HISTOIRE

LA DEMOCRATIE CENSITAIRE

Contribuable détroussé

Mon raisonnement était le bon. 

Dans un bulletin précédent j’avais fait l’hypothèse d’un lien entre l’exemption d’impôts et le vote. Un récent article de Jean-Pierre Robin dans le Figaro vient conforter mon raisonnement, chiffres à  l’appui. Tout se passe comme si nous étions revenus  avant 1848, au suffrage censitaire quand seuls les « riches » pouvaient voter. Et le paradoxe, c’est que c’est la gauche qui en est responsable,  les quinquennats de  Hollande et  Macron qui ont largement contribué à couper le lien civique entre le vote et l’acquittement « consenti » et clairement identifié de taxes et impôts. Il y a bien une cause majeure à  l’abstention ou au désintérêt pour la désignation des représentants qui gèrent les budgets des collectivités et contrôlent celui de  l’Etat : la disparition de l’impôt.

Un bloc structuré.

Loin d’être un ensemble disparate et informe, le  « parti » des abstentionnistes est au contraire très structuré. Un sondage d’Opinion Way met en avant trois  traits saillants du « non votant » du 20 juin dernier ( un échantillon de 4500 personnes). En premier la jeunesse : plus on est jeune, moins on vote. Ensuite, les  abstentionnistes se recrutent proportionnellement davantage chez les femmes (74%) que chez  les hommes (62%).  Enfin, le revenu, et c’est là que c’est intéressant : les foyers disposant de ressources mensuelles inférieures  à 1 000€ se sont abstenus à 84% contre 56%  chez les foyers dont les revenus dépassent 3 500€ par mois ; 74%  dans la catégorie comprise entre 1 000 et 2 000€ et 67% de 2 000 à 4 000€. Plus que l’âge et  le  sexe, nous dit  le sondagier, c’est le revenu qui structure le vote, rétablissant de fait une sorte de suffrage censitaire. Plus on est dispensé d’impôts, moins on vote comme sous les régimes d’avant 1848 où c’était le niveau de fortune qui donnait le droit. En dispensant  de payer l’impôt, on renvoie le  citoyen, comme dans la Rome antique, à une condition de seconde classe, ceux qui ne fournissent à la cité d’autres ressources que leur progéniture, les « proles » ou prolétaires. Hollande parlait des « sans dents » !

Un suffrage universel émasculé.

Le suffrage universel continue d’exister bel et bien, mais les citoyens se comportent comme s’ils vivaient dans  la première  moitié du XIXème siècle  ou seuls pouvaient voter les possédants. Bien sûr, on arguera du désintérêt provoqué par la complexité des scrutins et le manque de lisibilité des compétences des assemblées à élire, dont la finalité finit par échapper au commun des mortels.  Pourtant quatre dispositions majeures pèsent sur le comportement de nos concitoyens. D’abord le  prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, qui perd toute sa lisibilité alors qu’il est  un impôt progressif  sur la personne. La politique d’exonération systématique décidée  sous Hollande fait qu’il n’est plus acquitté que par 43% des foyers. En deux, la suppression de la taxe d’habitation  qui sera élargie a l’ensemble des résidences principales a rompu  le lien direct des administrés avec les collectivités territoriales, tout passe désormais par l’Etat. En trois, le remplacement des cotisations chômage par une hausse de la CSG (surtout sur les retraités) a débouché sur un système étatisé très technocratique, remplaçant de fait une fonction assurantielle par un impôt  payé par tous et sans contrepartie personnelle. Enfin,  en quatre, l’Etat s’est érigé en grand pourvoyeur de pouvoir d’achat.  Le triplement de la « prime d’activité » décidé en janvier 2019  par Macron, en est un bon exemple. La crise du Covid 19 n’a fait qu’aggraver les choses avec le « quoi qu’il en coûte ». L’argent tombe du ciel. L’Etat « nounou » s’occupe de vous ! Le fait du prince remplace la décision collective par le vote.

Un système incompréhensible.

Pourtant nous vivons dans le pays  qui a institué le système de dépenses publiques et de prélèvements le plus massif du monde. Le jour de libération fiscale est justement aujourd’hui : plus d’un mois après la moyenne européenne. Dans son éditorial du Figaro, Jacques Olivier Martin invite les Français à « pédaler », parce qu’il n’y a rien à espérer des temps qui viennent. Mais tous ne pédalent pas, et ils sont de moins en moins nombreux à appuyer sur les pédales. Le système des prélèvements est tellement complexe et les méthodes de calcul si sophistiquées que plus personne n’y comprend rien. On oublie l’essentiel : que  les dépenses publiques, Etat, comptes sociaux, collectivités territoriales relèvent d’assemblées d’élus et ne sont pas de simples services qui dispensent des prestations ou développent des actions. Le caractère  quantitatif de leurs responsabilités financières devrait intéresser tous les Français au premier chef. Mais quoi d’étonnant dans le contexte actuel que seuls les « riches » se soucient de leur gestion puisque les autres ne paient rien et « touchent ». Un univers « collectiviste » qui n’intéresse que les riches : c’est un autre paradoxe !

Revenir à l’universalité .

Voilà une autre tâche pour le prochain président s’il veut que nos concitoyens se réintéressent à la « res publica », la chose publique : remettre tout à plat à commencer par établir un impôt payé par tous, rétablir la taxe d’habitation, arrêter de faire jouer à la TVA le rôle de taxe  « fourre-tout » et financer chaque collectivité par un impôt dédié, réformer le financement des retraites et du chômage, … Remettre l’Etat à sa place. Il  lui faudra un sacré courage ! Bref, une vraie révolution !

 


« UN POGNON DE DINGUE » !

Des-liasses-de-billets

 

Fuite en avant des dépenses.

Le gouvernement fait l'impasse sur les mesures d'économies pour le dernier budget du quinquennat. Le budget présenté à l'Assemblée continue à faire la part belle aux dépenses. La fête continue. Si l'année 2022 devrait marquer la fin du « quoi qu'il en coûte », elle ne sera pas celle du retour à la normale, loin de là, sur le plan budgétaire. Bercy a, certes, ramené certains ministres à la raison quant à leurs demandes de crédits supplémentaires (près de 22 milliards) pour le dernier budget du quinquennat, mais l'addition sera quand même salée : 11 milliards d’euros de dépenses supplémentaires. Et ce chiffre reste provisoire. D'ici la rentrée, il s'alourdira en fonction du calibrage du « revenu d’engagement » pour les jeunes, et des arbitrages sur les nouveaux investissements promis par le Président.  Même si l'économie rebondit, on ne referme pas les vannes, élections obligent. La Cour des Comptes va s'arracher les cheveux qui lui restent. Et encore on ne parle que des crédits des ministères de l'Etat, et pas des dépenses de la Sécurité sociale, toujours sous haute tension : le variant Delta continue de faire flamber les dépenses de tests, la meilleure prise en charge de la dépendance pèsera sur 2022.

Difficile sortie de crise.

Toute la difficulté pour le gouvernement vient du fait qu'il doit assumer ses engagements pluriannuels (recherche, défense, etc.) sans couper trop vite dans les dispositifs d'urgence, malgré le rebond de l'économie. Bruno Le Maire s'est ainsi montré ouvert quant à l'issue du rendez-vous de la fin août prévu avec les professionnels, en soulignant que nombre de secteurs étaient encore loin d'avoir retrouvé une activité normale. De plus, certaines dépenses exceptionnelles, comme le repas à 1 euro dans les restaurants universitaires ou la hausse des capacités d'hébergement d'urgence, se pérennisent. A côté de cela, les mesures de relance se déploient à bon rythme, à l'instar de « MaPrimeRénov' », qui va coûter deux fois plus que prévu sur 2021-2022. C'est un signe de succès, de même que l'augmentation des moyens des armées, de la police, de la justice ou encore de l'aide au développement peut-être considérée comme autant de nécessités. L’effet de ciseau entre le  frein nécessaire et la prolongation indispensable s’impose dans toute sa complication. L'enjeu : ne pas briser la reprise de l'économie.

Impasse sur les économies.

Piloter les dépenses publiques, c'est choisir. Et avec un volet économies réduit quasiment à néant dans les textes budgétaires à venir, le choix a été fait de  laisser filer les   dépenses.. La seule économie chiffrée évoquée jeudi dans les documents transmis au Parlement porte sur les achats de l'Etat (150 millions en 2022), ce qui est bien maigre. Et dans la sphère sociale, l'exécutif se raccroche à la réforme de l'assurance-chômage qu'il entend réappliquer au 1er octobre, après la suspension décidée par le Conseil d'Etat. Et il faudra attendre qu’elle  produise ses  effets. On comprend bien que la France est entrée dans une période de  pré-campagne électorale, peu propice aux efforts et  surtout très tentante en cadeaux électoraux. Cela n'a rien d'étonnant avant une échéance présidentielle, et alors que l'évolution de la situation sanitaire va continuer de dicter l'agenda politique. Pourtant, il aurait été  sage de commencer à engager  une réduction des dépenses courantes partout où c’était possible. Car la France pourrait avoir le plus gros déficit de la zone euro en 2024, et faire partie du groupe cumulant les difficultés budgétaires avec l'Espagne, l'Italie et la Belgique, s'alarme la Cour des comptes : il faudrait chaque année 9 milliards d'économies supplémentaires pour stabiliser la dette en 2027, tous les pays ont vu leurs comptes publics bouleversés par la pandémie, mais « quel que soit l'indicateur retenu (déficit excessif, déficit structurel, dette publique), la situation des finances publiques de la France est parmi les plus affectées au sein de l'Union européenne », est-il écrit dans son rapport. L'effort prévu par Bercy pour remettre progressivement d'équerre les comptes publics - « l'ajustement structurel » en sabir bruxellois - est par ailleurs « parmi les plus faibles des plus grands pays européens », relève la Cour. « A l'instar de l'Italie, de l'Espagne et de la Belgique, la France appartient au groupe des pays qui, en 2024, affichent à la fois une dette et un solde structurel élevé ».

Comment faire campagne ?

Dans ces conditions, on voit  mal comment les  candidats à la présidentielle vont pouvoir proposer  des  programmes sérieux de redressement de  la situation de la  France.  Nulle part, on ne voit de projet qui repense en profondeur le poids de la dépense publique, c’est-à-dire la place de l’État. Les idées d’hier, qui ont alimenté les campagnes présidentielles, sont obsolètes. Qui proposerait aujourd’hui le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux (Nicolas Sarkozy, 2007) ? Ou la suppression de 500.000 emplois dans la fonction publique (François Fillon, 2017) ? Personne ne fera cette fois campagne sur des coups de hache, les privatisations sont passées de mode, la délégation au privé a encore plus mauvaise presse, et c’est pire depuis le fiasco de la distribution de la propagande électorale des régionales.

Les plus brillants esprits du pays cogitent sur le monde d’après. Au mieux, leurs idées respectent l’exigence d’équilibrage des comptes publics parce qu’elles prévoient une nouvelle recette (taxe carbone, imposition des multinationales, taxe digitale, progressivité des droits de succession, contribution exceptionnelle ou permanente des grandes fortunes, etc.), avec des marges de manœuvre très étroites dans un pays surimposé. Au pire, elles n’apportent de réponses aux grands défis de notre époque que sous la forme de dépenses : revenu universel, minimum jeunesse, revalorisation des carrières dans l’éducation ou à l’hôpital, décarbonation de l’économie, réindustrialisation… En privé, Bruno Le Maire s’avoue par exemple «effaré» par le prix de la transition écologique. L’imagination tourne à plein régime pour les dépenses. Elle reste stérile en matière d’économies. Qui peut citer une proposition originale et convaincante qui aurait été versée récemment au débat ? Nulle part, on ne voit de projet qui repense en profondeur le poids de la dépense publique, c’est-à-dire la place de l’État. Tout, demain, semble devoir coûter un pognon de dingue.

Le défi n'en sera que plus dur à relever.

Les politiques engagent la prochaine bataille présidentielle sur le thème de la protection. La simplification et le recul de la bureaucratie ne sont encore que des slogans. La société civile s’installe dans un rapport toujours plus étroit à la puissance publique. Donner un net coup de frein à cette hausse de la dépense publique sera un défi d'autant plus difficile à relever lors du prochain quinquennat. Encore faut-il que le contexte international ne vienne pas  peser pour aggraver encore  le fardeau.

« On est  mal patron, on est mal ! »

 


POURQUOI ON VOTE (OU PAS) : REMONTONS A LA SOURCE !

Petit spirou qu'est-ce que tu fabriques

 

J’en ai lu des argumentaires sur  l’abstention qui progresse dans notre pays à chaque consultation. Et il faut dire que pour celle que nous venons de vivre, le record a encore été battu et atteint désormais des niveaux dramatiques pour un pays comme la France, réputé être une démocratie. Et les arguments des  commentateurs, plus ou moins experts, sondeurs et autres politologues, sont nourris, nombreux et souvent évidents. Mais, aucun n’a fait le lien pourtant fondamental, avec  ce qui  est historiquement à  l’origine du vote. 

Que nous disent-ils ?

Christophe Guilluy observe que l’abstention est devenue majoritaire parce que l’offre  politique s’est clientélisée, segmentée sur des fractions de population, accompagnant la disparition de  la majorité sociologique. Aujourd’hui, la « majorité » fait sécession. Le monde  politique se serait déconnecté de la société. L’écosystème médiatique, politique et culturel a tourné le dos au peuple,  la  France  profonde,  et ne sert plus le bien commun. L’Ifop, dans son enquête identifie de son côté  « une crise de  foi républicaine », atteignant le  sentiment d’appartenance à un collectif de citoyens formant le corps électoral.  Que ce  soit la droite ou la gauche, le constat prédominant est que cela a  peu d’incidence sur la vie quotidienne. Il est observé aussi un déficit de transmission de la culture républicaine, en même temps qu’une demande  d’une offre  politique sur mesure. De son côté, Dominique Reynié, de la Fondapol, décrit l’abstention comme le résultat d’une campagne écrasée par des thèmes nationaux  et une extrême politisation dans un pays où les partis politiques font l’objet d’un jugement très négatif dans l’opinion. Il voit dans le caractère massif du refus de vote, une « désinstitutionnalisation »  affectant notre vie politique. Une partie des oppositions et du débat public se déplace vers un domaine extra-institutionnel : la « zadisation » en est un bon exemple, les mouvements groupusculaires activistes qui agitent les réseaux sociaux en sont un autre.  L’idée de la convention citoyenne  est un autre moyen de tuer la démocratie institutionnelle. La « désinstitutionnalisation » se radicalise dans la montée en puissance d’un espace public  numérique et s’accomplit à travers des protestations multiformes : vote antisystème, protestation manifestante, abstention  massive. Tout cela  s’ajoute à des causes  plus prosaïques telles que la complexité du mode électoral des cantonales avec ses  doubles binômes, et même  des  Régionales avec son scrutin de  listes régionales segmentées en listes départementales. Les citoyens perdent de vue les mérites indépassables de la démocratie représentative.

Mais voilà, ils oublient l’essentiel.

Pour illustrer mon propos, je vais partir d’une anecdote vécue. C’était  il y a quelques années, dans une vague salle de réunion publique, à  moins que ce fût un  préau d’école, le candidat venait d’égrener son programme et ses multiples projets. On passait alors au temps fort de la soirée, où  une petite foule se pressait, le jeu des questions-réponses. C’est alors qu’un brave gaillard se leva en levant le bras droit, pour demander la parole, le gauche étant occupé avec sa casquette qu’il  avait pincée entre ses doigts et tout en grattant son crâne avec l’ongle du pouce, posa  sa question : « Et combien qu’ça va-t-y coûter tout ça ? » … Tout était dit.  A cette époque-là, les gens s’intéressaient aux élections, et il n’était pas rare qu’ils aillent assister aux prestations de candidats concurrents pour comparer les programmes. Ces citoyens-là étaient aussi des contribuables à qui on ne la faisait pas, ils savaient reconnaître ceux qui promettaient plus de beurre que de pain et surtout veillaient à choisir celui qui, selon le choix de chacun, serait économe des deniers publics. C’est tout bête, le vote,  c’était choisir aussi un budget et des impôts. Voilà la source ! Personne ne nous dit qu’aujourd’hui, elle est tarie ! Et pas un ne fait le lien pourtant évident !

Il se trouve que 57%  des foyers fiscaux ne paient pas d’impôts sur le revenu, ni d’autres d’ailleurs. Bientôt plus de taxe d’habitation pour tous. Alors à quoi bon aller voter : «  ils » peuvent bien faire ce qu’ils veulent, faire valser « un pognon de dingue », trop de nos concitoyens ne sont plus  concernés, quelles que soient les  dépenses, ils ne seront pas appelés à les payer. Les autres, plus riches ont plein de niches fiscales à leur disposition pour adoucir  la note.  Et puis de toutes façons, avec le prélèvement à la source, on leur a même supprimé le geste de payer et en même temps le consentement à l’impôt. Bien sûr, tout le monde paie la TVA, mais  combien savent qu’elle finance en partie les dépenses des Départements et des Régions. Et puis il n’y a pas plus indolore comme impôt.  Après on s’étonne que la participation électorale diminue. Qui peut comprendre qu’avec un tel  système, on a supprimé le frein à la dépense et que, si la charge ne pèse pas sur les porte-monnaie, il y a un prix  à payer quand  même qui s’appelle bas salaires et manque de croissance et donc… chômage.

Bref, pas d’impôts, pas de besoin de voter.

 


QUAND « SUPER BARNIER » EST AUX MANETTES !

Journal du Brexit001

 

Le « Journal secret du Brexit »  que Michel Barnier a livré sous le titre « La grande illusion » se  lit comme une aventure passionnante vécue au jour le jour. Ce pavé de 500 pages, véritable chronique de négociations improbables avec des Anglais retords à souhait, est une expérience unique de quatre ans et demi, dans le décor des capitales européennes, avec comme acteurs tous les puissants de notre continent, et ses épisodes de noblesse mais aussi de petitesses et de fourberies, ses rebondissements et ses coups de bluff, sans oublier quelques moments intimes et réflexions personnelles qui en donnent toute la dimension humaine.

Michel Barnier s’y révèle comme un "grand monsieur".

Pour parvenir à éviter un « no deal » catastrophique, Celui que l’Union européenne a choisi pour mener la négociation,  a fait preuve d’une endurance  sans pareille. Il y est parvenu en réussissant d’abord à unir l’ensemble des Etats membres jusqu’au bout de l’ultime nuit, ce qui n’est pas un mince exploit, et à parer tous les coups tordus, les  postures, les exigences, les tactiques parfois redoutables de nos « amis » britanniques, ce qui constitue en soi une véritable gageure. S’il l’a fait, c’est en tenant en permanence la règle de l’unanimité, véritable force sur laquelle la perfide Albion a buté à chaque instant, en respectant ses  mandants, les peuples de  l’Union et sans jamais confondre  « le  sentiment populaire et le  populisme ». Ainsi, le respect de la parole de  chacun et de  la parole donnée sont  au coeur de ce « roman » du Brexit où, de Gibraltar à la pêche, en passant par la  « problématique » irlandaise, tant d’événements, de rencontres, d’échanges, que l’auteur nous fait vivre de l’intérieur. On n’en perd  pas une miette. Michel Barnier traverse ces quatre années et demi  comme un menhir, bénéficiant de  la confiance  des instances européennes, quels qu’en soient les responsables, de Juncker à Van des Leyen, en passant par  Macron, Michel, Merkel, Tusk, Sassoli et côté anglais  May, Johnson, Davis, Raab, Barclay, Gove  … Il  joue dans la cour des grands avec brio en sachant s’entourer de collaborateurs remarquables  constituant une « task force » incontournable. Confiance est le  maitre mot de la négociation, à tous les niveaux. Et le mérite d’avoir su la créer lui en revient !

Préserver  l’Union européenne du Brexit.

Michel Barnier a mené ces négociations en connaissant parfaitement les tentations de peuples  européens pour les quels le  Brexit pouvait être un modèle  ou un exemple. Quand le verdict tombe le 23 juin 2016  de l’autre côté de la Manche, nous savons, avec lui, qu’un tel vote reste possible  dans d’autres pays de  l’Union, dont le nôtre. Il a dû regarder en face nos  colères  et le  fantasme de l’indépendance. S’il avait en tête  de faire en sorte que l’Union et tout ce qu’elle implique d’avantages soit préservée, il  s’était aussi donné comme objectif de parvenir à un accord avec  le Royaume-Uni  qui soit aussi fécond que possible dans un respect  mutuel. Son credo est clair : « la  grande illusion est de croire à la promesse d’une identité et d’une souveraineté solitaires plutôt que solidaires ». Il lui a fallu des nerfs d’acier et imposer un calme  à toute épreuve,  puisé dans l’unanimité des 27 pour affronter le royaume des « tabloïds » soutenant agressivement le « Leave », les mensonges de Nigel Farage qui ne donnait pas cher de l’Europe sans l’Angleterre, les fractures de la majorité d’un parti conservateur changeant de Premier  ministre au milieu des négociations, passant de la ténacité de Theresa May aux foucades imprévisibles de  Bojo. Sang froid et méthode ont fini par triompher. Il faut absolument lire ce livre  pour comprendre dans le détail et en creux tout ce que l’Europe fait  pour nous, pour nous protéger et comme  marché unique, ce que les  commentateurs de nos médias et nos politiques prompts à mettre sur le dos de l’Europe leurs propres insuffisances ignorent.

L’Histoire retiendra son rôle.

Le traité auquel les négociations ont abouti  pourrait s’appeler « traité  Barnier ».  Il a joué un rôle majeur. On se demande qui a sa  place aurait pu réussir. Elu local de Savoie, ministre de  l’environnement, des  affaires européennes, des affaires étrangères, de l’agriculture, commissaire européen, cette négociation fait de lui l’un des  politiques français les plus capés, les  plus gradés, en un  mot les  plus robustes. Il a un entregent considérable en Europe et dans le  Monde et s’est trouvé l’égal des chefs d’Etat. « Patriote et européen » comme il aime se décrire, il a  déclaré vouloir désormais œuvrer pour l’avenir de son pays. On le sait engagé pour sa terre, pour notre langue,  pour les territoires et  leurs particularismes, il souhaite voir notre immigration suspendue pendant cinq ans, il parie sur le courage du collectif pour relever les défis du relèvement de la France et se réinventer. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin » aime-t-il affirmer. Et récemment, il a déclaré qu’il « serait au rendez-vous ».

On aurait bien tort de se priver d’un tel homme aussi talentueux.

La grande illusion, journal secret du Brexit, de Michel Barnier, Gallimard.

 


FINANCES : LA FRANCE RUINEE !

Pluis de billets

L’horizon s’éclaircit après des mois de crise sanitaire et une reprise de l’activité encourageante. En revanche, le niveau de surendettement du pays assombrit le tableau de manière inquiétante, avec des chiffres du « quoi qu’il en coûte » toujours plus vertigineux : 70 milliards  d’€ d’aide d’urgence aux entreprises, dont 35 milliards pour l’indemnisation de 8 millions de chômeurs partiels,   37 milliards de recettes budgétaires perdues, 36 milliards pour le  plan de relance, 14 milliards de dépenses sanitaires supplémentaires. Au total, la crise sanitaire aura coûté 424 milliards d’€.

La France va dans le mur, elle est incapable de se réformer et est accro à la dépense publique. Au premier  trimestre, la dette publique a augmenté de 89 milliards d’€, dont plus de 61 milliards attribuables à l’Etat, pour atteindre 2739, 2 milliards d’€, soit 118,2% du PIB fin mars. Un record historique qui porte l’endettement de notre pays au double du plafond limite fixé par les règles européennes. Celles-ci sont gelée jusqu’à la fin de la crise, mais  déjà l’Allemagne, plus économe, réclame qu’on revienne le plus rapidement  possible à l’orthodoxie. De tous les pays européens c’est la France qui a le « gap » le plus large à combler  pour rentrer dans les clous. La croissance  prévue ne suffira  pas, c’est une évidence.

Les efforts  budgétaires  envisagés  sont notoirement insuffisants.

 C’est moins le coût de la crise Covid qui est problématique que l’endettement croissant continu  au cours des dernières années. Si nous continuons de bénéficier de taux d’intérêt bas en raison, principalement de la  politique accommodante de la BCE et aussi grâce au surcroît d’épargne dans le monde, il n’en reste pas moins que cette situation est un facteur de fragilité. Le pays n’est pas à l’abri d’être un jour  sanctionné par  les marchés financiers, face à la discordance, par exemple, avec les budgets mieux tenus des autres pays européens, et notamment l’Allemagne (toujours elle). La Cour des Comptes  rappelle  d’ailleurs que si le sujet de la soutenabilité des comptes  publics s’inscrit dans un temps long, les manifestations d’une perte de confiance peuvent être rapides et brutales. C’est pourquoi elle rappelle la nécessité de s’attaquer au rétablissement de ses comptes à compter de 2023. Or dans sa stratégie budgétaire pour les prochaines années, Bercy prévoit de freiner la progression des dépenses publiques à 0,7% par an pour faire refluer la dette à partir de 2027. Notoirement insuffisant pour les magistrats de la rue Cambon. En 2024, le déficit de la France resterait l’un des  plus élevés de la  zone euro et le niveau de la dette resterait stable, alors que celui de ses principaux  voisins refluerait significativement.

Le danger du confort des taux bas.

Rappelons qu’une augmentation d’un point de taux d’intérêt conduirait , en France, à une hausse de 2,5 milliards d’€ de la charge de la dette la première année, et de 29 milliards à dix ans.  Ne rien faire de sérieux sur la dette fait  planer un vrai danger sur notre pays,  qu’il s’agisse de ses finances  publiques, de sa croissance et du niveau de l’emploi. La reprise aux Etats-Unis est un facteur de risque supplémentaire : celui d’une reprise de l’inflation et de  la remontée des taux d’intérêt qui va avec  est le principal. Certes, la FED temporise en jugeant que tant qu’il y aura du chômage, les salaires donc les prix resteront calmes, mais la situation évolue rapidement. Et il sera difficile à la BCE d’aller aussi loin que la FED dans la capacité à supporter une inflation à plus de 3%, celle-ci restant en Allemagne un tabou, d’autant plus pesant que le pays approche d’une échéance électorale majeure. Le nouveau patron de la CDU a prévenu : l’emprunt européen mutuel est temporaire et ponctuel, il n’est pas et ne doit jamais être une prémisse à une Union de la dette. Dans son document électoral, le slogan de la « stabilité » revient en boucle. Et le gouvernement fédéral se fixe comme objectif de représenter le plus rapidement possible un budget à l’équilibre et réduire à 60% le ratio d’endettement des administrations publiques.

Christine Lagarde, véritable ministre des finances en France.

Par la force des choses, la présidente de la  BCE est devenue le « contrôleur général des Finances » de la  France, en charge de faire rentrer l’argent dans les caisses. Ainsi, l’an dernier, la  BCE  de concert avec la Banque de France, a acheté a hauteur de 186 milliards d’€ des titres de dette française, soit l’équivalent de 88% de tous les besoins financiers de nos administrations publiques, déficitaires de 212  milliards d’€.  A ce jour, elle détient 650 milliards d’€ de titres français, le ¼ de notre dette publique. Jamais il n’y aurait eu de « quoi qu’il en coûte » sans la BCE. Pourtant  Bercy peut se  prévaloir d’une hyperpuissance quasi unique au monde. Cette forteresse de béton administre à  la fois les finances de l’Etat et l’économie du pays en entier. L’hyper-administration française, unique en Europe, emploie 131 000 fonctionnaires et se déploie dans un labyrinthe de 42,8 km pour le siège parisien de Bercy, arpentés  par quelques 5 100 fonctionnaires, répartis en une vingtaine de directions d’administration centrale et commandés par cinq ministres délégués, eux-mêmes chapeautés  par le Ministre de l’économie et des Finances. La crise a aggravé la tendance naturelle : prêts garantis par l’Etat, fonds de solidarité divers et variés… les tuyaux de perfusion ont porté le dirigisme étatique à son paroxysme.  Résultat : politique industrielle aux abonnés absents, taux d’endettement record tant pour les entreprises privées que pour l’Etat. Avec cette gestion hypercentralisée, le bateau France  prend l’eau et ce sont les fonds de la BCE qui le maintiennent à flot. Qui fiance, commande   !  Christine Lagarde est en dernier ressort la vraie patronne de Bercy.  Encore une chance qu’elle soit française. Nos volumes d’achat sont garantis jusqu’en 2022. Ouf ! Bref, Bercy est un colosse aux pieds d’argile Bruxelles vient de prolonger jusqu’en 2023 la suspension des règles du pacte de  stabilité budgétaire. Re-ouf ! Mais après ?

Les successeurs d’Emmanuel Macron vont hériter d’une France en lambeaux avec un fardeau énorme à redresser. On pourrait se demander pourquoi il y a tant de volontaires pour vouloir le faire  tant la tâche paraît démesurée !  

Mais de décourageons  pas les bonnes volontés.

 

 


INFLATION, TAUX, CA VA TANGUER !

étau des taux

6 juin 2021 : les Américains nous refont le coup du débarquement. Mais cette fois-ci, est-ce vraiment pour nous sauver ? Car c’est  leur inflation qu’ils nous envoient et avec notre dette énorme, on aimerait bien s’en passer. Ce trait qui se veut humoristique ne doit pas nous faire oublier, évidemment, le sacrifice des « boys » tombés sur nos plages de Normandie en 1944. Nous n’oublions pas !

La croissance et l’inflation sont en train de changer le paysage financier.

Les signaux envoyés par l’économie américaine corrobore les craintes que j’évoquais dans mon article du 13 mai : « la peur du retour de l’inflation ». En avril, l'inflation aux États-Unis a atteint 0,8% sur un mois et 4,2% sur un an, là où le consensus attendait respectivement 0,2% et 3,6%. ... Le signe que le regain d'inflation dépasse le simple effet de base lié à la faiblesse des prix il y a un an, en plein confinement. L’Europe commence à suivre, elle ressort à 2,4% sur un an, en Allemagne, soit +0,3% en mai par rapport à avril, et pourrait franchir le seuil symbolique des 2% en 2021. La menace est donc bien réelle. Une menace, parce qu’on pense aussitôt aux taux d’intérêts qui pourraient suivre  le même mouvement, pour la contrôler. Du coup, les banques centrales sont confrontées à une situation complexe, surtout la Banque centrale américaine, la FED. Jusqu'à présent, tout était simple pour elles : pour compenser la baisse de la croissance et les pressions déflationnistes, il suffisait de faire « whatever it takes », c'est-à-dire baisser les taux d'intérêt, en dessous de zéro si nécessaire, et inonder le monde de liquidités. C’est la situation que nous connaissons en France avec l’argent facile émis par la BCE qui nous vaut un déficit public cette année de 220 milliards d’euros, soit près de 50% du budget de l’Etat (oui, oui, 50% !).  Mais les choses sont en train de changer.

Les effets de la croissance et de l’inflation.

Ce sont deux éléments fondamentaux. La croissance, comme c’était prévisible s’affole pour 2021  et 2022. Tout le monde révise à la  hausse, mois après mois, les prévisions pour les  deux prochaines années. On ne peut pas être surpris qu’après un arrêt presque complet de l’économie et les stocks d’épargne des ménages  et de trésorerie des entreprises, constitués grâce au « quantitative easy », on assiste à un « effet rattrapage ». Les  banques centrales n’ont donc plus besoin de soutenir la reprise. Logiquement. Comme le fait  que l’inflation rebondisse, et même très fortement aux Etats-Unis sous l’effet cumulé de l’empilement des plans de relance, et en Europe aussi, la hausse des prix étant  alimentée par le renchérissement du coût des matières premières et par la hausse des salaires. Un phénomène qui devrait durer au moins quelques mois. En conséquence,  les banques centrales n'ont donc plus besoin de combattre la déflation et elles devraient même revenir à leur mission originelle : maintenir l'inflation sous contrôle. Donc d’un côté, elles devraient fermer le robinet de l’argent facile pour commencer à absorber une partie des liquidités qu’elles ont distribuées, et de l’autre, monter les taux pour réguler l’inflation si elle dérape. Pas si simple !

L’accoutumance  dévastatrice.

L’argent gratuit  ou magique qu’elles ont distribué a créé une accoutumance, une véritable addiction, dont la France  est un exemple emblématique. Que va-t-il se passer si elles commencent à réduire les « doses »  de  « coke monétaire ». Le pire serait de provoquer une panique financière.  Car elles ont fabriqué un monde qui vit dans un espace parallèle déconnecté de la réalité, un monde qui ne peut plus fonctionner dans des conditions normales. « Cette fable  de l’argent magique, nous explique Jean-Marc Daniel dans son dernier ouvrage « Il était une fois…l’Argent magique », produit désormais sans jamais se tarir les liquidités  dont nos économies ont besoin… avec même la perspective de ne jamais avoir à le rembourser ». Par quel  cheminement ce mirage a-t-il  imprimé  nos esprits au point d’en débattre. Et l’économiste de fustiger ces « mages qui confondent richesse et endettement » et sa tristesse de voir « la pensée économique envahie par le retour en force de la pensée alchimiste » ! On en est là effectivement et les mages ne savent plus comment sortir de la spirale infernale qu’ils ont enclenché. Car, en ce qui concerne les marchés boursiers, au moindre signe de réduction des injections de liquidités, les actions vont baisser et certaines s’effondrer, pour les marchés immobiliers, dans tous les pays, les prix flambent alimentés par les taux historiquement bas et la recherche d’alternatives aux placements à taux négatifs, et enfin pour les Etats, surtout les cigales comme la France, où plus on distribue, plus on dépense et  moins on paie d’intérêts, la hausse  même minime des taux d’intérêt serait dévastatrice et le service de la dette plongerait les déficits à des niveaux encore plus aberrants que ceux d’aujourd’hui. Bref, les banques centrales sont dans l’expectative.

Il ne reste plus qu’à prier pour que la hausse de l’inflation ne soit pas durable… Et  c’est possible que les fondamentaux déflationnistes reprennent le  dessus. Mais répétons-le, une fois de plus, avec Jean-Marc Daniel, seule une stricte discipline budgétaire contraignant les Etats à dégager chaque année un excédent « primaire » permettra de reprendre le contrôle… sinon, point de salut. En attendant, il va y avoir des secousses, et inévitablement des hausses d’impôts,  qui n’ont pas cessé en France d’ailleurs, contrairement à ce qu’affirme nos gouvernants : 25 milliards d’euros de hausse des impôts directs des  ménages en deux ans, dont 15 milliards pour les 20% les  plus aisés ! Et forcément ça va continuer !






SORTIR DE L’ILLUSION DE L’ENDETTEMENT PERPETUEL.

Dette publique

Mon article sur la peur du retour de l’inflation avait un peu d’avance sur la presse spécialisée. Aujourd’hui, je vous propose de démonter le mécanisme  du pseudo remboursement de la dette.

La France, à cause de son endettement, est dans une situation fragile.

Il est donc important de rassurer ses prêteurs, français ou étrangers : donc elle honorera ses échéances sans essayer d'y échapper par des biais politiques, ce qui provoquerait à notre encontre un véritable cataclysme. C’est pourquoi notre « grand argentier » assure haut et fort que la « dette » sera remboursée. Les articles qui paraissent ces jours-ci  annoncent la durée qu’il faudra pour le faire : entre 60 ans et 100 ans … ce qui ne semble pas effrayer outre mesure nos gouvernants. Et  pour cause,  le remboursement dont il s’agit est un mensonge. Il repose sur une mécanique relativement simple : effectivement aux échéances prévues  nous remboursons  mais au prix d’un nouvel emprunt, et c’est rendu possible grâce aux  taux d’intérêts très bas qui permettent à la dette globale, qui ne diminue pas et augmente même, de rester « soutenable ».  On dit qu'elle « roule » et cela peut certes durer jusqu'à perpétuité. A condition que les prêteurs soient convaincus que le processus est maîtrisé. Il ne peut l’être que si deux conditions sont remplies.

Il faut que  les taux d’intérêt restent bas. Ce qui paraît être une évidence.

Il faut aussi que les soldes primaires de nos finances  publiques compensent le différentiel entre taux de croissance et taux d’intérêt. Et ça, c’est plus compliqué.

Dans une situation économique normale, le taux de croissance à long terme est inférieur ou égal au taux d'intérêt. Dans ce cas, la dette publique, rapportée au PIB, s'accroît spontanément chaque année de la différence entre le taux d'intérêt et le taux de croissance. Pour qu'elle soit stabilisée en pourcentage du PIB (donc renouvelable), il est nécessaire que l'excédent budgétaire primaire (hors intérêts sur la dette) compense cette différence et soit donc positif. Or, depuis un demi-siècle, nous connaissons la plupart du temps des déficits budgétaires ou soldes primaires déficitaires. Ce qui fait que notre dette ne cesse d'augmenter, sans aucune stabilisation, par un effet boule de neige. Si l'on continue ainsi, le scénario tournera nécessairement à la catastrophe car on ne peut pas vivre éternellement avec une dette de plus en plus déconnectée des capacités productives du pays.

Au début des années 2000, notre dette publique était contrainte par la limite théorique de 60 % du PIB, maximum autorisé par le pacte de stabilité européen. A l'époque, les intérêts à payer chaque année se montaient à environ 3 % du PIB. Aujourd'hui la dette a plus que doublé et, grâce à la politique monétaire menée par la BCE, sa charge annuelle n'est plus que de 1,4 % du PIB  en 2019 avec une prévision à 0,7 % à fin 2022. Pourquoi alors s’inquiéter ? A minima, après la crise sanitaire qui aura détruit une partie des facteurs de production, la différence positive entre des taux de croissance en réduction et les taux d'intérêt risque de diminuer encore.

Taux de croissance et taux d’intérêt.

« L'effet-levier » macroéconomique deviendra alors moins efficace. Mais surtout, on ne peut exclure qu'il s'inverse durablement, l'endettement croissant des acteurs économiques et l’inflation finissant par faire monter les taux. Peu de Français savent que la situation change du tout au tout suivant la relation existante entre taux de croissance et taux d'intérêt et que l'effet-levier, bien connu des investisseurs privés, s'applique mutatis mutandis à l'endettement public. Et on ne peut pas juger aujourd’hui à quelles conditions les prêteurs seront convaincus que la dette future ne continuera pas de grossir excessivement, qu'elle finira par se stabiliser en pourcentage du PIB et qu'elle sera donc indéfiniment renouvelable. Cet espoir est trop loin de la réalité historique pour être crédible. Depuis le début des années 2000, le taux de croissance de l'économie française a presque toujours été inférieur au taux d'intérêt payé sur la dette publique. Ce n'est que sur les années 2016-2019 que la différence inversée a été plus favorable. Mais pas beaucoup plus, car le taux de croissance a diminué parallèlement au taux des charges financières : la différence a été en moyenne de l'ordre de 1,5 % du PIB, trop fragile pour en faire une donnée de longue durée. 

Revenir à des budgets sans déficits.

Le laxisme auquel nos gouvernants se sont habitués en matière de dépenses publiques et de déficit budgétaire peut faire qu'on soit brutalement contraints, comme l'Italie ou la Grèce, de revenir à un excédent budgétaire primaire est une hypothèse plausible. Comment, sur courte période, pourra-t-on réduire de 50 à 60 milliards d'euros nos dépenses publiques ? La  fuite en avant à laquelle on assiste, et favorisée par le climat préélectoral – il faut bien financer quelques largesses comme le chèque offert aux jeunes-, repose bien sur une illusion. Ou plutôt un mirage.

Seul le retour à une orthodoxie financière le plus tôt possible, qui n’empêchera pas la dette dans un premier temps, pourra nous sauver de la catastrophe.

 


LE POINT SUR L’ECONOMIE

Planche à billets

 

LA PEUR DU RETOUR DE L’INFLATION

Intéressant le rapport de l’ancien ministre des Finances, Jean Arthuis. Il nous montre un horizon bien sombre à  l’horizon 2030, un moment où notre dette se situerait entre 130 et 150%  de note PIB. Et ce  rapport explique à demi-mot qu’il est impossible de concevoir un plan de rétablissement de nos finances publiques. Et pourtant nous allons vers les 3 000 milliards de dette, car nous continuons à emprunter 1 milliard d’euros par jour sur les marchés.

Trop de liquidités.

Les banques centrales injectent trop de liquidité et les gouvernements en font trop. Le principal danger vient du risque avéré de surchauffe de l’économie, et particulièrement de  l’économie américaine du fait des plans successifs de Joe Biden qui injectent des dollars par dizaines de milliards. Avec  la crise sanitaire on a un effet  de cumul : l'épargne des ménages, la trésorerie des entreprises, les liquidités des banques centrales, les plans de relance, constituent un cocktail explosif.  Le 4 mai dernier, Janet Yellen, secrétaire au Trésor américain a, pour la première fois, évoqué la possibilité d'une hausse des taux d'intérêt. C’est un tournant. Elle a très précisément déclaré qu'il faudrait peut-être augmenter les taux d'intérêt pour que l'économie US n'entre pas en surchauffe. Elle alimente l’idée que l'inflation va revenir, et qu’inévitablement les taux d'intérêt vont remonter, surtout aux États-Unis. Les prévisionnistes s’accordent sur une inflation américaine qui devrait dépasser les 3,5 ou 4%. D’autant plus que la hausse des matières premières va aussi alimenter la hausse de l'inflation.
L’Europe suivra. En Europe, la reprise sera forte mais moins forte qu'aux États-Unis et les pressions inflationnistes seront moins fortes. Le travail de la BCE  devrait donc s’avérer moins complexe que celui de la FED. Notons tout de même que le taux de référence en France, le taux d'emprunt à 10 ans, n'est plus négatif. Il reste bas à 0 ,12%, mais il n'est plus négatif. Les taux d'emprunt d'État remontent partout en zone euro, 0,81% en Italie, 0,43% en Espagne. L'Allemagne a encore un taux négatif à -0,23% mais rappelons qu'il était tombé à -0,67% il y a 6 mois. Ce sont des signes avant-coureurs.

Rappelons que, en économie, si on accroît massivement les liquidités en circulation, la masse monétaire augmente et si la masse monétaire augmente, inéluctablement, l'inflation dérape. On aurait donc dû  avoir un retour de l’inflation depuis des années compte tenu des baisses des taux et des injections massives de liquidités par les banques centrales. Celle-ci n'est jamais venue. On a déjà expliqué pourquoi : les pressions déflationnistes structurelles étaient fortes : la démographie avec  l’effondrement des taux de fécondité et le vieillissement de la population, du fait de la digitalisation de l'économie, et enfin du fait de la révolution sociétale, et notamment de la prise de conscience écologique qui pèse sur la surconsommation.

Le retour de l’inflation.

L’inflation semble maintenant pointer son nez et ça va  changer la donne, tant sur l'économie que sur les marchés. Le facteur déclenchant aura été la crise sanitaire. Les masses d'argent mobilisées par les gouvernements et les banques centrales ont atteint des niveaux tellement délirants qu'à la sortie de la crise sanitaire, la consommation et l'investissement explosent, comme on le voit en Chine ou aux Etats-Unis. Et la pression est tellement forte que, cette fois, la hausse de l'inflation est inéluctable. Désormais, le débat porte sur son caractère plus ou moins durable. Les banques centrales font le pari  que cette hausse de l'inflation sera conjoncturelle et accompagnera la sortie de crise en raison du retard de consommation et d'investissement accumulé pendant la crise. La FED et la BCE tentent de rassurer sur les craintes d'inflation, et, pour l’instant, n’envisagent pas de  monter les taux pour la contrer. Mais rien n’est moins certain. Il peut y avoir un dérapage de l'inflation, car il y a trop d'argent en circulation dans l'économie, et cela risque de provoquer des turbulences. L’indicateur  à suivre de près c’est l'inflation aux États-Unis. Si elle dérape, il faudra se mettre aux abris.

Cycle de hausses ?

Le risque est d’autant plus difficile à appréhender que les matières premières industrielles, agricoles, l'énergie, sont entrées dans un cycle de hausses, du cuivre au plus haut depuis 2011 au soja au plus haut depuis 8 ans, en passant par le maïs, le minerai de fer ou encore le sucre, tout monte. Les raisons sont les  mêmes : la masse de liquidités déversée par les banques centrales, les plans de soutien et les plans de relance massifs des gouvernements, le rebond de l'économie post-crise sanitaire en Chine et aux États-Unis avec l'effet rattrapage de la consommation et de l'investissement, la « transition écologique » qui provoque des ruées sur certaines matières premières. Enfin, la Chine est le premier consommateur au monde de matières premières et son économie a redémarré sur les chapeaux de roue. Même si elle anticipe un cycle de croissance plus contrôlé, les prévisions de ses besoins sont impressionnantes. Le  redémarrage de l’économie américaine ajoute aux tensions d’approvisionnement. La flambée des matières premières va inévitablement alimenter la hausse de l'inflation. Autant d’éléments qui plaident pour un dérapage de l'inflation dans les mois qui viennent.

Voilà pour le contexte.

Et pendant ce temps, en France… 

Les français ...épargnent, épargnent et épargnent encore. Nous allons de records en records, notamment pour l'assurance vie : 1 812 milliards d'euros d'encours, 1 milliard d'euros de collecte nette en mars, 4 milliards en 3 mois. Mais ce qui se passe en France est grave, et nous risquons d'en payer les conséquences pendant longtemps : grisé par un sentiment de totale liberté et par l'ivresse du chèque en blanc de la Banque centrale européenne, le gouvernement dépense sans compter. Le problème c’est qu’il dépense, il n'investit pas, et  qu’il essaie de faire passer la masse des dépenses publiques préélectorales pour de la « relance ». Pas un jour ne passe sans que nous distribuions une aide qui additionnées se comptent en centaines de millions, voire en milliards d'euros. Des aides de soutien évidemment nécessaires pour les secteurs, les entreprises et les personnes en difficultés. Mais cela va bien au-delà de ce qui est nécessaire. Sous couvert de soutien à l'économie du fait de la crise sanitaire, le gouvernement a fait exploser des dépenses publiques qui n'ont rien à voir avec ce soutien. Nos gouvernants y ont vu une opportunité historique de distribuer de l'argent sans compter, et pour que ça passe mieux vis-à-vis de nos partenaires, nous changeons les étiquettes : nous labellisons de simples dérapages des dépenses publiques avec une étiquette « plan de relance ». On disait qu'en France, il y avait une taxe pour chaque problème. Aujourd'hui il y a une aide pour chaque problème. Rien n’a été fait pour limiter les mauvaises dépenses publiques que nous accumulons sous forme de déficit depuis 1974, celles qui dépassent nos revenus et sont faites totalement à fonds perdu, avec une efficacité de plus en plus réduite, comme on l'a vu avec notre système hospitalier pendant la crise.  Elles ne seront jamais remboursées et vont donc peser sur la croissance à venir. Quand la crise sanitaire sera terminée, nous ferons une fois de plus figure de cancres et de tricheurs. Et que se  passera-t-il  si l’inflation repart et entraîne une remontée  des taux…

Notre dette est  déjà un enjeu de souveraineté  puisque plus de 51% est détenu par des investisseurs étrangers.  De 250 à 300 milliards d’euros d’obligations tricolores s’accumuleraient dans les caisses de la banque centrale chinoise.

Aussi devrions-nous avoir, parallèlement à la fin des aides de sortie de crise une stratégie claire de réduction des dépenses associant une baisse durable des impôts pour sauver la croissance et  l’emploi.

 


CONTRE-VERITES ET AUTRES BALIVERNES DES ECOLOGISTES

éoliennes

 

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les causes du réchauffement climatique, et l’attribuer aux hommes est caricatural. Surtout quand on établit systématiquement un lien avec les catastrophes climatiques : par exemple, les incendies en Australie s’expliquent par l’exclusion des Aborigènes qui maîtrisaient la gestion des forêts. Un peu de connaissance de l’histoire climatique de la Terre ne nuirait pas, car le réchauffement a commencé à la fin de la dernière glaciation, ce qui explique que les ports de l’Antiquité sont tous sous l’eau. Quant au domaine alimentaire, si la bio était si bon que ça, comment expliquer que la DGCCRF ait retiré du marché l’an passé uniquement des produits bio au motif de leur dangerosité pour la santé humaine… La pression écologiste nous conduit tout bêtement à pénaliser inutilement notre industrie, notre agriculture et au bout du compte les ménages. Excluons aussi du débat toutes ces mesures prises par les nouveaux maires écolos, sapin de Noël et autres délires « genrés » qui relèvent des idéologies à la mode chez les « progressistes » mais non aucun fondement scientifique.

L’écologie radicale dans la constitution.

La proposition du Président de la République de réviser la Constitution pour y introduire dans l’article 1er « la garantie de la préservation de l’environnement et de la diversité biologique » ouvre la voie à une politique écologique qui fait de cette « garantie » un absolu qui prévaudra sur tout autre droit, tout autre objectif d’intérêt général, toute autre considération politique. Une disposition dans laquelle s’engouffrera  tous les écologistes radicaux pour empêcher tous les projets qu’ils jugeraient, selon leurs critères, nuisibles à l’environnement. Elle nous fait courir le risque d’une régression à la fois politique, sociétale et démocratique en faisant table rase des acquis du développement durable que la Charte de 2005, à valeur constitutionnelle, promeut. Avec le verbe « garantir » il y a une obligation de résultat qui vient en contradiction avec l’article 6 de la Charte qui dispose que « les politiques publique… concilient la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social ». Le développement durable n’est pas la « décroissance ». L’écologie radicale à l’oeuvre dans le projet de révision constitutionnelle est une fuite en avant qui nous ferait sortir de l’écologie humaniste dont les principes inspirent la Charte de 2005.

Le  mensonge énergétique.

Les écologistes diabolisent le nucléaire au profit d’énergies qui seraient plus vertes. Déjà, ils oublient de dire que pour financer les éoliennes et le photovoltaïque, les Français et les entrepreneurs paient plus cher l’électricité avec 20% de taxes dédiées. On peut ajouter que l’électricité produite en France à partir du nucléaire et de l’hydraulique est déjà décarbonée. Le nucléaire a fait la preuve de sa maîtrise et exige peu d’espace, sa production est fiable. Quant au traitement des déchets, les plus radioactifs peuvent être recyclés sur les surgénérateurs. Le plutonium produit relève d’un autre débat quant à son utilisation.

L’énergie du vent est diffuse et aléatoire et les éoliennes ont un niveau de production faible, capricieux, auquel il faut être capable de substituer une autre production immédiatement disponible, donc gaz ou charbon. La fermeture de Fessenheim, pour faire plaisir aux écologistes, alors que la centrale offrait toutes les garanties de fiabilité, a failli provoquer, le 8 janvier dernier, un « black-out » en raison d’un pic de consommation électrique. Heureusement, les entreprises, en raison du télétravail tournaient au ralenti… Là est tout le problème : la variabilité de l’éolien et du solaire dont la production ne survient pas forcément quand les consommateurs ont besoin d’électricité. Cela suppose d’investir lourdement pour construire entre 40 et 60 gigawatts de capacité supérieures de production pour conserver des marges et faire face aux pics de consommation. De plus, particuliers et entreprises devront, en outre, adapter leur consommation en fonction de l’électricité disponible. Une autre difficulté reste encore à résoudre : le maintien stable du réseau à 50 hertz, que les grosses centrales nucléaires sont seules capables de maintenir.

Dernier obstacle : passer à un mix énergétique à plus de 50% « d’énergies renouvelables » suppose de densifier les parcs éoliens et solaires, avec le maillage équivalent du réseau des lignes électriques. Et on s’aperçoit alors de la forte résistance locale aux adaptions nécessaires. Les parcs éoliens sont vécus de plus en plus souvent comme des envahisseurs qui défigurent les paysages et ces moulins de plus en plus hauts, lourds, bruyants font l’objet d’un rejet des populations pour des raisons de préservation de leur environnement mais aussi parce que nombre de citoyens ne tombent pas dans la fiction écolo, peu persuadés qu’ils sont que l’énergie qu’ils produisent est propre, et même qu’ils en produisent.

En 2050, la France pourrait se passer du nucléaire, nous dit un rapport de RTE et de l’AIE, mais les auteurs n’ont ni évalué le coût des investissements nécessaires pour y parvenir ni leur impact sur les prix de l’électricité. Il y a une autre voie plus sûre pour remplacer les centrales nucléaires existantes, celle des EPR. Ce serait le bon sens. Mais les écolos en manquent cruellement.

A suivre : L’escroquerie de la voiture électrique, les contre-vérités sur l’eau et la biodiversité, l’hypocrisie sur les OGM, derrière l’écologie, la décroissance.

 


QUAND LA DETTE REVIENT DANS LE DEBAT – LE DOSSIER

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Avec le reconfinement qui ne dit pas son nom, le « quoi qu’il en coûte » en prend une louche de plus, et évidemment creuse un peu plus la dette déjà exponentielle.  De quoi relancer le débat sur son remboursement ou non, ce qui oblige les uns et les autres à rappeler leur position sur le sujet et  oblige notre « grand » argentier à donner son point de vue. Mais d’abord  redonnons les chiffres pour qu’on sache bien de quoi on parle.

Où en est la dette ?

Notre dette dépasse désormais les 120% du PIB. La France entre dans le tableau plutôt  infamant des pays les plus surendettés au monde. Arrêtons-nous seulement à l’Europe où nous tenons compagnie à la Grèce et à l’Italie, et bientôt rejoints par l’Espagne et la  Belgique à cause de la dette Covid. La BCE détient 600 milliards d’euros de dette française et nous aurons besoin d’emprunter 290 milliards d’emprunts brut rien que pour l’Etat en 2021. A quoi il faut ajouter 178 milliards de dettes anciennes qui devront  être refinancées en 2023. Sur les 2 800 milliards, la part du Covid s’élève pour l’instant à 215 milliards.

Cette dette est due rappelons-le, en dehors du « quoi qu’il en coûte », à une explosion des dépenses publiques et évidemment la baisse de l’activité l’aggrave. Elle est fortement internationalisée, détenue à 54% par des non résidents ce qui est à la fois une force en démontrant l’attractivité de la France, et une faiblesse en cas de repli dû à toute cause géopolitique. Ce qui devrait imposer  à tous la plus grande prudence quant aux solutions à envisager pour ce que nous souhaitons faire.

Cet argent n'est pas tout à fait magique. S'il était magique, on ne le verrait nulle part. Or, on peut facilement trouver sa trace. Si vous allez, par exemple, sur le service d'information Bloomberg, vous allez voir la progression du bilan de la Banque Centrale Européenne : le bilan de la BCE a dépassé les 7 200 milliards d'€ jusqu'à représenter 71,8 % du PIB de la zone euro (c'est 30 % seulement pour la FED). On peut se dire qu'on s'en fiche, que tout ça n'est qu'un jeu d'écritures comptables. On peut aussi se dire que la BCE est assise sur un baril de poudre, et qu'il finira un jour par exploser, si nous sommes inconséquents.

Le débat du remboursement.

Ce sujet va revenir régulièrement en boucle pendant les 10 ans qui viennent. Et chacun va y aller de sa solution miracle. Ce sera comme pour le covid : encore un sujet sur lequel tout le monde, et en particulier bien des politiques, va avoir un avis éclairé à défaut d’être définitif. Il y a trois types de réponses : ceux qui annoncent qu’on ne la remboursera pas, ceux qui pensent qu’on la remboursera en augmentant les impôts  et ceux qui imaginent qu’on n’en remboursera qu’une partie ou qu’on l’étalera très longtemps dans le temps.

Ceux qui ne veulent pas rembourser : C’est surtout  la  France Insoumise et Mélenchon qui tiennent ce discours qui relève plus de la posture idéologique que de la réalité. Rembourser la dette serait « engraisser » les banques.  Ce credo est repris par une centaine d’économistes européens emmenés  par Thomas Piketti qui rêve d’une action punitive contre les « riches ». Une escroquerie intellectuelle quand on sait quelles conséquences l’application d’une telle décision entrainerait : déjà pour les 600 milliards détenus par la BCE, c’est interdit par les traités européens, inutile d’entrer dans le détail  d’une opération qui serait de toute façon inutile ; ensuite, toute annulation aboutirait a supprimer l’autonomie de la Banque centrale et donc pour financer la dette annulée vis-à-vis des banques commerciales, l’Etat devrait tout simplement augmenter les impôts des Français dans un pays déjà saturé ; enfin, vouloir annuler la dette c’est oublier les taux d’intérêts et croire que les prêteurs sont des idiots : ceux qui nous prêtent à moyen et long terme aujourd’hui avec des taux très bas voire négatifs intégreraient immédiatement une prime de risque avec à la clé une augmentation des taux obligataires, encore heureux s’ils ne nous snobent pas. Enfin, un défaut sur la dette, c’est une spoliation de l’épargne des Français qui détiennent directement ou indirectement via leurs assurances-vie, près de la moitié de la dette nette négociable de l’Etat. Comment paiera-t-on alors les pensions, les salaires publics et des hôpitaux… Retenons comme paramètre que 2% d’intérêts sur une dette de 2 800 milliards d’euros, cela fait 56 milliards d’intérêts à payer, soit le budget de l’Education.

Rembourser en augmentant les impôts : « pourquoi pas », s’est interrogé François Bayrou, en imaginant, une fois de plus, une contribution « des plus riches »…  et de fait, la moitié des Français anticipe une hausse d’impôts. Mais quels impôts permettraient de rembourser ? Le même Thomas Piketti souhaite qu’on revienne sur deux mesures phares du quinquennat : l’ISF et l’allégement de la taxation des revenus du capital. Mais ce qu’ils rapportent sera loin d’être suffisant. On comprend que les Français préfèrent épargner.

Cantonner une partie ou étaler dans le temps : ce sont deux possibilités raisonnables, sans pour autant être équivalentes. Bruno Le Maire a récemment pris position pour le cantonnement de la dette Covid. Rappelons que notre dette dépassait déjà les 100% du PIB fin 2019. La crise sanitaire a été une aubaine pour la France, puisqu'on a arrêté de parler de la limite des 3% du PIB pour le déficit public et de 100% du PIB pour la dette. Au contraire, il fallait dépenser, creuser son déficit et s'endetter pour soutenir l'économie. On n'arrivait déjà pas à rembourser la dette avant le Covid, comment voulez-vous la rembourser après le Covid ? On va donc avoir droit à des manoeuvres « magiques » pour tenter de la faire disparaître. Bruno Le Maire a compris que pour qu'un objet disparaisse, il faut le retirer de la vue : notre Garcimore national propose donc de l' « isoler ». On la cantonne, on la met dans un coin. Vous voyez la dette Covid ? Hop ! Vous ne la voyez plus... !! Ainsi, on la fait disparaître virtuellement, en la rendant « perpétuelle », une sorte de dette à vie donc. On la fait rouler sur du très long terme. La BCE peut le faire, mais cela ne concerne que les 25% de la dette qu’elle détient. Isoler la dette Covid et la rembourser non pas avec une taxe comme la CRDS mais plutôt une partie des recettes issues du retour de la croissance, ce qui est très flou. Pour le reste notre financier propose une feuille de route pour le rétablissement des comptes publics avec une vision pluriannuelle. On aura l’occasion d’y revenir.  Les Républicains,  par les voix de François Baroin, Agnes Evren et Aurélien Pradié, seraient d’accord pour neutraliser la dette Covid au sein de la BCE, mais ils vont au-delà. Ils pensent que pour garder la confiance des Français et des investisseurs, et en même temps garder des marges de manoeuvre  pour relancer l’économie au sortir de la crise, il faut assurer publiquement et fortement que la dette sera remboursée et qu’en parallèle,  le cadre fiscal sera stabilisé et attractif.  Le seul moyen de concilier ces impératifs, c’est d’allonger la durée de la dette française (8 ans aujourd’hui contre 15 ans pour le Royaume-Uni) et développer les emprunts de 50 ans. Il s’agit par ce moyen de soulager la génération qui entre aujourd’hui sur le marché du travail du fardeau de la solidarité entre les âges.

Les outils du remboursement.

La crise sanitaire va finir par s'arrêter avec la vaccination massive. Alors, il va falloir arrêter de dépenser massivement et de faire des cadeaux, et il va falloir faire les comptes. C’est là qu’ on va s'apercevoir que tous les pays ont laissé leurs dettes déraper pour combattre la crise économique, que certains pays ont beaucoup plus dépensé que d'autres et que certains pays, dont la France, auront des difficultés à rembourser le surplus de dette, dite « dette Covid ». Dans ce contexte, si l’on veut préserver les chances d’une reprise forte de l’économie, il faut absolument renoncer à toute augmentation des impôts. Ensuite, il faut combiner trois paramètres qui permettront de commencer à rembourser en étalant : dégager de la croissance, maîtriser rigoureusement les dépenses et compter sur une reprise de l’inflation… en gardant un œil sur les taux d’intérêt. Car les taux, c’est l’étau financier.

Bon courage à ceux qui prendront le manche en 2022.

 


LA FÊTE CONTINUE !

Economie  bourse

 

Le CAC à plus de 6 000 pts ! 

Le CAC atteint ce seuil symbolique. Et les indices boursiers affichent de nouveaux records historiques. C'est le cas du Dax, l'indice allemand, hier. Quel chemin parcouru en moins d'un an ! Ce qui alimente la hausse des marchés c'est cet argent qui coule à flots continus : l'argent des banques centrales,  ou si l’on préfère, l'argent des gouvernements financé par la dette, elle-même financée par les banques centrales. Depuis un an, les gouvernements et les banques centrales ont réagi vite et fort,  et il y a trop d’argent dans le circuit. Il inonde les marchés, accentuant la financiarisation de l’économie et le  découplage avec l’économie réelle. Si bien que les connaisseurs le savent, il y a deux indices CAC : l'indice CAC que nous connaissons et dont le niveau est commenté tous les jours, et l'indice « CAC GR » ou CAC « Gross Return ». Ce dernier tient compte des dividendes réinvestis en actions. Et ce CAC GR a atteint un record historique. Deux chiffres pour mesurer le chemin parcouru : le CAC a chuté le 16 mars 2020 à 3 612, il cote aujourd'hui 6 000 ; le CAC « GR » cotait 10 200 le 18 mars 2020, il vaut 16 682 !  Tout est  dit !

« Whatever it takes ».

Cette expression lancée par Mario Draghi en 2012 est encore d'actualité. Le rapport de la dernière réunion de la Banque Centrale Européenne est clair : l'argent va continuer à couler à flots en Europe. Notre plan de relance européen de 750 milliards d'€, qui n'a d'ailleurs toujours pas été déployé, fait pâle figure face aux plans de relance américains, mais notre Banque Centrale va compenser tout cela. En Europe, le rebond de l'économie sera moins puissant qu’aux Etats-Unis, et en plus  il est différé chaque jour un peu plus  à cause des cafouillages de la campagne de vaccination. Le plein emploi n'est pas du tout d'actualité, et l'inflation n’est pas un sujet  face  aux facteurs déflationnistes toujours puissants. La BCE a bien compris tout cela, et elle va devoir continuer à soutenir la croissance. Elle va donc injecter encore plus d'argent dans le circuit, « At a significantly higher place », a annoncé Christine Lagarde. La fête de l'argent va  continuer en Europe et les indices européens se réjouissent : plus les nouvelles sont mauvaises pour l'économie, plus la banque centrale injectera de l'argent, et plus la banque centrale injectera de l'argent, plus la bourse montera. Un paradoxe ? Pas vraiment. Il n’y a que la bourse qui peut rapporter en spéculant. Les taux bas disqualifient les autres placements et les investisseurs savent que leur remontée sera très limitée.

1 900 milliards de $ !

Le plan Biden a été adopté par le Sénat : 1 900 milliards de $ qui viennent s'ajouter aux 900 milliards de $ du plan de soutien de décembre. Aux États-Unis, chaque Américain gagnant moins de 80 000 $ par an, va recevoir un chèque de 1 400 $ qui viennent s'ajouter aux chèques de 1 200 $ puis de 600 $ envoyés par l'administration Trump. Il faut y ajouter des aides pour les chômeurs supplémentaires,
plus des fonds pour les vaccinations pour le personnel soignant et pour la couverture santé des plus défavorisés, plus des aides pour les écoles et les lycées. Voilà un pays qui s'apprête à distribuer 422 milliards de $ directement aux ménages.  De l’argent « hélicoptère » qui tombe du ciel. L'État n'intervient plus seulement pour soutenir les plus défavorisés, il intervient pour compenser la baisse de la croissance et ses conséquences. Pour Janet Yellen, la secrétaire au Trésor Américain et ancienne patronne de la banque centrale américaine, la lettre de la reprise est le « K ». Une confirmation officielle d'une tendance profonde. Cela veut dire que la reprise va favoriser les entreprises qui ont su surfer sur les tendances qui ont été très largement accélérées par la crise sanitaire, autrement dit une très large partie de l'économie va rebondir. Par contre, une partie de l'économie ne se relèvera pas une fois les aides gouvernementales supprimées. D’où le « K ». Cela provoque des « rotations » en bourse, ainsi, la  semaine dernière, les investisseurs se sont rués sur les valeurs technologiques qui avaient pourtant perdu plus de 20% et étaient entrées dans un territoire de baisse : hausse de 3,69 % pour le Nasdaq alors que le Dow Jones ne progressait que de 0,10 %. Malgré le package massif de relance américain, malgré les perspectives de hausse de l'inflation, malgré les perspectives de hausse de taux d'intérêt, les investisseurs restent optimistes, voire euphoriques. Cependant, la FED, va vite devoir réduire sa distribution d'argent gratuit car les États-Unis vont connaître une croissance spectaculaire avec un risque avéré de surchauffe, revenir au plein emploi et même se payer un retour à l'inflation. Surtout que certains jugent l’efficacité des aides financières directes aux ménages douteuse, puisque 30 % seulement du montant des premiers chèques de 1 200 dollars versés par l’Administration Trump ont été dépensés en biens de consommation, le reste étant épargné, affecté au désendettement, voire consacré à la spéculation, comme l’a montré l’affaire GameStop. Dès lors, le plan de relance pourrait conforter les inégalités et les bulles, comme on le constate dans l’immobilier - en hausse de 10 % - ou sur les marchés financiers, qui alignent les records.

Une locomotive puissante pour les Etats-Unis et le monde.

Néanmoins, ce dispositif qui intervient dans un contexte d’accélération de la campagne de vaccination a poussé les économistes à revoir leur copie : selon un sondage réalisé par le Wall Street Journal, ils tablent désormais sur une croissance de 5,95% en 2021 en glissement annuel. S’ils ont raison, les Etats-Unis connaîtront cette année leur plus forte croissance depuis 1983. Le plan Biden porte, en effet, à 14 % du PIB le soutien budgétaire de l’activité aux États-Unis en 2021, soit un niveau sans précédent en période de paix. L’objectif est double. Sur le plan économique, la relance vise à restaurer le plein-emploi Sur le plan politique, l’ambition est de rendre espoir aux Américains, de stabiliser la classe moyenne en apportant une réponse concrète aux difficultés des ménages, dont 40 % connaissent des fins de mois difficiles. Le plan Biden est donc une locomotive puissante. L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), juge qu’il devrait entraîner un bond supplémentaire de 3 à 4 points. D’autres observateurs, plus optimistes, parient même sur une croissance de 8 % à 10 % de l’économie des États-Unis. Ce plan aura «des retombées positives pour la croissance mondiale» prévoit le Fonds monétaire international (FMI). Il ajoutera plus d’un point de croissance au PIB mondial, lequel devrait augmenter de 5,6% en 2021, calcule l’OCDE. Les partenaires traditionnels des États-Unis profiteront de cette manne. Ses voisins proches, liés par l’accord Canada- États-Unis-Mexique, en seront les premiers bénéficiaires avec un gain de croissance de leur PIB de respectivement 1,2 et 0,8 point, pronostique encore l’OCDE. L’impact devrait être moins élevé, à seulement 0,5 point, dans la zone euro, où le poids des échanges avec les États-Unis est moins important. Mais attention, la réouverture des économies pourrait entraîner un boom et amorcer une spirale inflationniste, ce qui obligerait les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt au prix d’un krach obligataire et de défauts en chaîne des États et des entreprises surendettés. La relance, par sa démesure, accoucherait alors d’une violente récession. D’une manière plus certaine, ce gigantesque plan américain, qui sera bientôt suivi d’un autre grand programme d’investissement dans les infrastructures, risque de creuser l’écart entre la première puissance mondiale et l’Union européenne. Bruxelles, dont le plan de 750 milliards d’euros n’est pas encore en action et comporte une part trop faible d’investissements pour l’avenir, a plutôt le pied sur le frein, de quoi accroître un peu plus le retard de l’Union européenne dans la course mondiale.

Allez, le bout du tunnel se rapproche quand même. On y croit, même si en France, comme d’habitude, la reprise sera plus lente qu’ailleurs. C’est que la crise n’a pas fait disparaître nos boulets, hélas.

 


DE QUOI LE BITCOIN EST-IL LE SYMPTOME ?

Bitcoin

 

Coke monétaire.

Le prix du bitcoin vient de subir une correction sans que cela remette en cause sa folle course vers les sommets. Une trajectoire stupéfiante, qui tient en partie au potentiel supposé de la reine des cryptomonnaies, mais surtout à la frénésie actuelle des marchés financiers. Le bitcoin à 58 335 $ au plus haut  a chuté à 45 000 $ avant de rebondir à 50 000 $. En 3 jours. Même chose pour Tesla : 900 $ au plus haut, chute à 619 $, Rebond à 698. Le patron de la Banque centrale américaine, dealer en chef de la coke monétaire, a voulu rassurer tous les accros aux liquidités des banques centrales qui craignaient qu'on réduise leurs doses : Jay Powell a confirmé qu'il maintiendrait son « soutien à l'économie » car le retour à la normale n'était pas proche. On va pouvoir racheter du bitcoin et Tesla... Vive la coke monétaire.

Le bitcoin à 50 000 $ pièce.

Depuis le début de l'année, la valeur de la reine des cryptomonnaies n'est pas loin d'avoir doublé, et sur un an, elle a été multipliée par cinq. Résultat, les « tokens » s'échangent désormais à prix d'or, au sens propre, puisque chacun des quelque dix-huit millions de bitcoins en circulation vaut ces jours-ci pas loin de l'équivalent d'un kilogramme de  métal jaune ! Un engouement incompréhensible quand on sait qu’il s’agit d’un actif virtuel qui n'offre aucun rendement et n'a de devise que le nom  , dans la mesure où il ne permet pas d'acheter grand-chose. Il  faut  pourtant expliquer  l’inexplicable. En finances, il y a toujours une ou plusieurs raisons, rien ne se fait au hasard. 

Le bitcoin est d’abord un thermomètre de la spéculation.

Depuis des mois maintenant, Wall Street vole de record en record, alimentée par les liquidités fournies par la banque centrale. Cela crée un environnement dans lequel la valeur économique n'est plus forcément le critère principal pour déterminer la valeur d'un actif . Cette financiarisation alimente la spéculation,  mais les phénomènes « Robins des bois » de  petits porteurs  qui se rassemblent sur des  plates-formes internet comme « Reddit », viennent troubler le jeu en infligeant de lourdes pertes à des fonds experts. C’est ce qui s’est passé avec « Gamestop » fournisseur de jeux vidéo, propriétaire de  « Micromania » que ces derniers jouaient à la baisse : ces petits porteurs ont décidé d’acheter massivement et de façon concertée les actions de cette entreprise ciblée, et comme ils sont des millions, même avec des petites sommes, ils ont fait monter le cours de cette entreprise de 1 000 % en un rien de temps. Leur motivation était d’abord le jeu. L’argent, car la montée des cours leur a bien sûr profité, mais, à voir les messages postés sur les groupes d’échanges, un vague objectif politique aussi, comme faire payer la finance et la punir des désordres de la crise d’il y a douze ans. La persistance de ces raids boursiers a été suffisante pour inquiéter des investisseurs à la recherche d’opportunités  plus fortes. Le bitcoin a été providentiel. 

Une double révolution à venir.

La monnaie cryptée annonce pourtant d’autres évolutions. Pour beaucoup d'observateurs, les politiques monétaires ultra-accommodantes menées par les banques centrales conduiront fatalement à un regain d'inflation et à une fuite devant la monnaie. Par ailleurs, conjuguée à la digitalisation des usages, la technologie qui sous-tend le bitcoin, la » blockchain », devrait tôt ou tard révolutionner le monde des paiements et plus largement le secteur financier. Cette envolée reposerait donc sur de solides fondamentaux. Elle refléterait le rôle économique clé que le bitcoin est appelé à jouer, comme disrupteur, d'abord, comme valeur refuge, ensuite. L’inflation et la dévaluation monétaire sont les deux fléaux contre lesquels la devise électronique née il y a douze ans à peine offrirait une protection efficace. D'où son nouveau statut d'or digital, dont il ne faut pas s'étonner. C'est ce qui explique que les unes après les autres les grandes maisons de Wall Street en proposent désormais à leurs investisseurs à la recherche d'actifs à fort rendement , augmentant ainsi le nombre des acheteurs et donc la fièvre spéculative. En clair, le bitcoin est en train de devenir le subprime des années 2020. Cependant son marché limité aujourd'hui à 1.000 milliards de dollars est loin d'avoir le potentiel systémique de celui des crédits subprimes en 2007, mais la dynamique, elle, est quand même très préoccupante.

Dans l'euphorie actuelle, il offre donc des perspectives de gains élevés et rapides. Ou de pertes importantes en cas de retournement, comme on vient de le voir… Car son gros inconvénient, c’est qu’il n’y a pas d’amortisseur et ses mouvements sont largement imprévisibles.  On estime que la volatilité du bitcoin est dix fois supérieure à celle du marché des actions. Avis aux amateurs de sensations fortes ! C’est bien pourquoi Janet Yellen, la secrétaire du Trésor, ex-patronne de la Fed, n'en est pas fan : « Je ne pense pas que le bitcoin soit largement utilisé comme mécanisme de transaction dans la mesure où il est utilisé, je le crains, souvent pour le financement illicite »…« Le bitcoin est un moyen extrêmement inefficace de mener des transactions et la quantité d'énergie consommée pour traiter ces transactions est stupéfiante ». Cela n’a pas empêché la cryptomonnaie de gagner 300% sur 6 mois. Bulle ???

Le bitcoin est un indicateur de plus de la folie du monde dans lequel nous vivons.

 


EMPLOI, FINANCES, Où EST LA REALITE ?

Dette publique

En ces temps de  crise, il est bien difficile aux Français de se faire une idée de l’état réel dans lequel se trouve notre pays. On sait que l’activité économique s’est effondrée de 9% sur l’ensemble de l’année 2020 et qu’elle reste à l’étiage. Des moyens financiers hors-normes sont mobilisés pour lutter contre les conséquences économiques de la crise sanitaire, mais qui peut affirmer avec certitude qu’on dit toute la vérité à nos compatriotes ? Les statistiques habituelles sont faussées par l’enchevêtrement des aides de l’Etat et ce qu’elles mesurent ne veut plus dire grand-chose.

La situation de l’emploi.

Ainsi, il est bien difficile de dire quelle est la réalité du chômage et son ampleur. Le recul du PIB nous permet d’imaginer la violence du choc sur l’emploi.  Les données de base sont connues : notre population active compte 29,2 millions de personnes, dont environ 6 millions dans la fonction publique. Bercy, puis l’Insee  ont évalué les destructions nettes d’emplois autour de 700 à 800 000 pour l’année 2020,  mais paradoxalement, la courbe du chômage n’a guère bougé.  En tout cas, pas  pour le moment. La pléthore des statistiques n’empêche pas que nous soyons dans le brouillard,  tant la frontière entre le travail et l’absence d’activité est devenue floue. La difficulté provient de « l’activité partielle » largement soutenue par les dispositifs d’aide qui permettent de maintenir les salariés au sein de l’entreprise. 

A la Dares, au Ministère du Travail, on recensait 2,6 millions de salariés concernés, en novembre  2020.  Cette nationalisation déguisée des salaires empêche de mesurer les dégâts réels en terme de  réductions d’emplois par une « rétention de main d’œuvre » comme l’indique l’Insee avec cette jolie expression. La facture en est salée pour les finances publiques : 30 milliards d’euros en 2020 (1,5% du PIB). Les enquêtes  de notre institut national établissaient au 3ème trimestre 2020 un taux de chômage de 9% à quoi il fallait ajouter un « halo » de 1,7 millions de gens au statut pas  vraiment défini, entre chômeur et employé.  Le calcul selon les  normes du BIT avait même mesuré un recul du chômage, c’est dire : les gens confinés étaient dans l’impossibilité matérielle de chercher un emploi. Dans le « halo », il n’est pas certain qu’on trouve  les intermittents, les CDD, les intérimaires, les saisonniers, les autoentrepreneurs qui sortent pour la plupart des radars. Une certitude : l’addition des 6 millions de demandeurs d’emplois inscrits à Pôle Emploi et des 2,6 millions d’actifs en « chômage partiel » équivaut  à la moitié des salariés du secteur privé,  en approchant des 9 millions. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’il en sera au moment de la reprise d’activité. C’est là qu’on mesurera vraiment les dégâts, quand les entreprises zombies maintenues artificiellement en vie déposeront le bilan.

La face cachée de la dette.

Mille milliards… aurait crié le capitaine Haddock. Le « quoi qu’il en coûte » présidentiel y ressemble :  les milliards semblent tomber du ciel, sans fin, créant l’illusion d’une richesse inépuisable.  Sauf que celle-ci n’existe pas. La réalité c’est qu’en 2020, la France a emprunté des sommes gigantesques : 1 milliard par jour, ou 700 000 euros par minute. L’argent coule à flots,  comme par magie, mais il n’est pas gratuit. La  vérité, c’est que la dette française détenue par le système financier, les épargnants et la BCE, explose et constitue une véritable bombe  à retardement. Nos finances publiques sont entrées dans une zone rouge, dans un contexte compliqué, avec une société à cran, les fermetures administratives  et le chômage qui remonte, car évidemment, on commence à voir s’aligner les chiffres  des suppressions d’emplois dans les secteurs impactés par la crise.  Il faut bien savoir qu’en vingt ans, le poids de la dette dans la richesse nationale a doublé. Elle représentait 60% du PIB dans les années 2 000, elle atteint aujourd’hui les 120%. Mais en réalité,  en valeur, son poids a triplé, passant de 1 050 milliards d’euros à  environ 2 800 milliards aujourd’hui et, très vraisemblablement 3 000 milliards en 2022. Il faut y ajouter la dette invisible,  celle qui n’est pas prise en compte dans les mesures selon Maastricht.  Il faut ajouter 4 000 milliards de dettes hors bilan supplémentaires, qui correspondent aux engagements de l’Etat.

L’argent coule à flots, mais au moins on voudrait penser qu’il est bien utilisé. Tout le problème c’est qu’il est largement gaspillé dans les tuyauteries ministérielles. Pendant le confinement, environ 40% des effectifs de  la fonction publique d’Etat étaient payés  100%  tout en restant chez eux sans travailler. Nos administrations ont montré leur manque d’agilité. Ce qui est frappant c’est le contraste entre les sommes dépensées et les résultats calamiteux. Pour prendre un exemple concret, le statut des agents publics hospitaliers ajouté à la suradministration de l’hôpital ont eu pour conséquence l’arrêt beaucoup plus important de notre économie par rapport à  nos voisins allemands… nous avons un nombre d’agents au ministère de la Santé supérieur (plus de 11 000) à tous les pays comparables et  nous n’arrivons pas à gérer la logistique en interne.  L’argent va à des emplois administratifs au lieu de s’investir dans l’amélioration des services sous-dimensionnés. Bref, notre suradministration nous coûte 84 milliards d’euros par an selon l’IFRAP. Encore faudrait-il évoquer le cloisonnement qui fait que les préfets, les maires, les ministres, les présidents de région, les départements, les  ARS ne se parlent pas vraiment, ajoutant à la lourdeur, les cafouillages bien connus ( les masques, les tests, et aujourd’hui la vaccination).

La question du remboursement.

La dette détenue par la Banque Centrale européenne ne pourra pas être effacée d’un trait de plume. Et il est dangereux et irresponsable de laisser penser que ce pourrait être le cas. Car  la  valeur de la signature de la France repose sur la confiance et celle-ci est volatile. Nous dépendons financièrement presque totalement de la BCE, de ses engagements et des votes du Conseil des gouverneurs. Si la banque européenne est intervenue massivement, c’est pour éviter une crise des dettes souveraines : en mars 2020, les taux d’emprunts divergeaient rapidement entre l’Allemagne et l’Italie… et la  France. Il fallait voler au secours des états les plus fragiles. Le soutien de la BCE ne sera pas éternel et inévitablement les vannes vont se refermer progressivement. Il nous faudra donc revenir aux règles de bonne gestion quand les pays européens les plus vertueux vont dire stop aux politiques de taux négatifs et de rachat de dettes publiques. La question est de savoir combien de temps ils vont laisser à la France devenue désormais un des maillons faibles de l’Union. Le temps nous est compté.  L’argent magique et gratuit n’existe pas.  On finit toujours par payer la note.

Conforter la confiance dans la signature de la France est fondamental alors que l’Etat va encore emprunter plus de 260 milliards d’euros en 2021, et les besoins seront du même ordre les années suivantes. Il faut donc faire la démonstration de la volonté de la France de réduire son endettement, si l’on veut que les non-résidents qui détiennent la moitié de notre dette ne se détournent de notre pays. Il faudra mettre en œuvre rapidement un plan pour ramener la dette à 100% du PIB. Un sujet pour les candidats à la présidentielle !

 


Une agricultrice écrit à Yann Arthus Bertrand !

Claire Juillet

 

De temps en temps,  il faut remettre les idées en place face à la propagande écolo des décroissants qui nous vaudra paupérisation généralisée  et déclin. Ce cri de colère d’une agricultrice est salutaire.  Je m’en fais volontiers le messager.  
Claire juillet est agricultrice en Saône et Loire à l’Earl du Paquier (élevage bovins allaitants, porcs plein air, maraîchage, agriculture biologique). Elle adresse ici un message « nécessaire » au photographe dont le discours à charge contre une certaine agriculture est devenu inacceptable.

«  Monsieur Arthus Bertrand,
La presse unanime annonce avec enthousiasme la diffusion imminente de votre dernier (?) film “Legacy” qui sera projeté sur M6 dans quelques jours. Avant tout, je tiens à préciser que je conserve précieusement dans ma bibliothèque votre magnifique livre “Bestiaux”, acquis dès sa parution et que je feuillette régulièrement avec le plus grand plaisir, tant les portraits qu’il contient montrent toute l’humanité des éleveurs et le lien particulier qui les unit à “leurs bêtes”.

Au vu de la bande annonce de votre film, bien que je comprenne qu’il s’agit d’une mise en bouche destinée à appâter le spectateur, j’ai d’abord été prise de colère, puis d’indignation. Depuis quand vous sentez-vous pousser des ailes de procureur ? Qui vous permet, apôtre de la décroissance sur le tard, familier des milliardaires, utilisateur compulsif des moyens de locomotion les plus polluants, de donner des leçons au reste de l’humanité ? Certes, personne n’est irréprochable, mais votre commentaire en voix off dans ce petit teaser est un ramassis d’approximations qui viendra, une fois de plus, alimenter l’infime minorité agissante de ceux qui veulent la peau des agriculteurs en général et celle des éleveurs en particulier. Où avez-vous filmé les images terrifiantes de ces concentrations de bovins ? Pas en France, bien sûr, mais le film ne le dit pas. Vous laissez croire que tous les bovins seraient soumis à un régime d’injections chimiques de toutes sortes. Ignorez-vous que c’est interdit chez nous ? Vous semblez trouver scandaleux que la consommation mondiale de viande ait été multipliée par 3 en 40 ans. Avez-vous bien réalisé que, dans le même temps, la population mondiale a doublé et qu’elle se répartit comme suit : 59,5 % en Asie et 17,2 % en Afrique, loin devant l’Europe qui représente moins de 10 % ?

Laissez-moi vous apprendre que dans cette même période la consommation de viande en Chine a été multipliée par 12, celle du Brésil par 2 et que, depuis 2004, l’Inde est devenu le premier producteur mondial de lait. Je vous suggère sur ce point la lecture du rapport de 2006 de la FAO sur l’élevage, dans lequel vous pourrez découvrir que le centre de gravité des activités liées à l’élevage se déplace inéluctablement du Nord vers le Sud depuis 1995. Que vous en soyez désolé n’y change rien : il se trouve que les populations des pays émergents ont aussi envie d’avoir accès à une nourriture autrefois réservée aux “riches” et qu’ils en acquièrent peu à peu les moyens. Au nom de quel principe vous sentez-vous autorisé à leur faire la morale ? Auriez-vous le toupet de proposer que, pour lutter contre le réchauffement climatique, il conviendrait que le Botswana mette fin à une politique agricole qui tend à l’autosuffisance alimentaire de sa population ?

Que n’utilisez-vous votre entregent considérable pour aller faire, pourquoi pas, la leçon à Xi Jinping ou à Bolsonaro ? Il est vrai que c’est un poil plus risqué que de culpabiliser la ménagère de moins de cinquante ans, de cajoler la vegane trentenaire ou de désigner comme tant d’autres avant vous, les agriculteurs comme boucs émissaires.

Venons-en au passage le plus ridicule de votre texte. Vous prétendez qu’un hectare cultivé peut nourrir deux carnivores ! De quels carnivores parlez-vous ? Je crois comprendre que vous faites allusion à l’être humain dans une pirouette sémantique destinée à flatter vos amis animalistes. Car vous ne pouvez pas ignorer que, d’une part, Homo Sapiens est omnivore (sinon il ne pourrait pas choisir de devenir végétarien) et, d’autre part, qu’on ne verra pas de si tôt vos chers lions brouter la savane. Au passage, vos deux carnivores ont un solide appétit car un hectare, c’est à peu près ce qu’il faut sous nos climats pour élever un bovin. Dans mon entourage, je ne connais personne d’assez affamé pour avaler la moitié d’un bœuf (soit 200 kg) par an.

Vous semblez par ailleurs réellement croire que le même hectare pourrait nourrir 50 végétariens. Ah bon ? C’est dommage, mais votre optimisme vous égare ou alors vous n’avez pas beaucoup pratiqué l’agriculture. 50 végétariens, c’est peut-être possible dans le cadre d’une agriculture ultra intensive chère aux industriels de la chimie, mais sûrement pas en agriculture biologique que vous prétendez défendre et en respectant les cycles nécessaires à la rotation des cultures. Une hypothèse plus raisonnable n’aboutirait alors qu’à la possibilité de nourrir 4 à 5 personnes sur cette surface. Mais bien sûr, asséner un slogan, ça marque davantage le spectateur qu’une leçon d’agronomie.

Cher Monsieur, il est possible que la bande annonce de votre film ne reflète pas avec exactitude le contenu de celui-ci. Ce ne serait pas la première fois que la pub ne correspondrait pas à la réalité du produit proposé. Mais, voyez-vous, il devient de plus en plus insupportable de recevoir, à longueur de journée et par trop de canaux médiatiques, ces incessantes leçons de morale, surtout lorsqu’elles viennent d’écologistes de salon dont les modes de vie sont aux antipodes de ce qu’ils exigent du citoyen lambda. Et vos récents efforts de soit disant “compensation carbone” visant à annuler l’impact écologique de vos déplacements dans les transports les plus polluants du monde ne sont rien d’autre qu’une version moderne du commerce des indulgences. C’est ce qu’on appelle s’acheter une conscience pour pas cher.

Soyez aimable Monsieur et quittez ce costume paternaliste passé de mode qui fleure la naphtaline néocoloniale. Nous sommes fatigués des discours de cette génération qui, après avoir profité sans réserve des Trente glorieuses, s’autorise à vouloir imposer à tous une prétendue sagesse acquise bien tardivement. Vous nous assurez que vous avez un cœur. À la bonne heure.

À l’avenir, servez-vous aussi de votre cerveau pour éviter de raconter n’importe quoi. Vos images sont plus éloquentes que vous. Vous feriez bien de vous en contenter ou d’employer vos talents et votre influence à mettre un terme à la dérégulation sauvage des échanges commerciaux qui est la véritable responsable du saccage de notre belle planète. »

 


UNE SITUATION SURREALISTE.

Cédric-un-look-denfer-

 

C’est certain, ça va repartir.  Tous les ingrédients d’une reprise forte s’accumulent.  Le  problème c’est quand.   Car avec cette pandémie qui n’en finit pas et dont on ne voit pas le bout,  avec les multiples complications apportées par les « variants », bien malin celui qui peut le dire.

2020 : une année hors-normes.

En attendant, nous vivons une période atypique pour ne pas dire surréaliste. L’exercice économique 2020 aura été hors normes.  Qui peut comprendre que la production nationale, le  PIB, ait baissé de 10% et qu’en même temps les revenus français se soient maintenus, le pouvoir d’achat aurait progressé de 0,3% en moyenne selon la Banque de France. L’activité tourne à un rythme inférieur de 10% à celui de janvier 2020 et pourtant le chômage n’a pratiquement pas augmenté et  les faillites d’entreprises ont été  moins nombreuses qu’en 2019. On saisit alors que nous sommes en plein dans l’artificiel. Ces paradoxes ont une explication : la crise sanitaire a été largement « surfinancée ». Si la chute de  production subie a entraîné une perte de 240 milliards l’année dernière, les pouvoirs publics ont injecté 400 milliards entre les  plans d’urgence et de relance.  Ce déluge d’argent public soit déboursé dans le chômage  partiel, soit prêté aux entreprises sous des formes multiples garanties par l’Etat  a permis jusqu’à maintenant d’éviter  ce qui aurait dû être la conséquence de la  crise  sanitaire, une dépression qui aurait été bien plus terrible que celle de 1930.

Le miracle pourra-t-il continuer en 2021 ?

Ce serait surprenant. La sagesse serait de se préparer à la fin de « l’argent hélicoptère » déversé par la Banque Centrale Européenne. Les difficultés sont forcément devant nous. Elles vont surgir aussi bien à l’échelle européenne que chez nous, au moment où nous allons entrer dans la campagne électorale de 2022, dont les enjeux vont du même coup se trouver exacerber. Certes Emmanuel Macron peut se  glorifier des avancées de l’Union européenne qui a réussi à concevoir un plan de relance collectif et massif de 750 milliards d’euros avec un endettement commun.  Mais si l’Europe nous protège, il ne faut pas oublier qu’elle reste, et c’est heureux, un espace de concurrence. Elle financera les dettes  publiques jusqu’en mars 2022 puis ses béquilles seront amenées à être retirées. Les divergences Nord-Sud reviendront au premier plan. Comment alors, résorber les déficits qui resteront béants une fois l’épidémie vaincue, et qui seront autant de handicaps ? Voilà une question hautement politique. Il ne suffira pas d’affirmer : « pas d’impôts Covid », comme l’assure pour l’instant Bruno Le Maire. Nous, nous savons qu’il n’a pas de baguette  magique, et que son « quoi qu’il en coûte » a été financé  par la générosité de la  BCE. Certains on pu croire à la magie, la réalité s’imposera durement une fois la source  tarie.

Une année marquée par l’incertitude.

Elle risque même d’être chaotique. Elle démarre mal avec  une stratégie vaccinale illisible et incompréhensible. Les pierres  d’achoppement s’additionnent : gestion sanitaire approximative, croissance économique  insaisissable, chômage aux contours inquiétants, finances de  l’Etat transformées  en corne d’abondance, restructurations de secteurs entiers, autant de sujets qui vont mettre l’exécutif  à bout de souffle face à une opinion publique éruptive. « Peut-être que je devrai faire des choses dures dans la dernière année », s’interrogeai le Président lors de son interview sur le site  Brut. Il peut en effet s’y préparer,  car  il va devoir faire des arbitrages hautement politiques, et notamment  trouver  la recette qui lui permettra  de mettre fin au torrent des dépenses  publiques qui agit sur les Français comme une drogue. On sait alors   que le plus difficile c’est quand il faut commencer à s’en passer. L’autre écueil  c’est la tentation  d’augmenter  les  prélèvements dans un pays  qui est pourtant au plafond en la matière. Mais c’est incontournable : nos incorrigibles  PS proposent un prélèvement exceptionnel de « solidarité » (élémentaire) sur les en-cours d’assurance-vie supérieurs à 30 000 euros, avec en prolongement, le retour de l’ISF.  De son côté, le  Comité de suivi des retraites recommande une mesure de sous-indexation des pensions visant toute la population des retraités, au prétexte qu’elles ont été épargnées  par la crise. Pendant ce temps-là, les épargnants thésaurisent les billets de banque. Un phénomène qui inquiète les autorités bancaires : rien qu’en France, ce serait 33 milliards d’euros qui seraient stockés sous les matelats, manifestation d’une méfiance d’autant plus paradoxale que l’on paie de  moins en moins en billets. Ce trésor caché est une façon d’échapper à d’éventuelles hausses d’impôts.

Le flou est partout.

La paralysie du pouvoir est patente. Le quinquennat entre dans sa phase terminale et finalement le bilan des réformes sera bien maigre. Il reste peu de temps utile et tant de choses à faire : réforme des retraites, de la décentralisation, du droit du travail, de la constitution, sans parler du referendum sur le climat. Avec un calendrier parlementaire déjà bien encombré. Les incertitudes  politiques s’y ajoutent : quel calendrier pour les  élections, quels candidats pour s’y présenter, quels champions  pour les familles politiques qui constituent l’offre électorale. Autant de domaines pour lesquels les Français aimeraient avoir des réponses et n’ont qu’un théâtre d’ombres à se mettre sous la dent. Une certitude commence à se faire jour : encore un quinquennat pour rien. Le déclassement de la France va continuer.

 


LE POINT SUR LE "QUOI QU'IL EN COÛTE !" (3) CE QUI ATTEND LA FRANCE

Dette publique

La monnaie magique.

Les Français ont découvert à l'occasion de cette crise qu'on pouvait sortir d'un chapeau, comme  dans les tours de magie, des centaines de milliards d'euros pour aider tout le monde. Depuis des semaines ils assistent à une avalanche de distributions d'aides. Du financement du chômage partiel aux aides aux entreprises en passant par ce qui a été annoncé par Macron : le versement d'une partie du chiffre d'affaires perdu en 2020, notamment pour les restaurateurs, et autres secteurs qui ont été confinés. Avec un principe simple : vous ne travaillez pas mais vous êtes payés. Votre activité souffre de la crise mais vous êtes compensé partiellement. Vous avez besoin d'aide, on vous la donne. Sans parler des prêts comme les PGE (Prêt Garanti par l’Etat) dont une bonne partie ne sera probablement pas remboursée. Les États sont tous intervenus pour soutenir l'économie. Même l'Amérique ultra libérale. Le tout est de savoir si ces aides, au demeurant très coûteuses pour l’Etat, seront suffisantes pour ceux qu’elles prétendent sauver. On risque d’être  loin du compte pour de nombreux établissements. Pourtant, Nous avons mis en place le système de loin le plus généreux de toutes les grandes puissances économiques mondiales. Cela n’empêche pas ou fait que nous sortons plus affaiblis économiquement de la crise, surtout de la deuxième vague, que l'Allemagne, la Chine, le Japon, les États-Unis. En France, en 2020,  pour la première fois, le volume de la dette excédera le produit des impôts : 260 milliards empruntés à bon compte contre 250 milliards de recettes fiscales. Et il y a un énorme risque, car nous sommes  en France, et en France, tout ce qui a été fait un jour de façon exceptionnelle à de grandes chances de devenir un ACQUIS. Il ne faudrait pas surtout pas que ce qui a été  fait, exceptionnellement, pendant la crise sanitaire ne devienne des acquis sociaux.

Le retour aux réalités.

C’est qu’il va falloir expliquer à partir du deuxième semestre de 2021 que nous devons faire des économies et réduire notre déficit. Ce sera d’autant plus difficile que le gouvernement n'a pas été capable de réduire les dépenses publiques AVANT la crise et avec une conjoncture favorable, pas  plus qu’il n'a pas été capable d'imposer des réformes nécessaires comme la réforme des retraites. Il va falloir expliquer qu'il faut faire des sacrifices et des économies allant de 2,5 à 10 milliards d’€ alors qu'on a créé artificiellement, et apparemment sans conséquences négatives, des centaines de milliards. Une tâche d’autant plus difficile à l'approche des élections, avec en embuscade des  irresponsables  comme ceux de la France insoumise. Et que ferons-nous si nos voisins allemands, une fois la crise terminée, exigent un retour à la normalité, à l'orthodoxie financière... C’est que les entreprises ont vu leur dette financière grimper en moyenne de 25% de leur valeur ajoutée annuelle. C’est plus que les 20 points de PIB pour l’augmentation de la dette publique. Il faut ajouter à ce passif 27 milliards de dette sociale ou fiscale (reports de charges) qui devront être honorés sauf à faire faillite.  Même les PGE sont des prêts, pas des dons. Il en a été distribué 120 milliards d’€, un montant qui fait froid dans le dos car il exprime la grande vulnérabilité financière des entreprises françaises adeptes du « capitalisme sans capital » qui n’est autre qu’un catastrophique manque de fonds propres.

La reprise.

Le schéma le plus fréquent pour nos entreprises sera Le K, ce qui veut dire qu’il va y avoir trois catégories d'entreprises endettées. Celles dont l'activité est condamnée et qui ne survivront pas : leur dette ne sera pas remboursée et les banques devront s’asseoir sur leurs pertes. Celles dont l'activité a souffert conjoncturellement, mais qui vont s'en sortir et qui rembourseront progressivement leurs dettes, dont une partie sera probablement transformée en capital par le biais des prêts participatifs. Et enfin celles qui ont emprunté par précaution, mais n'ont pas besoin de l'argent, comme les PGE, et qui les rembourseront rapidement. Une fois qu’on a dit cela, on n’a rien résolu. Car pour le gouvernement, il y aura des opportunités à saisir. Sa priorité absolue devrait être l’objectif d’une croissance forte et qualitative pour compenser les pertes d'emplois et les entreprises sinistrées. Il faut éviter l’écueil de la relance par le pouvoir d’achat car les ménages ne consomment pas une part suffisamment significative de produits français. Il faut orienter la relance vers la production des entreprises en approfondissant la politique de formation des salariés et en encourageant les innovations. Il faut aider d'autant plus les entreprises qu'elles vont sortir de la crise avec une structure bilancielle alourdie par la dette Covid.

Une baisse massive des impôts.

Le  meilleur moyen pour créer les conditions d’une croissance forte serait de baisser massivement les impôts des entreprises pour stimuler leur capacité à investir, les aider à élargir et améliorer leur  production. C’est d’autant plus justifié que nous cherchons à « relocaliser » les  activités. Réindustrialiser  le pays,  c’est accepter au préalable de libérer les entreprises de la fiscalité qui pèse sur le processus de production. Ainsi, baisser massivement les impôts pour accompagner la sortie du covid, est le meilleur moyen de redonner un élan à la France.  C’est possible parce que la France se finance à des conditions exceptionnelles et la période des taux bas devrait durer si l’on en croit les banquiers. Après l’endettement pour amortir le choc sanitaire et social, il faut prolonger l’endettement pour générer une croissance forte qui fera baisser  le chômage, rentrer les cotisations, augmenter les salaires et mettra la France en situation d’équilibrer progressivement ses finances. Ce que l’Etat perdra en revenus par la baisse des impôts, il le regagnera largement en TVA et en recettes générées par la croissance. Tous les pays qui l’ont fait ont pu le vérifier. Le seul obstacle à la baisse des impôts est politique. Qui baisse les impôts en France est immédiatement accusé de faire le jeu des riches.  Une lâcheté intellectuelle qui condamne sans procès ceux qui se sont enrichis au prix du travail, de  leur créativité et des risques qu’ils ont pris. Quelqu’un pourra-t-il dire à Mélenchon que sa candidature est inutile. La France  est déjà un pays collectiviste  avec une bureaucratie digne de feu l’Union soviétique.  Il ne pourrait faire mieux ou plutôt pire. En effet avec la fiscalité la plus lourde d’Europe, des  niveaux  de prélèvement inégalés, des dépenses publiques à 65% du PIB, son enchevêtrement de lois et de règlements,  son commissariat au plan, que pourrait faire de plus le leader de la France insoumise sinon aggraver une fiscalité déjà inique par sa répartition et achever de ruiner notre économie. Au contraire, il est temps de repenser notre  modèle pour libérer, décentraliser, responsabiliser, faire confiance au marché…  plutôt  que de dicter les comportements ou créer des systèmes uniformes qui aboutissent inexorablement à moins d’égalité et plus de pesanteurs.

Plus que tout, la France a besoin d’un choc psychologique de confiance et d’encouragement.

 


LE POINT SUR LE "QUOI QU'IL EN COÛTE !" (2) LES BOURSES

Economie  bourse

(2) LES COURS BOURSIERS

Le secrétaire d'état à la Présidence du Conseil italien, Riccardo Fraccaro, a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ou espèrent sans le dire : « La BCE devrait envisager d'effacer la dette publique qu'elle achète pendant la crise ». Cela rejoint ce  que je vous expliquais précédemment sur la  dette. J’aurai l’occasion d’y revenir. La bourse, elle, se maintient à des niveaux  complètement en décalage avec la situation économique. A Paris elle reste accrochée aux 5 000 points malgré la crise. Une question simple et de bon sens se pose alors : pourquoi la bourse est-elle à des niveaux élevés alors que la crise sanitaire a provoqué une crise économique sans précédent ?

Anticipation ?

L’explication la plus courante qui est apportée est que la Bourse « anticipe ». Les investisseurs se positionneraient déjà dans « le monde d'après ». Elle anticiperait les vaccins, la fin de la pandémie et même un retour de l'économie à la normale à partir de l’été prochain. Cette explication est loin d’être satisfaisante, d’autant  plus qu’un brouillard épais continue d’empêcher d’apercevoir suffisamment les contours de ce « monde d’après » et personne n’est capable de dire ce que sera la pandémie même après la vaccination. Or les investisseurs aiment les certitudes, ce qui ne les empêche pas de rester vigilants. Ainsi, Les bourses mondiales ont chuté le 21 septembre. C'était la crainte de la deuxième vague du Covid qui avait déclenché cette mini-panique. Il a suffi,  par exemple, que la BCE annonce qu’elle ferait ce qu’il faut, pour que la  situation se stabilise aussitôt. A contrario, on a vu lors de la première annonce d’un vaccin que les titres valorisés lors du confinement ont été massacrés et ceux du « monde d’avant » ont connu un bond à la hausse spectaculaire. Les marchés restent donc sensibles aux mauvaises nouvelles et il faut peu de chose pour provoquer une baisse violente. Pourtant, cela reste dans des limites qui n’ont rien de catastrophiques. Rien à voir, par exemple, avec l’effondrement de 2008. En réalité, les investisseurs oscillent entre euphorie et inquiétude. Euphorie quand ils pensent au rebond de l'économie après la crise du Covid, aux centaines de milliards distribués gratuitement par les banques centrales, aux espoirs de vaccins et aux plans de relance. Inquiétude quand ils pensent à l'épidémie, aux secteurs qui ne se sont toujours pas relevés de la crise, aux faillites à venir et à la hausse annoncée du chômage. Ces mouvements erratiques ne s’expliquent donc pas par  la réalité de ce que vivent les entreprises.

Alors, la liquidité ?

la seule explication valable qui explique tout, c'est la liquidité. Les bourses mondiales sont déconnectées des valorisations réelles des entreprises. On le voit en particulier avec les valeurs dites de croissance, les valeurs « growth » qui atteignent des valorisations stratosphériques. En première ligne les GAFAM. Si les Bourses sont à ces niveaux, c'est que les banques centrales ont injecté des torrents de liquidités et qu'elles vont continuer à le faire, c'est que du fait de ces injections massives, les taux d'intérêt sont nuls ou négatifs. Pendant des décennies, le FMI et les banques centrales ont mis la pression sur les gouvernements pour réduire leurs dépenses publiques, équilibrer leurs budgets et réduire leurs dettes. Le FMI n'accordait ses aides qu'aux pays qui adoptaient des programmes d'austérité. Aujourd’hui C'est tout le contraire. Les banques centrales, comme la FED ou la BCE, mettent la pression sur les gouvernements pour adopter de nouveaux plans de relance et menacent de ne pas injecter de liquidités gratuites si les états n'augmentent pas leurs dépenses, n'aggravent pas leurs déficits et ne font pas exploser leur dette. Et ces liquidités qui inondent les marchés financiers cherchent du rendement. Alors voilà TINA qui se manifeste : « There Is No Alternative » à la Bourse quand les taux d'intérêt sont négatifs, l’argent ne sait pas où aller se placer. Or, les bourses offrent encore des  possibilités de spéculation. Nous sommes dans une bulle de liquidités. Quand cela va-t-il s'arrêter ? La réponse est finalement assez simple, basique même. Si la Bourse monte du fait de l’injection de liquidités massives, elle baissera quand les banques centrales injecteront moins de liquidités, quand l'économie ira mieux. C'est là encore un paradoxe total. Mais si on y réfléchit bien, c'est évident. Quand l'économie ira mieux, les banques centrales seront plus sages, elles remonteront les taux d'intérêt progressivement, mais elles n'auront plus besoin d'injecter autant d'argent. Si l'économie va mieux, du fait de l'effet retard sur la consommation et les investissements, du fait de la fin de la pandémie, on pourrait même avoir un rebond momentané de l'inflation, ce qui freinera encore un  peu plus les banques centrales. C’est à partir de ce moment-là que le stock de dette deviendra problématique, surtout pour les  pays fortement endettés comme le nôtre.

Cela fait partie du sujet suivant :  qu’est-ce qui nous attend ?

 


LE POINT SUR LE « QUOI QU’IL EN COÛTE ! » (1) LA DETTE

Dette  mondiale

 

La situation en France fin novembre.

Après le plan de relance à 100 milliards d’euros, le gouvernement a mis 20 milliards de plus sur la table pour faire face au reconfinement. Mais depuis la fin octobre, les annonces de rallonges pour donner un os  à chaque chien qui aboie n’en finissent plus de pleuvoir. Il s’agit de muscler les aides aux entreprises  et aux Français les plus précaires. L’aggravation de l’épidémie refait plonger les comptes publics dans une spirale négative. Le déficit est attendu à plus de 11% du PIB à la fin 2020, autour de 250 milliards d’€, mais l’inquiétude porte surtout sur l’exercice 2021 : la croissance sera loin d’atteindre les 8% espérés et devrait se limiter à 5%. Depuis mars dernier, le Covid a déjà coûté 186 milliards d’€ à l’Etat soit 100 milliards de pertes de recettes du fait de la chute d’activité et 86 milliards d’€ de mesures d’urgence. La dépense publique culminera à 65% du PIB et restera à un haut niveau alors que la base fiscale va fondre avec la baisse durable de la  production des entreprises et des revenus des ménages. La  dette publique frôle les 120% du PIB. Au bilan : 11% de récession, 11% de déficit, 11% de chômage.

Pour comprendre la situation, nous examinerons successivement le rôle des banques centrales dans l’explosion de la dette des Etats, puis les raisons qui expliquent l’envolée des cours boursiers  avec TINA (There Is No Alternative) et enfin ce qui attend la France et l’Europe.

 

(1) LE RÔLE DES  BANQUES CENTRALES

Première préoccupation : la dette.

Quand la crise sanitaire sera terminée nous découvrirons l'étendue des dégâts qu'elle a causés. Et un des éléments les plus frappants sera sans conteste la dette massive que l'économie mondiale devra assumer. À la fin de l'année 2020, la dette mondiale aura dépassé les 277 000 milliards de $. Avec une hausse de 15 000 milliards juste pour l'année 2020. Il est difficile de se rendre compte de ce que ça représente tant les chiffres sont énormes : 365% du PIB mondial. C'était 320% à la fin de 2019. Les États se sont massivement endettés pour soutenir l'économie  de même que les entreprises, en particulier dans les secteurs exposés, principalement auprès des États. Cela dit, la dette n'est pas un problème pour les États tant qu'il n'y a pas d'inflation. Les pays développés bénéficient de taux particulièrement bas quand ils ne sont pas négatifs. Ils bénéficient de la confiance des investisseurs et du soutien massif de leurs banques centrales qui absorbent la dette. Celle-ci devient un problème si un pays (ou une zone) est plus exposé(e) qu'un(e) autre, par comparaison, ou si l'inflation dérape. Mais, pour l'instant, dans la plupart des grandes puissances économiques, il n'y a pas d'inflation. Au contraire, il y a une double déflation comme je l’ai déjà expliqué : la déflation structurelle liée à la démographie, à la technologie et à la révolution sociétale, et une déflation conjoncturelle liée à la crise du Covid.

La toute-puissance des banques centrales.

Les banquiers centraux étaient déjà largement intervenus pour inonder le monde de liquidités et baisser les taux à zéro voire en dessous. La nouveauté c’est que cette  année nous avons découvert que leur pouvoir était illimité. Dès le début de la crise sanitaire, les banques centrales ont mis en place des rachats massifs de dettes d'États ou d'entreprises pour soutenir l'économie mondiale, avec des montants de plus en plus importants. Comme cela n'a pas suffi, elles sont rapidement passées à la vitesse supérieure en n'indiquant plus de montants  et en annonçant que leurs interventions seraient illimitées. Les banques centrales dirigent de fait l'économie mondiale d’autant plus qu’on sait qu'elles maintiendront les taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas très longtemps, et aussi longtemps que nécessaire. Elles incitent même les gouvernements à faire des plans de relance, à creuser les déficits, à augmenter leurs dettes qu’elles s'engagent à financer par les rachats massifs de dettes d'États mais aussi de dettes d'entreprises, et en commençant à distribuer de l'argent directement, de « l'helicopter money ».

Le pouvoir des banques centrales est-il vraiment illimité ?

La question se pose en effet. Si c'était le cas, on pourrait aller jusqu’à imaginer qu'une fois sortie de crise, on continuerait à faire tourner la machine à déficit et la planche à billets. Beaucoup se demanderaient pourquoi les gouvernements devraient faire des économies et pourquoi ne pourraient-ils pas distribuer encore plus d'argent puisqu’il est gratuit et que leurs déficits et leurs dettes sont financés par les banques centrales. D’autant plus que les économistes ne sont d'accord sur rien, notamment sur le fait qu'on puisse indéfiniment laisser la dette des États déraper. Certains pensent qu'il faudra bien rembourser un jour, d'autres qu'on ne remboursera jamais et qu'on transformera les dettes en « dettes perpétuelles » ou qu'on annulera tout simplement les dettes d'États détenues par les banques centrales. Ce  débat n’est pas nouveau. Les uns pensent que les banques centrales pourront toujours continuer à créer de la monnaie tant qu'il n'y aura pas d'inflation, or nous sommes en pleine déflation structurelle et conjoncturelle. Les autres pensent que l'inflation finira un jour par rebondir et que le jour où l'inflation commencera à rebondir sera le jour de vérité.

Comme le dit François Lenglet, «  lorsque nous aurons consommé la crédibilité à la fois de l’Etat et de la banque centrale, il n’y aura plus qu’à aller voir sur la lune. Le krach est la première route possible. La deuxième est l’inflation ».

 

 


FERME-LA (BOUTIQUE) ET MEURS !

Confinement librairie

 

Les confinis parlent aux confinés.

La conférence de presse de Castex a été un modèle du genre, comme d’habitude : discours scandé au rythme des slides, sans affect, avec les  froides  certitudes chiffrées du technocrate, ne prenant en compte aucune des vraies  réalités sinon à travers le prisme bureaucratique. De quoi vont-ils se plaindre ces commerçants puisqu’ils auront des aides ! Monstrueux, tout simplement monstrueux. Ces gens-là sont à cent lieux-lumières de la  réalité vécue par des commerçants qui ont fait rentrer leur stock et qui n’ont plus aucune rentrée d’argent que le compte-goutte hypothétique du « commandé-livré » Pour certains, ce qui ne représente même  pas un pis-aller. Deux jours d'une attente anxiogène alimentée de spéculations en boucle sur les chaînes d'info sur ce qu'il allait annoncer. Pour finalement ne rien dire qu’on ne sache déjà.

Le coup de grâce.

L’entêtement de nos gouvernants porte le coup de grâce aux petits commerces, à commencer par les bars, les restaurants, les hôtels et les clubs de sport qui n'ouvriront vraisemblablement pas avant les fêtes de Noël. On n’a pas le droit de participer aux offices, mais pour eux la messe de Noël est dite : une large partie ne s'en relèvera pas. Pour ceux-là, on va droit au massacre. Pour les autres commerces, il reste l'espoir d'ouvrir début décembre. Mais cela ne suffira pas à sauver l'année, d’autant   plus que les contraintes sanitaires imposeront des protocoles très contraignants qui ne permettront pas de rattraper le  manque à gagner par une chalandise plus nombreuse. Loin de là. Et là encore, les faillites vont se multiplier. Tout simplement dramatique. La bureaucratie aveugle ne fait aucun effort pour se baser sur un risque sanitaire avéré et s'adapter à la situation des territoires. On crève d'égalité  et d'uniformité !

Même chez nous.

En plus, Castex a commencé à nous expliquer comment nous n’allons pas passer les fêtes de Noël en famille...Jusqu’où ira l’audace bureaucratique dans la privation de nos libertés ?  Combien de temps va-t-on encore se faire infantiliser en permanence ? « Il s’agit de ne pas desserrer la bride » : mais à qui parle-t-il ? Sommes-nous des toutous ? « Ce serait irresponsable (de sa part)… »,  parce que les Français le seraient ? Nous avons l'impression que le reste du monde fonctionne comme nous,  mais rien n’est  plus faux !  Notre pays est une exception. Aucun de nos voisins n’oblige à posséder des « autorisations de déplacement » et ce  serait même impensable dans de nombreux pays, comme la Grande-Bretagne. Impensable aussi, un gouvernement qui déciderait de nos réunions familiales ou de nos fêtes de Noël, mais nous, nous acceptons tout. Pas tous, mais une majorité tout de même. Et il faut bien se soumettre parce que le « gendarme » va sévir. Il est vrai qu’il est plus facile de traquer la pauvre mémère qui n’a pas pensé à remplir sa paperasse que de faire appliquer le confinement dans certains quartiers. La surmortalité d’un département comme la Seine-St-Denis en dit long.

Et tout ça pourquoi ?

Parce qu’on a un système hospitalier sous-dimensionné à qui il faut éviter l’embolie et qu’on a un dispositif de soins incapable d’appliquer la seule stratégie efficace  «  tester, tracer, isoler ». On a 30% de fonctionnaires en trop dans les services  administratifs, dit-on, on devrait  donc pouvoir faire du dépistage en masse !  Mais voilà, on apprend que la sécu et les ARS ont des systèmes informatiques incapables de dialoguer…. Alors exit le XXIème siècle, retour au Moyen-Age ! On confine !  Où passe notre pognon ? Dehors Véran, mettons Douste-Blazy ! Mais pourquoi s’inquiéter  puisque Bruno Le Maire renforce les aides à tour de bras avec de l’argent qu’il n’a pas et qui de toute façon arrivera… trop tard ! La vérité c’est que le gouvernement français est en échec complet et que la France a les chiffres les plus mauvais de toute l’Europe pour la réponse à la pandémie.  Difficile à contester, les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Pauvre France !

 


LE MALAISE

Malaise Castex

 

« Y a comme un défaut », aurait dit Fernand Raynaud. En ce mois de novembre, avec ce nouveau confinement, le  pays ne va pas bien : grogne, violence sourde, morosité, théorie du complot, réseaux sociaux en ébullition, chute vertigineuse de la confiance … Il faut regarder les choses en face et tirer la sonnette d'alarme. Et passer outre aux injonctions des moralisateurs  comme quoi il ne faudrait  pas critiquer l’action des « chefs » sous prétexte d’irresponsabilité ou de politique politicienne. Pour parer à cet écueil, on se contentera des faits.  Indiscutables. Tirons un premier bilan, temporaire. Et il est désastreux pour la France, aux plans sanitaire et économique. Nos partenaires européens n'ont pas confiné aussi durement que nous au printemps et pas plus maintenant. En conséquence, notre économie a souffert et va souffrir plus que celle de nos partenaires. Là où l'Allemagne va perdre un peu moins de 6 points de PIB en 2020, nous allons en perdre plus de 11. C'est presque deux fois plus. Ce nouveau confinement, dont l'impact sur le PIB est estimé à 50 milliards et qui représente 20 milliards de dépenses supplémentaires, nous entraîne vers une dépense publique à 63,4 % du PIB. 

Les  chiffres sont terribles.
La France n'a pas voulu choisir entre l'économie et la vie, elle a même oublié que l'économie c'était aussi la vie. Il faut bien admettre que le « en même temps » cher à notre gouvernement a des effets dévastateurs.

Voyons le plan sanitaire.

Avec 600 morts du Covid par million d'habitants, nous venons de dépasser la Suède, dont le modèle a pourtant été très critiqué, et nous nous rapprochons à toute vitesse de l'Italie (679), des États-Unis (724) et de la Grande-Bretagne (736). L'Allemagne est à 137, tiens donc ! La France est devenue l'épicentre de la pandémie. Si on regarde le nombre de décès du Covid sur les 14 derniers jours pour 100 000 habitants, nous affichons 8,2, l'Italie 6,4, la Grande-Bretagne 6,2, l'Allemagne 1,5 et la Suède 0,9. Les chiffres sont sans appel. Il ,est inutile de rappeler ici que nous avons le système de santé dont le budget rapporté au PIB est largement un des plus élevés au monde. Manifestement l’argent est  mal  dépensé et ne va pas là où il serait le plus efficient.

Du côté de l’économie, ça ne vaut pas mieux.

Là encore les chiffres sont sans appel. Sur 2020 nous afficherons une des plus mauvaises performances économiques mondiales. Avec une baisse du PIB de 12%, nous explosons les compteurs par rapport à toutes les grandes puissances économiques, et de très loin, à part l'Espagne et l'Italie : Chine +1,8%, États-Unis -4,3%,  Suède -4,3%, Japon -5,3%, Allemagne -6%, Grande-Bretagne -9,8%. Nous devions nous rattraper grâce à un plus fort rebond en 2021, de 6% mais il est révisé à la baisse mois après mois, forcément. Et s'il se situe finalement à 4,5/5%, nous serions au même niveau que nos partenaires qui ont beaucoup moins plongé en 2020. Pas brillant, donc.  Et encore, laissons de côté les indicateurs du chômage, de la balance commerciale, du déficit budgétaire et de la dette.  Inutile d’enfoncer le clou. Ils sont calamiteux.

Les incohérences et les volte-face.
La simple observation des faits nous oblige à faire  le constat des errances des décisions qu'on appelle maintenant pudiquement le « stop and go ». La pandémie est passée du « nous sommes en guerre » à « la guerre est finie, c'est la libération, sortez et consommez pour sauver l'économie », puis à « nous allons tous mourir, car vous ne faites pas d'effort » avec les effets dévastateurs qu’on constate. On avait cru comprendre que travailler au maximum malgré le virus devait redevenir la règle commune pour tous les Français, quel que soit le secteur. Sauf, visiblement, pour les commerces considérés comme non essentiels. Agnès Verdier-Molinié commente ironiquement : « Vos chaussettes sont trouées et vous avez besoin d'en acheter une paire rapidement ? Ce n'est pas essentiel. Vous avez envie de fumer ? C'est essentiel. De lire un bon livre ? Pas essentiel. Besoin d'un vêtement d'enfant en deux ans ? Essentiel. En trois ans ? Interdit. Kafka n'y retrouverait pas ses petits. » Malheureusement, le commerce se relèvera difficilement de ce « stop and go ». N'attendons pas quinze jours pour rouvrir les commerces, même s'il doit y avoir des règles sanitaires contraignantes. Une large partie des petits commerces va aller directement en liquidation. Alors que les commerçants demandent une vision et un cap, on leur répond par des aides, de l’assistanat et l’aumône. Mais enfin, les commerçants ne sont pas des mendiants, ce sont des entrepreneurs. Pourquoi leur refuse-t-on le droit  de travailler ? Les arguments avancés sont incohérents.

Il y a des raisons de positiver.

L'économie mondiale  ne va pas si mal. Et même l'économie française. Car nous avons la chance de faire partie de la zone euro, et d'avoir la Banque centrale européenne qui finance largement l'économie.  Cela nous permettra de passer ce cap difficile, même si dans l’absolu, on peut déjà annoncer, sans prendre trop de risque, qu’à la fin de la pandémie, le bilan sera désastreux. Surtout par comparaison avec l’Allemagne, la Suède, et même les États-Unis ou la Grande-Bretagne. D’ailleurs, il a suffi qu’un laboratoire annonce la  mise au point du vaccin salvateur pour que le ciel s’embrase d’un soleil boursier éblouissant. Certes, on a connu des hausses de marché en une journée supérieures à celle de lundi, notamment après la crise de 2008. Le CAC 40 a violemment accéléré pour terminer la séance du jour en hausse de 7,57 % à 5 336 points. Le groupe pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech ont indiqué que leur vaccin était efficace à plus de 90% contre le Covid. Du coup, les derniers sont devenus les premiers. En effet, les valeurs massacrées du fait du Covid ont connu des progressions de plus de 30 ou 40% et les valeurs dites « Covid », notamment dans le digital, qui avaient connu des progressions fulgurantes, ont chuté lourdement.

Rien de nouveau sous le soleil.  Vivement le  monde d’après quand même ! En espérant que le peuple et ses élus soient un peu plus écoutés. Et n'attendons plus pour faire confiance aux Français en supprimant cette attestation de déplacement, unique en Europe, qu’il est tellement facile de contourner, qui infantilise et maintient un climat de défiance à l'heure où nous devrions être soudés. Il faut faire confiance à nos élus locaux et à notre Parlement pour co-construire le chemin de la sortie de ce confinement avec de la souplesse en fonction des territoires au lieu de camper sur des positions bureaucratiques ineptes, étatiques, dictées avec un autoritarisme entêté.

N'oublions pas qu'il y a, non pas un, mais deux combats à gagner : le sanitaire et l'économique. Sinon, les « survivants » n'auront que la crise économique et le chômage en héritage.

 


TU L’AS DIT BOUFFI !

Archibald en colère

 

Quoi qu’il en coûte.

Il en coûte toujours quelque chose. Les générations futures paieront la note héritée de Macron. La Caisse d’amortissement  de la dette sociale (Cades)  a été prolongée cet été jusqu’en 2033 et pourrait être étendue jusqu’en 2045,  portant sa durée de vie totale à un demi-siècle…

La dette publique s’envole.

Après de 2 640 milliards d’euros au deuxième trimestre, l’endettement de la France représente désormais un peu plus de 114% de la richesse nationale. La dette  a  grimpé de 200 milliards sur le seul  12ème trimestre 2020.  Explosion des dépenses publiques et effondrement des recettes liées aux reports et aux exonérations de cotisations et d’impôts.

Le déficit de la sécu explose.

Un record  à 53 milliards contre 5,1 attendu initialement, avant la crise. Retour dans le rouge de l’ensemble  des branches : 21 milliards pour l’assurance-maladie, 17 milliards pour les retraites, 3 milliards pour la famille…

Economie et emplois « zombies ».

Les taux d’intérêt quasi nuls prodigués  par les  banques centrales et les aides d’Etat ont mis sous perfusion des dizaines de milliers de sociétés petites  ou grandes dont on ne sait pas si elles retrouveront un jour une activité normale. Le danger est d’entretenir une population de canards  boîteux qui serait préjudiciable pour le pays tout entier. Mais le problème se pose de  la  même façon pour les  emplois préservés temporairement grâce au chômage partiel financé par l’Etat qui prend en charge de 60 à 100% des salaires. Il y aurait en France  près de 2 millions de jobs « zombies ». Et faute d’une reconversion professionnelle de leurs titulaires, ces « emplois zombies » ne seront qu’un cache-misère statistique permettant de dégonfler artificiellement les chiffres su chômage. Il s’agit du problème social le plus douloureux que nous aurons à affronter !

Purge.

La purge des  emplois provoquée par la crise du Covid  est déjà à l’œuvre mais largement invisible. Elle touche les intérimaires, les salariés en CDD, les indépendants sans mission… auxquels il faut ajouter le gel des   plans d’embauche, notamment des jeunes diplômés. Par exemple, l’intérim affiche toujours un déficit de 150 000 emplois sur un an, soit une purge de 20% par rapport à la rentrée 2019. Et encore, on n’a rien vu. Le gros des plans sociaux est attendu pour début  20121.  La recrudescence de l’épidémie n’arrange rien.

Education en crise.

Selon la commission européenne, la France est le  pays d’Europe occidentale qui rémunère le plus mal ses enseignants, à l’exception de l’Italie.  Et pourtant le rôle  de  l’école dans l’éducation est parait-il  primordial.  Un professeur qui enseignait pour la première  fois en 2018-19 a perçu un salaire brut de 26 329  €.  La  même année un instituteur allemand touchait quasiment 50 209 €, et un Suisse  71917 € (ça fait rêver !).  Après on s’étonne qu’on ne trouve plus dans le recrutement de nos enseignants, le « haut du panier » (pour rester correct).

Darmaninbus  gros menteur.

Darmanin a déclaré dans le Figaro : «  Il vaut  mieux que les élèves apprennent l’arabe avec des enseignants français que dans les mosquées ».  C’est un gros  mensonge. La France n’a pas d’enseignants français capables d'enseigner l'arabe et au  mois d’avril dernier elle a passé un accord  avec la Tunisie  pour qu’elle fournisse les professeurs nécessaires. Je trouve  que c’est un peu gros !

Covid et Neandertal.

Les  facteurs génétiques entreraient en ligne de cause pour expliquer les formes graves du coronavirus. Une équipe internationale a identifié sur le chromosome n°3 un groupe de gènes jouant un rôle clé. L’un des variants de cette séquence d’ADN serait à l’origine d’un risque trois fois plus élevé de développer une forme  grave  nécessitant  une ventilation artificielle. Or on a retrouvé cette séquence à risque dans l’ADN fossilisé d’un homme de Néandertal qui vivait il y a 50 000 ans et l’aurait donc transmis à certains d’entre nous. Peut-être que Tump en fait partie. Pas certain que  les créationnistes  américains acceptent cette explication.

 


DANS LES BROUILLARDS DE L’AUTOMNE

Brouillard

 

Absence de visibilité.

Comment ne pas se laisser envahir par l'ambiance actuelle d'incertitude qui ne favorise que la procrastination ou la déprime. Quel que soit le sujet qui vient à l’esprit, c’est la confusion ou l’absence de visibilité. A commencer  par cet épisode pandémique qui nous ligote d’un fil invisible et nous paralyse et  qui n’en finit pas. Il y a de quoi atteindre le  moral. Sans parler  de cette actualité qui se répète et qu’on pourrait intituler : « le coup de couteau du jour » ou quelque chose comme ça. Partout s’insinue le  poison de l’incertitude. Incertitude de l’élection américaine qui flirte avec le vaudeville trumpien, incertitude politique en France  à droite, à la Rem, à gauche, chez les Verts, incertitude  économique avec une reprise insaisissable, aussi bien en Europe que dans le monde…  Et on est désarçonné par la puérilité de certains comportements législatifs telle cette proposition d’amendement pour créer un « gibier électronique » pour remplacer le vrai dans la chasse à courre ! Si c’est pas de la masturbation ça ?

Quand tout cela va-t-il s’arrêter ? 

En fait, c'est la question qu'on entend ou qu'on se pose soi-même sans cesse depuis plusieurs semaines. Pour l’élection américaine, nous serons bientôt fixés : plus que trois semaines à attendre, en espérant que le résultat sera suffisamment net pour éviter la  période de désordre qui s’installerait s’il prêtait à contestation. Qu’on le veuille ou non, le sort du monde en dépend quelque peu (euphémisme). Pour le reste,  la question n’a qu’une importance relative.  Chaque sujet aura nécessairement une réponse. L’incapacité à anticiper nous chagrine, mais c’est parce que nous sommes impatients. Prenons l’épidémie de la Covid 19 (ah oui, on dit « la » maintenant, je ne sais pas pourquoi) qui préside au découragement : personne ne sait quand ça va s'arrêter : va-t-elle encore durer  3 mois, 6 mois, 9 mois ? Peu importe. On a quand même  une certitude : elle va s'arrêter un jour, toute seule, ou grâce à un vaccin ou à un traitement efficace. Or, si on prend un peu de recul, on s'aperçoit qu'on n'est plus à 3 ou 6 mois près ! D’ailleurs, si l’on en croit ce qu’on lit dans la dernière note du FMI ;  « les gouvernements doivent augmenter l’investissement public et les taux d’intérêt bas rendent l’endettement désirable". Vous n’avez pas la berlue : la plus grosse institution économique mondiale, apôtre traditionnel de la rigueur budgétaire et du désendettement à tout prix se range officiellement du côté de la relance keynésienne. Le Covid fait tout voler en éclat et, dans ce cas, c’est tant mieux, parce que selon le FMI, augmenter l’investissement public de 1% du PIB conduit directement à la création de 7M de jobs et plus de 20M indirectement. Evidemment, certains secteurs économiques y laisseront des plumes, mais imaginons plutôt ce qui va se passer quand ça va s’arrêter.

Se projeter dès maintenant.

Imaginons le boom de consommation et le boom d'investissements avec le retard accumulé par les ménages et les entreprises dans leurs dépenses. Un carburant phénoménal a été accumulé qui inévitablement va alimenter la reprise, avec l'épargne des ménages au plus haut et la trésorerie des entreprises, au plus haut elle aussi, sans parler des plans de relance gouvernementaux et des torrents de liquidités déversés par les banques centrales. Nous allons enfin pouvoir respirer sans masques ! Libérés de tout ce qui nous entrave ! Alors, plutôt que de se laisser envahir par la déprime qui pousse à la procrastination, il vaut  mieux dès maintenant se projeter. C’est le moment de se  poser les bonnes questions : comment allons-nous tirer profit du monde d’après et quelles réponses  allons-nous apporter, quels changements allons nous opérer pour nous y adapter. Voilà un bon sujet de  réflexion. Quelques pistes : la  dette  va-t-elle ruiner les rentiers ? La déflation causée par la déprime économique conjoncturelle et les données démographiques  associées aux évolutions techniques va-t-elle céder la place à une inflation salvatrice avec le rebond ?  La question est de savoir comment l'équilibre s'opérera entre déflation structurelle et inflation conjoncturelle, sujet fondamental  pour tous ceux qui ont des « assurances vie ». 

Même les brouillards les plus épais se dissipent dès que l’atmosphère se réchauffe un peu.

 


LA RELANCE SI…

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Le gouvernement a présenté enfin son plan de relance de l’économie, la semaine dernière. J’ai pris le temps d’un peu de  recul avant d’émettre un quelconque jugement. Car la seule question qui vaille,  c’est bien : « Est-ce que ces 100 milliards vont atteindre l’objectif fixé par le Premier Ministre, à savoir, entre autre, la création de 160 000 emplois l’année prochaine ? ».

Pour y parvenir beaucoup d’hypothèques devront être levées.

Réussir un  plan de relance, c’est rarement arrivé. Il faut bien comprendre qu’en la matière, il ne suffit pas de proposer, ce sont les entreprises et les consommateurs qui disposent. D’abord, il y a le temps de la mise en place : l’enveloppe, les cibles potentielles et les étapes d’approbation par  les rouages démocratiques. Ensuite, il y a le temps de l’application, c’est-à-dire l’engagement des crédits au fur et à mesure des besoins déclarés, enfin le délai de « digestion » par  les organismes concernés. Pour faire court : le  plan de relance ne commencera à s’appliquer au mieux qu’au début 2021, les crédits seront débloqués au cours des six  premiers mois si tout va bien, et les résultats tangibles ne commenceront à apparaitre que vers le début 2022, notamment pour l’emploi dont les délais de réponse sont toujours décalés, le temps  que la machine économique se remette en route.

Le contexte sanitaire, l’environnement économique international, la monnaie.

Le contexte de la crise sanitaire va-t-il continuer de peser ? C’est une autre question. La  peur du covid19 et les confinements ont provoqué un vrai traumatisme en même temps qu’une chute brutale de l’activité. L’économie éprouve aujourd’hui les séquelles liées aux incertitudes sur l’évolution de la pandémie, si bien que les ménages temporisent et les entreprises aussi. En conséquence, la croissance potentielle en pâtit.

A cela  s’ajoute l’environnement dans lequel la relance a lieu. L’ampleur de la récession mondiale est confirmée, elle devrait atteindre plus de 6%, touchant en priorité les pays développés dont l’activité chutera de près de 10% sur l’année, tandis que  les échanges dévisseront de 14%.  En toute logique, il est raisonnable de penser qu’il faudra plusieurs années pour que le  monde puisse retrouver une croissance égale à celle des années 2010 (3 à 4%). Le contexte géopolitique joue aussi un rôle et le délitement de la gouvernance mondiale associé à un renforcement du repli national ajoutent une couche supplémentaire d’incertitude. L’affrontement entre la Chine et les Etats-Unis en est un parfait exemple. Le risque est  amorti tant que les banques centrales sont à la manœuvre, qu'elles maintiennent les taux à zéro, qu'elles injectent des centaines de milliards et qu'elles financent gratuitement le déficit des gouvernements qui distribuent de l'argent à tous ceux qui sont touchés et même à ceux qui ne le sont pas. 

La hausse de l'euro est un autre problème.  Elle s’explique d’abord par la baisse du dollar, mais c’est aussi une hausse de l'euro. Les investisseurs ont été impressionnés par la réaction rapide à la crise de la BCE et par la mise en place toute aussi rapide d'un fonds européen de relance et surtout par l'implication européenne d'Angela Merkel. En effet, la zone euro est devenue une priorité pour l'Allemagne et les investisseurs font confiance à cette dernière. C'est un inconvénient pour l’inflation qui est déjà inexistante, car plus l'euro est fort, plus les pressions à la baisse sur l'inflation sont importantes. C’est un nouveau casse-tête pour la Banque Centrale Européenne. Cette hausse de l'euro tombe à un très mauvais moment, car en plus la zone monétaire est entrée en déflation : pour la première fois depuis 4 ans, l'inflation au mois d'août est tombée à -0,2%, elle était de +0,4% en juillet. Elle a touché 12 des 19 pays de la zone euro.

L’Europe et la France.

Dans l’Union européenne, dont la santé économique nous concerne directement, après le très fort rebond économique de juin et juillet, qui était mécanique, l’économie demeure en sous-régime. En Allemagne la production industrielle n'a progressé « que » de 1,2% en juillet. Et les économistes s’inquiètent d'un essoufflement de la reprise en Europe. Selon Eurostat, dans la zone euro, le PIB a diminué de presque 12 % au cours du deuxième trimestre 2020 et de plus de 11 % dans l'UE par rapport au trimestre précédent.

L'activité a fortement rebondi en France pendant l'été. Mais elle va avoir du mal à revenir à son niveau d'avant-crise, avec à la clé le risque d'un drame social. Si l’on en croit les estimations de l'Insee, le PIB a reculé de 6 % au premier trimestre, puis de 14 % au deuxième (avec même une chute de l'ordre de 30 % au plus fort du confinement). Il pourrait progresser de 17 % au troisième trimestre, puis de seulement 1 % au quatrième. La production nationale serait alors inférieure de 4 % à celle du dernier trimestre 2019. Le choc sanitaire de 2020, lui, a commencé par frapper toute l'économie. L'industrie et le bâtiment ont ensuite repris. Certains services ont eux aussi vite récupéré. Mais ceux qui touchent au voyage et ceux où les prestataires sont en contact direct avec les clients, restent loin en arrière. La reprise est très inégale - et les plus touchés sont ceux qui avaient été plutôt épargnés lors des chocs précédents. Le problème c’est que dans une récession des services, les outils employés depuis des décennies pour soutenir l'activité sont inopérants. Il va falloir en fabriquer d'autres, ce qui demandera du temps.

Voyons de quoi est fait le plan de relance.

A première vue, il évite le  premier écueil : une relance de la consommation ( en techno, on dit de « la demande »). Elle n’est pas à l’ordre du jour.  Le gouvernement compte sur les  85 milliards d’euros du  bas de laine accumulé pendant le confinement  par les ménages pour la réaliser. D’ailleurs, on sait que la relance par la consommation crée peu d’emplois en France. Ce n’est donc pas une priorité.

Le plan s'appelle « France Relance ». Il se donne comme objectif énoncé par Jean Castex  de permettre à l'activité en 2022 de revenir à son niveau de 2019. Il s’appuie sur trois axes : 30 milliards pour la transition écologique, 36 milliards pour le social et les territoires, 34 milliards dans l'industrie avec une volonté de relocalisation. A priori, c’est plutôt un bon plan. Il est programmé sur deux ans. Il contient au moins une bonne nouvelle : enfin arrive une baisse des taxes sur la production qui plombent nos entreprises, sauf que ce ne sera pas 20 milliards d'euros mais seulement 10 (mais comme l’Etat les compense aux collectivités locales pendant deux ans... ça ferait vingt). Sur 70 milliards,  c’est trop  peu. Il aurait fallu au moins 30 milliards. Dommage, parce que c’est le levier le plus efficace pour créer des emplois dans les entreprises. Selon une estimation de l’Ifrap, une baisse de 27 milliards aurait permis de créer plus de 420 000 emplois dont 100 000 dans l’industrie. La  principale faiblesse de ce plan c’est de tomber dans le saupoudrage. Avec 100 milliards celui-ci peut apparaître massif,  mais Il comporte un risque majeur de saupoudrage des crédits en voulant impliquer l’ensemble des grands ministères et des acteurs économiques et institutionnels, la longue liste des crédits affectés en est le signe visible. Et si  le Plan veut relancer l’économie par le soutien aux entreprises, il passe encore trop massivement par de la commande publique. 

Il se veut un pari audacieux puisqu’il sera presque exclusivement focalisé sur « l’offre » qui doit permettre de développer la croissance potentielle de l’économie française avec pour objectif +1 point à l’horizon 2030. Un  bon point pour les investissements qui sont privilégiés, un mauvais  point pour le soutien aux fonds propres, très insuffisant. Il fait un pari sur la dette, aussi, puisque le gouvernement ne veut être jugé que par sa capacité à effacer une partie de la crise en retrouvant les fondamentaux de l’économie française de 2019 dès 2022 et en effaçant la dette Covid à compter de 2025. C’est vraiment très ambitieux, d’autant plus que ce beau programme de relance pourrait être effacé par la politique monétaire de la BCE si l’euro se renforce trop face au dollar au risque de détruire la compétitivité que l’on espère retrouver.

La méthode d’exécution.

Pour l’exécution, le Premier Ministre propose une méthode de budgétisation inédite en réservant l’ensemble du Plan de relance à une mission particulière du budget 2021 afin de conserver une certaine fongibilité des crédits. Pour cela le Premier Ministre présidera un « Conseil de la relance » qui communiquera sur l’avancement et les résultats de la consommation des crédits, sur base mensuelle, tandis que chaque semaine « un comité de pilotage » présidé par le Ministre de l’Economie devrait piloter le déploiement du plan avec les ministères dépensiers et les acteurs des secteurs cibles. J’avais  commencé à oublier que la France est un pays de culture « dirigiste ». Tout sera sous le contrôle de Bercy. Amélie de Montchalin va nommer des « Sous-Préfets à la relance » et  il faudra aussi probablement compter avec François Bayrou, Haut-Commissaire au Plan. On rajoute des couches d’administration à un pays déjà suradministré. On ne peut faire plus rigide ni plus vertical. Vous avez dit « handicap » ?

Mais le plan est « Un cadeau à la France pour relancer l'économie et lutter contre le chômage » selon Jean Castex. Il faudrait lui rappeler que ce « cadeau » n'est pas un cadeau du ciel, mais un « cadeau » fait et payé à terme par les Français pour les Français. En parlant de cadeau, il alimente cette croyance qu'on peut distribuer de l'argent magique qui ne coûte rien à personne... Rappelez-vous : « C’est gratuit, puisque c’est l’Etat qui paie ! ». Ce plan, et surtout la façon de le présenter, va alimenter dans l'esprit de beaucoup de Français l'idée qu'on peut dépenser sans compter et détruire définitivement toute tentative de revenir un jour à une gestion budgétaire saine, à l'Allemande. Un autre inconvénient, c'est que tout cet argent va également alimenter ce que les Anglo-saxons appellent la « zombie economy », ces entreprises qui doivent tomber car elles ne sont ni compétitives, ni adaptées au présent et à l'avenir et qu'on va maintenir artificiellement en vie. Ceux qui s'inquiétaient de savoir comment les entreprises allaient rembourser leur PGE à partir d'avril prochain ou comment elles allaient pouvoir supporter la flambée des taux de leurs crédits si elles les prolongeaient, peuvent se rassurer. L’État a imposé aux banques de laisser le taux de renouvellement du PGE dans une fourchette de 1% à 2,5%. On va donc continuer à maintenir artificiellement en vie des entreprises zombies. Au moins jusqu'aux élections...

Alors ?

Outre le fait que l’enveloppe de 100 milliards d’euros est artificiellement gonflée pour la présentation, puisque le plan reprend des dispositifs déjà en place, le moins qu’on puisse dire c’est que l’environnement global n’est  guère porteur. La pandémie ne se calme pas ce qui entretient une atmosphère d’angoisse peu propice à l’optimisme et à la consommation. Du coup, l'économie rebondit mais moins rapidement qu'anticipé, de même pour le chômage, dans un monde qui tourne au ralenti. Après un arrêt de la croissance comme on l'a connu avec le confinement, la reprise se fait par étapes. Sur le front monétaire, l’euro a progressé de 12% depuis l'apparition du virus. C'est un inconvénient supplémentaire pour les exportations qui sont une priorité de la relance. Enfin, c’est à l’épreuve des faits qu’on vérifiera si notre dirigisme n’est pas un handicap supplémentaire. Le moteur de la confiance, essentiel, tourne lui aussi au ralenti. Et les  secousses sociales qu’il faut craindre  avec  l’explosion du chômage  prévue d’ici la  fin de l’année, dans le contexte actuel de  violences, pourraient peser bien plus que l’argent pour la relance… mais pas dans le bon sens. Vouloir créer 160 000 emplois dès l’an prochain paraît vraiment très ambitieux, car l’Etat propose mais les entreprises disposent. Mais restons positifs, il fallait un grand plan de relance et c'est un grand plan de relance.

 


LES DOSSIERS DE L'ETE

Dossiers de l'été

4 / UNE RECESSION BIEN FRANCAISE !

Tous les pays du monde connaissent un repli de leur PBI à cause de la crise sanitaire.  L’Europe n’échappe pas à la règle. Mais pourquoi en France, la récession est-elle plus forte qu’ailleurs ? Le Royaume-Uni qui cumule les atermoiements de Johnson et les conséquences du Brexit  fera peut-être pire que nous, mais ça n’est pas certain.

Ce constat est d'autant plus perturbant que, traditionnellement, notre économie, du fait de l'importance de son secteur public et de ses mécanismes de redistribution protecteurs, est moins exposée aux chocs internationaux que nos partenaires de l’Union. Si l’on en croit les chiffres du début de l’été, qui peuvent encore bouger, l’OCDE a annoncé que la France pourrait connaître une récession de 11,4 % (246 milliards d'euros)  à 14,1 % de son PIB en 2020. C’est en France, juste devant l’Italie et l’Espagne, pourtant plus touchés par l’épidémie, que la crise économique pourrait donc être la plus forte. Car  pour le  moment, si les Français sont inquiets, ils n’ont pas  encore vraiment subi  les effets de la crise économique. Le  pire est devant nous quand les amortisseurs sociaux cesseront inévitablement de tendre leur filet  protecteur : chômage partiel,  prêts, paiements de  charges différés, etc… Cette chute, liée au confinement pendant près de huit semaines, est presque mécanique : quand on a 35 % de l’économie en pause pendant deux mois, ça ne se rattrape pas pendant les mois qui suivent. Au global, l’OCDE prévoit que l’économie mondiale va se rétracter de 6 % cette année. Ce sera encore pire dans la zone euro (entre 9 et 11 %). Le contexte est donc morose pour tout le monde.

Alors que s’est-il passé ?

  • La France a été prise au dépourvu.

Les  déclarations successives de nos responsables en disent long. Inutile de revenir sur les propos qui se sont enchaînés dont Sibeth N’Diaye a été le porte-drapeau risible. Non seulement personne ne croyait une pandémie possible, mais notre dispositif de santé, le meilleur du monde, était complètement inadapté pour y faire face. Quand l’épidémie est arrivée sur le continent européen, nous avons tardé à réagir et la  prise de conscience a  été brutale.  Ce n’est qu’au pied du mur, qu’on a mesuré que la vague des malades allait submerger nos hôpitaux, en manque de lits dédiés, de respirateurs, de matériel basique de soins. Manque de masques, de blouses, de tests, … Le  seul   moyen  pour éviter la  catastrophe, a été le confinement général, décidé en toute hâte, alors que les élections municipales étaient déjà programmées.

  • La France cumule deux handicaps majeurs : la centralisation excessive et  une technocratie toute puissante. 

Chez nous tout part d’en haut, et tout le monde doit faire pareil. Le nombre de prises de  paroles  du Président de la République pour commenter la situation est la partie visible de l’iceberg. L’exemple du confinement est emblématique de notre système centralisé : il s’est appliqué uniformément sur tout le territoire, Paris et Mende logés à la même  enseigne. Au moment du déconfinement, nous avons eu droit aux territoires à couleurs variables, avec des procédures de circulation très codifiées, inventées  par nos technocrates jamais en mal d’inspiration. Le fameux  Conseil scientifique n’était en fait qu’un assemblage de médecins bureaucrates, pas  toujours en phase avec la réalité. Pire, l’Etat qui ne connaît d’habitude que ses Préfets s’est pris les pieds dans le fouillis entremêlé de ses services déconcentrés  entre le Ministère de la Santé, l’Agence France santé, les ARS, …  au point d’enrayer les initiatives prises par les collectivités territoriales plus réactives et plus souples que l’Etat obèse. Si nous avons connu  la pénurie des masques, on le doit principalement à notre technocratie. Depuis « la Bercysation » de notre système de santé, il a fallu trouver les  économies à réaliser,  c’est ainsi que  les stocks de  masques périmés n’ont pas été renouvelés… Simple calcul de technocrate. Même embolisation pour les commandes de masques. Une autre des particularités françaises est la centralisation de son économie autour de deux régions, l'Ile-de-France et l'agglomération lyonnaise : « Vous avez à peu près 40% de l'économie française » résume Jean-Marc Daniel. « Quand vous bloquez les transports dans des régions qui sont aussi concentrées, vous avez un effet qui est l'incapacité de déplacement de la main d'œuvre. » Nouvel  effet démultiplicateur.

  • Le secteur public n’a pas joué son rôle amortisseur. 

D’habitude le secteur public n’est pas touché par la crise qui atteint majoritairement le secteur privé. Les  fonctionnaires continuent de consommer et permettent au moteur de la « consommation des ménages » de continuer à tourner. Mais cette fois-ci, avec le confinement, cet effet d’amortissement n’a pu avoir lieu. Et en plus, certains services ont dysfonctionné et contribué à paralyser ce qui continuait de marcher : La Poste, les transports publics, notamment …

  • Le confinement a touché nos points forts.

Soulignons d’abord que la France  a été l’un des pays où le confinement a été le plus long, près de deux mois donc, et où le déconfinement est des plus progressifs. Et ce confinement sanitaire a touché tous les points clefs ou les points forts de l’économie française. Les secteurs de services ont été plus atteints que les activités industrielles, en particulier le tourisme, les loisirs et toute la filière de la «mobilité». Or, en temps normal, ce sont les points forts de l'économie française, de l'aérien à la restauration, de la construction automobile au musée du Louvre. D'où l'impact immédiat et massif sur toutes ces activités dans notre pays. Le tourisme a été sapé dans ses fondements par le confinement. Le secteur est très important en France, comme pour l’Espagne et l’Italie. Car, même si on ne retrouvera pas tout de suite les touristes étrangers qui viennent par millions chaque année en France, le tourisme interne à lui seul représente les deux tiers des recettes touristiques. Sans réouverture totale du secteur on ne retrouvera pas les niveaux d’avant crise. L’industrie aéronautique se retrouve clouée au sol. Et plus globalement les secteurs exportateurs de la France que sont la chimie, l’agroalimentaire et le luxe. C’est vrai qu’en temps normal notre balance commerciale est déjà déficitaire. Mais le facteur aggravant c’est que ce sont les secteurs où la France est bien positionnée qui ont été touché. Arrivent ensuite l’automobile, la France n’est pas l’Allemagne mais a quand même un secteur important. La construction, qui compte pour 6 % dans le PIB français, a, elle aussi, été globalement à l’arrêt pendant deux mois. Il s'agit là de données objectives auxquelles on ne pouvait se soustraire. C’est pourquoi le gouvernement a déjà présenté un plan pour l’automobile, pour le tourisme et l’aéronautique.

  • Une économie qui tourne à l’envers.

En France, nos hauts responsables sont persuadés que c’est l’Etat qui crée la richesse et que donc il suffit de distribuer du pouvoir d’achat. La consommation des ménages est considérée  comme le principal moteur de la croissance tricolore. Pour la financer, l’Etat a recours à l’impôt qui donne lieu de ce fait à une « redistribution » qui brime les plus aisés. Comme  l’impôt  a atteint des seuils de saturation fiscale, il a eu recours à l’emprunt faisant grossir régulièrement la dette,  qui dépassait au début de l’année 100% du PIB.  En conséquence, la capacité des investissements par le privé est amoindrie et insuffisante pour financer la recherche et l’innovation, et le poids des charges rendent nos entreprises peu compétitives.  Nous perdons régulièrement des parts de  marché à l’export et notre balance commerciale est gravement déficitaire.  A l’inverse, des  pays comme l’Allemagne sont plus tournés vers l’export et veillent à garder leurs entreprises compétitives.  Tant qu’on ne comprendra pas que « le pouvoir d’achat » est la résultante de la  capacité des entreprises à créer de la richesse, on continuera de creuser nos déficits. Nous avons abordé la crise sanitaire dans les pires conditions : dès le début de l’année, la croissance était en berne contrairement aux affirmations de Bruno Le Maire. C’est pourquoi,  avec la fermeture de nombreux commerces, la capacité même à consommer a été largement amputée. Le résultat ne s’est pas fait attendre : dès mars, avec seulement deux semaines de confinement, on est revenu au niveau de consommation de l’an 2000. Une chute vertigineuse. Mais le taux de croissance du 1er trimestre était en recul de 5%, alors que le confinement n’est intervenu qu’à la mi-mars !

Dans son rapport, l’OCDE voit une reprise très nette, et même plus forte qu’ailleurs, en France en 2021. Mais il faudra a priori attendre fin 2022, dans l’état actuel des choses, pour retrouver le niveau économique du début de l’année 2020.

  • Une relance keynésienne serait suicidaire.

J’entends par là, une relance qui tablerait  essentiellement sur une reprise de la consommation. Il faudrait profiter du contexte actuel  « d’argent facile » pour financer  massivement la recherche-innovation, aider les entreprises à investir  en baissant significativement leurs charges- toutes leurs charges. Bruno Le Maire semble en avoir conscience mais les gestes qu’ils  prévoient restent à des niveaux très faibles : baisse de 10 milliards des charges de production sur 70 milliards, renouvellement pendant deux ans des baisses d’impôts sur les sociétés. Pas de quoi bouleverser la  donne de la  création de richesse.

Notre système de protection sociale est efficace pour amortir  le choc de la crise quand elle survient.  Le système de chômage partiel – coûteux mais nécessaire – a permis de conserver le capital humain des entreprises. C’est ce qui leur permettra de repartir plus vite que si elles devaient engager et former de nouvelles personnes. Aussi louables soient-ils, les dispositifs d'aide publique, en incluant les prêts des banques centrales, ont eu pour seule vertu de soutenir les revenus des personnes et les comptes financiers des entreprises. Ce sauvetage était nécessaire. Mais en tant que tels, ces dispositifs n'ont pu compenser les pertes de production et de consommation elles-mêmes, d'où ce paradoxe effarant avec, d'un côté les ménages qui ont accumulé une sur-épargne de près de 100 milliards d'euros et de l'autre un pays qui s'apprête à supprimer 800.000 emplois faute de perspective d'activité, selon les prévisions de Bruno Le Maire lui-même, le ministre de l'Économie et des Finances. Or, contrairement à ce que nous raconte le discours ambiant, la reprise de la consommation ne  doit pas  être la seule clef de la croissance dans les mois à venir. Certes, l’épargne a doublé pendant le confinement, c’est colossal ! Les ménages ont des marges de manœuvre de consommation. Reste à savoir si les ménages auront suffisamment confiance en l’avenir pour faire chauffer la carte.

Si la France subit aujourd'hui la récession économique la plus violente d'Europe et du monde, cela tient à la fois à la façon dont elle y est entrée et à sa sortie. Après avoir mis en place le confinement le plus draconien, l'exécutif et les Français eux-mêmes, anesthésiés par leur paperasserie, peinent à s'en extraire. Or c'est là que le bât blesse dans l'Hexagone, qui reste engoncé dans ses règlements pointilleux, ses protocoles sanitaires abracadabrantesques, ses délais de réflexion et de communication extravagants entre l'Élysée, Matignon et Bercy.

Voilà ce que traduisent les chiffres de l'OCDE : une certaine exception française au pire sens du terme. Le plan de relance concocté par Bercy risque de ne pas viser les bonnes cibles  et on peut craindre une coloration par trop électoraliste, ce qui serait la pire des options. L’urgence serait de recréer de la richesse « hexagonale » en réinstaurant un cycle vertueux, et pas de la transférer ailleurs, par la consommation qui augmente inévitablement nos importations et fait travailler les autres, en Asie, par exemple.


LA RELANCE DE LA DERNIERE CHANCE

Robots-industriels-

 

Le  chemin du déclassement.

En 1975, la France était la 4ème économie mondiale. Elle est aujourd’hui au 6ème rang, et  encore, ça n’est pas certain. Pays exportateur, son commerce  extérieur est en déficit depuis de nombreuses années sans qu’elle arrive à renouer avec un solde positif.  Ses parts de marché n’ont cessé de se rétrécir même au sein de  l’Union européenne. La faute à une désindustrialisation massive provoquée par les 35 h et  les délocalisations qui ont suivi et aux charges excessives que doivent supporter les entreprises qui sont encore là,  mais à la compétitivité aléatoire. Les multiples relances  keynésiennes tentées depuis les années 80, aussi ruineuses qu’inefficaces n’ont fait qu’accroître  le mal, en stimulant une consommation de produits fabriqués ailleurs, surtout en Asie.  Hausse des dépenses sociales et chocs fiscaux l’ont coupée des reprises mondiales. Le résultat, nous l’avons sous les yeux, aggravé par la dernière crise sanitaire : croissance potentielle réduite à 1%, accélération de  la  désindustrialisation, chômage permanent, dépenses publiques non maîtrisées, dette en expansion continue. Le mal est profond et les trois dernières années n’ont fait que le confirmer : déni de la compétitivité, de  l’investissement et de l’innovation ;  état-providence toujours plus boulimique qui interdit la modernisation de l’appareil de production. La  France n’a plus le droit à l’erreur. 

Une situation critique.

A la sortie de la crise du covid19, pour autant que l’on en soit sorti,  notre économie subit la récession la plus sévère  avec  une reprise fragile et « hémiplégique ». Outre  le terrible bilan sanitaire avec plus de 30 000 morts, nous sommes  plongés dans la pire crise économique et sociale de  l’OCDE.  La récession atteint 12% du PIB, le chômage est remonté lui aussi à 12% des actifs, la dette publique s’est envolée à plus de 120% du PIB. L’activité reste inférieure de 10% à son niveau d’avant-crise. On constate un effondrement de l’investissement (de 40%) et des exportations, alors que la consommation s’est redressée à 97%. L’industrie est à 70% de ses capacités. Fermées plus tôt, plus longtemps, les lignes de production françaises repartent un peu moins vite que leurs concurrentes européennes - ce qui fait craindre un nouveau décrochage du made in France. Le déficit commercial atteignait plus de 7 milliards en mai. On reconnaît là tous les stigmates de l’économie du pays. Dans ce contexte d’autant plus déprimé que l’économie mondiale est en panne, la situation de la production mondiale se stabilise en effet à un niveau inférieur de 25 % par rapport au niveau de début janvier, il faudrait éviter que le plan de relance annoncé par le Président et le Premier Ministre ne s’inscrive dans la continuité des précédents, qui ont tous échoué  et  qui privilégiaient la redistribution sur la production et la protection sur l’innovation. D’autant plus que certains pays s'en sortent mieux que d'autres, mais pas la France.

Dépenser n’est pas relancer.

Une chance au moins : grâce à « l’argent magique » qui tombe du ciel européen et qui permet à la France d’emprunter à moindre coût, nous allons échapper, pour l’instant, aux hausses d’impôts qui seraient le plus sûr moyen de tuer la reprise comme en juillet 2012 avec Hollande. Mais compte tenu de l’état de nos finances publiques, qui n’est pas « un conte de fée » comme dirait Eric Woerth, c’est probablement la dernière fois que la France peut empruntée plusieurs centaines de milliards d’euros pour reconstruire son économie. Autant dire qu’il vaudrait mieux qu’elle soit au final compétitive et écologiquement soutenable. A cet égard, ce que fait l’Allemagne pourrait servir de modèle : 130 milliards d’euros au service de l’investissement, de l’innovation, de la conversion numérique et écologique de son industrie notamment automobile. Notre plan de relance ne sera présenté qu’à la fin août par Bruno Le Maire. Les actes suivront-ils ses paroles ? Les mesures de soutien aux entreprises pendant le confinement avec  les suppressions de charges temporaires ont été utiles. Mais pour la relance,  pour l’instant on constate surtout l’avalanche des dépenses pour la police, pour l’hôpital, pour la SNCF, et la machine à redistribuer semble l’emporter avec  l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire et les  hausses de salaires, les aides à la rénovation thermique pour les ménages … Sans parler de la création de la 5ème branche de sécurité sociale (financement?) au moment où le déficit du système des retraites explose à 30 milliards d’euros. Seuls 40 des 100 milliards sont affectés pour l’instant à la production et à l’industrie, ce qui ne compensera même pas les pertes enregistrées en 2020 (70 milliards pour les entreprises). On retrouve encore la  machine à dépenser dans la poursuite de la création de postes dans la fonction publique affectés aux services territoriaux… Bruno Le Maire veut baisser les impôts de production de 10 milliards d’euros, c’est mieux que rien, mais une goutte d’eau dans la mer des 67 milliards que paient nos entreprises, et encore, il faudra qu’il compense le manque à gagner pour les Régions. Ses bonnes intentions  risquent de se noyer dans le saupoudrage et le parasitage vert. Notre pays est donc en passe de dilapider à nouveau 100 milliards d’euros. On cherche une stratégie et du courage politique et on trouve surtout gesticulations, annonces démagogiques et moulinets. Et cerise sur le gâteau, on va « cantonner » la dette Covid ce qui n’est rien d’autre que le « maquillage » des comptes  publics, comme le font … la  Grèce et l’Italie.

Si Castex  veut casser la baraque, il va falloir qu’il s’y prenne autrement. Je crains que ça ne soit guère possible. Un technocrate ne peut faire que ce qu’il sait faire : reproduire à l’infini les mêmes schémas qui ne fonctionnent pas. C’est clair que la droite ferait autrement. La France semble hélas condamner au déclassement et  au déclin, à la stagnation, au chômage et aux dettes …

 


QUAND LE VIEUX MONDE DEMANDE DES COMPTES…

Les gaulois réfractaires001

 

J’ai lu le dernier livre de Philippe De Villiers. Par curiosité et aussi en amateur de belle langue.  Qui connaît le spectacle du Puy du Fou, c’est de quoi je parle. Le Vendéen a un vrai talent de narrateur et pratique le Français avec maestria. Que pouvait-il bien avoir à nous dire, lui qui semblait avoir été conquis par Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Economie, quand il  était venu lui rendre visite dans son fief. Je n’ai pas été déçu, même si je suis loin d’adhérer à toutes les thèses du Puyfolais.

Parlons d’abord  du livre.

Il  se lit d’une seule traite. Il a le mérite d’être court, concis et bien documenté. Le style est enlevé, enthousiaste aussi bien pour  applaudir que dénoncer. L’auteur, dont on connait les talents d’orateur capable de tenir en haleine une assemblée de 10 000 personnes, a conservé sa verve et le sens de la formule « tueuse ».  Son répertoire, bien que classique, peut amuser par ses nombreuses références à sa culture et son univers religieux détournés ici par dérision : Sibeth devient « La Pythie » et son pupitre de plastique un « lutrin » ;  « Saul, le païen (qui) s’est converti en galopant sur la route de Damas » est  mis en parallèle  avec « le startupper devenu le grand  logisticien du rapatriement des patries  perdues » (Macron dans son discours du 13 avril)… Le plan en est relativement simple : la pandémie et  le  confinement sont une occasion en or pour régler son compte à Emmanuel Macron par un homme que ce dernier a tenté de manipuler, et par la même occasion de se faire une fois de  plus le  chantre de la souveraineté nationale et  des terroirs face à la  mondialisation, à la technocratie et à l’européisme. L’ouvrage début donc logiquement par la rencontre Macron-De Villiers, suivie de l’épisode de la pandémie du déni au mensonge pour finir par le « jour d’après » en guise d’épilogue.

Dialogue entre le « vieux monde » et le « nouveau ».

On ne peut pas  suspecter Philippe de Villiers de mentir. Après son passage à Orléans pour « honorer » la  Pucelle, au cours du même été, Emmanuel Macron s’était rendu au Puy du Fou soi-disant pour comprendre comment fonctionnait cette réussite économique spectaculaire que sont le « Grand parc » et la « Cinéscénie ». Une rencontre haute en couleur entre le Vicomte et le banquier, au cours de laquelle il avait fait son « coming out » : « Je ne suis pas socialiste » ! ». Des heures de dialogue approfondi  qui vont laisser Philippe de Villiers sous le coup de la séduction. Le récit de l’échange est hallucinant. Macron montre un art consommé de la disruption et de la manipulation qui fait dire aujourd’hui à de Villiers : « J’ai mis du temps à comprendre ce qui se cachait derrière les figures chorégraphiques du « en mêm’temps » : Macron des villes, Emmanuel des champs »…

La pandémie : du déni à la catastrophe.

Philippe De Villiers livre ensuite un réquisitoire glaçant sur la gestion de la pandémie : le déni pendant deux mois, les mensonges successifs habilement habillés en vérités, la mise en scène du paravent du « conseil scientifique » pour se mettre à l’abri, le confinement qui aurait pu être évité et qui conduit à la débâcle économique… Une histoire terrifiante que l’auteur présente sous le faux questionnement : « Auraient-ils menti ? ». Pour Villiers, cela ne fait aucun doute, mais, avant tout, le gouvernement a péché par aveuglement idéologique. Car les mensonges vont s’enchaîner comme un engrenage inéluctable mis en perspective par le calendrier incontestable des faits et des affirmations des uns et des autres. Car il était impossible de « ne pas savoir ».  « Depuis douze ans des voix autorisées et les plus hauts képis de  l’armée française » avaient prévenu. En 2017,  le service de santé des armées alerte sur le risque d’émergence d’un « nouveau virus franchissant la barrière des espèces ou échappant à un laboratoire de confinement ». Il cite au passage la légèreté avec laquelle Raffarin fait installer à Wuhan une plate-forme novatrice P4  sur le modèle du laboratoire Jean Mérieux de Lyon, dont les 50 chercheurs français qui devaient y travailler pendant cinq ans ne sont jamais partis. Et c’est de Wuhan,  justement, que le virus va  prendre le large … Les dispositions pour y faire face auraient dû être prises. Mais le 24 janvier la Ministre de la Santé rassure les Français : « Le risque d’importation de cas  de Wuhan … est pratiquement nul ». On connait la suite. La  voie choisie par la France est surprenante : les frontières ne servent à rien, les masques pas plus, ni les tests…  pour finalement se retrouver bouclé par la frontière de son propre appartement. Deux mois de déni, deux mois de confinement, une économie effondrée et plus de 30 000 morts qui auraient pu n’être que 5 ou 6 000 si l’exécutif avait fait, ne serait-ce que comme l’Allemagne. Une lourde responsabilité pour les gouvernants qui, à coups de grands’messes médiatiques ont camouflé  leur incurie. Ceux-là ne mériteraient-ils pas la Cour de Justice de la République à commencer par celui que les médias présentent comme le « chouchou » des Français ? 30 000 morts et 220 milliards de déficit, comme carte de visite… Mais évitons de jouer les procureurs. Les commissions d'enquête parlementaires sont là pour ça éventuellement.

Le retour du Nouveau Monde.

« Il faut nous réinventer, et moi le premier ». Tu parles.  En fait de se réinventer, le Président a suivi le conseil de celui qui dirige le « Centre d’analyse, de prévision et de stratégie » du Quai d’Orsay, Manuel Lafon Rapnouil, qui lui a remis un rapport sur la « sortie de crise », à la fin mars. Il y brandit la menace : « Le risque est réel que les efforts de stimulation de la croissance ne soient l’occasion pour l’ancienne économie de se remettre au centre du jeu en détriment de celle –plus innovante et verte notamment- que l’on essaie de développer ».  Tout est dit. L’ancienne économie peut crever, ces indépendants qui résistent encore au « Nouveau Monde ». Il y a donc une France « déconnectées » qu’on débranchera. Evidemment « Le jour d’après », pour Philippe De Villiers, ce sera la guerre  de ceux qui ont tenu la France à bout de bras pendant la crise contre la dilution de la souveraineté, contre la mondialisation qui nous a désarmés  face au virus. L’auteur y reprend ses combats de toujours, pertinents quand il s’agit de la technocratie ou la globalisation qui tue notre économie, quand il vante l’économie réelle ancrée dans les territoires, beaucoup moins quand il enfourche la thématique de l’Europe inutile en négligeant l’action déterminante qu’elle a eue pendant la pandémie, notamment grâce à l’action d’Ursula Von der Leyen. Cela ne veut pas dire pour autant que la France n’est pas  capable de gâcher la relance obtenue au dernier Conseil européen. Et le plan qui se concocte à Bercy n’est pas fait pour rassurer.

Le livre est donc une attaque en règle contre ce « Nouveau Monde » prôné par Emmanuel Macron et qu'il juge responsable des difficultés de la France face au coronavirus. L'ancien député européen avait eu des mots lourds de sens durant la campagne des élections européennes de 1994. « Quand toutes les barrières sanitaires seront tombées et qu'il y aura une grippe à New Delhi, elle arrivera dans le Berry. » avait-il proclamé à l’époque, en déchainant les rires. Il saisit donc cet ouvrage pour faire le procès de la disparition des frontières, de la technocratie et de la mondialisation financière. De véritables chevaux de bataille pour lui et qui ont trouvé un écho très particulier ces dernières semaines.

Même quand on n’est pas Villiériste, ce qui est mon cas, un livre à lire absolument pour la mine d’informations qu’il comporte auxquelles le grand public n’a pas eu accès et pourtant nécessaires pour se forger un jugement sur les événements.

 


MERKEL S’IMPOSE

Angela

 

L'accord qui vient d'être signé à Bruxelles est HISTORIQUE.

Sur ce point, Emmanuel Macron a raison. Mais il a une chance inouïe : Merkel a eu besoin de lui, ce qui n’aurait pas été évident s’il n’y avait pas eu la crise. Car le changement de pied de l’Allemagne n’est pas dû au Président français qui aurait convaincu la chancelière comme il le prétend. C’est de bonne guerre, il tire la couverture à lui, pour une fois que la conjoncture lui est favorable. En réalité, comme l’analyse Eric Le Boucher dans les Echos, c’est le plongeon de l’économie allemande en 2019 qui est à l’origine du changement de cap d’Angela Merkel jusque-là inflexible sur la mutualisation de la dette. Les complications des relations commerciales avec les Etats-Unis, l’effondrement des exportations vers la Chine, font que l’Allemagne a besoin d’une relance forte du marché européen pour faire redémarrer son industrie et faire en sorte que les 110 milliards d’euros qu’elle a débloqués pour ce faire ne le soient en pure perte.

Pragmatisme oblige !

Il faut donc aider les pays en difficulté à se redresser rapidement. Aidée par Christine Lagarde qui a ouvert les vannes de la BCE et Ursula Von Der Leyen aux manettes de la Commission, elle s’est activée pour faire avaliser ce puissant plan de relance européen, qui permet à l’Union de s’affirmer aujourd’hui comme une puissance mondiale capable de rivaliser avec les autres géants de la planète. Evidemment, elle n’a eu guère d’efforts à faire pour convaincre Emmanuel Macron, alliance indispensable pour peser au Conseil européen. Bon comédien, le Président français a rempli son rôle à la perfection. Mais il ne faut pas s’y tromper, comme le remarque Marc Fiorentino, tout le mérite revient à Angela Merkel. Sa volonté de marquer sa présidence de l'Union Européenne a été déterminante. L'Allemagne a imposé sa volonté, une fois de plus. Elle a été « le Sarkozy » du sommet. Pour le bien de l'Europe. Car, c’est un pas de géant politique qui a été franchi : les 27 restent soudés, aucun n’a envie de sortir de l’Union, et même s’il y a des coupes dans certains budgets, ce plan de relance marque une volonté politique commune inédite par son ampleur. C’est le Royaume-Uni qui peut faire la gueule : avec 300 milliards de déficit, il connait la pire récession de son histoire et il ne participera pas à la « fête ».

Un accord essentiel.

Il n’a fallu que 5 jours seulement, pour que l'Union Européenne franchisse ce pas de géant. Un accord inimaginable il y a 10 ans et même en ce début d'année 2020. En quoi consiste-t-il ?

. D'une dette commune européenne de 750 milliards (des eurobonds qui ne disent pas leur nom)

. De 390 milliards d'euros de subventions, donc non remboursables. Des subventions payées par l'Union Européenne destinées seulement aux Etats les plus touchés par la crise.

. Plus 360 milliards d'euros de prêts, toujours pour les pays en difficulté.

L’Italie peut se féliciter et ne pourra pas venir se plaindre du trop peu de soutien de l’Union :elle va encaisser 209 milliards d’euros sur le total de 750 milliards, et 80 milliards de subventions, elle est la première bénéficiaire du plan. La France a réussi à obtenir 40 milliards d’euros, mais Macron à oublier de mentionner que notre pays est un contributeur net et pas un bénéficiaire net…. Bah oui, l’oubli fait partie de l’art de gouverner. S’il fallait tout dire …

Les pays frugaux ont cédé, en échange d'un rabais sur leur participation au budget européen.
La Pologne et la Hongrie ont cédé malgré le fait qu'une des conditions pour l'octroi des fonds soit le respect de l'Etat de droit. Simplement, on peut regretter que l'octroi des fonds ne soit pas assorti de conditions telles que la mise en place de réformes structurelles... C’eût été trop demander. Espérons que pour les pays comme la France, ce deal ne sera pas une incitation à la paresse réformatrice et fiscale, ce que l’on peut craindre malheureusement. Car la résistance des pays frugaux est un avertissement. Elle s’explique par leur lassitude face au laxisme budgétaire qu’ils observent, alors qu’eux ont fait les efforts nécessaires et que c’est grâce à eux que l’euro garde toute sa valeur, et tend à devenir, en ce temps de crise, une valeur refuge. Valeur dont profitent les pays du sud, Espagne, France, Italie, dépensiers et surendettés.

Maintenant, il ne faut pas rater la relance.

Car, si les Etats-Unis sont aujourd’hui en difficulté, avec un contexte politique chahuté et un rebond de l’épidémie, ils ont toujours cette capacité à rebondir économiquement que notre vieux continent n’a pas, d’autant plus que Trump va « dégainer » un nouveau programme massif de relance.

 


UNE SOUDURE A 100 MILLIARDS !

Pluis de billets

 

Castex veut ressouder le pays fracturé !

Un conseil : dans les temps qui viennent, il va falloir non seulement porter  un masque pour se protéger du coronavirus mais  protéger votre chef d’un casque lourd pour éviter d’être assommé par  les liasses de billets de 500 € qui vont se mettre à tomber du ciel. Car des Milliards il va en pleuvoir,  comme les obus à Gravelotte. Ne cherchez pas  d’où ils tombent. Je l’ai déjà expliqué. Les  banques centrales c’est magique !

100% social, 0% libéral.

C’est la ligne que s’est fixée Jean Castex. Notamment pour lutter contre le chômage.

Le Premier ministre a commencé la distribution des cadeaux. La  pluie tombe d’en haut mais la demande doit venir du coin de la rue. Tout le monde sera  arrosé. Et ce n'est que le début.

. 8 milliards pour le  système de santé

. 20 milliards  pour la transition  écologique

. 40 milliards pour la reconstruction de  l’industrie et les  relocalisations dont 20 milliards pour baisser les impôts de production : une petite bonne nouvelle dans l’océan des dépenses (les entreprises françaises en paient 5 fois plus que les  allemandes).

. Et le reste sera distribué pour l’emploi des jeunes avec une baisse de charges de 4 000 € pour les jeunes embauchés avec un salaire inférieur à 1,6 SMIC (donc pas pour les diplômés), pour le service civil, pour l’apprentissage, les formations-emplois, l’allocation de rentrée scolaire, le resto U à 1 euro, etc…

. 6  milliards d’économisés : report envisagé de la suppression de la taxe d'habitation pour les 20% de Français les plus riches (à partir de 2 500 €/ mois) prévu en 2023. Une  mesquinerie au vu de la valse des milliards.

Pour les réformes on va prendre son temps.

Il se pourrait bien que la réforme des retraites ne s’applique qu’à partir des jeunes qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail, donc à l’horizon 2065-2070. Les syndicats  ont du temps devant eux pour voir venir.  En attendant, il faudra bien prendre une mesure d’âge pour boucher le gouffre qui s’est ouvert avec le coronavirus (30 milliards). Le redressement des comptes passera avant la réforme.

Ça  fait cher la  soudure.  Bah, « ça coûte rien puisque c’est l’Etat qui paie ». Le mot « déficit » n’existe plus.

Points de repères :

Tableau de bord de la France (rapport de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale)

.  Le choc du coronavirus va coûter 22 points de PIB à la France en 2020

.  Le ratio de dette française sur le PIB s’établit à 120,9% soit 2.650 milliards d'euros

.  Le recours de l'État aux émissions de dette sur les marchés financiers devrait exploser de plus d'un tiers, soulignent les auteurs, estimé à 361,2 milliards d'euros au total.

.  Commerce extérieur 1er trimestre 2020 :  - 14,3 milliards € (déficit 2019 : 58,9 milliards)

. Déficit budgétaire : 11,4%  - 220 milliards €

Et encore, pour corriger l’affirmation « la  France  le  pays le plus attractif d’Europe »

Nous disposons du même nombre de millionnaires que l’Allemagne, entre 1 et 5 millions d'euros (notamment à cause de l'immobilier), mais nous accumulons les retards dès les 10 millions d'euros de fortunes nettes. A partir de 50 millions d'euros nous en avons moitié moins... et jusqu'en haut de l'échelle puisque nous disposons de plus de 2 fois moins de milliardaires. Nous manquons de riches entrepreneurs parce que la fiscalité personnelle et sur le capital, mais aussi de production sur les entreprises, est trop importante en France comparativement à notre voisin Allemand, ce qui pose des problèmes de rentabilité, de transmission et de succession. Autrement dit l'impôt-risque est toujours trop fort en France.

Et être attractif pour les capitaux étrangers, c’est mettre nos entreprises sous leur tutelle. Après  on s'étonne qu'elles partent ailleurs...

 

 


LA FOLLE DANSE DES TECHNOCRATES

Danse des technocrates 2

 

Un Président désarçonné plus préoccupé de courir après sa popularité.

Faut-il qu’il soit perdu à un point qu’on n’imagine même plus : l’agenda d’Emmanuel Macron témoigne par ses consultations tous azimuts  de l’ampleur du désarroi. Voyez l’agenda des derniers jours : Citoyens tirés au sort qui remettent dimanche leurs propositions sur le climat, ministres planchant mardi sur le plan de relance, partenaires sociaux réunis en sommet mercredi sur la gestion de la crise, prédécesseurs consultés sur l’« après », Nicolas Sarkozy mardi, François Hollande vendredi, Valéry Giscard d’Estaing au téléphone… Emmanuel Macron demande à Richard Ferrand comme aux présidents des autres Assemblées, des idées pour la suite du quinquennat. Ce dernier réunit ce mercredi élus, partenaires sociaux, citoyens pour réfléchir à des propositions qui alimenteront son document final. Etonnante plongée dans un abîme sans fond qui dit beaucoup du moment. Le « Nouveau Monde » a furieusement besoin de « l’Ancien ». Au dernier Conseil des Ministres, le Président a engueulé copieusement les ministres au point que certains le disent proche du « burn-out ». Que va-t-il nous sortir le 29  juin ? On peut craindre le  pire. Il  est prêt à tout bousculer  pour se retrouver un chemin de « victoire » en 2022. Même de modifier le calendrier électoral selon son accommodement.  Décidément, cet homme-là a un problème avec la  démocratie et ne comprend rien aux Français.

Pendant ce temps-là, le pays s’enfonce dans une récession sans précédent.

Le dispositif pour faire face à la crise sanitaire a offert aux Français  « les mesures les plus généreuses  d’Europe », au prix d’un endettement inconsidéré, au prix  d’un recul du PIB de 12,5% : le chiffre vient de tomber du FMI. Nos technocrates ont  la main lourde quand il s’agit de dépenser dès lors que le guichet de l’argent facile est  ouvert. Cela n’a pas empêché l’économie française de détruire 500 000 emplois au 1er trimestre et ce n’est qu’un début. Nous avons la récession et les déficits les pires d’Europe. Pour quantifier les choses, le repli du PIB s’élèvera à près de 280 milliards d’euros tandis que le déficit total Etat-Sécu-Collectivités territoriales avoisinera les 250 milliards. La dette publique franchira les 120% du PIB à 2650 milliards…C’est bien connu,   la crise entraîne plus de dépenses publiques et moins de rentrées fiscales.

Mais nos politiques, retranchés derrière leur collège de médecins bureaucrates et les technocrates de Bercy, ont pris des décisions trop  fortes et ont eu la main trop lourde. Comme le  pays a abordé la crise  en situation de fragilité, contrairement aux  dires officiels, car la récession était déjà engagée dès le début de l’année, l’impact du Covid19 a été beaucoup plus lourd qu’ailleurs. L’hexagone fait partie depuis plusieurs années des mauvais élèves de la zone euro. Trois explications plus une : un confinement  plus sévère qu’ailleurs qui a conduit un salarié sur deux du privé au chômage  partiel (22% en Allemagne), absence de directives claires qui ont découragé de nombreux actifs de reprendre leur travail durant le confinement avec une chute d’activité autour de 30%, de nombreux handicaps sur l’offre dans les activités qui impliquent de la promiscuité et des contacts. Enfin, la tendance à l’épargne de  précaution des Français (plus de 100 milliards) face  à l’incertitude économique pénalise une économie traditionnellement tournée vers la consommation. Et cette fois-ci les dépenses  publiques qui enflent démesurément (64% du PIB) plombent les comptes de l’Etat sans redynamiser l’économie. Déficits et récession se donnent la main  pour la descente aux enfers, accompagnée par la danse macabre de notre haute technocratie !

Quelle considération nos partenaires européens plus vertueux  peuvent-ils nous accorder ? Notre manque de retenue est une insulte aux traités que notre pays a signés. Nous nous comportons comme des escrocs vis-à-vis de ceux dont la rigueur financière permet de garantir sa valeur à la monnaie que nous utilisons.

Pendant ce temps-là le pays part  à vau l’eau et n’est pas gouverné.

Il y a un abandon de la sécurité dans notre pays aujourd'hui. Ni le président de la République, ni le Premier ministre n'ont pris ce sujet au sérieux. Quant au ministre de l'Intérieur, il est complètement dépassé par la situation. Nous sommes devant une crise d’autorité de notre État. Une République sans police, sans gendarmerie, sans justice respectées n’est plus un État de droit. Les violences dont nous sommes presque quotidiennement les témoins sont le produit des démissions et des lâchetés  successives. Elles vont avec  les désordres qui agitent les esprits. Si bien que nous sommes dans un  monde qui marche sur la tête où nous voyons l’inversion des valeurs quand les  « antiracistes » racialisent  tout jusqu’aux statues,  où nous voyons l’inversion des responsabilités quand on rend nos forces de sécurité responsables des violences. On a officiellement abandonné le principe d’universalité de nos valeurs ! Avant de repeindre le pays en vert, en rose ou en noir, lavons-le  d’abord de sa crasse bureaucratique. A quoi bon édicter des interdictions si des groupes peuvent impunément les enfreindre. Car si le pays sombre dans la violence et la désespérance, c’est bien parce que la bureaucratie galopante a fait de lui celui qui consacre le plus d’argent  à ses dépenses publiques au prix de salaires bas et d’entreprises à la compétitivité limitée. Un exemple : nous dépensons 4,1% du PIB en dépenses hospitalières (les plus fortes d’Europe) avec les soignants les plus mal payés d’Europe, tout ça parce que nous subissons l’hypertrophie des personnels  administratifs (34% des emplois). On s’étonne après que la méfiance collective suinte partout et alimente un climat social exécrable ! Voilà ce qui arrive quand on abandonne le pouvoir aux technocrates sans âmes : des politiques sans marges de manœuvre, un Etat irresponsable, une opposition systématiquement écartée, des collectivités marginalisées, des citoyens sans repères…

Qu’arrivera-t-il si l’environnement change et les créanciers se réveillent ?

 


LA DETTE DEVRAIT TOUS NOUS PREOCCUPER !

Des-liasses-de-billets

S'il y a bien un sujet qui prend un tour préoccupant, c'est bien celui de la dette française. Avec la crise du Covid19 elle a enflé démesurément et pourrait atteindre  les 3  000 milliards d'euros en 2022. Commençons par nous poser deux questions  : 

"D'où vient l'argent ?" et " Faudra-t-il rembourser  ?".

Je reprends ici deux chroniques économiques parue sur la page facebook des Républicains 49, qui décrivent bien la situation dans laquelle la France se trouve plongée aujourd'hui. 

 

D'Où VIENT L'ARGENT ?

Le  gouvernement annonce des plans de soutien aux secteurs touchés par la crise et l’arrêt de l’activité dû au confinement, et à des entreprises comme Air France ou Renault, il finance le chômage  partiel  , etc… et tout cela représente des milliards d’euros.  Puisque les caisses sont vides, nos concitoyens un peu avisés se  posent la question : « mais où prend-il l’argent ? ». C’est tout simple, il l’emprunte à la BCE. Et la France n’est pas  la seule concernée. La même question se pose à chaque annonce d'un nouveau plan de relance d'un pays,  comme par exemple, après l'annonce par Merkel et Macron d'un projet de fonds de relance européen de 500 milliards d'€.

L’argent de la BCE.

C’est la BCE qui prête aux états mais aussi aux entreprises indirectement en rachetant leurs dettes sur le marché : en fait, c'est de la pure création monétaire, de la « planche à billets » pour reprendre l’expression consacrée.  Toutes les autres banques centrales le font. La Fed aux Etats-Unis, la  Banque d’Angleterre, la Banque du Japon … Elles ont décidé de créer de l'argent de façon illimitée jusqu'à ce que les effets de la crise aient été compensés et c’est une première historique. Cet argent mis à la disposition des états n’est  prêté par personne, il vient de nulle part, c’est de la création monétaire.

Il n’y a rien à craindre pour l’instant.

D’habitude quand on fait tourner la « planche à billets », on augmente la masse monétaire ce qui mécaniquement fait baisser la valeur de la monnaie considérée. Et cela entraîne logiquement de l’inflation, c’est-à-dire une hausse des prix pour compenser. Si  on peut créer aussi facilement de l'argent bien réel, qu'on peut distribuer aux États ou aux entreprises, sans se fixer de limites, et sans conséquences sur la valeur de la monnaie, c’est  parce que deux conditions sont actuellement réunies :
1. Tous les pays sont dans la même situation, ce qui supprime le risque d’érosion de la confiance et d’effondrement de la devise dans une seule zone ou un seul pays.
2. Il n'y a pas d'inflation. Nous sommes aujourd’hui dans une période de déflation structurelle à cause de trois facteurs : la démographie, par le vieillissement des populations dans les pays développés ; la technologie qui modifie les  modes et les circuits de production ; la révolution sociétale, par les changements de mode de consommation.  Et il faut ajouter une déflation conjoncturelle du fait de la crise sanitaire et du confinement.

Et après.

Le problème c'est que nous n'allons pas tous sortir de la crise dans le même état et en même temps.
Dans quelques mois par exemple on va s'apercevoir que l'Allemagne est complètement sortie de la crise alors que nous serons encore plongés dedans et voudrons encore emprunter. De plus, comme les  monnaies n’ont plus depuis longtemps une valeur garantie par une contrepartie « physique » (par exemple un stock d’or), leur valeur se fonde sur la confiance qu’elles inspirent les unes par rapport  aux autres. Il faudra donc que tout le monde arrête en même temps de faire de la création monétaire si on ne veut pas voir une monnaie décrocher par rapport aux autres. Il faudra mettre fin aux largesses financières et  l’on entendra  alors, surtout chez nous : « vous avez été capables de créer des centaines de milliards d'euros en quelques jours, vous pouviez bien en créer 50 de plus pour augmenter tous les salaires ». Parce qu’évidemment les  prêts vont aller au sauvetage des entreprises en priorité.  Mais on peut compter aussi sur les revendications syndicales !

 

FAUDRA-T-IL REMBOURSER ?

C’est la question que l’on doit se poser évidemment.Déjà le débat enfle et alimente toutes les hypothèses, entre ceux qui annoncent la « dette perpétuelle » et ceux qui prônent le remboursement inévitable en faisant payer « les plus aisés »… Pour répondre à cette question nous avons croisé le regard de deux experts indiscutables : le financier Philippe Dessertine et l’économiste Philippe Aghion qu’on dit proche du Président Macron.

Une situation exceptionnelle.

L’arrêt total de la machine économique mondiale pouvait entraîner un effondrement généralisé. Pour l’éviter toutes les banques centrales du monde ont émis de la monnaie, de la dette dans des proportions inédites. On n’a jamais vu autant d'argent dans le circuit à la sortie immédiate d'une crise. Au point que certains n’hésitent pas à imaginer que ça pourrait continuer indéfiniment. Selon « les Échos », la dette créée pour financer les déficits liés au coronavirus pourrait ne jamais être remboursée car elle est en grande partie détenue par la BCE qui est elle-même « détenue » par les États auxquels elle prête. On aurait donc soit une annulation pure et simple de la dette détenue par la BCE, soit, plus élégant, une transformation de cette dette en « dette perpétuelle » qu'on annulerait dans quelques années. Mais dans les faits, nous prévient Philippe Dessertine, l’énorme gouffre creusé par l’absence de production est toujours là, doublé désormais d’une dette folle. Depuis trente ans, cette dette est de plus en plus décorrélée de la production de la richesse. Comme on l’a vu, il s’agit d’une création pure et simple : on fait tourner la planche à billets. Une démarche utile pour enrayer la spirale de la dépression, mais insoutenable à long terme.

La magie n’existe pas.

Jamais un banquier central n’a produit de la richesse. L’histoire est riche d’exemples en la matière. La vérité c’est qu’un jour ou l’autre, l’excès de dette entraînera la perte de confiance dans la monnaie ce qui débouche toujours sur la dévaluation de l’épargne, et les premières victimes sont toujours les épargnants. L’enjeu n’est pas de savoir s’il faut s’en réjouir ou les défendre, une catastrophe monétaire a toujours le même épilogue : un effondrement de la croissance, la ruine des rentiers et la misère pour les plus vulnérables. Ce médicament économique est donc à manier avec une infinie précaution. Il doit être circonscrit dans le temps et oblige ensuite à une rigueur accrue. Il faut donc avoir comme objectif le plus vite possible de recréer de la valeur. D’où la nécessité d’un plan de relance.

Le recours à l’impôt.

La France a besoin d’au moins 300 milliards d’euros. L’ISF rapporte au mieux 4 milliards : on voit tout de suite qu’augmenter les impôts ne servirait à rien pour combler cette somme énorme, surtout dans notre pays déjà en overdose fiscale. Pour Philippe Aghion, il est même contre-productif d’y penser. Selon lui, la prochaine source de financement de la France dans les prochaines années sera la croissance par l’innovation et tous les efforts du pays doivent converger pour doper cette croissance. Cela met au rebut toutes les propositions de monétisation de la dette, de fonds de défaisance, de rachat de tous les types d’actifs par les banques centrales, … Il faut absolument miser sur la croissance et donc ne rien faire pour la décourager. La monétisation de la dette publique par la BCE peut être une solution d’attente, mais elle ne peut le faire sans limite. Par contre, il est possible d’utiliser mieux le stock d’épargne en l’orientant davantage vers les secteurs économiques gros consommateurs d’investissements.

L’investissement privé en première ligne.

Il s’agit d’inventer des technologies nouvelles, de proposer des ruptures, d’innover dans le fonctionnement des entreprises : le temps du risque est revenu. Et l’Etat est le plus mal placé pour le gérer. Au contraire, il serait opportun de créer l’environnement, les structures, la fiscalité qui stimulent cet effort gigantesque de l’investissement privé. Avec, pourquoi pas, au passage, une utilisation intelligente de l’épargne jusqu’ici sacrifiée. C’est le seul moyen de convertir la masse monétaire aujourd’hui virtuelle en potentialités productives.  Alors la question du remboursement ne se posera plus, ou alors en termes soutenables.

Nous verrons prochainement pourquoi il ne faut pas  minimiser le risque que la dette explose .