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DES CHEMINS UN PEU TROP GALVAUDES

Mes chemins pour l'école alain Juppé001

 

J’ai beaucoup de respect et d’estime pour Alain Juppé. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que je me suis penché sur son livre « Mes chemins pour l’école », avec l’espoir d’y trouver la « pierre philosophale » qui permettrait de remettre sur les rails un système éducatif en pleine déroute.

Un état des lieux honnête.

L’état des lieux qu’il fait est souvent lucide, mettant souvent le doigt sur les problèmes qui rendent inefficaces les apprentissages. Je partage globalement le diagnostic qu’il fait sur le fonctionnement de l’école : il est assez juste. Il est énoncé avec un ton serein qui n’appelle pas à la guerre, en s’appuyant sur des constats incontestables. Je dois cependant reconnaitre que j’ai dû m’accrocher pour lire ce livre jusqu’au bout. Et je ne crois pas que ce soit à cause d’un préjugé qui viendrait de mon expérience personnelle. Le choix de rendre compte de nombreux témoignages rend le parcours fastidieux et amène à des redites. Souci d’honnêteté certainement de la part de l’auteur, qu’on reconnait bien là, mais si la pédagogie est l’art de la répétition, ici elle n’emporte pas l’adhésion. Mais au fond, peu importe la forme, ce qui compte ce sont les projets. Là encore, je suis resté sur ma faim.  A force de vouloir « rassembler, apaiser » finalement on ne « réforme » guère.

Des propositions rarement innovantes.

Certes, les propositions sont pertinentes, la plupart relèvent du bon sens et de ce fait sont trop convenues, quand elles ne sont pas académiques. Ces chemins reposent sur un vécu que j’ai connu moi-même, celui d’une école de la République qui a permis d’emprunter l’ascenseur social à de nombreuses générations de Français, et Alain Juppé en parle avec une sincérité et une émotion touchantes. Cette vision idyllique est celle d’une école qui a disparu comme s’est évanouie la « construction démocratique des élites » qui faisait sa gloire.   Cela ne retire rien à la bonne foi et à l’honnêteté du propos. Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur l’idée qu’il faut donner de l’autonomie aux établissements, sur la nécessaire déconcentration –à défaut de décentralisation- de la gestion des personnels enseignants, sur l’urgence d’une revalorisation financière du métier.  On adhère à la vision du maire de Bordeaux sur l’irruption de l’informatique et la nécessaire adaptation des pédagogies à ces nouveaux outils.  Un bon point aussi quand il tranche en faveur de la méthode syllabique pour apprendre à lire… Je suis moins convaincu quand il propose des évaluations qui supposent toujours des démarches lourdes et technocratiques, alors qu’un simple cahier des charges un peu précis permettrait à chaque maitre de mesurer les performances de ses élèves sans avoir recours à ces « grands-messes » uniformes. De même le « conseil d’établissement » et « l’agence d’évaluation » me paraissent directement sortis de l’univers technocratique : en a-t-on vraiment besoin ? Des machins qui viendront s’ajouter à une machine déjà très dévoreuse en parlottes de toutes sortes, en « conseils » en tous genres, en dispositifs variés … Enfin je déplore le refus de recourir à l’arme de la sélection par l’examen. Exemple : l’entrée en 6ème. Si on veut sauver le collège, commençons par n’en permettre l’accès qu’à ceux qui pourront en suivre les cours. Quelle autre procédure, meilleure que l’examen –pas le concours-, peut établir sans arbitraire le tri nécessaire ?

Le « dark side of the wall ».

Surtout, et c’est un reproche que je me permets parce que je veux être utile à la réflexion qu’Alain Juppé poursuit. Il sous-estime, à mon avis gravement, le « dark side of the wall » (excusez l’emprunt aux Pink Floyd).  Notre éducation nationale est aujourd’hui dans un état de délabrement que l’ensemble des témoignages qu’il a recueillis effleure mais ne mesure pas correctement.  Nous avons une légion d’enseignants dont beaucoup ont été recrutés à un niveau insuffisant voire médiocre, très souvent ignorants de la langue française correcte, encore plus de ses subtilités. Nous avons affaire à une citadelle  où la part de l’idéologie agite encore une fraction non négligeable du personnel, formé par Lutte Ouvrière à travers le réseau de feu les IUFM. On en a mesuré la capacité de nuisance avec les « réfractaires » qui refusaient les heures de soutien individualisé. Et puis il y a le repaire, le bastion de la pensée bobo-psycho-soixante-huitarde qui inspire le contenu des réformes et son langage verbeux digne des précieuses ridicules : j’ai nommé l’Institut Pédagogique National. Il faudrait le supprimer. Comme il faudrait revoir le pouvoir de la caste des Inspecteurs Généraux… Le chemin que propose Alain Juppé parcourt un monde de bisounours, alors que la réalité est faite de barrières, d’obstacles, de résistances. Un monde avec lequel le « consensus » est impossible. Je me rappelle, cette réflexion que m’avait faite une collègue avec laquelle je croyais bien m’entendre alors que nous nous concertions sur une « charte de l’élève citoyen » pour notre établissement : à ma proposition de l’appuyer sur les valeurs qui font « consensus » elle me répliqua qu’avec moi il n’était pas possible, que nous ne partagions pas les mêmes valeurs. Evidemment, tout le monde savait que j’étais de « droite » ! Edifiant non ? Une autre impasse est faite sur les établissements des « territoires perdus de la  République » où tenter d’enseigner est un enfer. Il ne sert à rien de nier leur existence, mais les oublier est encore pire. Il aurait fallu en faire des « citadelles », ils sont devenus des zones de non-droit au savoir. Régler ce problème demandera beaucoup de fermeté car le discours d’apaisement n’a aucune chance d’y être compris encore moins entendu.

Education et enseignement ne se confondent pas.

Il est bon de le rappeler. Comme Luc Ferry, je pense qu’éducation et enseignement ne se confondent pas. L’éducation relève des parents et s’incarne dans la sphère privée, l’enseignement est d’abord l’affaire des profs et se dispense dans la sphère publique des établissements scolaires. Sans enfants correctement élevés, il n’est pas possible d’enseigner, même si les enseignants sont amenés de temps en temps à rappeler les règles élémentaires de la civilité. Mais voilà, les parents sont de plus en plus aux abonnés absents ou manquent d’autorité, ou encore inculque une éducation dont les valeurs sont incompatibles avec celles de notre société. Il ne sera pas possible de relever le défi d’un système éducatif performant si les familles continuent de faire défaut. Il ne servira à rien de réformer. Tant qu’on ne mettra pas l’éducation avant l’enseignement. On n’est pas obligé d’ajouter à ce drame des mauvaises réformes comme celle qui vient d’être décidée pour le collège –la pire jamais vue- qui va casser le peu qui reste à bien marcher dans le système.

En conclusion, je donnerai le mot de la fin à Alain Juppé : toute réforme à venir devra commencer par l’école primaire, voire maternelle, c’est-à-dire par l’acquisition des fondamentaux qui commandent toute la suite des études.

 

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