HISTOIRE

LECTURES D'ETE

 

Moi, Président001

MOI, PRESIDENT …

André BERKOFF

 

Après « La chasse au Sarko », qui était plutôt un plaidoyer en faveur du précédent président qui ne méritait pas selon l’auteur, la campagne violente qui était menée contre lui sans relâche, André Bercoff nous livre une suite inattendue. Avec le style corrosif qui lui appartient, il nous présente un réquisitoire implacable de la politique menée par François Hollande depuis son arrivée à l’Elysée.

« Moi, Président… » reprend l’anaphore du célèbre face à face, presque point par point, pour mieux retourner chaque énoncé contre celui qui l’avait prononcé avec morgue devant son adversaire. Cet ami de Jacques Attali n’y va pas par quatre chemins : il souligne combien le locataire de l’Elysée n’a pas estimé à leur juste mesure les énormes défis qui l’attendaient.

Qu’est devenu le « président normal » obligé de faire aujourd’hui du « sous-Sarkozy » ? N’ayant pas pris le taureau du déficit  par les cornes dès le début, il est aujourd’hui désemparé. C’est que « tout simplement… l’accélération de l’histoire a annulé tout répit ». S’étant trompé de postulat de départ, il a cru, par opposition à son prédécesseur, que la priorité était l’exemplarité de son comportement, alors que les Français attendaient bien davantage de lui : qu’il s’occupe du pays. Faute de l’avoir compris, l’homme n’est pas parvenu à imposer une quelconque normalité, car la fonction ne le permet guère, et passe plus pour un gribouille mou que pour un réformateur zélé. Comme le souligne Bercoff : « bien malin serait celui qui pourrait arriver à formuler, non ses objectifs -communs à tout le monde- mais sa manière de les atteindre. »

Cet ouvrage découpe au scalpel les douze premiers mois de présidence, dans un examen sans concession. Le résultat ne se fait pas attendre : pour retrouver la santé, le président a quatre ans pour affronter « la vérité mano a mano, en public. Hors étiquette et hors catégorie ». Il est encore temps puisque la gauche de la gauche agonise et que l’UMP…

Voilà une lecture qui vous procurera du plaisir si vous aimez le style incisif, les constats posés clairement, les renoncements étalés sous les projecteurs, l’ironie et l’humour … vache. Jamais méchant, mais parfois virulent. Du Bercoff, brut de décoffrage, coulé en béton vibré !

… « Mais Hollande qui s’est posé habilement comme candidat « normal » a montré dans ses douze premiers mois d’exercice du pouvoir, qu’il a, en dépit de toutes ses déclarations apaisantes, endossé les habits de l’hyperprésident, parce que les Français ont élu un capitaine, un chef, et non une tribu. De plus quelle « normalité » peut-on évoquer quand notre héros peut se targuer d’être le premier président non marié de l’histoire de la Vème République ? »…

… « Il est minuit, docteur Hollande. Vous vouliez apaiser la France : elle n’a jamais été aussi divisée. Vous vouliez la changer : pour le moment, cela reste un mirage. »…

Moi, Président… André Bercoff. Editions First. 2013

 


LECTURES D’ETE

Sauve qui peut001

Comment se détendre tout en restant branché ? La lecture peut être un excellent moyen. Voilà un livre que vous pourrez déguster à votre convenance installé dans un transat ou installé placidement sur votre serviette de plage à deux pas de l’estran.

SAUVE QUI PEUT !  « Arrêtez le tir aux pigeons »

De Eric BRUNET

Pour le polémiste, la France, c’est le Titanic. Et si vous ne voulez pas couler avec lui, puisque nos gouvernants paraissent incapables de le sauver, sauter dans une chaloupe avant qu’il touche l’iceberg qui lui sera fatal. Autrement dit, une seule solution : la fuite !

Il considère que la France est si sclérosée que l’émigration de ses jeunes entreprenants ne doit pas être vécue comme un drame, mais comme une chance. Notre seule chance de salut .

Le raisonnement d’Eric Brunet repose sur une analyse convaincante du déclin de notre pays. Vous voulez en connaitre les causes ? Il aligne les vérités que nous connaissons : la pression fiscale, la pathologie de l’égalité, le mépris de celui qui entreprend, auquel il faut ajouter le rêve de sécurité incarné par le statut de la fonction publique. Une toile de fond : une parodie de guerre civile permanente.

Alors, oui, la fuite est une solution. Une partie des exilés volontaires reviendra à terme au pays, nourris d’expériences étrangères. Eux seuls sauront sortir de l’ornière notre vieille nation.

Hollande, c’est le Harold Wilson, ce premier ministre travailliste, responsable de l’étatisation de la Grande-Bretagne qui en fit « l’homme malade » de l’Europe.

L’auteur qui ne voit point venir le « Thatcher » français cite un jeune expatrié à Londres : « Nous allons revenir, forts de notre expérience d’un monde ouvert et libre. Nous aimons trop la France pour la laisser entre vos mains ! ».

Eric Brunet nous prend à témoin : « Dans une Europe où l’on professe la libre circulation des biens et des personnes, faut-il continuer à conspuer ceux qui, chômeurs, artistes, entrepreneurs, ingénieurs, jeunes diplômés, chercheurs, ouvriers, business angels, vont chercher ailleurs une chance de réussite ? Non, bien sûr ! » 

Et si la prophétie du retour ne se réalise pas, c’est que l’autre scénario, moins avantageux pour nous, ce sera produit. Celui qui verrait nos concitoyens les plus énergiques se détourner de notre pays. Dans le passé, la France a connu de tels mouvements, tels les protestants si industrieux fuyant les dragonnades de Louis XIV, pour le plus grand bénéfice de l’économie hollandaise ou allemande. Un exemple plus proche de nous, cité par Eric Brunet : ce proche de Turgot, désabusé par le tour sanglant pris par la Révolution française qui alla s’installer aux Etats-Unis où il créa une petite entreprise appelée à grandir, grandir…. Il s’appelait Du Pont de Nemours ! Le malheur c’est qu’il n’est jamais revenu.

Mon passage préféré : « La fainéantise, c’est plus que notre fonds de commerce, c’est un tropisme national, des « rois fainéants » au VIIème siècle jusqu’aux 35 heures de Martine Aubry en 2000. Quand on goûte l’euphémisme, on appelle ça l’art de vivre à la Française. »  et suivent une vingtaine de pages argumentées et illustrées. Un régal !

 Tous les sujets qui fâchent sont abordés, c’est ce qui fait le charme et l’intérêt de ce livre, qui se veut évidemment polémique. C’est du pur Brunet !

Sauve qui Peut, Eric Brunet, Albin Michel

 

 


FRANCE : ETAT D’URGENCE

Une stratégie pour demain, de Christian Saint-Etienne.

France Etat d'Urgence001   Christian saint etienne


« Nous avons mené une incroyable expérience scientifique pendant plus de deux décennies, utilisant la France comme rat de laboratoire, pour démontrer que la dérive de la dépense publique casse la croissance et augmente le chômage. Le succès de l’expérience scientifique est total. »

Vous le connaissez certainement pour l’avoir vu sur les plateaux de télé, notamment à « C dans l’air », égrener ses analyses économiques en spécialiste exigeant et rigoureux. Dans son dernier livre, « France : état d’urgence », il dresse un tableau cataclysmique de la situation économique et sociale de notre pays. Avec véhémence il dénonce ces maux qui rongent notre pays  et qui le conduisent à la catastrophe qu’il pronostique toute proche si le sursaut ne se produite pas rapidement. La solidité et l’ampleur de l’argumentaire, parfois un peu touffu, donne au sombre diagnostic toute sa vérité.

Economiste, il manie les chiffres avec le talent d’un bretteur et démontre que nous vivons un « mai 40 économique ». La France vit dans une « médiocrité consentie ». les symptômes en sont le laxisme de la dépense publique, l’échec scolaire, la jalousie entretenue à l’égard des créateurs de richesse, la demande inextinguible de protection et de « droits à ».

Homme des Lumières, il identifie les raisons philosophiques, politique, sociales et spirituelles qui expliquent « cette descente aux enfers ». Le mal provient d’un mythe trompeur selon lequel nous serions entrés dans « une ère posttravail postindustrielle » qui a conduit à la « république de l’envie » depuis trente ans.

La France a ainsi raté les trois mutations décisives. Mutation technique : l’économie numérique est celle des rendements croissants, qui donnent une prime aux entreprises pionnières et rendent les retards difficiles à rattraper. Mutation financière : la dérégulation s’est certes traduite par des excès spéculatifs, mais elle a aussi donné naissance à une « finance entrepreneuriale » d’autant plus favorable à l’innovation qu’elle s’appuie sur un capital-risque abondant et des places financières puissantes. Mutation de l’espace : plus que jamais, l’innovation a besoin, pour s’épanouir, de la « métropolisation », la proximité géographique entre les acteurs de la recherche, de l’entreprise, de la finance. La France a bien tenté de créer des « pôles d’excellence », mais ceux-ci ont buté sur les dérives d’une décentralisation coûteuse et le pouvoir de « roitelets » locaux avides d’attirer les subsides publics sur leurs territoires.

Les années Mitterrand-Chirac pèsent lourd dans la balance du déclin. Sarkozy, aux prises avec la crise, a tenté de rompre avec l’assoupissement, mais il n’a pas su expliquer ni pu mettre totalement en œuvre ses bonnes intentions. Quant à « l’équipe actuelle, elle renoue avec les errements du passé, s’ingénie à faire table rase de tout ce qu’a pu faire celui qui a disparu de la liste officielle des présidents français tout en restant responsable de tous nos maux. » elle entretient la méfiance à l’égard des riches et décourage par la fiscalité le développement des jeunes entreprises. Il qualifie François Hollande de « Gorbatchev français, inconscient des terribles leviers de l’histoire qu’il actionne ».  La France est au bord du dépôt de bilan économique et moral car elle a renoncé à se battre : « puisqu’elle n’est responsable de rien. Tout est la faute des autres : la globalisation, l’Allemagne, l’euro, l’immigration… ». Un exemple qui illustre bien le mauvais chemin pris : Le Grand Paris entre dans la stratégie de constitution d’un puissant pôle métropolitain. Or que fait le gouvernement : il diffère l’enveloppe de 1 milliard d’euros qui devait constituer la première tranche de la dotation en capital de la Société du Grand Paris, remettant du même coup en cause le grand métro interrégional ayant vocation à relier les huit principales grappes productives du bassin parisien… En revanche il consacre 3,4 milliards pour abaisser l’âge de la retraite à 60 ans de certaines catégories de population (11 milliards sur le quinquennat).

Refusant le déclin, Christian Saint-Etienne propose une stratégie pour que la France redevienne une puissance rayonnante. De la réalité, on passe quelque peu à la fiction avec une Europe en fédération d’Etats européens liés par une règle d’or d’équilibre des comptes publics, un important budget commun et une interdiction de la concurrence fiscale. Il propose aussi, un système fiscal pour notre pays qui limiterait à 35% le taux maximal de l’impôt sur le revenu et à 18% celui de l’impôt sur les sociétés. Toutes choses qui ont leurs justifications mais qu’on ne voit pas comment faire entrer dans la réalité. Il décrit un « Etat stratège » dont la mission serait de déceler les filières d’avenir et d’assurer sur le long terme une compétition régulée. Il y a quelque chose de gaullien dans la vision.  Il plaide pour un nouveau pacte productif et social dans un nouveau système institutionnel en phase avec la troisième révolution industrielle de « l’iconomie entrepreneuriale. » Car pour lui « face à cette crise existentielle, il ne suffira pas de changer le modèle économique et de politique de finances publiques, il faudra aussi et surtout changer de vision sociétale et remettre l’homme libre et responsable au cœur de notre société politique, de notre économie et de notre protection sociale. » La France doit également «  désoviétiser la sphère politico-médiatico-éducative au sein de laquelle la fiscalité et la haine attisée contre les riches ont remplacé la police politique comme instrument d’oppression. »

Moyennant quoi, le pays a tous les atouts pour rebondir. On comprend cependant que pour mettre en application toutes ces idées, il faudrait d’abord un grand « boom » !

 Il n’est pas impossible qu’il se produise !

 Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la chaire d'économie industrielle au Conservatoire national des Arts et Métiers.



LE DENI FRANÇAIS

 

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De Sophie Pedder, chef du bureau de « The Economist » à Paris.

Un observateur étranger, une « observatrice » devrais-je dire, qui connait bien la France nous livre ses réflexions sur la perception qu’elle a de notre pays. Elle nous dit ce qui la frappe le plus : le « déni » !

Les Français sont les « derniers enfants gâtés de l’Europe » et ils n’ont pas encore découvert la crise grâce à un état providence qui les surprotège à crédit. Mais la douloureuse s’annonce inexorablement, et les quelques sacrifices consentis dans la douleur ne sont rien à côté de ce qui nous attend.

En quelques 180 pages, tout est passé en revue : le niveau de dépenses publiques trop élevé, un niveau de vie maintenu artificiellement, une croissance par la consommation financée sur deniers publics qui gonfle la dette… Faire payer les riches ? Cela ne sert à rien : ils ne sont pas assez nombreux et cela ruine l’économie.

Mais d’autres facteurs handicapent lourdement notre pays : une réglementation du travail dissuasive pour l’emploi,  une protection sociale forte de 1300 prestations qui conduit à des gaspillages inconsidérés, des politiques qui reculent devant les réalités…

Le moment arrive et elle fait la liste des vrais sacrifices qui vont s’imposer : tailler dans la protection sociale pour ne garder que ce qui est indispensable, tailler dans les dépenses publiques en réduisant le périmètre de la fonction publique trop pléthorique, alléger les impôts et les charges qui pèsent sur l’emploi….

On plaint à l’avance le gouvernement qui devra s’astreindre à cette rude besogne. Pour un peu on aimerait que ce soit les socialistes. Mais pour l’instant, ils ont pris tous les problèmes à l’envers.

A lire absolument !

 

 


C’EST UNE CHOSE ETRANGE A LA FIN QUE CE LIVRE

 

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J’ai enfin trouvé le temps de lire cet ouvrage de Jean d’Ormesson : « C’est une chose étrange à la fin que le monde ». Et je n’ai pas regretté le moment passé avec notre Académicien. On le connaît comme journaliste. On le connait, aussi comme un animateur délicieux des émissions auxquelles il participe parfois. J’avais d’ailleurs suivi une interview qui portait sur l’ouvrage en question et je m’étais promis de le lire. C’est chose faite et je ne saurais trop vous le recommander.

Jean d’Ormesson n’a pas son pareil pour se mettre à votre disposition et transformer l’infiniment compliqué en évidence simple. Son esprit subtil a concocté un plan curieux qui rend la lecture encore plus amusante. De quoi est-il question ?

Tout l’ouvrage tourne autour de questions extrêmement simples que chacun de nous se pose ou s’est posées à un moment ou un autre de son existence : « D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Que fait-on sur cette Terre ? »

La réponse, s’il y en a une, exige d’abord que l’on suive « le fil du labyrinthe ». Un moment inoubliable qui permet de refaire le parcours de l’homme vers la civilisation, les découvertes, les vérités successives… en un échange décalé et savoureux avec « le vieux ». C’est « un monument à la gloire de la culture » si l’on en croit Frantz-Olivier Giesbert. En effet, on ne perd pas son temps, et Jean d’Ormesson trouve le moyen, par sa verve et sa modestie de nous rendre l’exposé si accessible que l’on a l’impression de participer activement à son cheminement. Et de fait nous partageons jusqu’à ses conclusions les plus personnelles. La question de fond est : y a-t-il un « dieu » derrière tout cela ?  Il permet aussi à chacun de garder ses convictions et de répondre oui ou non.

Une fois débrouillé le chemin vers la connaissance pour arriver à celle que nous avons aujourd’hui sur l’univers, l’auteur nous entraîne dans sa réflexion pour trouver une réponse à une question qui est devenue sa hantise : « qu’est-ce que je fais là ? » et à laquelle il tente de trouver la réponse. Il se servira de l’art et de la science pour alimenter sa quête. Il passe en revue les trois éléments qui nous amènent à l’hypothèse du « big-bang » : l’intelligence humaine, la lumière et le temps. Pour arriver à deux questions que nous nous posons tous au moins une fois dans notre vie : « Dieu existe-t-il ? » et     « Qu’y a-t-il après la mort ? ».

Point n’est besoin d’être philosophe pour aborder cette œuvre. C’est simple à lire. Et Jean d’Ormesson nous fait partager son intelligence avec un bonheur jamais démenti. L’art d’aborder avec l’apparence de la légèreté de graves questions. Il sait nous amuser de ses anecdotes, il nous fait partager son immense savoir avec délicatesse, nous ne peinons jamais à le suivre dans son cheminement.

Et quand on est sur la plage, la lecture en est encore plus délicieuse. Je ne vous dis pas sa conclusion. Mais je crois que chacun peut y trouver son bonheur. Quand on referme le livre, on se sent d’un seul coup plus intelligent ! Fabuleux.

 


A FEU ET A SANG

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La franchise en politique dérange. Tant pis pour les pisse-froid. Et c’est suffisamment rare pour qu’on salue l’artiste. Roselyne BACHELOT nous livre ses notes de campagne, brutes de décoffrage, les événements tels qu’elle les a vécus au fil des jours, avec les commentaires qu’ils lui inspiraient. Il y a ceux qu’elle aime et ceux qu’elle n’aime pas. C’est dit parfois carrément, mais jamais sans méchanceté. Je n’y ai jamais vu de « bashing » comme quelques médias l’ont prétendu. D’ailleurs, elle ne s’abaisserait pas à ce genre d’exercice qu’elle dénonce avec vigueur, surtout quand il s’agit de la constance des  « commentateurs » à l’égard de Nicolas Sarkozy.

A vrai dire, je n’y ai rien appris que je ne sache déjà. Beaucoup des travers de la dernière campagne présidentielle nous étaient connus, que nous les ayons soit ressentis, soit pressentis. Un éclairage utile donc, quand il nous apporte des certitudes là où nous en étions aux hypothèses, quand il décrit les relations entre le président et ses ministres et l’envers du décor de ses déplacements.

Je ne partage pas toutes ses appréciations.

Je pense que Roselyne Bachelot sous-estime l’exaspération d’une grande partie de notre électorat sur les questions de l’identité et de l’immigration. Dans mon entourage où l’on votait beaucoup « droite modérée », la tentation « Le Pen » était très perceptible. L’un de mes proches, qui habite en région parisienne,  me disait : «  il avait promis de passer le karcher, et il ne l’a pas fait. Il nous a mentis ! ». La campagne devait donc se faire sur ces attentes-là. Je n’y ai pas trouvé de concessions à l’extrême droite, mais il était fatal que les médias entretiendraient la confusion et là, on n’a pas été bons. De même, la stratégie du "ni-ni" : il n'y en avait guère d'autre possible au risque de déstabiliser un peu plus nos électeurs. Tous ceux que je connais, qui auraient voté facilement " Jospin" en 2002, disaient leur dégoût d'avoir à voter pour un socialiste en 2012, après cinq ans d'insultes et de dénigrement contre le chef de l'Etat. 

Elle sous-estime aussi les ravages de « l’assistanat » dans notre électorat des classes moyennes. Et Laurent Wauquiez a tapé juste quand il en a dénoncé les méfaits. Il aurait fallu en contrepoint montrer l’intérêt du RSA que les crises successives ont contrebattu dans ses objectifs, mais cela n’a pas été fait.

Oui, il fallait mener la bataille du bilan. Il aurait fallu le faire de façon multiple (beaucoup de porte-voix) et concentrée (marteler la liste des réformes et justifier les plus incomprises), cela pendant toute l’année 2011, sur tous les plateaux, sans s’occuper des questions inopportunes (vous avez vos questions, j’ai « mes » réponses). Et aussi en lieu et place de tous ces inutiles déplacements en province, sous haute protection, dont les thèmes n’ont jamais été correctement relayés par les médias qui se sont complus à souligner le « tri » de l’assistance.

Quant à l’électorat centriste, je pense qu’il ne structure plus rien du tout, même en Maine-et-Loire. Les églises se sont vidées et l’électorat démocrate-chrétien avec. Il s’y est substitué un vote de gauche modérée sous l’influence d’un clergé qui ne fait pas mystère de ce choix, et chez les plus jeunes, un vote écologiste. La querelle entre les centristes et la « balkanisation » politique de cet espace a fini de dissuader les derniers « mohicans ». Ainsi avons-nous perdu toutes les élections intermédiaires et l’UMP stagne à 35% : mortel dans un scrutin majoritaire à deux tours. Dommage qu’on n’ait pas saisi les avancées du Grenelle de l’environnement pour attirer une partie de l’électorat écologiste. La question de la reconquête des 15% manquants est toujours posée. Ce sera l’un des enjeux de la « nouvelle UMP ».

J’ai aimé les confidences  et les analyses toujours très pointues et argumentées, quand il s’agit de décrypter les tourments de la « porte-parole » du candidat, NKM en l’occurrence, ou de prendre parti dans le combat pour un meilleur traitement de l’autisme en France. Elle évoque avec sensibilité ses souvenirs, que j’ai partagés pour certains, et surtout on sent en permanence une grande affection pour Nicolas Sarkozy, y compris dans la frustration d’être à ses côtés sans pouvoir parler.

Et puis il y a les « perles » qui claquent comme des coups de fusil qui atteignent le cœur de la cible. Je me suis régalé au moins trois ou quatre fois.

A quoi aura servi François Bayrou ? « Rares sont les politiques dont on peut dire que, en vingt ans de carrière au premier plan, ils n’auront servi à rien. C’est le cas du Béarnais. » La suite p.233. Précis et définitif.

Mais que vient-il faire là ? Il s’agit d’Henri Guaino montant à la tribune pour faire un discours lors du meeting de Villepinte. Comme elle, j’ai trouvé le procédé ridicule. « se déroule alors une séquence ubuesque qui nous met si mal à l’aise, que malgré sa relative brièveté, elle nous paraît durer une éternité…Il ne doit pas figurer sur la photo et encore moins produire deux discours et en interpréter un. »  La suite p.152. Précis et définitif.

Comment expliquer l’atonie du militantisme classique au profit de la réaction aux dépens de l’action. La réponse se trouve entre autre dans le livret de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! », exemple parfait de la pulsion stérile.  Une exécution que je partage et qui me conforte dans mon jugement sur ce « petit ouvrage frugal, où je ne trouve que du vent et des propositions avariées… ». La suite p. 51. Précis et définitif.

Et si vous voulez vous faire un jugement étayé et argumenté sur le programme de Hollande, le livre fourmille de passages croustillants à souhait. « En face, chez les socialistes, c’est un trou noir, une progression par le vide, qui n’est pas moins brutale… ».

Je vous laisse le soin  de découvrir la conclusion.

Et pourtant, il s’en est fallu de peu. L’énergie du bonhomme  a failli faire mentir tous les pronostics. Au Trocadéro, il a soulevé  nos cœurs. Nous n’oublions pas. (Cela, c’est moi qui le dit).

 

 


ROSE MAFIA

 

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Voilà un livre qu’il faut avoir lu, surtout si on a l’intention de voter Hollande. On y découvre un des systèmes mafieux les plus perfectionnés organisé par les élus socialistes du Pas-de-Calais. Objectif : financement de la fédération PS et aussi enrichissement personnel de certains. On y découvre les emplois fictifs, les enfants casés, les logements de complaisance…

Dans cette affaire, le maire d’Hénin-Beaumont fait figue de bouc émissaire. C’est quand il s’en est aperçu qu’il s’est mis à table, refusant de payer pour tout le monde. De toutes façons la Chambre Régionale des comptes avait déceleé déjà de quoi ouvrir des enquêtes préliminaires contre de nombreux élus. Et la juge d’instruction en charge de l’affaire avait découvert et recoupé de nombreux délits.

Tout y passe : blanchiment d’argent qui s’envole au Luxembourg, appels d’offres truqués qui servent toujours les mêmes en échange de rétro-commissions et de surtarifications, des SEM emboitées comme des poupées gigognes et support des malversations…

Pendant un long premier temps, parce qu’il croyait dans son parti, Gérard Dalongeville ment pour le protéger. Il va en prison pour que la découverte du système n’éclabousse pas le PS. Et puis il vient un moment où il se dit que « ça suffit ».

Le livre est un cri de souffrance et en même temps une confession pour décharger une conscience qui découvre qu’elle acceptait l’inacceptable.

Le résultat est évidemment stupéfiant et pose des questions sur les pratiques de certains élus. On se demande même si la direction du PS peut ne pas avoir été informée de tels déviances. Les mœurs troubles des responsables du PS du Pas-de-Calais sont-elles isolées dès lors qu’elles se produisent dans une fédération tenue par les mêmes depuis 30 ans !  On ne peut s’empêcher de faire le lien avec les Bouches-du-Rhône et d’autres fédérations…

Et peut-être bien que d’autres villes tenues depuis la même époque connaissent-elles peu ou prou les mêmes accommodements avec la légalité. L’habitude et le confort entraîne souvent la faiblesse et le laxisme… Tellement tentant !

On sait déjà que la triche fait partie intégrante des coutumes internes du PS. Il manquait la dimension corrompue. Madame est servie !

 


JPR, L’AFFECTIF

 

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Voilà un livre original a plus d’un titre. Et déjà par le titre : « Je marcherai toujours à l’affectif ». Mais Jean-Pierre Raffarin réussit un pari qui n’était pas gagné d’avance de mélanger des souvenirs de jeunesse en une sorte de chronique de la vie quotidienne des années cinquante, ceux de son parcours politique qui l’a mené de la « France d’en bas » jusqu’en haut à Matignon, avec des réflexions plus intimes à caractère sentimental et philosophique.

J’ai bien connu Jean-Pierre pour l’avoir accompagné quelques années dans sa vie politique, au temps où je militais au sein du mouvement des Jeunes Giscardiens puis au Parti Républicain et à l’UDF. Je peux même dire que nous sommes amis, bien qu’aujourd’hui nous ayons peu d’occasions de nous rencontrer, hormis les grands rassemblements politiques. Nous nous croiserons peut-être après-demain à Villepinte…C’est chaque fois un moment chaleureux partagé.

C’est pourquoi je peux affirmer que ce livre est le reflet vrai du personnage. Il respire l’honnêteté qui fait partie de l’essence profonde de Jean-Pierre, la chaleur humaine qui lui confère cette empathie naturelle, l’intelligence fine assise sur une solide éducation et formation intellectuelle. Je l’ai lu comme une gourmandise !

Il incarne la vision politique que je préfère : celle d’une droite sociale et chaleureuse, pour laquelle j’ai milité avec conviction et milite toujours d’ailleurs. Son parcours est un bon exemple de ce que la volonté et l’engagement au service de ses idées peut produire. Bien sûr, la politique, il est tombé dedans tout petit. Il l’explique très bien avec la référence constante au chemin suivi par son père. Bien souvent, cela ne suffit pas où constitue un handicap. Jean-Pierre a su en faire un atout.

Il incarne aussi une vie familiale sereine, dans laquelle là encore, je peux me reconnaître. Un cercle familial soudé est important face aux contraintes de la vie politique. Il donne de la force mais sert aussi de refuge si nécessaire. Comme souvent cela va de paire, il bénéficie aussi d’un cercle d’amis intangible. Les valeurs de l’amitié, de la confiance, de la fidélité ont ici un sens.

Une chronique, un itinéraire, et aussi une leçon de vie qui s’appuie à la fois sur ce qu’il a reçu de son cercle familial, sur son expérience acquise et sur une solide réflexion philosophique puisée chez Edgard Morin, Luc Ferry et Jean-Claude Guillebaud. Celle-ci le mènera sur les « chemins de Compostelle », mais c’est une autre histoire…

Je vous recommande cette lecture. Elle vous livrera en plus quelques clés de compréhension de notre vie politique nationale, des portraits précis mais jamais méchants, quelques petits secrets de la vie à Matignon, un regard lucide et expert sur la Chine… Je suis certain que vous ne vous ennuierez pas.

« Aime un peu ceux qui te soutiennent ! » a-t-il glissé à Nicolas Sarkozy, au cours d’un tête à tête… L’affectif !

Jean-Pierre Raffarin, "Je marcherai toujours à l'affectif" - Flammarion.

 


ET « PEAN » DANS LE MILLE !

 

Intéressante cette mise au point dans le Figaro, d’Alexandre Djouhri, l’homme d’affaires mis en cause dans « la République des mallettes » de Pierre Péan. On y découvre comment se fait le journalisme de pseudo-investigation à base d’enquête pour le moins … approximative. A force de trop vouloir prouver à tout prix, on ne prouve rien. Mais il faut penser au nombre de gogos qui croiront dur comme fer ce qui est dénoncé sans savoir que c’est sur la base de recoupements plutôt frelatés. Ainsi, on détruit le lien de confiance entre les élus et les citoyens. Volonté de nuire ou aveuglement idéologique ?

Je ne prends pas la défense d’Alexandre Djouhri, que je ne connais pas. Ce qu’il dit doit être pris en compte au moins autant que les allégations de l’auteur du livre qui le met en cause. Si c’est faux, qu’il porte plainte, pense-t-on immédiatement : l’intéressé balaie cette possibilité, arguant des facilités dont bénéficient les journalistes qui diffament pour éviter une condamnation dès lors que les juridictions leur reconnaissent facilement le bénéfice de la bonne foi, « même quand la fausseté des faits est avérée ». Ce qui est vrai et vérifiable. Et comme en plus il suffit de multiplier les précautions d’écriture en rappelant au lecteur qu’on n’a pas la preuve de ce qu’on avance et que l’on n’est pas obligé de citer ses sources qui restent alors anonymes et seules responsables des allégations, tout procès est perdu d’avance.

Ce que veut mettre en cause Alexandre Djouhri, c’est, à la lumière de faits précis cités dans le livre, démontrer que la méthode manque de sérieux et qu’on se trouve loin des pratiques du journalisme professionnel, citant l’exemple de son ami Henri Azuelos, présenté comme « abattu le 18 juin 1997 » alors qu’il est décédé d’une leucémie à l’hôpital américain… Effectivement, si tout le livre est du même tonneau ! Et de souligner toutes les contre-vérités le concernant, rendues impossibles par les dates et les lieux cités, et les personnes incriminées. Ce qui permet à l’auteur du livre, Pierre Péan, d’affirmer tout de même qu’il n’avait « jamais autant mesuré le fossé existant entre la vérité judiciaire et la vérité tout court », en laissant croire que c’est lui qui approche de la vérité en colportant des rumeurs sans vérifier, alors que la justice s’embarrasse de la recherche des preuves et serait condamnée à l’impuissance.

Une manière de procédé qui s’apparente à celle de la « Terreur de 1793 » conclut Alexandre Djouhri, en se référant à la loi votée par la convention dite « loi des suspects » qui favorisait la délation et la dénonciation calomnieuse.

On a envie de dénoncer avec lui les dérives de plus en plus fréquentes du journalisme dit « d’enquête », qui permet, certes de gagner facilement de l’argent, mais qui ne rend service ni au journalisme, ni à la démocratie. Le marché est inondé de ces livres racoleurs et de sites internet qui pratiquent les mêmes méthodes.

Si on veut dénoncer le système dit « des mallettes » qui a certainement existé, il faut étayer les accusations sur des investigations sérieuses et des faits avérés avant toute mise en cause. N’est pas Montaldo qui veut !… Ou laisser la justice faire son travail.

 


POURQUOI SARKO VA GAGNER

 A LIRE ABSOLUMENT

Pourquoi Sarko va gagner002

Comment 37 ooo "baveux" nous intoxiquent et démolissent le Président depuis 5 ans et le font passer pour un dictateur.

Eric Brunet a rendu sa carte de presse et les avantages fiscaux qui vont avec. Il préfère qu'on le désigne comme "polémiste", notamment sur RMC. Il explique comment tout a été dit pour que personne ne croie à la réélection de Sarkozy. Tout a été fait pour que les Français ignorent son action véritable.

Il nous révèle pourquoi Nicolas Sarkozy va gagner. Car tel  Du Guesclin, il arrive toujours là où on ne l'attend pas.

 

"Pourquoi Sarko va gagner"  Eric Brunet chez  Albin Michel

 


LES INTELLECTUELS FAUSSAIRES

 

 Intellectuels faussaires001

Voilà un livre qui va droit au but. Pascal Boniface ne se cache pas derrière son petit doigt pour régler leur compte à quelques experts en mensonge qui triomphent habituellement sur la scène médiatique.

Cet ouvrage vient à point nommé éclairer d’un jour particulier les nombreuses émissions où ces fameux experts ont l’habitude de prospérer. Et ils sont connus, tant ils sont prisés par les producteurs et les animateurs de plateaux.

On a aussi eu de nombreuses occasions d’y voir l’auteur. Pascal Boniface est directeur de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et enseigne à l’Institut d’études européennes de l’université Paris VIII. C’est aussi un auteur connu pour les nombreux ouvrages sur les relations internationales qu’il a commis, les questions nucléaires et le désarmement, la politique étrangère de la France…

Dans les « Intellectuels Faussaires », il dresse, pièces à l’appui le portrait de quelques-uns de ces « mandarins » de plateaux : Caroline Fourest y est présentée comme une « sériale menteuse », François Heisbourg comme capable de tenir plusieurs discours : « qui paye la musique, choisit la partition ! », Thérèse Delpech, la spécialiste du nucléaire ayant, elle, un discours univoque dès lors qu’il s’agit de l’Irak ou de l’Iran… c’est « Madame Tapedur ». Mais C’est avec Bernard Henry Lévy que visiblement Pascal boniface vide son sac. Il en fait le « maitre des faussaires », et il n’est pas tendre avec le philosophe mondain à « géométrie variable » toujours en quête de notoriété plus que de vérité.

Ces portraits de « quelques faussaires en particulier » sont précédés d’une première partie consacrée à la « malhonnêteté intellectuelle  en général ». L’auteur y dénonce la mode des « intellectuels » qui n’existe qu’en France, la morale en trompe l’œil, l’obsession de l’Islam à travers le concept « d’islamo-fascisme » qui, selon lui, ne tient pas la route. Il voudrait ouvrir les yeux du grand public pour qu’il ne se laisse pas influencer facilement par ceux qui devraient éclairer les débats et qui ne proposent bien souvent que des arguments mensongers ou des contre-vérités.

En cherchant à dévoiler ce mécanisme, Pascal Boniface, dont on connait par ailleurs la modération des propos, ne se fera pas que des amis, parce que dans ce livre, il nous sert une version tranchée et parfois péremptoire, au moins en apparence. Ce n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage qui se lit par ailleurs très facilement.

Une lecture bien utile en ces temps où chaque Français aura une opinion à se faire sur bien des sujets. Autant savoir de qui il faut se méfier !

Morceau choisi : «  A tout seigneur tout honneur : BHL est certainement le modèle même du « faussaire », la maître absolu, le mètre étalon. Il a créé le prototype et en a fait une référence. Bien des fois il a trébuché sur la réalité, bien des fois ses mensonges ont été dénoncés dans des articles et des livres, mais rien n’y fait. BHL semble bénéficier de deux principes. Le ridicule ne tue plus, et ce qui ne tue pas renforce. Il a réussi le tour de force de se renforcer à chaque fois qu’il a été ridicule. Il a bâti sa carrière en maniant sans vergogne le mensonge… »

 


MARINE, AU NOM DU PERE, AU NOM DU PIRE …(2)

Marine le Pen001 Le front antinational001 

 
Marine Le Pen sait qu’elle ne peut pas gagner en 2012 à l’élection présidentielle. Tout au plus pourrait-elle améliorer le score de son père en 2002, en augmentant par une image adoucie, la porosité avec l’électorat de droite le plus conservateur, longtemps retenu par les provocations du père. Son calcul vise à éliminer Nicolas Sarkozy au premier tour pour profiter ensuite d’une recomposition politique qui, espère-t-elle, ferait voler l’UMP en éclat. Très hypothétique, évidemment. Ce qui explique la trajectoire verbale depuis le congrès de Tour au début de l’année, en profitant de l’engouement des médias. Qu'elle fasse gagner la gauche lui importe peu.

L’islamisme comme fonds de commerce

La mue ne va pas jusqu’à s’éloigner des fondamentaux xénophobes du parti. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer l’islamisme (l’intégrisme) comme le fait toute personne attachée aux libertés individuelles, mais de faire de l’immigration musulmane un risque d’intégrisme. Pourtant l’Islam ne mène pas forcément à l’islamisme. Marine Le Pen étale une ignorance manifeste sur ce qu’est réellement la religion musulmane, les courants qui la traversent, et ignore totalement le bras de fer difficile que mènent les musulmans laïques face aux salafistes. Ramener l’Islam aux seuls intégristes, c’est faire leur jeu et de ce point de vue, elle est bien plus radicale que son père. Le Front National porte d’ailleurs une responsabilité :  en flattant le racisme antiarabe, il a contribué à la crise identitaire des deuxièmes et troisièmes générations, poussant certains dans les bras des islamistes…Ce qui apporte de l’eau à son moulin !  Et le tour de force aura été la dénonciation des prières de rue –qui vient de trouver son épilogue, mais pas grâce au FN- en les comparant à une occupation, lui permettant du même coup de relativiser les propos de son père sur l’occupation nazie. Elle joue comme toujours sur tous les tableaux : on dénonce d’un côté les prières en pleine rue, et de l’autre on utilise tous les recours contre les maires qui autorisent la construction de mosquées, même quand aucuns fonds publics ne sont engagés et que la loi de 1905 est respectée. Tellement facile !

La laïcité prise en otage

De tous les partis politiques, aucun ne compte autant de monarchistes et d’intégristes raillant la république et la laïcité, de partisans d’un régime « autoritaire » pour remettre la France « en ordre » ; et d’ailleurs le FN  a toujours manifesté » une étrange sympathie pour les dictateurs comme Sadam Hussein et encore récemment pour Ahmadinejad. « Les véritables défenseurs de la République, c’est nous ! » clame-t-elle au moment de son élection à la présidence. L’OPA sur la République et la laïcité est osée. D’ailleurs, son discours a été moins applaudi que celui de son concurrent Gollnisch. Il ne s’adressait pas aux militants présents, mais à l’extérieur, par médias interposés. Le revirement est purement tactique car ces thèmes sont très porteurs. La laïcité est une valeur revendiquée par tous les grands partis. Cela étant, Marine le Pen défend surtout « les valeurs traditionnelles de la République française » et donc il s’agit de se servir du concept de laïcité pour réaffirmer l’identité chrétienne de la France, les « traditions françaises ». Sont visés uniquement l’immigration et l’islam. Il faudra pourtant qu’elle explique pourquoi elle était contre le vote de la loi sur le port du niqab. Toujours la même contradiction : plus de voile intégral permet plus de dénonciation !

Une méthode : dédiaboliser

Priorité : être sympathique, apparaître ouverte, jouer la « transparence »… elle se fait appeler « Marine » pour faire oublier Le Pen. Elle accepte les interviewes, tente de se présenter comme la victime d’un ostracisme trop longtemps pratiqué injustement contre son père. Elle prend des positions modernes sur le PACS, se veut moins catégorique sur l’avortement, bref plutôt que le chêne, c’est le roseau qui plie et qui s’adapte pour mieux atteindre son objectif. Mais son discours use toujours de la connotation insidieuse plutôt que de s’adresser à la raison. Un discours expiatoire, à géométrie variable, selon les boucs émissaires. Le FN a été capable d’incarner les courants les plus contradictoires, flattant un jour les catholiques intégristes, s’adressant le lendemain aux païens, antijuif ou antiarabe ou les deux, c’est selon, défenseur des ouvriers… et des grands patrons. Hier ultra libéral, aujourd’hui pour les nationalisations et le retour de l’Etat qui retrouverait toutes ses vertus entre ses mains. La crise fournit son lot d’arguments : contre l’Euro, contre le « système », contre l’UMPS. Tant pis si le programme promet la retraite à 60 ans sans financement, la sortie de l’Euro avec ce magnifique tour de passe-passe d’un Euro égale un Franc. Autrement dit celui qui a mille euros aujourd’hui (soit 6500 francs) se retrouverait avec mille francs : belle opération en vérité ! Et comment renationaliser EDF sans budget ? Un programme qui aboutirait à un effondrement massif du niveau de vie, notamment pour les plus pauvres, mais l’essentiel est de faire croire. Son  programme n’a aucune importance, il s’agit de faire du chiffre électoral. Faire d’abord prospérer l’entreprise familiale et garder les clés du coffre.

Le retour aux fondamentaux à Nice.

« Une gourgandine sans foi ni loi, sans doctrine, sans idéal, sans colonne vertébrale, pur produit des médias, qui a multiplié les purges depuis des années et dont l’entourage n’est composé que d’arrivistes sans scrupules… »  Ce portrait que fait Jérôme bourbon, catholique intégriste de la présidente du Front National,  qualifié par l’intéressée de « taliban hystérique », et les résistances d’une partie de son électorat traditionnel et des militants, la candidature concurrente du scissionniste Carl Lang, ont obligé Marine à corriger le tir. D'autant plus que la digue mise en place par l'UMP avec la "droite populaire" lui complique la tâche. A Nice elle a réussi à faire la paix avec le « Bloc identitaire » à sa droite et attiré quelques personnalités comme le Villieriste Paul Marie Couteaux ou l’ancien UMP ex-FN de nouveau en cours Jacques Peyrat, tout en tentant de donner le change avec la présidence de son comité de soutien confiée à Gilbert Collard. Marine Le Pen doit trouver un nouveau souffle et sortir son parti de son image contestataire tout en ménageant son électorat de base. L'affaire des valises va lui donner sans nul doute du grain à moudre, même si le président d'honneur du parti fait partie du déballage.

Que conclure ?

Peut-on raisonnablement voter pour une candidate dont le discours évolue au gré des événements, dont le programme économique est une vraie ratatouille aux effets catastrophiques s’il était appliqué. Il faut être naïf pour croire que l’on peut tout avoir, la sécurité d’un état fort et payer moins d’impôts, l’immigration zéro et la retraite à 60 ans. Tout cela est mensonge. Peut-on avoir confiance dans un parti dont la démocratie aboutit à un compagnon, vice-président, une sœur en charge de l’événementiel, le beau-frère conseiller omniprésent… et le père toujours présent, vrai patron que la « benjamine » se garde bien de désavouer. Au vu de son fonctionnement, d'un rapport lourd à l'argent et de ses démêlés avec ses créanciers, le « tous pourris » prend une singulière résonance.

Le pire, au nom du père !

"Marine le Pen", de Caroline Fourest et Fiammetta Venner ches Grasset

"Le Font antinational", de Nathalie Kosciusko Morizet, Editions du Moment

Lire aussi :

"Un piège bleu marine" , de Laurence Parisot et Rose Lapresle, Calmann-Lévy

 


MORCEAUX CHOISIS

 Chasse au Sarko002

Une dernière série pour la route…

« ... Qui obtient, lors de la création de l’impôt sur les grandes fortunes –fierté des révolutionnaires socialistes-, l’exonération de l’outil de travail afin de ne pas saigner les riches ? La force de persuasion des deux François de l’Oréal. Qui obtient, en 1992, une ristourne sur les droits de succession de Liliane Bettencourt de l’ordre de 50 millions de Francs ?Ne répondez pas tous à la fois. Quand on songe aux hurlements qui ont accueilli le fait que l’on ait rendu  tout récemment 30 millions d’euros à la même Liliane Bettencourt, au titre du bouclier fiscal, on peut se rappeler avec douceur la loi des trois D pour en finir avec Nicolas Sarkozy : diabolisation, délégitimation, deux poids, deux mesures. … »

« Quand aux amis pas nets, aux cumuls des mandats publics et des jobs privés, aux faveurs accordées aux uns et aux cadeaux prodigués aux autres, ne pas oublier que Sarkozy, élevé dans le sérail RPR, en connaît tus les détours, et qu’il ne reste qu’un apprenti même pas sorcier en comparaison de ce qui s’est passé pendant une trentaine d’années à la mairie de Paris, dans les lycées d’Ile de France, en Corrèze et ailleurs. Quelle était belle la République des fausses factures et vraies commissions, des emplois fictifs et des vases communicants de la France-Afrique, des coffres-forts pleins de billets qui sentaient si bon l’odeur de la patrie, des valises gonflées à bloc que l’on déposait sur les bureaux municipaux(…) La gauche se rappelle-t-elle la société Urba-Gracco, source d’un vaste trafic de fausses factures, qui concernait non seulement la direction socialiste mais le financement de la campagne électorale de François Mitterrand en 1988 ?... »

Quelques autres vérités :

« … Il importe de ne pas laisser s’agiter en permanence les indignés à sens unique, pour qui toute arrestation d’un clandestin reconduit à la frontière devient automatiquement la rafle du Vel’ d’hiv, et le démentèlmeent d’un squat de sans-papiers l’équivalent de Drany et de Pithiviers, points de départs des wagons plombés pour Auschwitz. (…) C’est sous François Mitterrand qu’a été légalisée et organisée la rétention administrative en 1981 et que le Ministre de l’Intérieur, Paul Quilès a fait adopter par le Parlement en 1992, le système des zones d’attente< ; Eh oui, chers camarades, déjà, dans la France socialiste, Drancy et Pithiviers… »

«…L’islam ignore les normes fondatrices de la démocratie libérale, à commencer par la séparation entre autorité divine et guvernement rationnel, entre territoire de la religion et espace du politique…Or cette séparation fondamentale entre pouvoirs temporels et spirituels constitue quelque chose de récent et de fragile, l’aboutissement d’une longue bataille philosophique au sein de la chrétienté.(…) La France a légué au monde le merveilleux cadeau de la laïcité, ultime garant d’une véritable liberté… (…) En reprenant, -scandale des scandales- le thème de la laïcité à une élite longtemps incapable de dire quoi que ce soit sur l’islam radical, le port du voile et des signes religieux. Là encore, il a fallu attendre Sarkozy pour évoquer les violences urbaines et l’insécurité qui n’étaient dues, comme on sait, pour la gauche, qu’à la rage des laissés pour compte de l’économie… »

André Bercoff, La chasse au Sarko.

 


MORCEAUX CHOISIS

 Chasse au Sarko002

« …Autre angle d’attaque de la gauche socialiste et de la droite souverainiste à l’égard de celui qu’elles appellent souvent en privé, le nabot : sa dépendance à l’égard des USA, sa prétention à mettre ses pas dans les pas de son modèle d’Outre Atlantique, Sarko l’Américain(…)Et pourtant François Mitterrand était au moins aussi attaché à l’alliance avec Washington, même s’il avait l’habileté de n’en rien laissé paraître, avec le génie qu’on lui connaît dans l’art de la dissimulation(…)On voit que Sarkozy n’a rien inventé ni rompu, et encore moins innové. Simplement, comme toujours, il exhibe sans nuances ni limites. Franco de port. Préférons tout de même la franchise, si vulgaire soit-elle, à l’hypocrisie, si cultivée qu’elle paraisse. »

« François Mitterrand en prenant les rênes du parti socialiste dès 1971, sonnait fièrement le carillon des lendemains qui allaient enfin chanter. Il est important de se remémorer le chemin de la désespérance et de la désillusion pour comprendre la haine qui nimbe aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Que la gauche était belle en effet sous Pompidou puis Giscard !... rappelez-vous les homélies sur l’argent qui corrompt, qui salit, qui pourrit tout. Le Front populaire se reformait, quarante ans plus tard, avec la sainte alliance des damnés du terroir et des fonctionnaires de l’enseignement, de la recherche et de l’intellect. La France socialiste, une fois de plus allait éclairer le monde. Nous passions de la nuit à la lumière.( …)Mais une fois les lampions éteints, les confettis nettoyés et les merguez cramés, il fallut se rendre à l’évidence : le capitalisme tenait toujours. Et même mieux qu’auparavant.(…) Mitterrand avait,  en barbouilleur talentueux, repeint de rose les barreaux de la cellule.(…) La gauche ne s’en est jamais remise. La preuve ? Le manifeste pour un nouveau modèle économique, social et écologique, pondu en mai 2010 par la dream team de Martine Aubry. Le disque dur n’a pas changé depuis les années 1970. Cela ressemble à s’y méprendre au Programme commun, avec une touche verte pour rallier les bobos.(…) Lautréamont a, comme d’habitude, présidé à la conception du rapport : il s’agit bien de la rencontre d’un parapluie et d’une machine à coudre sur la table à dissection. Traduction : la rencontre de Georges Marchais et de Nicolas Hulot sur la table de Colbert. Et Martine Aubry de saluer cette gauche solidaire, forte de ses valeurs (…) La gauche de la rue de Solférino est un couteau sans lame auquel il manque un manche : c’est le legs empoisonné qu’a laissé l’artiste Mitterrand à ses lointains successeurs… »

André Bercoff, La chasse au Sarko.


MORCEAUX CHOISIS

Chasse au Sarko002 
 

 

« Etre président de la Vème République, c’est être responsable de tout : des taux de chômage et d’endettement, de la hausse des prix à la pompe, du réchauffement climatique et des relations avec la Tunisie, de la sécurité sur les trottoirs et du trafic de drogue dans les cités, de l’impôt sur la fortune et des paradis fiscaux, j’en passe et des pires. Normal : cela fait partie du job, et qui a tout fait pour y arriver n’aura pas le mauvais goût de pleurer devant l’amoncellement des travaux d’Hercule. Mais c’est bien à ce propos que le facteur humain entre en jeu. La fonction suprême si on la veut prendre au sérieux, est celle d’un numéro de trapèze sans filet : en effet, il s’agit non seulement de prendre à bras-le-corps avec toute son équipe les problèmes de la nation, de l’Europe et du monde, mais aussi de ne jamais oublier que l’on œuvre sous le regard permanent de la démocratie d’opinion médiatico-sondagiaire, qui exige des résultats dans l’instant et ne sait même pas ce que patience et longueur de temps veulent dire. C’est devenu une banalité de base que de réitérer le fait que temps médiatique et temps politique sont par essence désaccordés et même opposés, et que les fausses émotions des spectateurs n’ont strictement rien à voir avec les légitimes espérances des citoyens… »

« Ainsi alla, pendant des décennies, le train des choses et les Cassandre qui lançaient des avertissements aussi lucides qu’alarmants, se faisaient doucement rembarrer ou, pire encore, étaient sanctionnés par la non-réélection pour les uns, le pantouflage pour les autres. Cela a duré jusqu’au krach mondial de 2007 – et dont les effets sont loin d’être entièrement connus et encore moins achevés – jusqu’à la redistribution planétaire des richesses et des pouvoirs où l’on voit les pays émergents prendre peu à peu la place de ceux qui régnaient indivis depuis plus de cinq siècles. Cet emmerdeur de Sarko choisit de carburer à contre-courant, en dressant l’inventaire des plaies et bosses qui nous entourent. Il le fait maladroitement, négligeant souvent exécution et application, lançant des pistes et les brouillant ensuite, se trompant de cible et revenant en arrière pour des raisons par lui seul connues, quand il ne se laisse pas polluer par des communicants et des sondages. Reste qu’il est le premier de nos présidents à ne pas cacher les seins que nous ne saurions voir et encore moins les maux que nous n’avons nulle envie d’affronter. C’est exactement là où le bât blesse les faux-culs et hérisse les citoyens que nous sommes. Il ne peut s’empêcher de dire les choses, dans le désordre peut-être, maladroitement parfois, mais il les dit. Au risque de heurter encore une fois la diplomatie des védrineurs… »

  André Bercoff, La chasse au Sarko.


A LIRE… ABSOLUMENT !

 Chasse au Sarko002

LA CHASSE AU SARKO.

André Bercoff lance un pavé dans la mare. Ce livre est un pamphlet, mais pas forcément dans le sens que laisse entendre le titre. Le journaliste écrivain nous avait habitués à ses « humeurs » dans le Monde, le Nouvel Observateur, Libération. On ne peut pas dire qu’il soit de droite, ses nombreux écrits l’attestent. Mais peut-être que trop c’est trop et c’est en réaction au conformisme ambiant, à la pression intellectuelle des milieux journalistico-culturels qu’il commet l’ouvrage présent. Cet esprit qui se veut avant tout « libre » y dénonce l’acharnement  et l’outrance  de ce qu’il appelle « la chasse au Sarko ».

La liberté d’expression menacée ? « Heureusement, dans ce climat délétère, dans cette terreur qui vient d’en haut, de courageux samizdats montrent éloquemment que l’ère du journalisme debout n’est pas morte, loin s’en faut. Avec un courage qui défie l’imagination alors qu’elles risquent l’embastillement, l’exil ou pire encore, le chômage,  de vaillantes plumes tracent à longueur de kiosques les graffitis de la révolte depuis plus de quatre ans, bravant ainsi la dictature qui soumet la France aux pires avanies… » raille-t-il dans son prologue, ajoutant les titres vengeurs de quelques « unes » d’hebdo dont « Le voyou de la République ; Est-il si nul ? ; Cet homme est-il dangereux ? ; le président qui fait pschitt ; etc… », et « ils ont en plus l’audace de signer leurs articles ce qui prouve l’étendue de leur courage ». L’ironie se fait cinglante !

Il reprend tout ce qui se dit et écrit sur le portrait de Nicolas Sarkozy. « Donc si l’on en croit nos gazettes, le prince qui nous gouverne est un malade mental, corrompu et bling-bling, soumis à ses femmes et à ses enfants, entouré de copains, et de coquins à qui il passe tout ; en un mot comme en cent : usurpateur. Pas à sa place. Parvenu. Même pas Français de souche. Hongrois de père, Salonique sa mère. Et puis petit. Talonnettes. Et puis il bouge. Trop. S’agite. Trop. Et puis tellement vulgaire, ma chère. Cause mal. S’énerve. Trépigne. Fait pas président, quoi. Il est comme nous. Pas au-dessus de nous… » et encore ce n’est rien à côté de ce que l’on peut trouver sur internet où, constate-t-il avec effarement, les « groupes Facebook ont la fraîcheur des professions de foi où la mesure le dispute à la délicatesse », et suit une liste impressionnante de blogs tenus par « hommes et femmes, jeunes et vieux, rappeurs de banlieue et bobos du 16ème, chercheurs du CNRS et sociologues des hautes études, collégiens préoccupés par leurs retraites et nonagénaires en mal d’indignation… » dont les titres d’articles relèvent « du lynchage grand format », relevant au passage cette accusation d’Edwy Plenel qui traite le président de « délinquant constitutionnel », ajoutant à son adresse : « compliment qu’il n’avait pas décerné à François Mitterrand quand celui-ci l’avait fait mettre sur écoutes téléphonique… »

Et de fait, André Bercoff n’hésite pas à montrer l’hypocrisie et les nombreuses contradictions d’une gauche oublieuse de ses propres turpitudes, souvent plus lâche que courageuse. Il n’hésite pas non plus à dénoncer  « le sommeil » de nos élites de droite comme de gauche face à la nécessité des réformes ou à la prise en compte de certaines réalités. Ce qu’on ne peut pas reprocher à l’actuel président.

Alors, un livre à la gloire de Nicolas Sarkozy ? Non pas. Les défauts bien connus du président y sont exposés, sans concessions. Mais au moins, le portrait est-il équilibré. Avec en supplément, une analyse pertinente de la situation politique de notre pays, de ses problèmes sociétaux et des enjeux internationaux.

Bref, que l’on soit sarkophile ou sarkophage, il faut absolument le lire, ne serait-ce que pour remettre les choses à leur vraie place. Ce que réussit André Bercoff avec son talent bien connu et sa verve habituelle.

 La chasse au Sarko, André Bercoff, aux Editions du Rocher. 17€ - N'hésitez pas à la demander, car il n'est pas toujours exposé... allez savoir pourquoi ?

 


LECTURES D’ETE

 Populismes La pente fatale001

POPULISMES : LA PENTE FATALE

 

Dominique Reynié est professeur à Sciences Po et Directeur Général de la Fondation pour l’Innovation Politique. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’opinion publique, la vie politique française et européenne. Il analyse ici la montée en puissance, à l’ouest comme à l’est de l’Europe, des mouvements politiques populistes et xénophobes.

L’intérêt de cet ouvrage c’est de montrer comment, au-delà de la diversité des environnements politiques propres à chaque pays, ces partis, souvent protestataires, se nourrissent de réalités comparables : sentiment de déclassement vécu par les européens face aux nouvelles puissances émergentes, vieillissement démographique, crise de l’état protecteur et surtout, sentiment d’une perte d’identité face à l’afflux d’immigrés de confession musulmane.

Cet ouvrage se nourrit d’un relevé très nourri des résultats électoraux dans les différents pays du continent pour étayer son analyse de la transformation idéologique de partis appartenant au départ aux bords extrêmes de l’échiquier politique pour devenir peu à peu centrés sur les thèmes plus « convenables »  du populisme patrimonial.

A l’aide de nombreux exemples, telle l’affaire des caricatures de Mahomet, il montre à quel point l’immigration et l’Islam peuvent se trouver liés à une menace pesant sur l’identité européenne, mettant en avant aussi, la multiplication des accommodements ethnoculturels. La réaction à ce multiculturalisme favorise l’émergence d’une défense conservatrice et virulente d’un patrimoine matériel qui est le niveau de vie, et d’un patrimoine immatériel qui est le style de vie. Ce populisme moderne se nourrit évidemment la défiance envers les élites (exemple l’UMPS)  et l’antifiscalisme sans atteindre toutefois  les délires du Tea Party américain, il cultive aussi l’euroscepticisme et l’islamophobie mais se différencie par sa nature avant tout « inquiète » et individualiste, des extrémismes traditionnels dont il tente de rejeter la dimension raciste.

Mais l’ouvrage analyse aussi en profondeur les tourments de l’Europe, confrontée à son vieillissement, qui a peur de l’immigration et pourtant ne pourra pas s’en passer, qui tremble devant la mondialisation vécue comme une menace alors qu’elle est la deuxième puissance du monde par son PIB cumulé. Il met en lumière le conflit des identités entre un contient chrétien devenu laïc et une immigration musulmane qui refuse d’en assimiler les valeurs au profit des siennes. Dès lors le populisme pourrait être une pente fatale car en venant troubler le jeu normal des alternances des partis de gouvernement, il conduirait au les pays européens au repli, à des politiques malthusiennes de l’immigration compromettant du même coup le bon fonctionnement des systèmes d’assurance sociale.

Dominique Reynié propose aussi une autre vision : celle d’un « vivre ensemble » fondé sur l’idée d’une diversité libérale et démocratique réaffirmant l’attachement aux droits de la personne. Il voit dans «  l’Euroméditerranée » une région mondiale d’une puissance considérable avec un milliard d’habitants et le tiers du PIB mondial. Une manière de garantir notre avenir dans l’économie globalisée. Voilà une réponse d’envergure à la menace populiste. La réponse se trouve aussi dans l’européanisation des grandes politiques publiques qui permettrait des économies d’échelle.

Mais c’est clair, le multiculturalisme est un échec et le laisser faire ne fera qu’aggraver la pression populiste… et notre déclin avec. Un ouvrage qui éclaire singulièrement le débat sur l’identité nationale et le positionnement de l’UMP et de Nicolas Sarkozy, en lui donnant raison ; et tort au « vivre ensemble » préconisé par le PS et Martine Aubry qui n’est pas à l’abri de cette même pression.

A lire absolument.

« Populismes : la pente fatale », chez Plon, collection tribune libre.

 

 

 


BONNES NOUVELLES DES CONSPIRATEURS DU FUTUR

 

 Bonnes nouvelles du futur001

Michel Godet, exemples à l’appui, s’est donné pour but de nous montrer que les Français ont tort d’être pessimistes. Economiste et enseignant au CNAM, il a recensé toutes les « bonnes nouvelles » et toutes les bonnes pratiques à adopter pour voir l’avenir avec un œil moins morose. C’est que la France est « un pays merveilleux », plein d’entrepreneurs géniaux et efficaces, de familles formidables, de villages partis à la conquête du monde.

L’essai qu’il nous propose, après une première partie  dans laquelle il nous rappelle un certain nombre de réalités « objectives » et chiffrées et propose les clés de la réussite, rassemblant un certain nombre de chroniques et de point de vue, les parties suivantes nous racontent quatorze réussites toutes différentes qui témoignent de la vitalité créative et du dynamisme économique qui existent encore en France.

Michel Godet termine par 12 conseils pour penser et agir autrement. Il est convaincu que le mal est en nous et donc la solution aussi. Il rappelle que notre niveau de vie a augmenté de 50% depuis 1980 : « nous sommes plus riches mais aussi plus malheureux, car c’est un trait bien français, nous sommes une société de l’envie et de la frustration ».

Ces réussites n’empêchent pas qu’il a fallu souvent soulever des montagnes d’obstacles : « La « France d’en haut » impose les charges excessives d’une société de l’assistance bureaucratique et des fonctions territoriales pléthoriques. Les entreprises doivent ainsi courir dans la compétition internationale avec des semelles de plomb ». (la fonction publique territoriale a encore augmenté ses effectifs de 67 000 emplois en 2010 !). Les causes de nos difficultés sont d’abord internes et «l’impact de la globalisation sur nos économies doit être fortement relativisé… ». l’auteur rappelle que nos dépenses publiques par rapport au PIB sont de 6 points supérieures à la moyenne communautaire, « c’est dire aussi que nous avons un gisement potentiel d’économie de l’ordre de 120 milliards d’euros ! ». Sans réduire le champ de l’action publique, il est possible de la renforcer dans les domaines essentiels tels que éducation, santé, logement, sécurité, justice, pour peu que l’on évalue les politiques publiques nationales et territoriales en s’attachant à « ne pas confondre service public et statut public des agents qui le rendent. »

Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur chez Odile jacob.

 

 


"LES TRENTE GLORIEUSES SONT DEVANT NOUS" !

 

Les trente glorieuses001 

 
Voilà un essai au titre résolument optimiste puisqu’il fait référence aux 30 années de croissance continue que la France a connue après la 2ème guerre mondiale. Les auteures, une ingénieure « Ponts » et une ancienne du ministère de l’Economie, aujourd’hui directrice des études pour un groupe international, sont deux trentenaires qui croient en l’avenir et qui pensent que notre pays a tous les atouts pour connaître une nouvelle période de croissance d’ici à 2040. Fine connaisseuses de l’économie de terrain, elles ont vécu la crise de l’intérieur. Elles en tirent des leçons et nous livrent leur vision résolument en opposition avec la sinistrose ambiante.

Les conditions qu’elles mettent pour réussir le pari qu’elles font ne sont pas inaccessibles. Elles partent du principe que les mêmes causes provoquant les mêmes effets, il convient de revenir à la recette qui a si bien réussi à la France au sortir de la guerre : retour à l’Etat stratège qui prend des risques aux côtés des entreprises. Le coeur du dispositif est un « business plan » clairement chiffré qui porte sur 90 milliards d’euros d’investissements publics en trois ans. Un remède de cheval susceptible de générer la croissance qui en permettra l’amortissement.

Cinq priorités.

Il s’agit de placer la France en position d’excellence dans cinq domaines : l’énergie, la santé, les transports, l’agriculture et surtout l’éducation. Financé au 2/3 par la dette, ce plan impose de jouer serré et une certaine cohésion nationale. Il s’inscrit évidemment dans une ambition européenne partagée. On trouve au détour des réflexions quelques bonnes idées, comme celle de faire avancer l’Europe dans la voie de la cohésion fiscale avec la création d’un « serpent fiscal » comme il y eut le « serpent monétaire » prélude à l’euro. L’axe franco-allemand est clairement privilégié.

Ces deux trentenaires sont imprégnées de la culture républicaine et on serait tenté de dire qu’elles sont les purs produits de ce que notre système éducatif était capable de former : valeurs, attachement à la devise « liberté-égalité-fraternité » qu’il faudrait remettre au centre de toute l’action politique. La marche vers la prospérité s’appuyant sur un mélange savamment dosé de dirigisme et de libéralisme économique est bien dans l’esprit actuel d’après-crise.

Hors croissance point de remède.

Voilà une tentative intéressante par son discours tonique, toujours accessible, et finalement assez réaliste. La mondialisation y est présentée plus comme une opportunité qu’une punition, et la croissance comme le meilleur moyen de sortir la France de son endettement et maintenir le niveau de vie des Français.

« Les Français sont tellement habitués à vivre dans l’idée de la crise permanente qu’ils ne peuvent imaginer que le pire pour l’avenir. Or, même sans réformes d’ampleur, avec des politiques bricolées par une succession de rustines, le pire n’est pas le plus probable, et de loin. »

Les trente glorieuses sont devant nous, Karine Berger, Valérie Rabault  - ed. rue fromentin.


L’ETAT DANS L’ETAT

 

Fonctionnaires contre l'état001 

Décidément les réquisitoires fleurissent au printemps comme les fleurs sur les cerisiers. Voici un ouvrage qui est une enquête approfondie sur le monde des fonctionnaires. Son titre : « Les fonctionnaires contre l’état – Le grand sabotage ». C’est un programme à lui tout seul. L’auteur, Agnès Verdier –Molinié, journaliste économique et directeur de la fondation de recherche IFRAP, s’y livre à un réquisitoire sans appel contre ce qu’elle n’hésite pas à appeler le « lobby le plus puissant de France ». Ces hommes, 5 millions de fonctionnaires bien organisés, censés servir l’intérêt général, sont  surtout coalisés pour leur seule rente de situation.  Vous ne le croyez pas ? Lisez …

Tout est passé en revue : comment l’intérêt général est détourné à leur profit, pourquoi la grève est si fréquente, de quels privilèges ils jouissent malgré la crise, par quel sortilège ils vivent au-dessus de nos moyens, pourquoi les syndicats n’ont pas besoin d ‘adhérents, ou encore comment ils prolongent leurs congés…

On y apprend que contrairement à l’idée répandue, les fonctionnaires ne sont pas sous-payés : « … on retrouve toujours un net avantage pour le public, avec une moyenne de 2085€ nets par mois contre 2069 € nets par moi dans le privé en 2008 » (Insee) p.72 . Mieux encore, le « détricotage » des 35 heures a été aussi adapté au secteur public : « la double exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires représente un effort financier considérable pour le Trésor. En effet, le projet de budget 2008 chiffrait pour la seule fonction publique d’Etat, à 250 millions d’euros le coût pour la collectivité… » et la majoration de 25% est acquise dès la 1ère heure !

Vous y apprendrez que pour l’ensemble de la fonction publique, il existe entre 13 250 et 26 500 équivalents temps plein dans les syndicats. Un coût représentant entre 500 millions et un milliard d’euros par an. C’est ainsi que les principales organisations affiliées à la CGT compte 350 000 membres issus du secteur public pour 137 000 seulement du privé…

Un ouvrage à lire absolument avant la prochaine élection présidentielle. Vous comprendrez pourquoi il est impératif de réduire les effectifs d’une fonction publique pléthorique et budgétivore sur le dos des citoyens.

 

 


QU’ON LES VIRE !

Pacte immoral001 
 

Je reprends à dessein le ton de Jean-Luc Mélenchon avec son « qu’ils s’en aillent ! ».  de quoi s’agit-il ? Du clergé pédagogiste qui règne en maître sur le système éducatif français et dénoncé par Sophie Coignard dans son ouvrage : « LE PACTE IMMORAL -  comment ils sacrifient  l’éducation de nos enfants ».

Au début, on trouve le procès excessif, puis au fil des pages, les preuves s’accumulent et l’enquête prend toute sa densité. Le mal est profond, car c’est tout le corps qui est contaminé. Ceux qui résistent encore et qui osent « faire apprendre » à leurs élèves, sont obligés de se cacher. L’auteur cite l’anecdote lorsque François Fillon était ministre, de son désir d’envoyer une circulaire pour recommander « la dictée ». le temps passe et rien ne se passe. Alors il s’en étonne : « Où en est ma circulaire ? » et on lui répond : « Nulle part, M. Le Ministre, personne ne veut la rédiger, ça ne plait pas… » Et d’être obligé de réquisitionner un fonctionnaire pour obtenir satisfaction !

Le système éducatif y est présenté comme un grand corps fou incontrôlable, quel que soit le gouvernement. Les Ministres qui y viennent n’y restent jamais longtemps et vivent leur nomination comme une punition. On comprend alors pourquoi on a eu toujours moins de résultats avec toujours plus de moyens, comment l’école égalitariste tourne le dos à l’école de la République en organisant le boycott des décisions ou la « désobéissance » au nom d’une idéologie irresponsable et aveugle.

« … En lisant tous les livres de témoignages d’instituteurs et de professeurs que j’ai pu trouver, en recueillant systématiquement tous les témoignages oraux ou écrits d’enseignants avec qui je peux être en contact, en interrogeant moi-même des jeunes pour jauger ce qu’ils savent ou ne savent pas, je suis arrivé à la conclusion que notre système éducatif est en voie de destruction totale… » : C’est Laurent Lafforgue, l’un des plus brillants mathématiciens européens, passionné par les questions d’éducation qui porte ce jugement dont la partie la plus abrupte se trouve p.186.  

A lire absolument pour élargir la prise de conscience et la faire émerger dans l’opinion publique, afin de mettre un terme à la mascarade que nous jouent enseignants « bien pensants » et parents « engagés » sur la défense de l’école publique !

 


VERBATIM

 

Parmi les penseurs de notre époque, Alain Finkielkraut est peut-être celui dont je me sens intellectuellement le plus proche. Son verbe résonne en moi. J’aime et je partage sa façon d’aborder les problèmes de notre société. Son regard sur le monde dans lequel nous vivons me parle. Voici quelques réflexions glanées dans l’interview qu’il a donnée au JDD.

Il lui était demandé de réagir à des mots qui traversent tous ses écrits.

Extraits.

«  Courage. Une seule forme de courage. J’ai grandi comme tous les enfants de ma génération, dans l’obsession de la résistance et de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Qu’aurais-je fait dans de semblables circonstances ? Telle est ma question. Question vouée et c’est une chance, à rester sans réponse… Il y a pour moi une seule forme de courage, le courage physique. Cette épreuve m’ayant été épargnée, je me contente de tenir bon, de ne pas céder à la pression du politiquement correct… L’honneur des intellectuels est de ne pas succomber à cette tentation… Les grandes figures contemporaines du courage sont, pour moi, les intellectuels de la dissidence en Pologne, en Russie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie. »

« Humilité. Etre chrétiens et païens. L’humilité est une forme de civilité… In ne revient pas au héros de faire son propre éloge, mais il nous revient à nous de faire l’éloge des héros. »

« Chose publique. Les progrès de l’incivilité. Autrefois je m’intéressais à la chose publique avec l’idée de changer le monde et puis j’ai vu le monde changer à toute allure pour le pire. L’école est un champ de ruines, la classe cultivée disparaît, la langue française n’est plus aimée. On ne parle désormais que pour se faire comprendre, le silence tend à devenir un luxe inabordable, le progrès le plus tangible est celui de l’incivilité. Peut-on sauver le monde ? Telle est pour moi, maintenant, la question politique par excellence. Ce n’est pas du conservatisme. C’est de l’écologie, une écologie qui ne se réduit pas à la défense de l’environnement, mais qui inclut la beauté et la culture. »

« Amitié. Scier les barreaux de la cellule. L’amitié est une conversation ininterrompue, un va-et-vient entre le potin, la confidence et la réflexion partagée sur le monde…L’ami, c’est celle ou celui qui vous éclaire sur vous-même, vous libère de vous-même, qui vous fait cadeau de pensées, de formulations, dont vous seriez incapable…Sans l’amitié on serait emprisonné dans la prison de son moi. L’ami scie les barreaux de la cellule. Les copains peuvent être légion, mais l’amitié est rare. »

 


LECTURES DE VACANCES (suite)

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« Secrets de Fabrication », chronique de Martin Hirsch.

Voilà un ouvrage dans lequel l’auteur fait de la politique sans qu’elle soit politicienne, affiche une hauteur de vue en permanence et analyse le rapport droite-gauche avec finesse en évitant le manichéisme qu’il fuit comme la peste. Un artiste de la politique concrète, au comportement honnête vis-à-vis de tous ceux qui ont des rapports avec lui. Suffisamment rare dans un milieu où la chausse-trappe est le sport favori.

 

En fait Martin Hirsch nous raconte l’histoire de son combat contre la pauvreté et de la construction très soigneuse du RSA. On comprend mieux, à la lecture, pourquoi il a accepté d’entrer dans le gouvernement, pourquoi il a refusé d’être Ministre ou Secrétaire d’Etat et pourquoi il a souhaité partir le moment venu. On y découvre aussi le vrai visage de Nicolas Sarkozy, toujours à l’écoute, disponible, capable d’abandonner ses certitudes, et toujours animé de faire avancer les choses, notamment quand il s’agit de son programme présidentiel. Rien à voir avec l’image d’hyper-président décidant de tout et ayant la science infuse.

 

Ce qui domine dans ce livre, c’est la loyauté réciproque des acteurs et le souci de rester authentique. Martin Hirsch ne fait rien au hasard et met en application sa formidable connaissance des rouages de l’Etat, maîtrise parfaitement le parcours d’une décision, de l’arbitrage au calendrier parlementaire et au vote. Il sait comment gagner du temps en glissant un amendement au nez et à la barbe des metteurs de bâtons dans les roues. C’est cette maîtrise de « l’agenda » et une équipe restreinte type « commando » cohérente et motivée qui lui permettront d’atteindre dans les temps qu’il s’était fixés le but poursuivi : la mise en place du RSA.

 

Enfin tout au long de la lecture on découvre l’homme : attachant, sincère, lucide. Il nous livre le débat intérieur de cet homme de gauche au service d’un gouvernement de droite. Son plaidoyer pour l’expérimentation est passionnant. Il a quitté le gouvernement mais n’a pas abandonné son combat, notamment contre la paupérisation des jeunes. Il reste chargé de la mise en place du service civique. Et il a toujours une dizaine d’idées d’avance, preuve que son analyse de la société et de son évolution donne encore du grain à moudre, de quoi alimenter les programmes électoraux de gauche comme de droite.

 

Il ressort quand même une chose : la gauche y apparaît bien plus sectaire que la droite, même si celle-ci n’est pas exempte de manichéisme. La preuve : elle n’a pas voté le RSA en prenant prétexte du « bouclier fiscal » et est capable de reprocher au gouvernement de mettre en œuvre des projets qui figuraient dans son propre programme.

 

Un livre qui ne vous laissera pas indifférent et nécessaire à tous ceux qui veulent nourrir une réflexion mesurée sur le devenir de notre société, au moment où le bras de fer pour la réforme des retraites va s’engager.

 

Martin Hirsch a été, entre autre, membre du cabinet de Bernard Kouchner à la Santé, Président des Compagnons d’Emmaüs et Haut-Commissaire aux solidarités actives et à la Jeunesse.

 

 

 


LECTURES DE VACANCES

 

 

Vous avez encore un peu de temps libre à tuer ? Alors voici deux livres qui ne vous laisseront pas indifférents : « Sacrées vacances » de Ted Stanger et « Secrets  de  fabrication » de Martin Hirsch. Deux registres différents, mais deux ouvrages qui se lisent d’un trait.


                                Sacrées vacances001

 

« Sacrées vacances, une obsession française », c’est le regard d’un journaliste américain sur nos coutumes, et notamment celle liée à notre goût prononcé pour les vacances, qui ne manque, certes, pas d’humour, mais dépasse le simple constat pour se lancer dans une tentative d’approfondissement pour comprendre ce ressort si profondément ancré dans nos traditions et qui « consiste à expédier un maximum de Français tirer la chasse d’eau là ou sévit la plus grande sécheresse estivale : la côte d’azur »

 

Morceaux choisis.

« Le monde entier pense que les Français sont un peuple un brin capricieux, pour une seule et bonne raison : ils changent de calendrier comme de chemise. En effet, le calendrier julien a triomphé en France pendant plus de quinze siècles, mais son successeur, le grégorien, se vit rudement bousculé à peine deux cents ans plus tard par une version révolutionnaire, pour finalement cent cinquante ans après, passer à l’actuelle configuration telle qu’elle fut dictée par les astrologues de la rue de Grenelle : le fameux calendrier scolaire de l’Education nationale. Deux millénaires d’histoire hexagonale pour accoucher de ce sacro-saint planning qui rythme la vie de 60 millions de Français priés de réserver leur train en temps et en heure !

Voilà ce qui rend la vie des Français si prévisible, si organisée, mais si curieuse aux yeux des étrangers. (…)

Pourtant réputés pour leur sens de l’improvisation, (les Français) ont choisi de vivre une vie sans surprise, parfaitement ordonnée, où le licenciement est interdit, les femmes pas trop chères, le pain quotidien, les cheminots en grève… et la date du prochain départ en vacances fermement établie. (…)

Les calendriers scolaires sont publiés trois ans à l’avance et aussitôt disponibles. Même si les deux congés les plus importants sont répartis en trois zones (depuis 1965), l’emploi du temps tel qu’il a été défini par le ministères de l’Education nationale ponctue les 365 jours de l’année comme le soleil, la lune et les marées rythmaient autrefois les travaux et les jours. Dans la plupart des pays, dont le mien, l’école aurait du mal à faire école. Les Etats-Unis sont une nation décentralisée riche de 15 000 systèmes scolaires, dont chacun est libre de choisir  les dates de rentrée et de vacances. La France, elle, respire comme un seul homme, avec les mêmes poumons, grâce au génie des éducateurs. Voilà pourquoi les gares, les aéroports, les taxis et les autoroutes sont régulièrement pris d’assaut comme si la Wehrmart venait d’envahir le pays et provoquer la débâcle…. »

 

Ce regard tantôt tendre, tantôt sévère, souvent amusé et amusant des turpitudes de ce goût pour les vacances depuis les fameux « congés payés » se termine par une question existentielle : « les vacances sans fin qui marquent la vie des Français finiront-elles par faire de vous les gagnants ou les perdants du nouveau siècle ? »

Je ne vous livre pas la réponse. A vous de voir.

 

A noter  que cet ex-directeur de Newsweek à Paris vit en France depuis 1993. Il est l’auteur de best-sellers dont « Sacrés Français », « Sacrés fonctionnaires, un américain face à notre bureaucratie »…

 

Demain, je vous parlerai du livre de Martin Hirsch, un regard instructif sur son passage au gouvernement et sur l’Homme.

 

 


UNE VERITE QUI DERANGE

                                     Absolument débordée

 

Je ne parle pas de "cette vérité qui dérange" dont on sait maintenant qu’elle était truquée et qui dérange de moins en moins de monde, celle d’Al Gore, mais d’une autre qui va conduire une auteure devant le conseil de discipline de la fonction publique pour avoir écrit un pamphlet : «  Absolument débordée » ou « comment faire les 35 heures …en un mois ».

Cet ouvrage rédigé par une administratrice territoriale, j’en ai déjà parlé sur le calepin. Si vous ne l’avez pas lu, dépêchez-vous et profitez des vacances, 10 000 exemplaires ont déjà été vendus. Il est dans toutes les grandes surfaces.  Mais bien qu’il ait été rédigé sous un pseudonyme, Zoé Shépard, bien qu’il s’agisse d’une fiction où il est difficile de reconnaître des personnes, bien que le lieu soit l’administration d’une grande ville de province… des petits malins ont reconnu le style mordant de cette haut fonctionnaire du Conseil Régional d’Aquitaine, sortie du prestigieux « Institut National des Etudes Territoriales ».

« C’est le fait de ne pas servir l’intérêt général qui a commencé à me faire déprimer » explique celle qui trouvait « très pénible de rester sept heures par jour derrière un ordinateur et de se dire je pourrais être utile ailleurs ». Les situations ubuesques qu’elle a vécues sont tirées de faits réels comme ces cinq jours qui lui sont donnés pour changer la police d’un document, alors qu’un « clic » suffit. Elle décrit les recrutements d’incompétents par favoritisme, les réunions qui n’aboutissent jamais, les petites dictatures de cabinets…bref, tout le fonctionnement d’une collectivité territoriale où l’incurie ne cède qu’à l’incompétence et au gaspillage des deniers publics.  Il se trouve que cette collectivité est entre les mains d’un baron socialiste. Mais bien des événements font penser à d’autres collectivités, comme cette fastueuse cérémonie de vœux qui aurait bien pu se dérouler … au Conseil Régional des Pays de la Loire.

A la lecture de ce pamphlet, on comprend mieux pourquoi les collectivités territoriales, en majorité socialistes, ont recruté 36 000 fonctionnaires de plus : on sait maintenant à quoi ils servent ! A rien.

Mais comme M. Rousset  a cru se reconnaître dans de nombreux indices et s’est senti outragé quand l’auteure parle  « d’un regard d’une vacuité  qu’une vache trisomique ne renierait pas », il faut donc faire un exemple. Les socialistes font valser les millions d’euros mais ne rigolent pas avec la « morale ».

Tant pis pour la liberté d’expression. Et si Zoé doublait son tirage : ce serait la meilleure réponse donnée à cette censure !

 


 


RIONS UN PEU

 

Ce n’est pas tous les jours le 1er avril. J’avais l’intention de vous proposer un scoop du style : "Le Président a disparu avec Carla. Il est parti en laissant une lettre sur son bureau… " Mais par les temps qui courent, beaucoup auraient pu trouver la plaisanterie de mauvais goût. Et comme je reste fidèle à mes convictions sarkoziennes….

A la place, je vous propose une page d’un livre totalement délicieux et rigolard : « Absolument dé-bor-dée » ou le paradoxe du fonctionnaire (comment faire les 35 heures en …un mois !). Zoé est « administratrice territoriale » et a été recrutée comme « chargée de mission auprès du directeur général des Affaires Internationales et Européennes » d’une mairie d’une grande ville.

... « 9h25. Tout espoir d’entrée discrète s’évanouit lorsque j’aperçois, bloquant l’entrée, l’insupportable directrice des Affaires Internationales, Clothilde Richard. Plus connue sous le nom de « l’Intrigante », elle planque son ambition démesurée sous l’étendard du service public et n’hésite pas à répéter à l’envi que son poste n’est qu’un tremplin vers la fantastique carrière diplomatique qu’elle compte avoir à moyen terme. Depuis huit ans, elle prépare, avec un succès très relatif, son départ vers un monde meilleur. Tandis qu’elle parle avec animation, Coralie,  l’assistante du directeur de l’AIE, la regarde avec l’air béat de l’aide-soignante qui couche avec le neurochirurgien. Au moment où je songe à fourrer mon manteau dans mon sac et prétendre que je viens juste de rentrer d’une réunion à un étage différent, Coralie m’annonce :  

- J’ai posé les deux derniers budgets sur ton bureau. Je t’ai mis un post-it avec les consignes du boss… Comme il a dû partir pour sa réunion de neuf heures et que tu n’étais toujours pas là…,annonce-t-elle ponctuant sa phrase d’un regard lourd de sous-entendus.

Toujours.

Coralie « Coconne » Montaigne, trou noir cérébral et véritable concierge du service. Reliée à la machine à café comme un insuffisant rénal à sa dialyse, elle passe les trois quarts de son temps face à la porte d’entrée, le quart restant étant logiquement passé aux toilettes, pour la raison invoquée précédemment. Chaque jour elle se lève avec une mission : repousser les limites de la bêtise. Mission qu’elle accomplit avec un talent qui force l’admiration.

N’est pas Coconne qui veut.

Outre une faculté peu commune à faxer systématiquement les lettres à l’envers et à photocopier les documents en laissant le post-it « à reprographier, urgent ! » sur le verre du copieur, Coconne ne perd jamais une occasion de dénoncer les retardataires à son boss. Et avec moi, elle a décidément matière à dénoncer.

9H36. … »

 Si vous aimez les pamphlets humoristiques, n’hésitez pas. L’auteur : Zoé Shepard. C’est publié chez Albin Michel. Voilà, vous savez tout. Des passages plus vrais que vrais !!!!

 




A LIRE AVANT DE VOTER

Imposture climatique001   L'IMPOSTURE CLIMATIQUE de Claude Allègre.

Si vous vous sentez attirés par l’écologie et que, sans être fanatique, vous vous apprêtez à voter dimanche prochain pour une de ces listes panachées rose-vert, lisez d’abord le dernier livre de Claude Allègre : « L’imposture climatique ». Vous verrez comment d’abord on nous trompe sur le « global warming » avec des données hétéroclites mises en équation dans des ordinateurs qui sortent des projections qui n’ont aucune chance de se produire.

A commencer par la fameuse courbe d’Al Gore qui établit le parallélisme entre l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère et l’augmentation de la température moyenne du globe (qui est une vue de l’esprit) : elle est fausse et la communauté scientifique en convient.

Des voix, condamnées à se taire jusqu’à maintenant, parce qu’elles n’étaient pas dans le « consensus », s’élèvent de plus en plus nombreuses pour dénoncer les errements du GIEC…. L’ancien Ministre y décortique finement les tenants et aboutissants financiers (juteux) d’une opération qui a surtout permis à des laboratoires de recherche d’obtenir des crédits du Congrès américain, ou à M. Al Gore de faire des profits très confortables.

N’allez pas croire que Claude Allègre est un anti-écologiste. C’est tout le contraire. Mais je ne vais pas tout vous raconter. Cet apôtre de la « science » continue de croire qu’elle peut toujours contribuer à améliorer le sort du genre humain, pour peu qu’on laisse de côté les idéologies « totalitaires » et qu’on empêche les obscurantistes d’agir.

Moi j’ai aimé. Comme lui, je crois à la science qui permet de penser l’avenir comme une chance.

 


AMITIE

                                                                                                   

"Le plus grand effort de l'amitié n'est pas de montrer nos défauts à un ami ; c'est de lui faire voir les siens."  La Rochefoucauld, Maximes.

                                                                                        

                                                                                 


ALLEGRO VIVACE

Livre_allgre Restons dans les sciences avec cette pensée forte de Claude ALLEGRE, extraite de "Ma vérité sur la planète" :

"Beaucoup trop de Français sont prompts à s'émouvoir lorsqu'on parle de la destruction de la forêt tropicale au Brésil ou en Malaisie, du recul des coraux de la grande barrière d'Australie ou de la disparition du tigre blanc de Sibérie, mais ne font rien ou presque pour préserver la biodiversité de leur propre pays, que ce soit dans leurs rivières ou leurs forêts. Pourtant, c'est d'abord à l'échelle locale qu'il faut se mobiliser..."

Et de préciser ensuite comment agir en développant les réserves de biosphère, en reconquérant les biotopes naturels d'une manière plus diversifiée et plus progressive, et en se mobilisant pour lutter contre la pollution de nos rivières.


ALLEGRO VIVACE !

Livre_allgre La secte verte vue par Claude ALLEGRE (Ma vérité sur la planète) :

                                                                

« Comme c'est désormais une religion, on peut anticiper un peu et imaginer ce que sera le dogme à faire apprendre par coeur aux "enfants verts" dès qu'on aura pris en main l'Education nationale.

                                                                

Les Dix Commandements

(selon le pacte de M. Hulot)

La Nature tu aimeras, plus que l’Homme assurément,

Nucléaire tu combattras, sans relâche continûment,

OGM tu détruiras, sans coup férir obstinément,

Effet de serre tu abhorreras, sans comprendre évidemment,

Désormais tu mangeras légumes bio uniquement,

Le mouton tu sacrifieras pour loups et ours sauvagement ;

Economie : tu ignoreras ses contraintes naturellement,

Du bois tu te chaufferas, croyant bien faire tout bonnement,

Progrès techniques tu combattras, sans états d’âme et constamment,

La Planète tu vénéreras, sans les Humains, évidemment.

                                                         

A apprendre par cœur, obligatoire au bac ! »

                                                                

Pas sûr que la secte verte apprécie l’humour de l’ancien Ministre….