QUAND LA COLERE REMPLACE LE BON SENS…
05 mars 2024
Qui n’est pas en colère, en France ?
Avant-hier c’était les agriculteurs, hier les infirmiers, aujourd’hui les chauffeurs de taxi, et demain… les professionnels du bâtiment et les artistes subventionnés. On n’en finirait pas de faire la liste des mécontentements qui s’expriment désormais en dehors de tous les cadres que la a mis en place pour les canaliser. Le même refrain est scandé jusqu’à plus soif : « on ne veut pas nous entendre ! ». On, il s’agit évidemment des « élites » responsables de tous nos maux. Un peu facile. En fait, la colère n’est que le versant opposé de l’assistanat quand celui-ci ne donne plus satisfaction dans un pays où l’on a habitué le bon peuple à vivre aux crochets d’un Etat-nounou qui doit se faire parcimonieux en raison de la dette qu’il a accumulée mais dont la plupart des citoyens ne veulent pas entendre parler.
La colère, banalisation de la violence.
Pas un jour où une profession, un groupe social, une communauté ou une catégorie, parfois des individus, ne fassent connaître leur colère. « J’ai pété un cable », entend-on à la suite d’un coup de couteau porté au hasard dans la rue ou pour justifier un féminicide ; on justifie à peu près de la même façon le saccage d’une bibliothèque ou une école brûlée ; l’inauguration du salon de l’agriculture a servi de prétexte à une poignée d’agriculteurs pour des violences inacceptables au moment où le Président de la République s’est présenté. Dorénavant, « la colère » est le moyen légitime, un droit fondamental pour exprimer une doléance, ou faire connaître une revendication. Je n’oublie pas les quartiers communautarisés où la colère est alimentée par un communautarisme obscurantiste et gangrénés par les trafics en tous genres avec leur cortège de violences.
Les Français sont par nature des rouspéteurs, mais ce tempérament est aujourd’hui exacerbé par un contexte, qui n’est pas propre qu’à notre pays. Le monde entier est entré dans une ère où la violence devient la règle au mépris du droit et des lois. En même temps, la démocratie décline. Comme si les deux phénomènes allaient de paire. La pandémie colérique s’appuie aussi sur internet et les réseaux sociaux, qui sont déjà en soi, des vecteurs de banalisation de la violence, et alimentent le populisme. Et il faut compter aussi avec les « fakes » produites par les fermes à troll de puissances bien intentionnées pour aggraver les crises quand elles se produisent. On a ainsi vu des messages détournés et multipliés des milliers de fois, en provenance de sites russes pendant les manifestations des agriculteurs. Toutes les manipulations deviennent possibles.
Colère légitime ?
Le pire, c’est que l’opinion publique manifeste son empathie vis-à-vis du moindre colérique en action : « il a raison ! ». Les revendications collectives échappent désormais à ceux qui sont patentés pour les présenter et l’on a vu les contrôleurs SNCF « en colère » organiser leur grève à partir d’une plate-forme sur « facebook » au mépris de leurs syndicats et des usagers, mais avec la « compréhension » de ces derniers (pour ceux qui n’avaient pas à voyager ce jour-là). Voilà donc le peuple souverain en capacité de faire entendre sa voix haut et fort, avec les réseaux sociaux qui servent de porte-voix. Le juron et l’insulte, qui constituent le langage immédiat de la colère, ne sont-ils pas monnaie courante sur les réseaux sociaux.
Mais qui ne voit que ce que l’on considère comme légitime n’est qu’un moyen de facilité qui met en péril notre démocratie et ses institutions faites justement pour apporter à la colère l’apaisement de la raison. Les partis populistes sont les champions de la colère et les rentiers du ressentiment, mais pour les raisons exposées ci-dessus, ne comptez pas sur eux pour apporter des réponses et des solutions.
La colère est mauvaise conseillère.
L’adage est toujours d’actualité. Le contrôle de soi est passé de mode et c’est bien dommage. Les colères individuelles ou collectives qui s’expriment sans ambages renouent avec « l’anarchisme spontané » du siècle dernier qui prônait la révolution violente. Mais la lutte des ego a remplacé la lutte des classes, avec les mêmes dégâts en perspective. Or, il n’y a pas de société sans sociabilité ni des formes d’encadrement par les corps intermédiaires. Les émotions doivent laisser la place à la raison, l’ignorance de laquelle se nourrit la colère être remplacée par l’information et la connaissance, et les docteurs populistes et leurs solutions simplistes renvoyés à leurs études. C’est au citoyen de se réveiller et de se prendre en main. Notre paysage politique présente encore à leur choix des candidats sensés. Ecouter et comparer, ça n’est pas si difficile. Il ne faut pas céder à la théorie du complot. Il suffit d’un peu de discernement pour sortir de la pente fatale.
Il est encore temps.
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