison, la position extérieure nette de l'Allemagne à la fin décembre 2020 est créditrice de 2 077 milliards d'euros !... 

La France toujours championne d’Europe.

Malgré les efforts accomplis sous le quinquennat, la France reste la championne d’Europe des impôts sur les entreprises. Les impôts de production pèsent encore 120 milliards contre 27 milliards en Allemagne, selon l’Institut Montaigne. Cela explique que la réindustrialisation est plus dans les discours que dans la réalité, alors que l’importance du sujet de la fiscalité semble encore sous-estimée par la plupart des candidats à l’élection. Pourtant, une baisse de ces impôts constitue  l’une des principales solutions pour restaurer les gains de compétitivité nécessaires au renforcement de l’industrie française.

La compétitivité en berne.

Dernièrement, j’expliquais que « la ­solide croissance économique ­française »  enregistrée l'année dernière était bâtie sur du ­sable. Le dernier rapport de Rexecode en apporte la confirmation : creusement du solde des échanges de biens et services au sein de la zone euro, dégradation des parts de marché à l'export, attrition du nombre des entreprises indus­trielles en France…  Voilà autant d’indicateurs qui viennent contredire les discours triomphants sur l’attractivité de notre pays. Par définition, la compétitivité d'un pays ne se mesure pas dans l'absolu. Elle est toujours relative à celle de ses partenaires. Et les gains de compétitivité sont un jeu à somme nulle. Autrement dit, de bons résultats obtenus sur le sol national se transforment en gains uniquement si les autres pays font moins bien. Or, durant ces deux dernières années marquées par la pandémie, la compétitivité française semble s'être effondrée vis-à-vis de ses pairs. Ainsi le dramatique creusement de notre déficit commercial ne s'explique pas ­uniquement par l'envolée des ­importations. La part des exportations françaises dans les ­exportations mondiales, qui se maintenait légèrement au-dessus de 3 % de 2012 à 2019, a en effet décroché à 2,7 % en 2021. Le mouvement est encore plus ­flagrant au sein de la zone euro au sein de laquelle les exportations françaises de biens représentent désormais moins de 13 % du total. La baisse des exportations ­concerne toutes les catégories de biens et services et la part de la valeur ajoutée de l'industrie ­manufacturière hexagonale dans celle de la zone euro n'a cessé de reculer au bénéfice ­notamment de l'Allemagne. Elle est passée de 17,9 % en 2000 à 14,7 % en 2019 puis 13,9 % en 2021. Il faut donc  absolument poursuivre les efforts sur le terrain de la compétitivité-coût, en baissant en priorité à nouveau les impôts de production. Malgré une ­première baisse en 2021 de 10 milliards d'euros, ces impôts demeurent plus élevés d'une trentaine de milliards que la moyenne de la zone euro. 

Le défi de la réindustrialisation et de la transition énergétique.

On ne peut pas réindustrialiser la France tout en baissant notre production de CO2. La France est déjà plus que bonne élève grâce au nucléaire, avec quatre tonnes de CO2 par habitant (quand l’Allemagne est à 6,6 tonnes). Rien que depuis le «Grenelle de l’environnement» de 2008, près d’une douzaine de lois ont été adoptées contribuant à réglementer bon nombre d’activités : agriculture, transports, construction, commerce, santé, aviation, recherche, etc. On ne peut pas préserver le pouvoir d’achat des Français en augmentant la fiscalité carbone, qui frappe les carburants, le chauffage au gaz ou au fioul, alors que les alternatives ne sont pas possibles partout sur le territoire (transports en commun) ou ne sont pas bon marché (véhicules électriques). Déjà, la fiscalité environnementale a bondi en dix ans de 39 milliards d’euros par an à 60 milliards d’euros. Et nous sommes le seul pays qui fait payer de la TVA sur les taxes, une aberration qui coûte aux Français environ 10 milliards d’euros de trop par an.

On ne peut  pas appeler de ses vœux le retour des usines dans notre pays tout en maintenant des normes environnementales surabondantes (sur l’hydrogène notamment) qui rendent très difficile leur ouverture : la lourdeur des procédures d’instruction des projets industriels prend neuf mois pour les seules procédures environnementales, outre les procédures en matière d’urbanisme ou d’archéologie. Alors que nous allons vers une électrification massive de notre économie qui va induire la nécessité de produire 60% d’électricité de plus qu’aujourd’hui, la politique énergétique de la France a été mise en danger. La montée en charge des énergies renouvelables a entraîné des surcoûts liés à l’intermittence et à l’équilibrage du réseau alors que la hausse des taxes (la fameuse taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité, TICFE) et la flambée des prix du gaz ont aggravé la situation. Et la déstabilisation s’est poursuivie avec la fermeture de Fessenheim.

La transformation de notre économie pour parvenir à un horizon décarboné en 2050 demandera des investissements massifs. Les investissements, publics et privés, nécessaires ont été estimés par l’Institut de l’économie pour le climat à 44,7 milliards d’euros, soit 1,8% du PIB. Il faut ajouter les investissements liés aux surcoûts imposés par les nouvelles réglementations (à terme, près de 100 milliards d’euros par an, soit 4% du PIB). Sans compter avec l’inflation que cette  transition écologique génèrera forcément. Dans un pays qui tutoie déjà les sommets en matière de dépense publique avec plus de 59 % de dépenses publiques par rapport au PIB en 2021, et de fiscalité, dont les entreprises sont endettées comme jamais, nous ne pourrons pas assumer plus de normes, plus de taxes, plus d’inflation des prix de l’énergie. Au contraire, il faudra simplifier, alléger, dans tous les domaines. Pendant les dix dernières années, beaucoup de temps a été perdu.

Comme on le voit, le  « dur » est devant nous.  Le  « en même temps » n’est plus de mise. Il n’y a guère que le projet de Valérie Pécresse qui propose un chemin courageux mais réaliste  pour y faire face.

 


TRISTE BILAN (2) La dette et les déficits

Dette publique

 

« L’oracle » a parlé pendant quatre heures  pour présenter son projet. Mais il y a des sujets qu’il s’est bien gardé d’aborder.  Et parmi eux, celui de nos finances publiques. Et pour cause ! Certes son ministre des finances s’est employé à rendre la mariée présentable en mettant en avant les baisses  d’impôts réalisées,  le taux de croissance et les chiffres du chômage. Un habillage qui frise l’escroquerie.

Parce que la France a continué de décrocher par rapport aux autres pays.

Elle occupe en 2020 le 23ème rang mondial en richesse par habitant. Elle ne s’est pas réindustrialisée : 3,2 millions d’emplois salariés dans l’industrie en 2017, 3,1 millions en 2020 (contre 5,5 millions en 1980). Près d’un million d’entreprises ont été créées en 2021 mais il s’agit à 90 % d’entreprises comprenant un seul salarié car créer une entreprise en France se heurte en effet aux repoussoirs de la fiscalité et des normes. Elle a en 2020 le plus important déficit commercial de l’Union européenne, soit 82 milliards. Au cours des 20 dernières années, les entreprises françaises ont investi deux fois plus à l’étranger que les entreprises étrangères ne l’ont fait en France. Et il y aurait beaucoup à dire pour nuancer le cocorico qui vient d’être poussé quant à l’attractivité de notre pays.

Les Français, au quotidien ressentent un sentiment d’appauvrissement : salaires bas, pensions figées, indice des fonctionnaires gelé depuis près de six ans … Eh bien, ce n’est pas qu’un sentiment, c’est une réalité, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 39 030 euros par habitant de richesse nationale en France… loin derrière l’Allemagne qui est à 46 208 euros. La France n’est plus dans le groupe des sept pays riches de l’Europe du Nord qui sont en moyenne à plus de 63 000 euros de richesse par habitant. Si l’on ne prend que les 11 pays historiques de la zone euro de 1999 (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal), seuls l’Italie, l’Espagne et le Portugal sont derrière nous. Au niveau mondial, la France décroche aussi par rapport aux grands pays. Dans les années 1980, la France était 11e. Elle est maintenant 23e!

Parce que la France reste la championne des impôts et des taxes !

En 2019, 483 au total, soit 214 impôts, 159 taxes et 110 cotisations. La France est le seul pays où l’on paye des taxes sur les taxes. Les impôts directs des ménages sont passés de 250 milliards en 2017 à 275 milliards en 2019. Ils ont augmenté plus vite que le revenu disponible et les plus riches n’ont pas été avantagés le dernier décile paie 10 milliards de plus, l’augmentation de la CSG/CRDS en étant la cause… Les entreprises ne sont pas à meilleure enseigne : le supplément de prélèvements obligatoires par rapport aux autres pays de la zone euro ne s’est que légèrement réduit, passant de 158 milliards à 155 milliards d’euros, entre 2017 et 2019…

Mais le sujet principal reste celui de la dette et des déficits.

En matière de dépenses publiques, la France détient le record européen avec 60,7 % du PIB en 2021. L’État ne les a pas réduites auparavant comme Emmanuel Macron l’avait promis lors de la campagne présidentielle de 2017. Sa bureaucratie a un coût : 650 milliards d’euros en 2018, soit 27 % du PIB, quand la moyenne des pays européens (21 pays) est de 23,6 %. Ce qui représente un surcoût de 84 milliards d’euros par an dû à la mauvaise organisation et à la sous-productivité de l’administration française… La croissance représente environ 170 milliards d’euros supplémentaires de richesse. Très bien, sauf que le déficit public atteint 175 milliards d’euros. C’est la croissance à crédit : plus on dépense d’argent public, plus on gonfle la richesse nationale. Sauf qu’en même temps, ça gonfle aussi la dette qui  a augmenté de plus de 700 milliards sur ce quinquennat. La relance, dont Bruno Le Maire est le ministre, s’est traduite par une croissance de 6 % en 2021 due pour la plus grande part à des dépenses publiques de fonctionnement, la part des investissements publics n’étant que de 0,4 % sur ces 6 %. Comme le souligne Agnès Verdier-Molinié, « il ne faut pas être un grand mathématicien pour comprendre le problème ! » Et qui plus est le taux d’endettement du secteur privé  non financier en France au dernier trimestre  2020  a considérablement augmenté pour atteindre  un record  de 156%  du PIB. Au total l’endettement s’élève à quelque 270 % du PIB, juste derrière la Grèce (330 % du PIB)…

C’est l’un des sujets les plus inquiétants pour l’avenir.

 À 2950 milliards d’euros, la dette publique française, qui représente désormais 114% du produit intérieur brut (PIB), atteint un niveau inégalé dans l’histoire de la Ve République. Notre dette - dont la Chine détient entre 200 et 300 milliards d’euros, ce qui nous place dans une embarrassante situation de dépendance, va devenir notre boulet et celui des générations qui suivront.  Nous allons devoir continuer à emprunter dans les années à venir, à hauteur de 1 milliard d’euros par jour, pour faire «rouler» la dette, c’est-à-dire ne pas rembourser le capital emprunté sur les marchés quand sonne l’heure de l’échéance. Sans compter qu’au premier mouvement sur les taux d’intérêt, qui est d’ailleurs déjà engagé, la situation va se corser. La France va payer cher sa politique du « quoi qu’il en coûte ». Aucun de nos partenaires européens ne se trouve aujourd’hui avec plus de 700 milliards de dette en plus en cinq ans. Nous sommes aujourd’hui le premier emprunteur de la zone euro. Sans l’action de la BCE, qui rachète nos dettes, nous serions dans une situation financière dramatique.

Ce qu’il conviendrait de faire.

Assainir la situation devrait  être une évidence. Pourtant cela ne semble pas être  la priorité de la  plupart des candidats, à commencer par le favori des sondages. Electoralement, on n’attire pas les mouches avec du vinaigre. Et pourtant, il est urgent  d’équilibrer les comptes de la nation, en baissant les dépenses publiques entre 80 et 100 milliards d’euros et les impôts de 60 à 70 milliards à l’horizon 2030. L’effort à faire n’a rien d’impossible: il a été accompli avec succès par certains de nos voisins du nord de l’Europe. Si la France était dans la moyenne de la zone euro, elle dépenserait 262 milliards d’euros de moins par an et taxerait pour 155 milliards de moins les Français et leurs entreprises. Mais pour cela, il faudrait remettre la France au travail. En optant pour la mise à l’arrêt de l’économie française et une politique d’open bar en matière de dépenses publiques, le gouvernement a profondément contribué à la dévalorisation de la valeur travail. L’idée est désormais solidement ancrée dans les esprits que l’État peut tout payer pour les entreprises ou les salariés en chômage partiel. Par ailleurs, durant ce quinquennat, la France ne s’est pas réindustrialisée comme il aurait été urgent de le faire. Le gouvernement préfère se servir de l’inflation, tout en faisant mine de la contenir. Beaucoup de nos concitoyens ne font pas le lien entre dette et inflation. On s’assoit sur la dette, mais on s’envole sur l’inflation. Parce que tout est lié : on a de l’inflation parce qu’on a arrêté l’économie énormément, et  cet argent qui manque, on va l’amortir avec l’inflation. C’est un impôt caché  qui explique que les États ont tout intérêt à laisser filer l’inflation. Elle permet de faire baisser statistiquement la part de la dette dans le PIB. Par contre  elle ruine les épargnants et entraîne la hausse du coût de la vie. Comme l’Etat a pris la mauvaise habitude de financer la hausse du pouvoir d’achat, à crédit, le cercle vicieux de la dette n’a pas fini de tourner.

Doit-on faire confiance  au même, alors que nous connaissons ses mauvaises habitudes ?  Force est de reconnaître que le projet qui permettrait de mettre fin à cette mécanique désastreuse par des réformes courageuses, c’est celui de Valérie Pécresse.  Il suffit d’en  prendre connaissance. Il promet plein de choses, trop de choses diront certains…sauf qu’il est entièrement financé   et qu’elle a l’habitude de mettre en application ce qu’elle annonce.  Le 10 avril, pensez-y !

 


RETRAITES : MACRON RELANCE LA REFORME

Retraites

 

Le candidat Macron met à son programme une nouvelle mouture de la réforme des retraites, fondée principalement sur la prolongation progressive des carrières jusqu’à 65 ans. Ce faisant, il n’hésite pas  à marcher sur les plates-bandes de la droite LR, dont la candidate, Valérie Pécresse, a présenté une réforme des retraites très semblable. Ce n’est pas la première fois qu’il vient piocher dans le programme des  Républicains, c’est même devenu une habitude, et d’ailleurs le projet s’adresse essentiellement à l’électorat de droite que Macron va chercher sans vergogne. Cependant, si à bien des égards, ce recul de l’âge de départ s’impose, à la différence de Valérie Pécresse, la  question est : « la fera-t-il vraiment ? ». Reconnaissons  que le moment choisi pour l’annoncer est habilement politicien : Macron profite de l’effet  crise qui joue en sa faveur et qui le place au-dessus de la mêlée, ce qui  limite le risque car cette proposition est tellement explosive qu’elle pourrait réduire son avance sur les autres candidats.

Cela  n’empêche pas de regarder la réalité en face.

Les régimes de retraite perdront 10 milliards par an s’ils ne sont pas révisés.  L’impératif économique n’a donc pas changé et aucun président ne peut l’ignorer. D’ailleurs, cette réforme aurait dû être faite sous le quinquennat qui se termine. On a perdu un temps  précieux avec un projet non abouti en forme d’usine à gaz, auquel personne ne comprenait rien,  qui, au final, a terminé à la poubelle.  Il va donc falloir travailler plus longtemps, avec une trajectoire précise (65 ans d'ici à 2032), à l'instar de ce que prône peu ou prou Valérie Pécresse. « Plagiat », dénonce-t-on chez LR. Il y a une part de vrai, mais en réalité, et au-delà du calcul électoral, la France n'a guère le choix, alors que l'âge légal de départ (62 ans) se situe aujourd'hui bien en deçà de ce qui se pratique dans les autres pays européens. C’est que relever l’âge de départ est la mesure la plus efficace, en dépit des coûts induits, pour équilibrer  les comptes et faire des économies   au moment  où il existe un rare consensus transpartisan pour augmenter très fortement les dépenses : sécurité, éducation, santé, défense, dépendance, etc... le tout dans un contexte économique mondial inquiétant, et avec des finances publiques lestées d'un endettement record.

Sans surprise, les syndicats sont contre.

Evidemment, les syndicats et parmi eux, ceux qui demeurent le plus ouverts à une réforme des retraites comme par exemple la CFDT de Laurent Berger, ont riposté par des déclarations alarmantes susceptibles de jeter dans la rue pas mal de monde. Travailler plus longtemps implique non seulement un sacrifice pour ceux dont le métier n’est pas agréable, et pose la question des plus de cinquante ans dont les entreprises françaises n’ont pas l’air de raffoler. Le risque d’une réforme par l’âge, clament-ils, c’est de mettre au chômage, donc à la charge de la collectivité, des centaines de milliers de salariés. Relever  l’âge de départ  rapporte plus que baisser les pensions ou augmenter les  cotisations (réforme Hollande) dont les marges sont devenues quasi nulles. Bien sûr, le recul du départ peut créer des effets induits avec des « effet d’éviction » vers d’autres prestations sociales : chômage, invalidité, handicap, arrêts  maladie. Avec une facture  qui pourrait être conséquente venant en débit du gain recherché. D’autre part il y a ceux qui prédisent une hausse progressive du chômage, freinant les salaires et la consommation des ménages et par conséquent freinant les recettes. Ce sont ceux qui crient avant d’avoir mal. Or, si  on regarde les effets de la réforme Sarkozy de 2010 qui a reporté l’âge de départ de 60 à 62 ans, on constate qu’elle n’a pas eu d’effet  marqué sur le taux de chômage des  séniors. La même étude du Trésor affirme que prolonger l’emploi des plus âgés ne pénalise pas les jeunes. Et cela d’autant plus que la pyramide des âges de la France connaît actuellement un creux démographique des 20-35 ans assez  prononcé et qui va se prolonger sur plusieurs  années. Le  décalage de l’âge de départ  à la retraite est la seule mesure permettant de créer des emplois, de  la richesse et de  libérer des marges de manœuvre budgétaires à terme.

Ceux qui promettent plus de beurre que de pain.

Car, qui peut croire les promesses d'abaissement de l'âge de la retraite de certains candidats ? Marine Le Pen, en quête de crédibilité pour un débat de second tour, affirme que son projet réaménagé, mais pas très clair, ne coûterait « que » 10 milliards d'euros ? Décidément, le quoi qu'il en coûte a fait perdre tout repère… Quant à Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, ils veulent le retour de la retraite à 60 ans que les « riches paieront » (as usual), les autres se cantonnant au statu-quo, qui ne fait pas  l’affaire  comme on sait.

La France n’a pas vraiment le choix.

La plupart des autres pays d’Europe ont déjà fait cet effort. Si la France veut rester crédible auprès des investisseurs pour continuer de financer la dette à très bas prix, elle doit envoyer des signaux et ne pas s'en remettre uniquement au parapluie de la BCE. Le relèvement de l'âge légal en fait partie. C'est la garantie d'une volonté de financer notre modèle social en produisant davantage. Il restera à élaborer des règles de départs anticipés plus justes pour ceux qui travaillent dans des conditions pénibles ou qui ont commencé très jeunes – à cet égard, plusieurs dispositifs se sont sédimentés sans logique. Il faudra  aussi garantir des pensions plus élevées, en particulier pour les bas salaires. On n’échappera  pas  non plus à la nécessité de mettre vraiment la pression sur les entreprises concernant le travail des seniors, en favorisant des transitions plus douces vers la retraite. Sur ce sujet, la France est très en retard. Comme on le voit, au-delà du report de l'âge, il y a beaucoup de critères à définir.

Espérons que cette fois le projet sera mis en œuvre si le candidat Macron est élu et qu’il n’aura pas été qu’un leurre électoral. Avec Pécresse, on n’aurait pas cette incertitude.

 


COMMENT SORTIR DE L’ADDICTION A L’ARGENT PUBLIC ?

Des-liasses-de-billets

 

La maladie des subventions.

L’économie française et la société sont malades des subventions  à  tout va nous explique Jean-Pierre  Robin, du Figaro. Consommateurs, salariés, entreprises : l’Etat envoie la monnaie à tous les étages et par tous les moyens : chèques,  subventions, diminution de charges, avec  pour conséquence de se substituer aux employeurs pour le  pouvoir d’achat, de réduire les cotisations patronales pour réduire   le coût du travail, etc  … Mais la très forte progressivité des charges en fonction du salaire qui en est  la conséquence entraîne des effets de seuils dissuasifs,  bloque les hausses salariales et  l’ascenseur social.  Cela explique aussi que les grands groupes industriels français ont 62% de leurs effectifs en dehors de l’hexagone, délocalisant leurs activités haut de gamme,  ce qui condamne le territoire français au bas de gamme. L’Etat tente de corriger cette  politique ubuesque par  les mécanismes fumeux  des différents crédits d’impôts (13 milliards par  an de manque à gagner) et  en laissant prospérer les niches fiscales (84 milliards en 2022).  La  pandémie a rajouté à l’addiction les PGE (prêts garantis par l’Etat) pour 141 milliards.

Appauvrissement généralisé.

Cette addiction à l’argent public est cause d’appauvrissement généralisé. C’est une faiblesse structurelle facile à comprendre.  Le cercle vicieux de toutes les  addictions aux subventions d’Etat qu’il s’agisse des consommateurs, des entreprises ou de leurs salariés conduit aux bas salaires et à la faiblesse de fonds propres qui rend peu résilients les uns et les autres aux chocs, comme  en témoigne l’état de tétanisation du gouvernement face aux records des prix de l’essence à la pompe. Nous assistons à une faillite collective, nous dit Nicolas Baverez. Malgré les performances exceptionnelles de l’année 2021 marquée par  une croissance de 7%  et par la  création d’un million d’entreprises  et de 650 000 emplois, qui relèvent d’une  pure logique de rattrapage, le modèle économique français reste plus que jamais insoutenable. Contrairement à ce que veut faire croire le gouvernement, il reste caractérisé par  la poursuite de la désindustrialisation,  avec une activité manufacturière inférieure de  3,5% à son niveau avant épidémie, un déficit du commerce  extérieur de 86 milliards et une dette  publique qui culmine  à 116% du PIB, le tout se soldant par un appauvrissement de 100 à 200 milliards si on tient compte de tous les déficits qui ne sont pas comblés par le gain de PIB. Ce qui est corroboré par le constat d’Agnès Verdier-Molinié de l’augmentation continue du nombre de pauvres en France. Le moment est  venu de prendre le taureau par les cornes. Le débat de l’élection présidentielle que M.  Macron veut occulter doit être  l’occasion de faire la vérité sur la situation réelle  de  la France et de décider des orientations à  donner à un tournant de l’histoire de notre pays. La  France ne peut pas s’offrir le  luxe d’une reconduction de la même politique cinq ans de plus, alors que l’inflation s’installe et que la remontée des taux va gager les faibles marges de manœuvre de l’Etat.

Les conditions du sursaut.

Un sursaut s’impose, et il imposera des  efforts et des bouleversements. Le cacher aux électrices et électeurs serait une imposture démocratique qui conduirait inévitablement à des lendemains dramatiques. Car à toute cette problématique d’un Etat omnipotent s’ajoute un autre écueil central de la  France, qui explique ses  faiblesses, c’est celui de  l’école et  de l’insuffisance des compétences. Nous sommes en train de changer d’ère, mais peu de nos politiques  l’ont compris. Les classements de  l’OCDE, que l’Education nationale regarde distraitement, montrent que cette faiblesse concerne les jeunes comme  les adultes. Cette situation désastreuse est la cause de l’inemployabilité de trop de monde, de  la faible  modernisation des entreprises, de la désindustrialisation et donc de la dégradation de nos finances publiques. Or, il est urgent d’inverser la spirale. En relevant les  compétences cela ferait repartir vers le haut les emplois, la  qualité  des emplois et les salaires.  Ce serait aussi une manière d’accompagner le recalibrage de l’Etat-providence dont les contours doivent être redessinés pour l’adapter à un monde d’énergie chère, de mobilité chère, d’alimentation plus coûteuse. Recalibrage  évident dans un pays où  les  prélèvements sont déjà si lourds que l’enveloppe globale ne peut être augmentée. C’est le moment de passer de l’Etat dépensier à l’Etat garant  en mobilisant pour les investissements prioritaires, avec une garantie publique, l’épargne des ménages, surabondante avec la pandémie.  Ce serait aussi un bon moyen de remobiliser les classes moyennes en leur permettant d’accéder à des placements sans risques et  plus lucratifs que les actuels livrets d’épargne aux rendements nuls. L’Etat se contenterait d’accompagner le redressement de l’économie  privée sans  bourse déliée mais seulement en recourant  à sa signature qui ne coûte rien mais pourrait valoir de l’or.

Une France nouvelle !

Pyramide (3)_LI Face au bilan du président sortant qui a « cramé la caisse » et  dont les réformes structurelles sont quasi inexistantes  ou au mieux homéopathiques, il convient d’opposer un programme  qui privilégie les économies et  cible mieux les dépenses indispensables tout en  cherchant à diminuer la charge qui pèse sur l’appareil  productif et qui mette au cœur la rénovation du système  éducatif pour l’adapter au monde qui advient. Il est grand temps de faire la réforme  de notre système de financement des retraites, en portant  l’âge de départ  à 65 ans, voire 67 ans à terme,  car c’est  le moyen le  plus efficace pour en assurer la  pérennité, en dépit des coûts induits, et sans dommage sur le marché de l’emploi car  la pyramide des âges (ci-dessus) en accentue l’opportunité : nous sommes  à un moment de creux démographique des 20-35 ans. Il faut accompagner le mouvement par  une réduction du nombre des fonctionnaires conséquente (en Allemagne 56 agents publics pour 1 000 habitants, 85 chez nous !) en parallèle avec une nouvelle et puissante décentralisation, meilleur moyen d’enrayer le socialisme technocratique  larvé qui paralyse  par sa passivité et ses doublons  l’action de  l’Etat.

Ce programme existe,  c’est celui de Valérie Pécresse.  

 

 


POURQUOI JE NE CROIS PAS EN MACRON

Macron planté

 

Il parait que plus de 20% des  électeurs de François Fillon soutiendraient encore  Macron.  C’est pour moi incompréhensible. Si la politique qu’il mène peut parfois  prendre une coloration de droite, celle-ci est diafane et  est largement contrebattue  par les  lois votées  par son  groupe  parlementaire  à l’assemblée nationale et par ses actes concrets. Il est habile dans sa communication  et a  compris que pour être réélu, il lui fallait  conquérir fragment par  fragment une société  éclatée, en arrosant méthodiquement chacun de chèques sans provision.

Double langage permanent.

Chez lui, la duplicité est fréquente : Il a fait un discours ferme  contre le séparatisme aux Mureaux mais il combat mollement le communautarisme en laissant voter, par  exemple,  un amendement permettant aux femmes  musulmanes de pratiquer le sport avec  leur voile ce que les fédérations sportives réprouvent, il demande  de renforcer Schengen pour pouvoir limiter l’immigration,  mais jamais la France n’a accueilli et régularisé  autant d’immigrés  depuis 2017, il dit soutenir  les forces  de l’ordre mais accepte d’enfiler un T-shirt « contre les violences  policières »  …  On retiendra que c’est sous quinquennat que la PMA pour toutes aura été votée, et que  les concessions au wokisme se sont multipliées comme en témoignent la loi qui  facilite le changement de nom patronymique, la circulaire sur  l’accueil des enfants transgenres à l’école,  et le projet porté par les jeunes  LRem de permettre le changement de genre à partir de 15 ans, la légalisation du cannabis et  de l’euthanasie, et  curieusement   des  propositions qui viennent contredire  le Président sur  la  chasse en préconisant la fin de la chasse à  courre et le lâcher de gibiers….

« Après moi le déluge. »

Dans un monde marqué par davantage de  concurrence et de contestation, la recherche de la compétitivité est la condition sine qua non pour ne pas subir la mondialisation mais  en tirer  parti. Dans ce contexte, les réformes structurelles sont les seuls moyens pour tenir son rang dans le concert des nations, comme nous  le montrent tous les pays qui  les ont réalisées en temps et  en heure. Depuis dix ans, notre pays est à la traîne, et le quinquennat qui se termine offre un bien maigre bilan. Les quelques réformes qui ont  été menées ont été le plus souvent mal conçues, mal vendues, mal menées,  inachevées  quand elles n’ont pas été purement et simplement abandonnées. L’immobilisme l’a emporté, et cela tient probablement à la nature ambivalente du macronisme et de son groupe parlementaire.  Que l’on ne vienne pas  me dire que c’est la crise des gilets jaunes qui les a freinées, c’est le pouvoir lui-même qui a allumé la mèche avec sa taxe carbone inconsidérée sur laquelle il a été  obligé de revenir  avec à la clé un chèque de dix milliards. Le  mandat se termine sur un  bilan financier catastrophique.  La  France  reste  le pays champion du monde de la taxe  et de l’impôt ;  les baisses ciblées sur quelques secteurs,  les entreprises et les  ménages à faibles revenus, ont été largement compensées par des taxes et impôts nouveaux, si bien que le niveau de prélèvements obligatoires après avoir légèrement diminué est revenu  à son même niveau. A noter que  la suppression de la taxe d’habitation, présentée comme un gain de pouvoir d’achat aura été la mesure  la plus imbécile qui soit en privant les collectivités d’une de leurs ressources principales,  portant atteinte à leur autonomie de gestion  et  à leurs investissements, mettant un  puissant frein à la construction des logements. Même les  cris de victoire sur la croissance et la compétitivité de l’économie  ne sont pas crédibles.  Le  solde de notre balance commerciale en témoigne avec  un déficit qui s’est  encore creusé en 2021 à 85 milliards  d’euros.  On nous dit que la  France est redevenue attractive,  c’est vrai, mais  ce que les étrangers viennent chercher chez nous avec leurs capitaux ce sont les avantages financiers créés par la flat taxe. Une bien faible part retombe sur le tissu  économique. Et puis, cerise sur le gâteau, c’est le gonflement de la dette à près de 3 000 milliards d’euros. Le « quoi qu’il  en coûte » est devenu « après moi le déluge ! » Nous nous sommes abstenus des efforts d’adaptation et de la discipline des équilibres intérieurs et extérieurs. Et au lieu de commencer à  revenir au bon sens, on essaie  de convaincre nos partenaires rigoristes européens de changer les règles pour que notre impéritie  devienne légitime et puisse continuer.

Une voix s’élève enfin…

Il va falloir  « redresser » le pays. Il faut régler évidemment les problèmes de l’immigration et de la  sécurité. Il est normal qu’à l’occasion de l’échéance présidentielle soient abordés les problèmes de société tels que laïcité, égalité homme-femme, etc…  Mais les grands problèmes économiques vont bouleverser notre pays s’ils ne sont pas traités. Et on ne pourra pas  faire l’impasse  dessus cette fois-ci.  En effet,  les délais de grâce dont la France a bénéficié jusqu’à maintenant basés sur les conditions monétaires permissives mises en place pendant la grande crise financière et prolongées avec la pandémie, vont s’achever  avec la remontée inéluctable  de l’inflation et  donc des taux d’intérêts, même si les banques centrales vont tout faire pour que ceci soit graduel.  Il n’empêche, le retour au principe de réalité va  être violent et tout particulièrement pour les pays qui auront abusé de l’endettement. Et c’est probablement sous pression qu’il faudra, à chaud, traiter les problèmes. Les problèmes économiques et sociaux que notre pays doit résoudre rapidement  s’imposent dans  le débat présidentiel afin qu’ensuite, ils puissent être  mis sur la table. Sans développer, pour ne pas allonger le développement, il s’agit du pouvoir d’achat, des inégalités de revenu et de patrimoine, en n’oubliant pas le rétablissement de l’égalité des chances, de la désindustrialisation qui se poursuit, de la réduction des déficits publics, des compétences qui se sont fortement affaiblies notamment dans les domaines scientifiques, de l’innovation et de la modernisation des entreprises qui évoluent trop  lentement, et enfin de la transition énergétique dont les effets ne doivent surtout pas être sous-estimés.

Pour l’instant, il n’y a qu’une candidature qui a décidé  de prendre le taureau par les cornes avec un programme  dense, structuré et financé, et qui se saisit de tous ces dossiers.  C’est  celle de Valérie Pécresse. Elle seule  propose des solutions crédibles, documentées, proportionnées,  étalées sur le quinquennat. On peut toujours en débattre, elles sont là pour ça.

Mais rien ne serait pire  de  croire à l’endettement infini préconisé par Amélie de Montchalin,  et  pratiqué par son maître ; ils sont comme  le  baron de Münchhausen qui s’élevait prétendument dans les airs en se tirant par les cheveux. Ils risquent d’y perdre leur tignasse et plus dure sera la chute !

Macron, non, merci, c’est sans moi !

Valérie Pécresse

 


6,55957 = 1

Euro

 

Non, ce n’est pas une énigme, c’est le taux de conversion du Franc en euro.  C’était il y a vingt ans. Tout était prêt ce 31 décembre 2001 pour la grande bascule du franc à l'euro. Les distributeurs bien remplis et les commerçants équipés, au petit matin du 1er janvier, après une nuit de fête, les Français découvrent les billets «aux grandes portes et aux petits ponts». Pour comprendre le soulagement du gouvernement ce 1er janvier 2002, il faut se souvenir de l'ampleur logistique de l'opération : 550 milliards de billets et 7 milliards de pièces distribués aux commerçants et aux banques soit 10 billets et 110 pièces par Français. L'euro est la monnaie scripturale en Europe depuis le 1er janvier 1999 pour onze pays d'Europe mais la nouvelle monnaie est encore abstraite pour les achats quotidiens. Le 1er janvier 2002 elle devient concrète et les prix sont affichés dans les deux monnaies, mais « l'arrondi » fait des siennes. Plusieurs professions expliquent préférer des chiffres ronds pour ne pas avoir à se casser la tête à rendre la monnaie. L'autre angoisse du consommateur est de commettre des erreurs dans ses achats. Un euro vaut 6,55957 francs. La calculette convertisseuse fleurit  un peu partout. Il nous faudra toutefois quelques mois d'apprentissage pour afiner notre intuition des prix. En février, quand le franc disparaît définitivement, 97% des paiements en espèces se font en euros. Les Français ont adopté la nouvelle monnaie sans heurts. 

L’euro n’a pas favorisé la hausse  des prix.

L'accusation qui est faite à cette nouvelle monnaie de contribuer à l'envolée des prix n'est certes pas nouvelle ni spécifiquement française. La réputation «inflationniste» de l'euro date des années de passage 2002-2003 lorsque les étiquettes en francs se sont établies dans une unité supérieure pour les « arrondis », mais au total les experts concluent « à un impact modéré du passage à l'euro, de l'ordre de 0,1% à 0,2% sur l'ensemble des prix ». D’ailleurs sur la période certaines augmentations n'ont rien à voir avec l'euro  mais plutôt avec  le contexte géo-économique. Cependant, il faut avoir quelques paramètres en tête  avant de faire des comparaisons.  Par exemple, depuis la création de l'euro en 1999, l'indice d'ensemble des prix à la consommation de l'Insee accuse une augmentation de 34,5% ; il convient d'avoir en mémoire cette hausse générale quand on veut comparer le prix de la baguette de pain en euros à ce qu'il était en francs à l’époque. La baguette à un franc, c’était sous Giscard. Elle approchait les 6 Francs en 2002.  Son enchérissement a été « de 1,9% par an, ce qui est un peu plus rapide que l'inflation d'ensemble, mais sans rupture par rapport à la décennie précédant le passage à l'euro », constatait l'Insee en 2017 au moment des quinze ans de l'euro, disculpant ainsi les boulangers. Autrement dit, les Français se trompent de combat lorsqu'ils accusent l'euro d'avoir alimenté des hausses de prix qui viendraient amputer leur pouvoir d'achat. Leurs malheurs procèdent plutôt d'une insuffisance de revenus et d'activité productive, spécificités  nationales.

La stabilité de la monnaie.

L'économie et la société françaises n'ont jamais connu une telle période de stabilité des prix depuis la première guerre mondiale. La stabilisation de l'inflation qui avait prévalu durant la phase préparatoire  – condition préalable à la monnaie unique figurant dans le traité de Maastricht de 1992 –  s'est accentuée avec l'institution de l'euro. Depuis 2002, l'indice des prix à la consommation a augmenté de 1,4% l'an en moyenne en France selon les chiffres de l'Insee, ce qui nous situe complètement dans la norme européenne. Voilà un bilan positif et sans équivoque.  Mais cette stabilité n’a pas eu les mêmes effets pour les différents pays de la zone. Oublions le faux procès d'un euro « fauteur d'inflation» que nos concitoyens paraissent toujours prêts à instruire au lieu de regarder les erreurs franco-françaises de politiques économiques commises depuis un quart de siècle. En effet, après l'Italie, la France est le pays où l'euro a entraîné le déclin le plus important. Si on prend en compte l'ensemble de l'économie et sa prospérité, le Centre de Politique Européenne (CEP, Center of European policy), un think-tank basé à Bruxelles, dressant le bilan de vingt ans de la monnaie unique, a établi que l'Allemagne et les Pays-Bas avaient été les deux grands gagnants, alors que la France et l'Italie figurent comme les deux perdants les plus importants. Le CEP a ainsi calculé que chaque Allemand avait gagné 23 116 euros supplémentaires en vingt ans, toutes choses égales par ailleurs, grâce à l'instauration de la monnaie unique, quand le Français en avait perdu 55 996. Cette évolution montre que la France n'a pas encore trouvé le moyen de renforcer sa compétitivité au sein de la zone euro. Quand Edmond Alphandéry a écrit « Sous le soleil de l’euro », il ne pensait pas que les Français privilégieraient la « chaise longue ». Et le quinquennat Macron, c’est cinq ans de plus de perdus malgré quelques petits correctifs, largement insuffisants.

L’attachement à la monnaie commune.

Si à l’abri de la stabilité de l’euro, la France a joué la carte de la cigale, avec l’accumulation d’une dette monstrueuse, jusque là à bon compte grâce à la  monnaie unique, on peut imaginer le nombre de dévaluations du Franc que nous aurions connues pendant la même période. Néanmoins, trois Français sur quatre (74%) estiment que «l’euro est une bonne chose pour l’Union européenne». Un soutien largement majoritaire, mais parmi les plus tièdes de la zone euro, puisque seuls les Italiens (72%) et les Luxembourgeois (67%) sont moins nombreux à être satisfaits. Et lorsque l’Eurobaromètre leur demande si la monnaie unique est bonne pour leur pays (et non pas l’Europe dans son ensemble), les Français ne sont plus que 66% à répondre positivement. On comprend pourquoi, sauf qu’ils ont tendance à mettre sur le compte de l’Union le résultat d’erreurs nationales magistrales comme  les 35 heures et la désindustrialisation. Quoi qu’il en soit, personne n’est prêt à abandonner l’euro. Marine Le Pen a renoncé depuis 2017 au «Frexit», tandis qu’Éric Zemmour, discret sur le sujet, juge qu’entrer dans l’euro était une erreur mais qu’en sortir serait pire. L’ancrage dans la monnaie unique semble donc de plus en plus irréversible. Et c’est tant mieux. D'autant plus qu'elle est devenue la deuxième monnaie de réserve derrière le dollar sur  le  marché mondial.

Vingt ans après l’arrivée des espèces, Christine Lagarde, la patronne de la BCE, espère rapprocher les Européens de leur monnaie en remplaçant dans les prochaines années, les froides portes et fenêtres décorant les billets par les visages de personnalités transfrontières. La BCE concocte aussi la prochaine étape : l’euro numérique. Un moyen de paiement virtuel qui facilitera les transactions et doit faire pièce aux cryptomonnaies privées. De quoi pérenniser définitivement la monnaie unique !

 


UNE BELLE CROISSANCE MAIS ARTIFICIELLE !

Croissance économique

 

La macronie est en transe et les commentateurs reprennent leurs éléments de langage  sans analyser en profondeur. Le cocorico  est trop tonitruant pour être honnête. Certes le  chiffre est incontestable : la croissance de la France a atteint 7% en 2021. Du jamais vu depuis  70 ans est-il important d’ajouter, pour un exploit … qui n’en est pas un !  Explications .

Ce chiffre est spectaculaire mais il vient après une chute de croissance tout aussi spectaculaire : -8% en 2020. Une bonne part de cette croissance est due à un simple rattrapage dont l'ampleur est le reflet de l'ampleur de l'arrêt de l'économie imposée par la  pandémie et le confinement du printemps 2020.  Il est utile de rappeler qu’il ne s’agissait pas d’une crise économique. Mais au-delà de l'effet massif du rattrapage, il y a aussi la croissance alimentée par les liquidités des banques centrales et les aides des gouvernements, et en la matière, la France a été la plus prodigue. Le cumul de ces trois moteurs : le rattrapage, l'argent magique et les aides gouvernementales a fait exploser la croissance en 2021. C’est le contraire qui aurait été étonnant.

Après les célébrations, venons-en aux prévisions pour 2022. Déjà, il faut préciser que la situation n’est pas revenue à la normale, d’une part parce que la pandémie n’est pas terminée, d’autre part parce que les dysfonctionnements qu’elle a créés ne sont pas entièrement résorbés. En toute logique, après l’effet rebond, le FMI l'a redit récemment en baissant ses prévisions : la croissance va ralentir. L'effet rattrapage va s'essouffler, l'argent magique va moins couler à flots, les aides vont se réduire puis s’arrêter, sauf en France parce qu'on a les élections, car plus rien ne les justifie. D’ailleurs on voit bien que Macron essaie d’acheter son élection, en arrosant segment par segment la population française.

Donc, un ralentissement s’annonce, mais avec des taux qui vont rester assez élevés encore cette année. Rappelez-vous qu'avant la crise sanitaire, nous parlions d'un monde à croissance nulle. On attend encore 3,8% de croissance aux États-Unis en 2022, 5,3% en Chine, 3,9% en zone euro et 3,9% en France. Il faudra probablement attendre 2024 pour retrouver des taux de croissance d'avant crise sanitaire. Cependant deux menaces pèsent sur ces prévisions : l’inflation qui risque de s’avérer plus durable que prévue et jouer les « trouble-fête », et l’explosion des bulles boursières, dont une mega qui donne des sueurs froides à Wall-Street,  sans parler de la « roulette russe » qui risque d’enflammer le monde aux  portes de l’Europe.

En attendant, il y a des chiffres qui permettent de relativiser l’enrichissement de la France par la croissance de son PIB : 7% génèrent une  augmentation d’environ 150 milliards d’euros (PIB : 2 437 milliards en 2019, 2 302 milliards en 2020, 2 445 milliards en 2021), pour un déficit du budget de l’Etat de 170 milliards en 2021, et près de 80 milliards de déficit de notre balance commerciale, sans parler des comptes sociaux. On voit alors que les 150 milliards ont été acquis au prix fort, celui d’un trou de 100 milliards d’euros.  Voilà pourquoi, depuis dix ans le PIB augmente (sauf en 2020) mais les  Français sont de plus en plus pauvres, comme le constate Agnès Verdier-Molinié. Et en même temps, la dette atteint des sommets à 115% du PIB, avec près de 2 700 milliards. 

Il s’agit bien d’une croissance artificielle qui s'enfonce un peu plus chaque année dans les sables mouvants de la dette ! 

Il devient urgent de changer de modèle.

 






ENERGIE : CASTEX ARROSE LE SABLE !

Etat providence

Comme dirait l’autre, « ça coûte rien puisque c’est  l’Etat qui paie ». En attendant, c’est  le cochon de payant qu’est l’usager qui passe à la caisse chaque fois qu’il va à la pompe, et la mesure qui consiste à augmenter de 10% le barème de l’indemnité kilométrique, que notre Premier Sinistre (dixit Coluche) propose, sans être gratuite (autour de 400 millions), ne répond pas au sujet. Ce dont les ménages ont besoin c’est de conserver leur  pouvoir d’achat aujourd’hui, car les  fins de mois deviennent difficiles. L’augmentation du barème n’apporte pas cette réponse immédiate. Et d’ailleurs, il y aurait beaucoup à dire sur la cohérence du ciblage ainsi opéré. Les bénéficiaires seront les gros rouleurs, notamment ceux qui doivent effectuer un long trajet en voiture pour aller travailler ; mais d’un point de vue écologique, cette  disposition incite à rester à l’essence, en contradiction avec les aides à la conversion électrique. En outre, à nombre de kilomètres identiques, la baisse d’impôt sur le revenu sera d’autant plus élevée que le contribuable est assujetti à une tranche élevée : curieux effet anti-redistributif.

Rappelons que cette aide  vient  à la suite d’un train qui s’allonge à mesure que le prix de l’énergie augmente : chèque énergie de 100 € en septembre (600 millions), indemnité  inflation du même montant, accordée aux personnes gagnant moins de 2 000 € (3,8 milliards), gel du tarif du gaz  et bouclier tarifaire limitant celui de l’électricité (8 milliards pour l’Etat et autant pour EDF détenu à 84% par l’Etat). Le tout à crédit, évidemment,  puisque l’Etat n’a pas la queue d’un. Mais surtout, ça n’apporte pas de solution pérenne à la baisse du pouvoir d’achat.  Comme il semble bien que le recul des cours mondiaux de l’énergie n’est pas pour demain, en raison du contexte international, conflit avec la Russie, flux d’approvisionnements perturbés, …  la campagne électorale  poussant à « agir »,  le gouvernement pourrait bien nous sortir de son chapeau une nouvelle aide d’ici avril. Tant que l’élection ne sera pas passée, l’exécutif se croira obligé d’arroser le  sable pour faire croire qu’il fait quelque chose. C’est prendre un peu les électeurs pour des benêts. Et plus le sable aura été arrosé, plus il sera difficile au prochain président de fermer le robinet.

En même  temps, la  fin de l’année a été particulièrement lucrative pour les caisses de l’Etat.  L’accélération de la croissance a drainé une quinzaine de milliards d’euros de recettes supplémentaires : cinq milliards sur les ménages et 10 milliards sur l’impôt sur les sociétés. Grâce, notamment, au dynamisme de la TVA dont une partie est redistribuée aux collectivités, les recettes des régions devraient bondir d’un peu plus de 800 millions d’euros cette année, d’un peu moins de 800 millions pour les départements et de 400 millions d’euros pour les intercommunalités. A cela s’ajoute une revalorisation exceptionnelle de 3,4 % des valeurs cadastrales votée dans le projet de loi de finances pour 2022. Ces valeurs servent de base de calcul à la taxe foncière et à la taxe d’habitation (qui continue d’exister). Cette hausse, inédite depuis 1989, rapportera aux communes et aux intercommunalités plus d’un milliard d’euros supplémentaires. Si elle devrait permettre aux collectivités de reconstituer un peu leur épargne brute, nécessaire à l’investissement, et de faire face, en partie à la hausse des coûts de l’énergie, elle n’empêchera  pas pour autant une répercussion à la hausse sur les taxes foncière et  d’habitation,  d’autant plus que le gâteau sera entamé par une baisse de 4% de la CVAE (ex taxe professionnelle). Vous m’avez compris, ces bonnes nouvelles n’en sont pas forcément pour tout le monde et les ménages devront comme toujours mettre la main au porte-monnaie.

On n’est plus à une contradiction près. On attend même avec  une certaine curiosité la prochaine aide. Et v'lan, voilà une aide de plus qui tombe à l'instant où j'écris : une aide exceptionnelle pour les travailleurs indépendants ! 

C'est Noël jusqu'en avril !

 

 


L’ETAU DES TAUX DANS LA CAMPAGNE !

étau des taux

On y est ! 

Le passage du négatif  au positif du taux des obligations d’Etat allemandes,  qui est la référence pour  toute la zone euro, marque un moment clé : le retour  à la normale, et même un peu plus, puisque les taux à 10 ans vont sans doute aller au-delà de ce qu’ils étaient.  C’est le début des ennuis pour  les Etats  surendettés comme la France. Les entreprises et les ménages, dont la dette est souvent à taux fixes, n’auront à souffrir de la remontée des taux que très progressivement. En revanche, les Etats qui ont vu s’alourdir massivement leur dette à cause de la crise vont prendre de plein fouet la hausse des taux.  La  France est aux premières loges, ayant été la plus dépensière et donc  la plus emprunteuse auprès de la BCE. Et elle reste le pays de la zone qui émet le plus de dettes en volume chaque année sur les marchés.

Le mur du pacte de stabilité.

Les gouvernements et les banques centrales ont ouvert une voie qu'il va être difficile de refermer. Ces banques centrales qui, même avec des taux d'inflation supérieurs à 4%, veulent tenter de maintenir des taux bas le plus longtemps possible. Ce qui n’empêche pas la France de vouloir qu'on oublie totalement jusqu'au souvenir les limites européennes de déficit public. Pourtant, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, qui sent déjà le vent du boulet prend les devants. Ainsi, il a chiffré l'impact d'une hausse d'un point de pourcentage des taux d'intérêt sur les finances publiques françaises : cela coûtera au contribuable la bagatelle de 39 milliards d'euros par an au bout de dix ans ! Une bagatelle ! Cela représente rien de moins que l'équivalent du budget de la Défense. C’est bien pourquoi Emmanuel Macron n’a pas évoqué le sujet à l’occasion de son discours de Strasbourg, ce  qui ne l’empêche pas de manoeuvrer en coulisse pour tenter d'obtenir de l'Allemagne un assouplissement du Pacte européen de stabilité.

La rigueur budgétaire s’imposera « quoi qu’il arrive » !

Il faut que le chef de l’Etat ait en tête, ainsi que tous les autres candidats, qu’une « simple stabilisation » de la dette française n'est pas tenable, comme les en avertit le même Villeroy de Galhau. Car miser sur la seule croissance ou compter sur la stabilité des dépenses publiques ne suffira pas à réduire l'endettement français. Il faudra réformer en profondeur l'Etat et les collectivités. Une tâche d’autant  plus compliquée que le resserrement de la  politique monétaire réduira  les marges de manœuvre. Car, ce qu’il faut savoir, c’est que la dynamique actuelle des taux ne concerne pas que l'Allemagne. La dette de marché européenne n'a pas résisté à la vague de hausse qui touche l'ensemble des taux dans le monde. A 0,40 %, le taux à 10 ans français a retrouvé ses niveaux d'avril 2019. Aux Etats-Unis, le rendement des Bons du Trésor à 10 ans est passé de 0,90 % à 1,50 % en 2021, et il approche désormais 1,90 %. Les investisseurs estiment que la pandémie s'essouffle et augmentent leurs attentes en termes de rémunération. L'inflation continue pour sa part de grimper, avant la décrue attendue. En décembre, elle a atteint 7 % sur un an aux Etats-Unis - un plus haut depuis 1982 - et 5 % en Europe, ce qui pousse les banques centrales à durcir leur politique monétaire. Outre-Atlantique, la Réserve fédérale est en train de mettre fin à ses achats d'actifs et pourrait procéder dès mars à une première hausse de taux - probablement suivie de deux ou trois autres tours de vis cette année. Inéluctablement la BCE sera obligée de suivre sauf à voir l’euro se déprécier. D’ailleurs elle va arrêter son programme « urgence pandémie », privant le marché obligataire d'un soutien non négligeable. La normalisation des taux d'emprunt est donc entrée dans une nouvelle phase. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les pays de la zone euro qui vont devoir lever près de 1 200 milliards d’euros cette année. Le principal risque pour ces pays est de voir leurs taux nationaux s'écarter fortement des taux allemands, avec pour conséquence un regain d’intérêt pour ces derniers, délaissant les autres qui se retrouveraient alors en grande difficultés, la  BCE réduisant elle-même ses achats. De quoi faire grimper un  peu plus les taux. Cette  hypothèse est le scénario du pire. Mais ne vaut-il pas mieux l’avoir en tête ?

En effet, les candidats à la présidentielle prennent soin d'éluder le débat de la réduction du train de vie de l'Etat et de l'assainissement des finances publiques, à l’exception de Valérie Pécresse. Pire, la plupart parlent au contraire de dépenses supplémentaires ! La palme revient à Mélenchon qui ne veut même pas  entendre parler de la dette, ce qui est complètement irresponsable. Nous allons devoir vivre le  trimestre  qui vient avec l’œil sur le thermomètre économique : inflation, intérêts de  la dette, niveau de la dépense publique… Et selon l’évolution, revoir les programmes, sauf à vendre des promesses… verbales !

 


DRÔLE DE BILAN !

Bout du rouleau

 

L’incroyable Le Maire !

Aveuglement ou déni ? Ou les deux ?  Notre Ministre des Finances, grand maître de la dépense n’en démord pas, « la France n’est pas en déclin, et ceux qui en ressassent le refrain en sont les premiers  promoteurs », clame-t-il.  Il s’appuie sur les performances actuelles de l’économie  avec une croissance en 2021 de 6,2% (chiffre record depuis de nombreuses années) et une prévision de 4% (très optimiste) pour 2022. Il promet même que le surplus de recettes fiscales sera affecté à la réduction du déficit qui sera inférieur à 8% (!!!).  On serait tenté de dire « encore heureux ! ». Il vante aussi les  mesures  prises par  l’Etat pour garantir le pouvoir d’achat comme le chèque énergie, les 100 euros d’augmentation de la prime d’activité, la baisse de 5 milliards des premières tranches de l’impôt sur le revenu, la suppression de la taxe d’habitation (qui reste à charge de l’Etat)…. Et  de se vanter d’avoir remis de l’ordre dans les comptes, tout en baissant la pression fiscale de 50 milliards d’euros en cinq ans. Sauf qu’en même temps, il annonce des reports coûteux comme le remboursement des PGE repoussé à la fin de l’année, de nouvelles mesures ciblées pour soutenir les  secteurs impactés par le Covid, et le blocage des prix du gaz et de l’électricité qui n’est  pas gratuit…  Il faut bien que le  « marié soit beau »  en avril. Tout cela contribue  aussi à manipuler le chiffre de l’inflation à la baisse comme le  démontre Jean-Pierre Robin dans le Figaro. Alors bien sûr, il y a quelques rayons de soleil, comme les levées de fonds des « licornes » qui ont battu un record cette année  et l’attractivité  grâce à la flat taxe sur les revenus boursiers ce qui attire les capitaux étrangers. C’est l’arbre qui cache la forêt de l’absence de capitaux français. Mais notre argentier ne voit pas qu’i l a bâti sur du sable et qu’il a inventé l’économie du recyclage  de l’argent public en un véritable  cercle vicieux : impôts + dette – financement des entreprises et des ménages, avec à chaque cycle, le creusement du trou. Illustration : déficit de l’Etat de près de 200 milliards d’euros, déficit du commerce extérieur de 80 milliards, pour générer, avec 6% de croissance une augmentation du PIB de 140 milliards d’euros. Résultat : un trou de 140 milliards. Cherchez l’erreur !  

La réalité des  chiffres.

Elle nous est donnée par l’Ifrap. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et ils sont incontestables. La croissance est dopée à la dépense  publique, financée  à crédit par de la dette. Elle n’est pas pérenne  puisque peu fondée sur de l’investissement. La France s’est plus endettée que ses voisins en raison, notamment, de sa désindustrialisation massive qui fait que toute croissance aggrave le déficit des échanges extérieurs parce que notre appareil productif ne répond ni aux attentes  de ses consommateurs ni à la demande internationale. Quant aux impôts, s’ils ont baissé pour certains contribuables et surtout pour les entreprises, cette situation ne sera pas tenable longtemps sans réforme de fond de la dépense publique, avec 700 milliards d’euros de dette en plus en cinq ans. Le véritable palmarès est  catastrophique : 23ème rang mondial pour la richesse par  habitants 39 030€, loin derrière l’Allemagne à 46 208€, et seuls l’Espagne, l’Italie et le Portugal parmi les 11 fondateurs de la zone euro, sont derrière nous ; 2 950 milliards d’€ de dette, un chiffre énorme, 44 000€  par Français, plus que le double de 2012 (20 000€), et aucun autre pays de la zone euro n’a connu une telle  progression au point que Bruno Le Maire considère que les critères communautaires sont devenus obsolètes,  car évidemment, quand la température n’est pas bonne, il est préférable de casser le thermomètre ; 1 460 milliards d’€ de dépenses publiques  en 2021, et en la matière Macron n’a tenu aucune de ses  promesses, même en tenant compte de la crise sanitaire, parce qu’aucune réforme suffisante, à commencer par celle des retraites, n’a été menée pour endiguer le torrent, et en 2021 elles pèsent pour 60,7% du PIB, loin des 50% promis en 2017 pour 2022 ; avec 1 126 milliards de prélèvements obligatoires, notre pays reste champion du monde du nombre d’impôts, taxes, contributions et cotisations,  et même si Le Maire a baissé des impôts, rien qu’en 2019, cinq nouvelles taxes ont été créées, et la France a deux fois plus d’impôts et catégories d’impôts que l’Allemagne (196 contre  84) pendant que notre système applique systématiquement plus de prélèvements dans chaque catégorie ; le gouffre, ce sont les 800 milliards d’€ de dépenses sociales :  570 milliards  pour la sécu, 49 milliards pour le chômage, 75 milliards de retraites complémentaires, 10 milliards  pour les  adultes handicapés, 10 milliards de primes d’activités, 11 milliards de RSA… et pourtant la pauvreté est toujours là avec toujours plus de sdf et de sans abris et bien que l’Etat, en 2020, ait consacré 32% de son PIB à ces dépenses  contre 19,9% en moyenne dans l’OCDE ; enfin, un dernier chiffre, les 82 milliards d’€ de déficit commercial, en 2020, pendant que l’Allemagne réalise 183 milliards d’excédent ! qui se traduit par  un constat consternant que les produits français intéressent moins, y compris  dans les pays comparables de l’Union ce qui fait que nous importons beaucoup plus d’Allemagne que de Chine, et plus grave, la France n’assure plus son autonomie alimentaire.  Après tout cela, il est difficile de ne  pas parler de déclassement.

Le défi budgétaire.

Pour stabiliser la dette à l’horizon 2027 et faire refluer le déficit public à 3% du PIB, il faudra un programme massif d’économies, de l’ordre de 70 milliards d’euros, selon les  calculs de l’Institut Montaigne, nous prévient le journal Les Echos. Et un tel plan apparaît comme très difficile à mettre en œuvre, le mot impossible n’est pas dit, mais pensé très fortement. D’autant plus que de nombreux paramètres mettront la  pression à la hausse telle la hausse des salaires qui rendra compliqué le maintien du gel d’indice des fonctionnaires, ou encore l’inflation qui  entraînera inéluctablement la hausse des taux de  la dette, sans parler du coût de la transition écologique et de la nécessité de renforcer certains services publics… Cela rend la marche pour réduire  les dépenses bien plus haute qu’elle ne l’était quand « les planètes étaient alignées ». Or il faudrait au moins économiser 15 milliards d’€ par an : la réforme des retraites, évidemment, une limite à  2,5% de la hausse des dépenses d’assurance-maladie en améliorant l’efficacité du système, la réduction des effectifs de l’Etat…  des paramètres difficiles à tenir, surtout si dans le même temps  on veut baisser la fiscalité.

Seul le programme de Valérie Pécresse semble à la hauteur du défi, et il est aussi le seul  à annoncer la couleur. En plus de la réforme des retraites avec allongement du temps de travail mise en œuvre immédiatement, il faudra réaliser le non-remplacement sur cinq ans des 200 000 fonctionnaires administrants qu’il prévoit et faire rentrer les 15 milliards de fraude fiscale pour espérer atteindre l’objectif, tout en assumant 34 milliards d’€ de dépenses nouvelles, notamment les 50 000 agents supplémentaires déployés dans l’éducation, la santé et la sécurité. En matière d’économies, la droite a prouvé dans les Régions qu’elle savait faire tout en améliorant le service public.  Mais il serait naïf de penser que cela se fera comme une promenade de santé.  Il faudra aussi compter avec les capacités de nuisances de ceux qui savent paralyser le pays pour défendre leurs intérêts catégoriels. Une chose est certaine : il faudra un courage  et une volonté politique sans failles !


UNE SORTE DE CUBA EN EUROPE…

France-faillite

 

Voilà un pays qui croule sous une bureaucratie omnipotente, qui voit ses jeunes prendre le large pour trouver un avenir, incapable de rembourser sa dette, au tissu industriel anémié  et qui a vu ses  exportations agricoles s’effilocher… Vous allez me dire : « Tiens, il  parle de la France ». Eh non, il s’agit de Cuba !  La  différence c’est que l’ile caribéenne a su développer des compétences en médecine, notamment une importante industrie vaccinale qui peut faire pâlir notre institut Pasteur.

Plus sérieusement, même si le trait est un peu gros, l’état de la France a de quoi inquiéter  les Français  et n’est pas celui, à l’eau de rose, décrit par notre cher Président avant le réveillon de la Saint-Sylvestre.  Affirmer que le pays est plus fort en 2021 qu’en 2017 ne tient pas. Le pays était déjà très amoindri à la fin du quinquennat Hollande et celui qui s’achève n’a rien arrangé, notamment à cause des deux crises majeures, l’une nationale, celle des gilets jaunes et l’autre internationale, celle du Covid. Il aurait fallu un miracle pour que  la France en sorte renforcée. 

Le  gouvernement exploite et tente de prolonger une embellie conjoncturelle, pensant en tirer profit  pour la campagne présidentielle, mais ce faisant, il continue d’aggraver les paramètres négatifs qui pèsent sur notre avenir. Certes, il peut s’enorgueillir de quelques réussites dans  les créations d’entreprises et  l’essor de la French tech qui à elle seule a  levé 10 milliards en 2021. Mais la forte reprise de cette année avec 6,7% de taux de croissance,  la  stabilisation du chômage n’est en réalité que l’effet de rattrapage de la récession historique de 8% du PIB en 2020 provoqué par le confinement. De même  que la  diminution du chômage , alors qu’un million d’emplois restent non pourvus,  doit prendre en compte la démographie et un simple coup d’œil sur  la  pyramide des âges  permet de comprendre le phénomène : le creux de natalité entre 1985 et 2010 bat son  plein et les 20-35 ans manquent furieusement à l’appel. Quant à  la progression du pouvoir d’achat de 1,6% par an, elle est en grande partie  le fait de la redistribution par l’Etat qui pour la réaliser a  continué d’écraser d’impôts nos entreprises –quoi qu’il  en dise-  et de ce fait a contribué à gelé les salaires.  Autrement dit, un  pouvoir d’achat saupoudré, factice et financé  par de la dette en plus.  La performance   d’ensemble reste donc médiocre, d’autant plus que l’inflation a fait son retour à près de 3% et elle risque d’être  beaucoup plus durable  que ne le pense notre grand apothicaire. 

Loin de révolutionner le  modèle français de croissance à crédit, le Président l’a, au contraire poussé dans ses extrémités, avec 1 000 milliards de dette supplémentaire. Quand j’entendais Amélie de Montchalin développer son argumentation de fuite en avant face à Eric Ciotti, tenant pour ringard un retour à l’orthodoxie financière,  je me disais que ces gens-là sont irresponsables.  Ils ne voient pas  que notre pays a perdu sa souveraineté  et du même coup la maîtrise de son destin.  Ou alors c’est du cynisme. La  France dépend de la Chine  pour son approvisionnement en biens de consommation, des Etats-Unis pour la technologie et de l’Allemagne pour la  réassurance de sa dette. Sans l’euro, notre déficit public doublé de celui de notre commerce extérieur auraient placé la France au bord du dépôt de bilan. Si le modèle  économique et social fondé sur la  distribution et l’endettement est reconduit,  la chute deviendra irréversible. Nous sortirons du peloton des dix premières puissances  mondiales avant 2030 et sur le plan financier nous n’échapperons pas à une crise majeure quand les taux d’intérêt dépasseront la  croissance nominale, ce qui ne manquera pas d’arriver au cours de la décennie.

La France est le pays le plus égalitaire si l’on en croit les statistiques.  Ce n’est qu’apparence, car  les poches inégalitaires sont  partout. L’effet pervers de la stabilisation des écarts de revenu a été le fort  accroissement des inégalités de statut et de patrimoine. Les paramètres qui permettent de mesurer les performances d’un pays sont tous au rouge et consacrent le décrochage de la France : le déficit extérieur s’est envolé à 86 milliards en 2021 et atteindra 95 milliards en 2022 (3,7% du PIB), résultat d’une chute de 3% à 2,5% des parts de marché mondial ;  le déficit public a explosé portant la dette de 98% à 116% du PIB et la course folle des dépenses publiques se  poursuit ; le déclassement de la production industrielle a été pleinement mis en lumière par  la déroute du secteur de la santé, incapable de mettre au point un vaccin contre le Covid. Même notre agriculture, qui était un fleuron, est à la  peine alors que notre dépendance alimentaire s’est creusée avec  l’importation de plus de 20% de notre consommation. Je ne m’étendrais pas sur l’embolie générale de nos services publics de santé, justice, sécurité, éducation… partout,  trop d’administratifs et pas assez d’agents « en action ». Leur paupérisation doit faire face à une fuite des talents et des compétences alors même que les moyens qui leur sont consacrés ne cessent de croître, mais comme un marteau qui tape à côté du clou.

Cuba a perdu la tutelle de l’URSS  mais continue de souffrir de la mentalité d’assistanat  et reste le « royaume »  de la débrouille. L’économie reste anémiée et les pénuries sont récurrentes… Quant à la bureaucratie, elle est toujours aussi obèse. Une idée de ce qui pourrait nous attendre. Mais cette évolution n’est pas  gravée dans le marbre : le déclin français peut  être enrayé. Le  pays regorge d’atouts qui pourraient lui permettre de redevenir une puissance prospère du 21ème  siècle : entrepreneurs et cerveaux, pôles  d’excellence publics et privés, épargne, énergie nucléaire,  à quoi on peut encore ajouter culture et civilisation. La tâche principale consiste à corriger les dysfonctionnements de l’Etat  obèse et impuissant pour l’adapter aux nouvelles réalités du monde. Il faut en faire un état fort  et agile, il nous faut nous doter d’une industrie et d’une recherche dynamiques, rétablir l’égalité des chances par l’éducation  et axer les efforts sur les technologies de l’information. Il faut un projet de rupture pour recréer les conditions d’une bonne cohésion sociale et d’une confiance des citoyens dans leurs institutions. On y parviendra si on donne la priorité à la production, à l’innovation, à la modernisation de l’Etat et à la défense sans faiblesse des valeurs qui fondent notre République. Il s’agit de rassembler les énergies  et de « faire ».  Ce sont les Français, plus que l’Etat qui sont la solution à la crise de notre modèle économique  et de la nation. C’est le projet de Valérie Pécresse !

 


LES ENNUIS ARRIVENT !

Bout du rouleau

L’inflation est là. 

En France, elle est encore au-dessous des  3%, mais le niveau qu’elle atteint aux Etats-Unis (près de 7%)  nous montre très clairement ce qui nous attend à brève échéance. Ce  qui devrait être une bonne nouvelle va se transformer en chemin de croix à cause de nos déficits et surtout de notre dette. Et l’alignement des planètes contrariantes est en train de se mettre en place. La rencontre avec Olaf  Schultz, nouveau chancelier allemand, avec  Macron, malgré les sourires de façade, n’a pas levé l’exigence germanique de retour à l’orthodoxie financière et la BCE tiendra jeudi une réunion de politique monétaire sous haute tension, à l’issue de laquelle elle devrait annoncer l'arrêt des mesures d'urgence contre le Covid. Entre l’explosion des contaminations et les craintes liées au variant Omicron, le moment semble peu propice, mais l’institution joue sa crédibilité, après avoir reporté plusieurs fois sa décision afin de préserver l’économie européenne. D’autant plus que La Fed se réunira mardi et mercredi et se retrouve elle aussi en position délicate, alors que l'inflation est au plus haut depuis quarante ans aux Etats-Unis. Si la divergence entre les deux banques centrales est  trop forte, en raison par exemple de mesures trop timides du côté européen, l’euro pourrait en faire les frais,  la correction se faisant à la baisse. De quoi compliquer la fin du mandat de « Macron-le-crameur-de-caisse ». Le gros  problème, c'est que personne ne sait comment sortir de ces politiques de création monétaire à tout va.  Il n'y a que des mauvaises décisions à  prendre. 

L’impasse américaine.

La réserve fédérale américaine, par la voix de son président, a reconnu qu'elle s'était trompée dans son appréciation de l'inflation.  En conséquence, la Fed doit rapidement revoir sa politique de rachat d'actifs à l'aune de cette nouvelle dimension. Cette prise de conscience est bienvenue, notamment compte tenu du risque du maintien de l'inflation à un niveau dangereusement élevé au cours des prochains mois. Beaucoup d'observateurs notent à juste titre que la Fed ne dispose pas des outils nécessaires pour débloquer les chaînes d'approvisionnement ou pour accroître la main-d'oeuvre. Mais plus la Fed tarde à réagir correctement à l'évolution de l'inflation, plus grande est la probabilité qu'elle soit amenée à changer brutalement de politique, devenant elle-même la cause principale d'une tendance inflationniste. Même en ayant ainsi raison, elle risquerait de susciter une récession nationale, la volatilité des marchés et des retombées dommageables pour l'économie mondiale. Une certitude : la Fed doit maintenant diminuer beaucoup plus rapidement ses achats mensuels d'actifs. Une impasse politique pour Joe Biden, mais non sans conséquence pour l’Europe, et donc nous. On sera rapidement fixé.

La fin du laxisme budgétaire.

Il va donc falloir être plus rigoureux. « Rigueur », voilà un gros mot politique qu’il  ne faut surtout pas prononcer. Et avec la  chance qu’elle a, la droite va reprendre le pouvoir au pire moment, celui de la fin du « quantitative easy ». De quoi compliquer sérieusement les projets électoraux de baisse  des  charges et d’augmentation des salaires. Nous allons payer 10 ans de  laxisme budgétaire Hollande-Macron, ce dernier ayant été de loin, le plus dépensier. De quoi regretter aussi la  belle époque de l’alignement des  planètes : énergie à bas coût, inflation nulle, taux d’intérêts négatifs, croissance mondiale. C’est  à ce moment-là qu’il aurait fallu faire baisser la dette et rétablir nos équilibres financiers… mais comment résister à la tentation d’emprunter dans de telles conditions pour un  pays addict à la dépense publique ?  Nous serons vite fixés : le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, reçoit aujourd’hui à Paris son homologue allemand, Christian Lindner, pour évoquer une évolution des règles budgétaires européennes. Le  grand argentier allemand ne cache pas sa volonté de mettre fin  à la gabegie française. Les discussions sur une réforme du Pacte de stabilité vont entrer dans le vif du sujet !

Le déclassement de la France.

Notre Ministre de l’économie a beau  se vanter de la croissance forte (6%), jamais vue depuis des  décennies, elle n’est que le résultat d’un ressort qui se détend après les restrictions de la pandémie. Le rebond n’est que la  conséquence de la chute de 8% du PIB en 2020, et ne rattrape  pas  complètement la richesse perdue. Il n’empêche, un pays qui importe plus de biens qu’il n’en exporte, dont la dette est achetée massivement par des non résidents, est un pays qui décroche. Les récents succès de nos ventes d’armement sont bons à  prendre, mais ils sont l’arbre qui cache non pas la forêt mais l’étendue de notre désert industriel. Si les marges de manœuvre budgétaires  se resserrent, comme c’est à prévoir, la tâche de redressement de  la France en sera rendue plus ardue. Il y faudra de l’audace et du courage politique qui militent pour une alternance. Car  ces deux qualités manquent cruellement au  pouvoir actuel,  ligoté  dans  son « en même temps » et  réduit à de belles déclarations sans suite concrète la plupart du temps. Cela dit, ce n’est qu’un des enjeux de la bataille électorale qui s’annonce.

La donne politique.

Contre le volontarisme affiché de Valérie Pécresse, l’auberge espagnole de « Ensemble, citoyens » répond en ordre dispersé. Castagnette dénonce le glissement vers l’extrême-droite, le charlatan de l’Intérieur, Darmanin, se décerne des brevets de « droite authentique »…   Tous les transfuges montent au créneau contre elle, mauvaise foi en bandoulière. Si la bêtise tuait,  ils seraient déjà morts, car on pourrait les renvoyer facilement à leurs anciennes convictions et  à  leurs contradictions. Le déni de réalité est  une caractéristique commune à  toute la macronie. Quant  à Raffarin, je lui conseille de lire l’analyse de la Fondapol de Dominique Reynié, qui n’est pas  spécialement de gauche :  « de Zemmour à Le Pen en passant par Dupont-Aignan, la «composante populiste et souverainiste» est désormais majoritaire à droite (elle représente 70% du total des intentions de vote), «Valérie Pécresse ne pourra emporter la présidentielle ni même parvenir au second tour si elle ne tire pas les leçons de cette nouvelle réalité électorale», analyse le directeur général de la Fondapol. Autrement dit, pour ne pas connaître le destin du Parti socialiste, LR et sa candidate devront convaincre au moins une bonne partie de l'électorat lepéno-zemmourien. Cela n’empêche pas de regarder au centre. En 2017, Si Fillon avait su garder Bayrou dans son sillage, il aurait gagné. Aujourd’hui, le Centre peut être utile, malheureusement, il faut être lucide,  il n’est plus la priorité.

 


UNE CROISSANCE A TROUS.

Croissance 2014 panne

 

Puisque Zemmour débat ce soir avec Le Maire sur France 2, voici quelques éléments que vous devriez avoir à l’esprit.

Le commerce extérieur de la France s’est encore dégradé en octobre à 7,5 milliards d’euros.  Normal, puisque la consommation est le principal moteur de notre croissance avec la dépense  publique.  Comme nous achetons ce que nous consommons à l’extérieur, le  trou de notre balance commerciale s’accentue. Et  comme le pouvoir d’achat qui permet de relancer la consommation a été financé essentiellement par les  prestations versées par l’Etat pendant la crise sanitaire ( chômage partiel, aides  aux entreprises, etc…), il a été rendu possible par le creusement de la dette.  Cette croissance est donc une illusion économique  par son côté artificiel détaché de l’économie réelle.  Et si elle est forte, c’est d’une part parce que l’année 2020 et les confinements ont provoqué une rétention financière qui s’est libérée en provoquant un sursaut de consommation des ménages et de dépenses des entreprises, et d’autre part parce que le gouvernement a continué le quoi qu’il en coûte  en gardant  le chéquier ouvert.

Le quoi qu’il en coûte continue.

En 2021, les dépenses de fonctionnement sont reines. Entre 2020 et 2021, la dépense publique de fonctionnement a bondi de près de 48 milliards d'euros. Le chéquier est particulièrement ouvert en ce moment avec les promesses de dépenses supplémentaires pour 2021 (exemple : chèque énergie additionnel à 580 millions d'euros) et les promesses de dépenses en plus pour 2022. Si l'on fait une comparaison France/Allemagne, le verdict est sans appel. L'Allemagne va clôturer l'année 2021 avec une croissance estimée à 3,4 % qui semble loin des 6 % de la France mais, outre-Rhin, c'est l'investissement privé et le solde extérieur, donc les exportations, qui la dynamisent avec plus des deux tiers de création de valeur ajoutée privée, alors qu'en France, c'est la moitié seulement. En clair, si nous n'avions pas des dépenses publiques de fonctionnement aux vannes ouvertes pour 2021, nous aurions la même croissance peu ou prou que l'Allemagne… L'effet rebond tant vanté est donc largement dû à la relance par la dépense du secteur public. Relance financée par le déficit (203 milliards d'euros en 2021) et la dette (185 milliards de dette en plus).

Une croissance en partie factice.

C’est le scénario du trou qu’on rebouche en faisant un trou plus grand. Cette croissance financée à crédit n’est pas vraiment pérenne sauf si on accepte la poursuite de la dégradation des finances publiques. Le gouvernement a assis sa prévision optimiste de 4 % de croissance pour l'année prochaine sur l'hypothèse d'un dégonflement quasi-complet de l'épargne des ménages constituée pendant les confinements et donc un regain de croissance de la consommation privée, qui creusera un peu plus notre déficit commercial. Ce regain de consommation privée permettrait de compenser le recul de la dépense publique qu'il a inscrit dans sa prévision pour 2022. Sauf qu'on est en campagne électorale et qu'il y a fort à parier que le dérapage des dépenses publiques va continuer aussi en 2022, continuant de gonfler artificiellement la croissance en la finançant par du déficit. Qu’on comprenne bien : 6% de croissance génèrent environ 150 milliards d’euros de PIB supplémentaire. Il faut mettre en face les 200 milliards du déficit budgétaire 2021 et environ 85 milliards de déficit du commerce extérieur, solde négatif qui ampute notre richesse. Bruno Le Maire peut se glorifier, il bâtit sur du sable. Si l’Etat arrête d’arroser, notre croissance retombe au 1,5% résiduel, très insuffisant pour assurer l’emploi et le désendettement.

L’inflation et la remontée des taux.

Le fait que l’inflation soit de retour n’est pas une bonne nouvelle. Elle provoque la hausse des prix et des tensions sur le pouvoir d’achat qui se traduisent par des hausses de salaires qui la rendent plus durable. Qui dit inflation dit aussi hausse des taux d’intérêt qui vont renchérir la dette. La  période dans laquelle on entre risque d’être compliquée à gérer, surtout si la France continue d’être un panier percé. Les hausses d’impôts seront alors inéluctables dans un pays qui en est déjà le champion mondial. Avec un poids en plus pour celui ou celle qui prendra le manche en avril 2022 : le gouvernement a reporté toutes les échéances qui fâchent à après les élections comme le remboursement des PGE (Prêts garantis par l’Etat). Dégonflement de l’épargne des ménages plus hausse des prix plus relèvement des impôts, voilà un cocktail amer qui nous guette.

Si le programme de Pécresse est un programme recyclé du passé (du XXème siècle), la  modernité serait celui de Macron et Le Maire : donc si je comprends bien c’est la dette infinie, déjà à 3 000 milliards (+  1 000 milliards en 4 ans), les déficits publics (200 milliards par an), le  déficit de  notre balance commerciale (85 milliards par an),  les records d’impôts, le règne de  l’hypertechnocratie  et de l’Etat omnipotent, sans parler du communautarisme, de l’insécurité et de la violence …  

Drôle de modernité !

 


ECONOMIE : INFLATION, DETTE et Cie

économie plomberie

 

Comment va-t-on pouvoir concilier inflation et dette ? Un sujet qui revient à l’ordre du jour, d’autant plus que l’Allemagne revient dans le jeu avec un nouveau gouvernement et de nouvelles exigences.

Les effets de  la crise.

Vous vous rappelez, avant le Covid, les Etats de l’Union européenne étaient soumis au « pacte de stabilité », c’est-à-dire à la nécessité de respecter des normes budgétaires et à la contrainte de contenir l'endettement public. Il n’était pas simple d’économiser l’argent, surtout dans un pays comme la France, et encore moins simple de réaliser les réformes pour tenter de gagner quelques milliards ici et là. Il a suffi qu'un virus apparaisse en Chine et se propage dans le monde entier pour que tout change, et comme par magie, tout est devenu possible. Il fallait de l’argent : on en a fabriqué beaucoup et de plus en plus. Oubliées les réformes, les économies, les  contraintes. Pas de problème pour les déficits, la dette… On peut comprendre qu'il ait fallu intervenir par une décision politique, « quoi qu’il en coûte »,  qui visait à nous préserver pour tenter de compenser une décroissance subie. Mais pourquoi continuer aujourd'hui ? Pourquoi continuer à distribuer des dizaines de milliards d'euros ? C'est que maintenant qu'on a ouvert la boîte de Pandore, impossible de la refermer !  Surtout en France.

La question du retour à l’orthodoxie budgétaire.

Le  gouvernement français a profité du vide politique en Allemagne pour continuer, sous prétexte de crise sanitaire, même après le rebond de l'économie, à dépenser et dépenser encore. Les quelques mois de battement nécessaires à la formation d'un nouveau gouvernement en Allemagne ont été une aubaine. Avec les sociaux-démocrates, alliés en plus aux écologistes, on avait une chance de faire sauter définitivement les règles de Maastricht, d'oublier les contraintes de limite du déficit à 3% du PIB, et d'enterrer les limites d'endettement. Et la France se frottait déjà les mains. Mais La nouvelle coalition gouvernementale, appelée « feu tricolore », a un troisième allié : les Libéraux, et leur chef de file, Christian Lindner, est un faucon, gardien du temple de la rigueur ! Le problème pour la France c'est qu'il est devenu...ministre des Finances. Il a donné tout de suite le ton en expliquant qu'il fallait revenir en Europe à l'orthodoxie budgétaire et que l'Allemagne ne devait pas continuer à financer les dérives de certains pays de la zone euro... Dans le programme du gouvernement de la nouvelle coalition allemande, l'austérité est à nouveau gravée dans le marbre et le retour à l'équilibre budgétaire obligatoire. Comme les Sociaux-Démocrates et les Verts ont laissé les clés des finances allemandes et européennes à Lindner, il va avoir les mains libres. Comme qui dirait un caillou dans la chaussure du gars Macron.

La parade de la France.

Si vous vous demandiez pourquoi notre Président est allé à Rome et a signé avec Draghi un traité bilatéral de coopération, la réponse  est toute simple : il fallait trouver une parade au père fouettard allemand. La parade, c'est Mario Draghi. Il s’agit d’utiliser le leader italien pour calmer les ardeurs de Lindner, et gagner du temps. Un axe Paris-Rome avec le banquier central qui a sauvé l'euro et qui fait figure de référence en Europe et de sauveur en Italie peut changer la donne. Plutôt que chercher à assainir nos finances, on continue à chercher des prétextes ou des alliés pour dépenser sans compter. Il n'y a qu'en France qu'on pense que « c'est gratuit puisque c'est l’État qui paie. » En ce sens, Macron est un continuateur discipliné et zélé de Hollande. Car nous n’étions pas dans les clous de Maastricht avant la crise sanitaire, et nous le sommes encore moins après.

Sortie de crise et marché des changes.

Une des spécificités de cette crise est que nous l'avons tous subie de façon assez similaire, avec des intensités et un timing différent, mais tous les pays ont été touchés par la crise sanitaire. C'est ce qui a permis aux principales puissances économiques de mener des politiques extrêmement agressives d'injection de liquidités, de baisse des taux et d'aides gouvernementales massives. Pendant cette période de crise où les marchés ont été extrêmement volatils, les cours de change eux ont très peu fluctué. C’est d’ailleurs une première pour une crise économique de cette importance. Aucune zone n'a été particulièrement sanctionnée par rapport à une autre. Par contre, en sortie de crise, nous sommes confrontés à des situations extrêmement différentes. Et nos banques centrales et gouvernements ont adopté des politiques qui sont très sensiblement différentes, ce qui explique la volatilité des dernières semaines sur le marché des changes, dont l'illustration la plus frappante est la chute de l'euro et la hausse du dollar.

Le rôle déterminant de l’inflation.

L’inflation devrait déterminer le comportement des  banques centrales. Car l’inflation a réapparu. La hausse des prix et le dérapage de l'inflation sont dus à des facteurs exceptionnels : la hausse des matières premières et la hausse des prix alimentaires sont liées à des goulets d'étranglement et à un déséquilibre massif de l'offre et de la demande, conséquence de l'effet rattrapage post crise sanitaire. Mais au-delà des hausses, probablement temporaires, des matières premières, il y a des hausses qui ne disparaîtront pas une fois les goulets d'étranglement résorbés. L'élément majeur du passage d'une inflation « temporaire » à une inflation « durable », c'est, entre autre, la hausse des salaires. Face à la hausse des prix des matières premières et des prix alimentaires et face à la pénurie de main d'oeuvre, les salariés réclament et obtiennent de plus en plus des hausses de salaires. Et si la hausse des matières premières peut disparaître, la hausse des salaires, elle, est permanente. Par ailleurs, l'explosion des prix de l'immobilier partout dans le monde avec des taux de progression spectaculaires nous alerte aussi sur l'inflation des actifs.

Divergence entre Etats-Unis et Europe.

Les Etats-Unis sont eux confrontés à une forte inflation. Celle-ci commence à entamer la confiance des ménages et donc la consommation et devient une préoccupation pour la croissance. Du coup, le sujet est devenu politique et Biden doit combattre l'inflation. En conséquence, la Banque centrale américaine a d'ores et déjà annoncé qu'elle réduira drastiquement ses injections de liquidités pour endiguer l'inflation et qu'elle remontera probablement ses taux. D'où la forte hausse du dollar depuis quelques semaines.

A l’inverse, La zone euro, malgré un fort rebond de l'économie, une baisse du chômage, et malgré la hausse des prix, voit la Banque centrale européenne s'accrocher à l'idée que l'inflation est temporaire. Elle affirme par la voix de Christine Lagarde qu'il n'y aura pas de hausse de taux avant longtemps et que la BCE continuera à injecter massivement des liquidités, au grand dam de la Bundesbank qui ne comprend pas pourquoi on continue à distribuer gratuitement de l'argent alors que l'argent coule déjà à flots et provoque des goulets d'étranglement partout. La conséquence de ce laxisme européen se traduit par la chute de l'euro. Il ne faut jamais oublier que nous sommes toujours indexés sur l'économie américaine. La baisse de l'euro, limitée pour l'instant, n'est pas un sujet d'inquiétude tant qu'elle est maîtrisée. Mais si elle s'accélère, elle pourrait devenir un problème. Car le frein à la chute, c’est l’augmentation des taux.

La baisse d'une monnaie provoque aussi une hausse des prix des produits importés et donc alimente l'inflation. Or on sait  que mécaniquement, la remontée des taux augmentera les intérêts de la dette. Un cercle imparable.


« GRANDE SECU » : UNE NOUVELLE ARNAQUE MACRONISTE.

Sécurité sociale

Ballon d’essai ou projet réel ?

C’est la nouvelle lubie qui trotte dans la tête de Monsieur Véran : rassembler les  complémentaires et les mutuelles dans un grand magma avec la CNAM pour faire une grande Sécurité sociale monolithique financée sur le dos de ceux qui paient des impôts. Dans le rapport du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie (HCAAM), la suppression du double étage de frais de gestion doit se faire par la suppression des assureurs privés et des mutuelles. Ce n’est pas sérieux. À moins de trois semaines du rapport conclusif, le HCAAM ne fournit aucun chiffrage : de combien augmenteraient les prélèvements obligatoires pour financer cette «Grande Sécu» ? Comment évoluerait le reste à charge des Français, aujourd’hui le plus bas d’Europe grâce à l’articulation entre Sécu et complémentaires? Quel serait l’impact sur les salariés des mutuelles? Il n’y a ni transparence, ni concertation. Cette «Grande Sécu» est un écran de fumée pour ne pas parler du vrai sujet : le déficit abyssal de l’Assurance-maladie. Cela fait penser à une proposition ballon-d'essai-qui-ne-dit-pas-son-nom pour la campagne 2022 ou à la grande réforme systémique des retraites qui devait être un « big bang » et qui a fait « pschitt ».

Un prétexte fallacieux.

Les complémentaires santé coûteraient trop cher … en frais de  gestion !  Effectivement, notre système de santé est administrativement parlant le plus coûteux de la zone euro. Si le rapport rentrait dans une véritable comparaison équitable de la performance des coûts de gestion entre caisses primaires d'assurance-maladie (CPAM), mutuelles et assureurs de santé, ce ne serait pas forcément à l'avantage de la CNAM… L'efficacité des complémentaires santé ne doit pas se mesurer par rapport au montant des remboursements effectués, mais bien par rapport au nombre d'actes traités, une information étonnamment peu documentée. Effectivement, le système pourrait coûter entre 4,5 et 7 milliards de moins par an s’il était bien géré comme en Suisse ou aux Pays-Bas. Mais ces systèmes efficients ne sont pas organisés avec une caisse unique et omnipotente. Ce sont des assureurs en concurrence régulée au premier euro. Que l’État commence par baisser les taxes sur les complémentaires : les contrats sont soumis à une fiscalité de 15 % soit 5,7 milliards pour 2020 et 2021 pris sur les cotisations des adhérents.

Une vision technocratique.

Etonnamment, pourquoi aucun des scénarios ciblés n'envisage de supprimer le double compte en déléguant à des assureurs santé la gestion de l'ensemble des dépenses santé, ce qui est pourtant le cas néerlandais ou suisse ? Dans les comparaisons qui sont fréquemment citées ne sont pas pris en compte les coûts de recouvrement pour l'Assurance-maladie (assurés par les Urssaf) ou bien encore les frais financiers liés à l'endettement. C’est vrai, les tarifs des  mutuelles augmentent parce que les dépenses de santé des Français progressent sous le double effet du vieillissement de la population et des progrès techniques. Mais elles sont très attentives à ne répercuter que le juste coût. Si ce n’était pas le cas, leurs clients les quitteraient tant la concurrence est forte. On peut se demander aussi si la « grande Sécu » ne risquerait pas aussi de décourager à la fois prévention, innovation et notre médecine libérale après avoir réussi à si bien démotiver notre système hospitalier grâce à une gestion kafkaïenne et statutaire. On est bien d’accord qu’il faut faire baisser les coûts de gestion dans la santé, faire baisser l'administratif qui étouffe notre système de santé et nos hôpitaux.  Mais y parvenir grâce à un seul assureur qui s'appelle la CNAM, on n'y croit pas un seul instant ! 

Pourquoi changer un système qui fonctionne ?

L’argument du Ministre est plus idéologique  que réaliste : réformer parce que le système  à deux étages serait trop complexe et inéquitable. Ah,  le sacro–saint  principe d’égalité ! C’est oublier un peu vite que ce dispositif présente l’avantage inestimable de faire de la France le pays où les patients sont les mieux remboursés du monde, et où le reste à charge est au final le moins élevé. On voudrait nous condamner aux files d’attente pour se faire soigner comme en Angleterre qu’on ne s’y prendrait pas mieux. A n’en pas  douter, un système  unifié générerait rapidement une médecine à deux vitesses. Et surtout, il n’est pas prouvé que le secteur public ferait mieux que le secteur privé en matière de gestion. Enfin, comme toujours, l’Etat n’a pas l’air de se préoccuper des milliers d’emplois (100 000 environ) qu’une telle réforme menace.

L’illusion d’un système plus économe.

Ce qui se préparerait, c’est une mutation de notre système de soins dont le reste à charge est actuellement l'un des plus faibles des pays de l'OCDE, sur l'autel d'une Caisse nationale de l'assurance-maladie (CNAM) hyperpuissante gardant les données de santé sans les utiliser pour améliorer les traitements, n'accompagnant pas dans le parcours de soins et ne faisant quasiment pas de prévention et d'innovation. Bref, une mauvaise affaire pour les « contribuables-assurés-patients » que nous sommes : il s’agit d’avoir la peau des complémentaires et des mutuelles et tout cela pour nous rembourser vraisemblablement moins bien au final. Sommes-nous prêts à voir augmenter la dépense publique en santé et notre facture de CSG pour être remboursés à un « 100 % » Sécu dont nul ne sait ce qu'il sera vraiment ? Quel serait le réel impact d'une réforme basée sur de prétendues économies de gestion générées grâce à une grosse CNAM,  qui pour l’instant n’a pas vraiment fait ses preuves  en la matière ? Le HCAAM fait l’hypothèse que la surdépense publique atteindrait 22,4 milliards d’euros et qu’elle serait financée par une hausse des prélèvements obligatoires, via les cotisations patronales ou la CSG… A coup sûr, c’est le contribuable qui paiera la  note une fois de plus !

Il y a pourtant d’autres chantiers plus urgents en matière de santé publique, qui ne sont pas difficiles à identifier tant ils sont criants. Vraiment, l’amélioration des mécanismes de remboursement, qu’on peut probablement perfectionner, n’est pas une priorité. 

 


MANU LE BARATINEUR

Macron interview

 

France 2030.

Il n’a  pas son pareil  pour enfoncer les portes ouvertes, asséner les vérités toutes faites, dire à son auditoire ce qu’il a envie d’entendre, commenter l’actualité  pour faire croire qu’il la maîtrise. Ainsi va Manu en campagne sans faire campagne tout en distribuant les  chèques au nom de « l’action ».  Le Prince  a condescendu à dévoiler son plan   « France 2030 » qui prévoit d’investir 30 milliards  d’euros sur cinq ans dans quinze secteurs prioritaires afin de relancer  l’industrie et  l’innovation dans notre  pauvre pays. On se prend à imaginer le cauchemar s’il avait  concocté un  plan 2050… et 50 milliards.

Une annonce politique.

Voilà un plan de plus qui s’inscrit dans la longue liste  des plans  portés par  l’Etat « stratège », un bien grand mot au vu des résultats obtenus par les plans successifs, du programme des « investissements d’avenir » au plan de 57 milliards de 2017… qui ont tous échoué sans qu’on en tire la moindre leçon et malgré le Commissaire Bayrou.

Il  ne fait guère de doute que le redressement de la France passe par sa réindustrialisation et par un énorme effort de recherche.  En effet, Le décrochage du pays s’est accéléré depuis les années  2 000, avec un recul  de la 4ème  à la 7ème  place  des économies mondiales, à cause notamment  du déclin industriel dont  le poids dans le PIB a chuté de 24% à 10%. On le voit avec  l’Allemagne,  l’industrie joue un rôle déterminant dans la qualité et le volume de l’emploi, dans l’innovation et l’exportation. De fait, si notre commerce extérieur est si  gravement  déficitaire c’est  bien parce que nous n’avons plus grand-chose à vendre.

Mais le plan proposé n’est  pas à la hauteur des enjeux. Il présente deux défauts qui le disqualifient : d’abord son montant  est sous-calibré et ne permettra  pas de combler  le retard d’investissement et d’innovation  accumulé par la  France, ensuite il s’annonce évidemment trop coûteux car financé en totalité  par la dette publique qui atteint près de 120% du PIB (116), et non par la réorientation de dépenses courantes  qui vont encore grossir de 11 milliards d’euros l’année prochaine.

Le  plan n’est que le support des bavardages de campagne électorale pour président sortant en mal de bilan. Ni sérieux, ni responsable !

Le  mur des réalités.

L’économie française, malgré les cocoricos du coq Le  Maire, présente tous les caractères d’une entreprise au bord de la  faillite. Elle possède des actifs et des activités de grande valeur. Encore faut-il remplir  les conditions qui permettraient de relancer leur exploitation. On en compte au moins trois : traiter  les problèmes de coûts, assainir la structure financière sur laquelle elle est assise, transformer sa gouvernance  en changeant les hommes et les  structures qui sont à l’origine des problèmes. Sinon,  réinvestir ne servira qu’à dilapider  un  peu plus d’argent public comme précédemment, et les 30 milliards seront dépensés mais les 45 milliards de gains attendus comme les emplois escomptés resteront virtuels.

D’autant  plus qu’il  repose sur un  postulat énoncé par le Président lui-même : il est  indispensable pour financer le  modèle social français. Autant financer  un gouffre. On sait, et le Covid n’a fait que le  confirmer, que le fameux modèle social est « insoutenable ».  Il explique notamment l’effondrement de la croissance depuis trente ans et la majeure partie de la dette publique. Il conduira notre pays irrémédiablement  au « défaut » quand les  taux d’intérêt remonteront.

Enfin dernier défaut et non des moindres de ce plan : le choix des 15 secteurs prioritaires n’a été précédé d’aucun diagnostic partagé avec les entreprises, d’aucune  cartographie des opérateurs, d’aucune expertise sur les compétences requises. Comme on peut s’y attendre, on assistera à  un saupoudrage et à une distribution selon un inventaire  à la Prévert. Un exemple : 6 milliards  pour les semi-conducteurs ! Génial direz-vous.  Le taïwanais TSMC s’apprête à investir 100 milliards dans ses usines d’ici 2024 : ça remet  les pendules à  l’heure !

Passons à autre chose.

Cet  aimable  plan de communication pour candidat à la présidentielle en campagne sans le dire  n’est donc qu’un prétexte. Sa marque : saupoudrage et amateurisme. L’argent est tombé  de l’Europe, mais il faudra bien le rembourser.

L’Etat ferait mieux de se consacrer à solder son inefficacité  chronique, de se moderniser en diminuant ses coûts de fonctionnement, et  de mettre fin aux logiques destructrices qu’il a mises en œuvre avec la santé ou le nucléaire, par exemple. Il  devrait se consacrer  en priorité à rétablir des conditions viables pour les entrepreneurs de tout poil au lieu de les euthanasier avec l’enfer des  taxes, des impôts  et des réglementations. Car l’Etat stratège qui se prend pour l’Etat entrepreneur, c’est comme le capitalisme sans capital : ça ne peut pas marcher.

 


BORIS SANS FOI, NI LOI !

Brexitaccordcommercial

 

Celui qui parle le mieux du Brexit, c’est Julian Barnes, l’écrivain anglais.

Dans une interview au Figaro Littéraire, il livre son point de vue et il n’est pas tendre avec le gouvernement conservateur. Déjà en janvier 2020, il avait  exprimé sa colère et confié au Figaro : « Amis européens, nous reviendrons un jour, si vous voulez bien encore de nous ! » Depuis, sa colère a empiré : « Je suis furieux du mélange d’arrogance et d’ignorance affiché par l’establishment conservateur britannique envers l’Europe. Je me souviens qu’au début du processus du Brexit, notre gouvernement a envoyé des émissaires dans plusieurs pays européens supposés favorables à la Grande-Bretagne, dans l’espoir qu’ils puissent soutenir notre cause et avoir une influence sur les négociations. Ils sont repartis les mains vides. Et puis, vers la fin des négociations, nous apprenons dans le journal de Michel Barnier que l’équipe britannique lui a semblé faire semblant de négocier parce qu’elle croyait qu’à la dernière minute Boris Johnson appellerait Angela Merkel et que tous deux allaient tout régler. Mais ils ont totalement sous-estimé la solidarité européenne et la confiance accordée à M. Barnier et à son équipe. La Grande-Bretagne a donc été totalement dépassée et s’est retrouvée avec un terrible gâchis sur les bras avec la question irlandaise. Et maintenant, elle essaie de se soustraire à ce qu’elle a solennellement signé, ce qui porte un coup terrible à notre réputation internationale (qui signerait un traité avec nous maintenant et s’attendrait à ce qu’il soit respecté?) Je dois dire que j’ai une grande admiration pour Michel Barnier…. ». On ne peut pas faire constat plus cinglant de la mauvaise foi de Boris Johnson et de ses acolytes, et on notera au passage le  bel hommage à Michel Barnier qui prend toute sa valeur dans le contexte actuel.

Le non respect du traité.

Le Royaume-Uni n’en finit pas  de traîner les pieds pour appliquer ce que Boris Johnson et  ses ministres ont eux-mêmes  rédigé et signé à savoir l’accord sur la pêche et sur  l’Irlande  du Nord. L’Union européenne a fait preuve de  beaucoup de patience jusqu’à maintenant, mais le refus d’accorder leur licence de pêche à 150 bateaux français a déclenché les hostilités. Si la situation n’évolue pas, dès le 2 novembre, la  France  prendra des mesures de rétorsion :   six ports fermés aux bateaux anglais , durcissement des contrôles sanitaires, douaniers et de sécurité  des  navires britanniques, contrôle plus  serré des camions entrant et sortant notamment à Calais… Une deuxième salve pourrait suivre avec  une hausse des tarifs de fourniture d’électricité aux îles anglo normandes… C’est que le Royaume-Uni  est très dépendant de l’Europe, quoi qu’il en dise. Bien entendu, ces mesures sont jugées « disproportionnées », ben voyons !  Il est pourtant bien normal que la France défende ses  pêcheurs et  que les  Anglais commencent par appliquer le traité qu’ils ont signé. Bojo n’a pas envie de perdre la face mais sa marge de manoeuvre est mince face à la colère des pêcheurs anglais qui se sont sentis trahis par l’accord signé et qui doivent faire face maintenant à l’impossibilité d’écouler le produit de leur travail sur le continent.  Ce bras de fer intervient alors que se poursuivent à Londres  des discussions tendues sur le protocole nord-irlandais.

Le mensonge permanent.

Le Covid a  le dos  large.  Les  turbulences que traverse le royaume seraient dues à la pandémie. Un gros mensonge de plus de Boris.  Pendant toutes les négociations il n’a cessé de  mentir aux Anglais et maintenant il est obligé de continuer  pour  minimiser les dégâts. Les  sujets de sa « gracieuse majesté » découvrent aujourd’hui les conséquences d’avoir quitté  le  marché unique. Le pays subit pénuries d’essence, problèmes d’approvisionnement dans les  supermarchés et manque de main d’œuvre, dont la principale cause  est l’impréparation et l’improvisation permanente du gouvernement Johnson. La pénurie d’essence a été déclenchée par un gros déficit en chauffeurs routier pour acheminer le carburant, ce  qui augmente les perturbations des chaines logistiques, elles-mêmes  en pénurie de  main d’œuvre causée par les nouvelles lois sur l’immigration : déficit de 100 000  chauffeurs, obligeant le gouvernement à ouvrir les vannes des visas de travail. Selon une étude, plus de 200 000 salariés  originaires de l’UE seraient partis.  Mêmes ceux qui ont le  statut de résidents hésitent à revenir. Les secteurs les plus touchés sont le bâtiment, l’industrie, la logistique, l’hôtellerie et la restauration, l’agroalimentaire…  Les abattoirs  et les  boucheries sont frappés par un manque crucial de main d’œuvre. Les tensions sont visibles sur les biens alimentaires avec des pénuries sur certains produits et des hausses de prix liées au renchérissement des matières premières et des coûts de fret. Les  exportations  britanniques vers l’UE ont chuté de près de 20% sur  les six premiers  mois de l’année et 1,1 million d’emplois restent vacants. On nous vantait une économie qui tournait à  plein régime avec un marché du travail en quasi plein emploi.

En reprenant le contrôle des frontières,  le  gars  Boris promettait le meilleur pour le royaume : il attirerait les meilleurs et les plus brillants chercheurs, ingénieurs, traders. Las, il manque de chauffeurs, d’agriculteurs, de vendeurs,  de serveurs et d’aides-soignants  que les conditions offertes n’attirent pas. La vérité qu’il ne veut pas voir c’est que  la Grande-Bretagne ne peut, seule, isolée, mener une politique économique autarcique face aux réalités d’une économie mondialisée avec ses tensions conjoncturelles sur lesquelles il ne peut rien. Il en est donc réduit à continuer de mentir  en promettant monts et  merveilles aux anglais, et à tenter d’exister en s’associant à tous les coups tordus comme dans l’affaire des sous-marins australiens. Comme le  dit  si diplomatiquement Michel Barnier qui a eu affaire avec cet individu : «  il se comporte en flibustier ! ».  Le dividende du Brexit se présente de plus en plus comme un mirage. Le « Global Britain » reste un slogan creux pour  populiste gogo. 

On ne tourne pas impunément le dos à un marché de 350 millions de consommateurs,  qui plus est à sa  porte.

 


EH DUPONT, V’LA CENT BALLES !

 

Pluis de billets

Une aide de plus.

La forte hausse des prix de l'énergie accentue la pression inflationniste. Et celle-ci a une influence directe sur les prix à la consommation des ménages. Mais la récente hausse des prix de l'énergie est beaucoup plus inquiétante que les augmentations de prix engendrées par les dysfonctionnements résultants de la pandémie. L'énergie est une dépense contrainte et, à ce titre, son renchérissement pèse plus sur le pouvoir d'achat, en particulier de celui des plus modestes. Pour les entreprises, l'emballement des prix du pétrole et du gaz s'ajoute aux augmentations des prix des entrants, hypothéquant ainsi leurs marges de manoeuvre salariales. Dans ce contexte, la crainte de voir redémarrer une révolte type « gilets jaunes », pour atténuer la hausse des prix du carburant, Jean Castex a dévoilé une aide de 100 euros qui bénéficiera à toutes les personnes gagnant moins de 2.000 euros par mois, propriétaires ou non d’une voiture. Ce geste représente une facture de 3,8 milliards d’euros pour l’Etat. Celui-ci prendra aussi en charge le plafonnement des prix du gaz, dont Jean Castex a annoncé le prolongement jusqu'à fin 2022. Ainsi, désormais, à chaque fois que nous serons confrontés à un problème, notre super héros, le Super Gouvernement, nous donnera une Super Aide pour traverser l'épreuve. Et voilà 3,8 milliards de plus d'argent magique distribués ! Toujours aux mêmes, évidemment !

L’hélicoptère à billets.

Pourtant Macron l’a dit : il n’y a pas d’argent magique. Mais ça, ce sont les mots.  Rien ne l’empêche de faire le contraire de ce qu’il dit. Et voilà 38 millions de chèques qui tombent du ciel. La France est le seul pays européen à distribuer des coupons carburant quand le prix du baril de pétrole augmente. A croire que nous vivons dans un Etat prospère qui peut se permettre ce genre de largesses. En réalité, le gouvernement français profite d'une période exceptionnelle pour jouer les pères Noël : l'absence de gouvernement allemand. Ce vide politique en Allemagne permet à la France de continuer à se vautrer dans les déficits et dans la dette. Il n’y a personne pour siffler la fin de la partie. Car au palmarès des performances économiques notre pays reste champion du monde de la dépense publique et des impôts, atteint les sommets en matière de déficits et de dette et pour  le reste, chômage, richesse par habitant, commerce extérieur, ne peut pas se permettre de plastronner. Alors  pourquoi ? La réponse à cette question est toute simple : nous sommes en période préélectorale et M. Macron veut se présenter comme le candidat du pouvoir d'achat…

L’économie de Parkinson.

D’autant que ce chèque de 100 € est un non sens sur toute la ligne. Tous ceux qui recevront un chèque trouveront son montant trop faible et ceux qui en seront privés jugeront la situation injuste. Le large arrosage choisi par l’exécutif, en plus, accentue ce sentiment de perdant-perdant...  Plus grave : ce  geste conforte la population dans l’idée que l’Etat peut tout, y compris la prémunir contre l’inflation mondiale  et nourrit la dépendance aux aides publiques. Nous sommes le premier pays de la planète en prélèvement d’impôts mais nous sommes aussi le premier à distribuer « généreusement » l’argent de nos impôts (en augmentant la dette au passage) pour permettre à nos concitoyens de mieux payer... leurs impôts. Le prix du baril n’est pas plus élevé qu’en 2018. Ce n’est en réalité que 8 centimes de plus que le pic de mars 2012 ou novembre 2018. Si le carburant augmente, c’est parce que la fiscalité verte, pour des raisons environnementales, a explosé ces dernières années, une  flambée de la fiscalité verte qui rapporte aujourd’hui davantage que l'impôt sur le revenu. Une politique publique que l’Etat semble ne plus assumer aujourd’hui.

Une mauvaise idée.

A défaut de rendre aux Français le surplus fiscal de 2 milliards d’euros, Jean Castex propose une obole ridicule. L’indemnité inflation, pas plus que le chèque énergie ne régleront le problème de pouvoir d’achat que ressentent nos compatriotes. Ce n’est pas de subventions qu’ils ont besoin. Ils veulent que leur travail rapporte plus et leur permette de vivre correctement.   Un sujet sur lequel l’Etat pourrait beaucoup, en dépensant  mieux et moins.  Il est urgent qu’il allège ses besoins et les prélèvements qui vont avec, qui amputent les salaires en France plus qu’ailleurs. C’est le sérieux budgétaire qui améliorerait la compétitivité des entreprises et les rémunérations des salariés. Une politique qui demande de la volonté et plus difficile à mettre en œuvre que de faire voler l’hélicoptère à billets pour un pouvoir d’achat factice. Macron ne peut pas ne pas le savoir, mais à l’approche des élections il se laisse aller à la facilité d’une politique coûteuse et inefficace. Le « quoi qu’il en coûte » appliqué à l’élection présidentielle ». Cela s’appelle la démagogie.

 


L’EFFET CHEQUES

Des-liasses-de-billets

 

Nous sommes abreuvés de sondages pour la présidentielle de 2022. Ils  ont  tous au moins un point commun : Macron parade en tête avec constance en pointant autour de 24% . Même si le score n’est pas extraordinaire, il serait difficile de s’en étonner avec la campagne qu’il a entamée depuis quelques semaines, le carnet de chèques à la main. « Après moi, le déluge »  est-on enclin à penser.  La réalité  n’est pourtant pas aussi rose que celle qu’il  essaie de nous faire oublier  avec deux mensonges : les impôts auraient baissé sous son quinquennat et les milliards qu’il distribue c’est au nom du plan de relance et pas des cadeaux électoraux.

Une campagne qui ne dit pas  son nom.

Le Président de la République arpente la France dans tous les sens. Ici avec les agriculteurs il débloque 600 millions, là c’est 500 millions pour le Beauvau de la sécurité, 1,5 milliard pour Marseille, 2 milliards de plus pour ma  prim’ rénov, …  en quinze jours c’est 5 à 7 milliards d’euros qui ont été dépensés, sans compter les petits chèques pour compenser les hausses du prix de l’énergie et des carburants. Non seulement ce n’est pas la fin « quoi qu’il en coûte », mais c’est la pluie de « l’argent magique », dont  le locataire de l’Elysée affirmait pourtant qu’il n’existait pas.

Le dernier budget du quinquennat.

Le gouvernement vient de présenter le dernier budget du quinquennat avec un seul mot d’ordre : communiquer sur les baisses d’impôts pour les ménages. Alors, on évoque beaucoup les baisses, impôts sur le revenu, taxe d’habitation, mais pas beaucoup les hausses notamment celle  de  la CSG… On oublie que nous sommes toujours quatre points au-dessus de nos partenaires de la zone euro en impôts, taxes et cotisations. On oublie surtout qu’un chemin pérenne vers des baisses d’impôts durables devrait passer par des baisses de dépenses, et on n’en prend pas le chemin. Certes, nos entreprises -et c’est une bonne nouvelle- sont les premières bénéficiaires des baisses nettes d’impôt qui viennent d’ailleurs principalement de mesures prises sous le quinquennat de François Hollande. Il faut y ajouter, à l’initiative de ce gouvernement, la baisse des impôts de production, insuffisante mais réelle. Mais du côté des ménages, si le gouvernement insiste sur les 5 milliards d’euros de baisse de l’impôt sur le revenu et sur les 16,5 milliards d’euros de baisse de taxe d’habitation, il oublie d’inclure l’énorme augmentation de la CSG qui a caractérisé le début du mandat et qui est bien plus lourde que la baisse des cotisations sociales salariales. Il oublie aussi d’évoquer la hausse de la taxe foncière ou la hausse d’impôt sur le revenu lié à la mise en place du prélèvement à la source ou encore la hausse de la TICPE... Sur l’impôt sur le revenu des ménages la baisse est d’autant moins flagrante que la recette passe de 73 milliards en 2017 à plus de 82 milliards en 2022…  Sur la totalité des impôts directs, on a du mal à voir où est vraiment la baisse.

L’explosion des dépenses publiques.

les dépenses publiques ont cru de manière exponentielle en France avec, hors dépenses d’urgence et de relance, environ 28 milliards d’euros de plus par an, ce qui est considérable.  Elles atteindront toujours plus de 56% du PIB en 2022 contre 49,6% en zone euro. Et on annonce une nouvelle fuite en avant avec un nouveau plan d’investissement à 30 milliards d’euros, financé aussi par la dette, d’ici 2030, et la dette aura augmenté fin 2022 d’environ 690 milliards ! On comprend que le Haut Conseil des Finances Publiques appelle à la « plus grande vigilance sur la soutenabilité à moyen terme des finances publiques ». Mais le sortant n’en a cure.  Il est prêt à « acheter » même au prix fort, sa réélection. En attendant, on peut aussi légitimement se demander quelle est la durée de vie de baisses d’impôts qui ne sont pas financées. Au moins, on sait ce qui attend le ou la titulaire du mandat suivant : il faudra faire un effort de 3 à 4 points de PIB de baisses d’impôts, financés non par de la dette mais par des baisses de dépenses, pour rendre nos entreprises compétitives et booster la croissance potentielle de la France. Le risque est donc grand pour notre pays, en multipliant les chèques et les annonces de dépenses, de gâcher une possibilité unique de consolider les baisses d’impôts et de les poursuivre massivement comme il serait nécessaire pour combler notre retard de compétitivité.

Puissent les Français avoir la sagesse de ne pas se laisser  prendre au  piège des cadeaux électoraux, par nature éphémères, et choisir la  voie du redressement  qui demande des efforts  mais qui conduit au retour de la prospérité  pour tous. Le  programme des Républicains contient toutes  les solutions qu’ils attendent.  Ils  auraient tort de s’en priver.

 


INFLATION : NI SURPRENANTE, NI EPHEMERE !

étau des taux

 

Tout augmente. La flambée des prix concerne l’énergie, les denrées alimentaires, les biens durables.  On voudrait nous faire croire que la hausse est provisoire, pour nous rassurer. En fait c’est illusoire !

Energie.

Le baril de pétrole continue à progresser. Il a atteint les 80$. Une première depuis la crise du Covid. Rappelons qu'il s'était totalement effondré au début de la pandémie, avec des cours qui avaient même été négatifs pendant quelques heures. Voilà une flambée des prix malgré la hausse de la production décidée par l'OPEP +.  Et cela n’est  pas une surprise : les  producteurs étranglés pendant la  pandémie ont besoin de  se refaire et entendent profiter de l’explosion de  la demande due à la reprise.

Les prix du gaz et de l’électricité flambent depuis le début du mois sur les marchés « spot ». A cause d’un goulot d’étranglement nous dit-on, dont Poutine serait l’auteur pour faire du chantage  sur l’achèvement du gazoduc Nord Stream 2, que Biden veut empêcher.  Peut-être ! Surprenant ? Pas  vraiment, en fait les cours du gaz ont commencé à flamber au début de l’année avec une multiplication par trois du prix et idem pour  l’électricité avec une multiplication par deux ! Depuis  la hausse du cours du gaz s'accélère sur les marchés internationaux : 300% de hausse depuis le début d'année. À l'approche de l'hiver, les stocks des pays européens sont à leurs niveaux les plus bas avec  pour conséquence directe que le prix du gaz qui va augmenter de 12,6% en France le 1er octobre. Sur l'année 2021, la hausse est de 58,9%.

Les cours du bois ont aussi flambé, puis ceux du café, puis ceux du blé (mauvaise récolte), puis ceux du sucre… La faute à trop d’eau ou pas  assez. Et surtout la Chine achète tout à tour de bras pour faire d’immenses stocks !

Shipping (comprenez : transport maritime).

Les  prix du transport ont augmenté de 20% pour le mois d’août sur un marché complètement déstructuré. Non seulement les coûts augmentent, mais les bateaux manquent au point que l’on craint pour les livraisons de jouets et de meubles. Mais ce sont des augmentations qui se répercuteront inévitablement sur les prix.  Et ne parlons pas des semi-conducteurs dont le « goulot d’étranglement » freine toujours les usines  d’automobiles du monde entier et donnent un coup de frein à la croissance. Une 2008 commandée aujourd’hui vous sera livrée  au mieux en février. On se bat pour  avoir des puces.  Alors forcément ça « gratt »e du côté des gouvernants.

C’est « provisoire » » !

Ce serait une poussée provisoire due à la pandémie qui a contingenté les productions et permit d’accumuler de l’épargne qui se  libère partout  en même temps. Des facteurs conjoncturels incontestables, sauf que partout les changements structurels sont à l’œuvre, faisant augmenter l’inflation « sous-jacente » partout. Elle est à 4% aux Etats-Unis. Elle galope au sein  du G20  au rythme de 4,5%  (3ème trimestre). Inévitablement les revendications salariales commencent pour maintenir le pouvoir d’achat. La catastrophe serait de tomber dans la spirale prix-salaires.  La France s’illustre d’ailleurs avec un feu d’artifice de décisions et de propositions de hausses de rémunération des fonctionnaires et des salaires, sans parler de  la revalorisation du smic au 1er octobre.

Non, le mouvement ne sera pas éphémère en raison des impératifs fondamentaux : la nécessité de mieux payer les producteurs notamment alimentaires, celle d’investir massivement dans les technologies et dans la transition climatique. Le relèvement des prix de l’énergie n’est qu’au début du  mouvement  qui s’est enclenché. Il faut des hausses substantielles pour que les producteurs, ici et dans les pays pauvres soient mieux rémunérés et investissent dans la qualité durable… Les anticipations inflationnistes s’ajustent sur le niveau de la hausse des prix parmi tous les acteurs de l’économie, consommateurs, producteurs, distributeurs, décideurs publics, parce qu’elles prennent en compte les transformations profondes du système et des politiques économiques : exemple de la Chine qui n’est plus un  pays à bas coût, qui se ferme et cherche à conforter les revenus de sa classe moyenne.

Les banques centrales sur le fil.

Les banques centrales continuent à mettre de l'huile sur le feu avec des injections massives de liquidités et le maintien de taux artificiellement bas. Certains  pensent que les facteurs structurels d’avant crise poussant à la  déflation continueront de jouer une fois le « pic » de surchauffe passé. Il faut en effet éviter à tout prix que les  banques centrales serrent la vis et remontent les taux. Mais les taux longs commencent à remonter. Les taux d'emprunt américain à 10 ans ont atteint les 1,5% et les taux d'emprunt français à 10 ans ne sont plus négatifs. Cependant, les torrents de liquidités déversés dans les pays développés, par les banques et les budgets publics, avec lesquels, par exemple,  M. Macron fait sa campagne électorale à coups de centaines de millions chaque jour, face à une production stagnante ne peuvent trouver tôt ou tard d’autre débouché qu’une forte hausse des prix. La  résurgence  de l’inflation aidera à gérer le surendettement mais ne peut ni générer des gains de productivité ni réduire les inégalités. Il faut craindre que les marchés réagissent aux anticipations avec d’autant plus de vigueur que leur réveil sera tardif. Le risque c’est qu’à partir de 2023 on ait un effet de ciseau entre l’inflation et la baisse de la croissance sur fond de hausse des taux. Le scénario qu’il faudrait éviter car il conduirait tout droit au défaut en chaîne des Etats et des entreprises surendettés. Or  la France ne parvient même plus à équilibrer ses comptes extérieurs : le déficit de  notre balance des  paiements, même en 2020, constitue une dégradation historique, avec  un décuplement du déficit des échanges de biens industriels.  La  France dépense plus qu’elle ne produit et s’avère incapable de pourvoir à ses propres  besoins et notre  indépendance nationale est infiniment  plus critique, avec un endettement à 120% du PIB que celle du Japon  avec son ratio de dette à 266% du PIB, laquelle est exclusivement détenue par des  acteurs nippons, ce qui est loin d’être notre situation. La  monnaie de la BCE qui facilite la  vie des  Etats impécunieux n’est qu’un prêt temporaire qui devra  être remboursé ! Bref, l’inflation va s’installer durablement. Elle est un déséquilibre supplémentaire, en aucun cas une solution.

Ni surprenante, ni éphémère, l’inflation.  Nos gouvernants seraient bien inspirés de dire cette vérité aux ménages  et les  candidats d’en tenir compte dans leurs promesses !

En marge :

La Grande-Bretagne n'était pas prête au Brexit, loin de là. Elle avait notamment oublié qu'elle avait besoin des chauffeurs routiers étrangers. Le transport des marchandises n'est plus assuré et les pénuries se multiplient. Plus de routier pour approvisionner le pays en essence ce qui a déclenché une ruée des consommateurs vers des stations essence. Boris Johnson a donc dû accorder en panique 10  500 visas de travail...provisoires. Il va devoir réquisitionner l'armée.

 

 


BUDGET 2022 : LE MAIRE-GARCIMORE DANS SES ŒUVRES.

Tonneau des danaïdes

Pour 2022, il fallait bien un peu de magie pour rendre présentable une situation financière exsangue. Mais Le Maire nous a rejoué du Garcimore  avec  ses « colossales petites finesses ». Il y a une semaine, Bercy a présenté les sous-jacents macroéconomiques du futur budget 2022, mais en oubliant l’essentiel : le niveau des dépenses publiques qui ne sont pas toutes encore arrêtées ou définies. C’est que les projets présidentiels tombent comme les obus à Gravelotte, campagne oblige, et toutes les annonces ne sont pas toujours chiffrées. Comme l’affirme Bertille Bayard dans Le Figaro : « L'argent magique est une drogue qui transforme déjà la campagne électorale en gigantesque rave-party. »

Le budget au fil de l’eau.

Depuis cinq ans, le budget est livré par morceaux, au fil de l'eau des arbitrages, alors qu’avant, c'était un exercice solennel, obéissant à un strict rituel. Le cadrage  était arrêté  avant les vacances ainsi que les hypothèses macroéconomiques, et au début de l'automne les annonces étaient lâchées d'un bloc : dépenses, recettes, déficit, dette et effectifs,   avant que ne commence le marathon budgétaire à l’Assemblée. Après des reports de crédits jamais vus entre 2020 et 2021, nous assistons à une nouvelle méthode : celle de voter des milliards de dépenses publiques… par amendement,  au fil  de l’eau. Cela permet d’installer un flou sur le résultat final des dépenses publiques et  entre temps de faire des  annonces  sympathiques, ce qui permet à  Bruno Le Maire d’affirmer sans sourciller : « les dépenses ont été tenues ».  Et surtout de se  ménager des marges de manœuvre  afin d’annoncer de bonnes nouvelles sur le plan des finances publiques en fin d'année, qui s’avèreront fausses ensuite. Le dernier budget de François Hollande, dont les dépenses avaient été systématiquement sous-estimées, est resté dans les annales : la Cour des comptes l'avait accusé a posteriori de manquer de sincérité. Cette  fois-ci la méthode est plus rusée mais on n’est pas loin du même résultat.

Le Haut Conseil aux finances publiques.

C'est un budget incomplet qui a été envoyé aux sages du Haut Conseil aux finances publiques. Deux mesures, et non des moindres, manquent à l'appel : le plan d'investissement « France 2030 » qu'Emmanuel Macron présentera dans le courant de l'automne et qui engagera plus de 30 milliards d'euros sans que l'on sache combien seront décaissés dès 2022,  et la création du « revenu d'engagement » pour les jeunes estimé à approximativement 2 milliards d'euros, non encore arbitré.  Et si Bercy précise la plupart des indicateurs fondamentaux des finances publiques, il ne livre pas le niveau des dépenses publiques prévu pour 2022… le gouvernement se réservant ainsi le droit d'en réaliser par amendement au cours de la discussion budgétaire : on parle ici d'une dérive qui pourrait représenter 11 milliards à l'issue des arbitrages de juillet. Au bas mot, car les récentes annonces - Beauvau de la sécurité, création d'une assurance récolte à 600 millions d'euros vendredi dernier, plan pour Marseille une semaine plus tôt - sont déjà prises en compte, assure-t-on à Bercy, mais les autres  suivent à un rythme  frénétique, Macron ayant le « chèque facile » : lundi, alors qu'il décorait les médaillés des Jeux olympiques de Tokyo, il a promis un « plan massif » pour les équipements sportifs de proximité, qu'il annoncera « dans les prochaines semaines ».Le Haut Conseil des finances publiques aura bien du mal à cerner ce cadrage budgétaire. Comment vérifier la crédibilité du déficit public alors que l'on ne connaît pas le niveau total des dépenses, alors qu'on ne peut pas comparer les dépenses au niveau de recettes totales ? Et si l'on ne parvient pas à juger de la cohérence du déficit, comment le faire s'agissant de la dette, le premier rétroagissant sur le second (hors flux de créances) ?

Manque de sérieux budgétaire !

Comment garder son sérieux budgétaire quand on a dû consentir un déficit de l'État de presque 180 milliards d'euros sur une seule année (2020) face à la crise sanitaire ? Le niveau de déficit 2021 est révisé à la baisse de 9,4% à 8,4%, et pour 2022 à 4,8%. Mais celui-ci devrait être en réalité plus élevé, autour de 5% du PIB, suite à l'adoption des amendements de dépenses. Par ailleurs, ne figurera dans le budget 2022 aucune dépense d'urgence car des crédits 2021 déjà financés (par endettement) mais non consommés, seront reportés en 2022. Et en 2022, la dette s'élèverait selon Bercy à 114% du PIB. Un niveau d'endettement qui pourrait être aussi sous-estimé après 116% annoncés pour 2021. Le projet de budget repose sur des hypothèses conservatrices (sous-estimées) de croissance et de rentrées fiscales, ce qui crée des marges de manœuvre. « Une partie des fruits de la croissance ira à la réduction de la dette », promet Bercy : incroyable ! nous avons tellement perdu le sens de la mesure que nous sommes capables de rejouer la scène de la « cagnotte » avec un déficit envisagé entre 4,8 % et 5,3 % du PIB. 

En ne donnant pas, encore cette fois, les informations permettant au Haut Conseil des finances publiques de se prononcer sur le sérieux du cadrage budgétaire en toute connaissance de cause, l'exécutif ne respecte pas les droits du Parlement. Il faudra attendre la présentation des documents budgétaires, et probablement attendre que le projet de loi arrive au Sénat, afin d'intégrer l'ensemble des arbitrages gouvernementaux intervenus en séance à l'Assemblée, pour connaître le budget 2022. Voilà des acrobaties budgétaires préoccupantes à la veille de  l’élection présidentielle, d’autant plus que les promesses des candidats déjà lancés ont la dizaine de milliards d'euros pour unité de compte (cf Hidalgo).

 


UNE RENTREE POTEMKINE

Village potemkine

Le décor de la rentrée est installé. Tels les « villages Potemkine » de Russie, les façades de la France qu’on veut nous présenter sont souriantes, quand elles ne sont pas rutilantes. L’optimisme est de retour dans l’air du temps. La France est supposée bénéficier d’une belle reprise économique.

L’embellie de  la rentrée.

Cette année, la  croissance atteindra 6,25%, selon l’Insee, soit sa meilleure performance depuis 1973, ce qui permettra à l’activité de retrouver son niveau de 2019 en fin d’année. L’emploi salarié privé et public dépassait déjà de 145.500 postes son étiage d’avant la pandémie au début de l’été. Et à entendre le gouvernement, l’économie française serait ainsi non seulement en passe de surmonter le choc le plus violent qu’elle a subi depuis la Deuxième Guerre mondiale, mais elle en sortirait renforcée. La forte croissance de 2021 résulte de l’effet de rattrapage qui suit la récession historique de 8 % du PIB en 2020, dont la nature est particulière puisqu’elle n’a pas été provoquée par des déséquilibres économiques mais par les mesures sanitaires prises par l’État pour répondre à l’épidémie. Epargne pléthorique des ménages, trésorerie gonflée des entreprises, le mouvement mécanique de récupération lié à la levée des restrictions gouvernementales était attendu et jouera encore en 2022, avec une progression de 4%. Bruno Le Maire se targue même d’attribuer une partie des recettes de TVA à la baisse du déficit et à la dette, tout en vantant les  mérites de son plan de relance. Mais ce n’est qu’une façade.

La  réalité économique est plus triste.

Pour être vigoureuse, la reprise est hémiplégique et risque d’être éphémère. Elle renforce le modèle insoutenable d’une croissance à crédit, tirée par la seule consommation et elle entraîne l’envolée du déficit commercial à près de 80 milliards d’euros, faisant la fortune des entreprises chinoises et allemandes, mais aussi italiennes et espagnoles. La production demeure inférieure de 2,7 % à son niveau de fin 2019, souffrant de pénurie de matières premières, de composants et de travail. Même la situation de l’emploi  n’est pas satisfaisante,  malgré la baisse apparente du chômage, elle fait coexister 1 million d’offres non satisfaites et encore 600 000 travailleurs en chômage  partiel. Le pays compte aussi 2 millions de RSA et environ 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Certains secteurs, comme l’aéronautique, l’hôtellerie de luxe ou la culture, restent profondément déprimés, de même que certaines zones géographiques, notamment Paris où le commerce et le tourisme sont sinistrés. Notre pays, reste le champion des prélèvements et du fait de la compétitivité en berne notre appareil de production a perdu 0,2 % des parts de marché à l’exportation. La stratégie du « quoi qu’il en coûte » se prolongera en 2022, avec la fuite en avant des dépenses de fonctionnement et la perspective d’un second plan d’investissement. La  croissance 2021 a reposé entièrement sur le déficit porté à 9,2% qui a laissé filer  les dépenses à 62% du PIB : la croissance française repose  entièrement sur la  dette. Dès 2023, la  France affichera le plus important déficit de la zone euro en pleine période de resserrement des politiques monétaires de la FED et de la BCE et de remontée des taux longs, avec un retour vers la croissance potentielle de notre économie qui se situe autour de 1 % par an. La reprise se résumera à un feu de paille alimenté par des dépenses publiques, dont l’immense majorité finance des dépenses courantes et non des investissements. Au total, l’économie française sort profondément affaiblie de l’épidémie de Covid, compte tenu de l’accroissement de ses faiblesses structurelles

La réalité tout court est encore plus triste.

En effet, c’est à une triste réalité que nos compatriotes sont confrontés. Le pays est plus malade qu’il n’a jamais été depuis longtemps. La violence et la délinquance se répandent dans les quartiers et les campagnes. Les flux migratoires atteignent des sommets. Le désœuvrement ronge le pays dans ses profondeurs et la situation des « territoires perdus de la République » devient effroyable. Les médias se contorsionnent pour dédramatiser cette réalité explosive et son déchaînement de violence. Et de fait une grande vague d’illusions et de mensonges à commencé à déferler sur le pays dans la perspective de l’élection présidentielle. Il est malheureux que des personnes  comme Christophe Béchu  viennent entretenir ce mirage avec un discours  « misérable » devant les députés LREM réunis à Angers, vantant leur courage et les promesses tenues et les félicitant d’avoir réalisé ce que la  droite avait rêvé de faire  sans le réaliser  alors que jamais on n’a connu à l’Assemblée nationale majorité plus arrogante et sectaire. Il y aurait beaucoup à dire sur cette  manière de se rouler  par terre devant la Macronie, mais si les promesses tenues c’est, entre autres, l’abandon de ND des Landes,  l’augmentation de 25% de la CSG  sur les retraités, l’extension de la PMA, l’imbécile suppression de la taxe  d’habitation et la fermeture de Fessenheim, alors effectivement, nous ne sommes plus de la même famille. Quant à  la droite, elle n’est plus au pouvoir depuis 10 ans, elle a fait 80 réformes sous Sarkozy. Macron n’aura vraiment réussi que la Flat taxe et quelques bricoles non abouties de réforme du travail. Non, Christophe, tu vas appeler à le soutenir, on ne te suivra pas !

 


LE POINT SUR L’ECONOMIE

Croissance économique

 

Une reprise en trompe l’œil.

Cette rentrée s’ouvre sur une reprise de l'activité réjouissante. L’injection massive de fonds publics a sauvé l'économie du désastre, mais justement la gestion publique de la crise a masqué nos faiblesses sans les faire disparaître. La période que nous venons de vivre débouche sur des perspectives économiques positives avec une croissance qui devrait atteindre 6%  et  un chômage pour l’instant à son étiage de 2019. L'activité économique renouera d'ici à la fin de l'année avec le niveau d'avant-crise. Mais c’est un trompe l’œil.  Il est grand temps de se préoccuper de ses faiblesses qui n’ont évidemment pas disparu,  en portant sur elles un regard lucide.

Un regard lucide.

Un regard lucide consisterait, par exemple, à se demander pourquoi notre niveau de vie par habitant a dégringolé de plus de 20 places, du 5e au 26e rang mondial, depuis 1975, autrement dit depuis que nos finances publiques sont déficitaires, ainsi que l'a pointé l'ancien président du Fonds monétaire international Jacques de la Rosière. Ce serait admettre que le pays roi de la dépense publique est toujours aussi incapable d'en évaluer l'efficacité. Il serait temps de chercher à comprendre comment d'autres pays obtiennent de meilleurs résultats que nous en matière d'éducation tout en dépensant moins ; pourquoi, comme l'a révélé la crise du Covid, notre système de soins s'est trouvé si vite au bord de la rupture ; pourquoi notre recherche publique en matière de santé a paru stérile lorsqu'il y eut urgence à trouver des parades contre le virus. Ce serait enfin prendre conscience de la pente déclinante de notre industrie pour engager le rattrapage nécessaire. Nous sommes tombés à un niveau sous-critique dans de nombreuses branches du fait d'un manque d'investissement chronique.

La  hausse des prix.

Le revers de la médaille, c’est que nous devons nous préparer à payer plus cher, tout ou presque. L'envolée du coût des matières premières et  du coût du transport commencent à se répercuter sur les prix, et cela devrait s'accélérer. L'inflation est de retour, pour quelques mois seulement selon les banques centrales, mais rien n’est moins sûr. Les hausses concernent toutes les matières premières, les  produits agricoles, les métaux ou encore le pétrole. Selon l'OCDE, le commerce mondial des marchandises a tout simplement explosé, avec un nouveau record au deuxième trimestre. Les taux de croissance de sortie de crise sanitaire sont spectaculaires et l'explosion de la consommation des ménages dans le monde ainsi que la reprise de l'activité des entreprises provoquent une surchauffe sans équivalent. Cette hypercroissance est alimentée par les torrents d'argent déversés par les banques centrales, par la multitude de plans de soutien et maintenant de plans de relance, par l'épargne pléthorique des ménages et par les trésoreries massives des entreprises. On assiste à une pression sans précédent sur les chaînes d'approvisionnement comme la pénurie des semi-conducteurs qui paralyse notamment l'industrie automobile, mais elles vont bien au-delà des semi-conducteurs. Elles se résorberont certes mais cela prendra du temps. Et il faut rajouter le coût du transport qui explose lui aussi du fait de l'absence de disponibilités, principalement dans le transport maritime. Les entreprises vont répercuter ces hausses sur les prix d'achat. Le réchauffement climatique et les accidents qu'il provoque, sécheresses,  inondations,  est un autre facteur de hausse des prix. Elles vont régulièrement faire flamber les cours des matières premières alimentaires. Nous entrons dans un cycle inflationniste.  

La course d’obstacles des patrons.

Réunis à l’hippodrome de Longchamp pour l’université d’été du Medef, les patrons sont actuellement lancés dans une course d’obstacles pour bénéficier de la reprise économique, entre pénuries de recrutement, de matériaux et les contraintes sanitaires qui compliquent le retour des salariés. En toile de fond, la transition environnementale préoccupe également. En plus, Bruno Le Maire les a invités à mieux rémunérer les plus faibles pour protéger le pouvoir d’achat. L’annonce de la fin du « quoi qu’il en coûte » les inquiète également. La fête doit s'arrêter un jour, on ne peut indéfiniment continuer à créer du déficit, à aggraver le poids de la dette et à détériorer le bilan des banques centrales. Mais, contrairement à ce que dit Bruno Le Maire, le « quoi qu'il en coûte » n'est pas fini, en France où, pour des raisons électorales, on va continuer à raser gratis jusqu'en avril 2022. Il va simplement être atténué, certaines aides qui n'ont plus de raison d'être vont être progressivement diminuées. D’ailleurs, Bercy a annoncé, dans la foulée, que les titres-restaurants resteront finalement plafonnés à 38 euros jusqu’en février. Notre grand argentier parle de « sur mesure ».

On l’a compris, on est déjà dans la campagne présidentielle. Il serait bon que celles et ceux qui aspirent à diriger le pays s'interrogent pour éviter de continuer à se mentir année après année en compensant par des déficits publics un déficit de création de richesse. Il est urgent de porter un regard lucide sur les défis du pays plutôt que de bercer l'opinion de discours sur la grandeur de la France, que ce soit pour se vanter de l'avoir préservée ou pour promettre de la restaurer. Profitons plutôt du retour de la croissance pour traiter nos faiblesses !




LA CHINE, BEN MON « COCO » !

Chine communiste

 

Les  occidentaux ont eu tout faux.

Xi Jinping a pris le chemin inverse de celui choisi par Deng Xiaoping en 1978. Sur le plan économique, la Chine se referme et se concentre sur son immense marché intérieur. Le mouvement s’accompagne d’une ferme reprise en main idéologique. Depuis son entrée dans l'Organisation Mondiale du Commerce, on a d'abord cru que, découvrant le capitalisme et s'ouvrant au monde, la démocratie progresserait et la dictature politique s'affaiblirait progressivement avant de s'effondrer. Comme pour l’ex URSS après la chute du mur de Berlin. Puis on a pensé que la Chine n'aspirait qu'à devenir la première puissance économique mondiale, avec un communisme de façade et un capitalisme économique sauvage. La Chine étant devenue l'usine du monde et le premier client de nombreuses industries et de nombreux pays, il fallait fermer les yeux sur le régime politique. Par naïveté ou/et appât du gain, on oubliait l’idéologie, tant pis pour les droits de l'homme et la liberté d'expression. Mais depuis quelques semaines une révolution se déroule sous nos yeux : Le triple choix de la fermeture économique, du durcissement idéologique et du pouvoir absolu fait du rêve chinois un cauchemar.

La Chine est bien une dictature et un pays communiste.

Xi Jinping le rappelle au monde. Nous assistons à une nouvelle révolution culturelle qui va changer la face de la Chine. En mai 2019 la Chine avait lancé une campagne pour « rester fidèle à son engagement initial » et « pour garder constamment à l'esprit sa mission ». On en comprend maintenant le sens. Ce n'était pas que des mots. Il n'est plus question d'ego ni même d'argent. Il est question d'idéologie. Xi Jinping ne veut plus être seulement un Big Boss, il veut égaler Mao, voire le dépasser. Il rêve d’être le grand Timonier. Et il veut tout contrôler. Et les « nouvelles routes de la soie »  ne sont pas seulement un vecteur de développement économique, elles sont  la manifestation d’un impérialisme mondial.

La reprise en main est globale et vise tous les secteurs un par un.

Le gouvernement chinois s'est d’abord attaqué aux patrons de ces entreprises chinoises devenues tellement puissantes qu'elles menaçaient le pouvoir central. Ces entreprises valorisées des dizaines de milliards de dollars, engrangeaient des dizaines de milliards de profits grâce à des centaines de millions de clients. Jack Ma et quelques-uns de ces milliardaires qui ont cru au mirage du capitalisme américain et de la cotation sur Wall Street se faisaient taper sur les doigts et disparaissaient quelques jours avant de réapparaître sans plus jamais s'exprimer. On a mis ça, alors, sur le compte d’une lutte d'ego, entre Xi Jinping et ses milliardaires.

Ensuite, le gouvernement chinois a provoqué une onde de choc avec la reprise en main musclée de ses entreprises de la tech, créant une véritable panique. Les investisseurs internationaux, comme le géant américain Blackrock, qui sont actionnaires de grands groupes chinois visés par le gouvernement sont aujourd’hui piégés.

Le  mouvement a continué avec le secteur de l'éducation, un secteur qui pèse plus de 100 milliards de $. XI Jinping a tout simplement décidé qu'il ne pouvait plus y avoir d'actionnaires étrangers dans ce secteur... et tant pis pour les fonds américains... Ces groupes ont même l'interdiction de faire des profits ou de lever de l'argent. Pour le gouvernement chinois, ce secteur ne pouvait pas répondre aux lois du capitalisme. Goldman Sachs prévoit un effondrement de la valeur des groupes d'éducation de 100 milliards de $ à 25 milliards de $.

On se demandait à quel secteur le PC s'attaquerait après la tech et après l'éducation privée. On le sait maintenant : ce sont les jeux vidéos. Pour les médias officiels chinois, les jeux vidéos sont un « opium mental » et des « drogues électroniques ». Un vocabulaire qu’on a déjà connu. Evidemment, les valeurs du secteur ont immédiatement pris une claque.

L’Empereur rouge a  décidé de  contrôler l'éducation des enfants. Xi Jinping veut encourager les familles à faire plus d'enfants, parce que la Chine sera vieille avant d’être riche, il veut avoir la main sur leur éducation, il veut avoir la main sur leurs loisirs. Il veut contrôler.

Tout contrôler,  quitte à sacrifier quelques centaines de milliards de dollars de « capitalisation » !

Désormais, la Chine fait peur.

L'année 2020 a marqué le basculement du monde en faveur de la Chine alors même qu'elle était à l'origine de la pandémie de Covid-19. Mais sa fermeture économique, son durcissement idéologique et l'affirmation agressive de ses ambitions de puissance pourraient entraver sa conquête du leadership mondial.

La guerre commerciale et technologique lancée par Donald Trump, au prix de l’amputation de 1 % de la croissance américaine, a mis un coup d’arrêt aux excédents commerciaux chinois. Les dettes publiques et privées chinoises approchaient 270 % du PIB, les défauts financiers des entreprises étaient en hausse de 5 % et la fuite des capitaux ne cessait de s’amplifier. La relance par le crédit bancaire ne parvint pas à masquer la crise structurelle d’un mode de développement intensif fondé sur l’industrie et l’exportation, la prédation de l’environnement et la dette.

Le soixante-dixième anniversaire de la République populaire accompagna la fin des « quarante glorieuses » et une réorientation stratégique, associant fermeture économique et renforcement du totalitarisme. A l’intérieur, la Chine pratique un système  concentrationnaire de masse qu’elle applique aux Ouïgours du Xinjiang,  elle généralise la surveillance numérique de la population grâce à la reconnaissance faciale et en lui adossant le  système de crédit social qui conditionne à leur allégeance au Parti communiste l’accès des citoyens au logement, à l’éducation, à la santé ou aux transports. Autour d’elle, la mise au pas de Hong-Kong, l’annexion de la mer de Chine du sud et la prise de contrôle d’actifs stratégiques, voire de pays entiers, en raison de leur dépendance à la dette liée aux « nouvelles routes de la soie » provoquent des résistances croissantes. La Chine fait peur, du Vietnam à la Malaisie en passant par le Japon, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Sur le plan économique, la Chine se referme et se concentre sur son immense marché intérieur. Une priorité absolue est donnée à la technologie avec la volonté d’une autonomie qui supprime la dépendance vis-à-vis des États-Unis, assumant une confrontation globale. La question reste pendante de savoir si Xi Jinping conduit la Chine vers le leadership mondial ou si, comme à la fin du XVe siècle sous la dynastie Ming, il la coupe de la modernité.

L’occident pensait avoir tué le « totalitarisme communiste » avec la fin de l’URSS, la Corée du Nord continuant d’exister pour l’anecdote. Mais cette idéologie a la vie dure et en France on est bien payé pour le savoir avec la résurgence mélenchonienne. La Chine est là pour prouver qu’il est bien vivant et n’a pas renoncé à son rêve de domination mondiale. Il est grand temps de rapatrier nos industries imprudemment délocalisées.

Entre Islam radical et communisme pur et dur, le monde est mal parti !




LA DEMOCRATIE CENSITAIRE

Contribuable détroussé

Mon raisonnement était le bon. 

Dans un bulletin précédent j’avais fait l’hypothèse d’un lien entre l’exemption d’impôts et le vote. Un récent article de Jean-Pierre Robin dans le Figaro vient conforter mon raisonnement, chiffres à  l’appui. Tout se passe comme si nous étions revenus  avant 1848, au suffrage censitaire quand seuls les « riches » pouvaient voter. Et le paradoxe, c’est que c’est la gauche qui en est responsable,  les quinquennats de  Hollande et  Macron qui ont largement contribué à couper le lien civique entre le vote et l’acquittement « consenti » et clairement identifié de taxes et impôts. Il y a bien une cause majeure à  l’abstention ou au désintérêt pour la désignation des représentants qui gèrent les budgets des collectivités et contrôlent celui de  l’Etat : la disparition de l’impôt.

Un bloc structuré.

Loin d’être un ensemble disparate et informe, le  « parti » des abstentionnistes est au contraire très structuré. Un sondage d’Opinion Way met en avant trois  traits saillants du « non votant » du 20 juin dernier ( un échantillon de 4500 personnes). En premier la jeunesse : plus on est jeune, moins on vote. Ensuite, les  abstentionnistes se recrutent proportionnellement davantage chez les femmes (74%) que chez  les hommes (62%).  Enfin, le revenu, et c’est là que c’est intéressant : les foyers disposant de ressources mensuelles inférieures  à 1 000€ se sont abstenus à 84% contre 56%  chez les foyers dont les revenus dépassent 3 500€ par mois ; 74%  dans la catégorie comprise entre 1 000 et 2 000€ et 67% de 2 000 à 4 000€. Plus que l’âge et  le  sexe, nous dit  le sondagier, c’est le revenu qui structure le vote, rétablissant de fait une sorte de suffrage censitaire. Plus on est dispensé d’impôts, moins on vote comme sous les régimes d’avant 1848 où c’était le niveau de fortune qui donnait le droit. En dispensant  de payer l’impôt, on renvoie le  citoyen, comme dans la Rome antique, à une condition de seconde classe, ceux qui ne fournissent à la cité d’autres ressources que leur progéniture, les « proles » ou prolétaires. Hollande parlait des « sans dents » !

Un suffrage universel émasculé.

Le suffrage universel continue d’exister bel et bien, mais les citoyens se comportent comme s’ils vivaient dans  la première  moitié du XIXème siècle  ou seuls pouvaient voter les possédants. Bien sûr, on arguera du désintérêt provoqué par la complexité des scrutins et le manque de lisibilité des compétences des assemblées à élire, dont la finalité finit par échapper au commun des mortels.  Pourtant quatre dispositions majeures pèsent sur le comportement de nos concitoyens. D’abord le  prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, qui perd toute sa lisibilité alors qu’il est  un impôt progressif  sur la personne. La politique d’exonération systématique décidée  sous Hollande fait qu’il n’est plus acquitté que par 43% des foyers. En deux, la suppression de la taxe d’habitation  qui sera élargie a l’ensemble des résidences principales a rompu  le lien direct des administrés avec les collectivités territoriales, tout passe désormais par l’Etat. En trois, le remplacement des cotisations chômage par une hausse de la CSG (surtout sur les retraités) a débouché sur un système étatisé très technocratique, remplaçant de fait une fonction assurantielle par un impôt  payé par tous et sans contrepartie personnelle. Enfin,  en quatre, l’Etat s’est érigé en grand pourvoyeur de pouvoir d’achat.  Le triplement de la « prime d’activité » décidé en janvier 2019  par Macron, en est un bon exemple. La crise du Covid 19 n’a fait qu’aggraver les choses avec le « quoi qu’il en coûte ». L’argent tombe du ciel. L’Etat « nounou » s’occupe de vous ! Le fait du prince remplace la décision collective par le vote.

Un système incompréhensible.

Pourtant nous vivons dans le pays  qui a institué le système de dépenses publiques et de prélèvements le plus massif du monde. Le jour de libération fiscale est justement aujourd’hui : plus d’un mois après la moyenne européenne. Dans son éditorial du Figaro, Jacques Olivier Martin invite les Français à « pédaler », parce qu’il n’y a rien à espérer des temps qui viennent. Mais tous ne pédalent pas, et ils sont de moins en moins nombreux à appuyer sur les pédales. Le système des prélèvements est tellement complexe et les méthodes de calcul si sophistiquées que plus personne n’y comprend rien. On oublie l’essentiel : que  les dépenses publiques, Etat, comptes sociaux, collectivités territoriales relèvent d’assemblées d’élus et ne sont pas de simples services qui dispensent des prestations ou développent des actions. Le caractère  quantitatif de leurs responsabilités financières devrait intéresser tous les Français au premier chef. Mais quoi d’étonnant dans le contexte actuel que seuls les « riches » se soucient de leur gestion puisque les autres ne paient rien et « touchent ». Un univers « collectiviste » qui n’intéresse que les riches : c’est un autre paradoxe !

Revenir à l’universalité .

Voilà une autre tâche pour le prochain président s’il veut que nos concitoyens se réintéressent à la « res publica », la chose publique : remettre tout à plat à commencer par établir un impôt payé par tous, rétablir la taxe d’habitation, arrêter de faire jouer à la TVA le rôle de taxe  « fourre-tout » et financer chaque collectivité par un impôt dédié, réformer le financement des retraites et du chômage, … Remettre l’Etat à sa place. Il  lui faudra un sacré courage ! Bref, une vraie révolution !

 


« UN POGNON DE DINGUE » !

Des-liasses-de-billets

 

Fuite en avant des dépenses.

Le gouvernement fait l'impasse sur les mesures d'économies pour le dernier budget du quinquennat. Le budget présenté à l'Assemblée continue à faire la part belle aux dépenses. La fête continue. Si l'année 2022 devrait marquer la fin du « quoi qu'il en coûte », elle ne sera pas celle du retour à la normale, loin de là, sur le plan budgétaire. Bercy a, certes, ramené certains ministres à la raison quant à leurs demandes de crédits supplémentaires (près de 22 milliards) pour le dernier budget du quinquennat, mais l'addition sera quand même salée : 11 milliards d’euros de dépenses supplémentaires. Et ce chiffre reste provisoire. D'ici la rentrée, il s'alourdira en fonction du calibrage du « revenu d’engagement » pour les jeunes, et des arbitrages sur les nouveaux investissements promis par le Président.  Même si l'économie rebondit, on ne referme pas les vannes, élections obligent. La Cour des Comptes va s'arracher les cheveux qui lui restent. Et encore on ne parle que des crédits des ministères de l'Etat, et pas des dépenses de la Sécurité sociale, toujours sous haute tension : le variant Delta continue de faire flamber les dépenses de tests, la meilleure prise en charge de la dépendance pèsera sur 2022.

Difficile sortie de crise.

Toute la difficulté pour le gouvernement vient du fait qu'il doit assumer ses engagements pluriannuels (recherche, défense, etc.) sans couper trop vite dans les dispositifs d'urgence, malgré le rebond de l'économie. Bruno Le Maire s'est ainsi montré ouvert quant à l'issue du rendez-vous de la fin août prévu avec les professionnels, en soulignant que nombre de secteurs étaient encore loin d'avoir retrouvé une activité normale. De plus, certaines dépenses exceptionnelles, comme le repas à 1 euro dans les restaurants universitaires ou la hausse des capacités d'hébergement d'urgence, se pérennisent. A côté de cela, les mesures de relance se déploient à bon rythme, à l'instar de « MaPrimeRénov' », qui va coûter deux fois plus que prévu sur 2021-2022. C'est un signe de succès, de même que l'augmentation des moyens des armées, de la police, de la justice ou encore de l'aide au développement peut-être considérée comme autant de nécessités. L’effet de ciseau entre le  frein nécessaire et la prolongation indispensable s’impose dans toute sa complication. L'enjeu : ne pas briser la reprise de l'économie.

Impasse sur les économies.

Piloter les dépenses publiques, c'est choisir. Et avec un volet économies réduit quasiment à néant dans les textes budgétaires à venir, le choix a été fait de  laisser filer les   dépenses.. La seule économie chiffrée évoquée jeudi dans les documents transmis au Parlement porte sur les achats de l'Etat (150 millions en 2022), ce qui est bien maigre. Et dans la sphère sociale, l'exécutif se raccroche à la réforme de l'assurance-chômage qu'il entend réappliquer au 1er octobre, après la suspension décidée par le Conseil d'Etat. Et il faudra attendre qu’elle  produise ses  effets. On comprend bien que la France est entrée dans une période de  pré-campagne électorale, peu propice aux efforts et  surtout très tentante en cadeaux électoraux. Cela n'a rien d'étonnant avant une échéance présidentielle, et alors que l'évolution de la situation sanitaire va continuer de dicter l'agenda politique. Pourtant, il aurait été  sage de commencer à engager  une réduction des dépenses courantes partout où c’était possible. Car la France pourrait avoir le plus gros déficit de la zone euro en 2024, et faire partie du groupe cumulant les difficultés budgétaires avec l'Espagne, l'Italie et la Belgique, s'alarme la Cour des comptes : il faudrait chaque année 9 milliards d'économies supplémentaires pour stabiliser la dette en 2027, tous les pays ont vu leurs comptes publics bouleversés par la pandémie, mais « quel que soit l'indicateur retenu (déficit excessif, déficit structurel, dette publique), la situation des finances publiques de la France est parmi les plus affectées au sein de l'Union européenne », est-il écrit dans son rapport. L'effort prévu par Bercy pour remettre progressivement d'équerre les comptes publics - « l'ajustement structurel » en sabir bruxellois - est par ailleurs « parmi les plus faibles des plus grands pays européens », relève la Cour. « A l'instar de l'Italie, de l'Espagne et de la Belgique, la France appartient au groupe des pays qui, en 2024, affichent à la fois une dette et un solde structurel élevé ».

Comment faire campagne ?

Dans ces conditions, on voit  mal comment les  candidats à la présidentielle vont pouvoir proposer  des  programmes sérieux de redressement de  la situation de la  France.  Nulle part, on ne voit de projet qui repense en profondeur le poids de la dépense publique, c’est-à-dire la place de l’État. Les idées d’hier, qui ont alimenté les campagnes présidentielles, sont obsolètes. Qui proposerait aujourd’hui le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux (Nicolas Sarkozy, 2007) ? Ou la suppression de 500.000 emplois dans la fonction publique (François Fillon, 2017) ? Personne ne fera cette fois campagne sur des coups de hache, les privatisations sont passées de mode, la délégation au privé a encore plus mauvaise presse, et c’est pire depuis le fiasco de la distribution de la propagande électorale des régionales.

Les plus brillants esprits du pays cogitent sur le monde d’après. Au mieux, leurs idées respectent l’exigence d’équilibrage des comptes publics parce qu’elles prévoient une nouvelle recette (taxe carbone, imposition des multinationales, taxe digitale, progressivité des droits de succession, contribution exceptionnelle ou permanente des grandes fortunes, etc.), avec des marges de manœuvre très étroites dans un pays surimposé. Au pire, elles n’apportent de réponses aux grands défis de notre époque que sous la forme de dépenses : revenu universel, minimum jeunesse, revalorisation des carrières dans l’éducation ou à l’hôpital, décarbonation de l’économie, réindustrialisation… En privé, Bruno Le Maire s’avoue par exemple «effaré» par le prix de la transition écologique. L’imagination tourne à plein régime pour les dépenses. Elle reste stérile en matière d’économies. Qui peut citer une proposition originale et convaincante qui aurait été versée récemment au débat ? Nulle part, on ne voit de projet qui repense en profondeur le poids de la dépense publique, c’est-à-dire la place de l’État. Tout, demain, semble devoir coûter un pognon de dingue.

Le défi n'en sera que plus dur à relever.

Les politiques engagent la prochaine bataille présidentielle sur le thème de la protection. La simplification et le recul de la bureaucratie ne sont encore que des slogans. La société civile s’installe dans un rapport toujours plus étroit à la puissance publique. Donner un net coup de frein à cette hausse de la dépense publique sera un défi d'autant plus difficile à relever lors du prochain quinquennat. Encore faut-il que le contexte international ne vienne pas  peser pour aggraver encore  le fardeau.

« On est  mal patron, on est mal ! »

 


POURQUOI ON VOTE (OU PAS) : REMONTONS A LA SOURCE !

Petit spirou qu'est-ce que tu fabriques

 

J’en ai lu des argumentaires sur  l’abstention qui progresse dans notre pays à chaque consultation. Et il faut dire que pour celle que nous venons de vivre, le record a encore été battu et atteint désormais des niveaux dramatiques pour un pays comme la France, réputé être une démocratie. Et les arguments des  commentateurs, plus ou moins experts, sondeurs et autres politologues, sont nourris, nombreux et souvent évidents. Mais, aucun n’a fait le lien pourtant fondamental, avec  ce qui  est historiquement à  l’origine du vote. 

Que nous disent-ils ?

Christophe Guilluy observe que l’abstention est devenue majoritaire parce que l’offre  politique s’est clientélisée, segmentée sur des fractions de population, accompagnant la disparition de  la majorité sociologique. Aujourd’hui, la « majorité » fait sécession. Le monde  politique se serait déconnecté de la société. L’écosystème médiatique, politique et culturel a tourné le dos au peuple,  la  France  profonde,  et ne sert plus le bien commun. L’Ifop, dans son enquête identifie de son côté  « une crise de  foi républicaine », atteignant le  sentiment d’appartenance à un collectif de citoyens formant le corps électoral.  Que ce  soit la droite ou la gauche, le constat prédominant est que cela a  peu d’incidence sur la vie quotidienne. Il est observé aussi un déficit de transmission de la culture républicaine, en même temps qu’une demande  d’une offre  politique sur mesure. De son côté, Dominique Reynié, de la Fondapol, décrit l’abstention comme le résultat d’une campagne écrasée par des thèmes nationaux  et une extrême politisation dans un pays où les partis politiques font l’objet d’un jugement très négatif dans l’opinion. Il voit dans le caractère massif du refus de vote, une « désinstitutionnalisation »  affectant notre vie politique. Une partie des oppositions et du débat public se déplace vers un domaine extra-institutionnel : la « zadisation » en est un bon exemple, les mouvements groupusculaires activistes qui agitent les réseaux sociaux en sont un autre.  L’idée de la convention citoyenne  est un autre moyen de tuer la démocratie institutionnelle. La « désinstitutionnalisation » se radicalise dans la montée en puissance d’un espace public  numérique et s’accomplit à travers des protestations multiformes : vote antisystème, protestation manifestante, abstention  massive. Tout cela  s’ajoute à des causes  plus prosaïques telles que la complexité du mode électoral des cantonales avec ses  doubles binômes, et même  des  Régionales avec son scrutin de  listes régionales segmentées en listes départementales. Les citoyens perdent de vue les mérites indépassables de la démocratie représentative.

Mais voilà, ils oublient l’essentiel.

Pour illustrer mon propos, je vais partir d’une anecdote vécue. C’était  il y a quelques années, dans une vague salle de réunion publique, à  moins que ce fût un  préau d’école, le candidat venait d’égrener son programme et ses multiples projets. On passait alors au temps fort de la soirée, où  une petite foule se pressait, le jeu des questions-réponses. C’est alors qu’un brave gaillard se leva en levant le bras droit, pour demander la parole, le gauche étant occupé avec sa casquette qu’il  avait pincée entre ses doigts et tout en grattant son crâne avec l’ongle du pouce, posa  sa question : « Et combien qu’ça va-t-y coûter tout ça ? » … Tout était dit.  A cette époque-là, les gens s’intéressaient aux élections, et il n’était pas rare qu’ils aillent assister aux prestations de candidats concurrents pour comparer les programmes. Ces citoyens-là étaient aussi des contribuables à qui on ne la faisait pas, ils savaient reconnaître ceux qui promettaient plus de beurre que de pain et surtout veillaient à choisir celui qui, selon le choix de chacun, serait économe des deniers publics. C’est tout bête, le vote,  c’était choisir aussi un budget et des impôts. Voilà la source ! Personne ne nous dit qu’aujourd’hui, elle est tarie ! Et pas un ne fait le lien pourtant évident !

Il se trouve que 57%  des foyers fiscaux ne paient pas d’impôts sur le revenu, ni d’autres d’ailleurs. Bientôt plus de taxe d’habitation pour tous. Alors à quoi bon aller voter : «  ils » peuvent bien faire ce qu’ils veulent, faire valser « un pognon de dingue », trop de nos concitoyens ne sont plus  concernés, quelles que soient les  dépenses, ils ne seront pas appelés à les payer. Les autres, plus riches ont plein de niches fiscales à leur disposition pour adoucir  la note.  Et puis de toutes façons, avec le prélèvement à la source, on leur a même supprimé le geste de payer et en même temps le consentement à l’impôt. Bien sûr, tout le monde paie la TVA, mais  combien savent qu’elle finance en partie les dépenses des Départements et des Régions. Et puis il n’y a pas plus indolore comme impôt.  Après on s’étonne que la participation électorale diminue. Qui peut comprendre qu’avec un tel  système, on a supprimé le frein à la dépense et que, si la charge ne pèse pas sur les porte-monnaie, il y a un prix  à payer quand  même qui s’appelle bas salaires et manque de croissance et donc… chômage.

Bref, pas d’impôts, pas de besoin de voter.