DEBAUCHE DE COM’

Guignol-1

L’épidémie que nous subissons constitue un test concret de la capacité des gouvernants à la combattre. Il suffit de voir les stratégies divergentes d’un pays à l’autre pour s’en convaincre. C’est même un test impitoyable dans la mesure où on peut apprécier presque en temps réel  la performance de ceux qui tiennent les manettes. Chez nous, elle se mesure au bilan que dresse chaque soir le professeur Jérôme Salomon, le Directeur Général de la Santé, égrenant sa liste morbide mesurant l’évolution de l’infection de la population par le virus, en nombre de malades, en cas graves et en décès.  Mais pour morbides qu’elles puissent paraître, les statistiques dont on nous abreuve ont un objectif : même si comparaison n’est pas  raison, elles sont utiles au gouvernement pour lui permettre de nourrir l’opinion publique. Ainsi, le « politique » peut s’en servir pour assurer sa dialectique et orienter sa communication, en donnant l’impression d’être pro-actif, en suivant la réalité.

Symptôme révélateur d’un pouvoir dépassé.

Ce besoin de recourir au « paravent » scientifique qu’ont le Gouvernement et le Président de la République, en s’entourant de « comités » largement mis en avant pour cautionner les décisions prises, peut être reçu comme un besoin de se retrancher derrière l’argument indiscutable fourni par la  science. On peut y voir  le signe d’un pouvoir qui aurait peur d’assumer ses  choix. En fait de "politiques", nous sommes bien en présence de technocrates désincarnés qui nous administrent plus qu’ils ne nous gouvernent. Ce qui expliquerait qu’on ait un exécutif plus suiviste qu’anticipant qui fait déplacer des malades à grands renforts de trains, hélicoptères, bateaux, pour montrer qu’il agit, alors que des cliniques privées à proximité restent vides et l’arme au pied !!!! (TF1 13H, du 1/04) Tout ça pour tenter de donner le change. 

Une épidémie d’abord prise à la légère.

Rappelons-nous les propos de la Ministre de la Santé fin janvier. Ils témoignaient de l’appréciation qu’on avait alors à l’Elysée et à Matignon sur l’improbabilité que la crise chinoise  qui n’en était qu’à ses débuts parvienne jusqu’à nous. Nulle précaution, nulle anticipation alors. Nous campions sur la certitude d’avoir le meilleur système de  santé du monde, de toute façon capable de faire  face si  par nature le virus osait pointer  le bout de son nez chez nous. Nous sommes pourtant le pays qui a inscrit le principe de précaution dans notre Constitution. Cela me rappelle le Maréchal Le Boeuf disant à Napoléon III qu’il ne manquait  pas un bouton de guêtre à ses soldats pour déclarer la guerre à l’Allemagne, en 1870. Ce qui me confirme dans ce jugement c’est l’accident Buzyn.  Déjà, voir la Ministre de la Santé abandonner son poste alors que la crise sanitaire en était aux prémices, pour aller remplacer au pied levé le candidat Griveaux dans les conditions que l’on sait, c’était à la limite surréaliste. Probablement amère du score  pitoyable qu’elle a obtenue, elle en a rajouté  dans une interview dont les propos laissent rêveurs, pour affirmer qu’elle avait alerté l’exécutif  du péril qui s’annonçait.  On avait donc bien pris du retard dans la mise en place du dispositif de lutte contre une pandémie déjà en route.

Déluge verbal présidentiel : la verbigouvernance.

Cette grille de lecture nous permet de comprendre l’enchaînement des actions gouvernementales à partir de la fin de la première semaine de mars : prise de parole solennelle de Macron  le 12 mars, annonçant la fermeture  des écoles à partir du 16 mars, irruption de Philippe au 20H le 14 mars, veille des élections pour annoncer la tenue des élections mais la fermeture de tous les commerces sauf de ravitaillement, dès le soir même, puis à nouveau Macron le 16 mars pour annoncer  les  deux premières semaines de confinement. Cette  avalanche de décisions témoigne d’une précipitation et  tombe sur une France insouciante qui n’y comprend rien, continue de se promener et de profiter du soleil printanier. Il faudra  le confinement strict pour que la prise de conscience ait enfin lieu. Il faudra du temps  pour s’apercevoir qu’il est justifié avant tout par une pénurie …  de tout : de  masques, de tests, de gel hydro-alcoolique, de respirateurs, de personnels  soignants. On découvre alors que nous sommes  « verbigouvernés ». On parle  beaucoup pour occulter une réalité sur laquelle on ne peut plus que faire semblant d’agir. Alors, Macron nous soule !  Il est partout, se déploie sur le terrain, à la Salpétrière, à Necker, dans un Ehpad, se métamorphose en chef de guerre en pérorant devant un hôpital militaire pour le symbole.  Mais enfin,  est-ce son rôle ? Tout ce qu’il annonce il l’a déjà dit à d’autres et multiples occasions.  Le Premier Ministre n’est pas  en reste qui doit prendre  une heure et demie à la télé  vendredi dernier pour faire  le tour par le menu de tout ce qui a été entrepris, aréopage de scientifiques à l’appui, pour la fiabilité. Peur que la sienne ne suffise pas ?

Sondage cruel.

L’exécutif donne l’impression de courir après le temps perdu. On découvrira un jour qu’on aurait pu peut-être faire autrement. Au moins au passage, Roselyne Bachelot et ses millions de vaccins contre  la grippe  H1N1 se sera vue réhabilitée par ceux-là mêmes qui l’avaient pendue haut et court à l’époque. Nos gouvernants  courent surtout après leur crédibilité.  Car si certains sondages  (Harris par exemple) semblent montrer une certaine cote de l’exécutif, le sondage approfondi publié par le Figaro mardi dernier est impitoyable et exprime une confiance en chute libre :  69% des Français pensent que l’action du gouvernement n’est pas claire, 70% qu’il ne dit pas la vérité, 75%  qu’il n’a pas pris les bonnes décisions, 75% qu’il n’a pas fait ce qu’il faut pour équiper  les hôpitaux, 79% qu’il ne sait pas où il va, 88% qu’il aurait dû décider le confinement plus tôt… D’où la tentation d’occuper  les médias pour noyer la communication et empêcher l’opposition de s’exprimer, avec un Premier Ministre  venant lui aussi régulièrement à la télé, un Ministre de la Santé donnant le compte-rendu précis et quotidien de la situation et une porte-parole zélée qui accumule les  bourdes ! Sauf que l’efficacité du verbe présidentiel est indexée sur sa solennité. A se prononcer sur tout et à se répéter sans cesse, Macron le banalise : imagine-t-on le Général  De Gaulle s’adresser à la nation pour annoncer qu’il a commandé un milliard de masques ! Il a encore parlé pour ne rien dire (de plus), entends-je autour de moi. Et le fait d’appeler sans cesse à l’union nationale est la preuve la plus certaine qu’elle n’est pas réalisée, car réitérer une consigne trahit toujours l’insuffisance, sinon l’échec de son application.  

Vous l’avez compris, la débauche de com’ c’est le signe le plus tangible que le pouvoir est désemparé. Pas certain qu’il sauve les meubles de cette façon.

 


LE CONTRE-COUP ECONOMIQUE

Baisse des charges bis

La crise sanitaire a mis la France quasiment à l’arrêt.  Le fait qu’elle ne soit pas toute seule dans cette situation est une piètre consolation. En plus, nous devons être bien conscients que le  confinement ne résout pas le  problème et la propagation du virus menace de flamber à nouveau dès qu’on lèvera le couvercle. Même si on  peut espérer un affaiblissement de la pandémie, l’urgence tient dans la solution qu’apportera la médecine qu’il s’agisse de  médicament ou de vaccin. De l’évolution qui suivra dépend en effet  l’importance du contre-coup sur notre économie, sur celle de nos partenaires et évidemment  sur l’économie mondiale dont les deux plus gros PIB sont aujourd’hui en apesanteur : la Chine et  les  Etats-Unis. Tout  dépendra donc de notre capacité  collective  à bloquer la  pandémie.

Pour évaluer l’ampleur de  la crise économique à laquelle nous somme d’ores et déjà confrontés, j’ai croisé le  regard de quatre experts économiques et financiers : Nicolas Bouzou, Marc Fiorentino, Jean-Pierre Robin (Le Figaro), et Eric Le Boucher (Les Echos).

La crise est-elle de même nature que celle de 1929, comme l’affirme Bruno Lemaire ?

Le consensus est établi : tout le monde est d’accord pour affirmer que nous sommes en face d’une crise qui ne ressemble en rien à celle de 1929,  pas  plus qu’à celle de 2008. Pour JP. Robin comme pour Marc Fiorentino, il ne faut pas s’étonner de l’effondrement des  marchés financiers. Une correction était attendue de toute façon après près de 10 ans de croissance continue des indices. Ce qui frappe précise Marc Fiorentino, c’est l’ampleur de la chute, près de 40% à Paris, passant de 6117 au plus haut à 3632 points au plus bas, et sa rapidité, qui fait que le krach ne ressemble à aucun autre. Mais, il n’y a pas d’explosion du système financier ni de crise de l’euro comme  en 2008. Ce  qui frappe aussi,  c’est que c’est l’économie mondiale qui est pratiquement à l’arrêt.

De quels moyens dispose-t-on pour contrer les effets  de la crise sanitaire ?

Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas dans une crise de surproduction. C’est la crise du "Covid 19" qui a obligé à arrêter certaines activités et à réorganiser le travail,  avec une partie importante de la main d’œuvre en chômage partiel ou total du fait du confinement. Celui-ci touche 10 à 20 millions de salariés, d’indépendants et de patrons de PME souligne JP Robin. Marc Fiorentino décline les secteurs touchés : le tourisme, l’événementiel, la restauration, le bâtiment,  mais aussi les startups  en phase de décollage encore fragiles financièrement. Pour éviter des conséquences dévastatrices et garder un maximum d’entreprises viables, on a assisté  à une intervention rapide et  massive des banques centrales. Car le choc est violent : l’Insee a mesuré que notre économie ne tourne plus qu’à 65% de son PIB (200 milliards/mois), soit un trou de 140 à 150 milliards d’euros si l’arrêt se prolonge sur deux mois. Tout le monde fait le même constat : 3 points de PIB par mois, c’est tenable sur une courte période. Pour Eric Le Boucher, même appréciation, les milliers de milliards qui se déversent sur les  économies parient sur une parenthèse brève. Il s’agit de sauvegarder intact le tissu économique. Pour JP Robin, comme pour Marc Fiorentino,  le choc paraît surmontable : la BCE a débloqué 750 milliards d’euros pour les 19 pays de la zone euro, ce qui représente 6% du PIB de la zone euro (12 500 milliards). Le patrimoine de la France en fait un pays dont la richesse immobilisée (tout compris) est de 15 482 milliards d’euros  et les Français détiennent 350 milliards sur leurs comptes en banque non rémunérés… De fait, le déficit budgétaire et la dette passent au second plan, explique Marc Fiorentino. Eric Le  Boucher met un bémol : il rappelle que les dettes publiques et privées étaient déjà excessives avant le déclenchement de  la crise et représentaient 225% du PIB mondial. Donc tout grain de sable dans la machine risquerait de faire remonter les taux d’intérêts qui déclencheraient alors une catastrophe mondiale. Mais l’arrosage est conséquent : Berlin décaisse 500 milliards contre 60 en 2008, Paris 300 milliards contre 50. Bref, les banquiers mondiaux et les chefs d’Etats ont voulu anticiper la crise  économique. Qui paiera ? personne ne sait. En fait ce sont les banques centrales qui vont détenir les dettes des Etats qui eux-mêmes les contrôlent. Ce n'est pas le sujet pour le moment.

Quels scénarios pour la suite ?

Pour Nicolas Bouzou, la baisse du PIB était inévitable. Marc Fiorentino aurait préféré que les bourses soient fermées pendant la période pour éviter des transactions hors sol. Tout est faussé pour les  marchés, et il faut à tout prix éviter les mouvements irrationnels à la fois pour les entreprises et pour les épargnants. Autrement dit éviter que l’on perde beaucoup d’argent inutilement. Il se veut rassurant concernant les banques et les assurances : aucun risque d’effondrement de ce côté-là, selon lui. Le consensus se fait sur un rebond rapide et fort, probablement en septembre. Mais une reprise forcément progressive dès la fin de l’épisode épidémique, qui dépendra largement de l’environnement international. La reprise de la consommation sera rapide dans un premier temps, grâce à un effet euphorique et de rattrapage sur une demande interne inhibée par le confinement et le climat anxyogène. Le reste repartira  plus lentement à cause d’une demande externe amoindrie pour de nombreuses raisons, fermeture des frontières, remise en route de  la production qui ne se fait pas d’un claquement de doigts… Nicolas Bouzou dessine trois actions à mener par la France et l’Union européenne pour accompagner le rebond : les outils digitaux que nous avons utilisés et qui se révèlent indispensables pendant la  crise doivent faire l’objet d’une reprise en main industrielle par l’Europe afin d’avoir elle-même ses géants du numérique ; le télétravail devra continuer et être encouragé comme une nouvelle forme d’organisation et de gestion du temps de travail ; enfin il ne faudra  pas  contrarier le climat d’euphorie accompagnant la reprise par des décisions politiques inadéquates par exemple de fiscalité ou des réformes anxyogènes …  Marc  Fiorentino imagine un redémarrage en U probable, avec remontée progressive de l'activité  mais privilégie l’hypothèse d’une reprise en W pour tenir compte des décalages internationaux inévitables : redémarrage fort suivi d’une nouvelle rechute puis d’une nouvelle reprise, parce que de toute façon il faudra que ça reparte d’une manière ou d’une autre. Tout  dépendra de la manière dont réagira  l’économie US. Sans compter qu’à l’automne les Américains voteront pour élire le président.

En attendant …

L’arrêt de l’économie est une réalité.  Des statistiques vont le mesurer avec leur cortège de chiffres sur le chômage, la croissance, etc  …  dont il ne faudra pas trop tenir compte parce qu’ils seront forcément provisoires. Il émerge une certitude : l’économie repartira. Malgré le déversement de  milliards de liquidités, il n’y a pas trop à craindre non plus une hyperinflation.  Nous subissons un tel choc déflationniste avec une économie  mondiale à l’arrêt, auquel il faut ajouter la guerre du pétrole et les cours très bas des matières premières, que la masse des liquidités n’est pas susceptible de faire monter les prix.  Par contre, tempère Eric Le Boucher, le climat international sera primordial, il espère une coordination internationale aussi forte que possible (G7, G20, UE, OCDE…) pour que les marchés ne paniquent pas. Pour lui, le plus grand danger viendrait des poussées nationalistes ou populistes qui empêcheraient une réponse mondiale organisée.

Vous l’avez compris, l’année 2020 ne sera pas une sinécure pour les gouvernants. Pour  Macron, on peut dire que la fin de son quinquennat est chamboulée, avec une année 2020 qu’on peut déjà mettre entre parenthèses et une stabilisation du pays au mieux à l’horizon de la fin du premier semestre 2021… et à l’automne commenceront les « hostilités » de la campagne présidentielle de 2022 ! (si elles ne démarrent pas avant).

 


SUR LES RESEAUX DECHAINES…

Internet

 

Quelques nouvelles lues ici ou là …. Bien évidemment, le  virus se taille la  part du lion.

Coronavirus 1 : une enquête a permis d’établir que le pangolin n’y était pour rien (Le  club des Echos). Nous voilà rassurés.

Coronavirus 2 : le Prince  Charles  est contaminé. Quelle époque !  Même les virus ne respectent plus rien !

Coronavirus 3 : Après sa démission du conseil scientifique de Macron, « le Professeur Raoult est-il le De Gaulle du Covid 19 ? » se demande l’Obs. Nouvelle version de « j’ai raison seul contre tous ! ».  Espérons qu’il supporte la comparaison avec le Général.

Conoravirus 4 : le côté obscur de  la force. Alors que les Français applaudissent les soignants tous les soirs à 20H, des « bas de plafond» se permettent d’ostraciser des infirmiers ou des soignants qui habitent leur immeuble en leur demandant avec insistance d’aller vivre ailleurs, pour ne pas être contaminés. Honteux !

Coronavirus 5 : la  crise sanitaire aura des conséquences sur la croissance. Récession : 3 Points de moins de PIB pour Bruno Le Maire, si le confinement dure un mois ;  6 points de  moins pour l’Insee si le confinement dure  deux mois. Cohérent. Qui peut me dire combien de  points en moins si le confinement dure trois  mois… ?

Coronavirus 6 : Un constat impressionnant. Depuis le confinement, l’air est  plus  respirable dans les  grandes villes  et  particulièrement à Paris. CQFD. Pourvu que ça ne donne pas  des idées à Hidalgo. Je parie qu’on ne va pas tarder à nous annoncer aussi un record triomphal de moindre  mortalité sur les routes.

Coronavirus 7 : Je lisais naguère que  nos savants qui explorent la galaxie comprenaient mieux les « trous noirs ». Ils n’ont pas vu que nos maisons de retraite seraient le trou noir de l’épidémie (L’opinion). Trop proches, certainement. 

Coronavirus 8 : Des masques moisis auraient été livrés à des soignants à la Réunion. Très regrettable ! On ne peut pas croire que ce soit la durée du voyage, même par bateau, qui en soit la cause. Or plaisanterie, la question reste posée : « Où sont passés  les masques ? » Nos  policiers ont dû donner les leurs aux hôpitaux, alors qu’ils sont en première ligne pour faire respecter  le  confinement….

Boulet : « On ne va pas  demander aux enseignants qui ne travaillent pas de traverser toute la France pour aller ramasser des fraises ! » Je traduis : «  On en va quand même pas demander aux fainéants de bosser un peu ! ».  Les enseignants qui s’échinent pour trouver des solutions avec internet pour faire cours auront apprécié. De qui est la boulette ? Eh oui, gagné, c’est Sibeth. A croire qu’elle a été élevée au jus d’Hanouna.

Carnet mondain : Meghan et Harry vont parait-il quitter leur manoir de  Vancouver au Canada. Ils hésitent entre la Californie et l’Angleterre pour se poser après le « Megxit » du 31 mars.

Air du temps : « l’Internaute » propose 40 lieux pour se sentir seul au monde ! Le site ne précise pas si c’est loin des virus.

Edition : finalement c’est Stock qui publiera l’autobiographie de Woody Allen.

Pas sortis de l’auberge : on connait le « conseil scientifique » chargé de conseiller Macron. Le président de la République a installé cette semaine un nouveau "comité de chercheurs" pour accompagner le gouvernement dans le choix de sa stratégie de sortie du confinement imposé à la population depuis le 17 mars. Notamment en explorant le potentiel des outils numériques et des données de localisation. Le confinement risque de durer longtemps : le temps qu’ils étudient toutes les hypothèses et testent les solutions !

Aïe : Cyril Hanouna prépare une émission TPMP de 48h en direct de son domicile ! 

 


ENFIN LA GAUCHE UNIVERSALISTE SE REVEILLE !

Gauche contre lumièresGénération offensée

La  gauche la plus bête du monde.

J’avais fini par penser que notre gauche française était devenue la plus bête du monde. Autrefois, c’est ce qu’on disait de la droite. Pour moi, la gauche défendait le progrès, l’universel et la raison, l’héritage des Lumières constituait un corpus idéologique incontournable, surtout pour les tenants de l’émancipation. C’est pourquoi, bien qu’attaché aux valeurs de la droite à travers la conservation et le sentiment religieux, j’ai longtemps campé aux confins de la droite modérée et de la gauche sociale,  dans un centrisme qui me semblait au carrefour de ces idéaux nobles. Mais force est de constater, qu’aujourd’hui, c’est la droite qui défend la laïcité et la liberté de pensée (ou de penser), tandis que ceux qui autrefois pendaient les curés me semblent regarder la religion des nouveaux damnés de la Terre (l’Islam) avec une grande complaisance et se font les pourfendeurs impitoyables de ceux qui ne pensent pas comme eux en interdisant certaines œuvres… Et je dois dire que jusqu’à maintenant, j’avais le sentiment que le communautarisme leur avait fait abandonner définitivement le terrain de la pensée universelle.

La gauche contre les Lumières.

Le reniement vient de philosophes français, adeptes de la pensée critique tel que Deleuze et surtout  Foucault, qui ont scié, j’allais dire « sciemment », la branche des Lumières sur laquelle la gauche était assise, déconstruisant la possibilité de toute norme commune, au point qu’à leurs yeux, il ne parait pas choquant qu’on réduise un discours à l’identité raciale, ou de genre, ou sociale, de celui qui l’énonce. Ce reniement de l’universalisme conduit cette gauche, généralement bobo, « cul-cult » tant elle infeste les mieux de la culture, à s’emparer de la « morale et de l’identité » pour se permettre de censurer à tout va.  Plus d’appropriation culturelle possible, cette gauche dite « intersectionnelle » veut empêcher toute utilisation d’un élément provenant d’une culture minoritaire par un artiste dit « occidental », par définition le  grand méchant, de préférence « blanc » et « hétérosexuel ».  Ainsi on interdit Eschyle à la Sorbonne sous prétexte de « blackface », ainsi le « Hijab Day » à Sciences Po,  autant de cas qui nous montrent qu’au logiciel des lumières on veut substituer celui de l’obscurantisme. Ces gentils « millenials » qui n’ont connu ni l’esclavage, ni la colonisation, ni la déportation, ni les goulags du stalinisme, s’offusquent de l’introduction de  plats asiatiques dans les cantines, ridiculisant la notion d’antiracisme. Ces  procureurs vont jusqu’à compter les Noirs dans la salle de  la cérémonie des Césars pour alimenter leur thèse victimaire.

Une saine révolte.

Cela fait  bien longtemps que les intellectuels de droite  sont l’objet de moqueries quand ce n’est pas de cabales médiatiques quand ils dénoncent les mêmes dérives ou défendent la laïcité (c’est pour cacher un racisme anti musulman).  C’est donc avec un certain soulagement, pour ne pas dire bonheur, qu’on entend des voix s’élever à gauche. Deux coups de gueule salutaires :  celui de Stéphanie Roza, chercheuse au CNRS, avec la publication de « La Gauche contre les Lumières », dans lequel elle  explore avec précision les racines intellectuelles de ce reniement qui s’est épanoui particulièrement au sein des « sciences sociales » ;  celui de Caroline Fourest, « Génération offensée », dans lequel l’auteure bien connue pour sa défense de la laïcité et de l’égalité des femmes, s’en prend avec son style polémique cher à Charlie Hebdo, à cette « gauche moraliste et inquisitrice » dont elle fustige les manifestations grotesques. Deux ouvrages qu’il faudrait assurément lire. Toutes les  deux ont le courage et la lucidité de penser librement. Il est grand temps que des voix se réveillent à gauche pour contrer une radicalisation idéologique qui, de soirée des César en délires universitaires où l’on interdit des conférences, menace la vie de l’intelligence, transformant les lieux de savoir et de tolérance en lieux de terreur. Elles viennent renforcer le combat d’un Jacques Julliard qui se demandait récemment « où était passée la gauche ? ». Ouf,  la vraie gauche, celle issue de la révolution et des Droits de l’Homme et du Citoyen, celle de Mirabeau, celle de Jaurès,  celle de Georges Marchais quand il oubliait Marx pour rendre hommage à Descartes, celle de Michel Rocard…  n’est pas morte ! La gauche relativiste, communautariste et « déconstructiviste » va devoir affronter la guerre alors qu’elle se croyait en terrain conquis. Ce n’est pas la droite qui se plaindra. Pour défendre les Valeurs Universelles sur lesquelles sont fondées celles de la République, on ne sera jamais trop nombreux.

 

« La Gauche contre les Lumières », Stéphanie Roza, Fayard.

« Génération offensée », Caroline Fourest, Grasset.

 


LA LIBERTE COMME REMEDE A NOS MAUX

Baverez Le-monde-selon-Tocqueville

 

Une drôle d’expérience.

Je sais que le titre de cet article fait un  peu provocation par rapport à la situation de confinement que nous vivons et qui est, je l’espère, temporaire. Je profite du temps  dont nous disposons tous pour approfondir la réflexion sur notre devenir, celui de la France et de l’Europe. Car la crise sanitaire, en  mettant notre économie quasiment à l’arrêt et en ouvrant toutes grandes les  vannes des « liquidités » pour financer, ne va pas vraiment arranger les choses. Déjà, Macron a annoncé que plus rien ne serait comme avant : « Il nous faudra demain, tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties ». C'est que cette crise va provoquer une accélération de la mutation structurelle de l'économie, vers une croissance plus faible, voire vers la décroissance, avec ses effets dévastateurs, comme le chômage.… Les « « millenials » remettent en question depuis longtemps notre modèle, ils remettent en cause la surconsommation, responsable selon eux de la destruction programmée de la planète. Et Macron semble vouloir aller dans leur sens et se refaire une santé avec la  « croissance durable » !  Un débat sur lequel nous aurons l’occasion de revenir. Déjà on se demande bien comment, sans croissance, on pourrait rembourser la dette abyssale à laquelle on va parvenir. « Hélas, c’est là qu’est l’os ! », et je parie qu’on va nous ressortir les balivernes marxistes habillées en vert. Le sujet, c’est donc bien « la liberté ».

Actualité de Tocqueville.

Le seul remède efficace à nos maux, c’est la liberté, selon Tocqueville. Nicolas Baverez, dans un livre lumineux qu’il faudrait lire, « Le Monde selon Tocqueville », refait le chemin pour nous. La  pensée de l’auteur de « De la démocratie en Amérique », disparu il y a cent soixante ans, n’a jamais été aussi  pertinente. Et les temps que nous vivons mettent vigoureusement à l’ordre du jour la pensée « tocquevillienne ». Elle nous permet de comprendre la crise que traversent nos démocratie minées par le désengagement de citoyens individualistes et la  tentation de dérives autoritaires. A travers le recueil de l’œuvre de ce démocrate de raison, de larges extraits sélectionnés et classés par thème par Nicolas Baverez, on découvre « la plus formidable –et toujours actuelle- analyse du système démocratique, de ses bienfaits et de ses limites » nous explique Daniel Fortin dans Les  Echos. L’analyse des faiblesses françaises telles que centralisation excessive, religion de l’impôt, préférence  pour la radicalité politique, est d’une étonnante actualité.  Il montre aussi à quel  point  la passion des hommes pour l’égalité, si française, peut se retourner contre la démocratie et dégénérer en despotisme. On y retrouve les traits de notre histoire : besoin de sécurité, culte de l’homme providentiel, haine sociale (envers la noblesse hier, les riches aujourd’hui), et qui constituent les failles dans lesquelles n’importe quel régime peut sombrer. En ce début  de 21ème siècle, au moment où le monde connaît une crise de la démocratie d’une ampleur inédite,  jusqu’au sein même des Etats-Unis, l’acuité de la vision de Tocqueville parait inouïe.

Petit détour en philosophie.

Nicolas Baverez décrit avec précision ce qu’il appelle « le krach démocratique », thème qu’il reprend en plus approfondi dans son ouvrage récent « l’Alerte démocratique » (dont j’ai fait le résumé dernièrement), et démontre à quel point la lecture de Tocqueville, qui avait tout prévu, peut  permettre d’y faire face. Mais qui est donc cet Alexis de Tocqueville, auteur si peu connu en France alors qu’il  est respecté aux Etats-Unis, et dont les écrits sont subitement devenus à la mode ? Aristocrate de cœur, Tocqueville dérange par son caractère inclassable. Il  est trop  libéral pour les monarchistes et les conservateurs, et trop  aristocrate pour les Républicains. IL  n’appartient à aucun parti ni aucune école de pensée. S’il est considéré aux Etats-Unis c’est grâce à la  puissance de son analyse sociologique et politique. Il n’est ni un prophète ni un doctrinaire, mais un historien et un sociologue et la démocratie n’est pas à ses yeux une cause à défendre mais un état de la société qui peut conduire soit à la liberté, soit au despotisme. Il perçoit avec lucidité à la fois la force du mouvement vers la démocratie que suscite la passion de l’égalité et en même temps les risques de dérives tyranniques ou de désengagement des citoyens qui  peuvent  l’accompagner. Il se reconnait dans les droits de l’homme et les défend en dénonçant le destin tragique fait aux Indiens, en s’engageant pour l’abolition de l’esclavage ou en critiquant le racisme de Gobineau. C’est la liberté qui le conduit à la démocratie et au libéralisme sans renoncer au lien fondamental entre la liberté et la justice et  à l’attachement aux contre-pouvoirs, eux-mêmes antidotes de  la  tyrannie. Pour comprendre que le lien n’est pas évident, le paradoxe historique entre l’Angleterre et la France au XIXème siècle peut nous éclairer : l’Angleterre conservatrice a acclimaté la liberté politique en restant une société de classes alors que  la France révolutionnaire a liquidé la société aristocratique sans parvenir à fonder une démocratie stable, oscillant sans cesse entre le chaos et le césarisme. En résumé : le mouvement vers l’égalité des conditions, s’il est irrésistible n’en dicte pas  pour autant ni les institutions ni le destin des hommes. Chez Tocqueville, la  liberté est la valeur suprême, un mode d’organisation du pouvoir et un principe d’action.  C’est avec cette conception que nous devons impérativement renouer !

Marx est obsolète.

Raymond Aron a éclairé  dans « Essai sur les libertés » les rapports entre la liberté et le développement de  la société industrielle à la lumière des conceptions de la démocratie de Tocqueville et de Marx, ainsi que de l’opposition entre libertés formelles et  réelles. Il montre la supériorité de Tocqueville pour qui la liberté politique, loin d’être formelle, est la question centrale, sur Marx qui voit dans l’exploitation la loi du capitalisme et dans la révolution la condition de l’établissement d’une démocratie authentique. L’histoire du XXème siècle a confirmé ce jugement : pendant que le capitalisme a su se réformer et les sociétés occidentales conjuguer la protection des libertés individuelles avec un haut degré de prospérité et de solidarité, le « soviétisme » a cumulé la  suppression de toute forme  de liberté avec la paupérisation des masses et des inégalités maximales. Ce qui amène Jacques Julliard (certes de gauche mais sans jamais avoir été marxiste) à se poser la question sur son carnet : « Pourquoi Tocqueville  nous est-il si utile, alors que Marx  nous tombe un peu des mains ? ». Pour lui, l’anthropologie marxiste est aujourd’hui une misère. Marx avait donné à la question sociale la dignité d’un problème philosophique majeur. Mais on sait ce que la pratique bolchévique en a fait.  Pire, le  bobo « éclairé » et truqueur d’aujourd’hui a pris la place du prolétaire, le sociétal s’est substitué au social, la lutte contre les discriminations remplace la lutte des classes et « l’intersectionnalité » tient lieu « d’Internationale ». « Les belles âmes occidentales ont leurs pauvres : les musulmans…. » précise Jacques Julliard. Pour lui, Marx, qu’il faut ranger parmi les grands penseurs humanistes de l’Occident, est devenu « inutile et incertain » parce que sa vision de l’homme, son anthropologie sociale est d’un simplisme redhibitoire, tandis que la vision de Tocqueville est d’une vérité  criante. L’opposition repose sur un clivage déterminant : le premier,  influencé  par les libéraux, pense que les hommes sont dominés par leurs intérêts, alors que le  second fait  une place essentielle aux passions. Vaste débat, mais tellement actuel. Le  duopole libéralo-marxiste est mort. Nous n’avons envie ni de la dictature du prolétariat ni de l’intérêt individuel bouffi d’envie et de consommation érigé en principe pour défendre l’autoritarisme et le despotisme politique. C’est en cela que Tocqueville nous éclaire : face à  l’économisme réducteur, il affirme l’autonomie du politique et chante la gloire de la démocratie tout en dénonçant les déviations que constituent la tyrannie de la majorité (suivez mon regard), l’individualisme exacerbé qui laisse chaque citoyen isolé et dépendant à la merci d’un Etat tyrannique et protecteur. Nous nous voyons assignés à résidence par lui selon le sexe, l’origine ethnique, la couleur de peau, en une véritable régression déterministe et racisante (Merci Marlène et Sibeth). Cette mise en tension permanente de la société promeut le populisme. Et voilà le message : la  démocratie ne saurait fonctionner sans le concours de libres associations de citoyens : partis, syndicats, associations, amicales, etc., fondées sur le volontarisme et le consentement, et aussi sans des  pouvoirs déconcentrés dans les différents niveaux de collectivités.

La démocratie n’a  pas encore perdu ! Militez les amis ! C’est plus que jamais nécessaire !

 

 


SUR LES RESEAUX DECHAINES…

Internet

 

J’ai relevé quelques informations au fil des messages reçus qui investissent la toile. Il y en a pour tous  les  goûts… Et  encore, je me suis contenté d’être un récepteur passif.  Je ne suis allé chercher aucune des infos que j’ai sélectionnées, elles sont venues à moi… A l’insu de  mon plein gré comme aurait dit l’autre.

Dangereux !  Le citron vert peut vous brûler la peau, si, si  ; quant à l’avocat il est à l’origine de nombreuses coupures de la  main, souvent profondes.

Milliards : oui, des  milliards qui vont pleuvoir, vous ne rêvez pas. La BCE (Banque Centrale Européenne) bascule dans les milliards sans limite. C’est « l’argent hélicoptère » pour les  entreprises et bientôt pour le pouvoir d’achat des particuliers… La Reine Christine a répété comme Macron : « Quoi qu’il  en coûte ! »

PQ contre FM : Alors que les Européens s’arrachent le papier toilette (on ne sait toujours pas pour quoi faire), les Américains se ruent sur les armes !!!! Si c’est pas une différence de culture, ça ?

Game of Thrones :  bon,  on va  avoir un tome 6 !  George RR Martin, confiné, a décidé de s’occuper en s’y consacrant.

Drôles de drones : la police espagnole utilise des drones pour gronder les citoyens qui ne respectent pas le confinement. Ils ne verbalisent pas encore, mais ça pourrait venir !

Toute  petite : il y en a qui se préoccupent de la taille des  stars.  On sait que Céline Dion est  grande. Mais combien mesure France Gall ? Seulement 1,50 m, comme Mireille Mathieu.  On n'aurait pas dit. Ce qui fait 3 cm de plus seulement que la môme Piaf !

Ecologie : Pendant que le Covid 19 nous fout la trouille et nous met aux arrêts (de rigueur), la fonte des glaces continue et s’accélère au Groenland et en Antarctique. C’est inquiétant, parce que lorsque la banquise fond, le niveau des mers ne monte pas, mais quand c’est de la  glace continentale, il n’en va pas de même. Rien que le Groenland pourrait faire monter le niveau de 9 m : si vous avez un appart au bord de la mer  …

Trump looser : il n’a pas  vu l’épidémie venir. Après avoir pris le coronavirus à la légère, le voilà qui est obligé de déclarer l’Etat d’urgence, mais trop tard  pour enrayer la pandémie. Du coup, c’est la faute aux Chinois ! Superman a perdu sa panoplie.

Amazon : la crise fait les choux gras du vendeur en ligne. Parmi les 100 articles les  plus vendus, les piles (pour les manettes de consoles), les  cahiers d’écriture,  le  Monopoly ( tiens donc) et bien sûr, les jeux vidéos…

3J :  ça tombe mal  pour la traditionnelle opération des Galeries Lafayettes.  Les  3J vont bien avoir lieu ce week-end mes uniquement sur le site Galerieslafayettes.com. Moins fun !

Chauffe sur le net : les réseaux sont durement sollicités entre toutes les  activités de télétravail, les loisirs et les cours scolaires. La question qui se  pose, s’il faut arbitrer pour libérer de la place sur la bande passante, que faut-il choisir entre le CNED et Youporn ? (On trouve cette question dans Les Echos)

La question du jour : « mais où sont passés les masques ? »

Hot : « Absolu féminin » propose la  position « hot » du vendredi.  C’est « l’arc de triomphe ».  Conseil pour les curieux : il faut être souple … (Je serais curieux de savoir combien vont aller voir !)

 


L’ALERTE DEMOCRATIQUE

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Puisque confinement il y a, il faut bien s’occuper. La  lecture est un bon passe-temps et c’est le  moment de mettre à exécution les intentions souvent repoussées parce qu’on a mieux à faire.

Le dernier ouvrage de Nicolas Baverez est dense. L’auteur s’inquiète de l’explosion populiste, mais pas seulement. Nos démocraties libérales peuvent-elles mourir ? La réponse est « oui ! ». Dans un style parfois aride mais jamais abscons, l’auteur procède par constats implacables, qu’il s’agisse d’énoncer ce qui est grave ou déplaisant ou au contraire ce qui permet d’espérer. C’est un fin analyste des  phénomènes économiques et sociaux et de leurs conséquences politiques. La  formation de l’énarque le conduit à catégoriser et à énumérer les faits avec une logique imparable.  Mais l’humanisme du normalien qui a lu Tocqueville (et en a fait un livre paru récemment) n’est jamais loin. Voilà un prochain sujet de réflexion tout trouvé pour le bloc-notes, puisque  Nicolas  Baverez rejoint Jacques Julliard qui titre l’un de ses articles sur ses « carnets » :  « Obsolescence de Marx, actualité de Tocqueville ».

Une grave crise de la démocratie.

« La démocratie reste très  minoritaire dans le monde. Elle  est prise sous le feu croisé de trois menaces : l’Islam politique qui a partout échoué sauf en Iran où le régime des  mollahs est très contesté, les démocratures qui ont le vent en poupe avec l’exportation du total-capitalisme chinois, et le populisme qui corrompt la démocratie de l’intérieur et constitue le plus grand danger. » Il faut insister sur le ou les « populismes » qui portent, selon Nicolas Baverez, un projet destructeur pour la liberté politique et on en voit l’émergence avec la  « démocratie illibérale »  comme en Hongrie.  On en sous-estime le caractère pernicieux. Celle-ci cantonne l’intervention des citoyens aux élections qu’elle manipule et récuse les contre-pouvoirs, l’Etat de droit, le pluralisme, le respect de la minorité. Deux exemples doivent nous inquiéter : Donald Trump et Boris Johnson. Et l’Europe est au coeur du sujet car elle est la cible privilégiée.

Le produit d’une double rupture économique et sociale.

La crise  de 2008 a été un accélérateur : le krach du capitalisme mondialisé s’est transformé en krach de la démocratie dans la décennie qui a suivi, bien que les ruptures soient plus anciennes. En cause la révolution numérique et la mondialisation qui ont provoqué une polarisation excessive des richesses, la stagnation des revenus pour la majorité de la population et la marginalisation de pans entiers de la société et du territoire, par l’explosion des inégalités. A cela il faut ajouter les  données  proprement politiques liées à l’indigence des gouvernants tels que le désarroi identitaire face au renouveau migratoire, au défi islamiste, à la montée de la violence. Sans parler de la volonté de la Chine de dominer  le monde à l’horizon 2049. Mais le krach de 2008 a été aussi celui du capitalisme de « bulles » et des vices économiques qu’il avait générés comme les  « subprimes ». Il cumule aujourd’hui croissance faible, gains de productivité nuls, dette dont le stock atteint 300 000 milliards de dollars et inégalités record. Un modèle insoutenable. Il faut sortir du capitalisme de rente pour retourner à un capitalisme d’innovation qui remette en ligne le capital humain, financier, culturel et environnemental.

La France a la démocratie la  plus corrompue (malade).

Il ne s’agit pas de la corruption des personnes. Pour Nicolas  Baverez cela veut dire qu’on assiste à une décomposition intérieure par la démagogie. La  France est avec l’Italie, le pays d’Europe le plus exposé à cette dénaturation de la démocratie. Notre pays cumule 40 années de décrochage avec en plus l’onde populiste qui parcourt l’Europe depuis 2016. Et il est particulièrement exposé à cause de son modèle  de développement insoutenable qui associe 1% de la  population mondiale, 3% de la production et 15% de transferts sociaux de la  planète sur fond d’une dette publique qui a dépassé 100% du PIB. La  société est vulnérable avec  la  montée du communautarisme et de la violence alors que les institutions de la Vème République cumulent l’impuissance à réformer et l’étatisme. Quand l’Etat est bien dirigé et le citoyen prospère, tout va bien. Aujourd’hui rien ne va plus parce que l’Etat est paralysé et surendetté et le citoyen atomisé et paupérisé,  livré à des peurs souvent irrationnelles. Les  espoirs suscités  par l’élection de Macron sont rapidement retombés.  Le quinquennat est sorti de route : réformes qui sanctuarisent le secteur publique sans y toucher vraiment, incohérences, impréparation, illisibilité… Résultat d’un pouvoir hypertechnocratique et hypercentralisé, créant un vrai vide politique propice à toutes les  agitations. L’Etat de droit est menacé, or, c’est le pilier de la démocratie avec le suffrage universel. Ses pouvoirs régaliens sont contournés de plus en plus par les réseaux sociaux ou dénaturés par les magistrats eux-mêmes quand ils cèdent à la tentation de substituer leur morale au droit avec la complicité des  médias.

La démocratie libérale n’est pas morte.

On le voit avec les peuples qui se battent pour leur liberté comme à Hong-Kong, à Taïwan, à Istanbul, à Caracas ou à Alger … La  crise du coronavirus va rebattre toutes les cartes,  mais elle nous confirme, après le « big brother » numérique, que le rêve chinois est un cauchemar totalitaire. Ce n’est pas parce que les populismes échouent toujours que leur essor est compromis  pour autant. Cela impose de réinventer notre démocratie !  L’enjeu central du XXIème siècle est à nouveau la liberté  politique !

Mais tout ceci n’est qu’un résumé.  Il faut lire « L’alerte démocratique ».  D’autant plus passionnant que la  crise que nous vivons en direct va rebattre les cartes d’un jeu dont  Nicolas Baverez nous décrit avec précision toutes les cartes.

« L’alerte démocratique »  aux Editions de l’Observatoire.

 


EN ATTENDANT LE 2nd TOUR …

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Le 1er tour est validé.

Et c’est bien comme ça. Oui, il y a eu une abstention trop importante. Mais comment aurait-il pu en être autrement après les annonces terribles du 1er ministre la veille même du scrutin. Ceux qui sont allés voter ont fait preuve d’un civisme qui méritait d’être respecté. Quant aux autres, les absents  ont toujours torts. Et je ne suis pas loin de penser que ce sont les mêmes qui défiaient les injonctions à rester chez soi en allant se pavaner sur les bords de la Seine à Paris ou dans les parcs, au mépris de la pandémie, et au lieu de se rendre aux urnes. Si les résultats ne leur plaisent pas, ils n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Le  2nd tour est reporté.

Peu importe la date. C’est du simple bon sens compte-tenu de l’évolution de la situation sanitaire. Il faudra faire avec les résultats acquis dimanche dernier. Rien n’empêche d’en tenir compte pour se trouver une motivation d’aller voter. Toujours est-il que 30 000 maires et conseils municipaux  ont  été désignés, ce qui n’est pas le moindre des  paradoxes.

La prime au sortant.

S’il y a bien une élection où le maire sortant est avantagé quand il se représente, c’est  bien l’élection municipale. Et malgré la faible participation, la tradition a été respectée. Sauf quand c’est l’élection de trop après cinq ou six mandats, si la commune a été correctement gérée, et quelle que soit  l’étiquette, les sortants sont reconduits ou en situation de l’être. Ainsi du RN au PS en passant par LR, de multiples exemples le montrent avec des élections parfois très confortables  dès le 1er tour. Cette prime au sortant conforte  en général les partis traditionnels qui bénéficient d’un ancrage ancien. Les  écologistes dont on disait qu’ils feraient un tabac sont plutôt à la peine sauf exception comme  à Lyon. En fait, ils sont prisonniers de l’union de la gauche pour exister ce qui fragilise grandement la stratégie d’émancipation de Yannick Jadot. C’est particulièrement flagrant à Paris où Anne Hidalgo capte  largement le vote écolo. De son côté, le PS est devenu dépendant des Verts, mais gardera les villes qu’il détenait comme Nantes, Dijon ou Le Mans. Le  RN conserve les villes qu’il avait conquises, où il fait de très bons  scores et décoche des réélections dès le  1er tour. Mais il échoue à en conquérir de nouvelles. Il est défait nettement à Denain et à Lens. Le cas de Perpignan sera à regarder de près. Enfin les « Marcheurs » sont les plus pénalisés : partout leurs listes patentées font flop ;  il n’y a que  lorsqu’ils jouent les coucous sur des listes d’union qu’ils ont des élus,  comme à Angers…

Les Républicains s’en sortent bien.

Ils  avaient été les  grands vainqueurs des  élections de 2014. Du coup la prime  au sortant les avantage. L’électorat de droite est plutôt fidèle et n’aime pas changer de capitaine dans la tempête. Dès lors, il n’est pas surprenant que ses conquêtes soient confirmées, quelle que soit la sociologie de la ville. A Reims, à Caen, à Arras, ils décrochent l’élection, à Troyes où François Baroin (67%) fait un tabac comme Gilles Averous (70%)  à Châteauroux, et dans les anciens fiefs de gauche communiste comme à Aulnay-sous-Bois avec Bruno Beschizza (59%) et à Blanc-Mesnil avec Thierry Meignen (52%), ils arrivent à conserver les mairies. Et à Juvisy-sur-Orge comme à Limoges, le 2nd  tour ne sera qu’une formalité pour LR. Bref, Les Républicains, à l’issue du scrutin, devraient être la première force municipale de l’hexagone ! On n’en regrette que davantage le score de Rachida Dati, en-dessous des prévisions, alors qu’ailleurs les résultats sont globalement conformes aux sondages. Il faut dire que certains se sont ingéniés à brouiller les  cartes et je me réjouis qu’Agnès Evren dans le 15ème ait fait un meilleur score que  Goujon, qui va forcément être moins frétillant. On attend de lui qu’il respecte la famille à laquelle il appartient en jouant pleinement le jeu de l’union. En PACA, le RN s’est cassé les dents sur LR qui a fait de la résistance, avec Estrosi ou Léonetti, tout comme LREM sur les maires LR sortants des Hauts-de-Seine. A Paris, LR écrase LREM dans les 8ème et 16ème arrondissements. A Angers, Christophe Béchu est largement réélu dès le 1er tour. C’est mérité eu égard au travail de remise à niveau de l’Athènes de l’Ouest qu’il a réalisé. Je l’aurais félicité s’il n’avait pas l’esprit aussi tordu. Il aurait fait le même résultat en restant fidèle à sa famille politique au lieu de se livrer aux contorsions qu’il nous a offertes. Gageons qu’on lui pardonnera un jour… Il suffirait que le vent tourne un peu (selon la théorie de feu Edgar Faure).

Mes voeux de prompt rétablissement à Christian Jacob, Christian Estrosi et Valérie Boyer atteints par cette saloperie de Covid19.

 


MOI, J’DIS CA, J’DIS RIEN …

Cedric demande à ton père

Eternelle jeunesse : Berlusconi, 83 ans, quitte sa compagne de 34 ans pour un mannequin de 30 ans, parlementaire de son parti.  

Coronavirus : On en a marre de la pluie et du coronavirus. Le  beau temps arrive, c’est déjà ça ;  la France bascule dans le confinement élargi ;  l'Italie est en quarantaine, nous on y est quasiment ; vous pouvez annuler sans frais tous vos vols sur Air France avant le 31 mars pour les voyages prévus d’ici le 31 mai ; Doctolib met son service de téléconsultation gratuitement à disposition pendant la durée de l'épidémie ; la sortie du nouveau James Bond est repoussée ; Franck Riester, ministre de la Culture, est touché, Augustin de Romanet, le patron d'ADP aussi… mais pas Belloubet ; les  gens se précipitent pour vider les rayons de pâtes et de PQ (???) des supermarchés ; après le  déni, l’urgence, ça c’est Trump.

Tribunal populaire : Hachette renonce à publier l'autobiographie de Woody Allen ;  le rappeur Nekfeu s'en prend au présentateur Pascal Praud, mais là le tribunal populaire n'intervient pas !

Paris sera toujours Paris : Hidalgo s'en est pris plein la poire dans le débat télévisé des candidats à la Mairie ; Sarko a fait un tabac en meeting avec Rachida Dati ; argument décisif d’Hidalgo : « mes concurrents sont dans la  nostalgie ! » (de la sécurité et de la propreté ?) ; les parisiens ont beaucoup voté.

Municipales : taux d’abstention en hausse, fallait s’y attendre ! On saura rapidement à qui « profite la crise » ….

Justice : Les Balkany condamnés à trois ans ferme en appel pour fraude fiscale avec inéligibilité immédiate ; réquisitoire contre les Fillon digne d’un tribunal de démocratie populaire ; brillante plaidoirie de l’avocat de Fillon… On attend maintenant le 29 juin pour savoir si la  justice juge en droit ou en morale.

Ecureuils : les  Français font n’importe quoi, les chiffres de la Banque de France sont formels. Nous détenons 603.8 milliards d'€ sur nos comptes courants et en billets et pièces. C'est plus de 10% de toute l'épargne financière !!!!! Et ce montant augmente jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année. Manquerait-on de confiance dans l’avenir ? Avec nos gouvernants actuels et le monde dans lequel nous vivons, il y a de quoi !

Ecologie : Greta Thunberg était à Bruxelles pour critiquer la loi climat européenne, ferait mieux d’aller prêcher en Chine ! ça me démange de  lui botter le  c… ;  la part du charbon recule dans la production d'électricité mondiale (sauf en Allemagne) ; la France produit 57% de l'énergie nucléaire dans l'Union Européenne.

En vrac  : PSG-Dortmund à huis clos : les supporters étaient entassés devant le stade !!! L'industrie mondiale du cinéma pourrait perdre 5 milliards de $ ;  le ministre de la Santé, Olivier Véran, fait le job, il connaît ses sujets, jusque-là il était rassurant : depuis Macron a décrété  la  mobilisation générale en fermant les écoles qu’il jugeait inutile de fermer et Philippe en a remis une couche ; les cryptomonnaies se sont effondrées aussi, on est descendu à 4 000 $ sur le bitcoin ; Il y a 1.74 milliard de sites web dans le monde en 2019 (Challenges).

Course à la Maison Blanche : Elizabeth Warren a quitté la course à l'investiture démocrate, pas une surprise, et Biden a refait son retard sur Sanders : grosse journée pour les primaires démocrates, 352 délégués, Biden est en tête des sondages ;

Ailleurs : Boris Johnson part en guerre contre les « mandarins », la haute fonction publique, qui veulent « détruire nos institutions »; le président Ouattara de Côte d'Ivoire annonce qu'il ne se représentera pas pour un troisième mandat pour laisser « la place à la nouvelle génération" », enfin un qui ne fait pas tout pour être président à vie.

 


ET MAINTENANT … KRACH, BOUM, HUE !

Planche à billets

 

La plongée des bourses.

Le CAC 40 a terminé la séance de jeudi en perte de 12.45 % à 4 036 points. L’indice phare du palais Breugnard a acté la plus forte baisse en une journée de son histoire. La BCE n'a pas réussi à rassurer, et les investisseurs retiendront surtout cette phrase : « personne ne doit s'attendre à ce que la banque centrale soit la 1ère ligne de défense en temps de crise ». Le CAC 40 a donc connu une chute de 34 % en 16 séances, les plus violentes de l'histoire. En 2008, le décrochage n’avait été que de 25% après la faillite de Lehman Brothers. Hier a aussi pris fin officiellement le cycle de hausse de la bourse américaine le plus long de l'histoire, qui aura duré 11 ans, de mars 2009 à mars 2020. Le Dow Jones a donc clôturé à 23 553 points, en baisse de plus de 20% par rapport à son niveau record du 12 février. Mais cette vague de baisse vient de la situation aux États-Unis : l'administration Trump a  cafouillé et est enfin sortie du déni ; elle commence à reconnaître la gravité de l'épidémie, et peu de temps après que l'Organisation Mondiale de la Santé ait décidé de parler de pandémie, les États-Unis ont décidé de fermer leurs frontières aux Européens (moins les  Anglais, admirez l’hypocrisie), ce qui a été l’élément déclencheur. Les investisseurs sont paniqués et anticipent une année économique « blanche » avec un monde à l'arrêt en 2020, ce dont personne n’est certain. La panique l’emporte pour l’instant.

Les Etats vont intervenir.

Ils ont commencé à agir : baisse des taux, notamment en Grande-Bretagne et le 18 mars à nouveau aux États-Unis ; rachat d'emprunts d'états, mais aussi de dettes d'entreprises par les banques centrales ; report d'échéances de paiements d'impôts et de charges pour les entreprises (annoncés par Macron)… Combien de temps faudra-t-il pour que ces mesures, qui seront de plus en plus massives, s'infusent dans les marchés et calment les investisseurs ? Les 500 personnes les plus riches au monde ont perdu 331 milliards de $ jeudi. Cependant la situation n’est pas comparable à celle de 2008. L’important est de conserver le tissu économique prêt à redémarrer une fois l’épidémie passée. Il n’y a pas de créances pourries comme l’étaient les « subprimes ». Et ça pourrait repartir beaucoup plus vite qu’en 2010. Les finances publiques de certains états vont plonger un peu plus (Nous, on a l’habitude).  Il faudra être sérieux le moment venu. De  même la crise pétrolière est  liée à d’autres facteurs et le virus n’a été qu’un prétexte. L’Arabie Saoudite continue sa manœuvre pour forcer la Russie à signer l’accord sur la réduction de la production, et elle a décidé d’inonder le marché de barils. Il est difficile de croire à un affrontement durable entre l’Arabie Saoudite et la Russie. Les deux pays ont trop à perdre dans ce bras de fer.

Quels scénarios ?

Enfin, que ce soit la Fed ou la BCE, les messages envoyés par les banques centrales, de  manière différente, sont les mêmes : les pouvoirs publics doivent jouer leur rôle pour protéger les entreprises les plus vulnérables et elles seront accommodantes pour ne pas empêcher les conditions d’une reprise. Car il faut s’attendre à des  plans de relance très agressifs, y compris chez les plus endettés. Sur ce plan-là, en France on a des orfèvres de la relance keynésienne. Pour une fois, ils ne seront pas à contre-temps et ils sont toujours les premiers à dépenser l’argent qu’on n’a pas. Pour une fois, on ne s’en plaindra pas. Aujourd’hui on devrait assister à une tentative de rebond dans les bourses. Le CAC 40 est attendu en hausse, tentant de se stabiliser, dans un contexte de crainte de récession mondiale. Si on considère qu’on a atteint le fond, ce qui n’est pas avéré, voici les bases : le Brent se négocie à 34.39 $ le baril contre 33.88 $ hier à la même heure. L'once d'Or est à 1 585.80 $ contre 1 635.70 $ précédemment et la parité euro/dollar est à 1.1172 contre 1.1315 hier dans la matinée (source Fiorentino). La BCE, mine de rien, a quand même ouvert les vannes. Christine Lagarde a été très critiquée mais elle a fait ce qui était raisonnable : baisser les taux d'intérêt maintenant, quand ils sont déjà à zéro depuis près de 4 ans, ne sert à rien. Par contre, soutenir directement les entreprises, et en particulier les PME, en finançant directement leurs dettes est une bonne mesure. La BCE en a donc gardé sous le  pied, au cas où. De son côté, la FED a annoncé qu'elle inondait le marché de liquidités, sans limites. L'argent, quasiment gratuit, coulera à flots pour empêcher les circuits financiers de se gripper. Pour l'instant, les banques centrales font ce qu'il faut. En France, Macron a appelé les Français à s'unir, en respectant les distances, et à résister, tout en ne cachant pas que la situation allait empirer. Il met le pays quasiment à l’arrêt dès la semaine prochaine en fermant écoles, collèges, lycées et universités, et en appelant au télétravail. Voilà une expérience historique : que va-t-il se passer lorsqu'un pays s'arrête ? Nous entrons dans une période d’incertitude qui n’est pas propice au rétablissement de la confiance… Espérons qu’elle ne soit pas trop  longue.

On croise les doigts, aujourd’hui c’est un vendredi 13 !

 


CORONAKRACH

Fin du monde tintin

 

Les bourses ont dévissé brutalement lundi dernier de 8 points. Les signes avant-coureurs s’étaient manifestés  par des replis  significatifs la semaine précédente. Mais cette fois-ci, la panique l’a emporté. Regardons de plus près.

Le coronavirus a été le déclencheur.

Les raisons sont évidentes : des régions entières de la planète sont touchées et principalement les pays développés. A commencer par la Chine, mais aussi la Corée du Sud, l’Italie, La  France et même les Etats-Unis… Des régions et même des pays entiers sont en quarantaine, des pans entiers de l’économie mondiale sont à  l’arrêt.  L’épidémie est  mondiale  et crée de l’incertitude économique, justement ce que les marchés détestent le plus. Conclusion : on a effacé lundi toute la hausse de 2019 et de 2020. On était à 6 111 au plus haut le 19 février 2020, on est retombé à 4 730 (4 731 c'était la clôture du CAC le 31 décembre 2018 !!!). Plus de 20% de baisse, … pour commencer.

Un terrain fragile.

La crise du coronavirus arrive à un moment où l'économie mondiale était déjà affaiblie, en ralentissement. La Chine avait fortement freiné avant l'épidémie. L'Allemagne était au bord de la récession, comme le Japon, deux pays touchés par la guerre commerciale. Les prévisions de croissance pour 2020 étaient médiocres, les experts annonçaient même un premier trimestre « blanc ». Aujourd'hui, on anticipe un semestre, voire une année blanche. Les pays les plus touchés par l'épidémie comme la Chine, l'Italie, et l'Iran vont inévitablement basculer dans la récession, suivis par le reste du monde, déjà fragilisé, et des pays comme l'Allemagne, vont également basculer. C’est pourquoi Eric Woerth annonce une crise économique. Alors tous les regards se tournent vers les États-Unis, dernier ilôt de croissance. Trump avait annoncé les  mesures qu’il comptait prendre après la  baisse des taux directeur de 0,5% qui n’ont pas empêché la   panique boursière, mais rien ne vient pour l’instant. Les chiffres de l'emploi de février, publiés vendredi, étaient spectaculairement bons, mais l'épidémie a touché les États-Unis et plus personne n'ose faire de prévision d'impact sur la croissance du pays.

Le krach pétrolier.

La Chine tousse et tout est déréglé. Mais pas seulement. Le pris du pétrole s'est effondre de 30%, en une seule journée, au-dessous de 30$. La baisse de la demande entrainant une augmentation de l’offre conduisait à une baisse. Aussi, l'OPEP s'était entendue pour réduire drastiquement la production de pétrole pour soutenir les cours, mais la Russie a refusé l'accord. En représailles, l'Arabie Saoudite a donc décidé de baisser brutalement ses prix et d'inonder le marché de pétrole. Avec un double objectif : d’abord obliger la Russie à accepter des nouveaux quotas de production, puis pousser les entreprises américaines du pétrole de schiste surendettées à la faillite pour éliminer pendant quelques années cette concurrence. Une manière de punir Trump de ne pas avoir réagi à l’attaque de l’Iran sur les réserves de pétrole saoudiennes ? L'Arabie Saoudite parie qu'elle peut supporter l'effondrement des cours mais que ni la Russie, ni les producteurs américains de pétrole de schiste, eux ne pourront résister.

Retour sur terre pour les investisseurs.

Et oui, ça n’est pas tout. Une crise peut être salutaire. Depuis le temps qu’on annonçait une correction boursière du fait de la décorrélation entre le niveau des bourses et l’économie réelle. La crise du coronavirus a donc été un choc de réveil : les investisseurs sont sortis de leur hallucination et ont découvert la réalité des problèmes structurels qui touchent l'économie. Et en particulier la tendance déflationniste majeure liée à la démographie, la technologie et la révolution sociétale (aspiration à la déconsommation et à la décroissance). Cela fait des mois que les investisseurs se berçaient d'illusions. Tous pensaient que la bourse ne pouvait pas baisser à cause de l’absence d'alternatives aux actions avec les taux bas ou négatifs et que les banques centrales garantissaient la hausse de la Bourse du fait de leurs injections de liquidités au moindre signe de baisse. Un optimisme béat mêlé à l'appât du gain qui a mené à des excès. Mais pour comprendre l’ampleur du choc, il y a aussi un autre paramètre qu’il ne faut  pas négliger, c’est la gestion dite « passive » qui est devenue prépondérante. La gestion « algorithmique » par les « machines », exagère les tendances et jusqu’à maintenant, personne ne s'en inquiétait puisque la tendance était à la hausse. Sauf que, elles exagèrent aussi les tendances à la baisse !  C’est ce qui s’est passé sur les marchés.

Panique boursière, krach pétrolier, investisseurs échaudés, dettes énormes… Tous les ingrédients sont réunis pour déclencher une crise économique mondiale avec ralentissement de la production et son cortège de faillites et de chômage, ralentissement des échanges et donc baisse du commerce mondial… Une crise qui tombe à pic pour Bruno Le  Maire. La France avait épuisé tous les effets de la dernière relance par la consommation et les perspectives  2020 étaient mauvaises. Il se demandait bien comment il allait pouvoir relancer, alors que la Cour des Comptes venait de l’accuser de ne rien faire pour réduire les déficits. Il a un  prétexte tout trouvé. Pour le reste, ne soyons pas trop pessimistes. Nous verrons ce qu’il en est dans une prochaine note.

 


LE JEU TROUBLE D’ERDOGAN

Erdogan

 

Avec Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie, on n’est jamais déçu.

Il avait menacé de lâcher les réfugiés qu’il abrite sur son sol moyennant six milliards d’euros en deux ans, versés par  l’Europe pour qu’il les garde. Et il a tenu parole. Il crée ainsi un chaos humanitaire de grande ampleur, utilisant  comme diplomatie le chantage à l’abandon dans la nature des personnes dont il a officiellement la responsabilité. Obnubilé  par la chasse aux Kurdes, il a engagé une offensive dans la région d’Idlib, causant de nombreuses pertes civiles et militaires et ses forces subissent des revers sous les bombes russo-syriennes. Etrange quand on sait que,  bien qu’appartenant à l’OTAN, il est allé chercher ses armes en Russie. Le renversement des alliances d’un jour à l’autre a déclenché la confusion générale.

Une série de zig-zags.

Les réfugiés syriens et autres paient les frais de cette étrange diplomatie de la Turquie, ce pays qui n’est pas plus fiable aux yeux de Poutine  et qui ne l’est pas plus à ceux des Européens ou des Américains. Comme Erdogan bout de passion de colère, de haine et d’aversion pour d’éventuels médiateurs, il n’écoute que lui-même, de sorte qu’il revient rarement à la raison. Son offensive au nord de la Syrie est un fiasco, mais il continue à y croire. Et furieux de ne pas avoir le soutien de l’Europe il entend le lui faire payer d’une manière ou d’une autre. Notamment en laissant passer  tous les réfugiès en annonçant  qu'il cessait de respecter l’accord de mars 2016 avec l'Union européenne prévoyant que les migrants restent en Turquie, en échange d'une aide financière européenne à Ankara. Des milliers de migrants ont donc tenté de passer la frontière entre la Turquie et la Grèce depuis le 29 février. Les autorités grecques ont annoncé que plus de 1.700 d'entre eux étaient arrivés sur les îles grecques, venant s'ajouter aux 38.000 déjà présents qui surpeuplent les camps de réfugiés dans des conditions de plus en plus précaires. 

En Europe, c’est la politique du verrou.

Cette situation tendue a réveillé en Europe le souvenir de la crise migratoire de 2015. Elle a envoyé aussitôt un message dissuasif aux migrants : « N'allez pas à la frontière. La frontière n'est pas ouverte », a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, alors que le ministère turc des Affaires étrangères réclamait que Bruxelles applique strictement l'accord de 2016 et dénonçait cyniquement le soutien exprimé à la Grèce par les 27 lors d'une réunion ministérielle à Zagreb. « Il est malheureux que l'UE agisse en contradiction avec ses propres principes en soutenant la Grèce qui viole la législation internationale sur les droits de l'Homme », affirmait le ministère en accusant l'UE de faire preuve d'hypocrisie et de politiser le dossier migratoire. Les marges de manœuvre au sein de l’Union, en ce domaine sont minces, de nombreux états étant sous  la pression des partis  ou groupes populistes hostiles à toute  immigration. C’est donc la fermeté  qui s’est  manifestée,  les  Grecs s’autorisant même des actions de dissuasion sur les  embarcations des migrants et les repoussant manu militari à la frontière terrestre. Pour tenter de sortir de l'impasse, M. Erdogan s’est entretenu au téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel,  qui avait piloté les négociations ayant abouti à l'accord de 2016. La Grèce de son côté se défend « d'user d'une force excessive » contre les migrants. Athènes n'a fait « que réagir aux provocations qui ont eu lieu à la frontière», a affirmé son Premier ministre Kyriakos Mitsotakis sur CNN, qui avait aussi accusé Ankara d'aider les migrants à passer en Grèce par la voie terrestre et par la mer.

Les Européens ne sauraient s’exonérer de leurs responsabilités dans cette affaire.

Ils ont eu raison de trouver un arrangement avec Erdogan qui a entraîné la chute notable de l’immigration. Mais ils ont eu tort de lui faire confiance sur le long terme. Ils ne pouvaient ignorer que, tôt ou tard, celui-ci les trahirait. C’est en effet un spécialiste de la trahison, qui s’entoure de terroristes pour combattre les Kurdes qu’il accuse de terrorisme,  qui a fait alliance avec la Russie en croyant qu’il avait ainsi obtenu une carte blanche l’autorisant à ravager un peu plus la Syrie et qui compte maintenant les morts turcs qui ont péri dans les bombardements syriens ou russes. Il croit pouvoir jouer le rôle d’une grande puissance qui peut mettre les Européens devant le fait accompli. Il n’a réussi qu’à souder toute  l’Union face à ses délires. Le petit dictateur a dû réviser ses plans.

Le revirement.

Le président turc a  donc changé de pied et a donné l'ordre à ses garde-côtes d'empêcher les migrants de traverser la mer Egée, confirmant une accalmie dans la crise migratoire entre la Turquie et l'Union européenne. « Sur ordre du président (...) aucune autorisation ne sera donnée aux migrants de traverser la mer Egée en raison des dangers que cela comporte » (sic), a indiqué le service des garde-côtes sur Twitter. Et  à nouveau, Erdogan est à Moscou pour discuter avec Vladimir Poutine. Le président russe ne sait plus quoi faire de cet « allié » encombrant qui, incapable du moindre scrupule, bombarde indifféremment alliés et ennemis, quitte à défier la puissante Russie. Aussi, face au Kremlin, a-t-il dû jouer l’apaisement pour essayer d’obtenir une trêve sur  le front syrien.

Jusqu’au prochain délire…


J’AURAIS PU L’ECRIRE …

MAXIME TANDONNET

En ce moment je n’ai pas le cœur à écrire. Mais ça reviendra. En attendant, je vous invite  à  lire le texte ci-dessous de Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Ce qu’il dit, j’aurais pu l’écrire,  mais  comme il le fait mieux que moi, autant en profiter.

« Cet article 49-3 marque un tournant : le crash du « nouveau monde ». 

L’étrange mixture du culte de la personnalité, du mépris des gens, de l’affaiblissement des institutions démocratiques (parlement, collectivités), de l’idéologie de la table rase (retraites), de déconnexion radicale, de provocation permanente et de fuite dans le communication, trouve son aboutissement dans ce 49-3, signe de négation de la démocratie parlementaire, jamais mis en oeuvre pour une réforme des retraites. Dans ce geste s’exprime un phénomène jamais démenti : celui de l’autoritarisme comme signal  de faiblesse, le coup de menton pour couvrir la débâcle. 

La tentative d’OPA sur la droite est un fiasco. Merci aux LR qui n’ont jamais trahi : les voilà récompensés de leur fidélité et de leur lucidité. Quant à la gauche, tous les ponts sont rompus et les vaisseaux brûlés. Il ne fait aucun doute que les jours du « nouveau monde » sont comptés. L’impopularité historique cristallise trop de colère, de souffrance, d’humiliation pour être réversible. La réélection de 2022 n’aura pas lieu. 

Le vrai sujet est désormais de trouver une alternative à la menace lepéniste. En se réalisant, elle ne ferait que prolonger sous d’autres formes les déchirements et le chaos d’En Marche. La priorité absolue est de restaurer la confiance, réconcilier la France avec la démocratie, avec la République au sens de la chose publique : par la réhabilitation de la souveraineté parlementaire et l’appel au peuple à travers la démocratie directe. »

Maxime TANDONNET

 


LA MACHINE A REMONTER LE TEMPS

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Jamais je n’aurais imaginé retourner cinquante ans en arrière, et pourtant  c’est ce qui vient de nous arriver. Mais pour comprendre, il faut revenir au début : en 1968, à 25 ans, j’arrivais avec ma femme et ma fille de trois ans, à Oulad Teima une bourgade de 5-6 000 habitants, à mi-chemin entre Agadir et Taroudant .  C’est la manière que j’avais choisi d’accomplir mon service « militaire ». L’accueil chaleureux des habitants, les conditions d’enseignement, la vie  sous un climat  généralement clément au milieu des orangers nous ont rapidement convaincus de  prolonger  notre séjour.  Nous sommes donc restés six ans, jusqu’en 1974. 

« Une parenthèse heureuse »

73abJ’étais un jeune professeur, pas encore très chevronné, mais l’enseignement au collège Hassan II était facile. Les élèves étaient appliqués et bien élevés, et avaient la plupart du temps, soifs d’apprendre, et pour beaucoup d’entre eux un courage énorme pour venir chaque jour au collège. J’avais très envie de les faire réussir (Une envie qui ne m’a d’ailleurs jamais quitté au cours de ma carrière). Avec les autres coopérants, nous voulions que notre collège ait de bons résultats et nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour y parvenir, sous l’autorité bienveillante et sereine de notre directeur, Mohamed El Aatiq. Nous étions au service du Maroc et notre seul souci était d’accomplir la mission qui nous était confiée, le plus honnêtement possible. Ces six années ont marqué ma pédagogie et largement fait évoluer mes méthodes d’enseignement. Les programmes que nous appliquions étaient adaptés pour le Maroc, notamment pour le Français, mais en avance par les contenus et les moyens sur celui que l’on pratiquait alors en France. Et cela m’a beaucoup servi à mon retour, ayant été affecté dans un collège, Jean Vilar à Angers, alors expérimental. J’ai eu aussi à enseigner l’histoire et la géographie du Maroc. En histoire, ce fut pour moi une révélation : j’ai  découvert un passé riche  dont j’ignorais à peu près tout, marqué par des règnes prestigieux dont le patrimoine marocain garde la mémoire. Je connaissais sur le bout des doigts le règne de notre « Roi soleil », Louis XIV, et j’ai découvert qu’il avait son équivalent au Maroc, à la même époque, avec Moulay Ismaïl.  Ces six années ont enrichi ma culture et m’ont ouvert l’esprit, notamment sur la civilisation musulmane. J’ai été frappé, en arrivant, de la tradition d’accueil du peuple marocain, particulièrement dans le Souss. Ces six années me parlent encore de bonheur. Celui d’une vie rythmée par l’amitié, la découverte, l’aventure parfois quand nous nous aventurions dans le grand sud, jusqu’à Merzouga. Celui d’une vie agréable à peine gâtée par les coups de chergui ou les rares pluies, avec  les week-ends à la plage ou les grandioses festivités quand le Roi venait à passer. Certains coopérants n’ont fait qu’un passage éphémère, d’autres comme moi, sont restés plus longtemps, mais tous, nous avons gardé de notre séjour le souvenir d’une « parenthèse heureuse » dans notre vie, et particulièrement de notre vie d’enseignants.

Le fil maintenu.

12Depuis cette époque-là, je n’ai jamais eu l’occasion de revenir. Trop d’engagements professionnels et politiques ont accaparé mon emploi du temps. Peut-être aussi, qu’inconsciemment je ne voulais pas écorner cette page si particulière. C’est vous dire le choc que j’ai ressenti en arrivant lundi dernier : en cinquante ans que de transformations ! En 1974 j’avais quitté un village, je me retrouvais  dans une grande ville de 60 000 habitants  au moins ! Quel développement !  Quant à Agadir qui se relevait à peine du tremblement de terre de 1960, elle est devenue une conurbation immense. Mais comment ce rendez-vous avec le passé a-t-il pu  avoir lieu ? Il se trouve que l’un de mes élèves, parmi les  plus  brillants, Abdellatif,  est  venu terminer ses études en France à la fin des années 70, et finalement acquérir la double  nationalité et faire une  carrière de professeur dans notre enseignement public. Nous avions renoué contact et ne nous étions plus perdus de vue.  Il eut l’idée  d’écrire un livre sur le village  que nous avions connus  et  m’avait  demandé d’en écrire  la préface. Ce livre « Houara, mon amour »  a été récemment édité  au Maroc.  Il sera le catalyseur des  événements qui vont suivre. C’est de sa rencontre avec des  anciens élèves du collège qu’est née l’idée d’organiser un « hommage aux anciens professeurs français et marocains » du collège de l’époque. Un comité pour la mise en œuvre fut créé.

Les retrouvailles.


75Je fus malheureusement le seul des coopérants français à répondre à l’invitation, les autres, devenus des amis, étant indisponibles pour différentes raisons. J’eus donc la mission de les représenter. Et  je n’ai pas  été déçu. Les festivités de « l’hommage » étaient prévues sur trois jours. Mais dès  l’arrivée, l’accueil fut extraordinairement chaleureux. Naturellement Abdellatif m’attendait,  mais aussi Tayeb, le « gadiri » avec qui j’étais en contact sur facebook. L’un des organisateurs vint me rendre visite à l’hôtel le mardi matin, pour me saluer et  me souhaiter la bienvenue. Et je découvris que tous ces anciens élèves avaient derrière eux une carrière brillante de professeurs,  de médecins, d’ingénieurs. L’un d’eux, Abdelkebir est procureur du Roi au tribunal de Taroudant. Il tint à recevoir la  délégation des anciens profs, avant une réception somptueuse dans le palais-musée Claudio Bravo,  un artiste chilien qui s’était établi là. Une demeure qui mérite  mille fois le détour. Ce  fut le mercredi après-midi. Mais auparavant  le matin nous avions eu rendez-vous à l’ancien collège devenu une école  primaire.  Ce fut une séquence « émotion » intense : revoir les anciens collègues après cinquante ans. Embrassades, étreintes, larmes, photos… Et une drôle de sensation quand je me suis retrouvé dans « ma classe » ! Déjà les quelques élèves de l’époque évoquaient des souvenirs enfouis : mon magnétophone pour  les  cours d’élocution, les projections de diapos, et la séance de cinéma car je filmais  beaucoup à l’époque, agrémentés de « méfiez-vous ! »  ou de « prenez un ¼ de feuille ! » … 73il’un des membres du comité, devenu directeur d’une école privée, tint absolument à nous recevoir dans son établissement, au demeurant magnifique. Cette première journée fut  déjà mémorable. Le  soir, pas question de revenir à Agadir, puisque  la suite nous attendait à Oulad-Teima. Une chambre nous avait  été réservée à Taroudant, au Dar Zitoune (Maison de l’Olivier) où nous eûmes le plaisir de dormir dans une jolie tente berbère.

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Le temps fort fut la cérémonie d’hommage au centre culturel d’Oulad Teima, le jeudi après-midi. Plus de 150 personnes y ont participé, pour  la plupart des anciens élèves qui tenaient à être là et aussi à me rencontrer. Pendant près de trois heures les discours et  évocations se sont enchaînées jusqu’à ma prise de parole, inévitable. Mais parmi les évocations, l’une m’a particulièrement touchée, celle d’Abdeladi. 208Je vous en livre un (court) passage : « Au nom de ceux et celles qui, autrefois, demeuraient loin et pourtant rejoignaient l’établissement à pied. Au nom de ceux et celles qui, malgré l’éloignement, sortaient  de chez eux dès l’aube, par les matinées glaciales pour regagner le collège Hassan II et ne rentraient que tardivement  le soir, après avoir passé toute la journée au village. Au nom de ceux qui parcouraient un peu moins ou un peu plus d’une dizaine de kilomètres à bicyclette -et quelles bicyclettes !- afin d’être en classe avant que le portail ne soit condamné par feu Ba Salem que Dieu ait son âme… Au nom de ceux et celles qui scrutaient leur cartable chaque soir, avant de s’endormir puis l’enfonçaient  au fond d’un sac d’engrais vide en vue de le protéger des intempéries, par la saison de pluie. Au nom de ceux qui furent condamnés tant bien que mal durant toute leur enfance à subsister en se suffisant au déjeuner, d’un demi  pain tartiné de confiture à 20 centimes, et occasionnellement, se régalaient d’un petit plat de lentilles ou de haricots secs à 50 centimes chez Moulay Abdelaziz… Au nom de ceux qui n’avaient pas la chance d’avoir  une paire d’espadrilles par manque de moyens et se trouvaient obligés de courir pieds nus, pendant une séance d’éducation physique, en guise d’échauffement,  par les matinées froides, sur un terrain vague couvert de petits cailloux tranchants. Quelle souffrance !!... » Voilà qui évoque le « courage » auquel je faisais référence. La fin de cette cérémonie fut pour moi un étourdissement : chacun tenait à me serrer dans ses bras et prendre une photo jusqu’au vertige.  Chaque fois que je remerciais je m’entendais invariablement répondre : « non c’est  peu, on te doit tant ! » De quoi perdre sa  modestie. Notre journée se termina par un repas gastronomique, pastilla de fruit de  mer, méchoui, tajine … agrémenté du spectacle d’un groupe musical local,  dans la salle  de réception luxueuse d’un notable local. Un autre repas était prévu le vendredi midi, mais nous déclarâmes forfait, ma femme ayant une laryngite qui s’aggravait. Nous dûmes d’ailleurs consulter un médecin le samedi matin.

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La séquence se termina le dimanche après-midi, après une bonne friture dégustée avec Tayeb, par un dernier rendez-vous avec quelques membres du comité d’organisation qui tenaient à nous faire leurs adieux. Une nouvelle  occasion d’échanger et de d’engranger une bonne dose de chaleur humaine ! Merci aux Mohamed, à Abdeladi, à Abdelwahed, à Ali, à Abdelkebir, à Tayeb, à ceux que j’oublie (qu’ils me pardonnent) et évidemment à Abdellatif qui a organisé tous nos déplacements dans une voiture  confortable  avec un chauffeur fort sympathique en la  personne de  son neveu. 

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REPERES

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Dès fois que ça  vous aurait échappé ...

Covid19 : non content d’avoir plombé les  bourses,  le  coronavirus,  par l’extension de la pandémie à 40 pays sur la  planète est en train de  planter  la croissance  mondiale.  L’économie chinoise est toujours à l’arrêt, la Corée  du Sud panique,  l’Italie  du Nord, cœur de l’industrie italienne est touchée. La  France,  avec son médiocre 1,2% de  prévision n’avait pas  besoin de ça.  Affaire  à suivre !

Inépuisable Dati : rien ne l’arrête et elle est en train de faire une belle démonstration !  Connaissance du terrain,  projet  concret et réaliste, sincérité et compétence et surtout loyauté et franchise.  Voilà les valeurs que  j’aime. Hier  c’était François Baroin qui était  à ses côtés, aujourd’hui, c’est Xavier  Bertrand,  le  4 mars c’est le « boss » en personne,  Nicolas  Sarkozy qui viendra  lui prêter main forte.  Elle fait l’union et  elle commence à faire  peur. La preuve Hidalgo commence  à ressortir les slogans éculés : « le  retour en arrière ». Si c’est vers plus de  propreté et de sécurité,  les  parisiens ne s’en plaindront pas !

« Vous n’êtes rien » : réplique du rapporteur du projet  de loi sur les  retraites, à ses opposants  dans l’hémicycle.  On a  le  droit d’être  agacé par  l’obstruction systématique de LFI et du PC, on a  le droit d’être fâché par les amendements de  bon sens des LR, qui ont réussi à en faire passer  deux.  Mais on ne dit  pas à la  représentation nationale qu’elle est  « rien ».  Mépris hautain de  la   démocratie ! Du pur macronisme.

L’opposition responsable : dans ce débat, Les républicains s’illustrent par leur   projet réaliste, fiancé et  responsable, face à l’arrogance et à l’obstruction systématique. Ils  élèvent  le débat   et proposent de sortir par le haut en ajournant la discussion jusqu’à la fin de la conférence de financement. Mais la majorité  reste sourde.

Le compte n’y est pas : le dernier rapport de  la Cour des Comptes  n’est pas tendre avec l’exécutif.  La politique de réduction des dépenses est à l’arrêt, contrairement  aux objectifs  qui étaient affichés. Elle est rejointe par  la Commission européenne qui s’alarme du creusement de la dette  française.  Le Maire s’engage à réduire les dépenses publiques : une nouvelle   promesse de Gascon.

Froid : le temps est  détraqué. Mais pas qu’en météorologie. Entre le   gouvernement et les Régions, les relations fraîchissent. En cause,  l’annulation de la  participation du Ministre de l’Agriculture,  Didier Guillaume, à une conférence organisée par les Régions à l’occasion du salon de l’agriculture.

Sextapes : on savait qu’un responsable public doit avoir une capacité à tenir le manche… mais à ce point-là, ça dépasse l’entendement. Griveaux  continue de nous étonner. On sait  maintenant pourquoi il était sourd.

Signaux : Sarkozy déjeune aujourd’hui au siège des Républicains avec Christian Jacob. Pour les adhérents qui attendaient un signal, puisque c’est la période des réadhésions,  le  moment est venu de remplir à nouveau un bulletin, non ?

Le Pen : Elle a sorti plusieurs contre-vérités  criantes sur la soi-disant inaction de l’Europe face  à l’épidémie du Coronavirus. Quand on prétend  à la magistrature suprême on ne ment pas aux Français !