LA DICTATURE DU « JE »

Haddock insultes maj

 

La toute puissance des algorithmes.

Pour ceux qui, comme moi, ont  lu le livre de Gaspard Koenig, « La  fin de l’individu »,  dont je vous ai déjà entretenu, la numérisation accélérée de la société  pendant le Covid n’est pas une surprise. Elle annonce un tremblement de terre qui met en évidence un risque d’obsolescence  rapide de nombreuses tâches pour lesquelles nous estimions que l’homme était indispensable, mais en plus, et c’est le plus grave, le rétrécissement de la pensée subjective humaine individuelle submergée par une rationalité déterminée par des algorithmes supposés nous représenter dans notre globalité.

Encore une fois, ce n’est pas l’Intelligence Artificielle qui est en cause, mais l’usage que nous en faisons et qui façonne une drôle de société. Comme l’Europe a déjà perdu pied dans la compétition qui s’est engagée pour la maîtrise du modèle, il nous reste le choix entre celui qu’impose le régime  chinois, exquise fusion du communisme et des technologies les plus avancées pour enrégimenter l’individu, et celui des Etats-Unis contrôlé entièrement par le géant Google et ses intérêts matériels, dont on vient de voir qu’il pouvait faire le tri dans le contenu des messages qui circulent dans ses réseaux et  fermer un compte purement et simplement.

Deux périls nous menacent : les choix des algorithmes et les choix politiques ou idéologiques de ceux qui contrôlent les serveurs que nous utilisons. Ils connaissent de mieux en mieux nos vies, nos goûts, nos habitudes et ils dominent des pans entiers de l’activité économique du fait de l’accumulation incroyable de données qu’ils sont parvenus à réaliser. Ils se sont aussi attribué un nouveau rôle : être les censeurs de la vie politique et de l’opinion. Et ce n’est peut-être qu’un début. La suspension des comptes de Donald Trump après l’invasion du Capitole le 6 janvier dernier pose la question essentielle pour la liberté d’expression, de la régulation des réseaux sociaux.

Ultra-connectés et bavards.

A cela s’ajoute un troisième péril.  L’avènement du smartphone a fait de la plupart d’entre nous des êtres ultra-connectés, repliées sur leur subjectivité et leurs intérêts tout en intensifiant l’impression de jouir d’une forme d’allégement de l’existence et d’une indépendance sans cesse accrue, constate Eric Sadin (« L’ère de l’individu tyran »). Et nous sommes devenus dépendants de cet « infini » vertigineux. Avec nos téléphones, nos tablettes, nos ordinateurs, un espace d’expression sans limite et à tous moments permet à chacun de s’offrir une multitude de tribunes virtuelles, pour exprimer un avis sur tout –et surtout un avis, aurait dit Coluche-,  dans une débauche de « je » aussi gratifiante qu’addictive. L’inconvénient c’est que ces réseaux sociaux échappent à tout contrôle. Ils constituent un territoire ni structuré ni  hiérarchisé,  chacun étant maître de son « je ».

Avec Twitter on assiste au triomphe de la parole sur l’action, où l’on cherche à s’affirmer non pour défendre un point de vue mais pour imposer une perception des choses. Avec Instagram, l’affichage de soi se transforme en une continuelle monétisation de sa personne, faisant de « l’instagrameur » un homme-sandwich. Les mécanismes pervers mis en œuvre nous font glisser vers une culture de l’humiliation.  Il suffit de lire les commentaires sur Facebook pour s’en convaincre. Enfin, en étant indulgent, parce que l’indigence y règne entre la syntaxe approximative et l’orthographe déficiente qui va généralement avec la superficialité du discours. La  plupart y recherchent des signes pouvant flatter  leur narcissisme ;  asséner sa vérité est devenu un carburant pour l’ego : « je twitte, donc j’existe ! » Cette galaxie inépuisable d’individus produit une profusion de messages qui concurrence les médias traditionnels qualifiés de « top down ».

Un fait, une phrase, une remarque qui tombe  dans ces réseaux va s’envelopper d’une masse de commentaires dont les chaines d’information en continu font leur miel. Ainsi, l’information disparaît au profit de son commentaire. La parole « des gens » remplace l’argumentation de ceux qui militent ou réfléchissent, elle devient vérité et disqualifie le sachant et l’expert, le journaliste, ces passeurs d’une parole vérifiée, d’une opinion étayée ou d’un projet structuré. Tout se vaut, la  parole d’un professeur d’université et celle d’un youtubeur, celle d’un président et celle d’une madame Michu. Il devient quasiment impossible de faire émerger un point de vue  sur ces forums obéissant à la règle de celui qui braille le plus fort. L’information est partout,  mais elle n’est  pas hiérarchisée  et nous nous égarons.

Le triomphe du relativisme.

Les « gens », bien à l’abri de l’anonymat qui permet le lynchage permanent, peuvent s’indigner, se révolter, dénoncer les  incapables, les pratiques insupportables, les complots imaginaires  … Argumenter dans ces conditions, c’est perdre son temps, quant à la raison, « braves gens » … Les contenus qui ont le plus de succès ne sont pas nécessairement les  plus rationnels. C’est lié à la nature même de nos cerveaux qui mémorisent davantage les informations contre-intuitives, qui sélectionnent celles qui confirment nos vues, qui installent des œillères mentales pour nous permettre de camper sur nos positions et que les algorithmes savent renforcer. Car les  plateformes accélèrent la diffusion des fausses nouvelles,  les  post-vérités des complotistes, parce que c’est ainsi qu’elles fonctionnent : proposer à chaque internaute des lectures « proches » de ses recherches précédentes et « fabriquer » des groupes de gens qui pensent pareil, qui se confortent et se justifient. La parade serait l’esprit critique, mais il a disparu avec la culture qui l’accompagnait.

Menace pour la démocratie.

Sauf que tout ce tintamarre, ce  système d’expression est dangereux pour la démocratie.  Il favorise le populisme et le rejet des élites. D’autant plus que toutes les manipulations sont possibles, une minorité de dictateurs de l’indignation polluent les plates-formes, en dénaturent les valeurs de partage.  S’y ajoutent les algorithmes  de certains réseaux qui choisissent et trient vos « followers ».

L’impact de ces nouvelles technologies sur notre psychologie individuelle et collective  est effarant : l’histoire récente des systèmes numériques révèle une ivresse des réseaux qui encourage l’avènement de particularismes autoritaires et l’émergence d’une forme d’ingouvernabilité permanente, autrement dit la montée des comportements d’incivilité qui caractérisent l’effondrement de notre monde commun. Ceux-ci sont aggravés par les technologies de l’embrasement des esprits mises en œuvre sur les réseaux tels que Facebook, Twitter ou Instagram. On s’étonnera alors de la vacuité de ceux qu’on porte au pouvoir, faisant ainsi les choux gras de la technostructure inamovible et de ce fait, toute puissante.

Il faut se doter d’outils pour contrôler les algorithmes eux-mêmes et limiter la puissance des géants du numérique pour rétablir la concurrence. Les Facebook, Twitter, Youtube, Instagram, Snapchat doivent rentrer très rapidement dans le champ de la loi française. Ce sont tous des éditeurs de médias dont les dirigeants pour la France doivent être pénalement responsables de leurs contenus, à l’instar de leurs homologues de la presse audiovisuelle et écrite. Mieux, la  France devrait détenir ses propres plateforme numériques. Il y va de notre survie démocratique, économique et culturelle. Ces  plateformes sont simples, rapides et  peu coûteuses à démarrer et  l’on sait que notre environnement digital est fécond.

L’Europe est le premier continent à s’être engagé dans une réforme globale de son espace numérique par le biais du Règlement sur les services numériques (DSA),  et du Règlement sur les marchés numériques (DMA). Ils sont en discussion actuellement.  Ils permettront de veiller en temps réel à ce que les  plateformes se conforment aux injonctions qui découleraient de ces règlements qui s’appliqueront à tous les Etats membres. Nous devons en effet, fixer les règles du jeu et organiser l’espace informationnel avec des droits, obligations et garanties clairement définis.  C’est une question essentielle pour nos démocraties au XXIème siècle.

 


WOKE, PIRE QUE LES BOLCHOS !

Crétin

Avez-vous entendu parler du mouvement « Woke » ?

Aux Etats-Unis il a envahi toutes les universités. Dans  l’éventail politique, on le place  à « l’ultra-gauche ». Ce sont des extrémistes qui alimentent le « Black lives Matter » et  avec lesquels Joe Biden va devoir composer. De ce point de vue, il  aurait mieux valu que les Démocrates ne gagnent pas les deux sièges qui leur permettent d’avoir les coudées franches au Sénat. Le nouveau président aurait eu ainsi un bon prétexte  pour leur résister.

Un obscurantisme simpliste.

Cette gauche « woke » est adepte de la  politique identitaire et pratique la chasse aux sorcières en faisant taire toute parole dissidente au nom d’un antiracisme devenu une sorte de racisme fou lui-même. Bret Weinsten, professeur de biologie, a dû démissionner de l’université d’Evergreen où il enseignait après s’être  opposé à une journée « anti-blancs » organisée par des étudiants militants  de la cause identitaire. Il ajoutait ainsi son nom à la liste déjà longue des « professeurs annulés » par les « justiciers sociaux ». Ce mouvement vise à abattre le système parce qu’il le considère comme corrompu, et se donne comme objectif de « tout recommencer » à partir d’une page blanche. C’est d’une grande naïveté, mais aucune nuance n’est possible et la contradiction n’est pas permise. Ce que l’on observe ressemble de manière effrayante au bolchévisme où à la période chinoise précédant le Grand Bond en avant.  Des séances d’autocritique sont organisées où les professeurs blancs doivent battre leur coulpe en public en énumérant leurs privilèges.  Des séances grotesques mais  le mouvement manie une telle stigmatisation, notamment sur les réseaux sociaux, avec la complicité de grands  médias, qu’il n’y a guère de possibilité d’y résister. Les  accusés préfèrent se résigner et avouer des choses qui ne sont pas vraies dans l’espoir que les accusateurs passent à autre chose ou ciblent quelqu’un d’autre. Une dictature en cours de formation menace donc les principes fondamentaux de la démocratie et du libéralisme qui font de nous des citoyens et non simplement des porteurs d’identités raciales ou sexuelles. Même si les arguments sont pauvres et la « bêtise » de la vision Woke évidente, le caractère contagieux de la stratégie est spectaculaire. Notre civilisation se trouve confrontée à ces nouvelles formes de racisme, camouflées en lutte contre l’injustice.

Une coalition instable.

Les règles  d’appartenance à la cause sont basées sur ce qu’on appelle l’intersectionnalité (qui vient de faire son entrée à Science Po Paris). Le mouvement appelle à la « cancel culture », ou « culture de l’annulation » qui consiste à appeler explicitement au boycott et à l’effacement de l’espace public de personnes jugées racistes, homophobes ou sexistes. Tout est prétexte pour cette génération qui ne supporte plus d’être offensée et pour laquelle le moindre propos caricatural et le scepticisme sont considérés comme autant de micro-agressions  exigeant la création d’espaces sécurisés où aucune parole blessante ne puisse les atteindre (On est où ?). « Je me sens blessé », tel est l’argument qui autorise désormais toutes les excommunications : avoir conscience que l’on est blessé, c’est être « éveillé », « woke » ! "Eveillé" dans l'obscurité, allez comprendre. Il faut dire, que le « woke » vient de loin, il est né dans les départements d’études critiques énamourés du philosophe Michel Foucault et de la théoricienne du genre, Judith Butler. Le « wokisme » s’est épanoui sous la seconde présidence d’Obama. Et ce n’est donc pas un hasard si le Black Lives Matter, après la mort de George Floyd, a vite abandonné le thème des violences  policières pour appeler à mettre à bas le capitalisme et à démanteler tout l’héritage américain. Mais si ce mouvement prend de l’ampleur et parvient à prendre du pouvoir, il se fragmentera en factions qui ne tarderont pas à se battre les unes contre les autres.  La communauté LGBT se fractionne déjà aujourd’hui entre les homosexuels et les transgenres. Les « tribus » auront tendance à se recomposer selon des lignes identitaires raciales, ce qui est très dangereux. L’antisémitisme est présent dans le mouvement  de manière ouverte et en progression.  De plus, ce  mouvement est en train de créer le démon qu’il prétend combattre, et sortir le nationalisme blanc des marges où il campe actuellement, ces blancs que leur diabolisation exaspère et qui vont grossir les rangs des « suprémacistes ».

Mais une idéologie qui se répand.

La  résistance s’organise. De nombreux intellectuels de la gauche libérale américaine se rebellent contre cet étouffement, plus  de 150 écrivains, artistes et journalistes parmi lesquelles J.K.Rowling, Margaret Atwood.... L’université de Chicago a pris la tête de la fronde, suivie par plus de 50 autres établissements universitaires. Il s’agit de défendre la liberté d’expression et le débat contradictoire. En réalité, ces voix dissidentes restent très isolées.  La  vague « woke » a quitté le champ strictement universitaire pour déborder dans les médias grands publics,  le monde des affaires et les institutions de l’Etat. Certains s’alarment de l’alliance des campus avec l’industrie de la tech, cette oligarchie omniprésente qui prête allégeance au mouvement en forçant  ses employés à organiser des séminaires d’inclusivité et à signer avec les fameux pronoms (him, her,she, he), pratique mise en place pour ne pas risquer de « mégenrer » certaines personnes, et que Kamala Harris emploie elle-même sur son compte twitter. La victoire démocrate sonne  comme une victoire pour eux.  Le Committee on Rules de la Chambre des représentants a dévoilé la feuille de route de la 117ème session du Congrès qui se veut la « plus  inclusive de l’histoire ».  Que l’écriture inclusive soit l’une des premières urgences traitées par les démocrates en dit long sur la puissance de la base progressiste « woke ». Et ce n’est pas un hasard si les Etats-Unis voient  se développer comme un phénomène de  mode le nombre des adolescents transgenres qui touche particulièrement les jeunes filles.

Défendre l'universalisme !

L’absurdité du portrait que fait la gauche « woke » des défauts de l’Occident est en fait une terrible insulte pour les minorités qui veulent simplement une chance de réussir.  D’ailleurs l’élection présidentielle américaine a révélé le  nombre impressionnant d’intellectuels noirs qui ont donné de la voix contre ce mouvement, et le constat doit aussi être fait que  le score de Trump a été largement renforcé par les électorats  de gens de couleur.  On comprend aussi pourquoi Trump qui a dénoncé cette idéologie comme un poison, a fait un score énorme bien qu’il ait été battu. Près de la moitié des américains  sont donc en résistance. Comme le constate Sam Abrams,  professeur de sciences politiques à New York et cible  des wokistes : « ça fait tellement de bien de savoir que chez vous les parents peuvent encore dire à leurs enfants qu’ils sont un petit garçon ou une petite fille.  Chez nous on dirait : comment osez-vous assigner un genre ? ». Nous ne sommes pas pour autant à l’abri. La « cancel culture » s’implante dans nos universités et dans nos grandes écoles. Delphine Ernotte l’impose sur le service public télévisuel sous prétexte de « diversité », elle est suivie par le nouveau directeur de l’Opéra où l’obsession raciale est entrée avec Alexander Neef. A Sciences Po Paris, l’idéologie racialiste,  décolonialiste et indigéniste fait peu à peu son nid : « Comment voulez-vous travailler avec des gens qui vous disent que, parce que vous êtes blanc, vous n’avez pas le droit de participer  à la discussion, que vous ne pouvez pas comprendre ce que vivent les noirs ou les personnes maghrébines ? » s’indigne le président de la section UNEF. J’ai envie de crier « au secours, Félix Eboué, Léopold Senghor, Aimé Césaire, Rachida Dati, … ! ». L’universalisme qui fonde notre culture est pourtant le seul remède  au racisme, car  c’est une expérience unique qui essaie de réduire l’impact de l’identité en favorisant la collaboration au-delà des lignes identitaires, à travers la citoyenneté et le mérite. Un système éminemment supérieur aux autres, et plus juste, mais aussi très fragile dès lors qu’il repose sur la volonté et l’effort individuels. La guerre idéologique ne fait que commencer.

Il n’empêche, je suis un mâle blanc, hétérosexuel, républicain universaliste et démocrate libéral. J’assume l’Histoire de mon pays et son passé colonialiste, je respecte sa culture et ses traditions chrétiennes.  Ceux à qui ça ne plait pas, wokistes ou islamistes radicaux, peuvent aller se faire voir ailleurs. Si vous voulez de l'autocritique, en voilà !

 

 


HADDOCK A 80 ANS, MILLE SABORDS !

Haddock 80

Bien que plus vieux que Tintin dans la vie dessinée, Haddock en tant que personnage  est plus jeune que son inséparable ami, qui affiche,  en ce début janvier 2021 ses 92 ans de personnage de BD. Haddock, dont on apprendra bien plus tard qu’il se prénomme Archibald, est apparu dans le « Crabe aux pinces d’or ». Il est alors le capitaine au long cours d’un cargo, « le Karaboudjan », alcoolique au dernier degré, et entretenu dans son vice par son second, Allan, qui utilise le bateau pour faire du trafic de drogue, à son insu.

Un nouveau personnage.

Haddock apparaît donc en 1941, c’est le 9 janvier qu’il croise la route de Tintin, ou plutôt l’inverse puisque ce dernier fait une intrusion spectaculaire dans la cabine du capitaine. Il vient grossir les rangs des personnages qui entoureront le héros dans toutes ses aventures. Le marin barbu fera sa réputation avec ses sautes d’humeur, son penchant pour le « Loch Lomond », ses crises de délirium à répétition  et surtout ses insultes. Dans les années 50, avec les copains, on s’ingéniait à apprendre  par cœur son florilège, et même à tenter de l’enrichir par imitation. Je me souviens encore d’une « brique enfumée » inventée par Pierrot, l’un d’eux. Le génie d’Hergé est d’avoir accolé à Tintin, personnage pur et sans défaut, un être humain plein de défauts, colérique, prétentieux, impulsif. Il est grossier  comme souvent les gens de mer le sont,  mais il fallait contourner les impératifs de l’époque qui régissaient la littérature de jeunesse, c’est pourquoi le capitaine ne pouvait pas décemment utiliser les insultes en vigueur à l’époque, à connotation scatologique ou sexuelle, qui auraient été censurées. Hergé réussit encore son coup en le dotant d’une logorrhée inhabituelle, faite de mots peu connus ou d’expressions détournées de leur sens   comme « moule à gaufre »,  « bachi-bouzouk » ou « ectoplasme ».  « Les bandes de … » ou « les espèces  de … » fleurissent à chaque séquence. Après de longues recherches, Albert Algoud, tintinologue réputé, a découvert le sens de « tchouk-tchouk-nougats » : c’était le nom donné aux marchands ambulants dans le nord de la France et en Belgique. La ruse a tellement bien fonctionné, qu’aujourd’hui encore, Haddock est aussi réputé que Tintin, dont on ne connait comme réaction verbale que « sapristi ! », très propre et très correct. C’est encore grâce à Albert  Algoud qu’on connait la liste des injures et leur sens réel avec son « intégrale des jurons du Capitaine Haddock ». Sens que gamins nous recherchions dans le dictionnaire.

Qui est vraiment « Haddock » ?

« Tintin c’est moi », affirmait Hergé. Ce qui fait que ses aventures n’ont pas eu de suite après la mort de son créateur.  Mais qui est Haddock ? Dans l’univers de Tintin, les personnages qui gravitent autour de lui, ont un rapport avec la vie réelle d’Hergé. Pour Serge Tisseron et pour d’autres experts, Haddock serait aussi une transposition d’Hergé, mais son côté « noir ». Comme Haddock, il était capable d’écarts, de dépression, il était hanté par la folie de sa mère et il avait peur de sombrer lui aussi. Tintin-Haddock, les deux faces d’Hergé. Ne manque que le sexe. Mais les aventures de Tintin n’abordent jamais cet aspect de la vie humaine ? C’est tout juste si l’on subodore un penchant de la Castafiore pour le capitaine, que les médias voudraient marier dans « les  Bijoux de la Castafiore ».

Apporter de la fantaisie dans l’univers de Tintin.

Le rôle du Capitaine Haddock est donc d’apporter de  la fantaisie dans les aventures de Tintin dont le  personnage trop  parfait aurait pu lasser le public. Si Haddock est alcoolique, c’est d’abord pour le comique qu’Hergé veut en tirer, lui qui a été abreuvé par le cinéma muet. Le capitaine est donc excessif dans la gestuelle, les mots et les réactions. Mais imposer un personnage alcoolique et intempérant dans une BD pour enfants et adolescents, à une période où il fallait faire attention à ce qu’on disait, c’est un tour de force. Au début, c’est un fou furieux. Son amitié avec Tintin commence très mal : Haddock tente de l’étrangler. Tintin rêve que Haddock veut lui tire-bouchonner la tête. Cette relation aurait pu être éphémère mais Hergé a dû comprendre toutes les possibilités qu’il pouvait tirer du personnage : ainsi, quand, sur la dune, dans le désert, Haddock se lève fou de rage –un tir vient de fracasser la bouteille posée à côté de lui-  et se met à insulter les pillards pour les faire fuir, il ne se rend pas compte que ce qui les fait réellement fuir est la cavalerie qui arrive derrière lui. Il croit avoir une grande puissance avec ses jurons, alors que ce n’est que de la gueule. Effet comique garanti, amplifié par le découpage des vignettes !

Il a donc fallu donner une épaisseur au personnage.

Ce sera fait avec « le secret de la Licorne » et « le trésor de Rackam le Rouge », puisque le voilà descendant du Chevalier de Hadoque et propriétaire d’un trésor. Ce marin perdu se découvre une lignée, avec des origines nobles.  Cela l’oblige à se « civiliser ». Il se retrouve avec un château ayant appartenu à son ancêtre  au fronton duquel les armoiries affichées montrent un « dauphin couronné », autre fantasme hergéen, et au fil des aventures,  il deviendra un gentleman-farmer. Moulinsart sera même le cadre d’un voyage immobile  avec le mystère des « Bijoux de la Castafiore ». Au fil des aventures il se donne les moyens de dépasser les forces qui le déchirent au  point qu’à la fin, il paraît apaisé. Et dans « Tintin et les Picaros », c’est même lui qui décide d’aller délivrer la chanteuse d’opéra, pour laquelle il aurait une affection…  C’est là qu’Hergé lui accorde enfin un prénom. Il était temps, on est au 23ème album. A noter que ni les Dupondt, ni Tintin n’ont eu ce privilège.

Pourquoi Hergé a-t-il choisi ce nom pour son personnage ?

Haddock, c’est le nom d’un poisson fort connu en Belgique, de l’églefin fumé. Ce qu’on sait moins, c’est aussi le nom du commandant du paquebot jumeau du Titanic (véridique) qui arriva le premier sur les lieux de la catastrophe. Albert Algoud fait le lien avec l’épave qui commande le Karaboudjan : le spectacle des cadavres  aurait ravagé le pauvre capitaine qui ne s’en serait jamais remis. Haddock, un nom facile à retenir, sauf pour la Castafiore. Rien que dans l’album des bijoux, on trouve 14 déclinaisons qu’elle utilise pour nommer le capitaine qui ne cache pas son agacement : Bartock, Kappock, Koddack, Mastock, Kosack, Hammock, Kolback, Karbock, Karnack, Hocklok, Kornack, Hablok, Maggock et Medock ! Pour autant, par la grâce d’Hergé, il est devenu un héros légendaire qui fait partie de la continuité » du monde. Il est encore en résonnance avec ce que nous sommes. Comme les  personnages de Molière, Haddock est universel !

Tonnerre  de  Brest !

 


BREXIT : UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS POUR BOJO !

Brexitaccordcommercial

 

Une « victoire à la Pyrrhus » est une victoire tactique, obtenue au prix de pertes si lourdes pour le vainqueur qu'elles compromettent ses chances de victoire finale. Allusion à Pyrrhus Ier, roi d’Épire qui fut vainqueur des Romains aux batailles d’Héraclée en 280 av. J.-C. et à celle d’Ausculum en 279 av. J.-C. avec des pertes telles que son royaume ne put s’en remettre.

A la fin, c’est l’Europe qui gagne !

Ursula von der Leyen a fait un joli coup double pour les fêtes. La présidente de la Commission européenne a envoyé les Européens réveillonner avec un accord de coopération pour l’après-Brexit en poche, et les a cueillis au sortir des agapes de Noël avec une campagne de vaccination lancée le même jour sur tout le continent. De ces deux victoires pour le projet européen, il faut retenir une leçon : à la fin, c’est l’Europe qui gagne. Malgré les assauts répétés des Anglais, les Vingt-sept auront fait bloc jusqu’au bout et négocié un compromis de manière unie.  Cette unité retrouvée sera utile alors que de nombreux défis l’attendent déjà. On ne peut pas en dire autant pour le Royaume-Uni qui largue les amarres, avec une crise économique comme il n’en a jamais connue, une crise sanitaire qui redouble de violence et qui a dû finalement se résoudre à un accord avec l’U.E qui ne coche pas tous  les cases de ses exigences, loin s’en faut.

Le poker menteur jusqu’au bout.

Bojo aura pourtant tout tenté. Fidèle à sa stratégie du tout ou rien, il a multiplié les coups, les chantages, les revirements, négociant âprement les différents points. L’objectif : avoir le beurre et l’argent du beurre, quitter l’Europe en gardant les avantages du marché sans les inconvénients d’en respecter les règles. Le cirque aura duré dix mois pour se terminer au bout du bout, mettant à rude épreuve la patience des européens. Michel Barnier a des nefs d’acier et son talent aura permis aux 27 de former un bloc jusqu’au bout, ruinant les espoirs du britannique qui espérait diviser pour régner. Boris  Johnson a multiplié les démarches latérales, appelant Merkel, ou Macron, pour à chaque fois se faire renvoyer à Ursula Von Der Leyen et Michel Barnier. 

Finalement l’accord ne pouvait qu’aboutir, tant il est vrai qu’on ne se ferme pas à un marché de 400 millions d’Européens quand il est à sa porte. Chaque année, le  commerce avec le continent représente en valeur 56 milliards  d’euros de flux dans les deux  sens, acheminé par près de 5 millions de camions  … Le Royaume-Uni en avait fait déjà l’amère expérience avec la CEE, pour finalement la rejoindre, tant son industrie avait souffert d’en être exclue. Pour les observateurs avertis, l’accord est équilibré. Tout le monde avait à perdre en cas de « no-deal ». Mais le Royaume-Uni plus que l’Europe.

Les  Britanniques constateront très vite,  s’ils ne le savent déjà, que la souveraineté de leur pays dont ils ont fait l’argument essentiel de leur volonté de quitter l’Union européenne n’existe pas réellement, que leur économie est étroitement liée à l’UE et qu’elle le restera. Pour diverses raisons commerciales : en hiver, ils ont besoin de produits frais venus de l’étranger parce que les conditions climatiques à leur latitude ne favorisent pas la poussée de fruits et de légumes ; d’autres produits comme ceux de la pêche doivent être achetés sur le continent ; même leur industrie n’est ni souveraine ni suffisante pour leur marché intérieur. Le point d’achoppement qui aurait pu faire échouer toute la négociation est caricatural et montre bien  ce jeu de poker menteur : la pêche qui représente 0,06% du Pib du RU.  Les Européens ont lâché un peu de lest en renonçant à 25% de leurs quotas de pêche avec une période de transition raisonnable pour lever ce point de blocage plus populiste que réaliste.

Les points clés de l’accord.

Le  Royaume-Uni  n’aura plus les liens étroits qu’il entretenait avec l’UE, mais il  pourra continuer à y exporter sans droits de douane, mais pas sans contrôle. Pour autant, les échanges ne pourront pas avoir la  même fluidité. Le  Brexit  aura  des conséquences très concrètes, du fait que Londres a quitté le marché unique : les marchandises issues d’un Etat tiers vont devoir se soumettre aux certifications européennes, au minimum des formulaires de douane. Et ce sera très contraignant dans le secteur agroalimentaire (tests phytosanitaires…). De même, il a fallu trouver un accord sur les règles de concurrence, notamment en matière de réglementation  environnementale ou sociale et chacune des deux parties sera en mesure, en cas de divergence d’imposer des droits de douane. Même chose pour les aides d’Etat. La  City est la grande  absente de l’accord. L’ensemble des services financiers qui constituent l’un des atouts majeurs de l’économie britannique ne sont pas  concernés. Londres  perd donc ses certificats financiers. Mais des dérogations ont été négociées pour trouver des équivalences avec les  places européennes. L’accès des banques et des assureurs est une question traitée en parallèle, avec de nombreux sujets à régler encore. L’objectif étant d’empêcher un dumping financier. Pour régler les litiges, si l’accord  n’est pas respecté, un panel d’arbitrage indépendant sera mis en place.

Mais il est évident qu’en quittant le marché unique, Le Royaume-Uni perd de nombreux avantages  pour ses entreprises comme l’espace aérien commun européen qui offre en son sein la  liberté d’accès, de tarifs et d’établissement. Même chose pour les transports  routiers, l’énergie et la  finance. Et la participation à un certains nombres de programmes  européens se fera sous réserve de  la contribution financière correspondante. C’est ainsi que Boris Johnson a souhaité sortir du programme Erasmus pour les étudiants. L’accord prévoit néanmoins un cadre de coopération policière et judiciaire, indispensable pour lutter contre  la criminalité  et  le terrorisme. Par contre rien n’est prévu sur la politique étrangère, la sécurité extérieure et la défense, ce que Michel Barnier a déploré.  L’accord entre en vigueur dès le 1er janvier 2021, provisoirement en attendant qu’il soit ratifié par le Parlement européen.

Quelle suite attendre ?

Le principal défi que Boris Johnson doit maintenant relever, c’est de démontrer les avantages d’une souveraineté retrouvée. Cela fait des années qu’il tient un discours offensif, certes susceptible de plaire aux Brexiters, mais qui ne repose pas sur une impeccable logique. La notion de Brexit a introduit dans les relations européennes, fondées sur le compromis et le gagnant-gagnant, une forme de cynisme incompatible avec un traité garantissant des rapports sereins. À quoi cette souveraineté dont il nous a rebattu les oreilles sert-elle, sinon à affaiblir le Royaume-Uni économiquement, socialement et politiquement.

La vérité c’est que le divorce consiste essentiellement à nier le passé, l’histoire et la valeur des progrès accomplis en commun ; nier le renoncement définitif à la guerre ; nier la négociation au profit de la confrontation. L’accord signé a pu être accueilli en Grande-Bretagne et notamment à la Chambre des communes, par des cris de rage ou de victoire. Sur le continent il n’a soulevé aucune émotion. La réaction des 27 a été à la hauteur de l’enjeu. Ils ont riposté comme un seul homme, confiant aux négociateurs de Bruxelles le soin de préserver leurs intérêts communs, restant unis comme jamais ils ne l’ont été, démontrant tous les jours la force tranquille de l’UE. Il y a gros à parier que le Brexit soit une catastrophe pour les Britanniques tout simplement parce qu’il n’y a pas d’autre pays européen qui souhaite imiter l’exemple de Londres. D’autant plus que le risque grandit d’une implosion du Royaume, l’Ecosse ne cachant pas sa volonté de revenir rapidement dans l’Union… en tant que nation indépendante !

Il reste que l’accord est bénéfique pour l’économie  française.  L’hexagone a réalisé l’an dernier son  premier excédent commercial bilatéral avec le Royaume-Uni, à 12 milliards d’euros.  Les  Britanniques restent un partenaire commercial de premier plan : près de 120 000 entreprises françaises exportent  ou importent des services ou des biens de l’autre côté de  la Manche. La France a exporté 34 milliards d’euros de biens en Grande-Bretagne en 2020 et en a importé un  peu  plus de 22 milliards. L’accord conclu aura un impact de 0,2 point de PIB pour l’économie hexagonale en 2021.

 


LA FIN CATASTROPHIQUE DE TRUMP

Donald Trump

 

Ultime coup politique.

Les images des manifestants pro-Trump envahissant le Capitole étaient spectaculaires. Par son discours incendiaire, Donald Trump a lui-même incité ses partisans à interrompre la procédure de confirmation du nouveau président, dans l’ultime tentative de prouver par l’absurde qu’il n’a pas perdu l’élection présidentielle. On a frôlé le coup d’État. Beaucoup d’observateurs sont, en effet, tentés de décrire un coup d’État avorté, mais il n’a pas eu lieu. En revanche, le seul et unique responsable de cette journée sinistre qui a ridiculisé l’Amérique aux yeux du monde entier, c’est bien Trump : il a tout fait pour inciter les émeutiers à intervenir physiquement dans la procédure et ce n’est pas par hasard que le rassemblement avait été prévu hier à Washington. Ces manifestations ont provoqué 4 morts et des dizaines de blessés. La fin du règne du président sortant est pathétique. Cette tentative de renverser le cours démocratique aura réussi à détacher de lui la plus grande partie des élus Républicains. Certains ministres envisagent même de l'écarter du pouvoir en le déclarant inapte.

La démocratie résiste.

Heureusement le fonctionnement normal des institutions a pu reprendre et la confirmation officielle de l’élection de Jo Biden a pu se faire. Comme pour couronner cette officialisation, le parti démocrate a remporté les deux sièges de sénateur dans l’élection sénatoriale de Géorgie, ce qui lui procure, dans la chambre haute, la majorité absolue de 50% à laquelle s’ajoute le vote démocrate de la présidente du Sénat, qui n’est autre que la future vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris. Dans quelques jours, le 20 janvier exactement, Biden va devenir officiellement président. Et, c'est une surprise, il aura à ses côtés un Congrès à majorité démocrate, Chambre des Représentants et Sénat. Le nouveau président disposera des instruments nécessaires pour gouverner, et s’il n’a pas la majorité des deux tiers indispensable aux grandes réformes, il dispose néanmoins des voix pour conduire à la fois son programme économique et sa politique extérieure. Par contre il n'aura pas l'excuse de la crainte d'un blocage par les Républicains pour refuser certaines mesures réclamées par l'aile la plus radicale de son parti, mesures auxquelles il lui faudra résister. Il a déjà montré hier, par un discours de haute tenue, qu’il n’était pas l’homme amoindri dont certains nous faisaient complaisamment le portrait.

Un couple aguerri.

Le couple Biden-Harris n’est pas une somme de médiocrités. Joe Biden a été sénateur pendant trente ans, vice-président pendant huit ans ; Kamala Harris, qui se destinerait à la présidence en 2024, était sénatrice après avoir occupé le poste de procureur de la Californie. Ces deux-là ne souhaitent pas plonger leur pays dans une révolution. Ils veulent, comme tous les dirigeants centristes du monde, le réformer. Ils continueront à le faire, même s’ils affrontent le vent contraire que fait souffler la minorité républicaine. Il n’est pas impossible que, maintenant que Trump est à terre, les ténors du Grand Old Party se ravisent et s’affranchissent de sa tutelle ; les chances du perdant de continuer à peser sur la politique ne vont pas cesser de s’amenuiser, surtout après la journée d’hier. D’autre part, Joe Biden ne sera pas inerte : il a déjà annoncé que les États-Unis reviendraient dans le giron de la conférence mondiale sur le climat ; il est probable qu’ils reviendront à l’Unesco ; on peut espérer qu’ils vont redevenir membre de l’OTAN à part entière. Il ne fait aucun doute que la pandémie sera gérée désormais avec le sérieux nécessaire, que la réforme de l’assurance-maladie, amorcée par Obama, va progresser, en dépit des réticences républicaines, car les électeurs américains ont compris ce qui se passe au moment d’une épidémie quand on n’a pas d’assurance-maladie. Les pessimistes font grand cas de la division du pays entre ceux de la campagne et ceux des villes, les suprémacistes blancs et ceux qui vénèrent les libertés pour tous, la gauche dite socialiste et la droite réactionnaire et irréductible. Il n’existe pas d’autre moyen, pour un gouvernement rationnel et raisonnable, de convaincre par les actes qu’il ne présente aucun danger pour ses opposants. Et ça, Biden devrait savoir le faire.

Un sombre avenir pour Trump.

Pendant les quatre années qui viennent, Donald Trump va continuer à répéter que les fonctions de Biden sont le produit de la fraude électorale, conformément à l’esprit de la « réalité alternative » qui remplacerait la vérité tout court, celle qui résulte de l’arithmétique électorale. Le contexte ainsi créé par cette machine à mensonges n’est pas favorable à l’exercice du pouvoir, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais combien de temps encore la moitié de la population des États-Unis maintiendra-t-elle l’idée que Trump a gagné les élections de 2020 ? Quelques occasions vont lui être offertes de douter de son héros, principalement les procès judiciaires et politiques qui lui seront intentés et au cours desquels seront déposées les preuves innombrables de sa corruption : d’abord et avant tout, il a tenté à plusieurs reprises de fausser le jeu des institutions, ensuite il traînait déjà quelques lourdes casseroles qui lui valent des procès au sujet de la conduite de ses affaires immobilières. Au terme de cette descente aux enfers, combien d’Américains souhaiteront encore le réélire, s’il se représente ? Car Trump a tout à craindre pour son sort de citoyen lambda.

La réaction des marchés.

La façon dont les marchés se sont positionnés dès qu'ils ont appris la victoire des démocrates au Sénat est très intéressante : baisse du dollar, hausse des taux d'intérêt et envolée des marchés spéculatifs comme le bitcoin. Ces trois mouvements reflètent la même anticipation : une hausse des dépenses publiques, un creusement du déficit, et une possible perte de confiance sur le dollar et certains actifs américains. Du côté des actions, on a assisté à un mouvement de hausse surtout le S&P et le Dow Jones : les investisseurs ont préféré jouer un nouveau plan de relance plus généreux des Démocrates. En fait, il y a eu « rotation » : ils se sont rués sur les valeurs « Biden », comme les valeurs liées à la consommation ou aux énergies renouvelables, et ont un peu délaissé les valeurs technos. Pour nous, Français, Biden avec les pleins pouvoirs, c'est une présidence qui va être beaucoup plus sociale. Dans un premier temps c'est une bonne nouvelle pour les indices boursiers car Biden va être beaucoup plus généreux et distribuer encore plus d'argent aux ménages américains, surtout les plus modestes. Mais dans un deuxième temps, cette présidence va peser sur les indices boursiers car on peut s’attendre à ce que les déficits, la dette et les taux d’intérêts dérapent.

 


"WE ARE FIRED" ! (nous sommes virés)

Drapeau US

 

La fin pathétique de Trump.

On est débarrassé du "fou furieux".  Les derniers soubresauts de la politique intérieure de Trump frisent la  mascarade et l’on serait tenté d’en rire franchement si elle ne ridiculisait pas la démocratie de la première puissance du monde et si elle n’avait pas des côtés sinistres. Élu jusqu’au 20 janvier 2021, et contrairement au fair-play et aux traditions de la transition, il continue à détricoter l’héritage laissé par Barack Obama, de manière à compliquer la tâche de Joe Biden. Heureusement ce dernier fait preuve d’un grand sang-froid et  n’est pas affolé par les difficultés qui l’attendent. Il faut dire qu’il a une longue expérience politique. En fait, la première leçon du 3 novembre, c’est l’extraordinaire robustesse des institutions américaines qui ont rendu impossibles les coûteux recours de la campagne de Trump contre les résultats confirmant sa défaite dans certains États très disputés, lesquels ont accordé, grâce au vote par correspondance, 6 à 7 millions de voix populaires en plus à Joe Biden. Donald Trump n’a pas pu s’opposer à cette déferlante et le show mis en place par ses avocats n’a pas ébranlé les juges, de quelque bord qu’ils fussent, parce qu’aucune fraude n’a été trouvée. Toute la presse, américaine et internationale, a mis l’accent sur les obstacles dont Trump a  l’intention de jalonner le mandat de Biden. Enfin, pour illustrer le caractère vicieux du battu, il faut s’indigner de son intervention personnelle pour que soient exécutés les condamnés à mort fédéraux qui attendent leur sort dans le couloir de la mort. Trump fait souvent rire, mais il est aussi sinistre, cruel et inhumain, surtout quand il  se livre à des abus de pouvoir. La tradition veut que son successeur décide ou non de gracier les condamnés. Dans certains cas, les avocats n’ont même pas obtenu le délai de 91 jours prescrits par la loi pour leur permettre de présenter un dossier. Tragique égocentrisme !

Pas plus mal que si c’était pire.

Cependant, quelque chose qui ressemble à la raison commence à émerger du camp républicain, partagé, jusqu’à présent, entre le désir de ne pas s’aliéner le président sortant et celui de rester dans la course. C’est ainsi que le plan de relance de l’économie américaine va être annoncé et que Joe Biden démontrera que lui aussi est un créateur d’emplois. Dans ces conditions, le pire n’est pas sûr. Il n’est pas certain qu’en 2024, Trump puisse réapparaître comme un monstre du Loch Ness sorti des eaux le couteau entre les dents. Il n’est pas sûr non plus que ses électeurs vont continuer à semer la zizanie et tenter de semer le trouble dans les consciences et dans les votes, même s’il y a aux États-Unis une élection législative dans deux ans qui peut renouveler la Chambre des représentants au profit du Grand Old Party. Les Américains forment un peuple qui aime le changement, qui ne s’accroche pas au passé, qui veut aller de l’avant, avec cette foi et cette solidité mentale que lui confère la stabilité institutionnelle.

Bienvenue à Biden.

Avec 306 grands électeurs contre 232 à son adversaire et 7 millions de voix d’avance, Joe Biden a remporté un triomphe plus qu’une victoire, ce qui lui permettra de gouverner avec autorité à partir du 20 janvier 2021. Après quatre ans de Donald,  le  vilain canard, le candidat démocrate veut « reconstruire, en mieux » les Etats-Unis. Il devra certes compter avec sa « gauche » et Bernie Sanders, mais il est avant tout un modéré et un « centriste » et il a l’expérience de sa vice-présidence Obama où il avait en charge les affaires internationales. De plus il bénéficie d’excellentes relations au Sénat avec des sénateurs républicains, qui lui seront bien utiles s’ils y restent majoritaires. On peut compter sur Joe Biden pour apaiser les relations avec les  alliés naturels de l’Amérique, que Trump a  mises à mal par ses incartades et ses roromontades, même s’il ne faut pas se méprendre : « America first » restera d’actualité. Le nouveau président veut mettre en place un choix plus large pour l’assurance-santé et une fiscalité plus juste pour financer un grand plan d’infrastructures et une économie plus verte. A cet égard, le retour des Etats-Unis dans les Accords de  Paris est une bonne nouvelle. Il veut un plan massif pour promouvoir le « made in America » ;  il a promis de financer davantage les écoles situées dans les zones les  moins riches, davantage de bourses et des études gratuites dans les universités publiques pour les étudiants pauvres ;  il s’attaquera évidemment aux inégalités raciales dans une société qui a besoin d’apaisement sur ce point. Les marchés sont plutôt satisfaits de cette victoire avec un Sénat en position de contrôle, car l’absence de  majorité dans la haute assemblée limite l’action des démocrates. Le nouveau président a commis un sans faute pour l’instant.  Il a  misé sur l’establishment démocrate pour réhabiliter les institutions : il s’entoure de professionnels expérimentés qui ont exercé des fonctions sous la présidence Obama. Compétence et expérience sont les  maitres mots qui président à ses choix. La future administration aura pour mission de « rendre sa stature mondiale à l’Amérique, son éminence politique et morale ». C’est ainsi que nous voyons réapparaitre Antony Blinken, Jake Sullivan, John Kerry, à des postes quasi similaires à ceux qu’ils avaient occupés. Le coup de maître est la nomination de Janet Yellen au Trésor, elle qui a été présidente de la Réserve fédérale et des conseillers économiques de la Maison blanche. Restera la gestion de la crise économique et là encore, pas  de surprise, le programme creusera les déficits, comme celui qu’avait prévu Trump. Il faut s’attendre à une hausse de la dette fédérale de 18 points de PIB d’ici 2030…  avec une hausse des dépenses publiques. Rien de nouveau sous le soleil !!

Si les dirigeants européens préfèrent Joe Biden, ils ont aussi raison de ne pas se faire trop d’illusions, car l’élection américaine ne change pas grand-chose à nos intérêts commerciaux. Et c’est pas plus mal  pour la cohésion du vieux continent.

 


EN POLITIQUE, LA FORMULE MAGIQUE NE MARCHE PAS !

Arnaque

 

« En même temps »

Expression courante de la langue française qui signifie que deux actions ont lieu au même moment, ou que deux états, deux situations sont constatées dans la  même  temporalité. Elle a pour synonyme « simultanément » ou encore « au même moment ».  En politique, elle  a été utilisée abondamment par Emmanuel Macron pendant la  campagne présidentielle de 2017 au point d’être devenue un symbole  de  sa pensée politique pour indiquer sa volonté d’appartenir à plusieurs camps , non pas  en faisant une synthèse, mais par  simple  juxtaposition des idées. Le «en même temps » est alors  apparu  comme une formule magique qui lui a permis, en ne tranchant pas certains sujets délicats, de ne pas s’aliéner une majorité de la population.

Décriptage  politique.

La formule  magique était censée faire disparaître le « vieux monde » au profit d’un nouveau. Concrètement cela voulait signifier que les anciens repères politiques étaient dépassés.  Le « vieux monde » est structuré par deux pensées antagonistes, en gros la gauche et la droite, sans entrer dans le détail. Et  entre les deux, ce que l’on appelle  « le centre » qui  détaille les nuances de chacune des deux. Or, on a très rapidement constaté que ces repères étaient quasiment consubstantiels à la  politique et que chaque fois que le « nouveau monde » prenait une décision, elle était aussitôt classée comme étant ou de droite ou de gauche. Le « en même temps » aurait pu séduire au centre, et la magie semble avoir opérée quelque peu, surtout sur le centre droit. Mais l’équilibre en politique reste  la plus difficile des postures.

L’épreuve de la réalité.

Appliquée à  la réalité, la formule a trouvé rapidement ses limites. Après trois années d’exercice du pouvoir, c’est un fait : le slogan ne fonctionne plus. Et le nombre des dossiers qui coincent s’accumulent sur lesquels la confrontation au monde réel conduit à l’impasse. En effet, on ne peut s’engager à fond derrière la Convention citoyenne pour le climat et « en même temps » promettre de sauvegarder le mode de vie et le pouvoir d’achat de ceux qui ne veulent pas payer pour une transition écologique extrême ou n'en ont  pas les moyens. On ne peut, un jour, dénoncer l’islamisme radical avec des formules véhémentes et définitives et « en même temps » diluer cet objectif dans une loi aseptisée de peur de stigmatiser une religion et ses croyants. On ne peut donner des gages « en même temps » aux forces de l’ordre et à ceux qui dénoncent les « violences policières » sans  se déjuger.

La pression des groupes minoritaires.

Ce dernier point est préoccupant. On a le sentiment que la formule préférée du Président de la République, avec  laquelle  il voudrait pacifier le pays en donnant raison  à tout le monde  le conduit à céder aux minorités plutôt que de tenir compte de l’avis  du plus grand nombre, au prétexte que les premières recourent à la  violence ou crient le plus fort. Alors que les thèmes du maintien de l’ordre, de la préservation de l’environnement et de la lutte contre le terrorisme islamiste réunissent une écrasante majorité de Français, leur traduction en décisions se heurte systématiquement à des groupes minoritaires, bruyants et agissants qui font que le pouvoir exécutif recule, comme on l’a vu à Notre-Dame des Landes, reniant au passage une promesse de campagne. A chaque fois, l’intention est en ligne avec la promesse, mais le politique manque sa cible. Or ce  politique, élu avec des voix de gauche voudrait capter durablement des voix de droite pour 2022. Le « en même temps » voudrait donc mettre en équivalence ces intérêts opposés et en plus la majorité des Français contre des minorités militantes. La mollesse embarrassée des textes qui en résultent n’arrive plus à convaincre ne serait-ce qu’un Français sur trois.

Pensée complexe.

Cette stratégie se voudrait donc un équilibre entre des idées contraires, en une pensée complexe. L’équilibre est une vertu mais le balancement perpétuel conduit à la confusion. Trop à droite, dit la majorité en observant Darmanin  à la manoeuvre. Trop à gauche, se sont offusqués des syndicats de policiers en écoutant Emmanuel Macron dénoncer les contrôles au faciès et reprendre le terme de « violences policières ».  L’effet boomerang le conduit alors à un nouveau coup de barre pour éviter la rupture avec les forces de l’ordre. Pensée complexe nous explique-t-on : le pragmatisme présidentiel est un système. Trop complexe pour le képi de base et le Français de la rue. La droite, pas mécontente de prendre l’exécutif en défaut sur la sincérité de son tournant « régalien », n’a pas de mal à dénoncer un Macron « caméléon », image qui se diffuserait même chez des macronistes.

Absence de convictions.

Le « en même temps » apparaît trop souvent comme le produit des hésitations d’un président qui se nourrit volontiers du dernier qui a parlé, ou en donne l’impression. Dès lors que le slogan s’enraye, il débouche sur une politique illisible,  il ne séduit plus au centre et déçoit à droite comme à gauche. En fait, c’est tout simplement parce qu’il traduit une absence d’idées et de convictions. Macron est certes un technocrate  brillant, Inspecteur des Finances, rompu aux rouages administratifs et aux tableaux Excel, beau parleur, mais sans aucune expérience politique de terrain qui aurait pu nourrir son imaginaire politique. Le macronisme n’a aucun contenu politique. Il ne peut pas faire rêver. Pas de convictions, pas d'expérience. Celui qui en parlait le mieux, c’est Bruno Le Maire qui disait très justement que Macron était une « coquille vide » (mais ça c’était avant qu’il rallie son camp).

Petite  métaphore pour conclure. Comment expliquer que Jean Le Cam caracole en tête du Vendée Globe avec son vieux bateau face aux petits bijoux bourrés de technologie des dernières générations d’Imoca, sinon par des choix météorologiques judicieux fondés par une expérience solide, une connaissance approfondie des possibilités de son embarcation et une capacité d’anticipation  hors paire. Expérience, choix, anticipation… et évidemment une vision claire de la course et de l’objectif. Voilà pourquoi il nous fait rêver. LUI !

 


UN BEAUVAU DE LA PALABRE

Casseurs 2

 

Réorganiser la police ?

Est-ce vraiment le sujet ? Après deux samedis de retour des manifestations de l’ultra-gauche contre  les « violences  policières » et contre la loi de « sécurité  globale », où l’on a vu à nouveau les groupes black blocs renforcés des casseurs professionnels, à l’action avec  leur cortège de violences, c’est de « violences civiles » dont on devrait parler. Quant aux forces de police, on leur a  fait jouer encore une fois le  mauvais rôle : celui de l’impuissance et du bouc émissaire.  Ce qui est en cause, ce  n’est ni le professionnalisme ni le manque de courage,  ni le savoir-faire des agents chargés du maintien de l’ordre, c’est l’absence de volonté politique de leur en donner  les moyens. Nous sommes   en face d’un pouvoir tremblant, qui refuse de prendre le risque d’une réponse  à la hauteur des violences,  alors que la volonté populaire le souhaite massivement. Encore faudrait-il, le cas échéant, que la chaine judiciaire suive, et  là  …

Darmanin désavoué.

Notre ministricule de l’ordre  public a récolté ce qu’il avait semé.  A force de  rouler des mécaniques, de faire des moulinets et de se livrer à des rodomontades, le résultat s’est retourné contre lui.  Il  a suffi d’une vidéo manipulée de  « violences policières »  sur un personnage pourtant déjà connu des services de police, à laquelle s’est ajouté le piège tendu par des « humanitaires bien pensants » de l’évacuation de migrants sur  la place de la République sous des caméras complaisantes,  pour que Mélenchon et  ses sbires reprennent la main. Avec la  loi en discussion au parlement, ils ont trouvé les prétextes tout prêts pour mobiliser leurs troupes. L’autorité de Darmanin, si tant est qu’il en ait jamais eu, a volé en éclat. Et Macron de lui reprendre la main. Dupont-Moretti : 1/ Darmanin : 0. Après un tel désaveu, s’il avait un peu d’honneur, il démissionnerait. Au lieu de cela, il va participer à une nouvelle mascarade : un « Beauvau de la Sécurité », qui souligne en creux son échec.

La procédure de l’inaction.

Quand on n’a pas envie d’agir, on crée une commission. Le procédé est aussi vieux que la démocratie athénienne. En l’occurrence, on va mettre autour de la table  touts ceux qui sont concernés par la sécurité et l’ordre public. Et, tenez-vous bien, Macron a l’intention d’y participer en personne. On peut donc craindre le pire : il n’en sortira que du « en même temps », c’est-à-dire, au mieux tout et son contraire,  au pire, rien ! D'ailleurs le principal syndicat de police a déclaré qu'il n'y participerait pas. Cela  veut dire qu’en attendant, si Mélenchon et ses amis gauchistes le désirent, nous aurons encore des samedis animés, avec  magasins saccagés et cocktails Molotov.  Quelle  joie en cette  période de fêtes pour les Français qui n’en demandent pas tant. Quant aux commerçants, ils pourront toujours se tourner vers l’Etat pour qu’il les indemnise des  stocks pillés et des vitrines éclatées.

Il y a pourtant moyen d’agir.

Les policiers le disent, les  magistrats  le confirment : point n’est besoin de lois spéciales. Il est possible d’empêcher ce gâchis avec  les  lois actuelles. Il suffit de les appliquer. Il est tout-à-fait possible de créer des brigades  spécialisées anti-black blocs, comme le réclame Bruno Retailleau : la surveillance des réseaux sociaux, l’infiltration, les arrestations préventives, la présence de policiers en civil parmi les manifestants, permettraient d’empêcher une grande partie de  la violence. Et puis il faudrait que la police apporte à la violence des manifestants une réponse proportionnée ou égale : ça calmerait ! Il faudrait aussi que les médias qui montrent les images de saccage en floutant les visages des délinquants soient poursuivis pour complicité.

Qu’on y prenne garde.

Mélenchon rêve d’un « grand soir ». Si les forces de police, gagnées par l’écoeurement mettent le genou à terre, Macron pourrait bien lui en offrir l’opportunité  à force de   prendre les Français pour des courges, avec  ses grandes déclamations martiales suivies de reculades minables, dénonçant le séparatisme pour replonger dans le communautarisme dont il n’arrive pas à se défaire, comme en témoignent ses propos sur Brut. On connaissait ceux qui se situaient ni à droite, ni à gauche, mais devant. Aujourd’hui nous avons celui qui se situe « et à droite » « et à gauche », c’est-à-dire nulle-part. Et c’est bien ça le problème ! Il crée un vide  dangereux.

 


LA LEGENDE DU VENDEE GLOBE…

Vendée globe PRB

Notre époque épique.

Il est encore possible de vibrer pour de bon devant un exploit.  Le  Vendée  Globe vient de nous en fournir une nouvelle occasion avec le sauvetage de Kevin Escoffier  par ce vieux loup de mer –le mot est un hommage- de Jean Le Cam. Il fallait bien ça pour éclairer d’un trait de lumière éclatant la grisaille actuelle  et une année bien tristounette avec ce virus qui n’en finit pas de nous ennuyer. L’événement est  d’autant plus saisissant que la  course au large ne nous cache plus rien.  Nous avons pu vivre le sauvetage en direct grâce aux « webcams » embarquées. Et clac-clac-clac, le  père Jean est à la  manœuvre et nous nous avons les larmes aux yeux, de soulagement et d’admiration mêlés.  Quelle belle leçon de courage et de fraternité !  Au moins ça nous change des discours froids et étriqués de notre cocasse Castex. Ici, point n’est besoin de mots.  On s’étreint, on se prend dans les  bras, et tout est dit !

Sauvetage en direct.

En direct, nous avons pu suivre l’épisode  de bout en bout, mieux qu’une production hollywoodienne, parce que vraie, à travers les podcasts successifs  du sos de Kevin aux angoisses de Jean  qui a un  premier contact visuel avec le naufragé puis le perd  pour enfin le retrouver grâce à une intuition que seule l’expérience peut fournir.  Quelle joie alors de réussir à repêcher le marin dans son radeau de survie où il est resté une douzaine d’heures. On serait étonné de la sobriété de Jean Le Cam, de son calme, de sa  simplicité, si on ne le connaissait pas. Dans sa bouche, le mot « bonheur » n’est pas exagéré, il a les justes proportions  pour un acte de bravoure qui n’a d’autre nom que le mot « sauvetage » : il vient de sauver une vie humaine ! Nous avons  face à sa webcam avec laquelle il  nous amuse de son ton bourru,  un grand marin que la « bouteille » n’a pas amoindri, sans gros budget  mais qui tient la dragée haute aux autres avec sa « 4L » judicieusement carénée. Un type authentique, animée par la passion d’être sur  l’eau.

Ici, point de gesticulation. 

Les  quarantièmes ne pardonnent pas. Ici, l’aventure c’est d’abord de l’humain, des valeurs qu’on ne fait pas semblant d’exhiber, de l’action précise qui évite  la gesticulation à laquelle on est tant habitué. Ici, point n’est besoin d’écologie  sophistiquée, la nature   vous rappelle  à  l’ordre constamment et ne pardonne pas la moindre erreur ;  ça rend humble. Ici, la solitude  n’est surtout pas confinement, c’est s’abstraire des rumeurs d’un monde où le verbe remplace le geste. Ici,  c’est de dépassement de soi  qu’il s’agit, car le risque est accepté même si la lucidité commande de ne pas oublier qu’il peut mettre la vie en jeu. Le corollaire, c’est  la solidarité.  Tout le sauvetage de Kevin Escoffier est  là !  Ici, il y a un règlement, mais le bureaucrate obèse n’est  pas dans la partie. La mer est d’abord  un espace de liberté où il faut jouer avec les éléments.

Les derniers conquérants.

Hommage soit donc rendu à tous ces conquérants de l’Inutile. Le Vendée  Globe, c’est l’Everest des mers. Quels que soient leur caractère, leurs qualités ou leurs défauts, ils nous font rêver. Ils sont les acteurs modernes d’une geste épique comme il n’en existe plus gère, tant notre époque voit la technique ronger toujours plus la part de l’Homme. Le  marin du tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance est seul face à  lui-même, et ce, quel que soit  le bateau. Dans l’enfer des quarantièmes rugissants et des cinquantièmes  hurlants, on ne fait pas longtemps illusion, on ne peut pas bluffer. Les conditions dans lesquelles Kevin Escoffier a fait naufrage font de lui un miraculé.  Personne n’aurait pu penser qu’une vague puisse  plier un Imoca en deux ! S’il n’avait pas été  un marin aguerri,  il serait parti au fond de l’eau, avec son PRB.  Il n’a eu que quelques minutes  pour mettre sa combinaison, s’emparer de  son canot de survie et déclencher sa balise de détresse.  Et un copain s’est trouvé là  pour lui tendre la main de  la vie.

La course continue. 

Aujourd’hui, nous avons été témoins de  l’émouvante séparation. La frégate Nivôse a récupéré le naufragé et va le transporter jusqu’à La Réunion. Jean continue son chemin, à la poursuite de  la tête de course. La flotte  de la trentaine de concurrents s’étale sur des miles nautiques des Kerguelen  pour les premiers, au sud de l’Atlantique pour les derniers. On pense à Troussel qui a démâté au large du Cap Vert, à Beyou obligé de retourner aux Sables à cause d’un ofni, pour repartir.  Il n’a pas encore rattrapé la queue du peloton.  On pense aussi à Thomson, Simon et Davies, obligés d’abandonner. Les fortunes de mer sont diverses et ne font pas le  tri entre  les meilleurs et les autres. La route est encore longue, et combien de marins, combien de capitaines… vont finalement arriver au port ? L’océan Indien, le Pacifique, le Cap Horn à la sinistre réputation : les épreuves ne vont pas manquer d’autant plus que cette année, les conditions physiques paraissent hors normes.

Allez, le rêve n’est pas terminé.  Nous attendons avec impatience  de pouvoir leur faire  un triomphe  sur  les jetées de la Chaume. Au dernier tout autant qu’au premier comme  le veut la tradition du port vendéen.

 


GISCARD ETAIT UNIQUE !

Avec giscard001

Giscard nous a quittés.

Comme chaque fois qu’un ancien président disparaît, le chœur politique lui tresse des louanges, tous spécimens confondus réunis, les hypocrites au premier rang. Valéry Giscard d’Estaing n’échappe pas à la règle. Donc voilà notre  grand homme paré de toutes les vertus ou presque, et aussi victime d’analyses  souvent fausses car sorties de leur contexte de l’époque. Je ne vous imposerai pas ici la longue liste des réformes qu’il a engagées et qui ont profondément modernisé notre pays. Aucun président élu depuis ne peut s’enorgueillir d’un tel bilan national et international. Vous trouverez aisément  le détail dans les bons journaux. Il semble enfin que justice lui soit enfin rendue.

J’ai eu la chance de vivre son septennat en partie de l’intérieur puisque dès 1976 j’avais intégré le bureau politique national de GSL -Génération Sociale et Libérale-, le mouvement des Jeunes Giscardiens. Je me contenterai ici d’évoquer trois souvenirs et de tenter  de redresser deux idées fausses qu’on essaie de nous faire avaler aujourd’hui, notamment sur les causes de sa défaite de 1981.

Trois souvenirs d'un engagement politique.

Je suis issu d’une famille gaulliste que la guerre d’Algérie a déchirée. Dernier rejeton et donc le plus jeune, très tôt j’ai trouvé refuge dans le vote pour les Républicains Indépendants. Jeune prof de collège, je trouvais les interviewes de Giscard, alors Ministre des Finances, passionnantes et surtout limpides. C’est donc en toute  logique, qu’au retour de mon engagement dans la  coopération comme  enseignant au Maroc, en 1974, j’ai adhéré au Mouvement des Jeunes Giscardiens. Je peux dire que je fus happé par la passion politique.

Le premier souvenir que je voudrais évoquer c’est celui de l’université politique de 1975  à Montpellier. Innovation du mouvement  beaucoup imitée ensuite, il organisait à la fin de l’été un campus  qui durait 5 jours où alternaient ateliers animés par les sommités de la famille politique  et soirées joyeuses.  Je fus littéralement subjugué par la séquence qu’animait Henri Giscard  d’Estaing sur la « société libérale avancée ». Je bus  littéralement ses paroles, tellement je me sentais en pleine concordance  intellectuelle. J’y retrouvais toutes mes attentes et beaucoup de mes réflexions personnelles. Il faut dire que j’étais aguerri par les débats familiaux toujours très vifs et j’avais le sentiment de trouver là une mine d’arguments pour défendre ma différence. Mon adhésion aux thèses du Président fut acquise définitivement et conforta mon engagement actif pendant le septennat et bien au-delà.

Le second souvenir a trait à l’atmosphère politique de l’époque. Etre Giscardien, c’était se battre sur deux fronts. D’un côté la gauche qui, comme à son habitude, se complaisait dans une intolérance sectaire effroyable et une démagogie à toute épreuve,  ce qui valait sur le terrain des affrontements pouvant dégénérer en violence. De  l’autre côté, l’allié UDR devenu RPR, n’acceptait pas de concéder un pouce de terrain et ne rechignait pas à le faire savoir manu militari. Les campagnes électorales, dont une grande partie, à l’époque, était consacrée au collage d’affiches partout où la surface le permettait, pouvaient  tourner rapidement au parcours d’obstacles à côté duquel Koh Lanta est une rigolade. Entre l’arrachage des concurrents et le collage de son camp, les itinéraires conduisaient parfois à des rencontres « problématiques ». C’est ainsi, que lors d’une campagne cantonale, avec une de nos équipes, je collais des affiches pour le candidat UDF que nous soutenions.  Nous avions constaté que l’adversaire du PCF était passé avant nous. Qu’à cela ne tienne, nous avions décidé de le « recouvrir ». Du côté de Trélazé, fief du maire communiste Bertholet, nous étions affairés  à « habiller » un pont,  lorsque nous vîmes surgir de l’autre côté de la rue, quatre ou cinq malabars munis de barres de fer, qui étaient embusqués et qui probablement avaient décidé de mettre fin à notre entreprise « sur leurs terres ». Nous n’eûmes que le temps de nous engouffrer dans nos deux voitures et démarrer en trombe car il n’était pas question de livrer bataille. Nous n’avions pour nous défendre que nos brosses et les troupes présumées cégétistes n’avaient pas la réputation d’être tendres. Lors des législatives de 1978,  alors que j’étais candidat moi-même, je mettais un point d’honneur à accompagner nos militants sur le terrain, comme le faisait d’ailleurs mon concurrent RPR, en l’occurrence député sortant. J’eus l’honneur de rencontrer son gendre devant les panneaux officiels dont il avait recouvert  le  mien de l’affiche de son candidat  et que j’avais entrepris de remettre en état. Il menaçait de me casser la figure  et je pense qu’il aurait tenté de le faire mais j’eus la  présence d’esprit de lui dire : « Vas-y, ne te gêne pas, et en  plus je vais m’ouvrir le crâne en tombant sur le bord du trottoir et tout le monde saura demain à qui je le dois ! Quelle publicité pour ton candidat ! ». Il se ravisa et plia bagage avec son équipe et nous poussâmes un ouf de soulagement. L’accalmie ne dura pas longtemps, car dans un autre secteur, une de nos voitures fut attaquée par des socialistes  qui s’emparèrent du stock d’affiches que mes amis détenaient. Sous la menace de porter plainte et parce que le candidat socialiste était un homme de bon aloi qui désapprouvait  ces méthodes, il eut le courage de me les rapporter chez moi, avec ses excuses. Nous eûmes l’occasion de bavarder un moment et de cet épisode était née entre nous deux une estime réciproque. Et ça tombait bien,   parce que l’un des crédos giscardiens était la  « décrispation ». La vie politique sur le terrain en avait bien besoin !

Encore un dernier souvenir, pour la route. C’était à l’occasion de la venue en France  de la reine Béatrix de Danemark. A l’époque, nous avions fondé, Dominique Ambiel et moi,  le MEL, Mouvement des Enseignants Libéraux, dont j’étais le président national. Evidemment, ouvertement giscardien, nous regroupions essentiellement les enseignants adhérents du Parti Républicain et quelques autres. Sans doute pour récompenser notre action  et nos efforts, notre état-major national fut invité à la  réception officielle donnée en l’honneur de la reine au château de Versailles. Il fallut acheter une robe de soirée à Madame, magnifique, mais qu’elle n’eut jamais l’occasion de remettre, et je louai un superbe smocking pour la circonstance. Sur le carton d’invitation il était écrit : « cravate noire ».  Dont acte.  Nous arrivâmes au château : une foule d’invités se pressait à l’entrée, nous étions loin d’être les seuls, forcément. Le cadre du château illuminé offrait un spectacle déjà extraordinaire. Les nombreux participants étaient répartis dans les différents salons et la galerie des glaces était remplie par une table qui en occupait pratiquement toute la longueur, richement décorée par la vaisselle et les compostions florales.  Bref : c’était grandiose. Ne parlons pas des buffets, la République sait recevoir ! Il était prévu qu’à la  fin du repas, le Président avec son invitée et en cortège avec les sommités présentes, fassent le tour des salons pour saluer les invités. Pour  moi, une occasion de voir l’hôte de l’Elysée. Mais voilà, je n’avais pas  bien interprété le code vestimentaire. Je m’étais vite aperçu que, excepté quelques ploucs comme moi, je faisais partie des rares à porter une cravate au lieu d’un nœud papillon noir. En plus c’était la cravate que je réservais aux enterrements !  Que voulez-vous, quand on n’a pas l’habitude….

La défaite.

Giscard a perdu en 1981. De peu. Si l’on en croit les commentateurs, sa défaite serait due au détachement des Français survenu à la fin de son septennat à cause de son caractère hautain  et à l’isolement dans lequel  il se serait réfugié. C’est faire fi, d’une part de la guerre de tranchée redoutable que lui menait la gauche, surfant sur une montée du chômage provoquée par les deux chocs pétroliers encaissés par l’économie du pays, bien qu’il fût bien indemnisé, d’autre part de la campagne de sape menée par le RPR, Chirac ayant décidé d’être candidat, et qui s’est traduite par exemple par "l’affaire des diamants" montée de toutes pièces et habilement exploitée pendant la campagne en collant des images de diamants sur les yeux de Giscard sur ses affiches 4mx3m, et par l’incitation à voter pour Mitterrand faite en sous-main pour le second tour. Et enfin sa campagne de  1981 fut en partie ratée et ne connut pas le dynamisme de celle de 1974 : un Président accaparé par ses tâches, parti trop tard, et une direction de campagne inadaptée qu’il fallut reprendre en cours de route. Il fit cependant  la course en tête et rencontrait encore une adhésion populaire comme en témoigne le meeting d’Angers dont j’avais eu en charge l’organisation et qui accueillit 10 000 personnes sous un chapiteau place Leclerc. Son bilan économique et social satisferait bien nos dirigeants actuels : malgré les deux chocs pétroliers et la fin des « Trente glorieuses », un déficit budgétaire limité à 0,3 % du PIB à la fin du mandat, un taux d'endettement stabilisé autour de 20 % du PIB (Nous venons de passer de 100 à 120 %), un taux de chômage dans la moyenne de l'Europe alors que nous sommes maintenant au-dessus…

Macron-Giscard : rien à voir !

Enfin je récuse l’idée que Macron serait son lointain successeur.  C’est une arnaque des médias qui essaient de nous le vendre comme un Président de droite. Il est à Giscard ce que le canada dry … A la différence de Giscard, qui était de droite et qui savait rallier à lui le centre-droit, Macron est  fondamentalement social démocrate, c’est-à-dire de gauche.  Giscard était un libéral plutôt  décentralisateur qui s’accommodait de l’Etat jacobin tandis que Macron est avant tout un jacobin qui s’accommode  du libéralisme. Giscard cherchait le consensus et  le débat apaisé en respectant les partis existants, alors que Macron voudrait l’obtenir  avec le « en même temps » mais en faisant table rase des partis et en  pratiquant le « dégagisme ». Cela fait une sacrée différence.  D’ailleurs Giscard a pris grand soin de ne pas modifier les Institutions voulues par le Général De Gaulle qui étaient intactes quand il a quitté le pouvoir. 

Au-delà de sa vision d’une « société libérale avancée », Valéry Giscard d’Estaing restera comme un républicain qui aura assuré la stabilité et la sécurité de la France dans une période internationale périlleuse. Sa défaite en 1981 a marqué pour la France un tournant vers le déclin. Il aura été un  modèle de constance politique par une action fidèle tout au long de sa vie à des grands principes  dont il ne dérogea pas. En 1972, Il s’était décrit comme « libéral, centriste et européen ». Il est resté fidèle à ces trois principes tout au long de sa vie publique. Une vertu à souligner, non ? surtout par les temps qui courent ...

 


AUDIOVISUEL PUBLIC : LA MISE AU PAS EN MARCHE !

Archibald en colère

 

Delphine Ernotte a annoncé la couleur en prenant la tête de France Télévisions : elle consacrera l’essentiel de son temps  à « promouvoir la diversité ». Et effectivement  on commence à voir  le « progressisme » à  l’œuvre : Drucker enfin débarqué, Patrick Sébastien viré, et quelques autres têtes de gondole. Il ne fait pas bon être un mâle blanc par les temps qui courent. Plus insidieusement on commence à voir disparaître des émissions, le Cabaret de Patrick Sébastien, par exemple.… Ce n’est pas  pour des raisons d’audience, elles sont plutôt bonnes.  Elles coûteraient trop chères est-il avancé …  mais personne ne croit vraiment à ce genre d’argument.

Une télé diversitaire.

Delphine Ernotte  prétend donc faire entrer la télévision française publique dans les canons des intellectuels progressistes à la  mode. Une télé qui prend en compte la théorie du genre dont l’auteur a pourtant avoué qu’elle était entièrement inventée, et offre une meilleure représentativité aux « racisés ».  Il s’agit d’effacer la télévision « réactionnaire » « d’hommes blancs  de  plus de 50 ans ». Donc la règle est désormais : on ne finance pas un projet quand la diversité n’est pas représentée. Autrement dit France Télévisions devient l’organe exécutif d’une idéologie, avec nos redevances.  Mais quand on est  persuadé qu’on agit pour répondre aux exigences du sens de l’Histoire, on ne se pose même pas la question.

Ainsi, puisque 25% de la société française serait non blanche (là, les statistiques ethniques sont autorisées), le régime diversitaire doit s’imposer. Il est tellement facile de présenter, comme le faisait Françoise Nyssen, l’ex-falote ministre de la Culture « le pays des lumières, sur le sujet de la diversité, comme hautement réactionnaire ». Donc, la théorie de la représentativité va s’appliquer avec sa sociologie bancale, qui compartimente toujours plus étroitement la société en identités claniques. Il va falloir faire en distinguant  les hommes des femmes et des « non-binaires » qui refusent d’entrer dans une de ces deux catégories. Inutile d’invoquer la biologie, c’est « réac ». Il y aura les bien portants, les handicapés, et en plus il faudra trier tout le monde en groupes raciaux, séparant évidemment les « méchants blancs »  des minorités  opprimées.

Il ne fera pas bon être un mâle blanc, hétérosexuel, de surcroît un peu âgé donc susceptible d’être « colonialiste ». J’exagère à peine. Et encore, il y a tant d’autres catégories. Une production selon Ernotte doit donc refléter fidèlement ce saucissonnage nous présentant un monde sous la forme d’une série d’échantillons représentatifs… en espérant que chaque téléspectateur ou téléspectatrice (téléspecta.teur.trice, en inclusif) se trouvera représenté par un membre du groupe auquel  la bureaucratie médiatique diversitaire l’aura assigné. Et si ça n’est pas le cas, cela sera interprété comme une discrimination ! Notre culture nationale  universaliste, est condamnée à disparaître pour laisser  la place au monde « racisé »  et « multiculturaliste »,  machine à concasser l’idée même de nation.

Lavage de cerveau.

Est-ce  la mission du service public de se faire  propagandiste zélé d’une idéologie,  car  la « promotion de la diversité », vue sous ce prisme catégorisant est tout sauf un progrès. Et il ne s’agit plus d’éducation des consciences mais  de  lavage de cerveau, puisque la diversité des points de vue sur le sujet n’est même pas discutable. L’universalisme dont nous nous réclamons et qui met tous les êtres humains sur un pied d’égalité fait partie des opinions du vieux monde véhiculant des préjugés  à déconstruire pour faire place à la société inclusive. Avec à la clé des comportements comme ceux en action à France Inter qui tient la liste des intellectuels à bannir, comme Zemmour ou Onfray, meilleur moyen de liquider les « réactionnaires ». On comprend bien que les problèmes de santé de Michel Drucker sont tombés au bon moment, on apprend que « Mongeville » ne serait pas continué et que « La maison France 5 » ne sera pas renouvelée à partir de 2021. Le ménage est en cours. Ce sont pourtant des émissions qui ont leur public. Mais voilà : trop blanc, pas assez de couleur, pas  assez « genré »,  trop réactionnaire.

De l’audio-visuel aux universités.

Et le mal ne sévit pas que sur le service public audiovisuel. Il gangrène aussi nos universités et il ne fait pas bon,  par les temps qui courent, dénoncer  les islamo-fascistes, déconstructionnistes et diversitaires. Après le secondaire, où il est solidement installé, l’islamo-gauchisme s’est attaqué à l’enseignement supérieur où des courants très puissants sont à la manœuvre. On y voit la  montée des idéologies hostiles aux valeurs de la République qui menacent explicitement et directement les piliers de notre vie démocratique. Elles se manifestent, sous prétexte d’être les victimes d’une chasse aux sorcières et en hurlant au maccarthysme, par les pressions multiples et variées pour empêcher des conférences ou des interventions  d’avoir lieu, comme celles de Mohamed Sifaoui sur la prévention de la radicalisation ou de Sylviane Agacinski. Alain Finkielkraut y est interdit de séjour, ce qui est un comble pour un académicien. Je me demande ce qu’en pense sa chère collègue Danielle Sallenave. Bernard Rougier  et ses collaborateurs sont l’objet de menaces récurrentes pour avoir commis le livre « Les territoires conquis de l’islamisme ». Il s’agit d’une inversion des rôles incroyable, très pratiquée par le gauchisme. Menaces, actions militantes, pressions,  tout est bon pour transformer  l’enseignement supérieur en chasse gardée  sans que le monde académique ne se mobilise. L’objectivité du savoir est remise en cause  et on ne respecte plus la diversité des opinions.

Islamo-gauchisme et idéologie diversitaire, même combat.

Pour éclairer le débat, car c’est le même combat qu’il faut livrer dans l’audio-visuel et l’enseignement supérieur, il est utile de définir ce qu’on entend par islamo-gauchisme. Il se fonde sur trois idées. Il considère d’abord, l’islam comme « la religion des opprimés »,  ce qui permet à ces agitateurs athées d’oublier leur aversion du religieux. Il s’agit de substituer « la révolte islamiste » à celle du prolétariat européen devenu trop réactionnaire (surtout quand il vote RN). Il faut donc, deuxième principe, importer un prolétariat actif et révolutionnaire  en maintenant le plus possible les frontières ouvertes, donc surtout pas de frein à l’immigration. C’est avec ces nouveaux « damnés de la Terre » que les islamo-gauchistes espèrent détruire la  sociale-démocratie libérale et l’affreux système capitaliste. Enfin, troisième principe fondateur, «  l’islamisme » n’est qu’une simple réaction de défense (légitime) contre l’impérialisme néocolonial occidental  qui se servirait de l’idéologie « des droits de l’Homme » dans le  monde entier, à coup de canons !  Vous comprenez  maintenant l’embarras de M. Mélenchon quand il  lui faut dénoncer  le crime contre Samuel Paty. Et d’ailleurs, ce gauchisme sait utiliser toutes sortes de gradations pour imposer progressivement son idéologie, du déni à la « mauvaise conscience » (il ne faut pas stigmatiser, pas d’amalgame), en passant par le « pas-de-vaguisme » et si ce n’est pas suffisant, culpabiliser ou utiliser la peur. La somme de toutes ces petites trahisons conduit directement à une sorte de soumission à ses thèses.

Quel rapport entre l’idéologie diversitaire d’une Delphine Ernotte et l’islamo-gauchisme d’un Jean-Luc Mélenchon : une complémentarité qui conduit à mettre « hors d’état de nuire » notre culture de l’universel, fondée sur les Droits de l’Homme, l’esprit critique et le savoir.  Mais en se servant des thèses obscurantistes, venues des Etats-Unis ou véhiculées par une religion fondamentaliste, ils jouent un jeu dangereux. Ils mettent en danger notre civilisation et notre art de vivre.

 


LE POINT SUR LE "QUOI QU'IL EN COÛTE !" (3) CE QUI ATTEND LA FRANCE

Dette publique

La monnaie magique.

Les Français ont découvert à l'occasion de cette crise qu'on pouvait sortir d'un chapeau, comme  dans les tours de magie, des centaines de milliards d'euros pour aider tout le monde. Depuis des semaines ils assistent à une avalanche de distributions d'aides. Du financement du chômage partiel aux aides aux entreprises en passant par ce qui a été annoncé par Macron : le versement d'une partie du chiffre d'affaires perdu en 2020, notamment pour les restaurateurs, et autres secteurs qui ont été confinés. Avec un principe simple : vous ne travaillez pas mais vous êtes payés. Votre activité souffre de la crise mais vous êtes compensé partiellement. Vous avez besoin d'aide, on vous la donne. Sans parler des prêts comme les PGE (Prêt Garanti par l’Etat) dont une bonne partie ne sera probablement pas remboursée. Les États sont tous intervenus pour soutenir l'économie. Même l'Amérique ultra libérale. Le tout est de savoir si ces aides, au demeurant très coûteuses pour l’Etat, seront suffisantes pour ceux qu’elles prétendent sauver. On risque d’être  loin du compte pour de nombreux établissements. Pourtant, Nous avons mis en place le système de loin le plus généreux de toutes les grandes puissances économiques mondiales. Cela n’empêche pas ou fait que nous sortons plus affaiblis économiquement de la crise, surtout de la deuxième vague, que l'Allemagne, la Chine, le Japon, les États-Unis. En France, en 2020,  pour la première fois, le volume de la dette excédera le produit des impôts : 260 milliards empruntés à bon compte contre 250 milliards de recettes fiscales. Et il y a un énorme risque, car nous sommes  en France, et en France, tout ce qui a été fait un jour de façon exceptionnelle à de grandes chances de devenir un ACQUIS. Il ne faudrait pas surtout pas que ce qui a été  fait, exceptionnellement, pendant la crise sanitaire ne devienne des acquis sociaux.

Le retour aux réalités.

C’est qu’il va falloir expliquer à partir du deuxième semestre de 2021 que nous devons faire des économies et réduire notre déficit. Ce sera d’autant plus difficile que le gouvernement n'a pas été capable de réduire les dépenses publiques AVANT la crise et avec une conjoncture favorable, pas  plus qu’il n'a pas été capable d'imposer des réformes nécessaires comme la réforme des retraites. Il va falloir expliquer qu'il faut faire des sacrifices et des économies allant de 2,5 à 10 milliards d’€ alors qu'on a créé artificiellement, et apparemment sans conséquences négatives, des centaines de milliards. Une tâche d’autant plus difficile à l'approche des élections, avec en embuscade des  irresponsables  comme ceux de la France insoumise. Et que ferons-nous si nos voisins allemands, une fois la crise terminée, exigent un retour à la normalité, à l'orthodoxie financière... C’est que les entreprises ont vu leur dette financière grimper en moyenne de 25% de leur valeur ajoutée annuelle. C’est plus que les 20 points de PIB pour l’augmentation de la dette publique. Il faut ajouter à ce passif 27 milliards de dette sociale ou fiscale (reports de charges) qui devront être honorés sauf à faire faillite.  Même les PGE sont des prêts, pas des dons. Il en a été distribué 120 milliards d’€, un montant qui fait froid dans le dos car il exprime la grande vulnérabilité financière des entreprises françaises adeptes du « capitalisme sans capital » qui n’est autre qu’un catastrophique manque de fonds propres.

La reprise.

Le schéma le plus fréquent pour nos entreprises sera Le K, ce qui veut dire qu’il va y avoir trois catégories d'entreprises endettées. Celles dont l'activité est condamnée et qui ne survivront pas : leur dette ne sera pas remboursée et les banques devront s’asseoir sur leurs pertes. Celles dont l'activité a souffert conjoncturellement, mais qui vont s'en sortir et qui rembourseront progressivement leurs dettes, dont une partie sera probablement transformée en capital par le biais des prêts participatifs. Et enfin celles qui ont emprunté par précaution, mais n'ont pas besoin de l'argent, comme les PGE, et qui les rembourseront rapidement. Une fois qu’on a dit cela, on n’a rien résolu. Car pour le gouvernement, il y aura des opportunités à saisir. Sa priorité absolue devrait être l’objectif d’une croissance forte et qualitative pour compenser les pertes d'emplois et les entreprises sinistrées. Il faut éviter l’écueil de la relance par le pouvoir d’achat car les ménages ne consomment pas une part suffisamment significative de produits français. Il faut orienter la relance vers la production des entreprises en approfondissant la politique de formation des salariés et en encourageant les innovations. Il faut aider d'autant plus les entreprises qu'elles vont sortir de la crise avec une structure bilancielle alourdie par la dette Covid.

Une baisse massive des impôts.

Le  meilleur moyen pour créer les conditions d’une croissance forte serait de baisser massivement les impôts des entreprises pour stimuler leur capacité à investir, les aider à élargir et améliorer leur  production. C’est d’autant plus justifié que nous cherchons à « relocaliser » les  activités. Réindustrialiser  le pays,  c’est accepter au préalable de libérer les entreprises de la fiscalité qui pèse sur le processus de production. Ainsi, baisser massivement les impôts pour accompagner la sortie du covid, est le meilleur moyen de redonner un élan à la France.  C’est possible parce que la France se finance à des conditions exceptionnelles et la période des taux bas devrait durer si l’on en croit les banquiers. Après l’endettement pour amortir le choc sanitaire et social, il faut prolonger l’endettement pour générer une croissance forte qui fera baisser  le chômage, rentrer les cotisations, augmenter les salaires et mettra la France en situation d’équilibrer progressivement ses finances. Ce que l’Etat perdra en revenus par la baisse des impôts, il le regagnera largement en TVA et en recettes générées par la croissance. Tous les pays qui l’ont fait ont pu le vérifier. Le seul obstacle à la baisse des impôts est politique. Qui baisse les impôts en France est immédiatement accusé de faire le jeu des riches.  Une lâcheté intellectuelle qui condamne sans procès ceux qui se sont enrichis au prix du travail, de  leur créativité et des risques qu’ils ont pris. Quelqu’un pourra-t-il dire à Mélenchon que sa candidature est inutile. La France  est déjà un pays collectiviste  avec une bureaucratie digne de feu l’Union soviétique.  Il ne pourrait faire mieux ou plutôt pire. En effet avec la fiscalité la plus lourde d’Europe, des  niveaux  de prélèvement inégalés, des dépenses publiques à 65% du PIB, son enchevêtrement de lois et de règlements,  son commissariat au plan, que pourrait faire de plus le leader de la France insoumise sinon aggraver une fiscalité déjà inique par sa répartition et achever de ruiner notre économie. Au contraire, il est temps de repenser notre  modèle pour libérer, décentraliser, responsabiliser, faire confiance au marché…  plutôt  que de dicter les comportements ou créer des systèmes uniformes qui aboutissent inexorablement à moins d’égalité et plus de pesanteurs.

Plus que tout, la France a besoin d’un choc psychologique de confiance et d’encouragement.

 


LE POINT SUR LE "QUOI QU'IL EN COÛTE !" (2) LES BOURSES

Economie  bourse

(2) LES COURS BOURSIERS

Le secrétaire d'état à la Présidence du Conseil italien, Riccardo Fraccaro, a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ou espèrent sans le dire : « La BCE devrait envisager d'effacer la dette publique qu'elle achète pendant la crise ». Cela rejoint ce  que je vous expliquais précédemment sur la  dette. J’aurai l’occasion d’y revenir. La bourse, elle, se maintient à des niveaux  complètement en décalage avec la situation économique. A Paris elle reste accrochée aux 5 000 points malgré la crise. Une question simple et de bon sens se pose alors : pourquoi la bourse est-elle à des niveaux élevés alors que la crise sanitaire a provoqué une crise économique sans précédent ?

Anticipation ?

L’explication la plus courante qui est apportée est que la Bourse « anticipe ». Les investisseurs se positionneraient déjà dans « le monde d'après ». Elle anticiperait les vaccins, la fin de la pandémie et même un retour de l'économie à la normale à partir de l’été prochain. Cette explication est loin d’être satisfaisante, d’autant  plus qu’un brouillard épais continue d’empêcher d’apercevoir suffisamment les contours de ce « monde d’après » et personne n’est capable de dire ce que sera la pandémie même après la vaccination. Or les investisseurs aiment les certitudes, ce qui ne les empêche pas de rester vigilants. Ainsi, Les bourses mondiales ont chuté le 21 septembre. C'était la crainte de la deuxième vague du Covid qui avait déclenché cette mini-panique. Il a suffi,  par exemple, que la BCE annonce qu’elle ferait ce qu’il faut, pour que la  situation se stabilise aussitôt. A contrario, on a vu lors de la première annonce d’un vaccin que les titres valorisés lors du confinement ont été massacrés et ceux du « monde d’avant » ont connu un bond à la hausse spectaculaire. Les marchés restent donc sensibles aux mauvaises nouvelles et il faut peu de chose pour provoquer une baisse violente. Pourtant, cela reste dans des limites qui n’ont rien de catastrophiques. Rien à voir, par exemple, avec l’effondrement de 2008. En réalité, les investisseurs oscillent entre euphorie et inquiétude. Euphorie quand ils pensent au rebond de l'économie après la crise du Covid, aux centaines de milliards distribués gratuitement par les banques centrales, aux espoirs de vaccins et aux plans de relance. Inquiétude quand ils pensent à l'épidémie, aux secteurs qui ne se sont toujours pas relevés de la crise, aux faillites à venir et à la hausse annoncée du chômage. Ces mouvements erratiques ne s’expliquent donc pas par  la réalité de ce que vivent les entreprises.

Alors, la liquidité ?

la seule explication valable qui explique tout, c'est la liquidité. Les bourses mondiales sont déconnectées des valorisations réelles des entreprises. On le voit en particulier avec les valeurs dites de croissance, les valeurs « growth » qui atteignent des valorisations stratosphériques. En première ligne les GAFAM. Si les Bourses sont à ces niveaux, c'est que les banques centrales ont injecté des torrents de liquidités et qu'elles vont continuer à le faire, c'est que du fait de ces injections massives, les taux d'intérêt sont nuls ou négatifs. Pendant des décennies, le FMI et les banques centrales ont mis la pression sur les gouvernements pour réduire leurs dépenses publiques, équilibrer leurs budgets et réduire leurs dettes. Le FMI n'accordait ses aides qu'aux pays qui adoptaient des programmes d'austérité. Aujourd’hui C'est tout le contraire. Les banques centrales, comme la FED ou la BCE, mettent la pression sur les gouvernements pour adopter de nouveaux plans de relance et menacent de ne pas injecter de liquidités gratuites si les états n'augmentent pas leurs dépenses, n'aggravent pas leurs déficits et ne font pas exploser leur dette. Et ces liquidités qui inondent les marchés financiers cherchent du rendement. Alors voilà TINA qui se manifeste : « There Is No Alternative » à la Bourse quand les taux d'intérêt sont négatifs, l’argent ne sait pas où aller se placer. Or, les bourses offrent encore des  possibilités de spéculation. Nous sommes dans une bulle de liquidités. Quand cela va-t-il s'arrêter ? La réponse est finalement assez simple, basique même. Si la Bourse monte du fait de l’injection de liquidités massives, elle baissera quand les banques centrales injecteront moins de liquidités, quand l'économie ira mieux. C'est là encore un paradoxe total. Mais si on y réfléchit bien, c'est évident. Quand l'économie ira mieux, les banques centrales seront plus sages, elles remonteront les taux d'intérêt progressivement, mais elles n'auront plus besoin d'injecter autant d'argent. Si l'économie va mieux, du fait de l'effet retard sur la consommation et les investissements, du fait de la fin de la pandémie, on pourrait même avoir un rebond momentané de l'inflation, ce qui freinera encore un  peu plus les banques centrales. C’est à partir de ce moment-là que le stock de dette deviendra problématique, surtout pour les  pays fortement endettés comme le nôtre.

Cela fait partie du sujet suivant :  qu’est-ce qui nous attend ?