UN AXE CONSERVATEURS – VERTS ?

Ecologie

L’Autriche innove.

L’alliance inédite entre les écologistes et les conservateurs en Autriche ouvre de nouvelles perspectives politiques en Europe. C’est après avoir fait une alliance avec le chef du parti écologiste que le jeune chef du parti conservateur, Sebastian Kurz (33 ans) est revenu au pouvoir à Vienne. Il a été élu, avec son équipe  de trentenaires et de quadras, pour appliquer un programme à la double ambition : du côté conservateur, préserver les frontières, l’identité, le mode de vie et le modèle d’économie de marché, et pour le côté écologie, contribuer à sauver la planète en mettant en œuvre une véritable transition écologique. Si on entre dans le détail, le programme prévoit la baisse significative des taux d’impôts sur les revenus et les bénéfices des sociétés, avec un respect strict de l’orthodoxie financière (l’Autriche à un déficit de 0,15% du PIB), et concernant la politique identitaire, la détention préventive des demandeurs d’asile violents, l’interdiction aux parents musulmans de contraindre leurs filles à porter le voile à l’école avant 14 ans (La laïcité n’existe pas) et le refus du système des quotas de migrants imposés par l’Union. En faveur de la transition énergétique, il est prévu la création d’un million de panneaux solaires, une taxe carbone d’ici 2024 avec un objectif de neutralité carbone en 2040, une taxe sur les billets d’avion, des investissements massifs dans les transports publics. Les Verts sont à la tête d’un super ministère de l’énergie, des transports et de l’environnement. Voilà un attelage gagnant qui remplace sans regrets celui avec l’extrême droite, et met fin à la dérive populiste.

L’Allemagne pourrait suivre.

La droite modérée allemande (CDU) qui pèse désormais moins de 30%, défiée sur sa droite par le parti populiste Afd (14%), cherche une coalition de rechange, celle avec les socialistes démocrates étant usée jusqu’à la corde. Le SPD n’attire plus grand monde (11%) et connait le même effondrement que le PS français et d’une manière générale la gauche traditionnelle un peu partout en Europe. La CDU pourrait trouver dans un attelage avec les Verts une nouvelle eau de jouvence. C’est en Allemagne la force montante avec 21% des voix. Ceux-ci sont aussi tentés de faire l’expérience. Cette combinaison pourrait être promise à un bel avenir car elle répond à la double demande de protection et de projection des populations. Ecologie, identité et sécurité : voilà des thématiques susceptibles de porter des projets collectifs porteurs de sens d’autant plus qu’ils correspondent aux attentes des nouvelles générations. Protéger la planète et réinventer un modèle économique plus durable en mettant fin à celui qui agonit sous nos yeux dans une spirale infernale de surabondance financière déconnectée des réalités. Et aussi vivre chez soi comme on l’entend sans avoir à subir une loi venue de l’extérieur, qu’elle soit directive européenne, charte onusienne, ou loi religieuse… Cette alliance est possible, parce que les Verts allemands sont avant tout des écologistes pragmatiques.

Et en France ?

Cette évolution logique et séduisante d’une union des « conservateurs », ceux qui veulent garder notre genre de vie et ceux qui veulent protéger la nature, n’est pas prête de voir le jour chez nous. C’est que nos écolos sont de la famille des « pastèques » : verts dehors mais bien rouges dedans, les deux étant indissociables. Nos écolo-gauchos font de la protection de la planète un combat contre le capitalisme, les riches, et voudraient nous vendre les fadaises marxistes sous un nouvel emballage, mais avec les mêmes délires totalitaires. La promotion récente de la jeune Greta Thunberg n’est pas de nature à arranger les choses. On voit bien l’usage que l’idéologie totalitaire peut faire des enfants pour influencer, voire terroriser les adultes. Le périple de cette adolescente accusatrice que l’on fait passer sur les tribunes nationales et internationales est malsain. Soyons conscients, sans se laisser détourner, que ce phénomène n’entache en rien les travaux du GIEC. C’est le propre des idéologies de passer la réalité à leur crible pour n’en laisser passer que ce qu’elles veulent imposer. Les conservateurs, disons la droite, doivent être spécialement attentifs à la stabilité du climat sans laquelle bien des choses ne seront pas conservées et ils ne doivent pas laisser le « progressisme » se présenter en remède à des maux qu’il contribue lui-même à aggraver, ne serait-ce que sur le plan sociétal. Il y a quelque chose de comique, pour ne pas dire contradictoire de constater que le jour même où l’Assemblée nationale déployait le tapis rouge pour Greta Thunberg, elle votait le Ceta, traité de libre-échange entre l’UE et le Canada, traité auquel Les Républicains sont opposés  parce qu’il consiste à faire traverser les océans à des denrées alimentaires qui pourraient parfaitement être produites sur chaque rive, défendant ainsi nos agriculteurs contre une concurrence par ailleurs déloyale à bien des égards.

Il faut plaider, à défaut d’avoir des écolos compatibles, pour que la droite s’empare avec détermination du dossier écologique. La crise écologique dont le réchauffement climatique n’est qu’un facteur parmi d’autres, est une donnée essentielle de notre temps, dont l’importance n’a pas fini de croître. Et la droite peut le faire, parce qu’il y a une cohérence plus forte à ce que les conservateurs traitent de ce sujet plutôt que les progressistes, qui passent leur temps à tenter d’imposer le récit qu’ils veulent substituer au réel, comme par exemple avec la théorie de « l’effondrisme ».  Bref, le « conservatisme » pourrait bien être « la planche de salut pour ceux qui veulent faire renaître une civilisation maltraitée par des sagouins » (Yvan Rioufol).  Et cela d’autant plus que la droite a une antériorité en la matière : c’est elle la première qui a pensé à créer un "ministère de l’environnement" dès les années 70, c’est encore  elle à qui l’on doit le « Grenelle de l’environnement » sous Sarkozy. Il suffit donc de reprendre le chemin …

 

 

 


LA POLITIQUE DU "DEUX POIDS - DEUX MESURES"

Agnès Thill

Le bloc-notes donne la parole à Agnès THILL, députée, qui s’insurge contre le 2 poids – 2 mesures qui se généralise dans notre société. Une analyse que je souhaite partager avec vous. (Texte publié dans Valeurs Actuelles)

Députée excommuniée de la République en Marche pour ses positions contre l’ouverture de la PMA, Agnès Thill dénonce le traitement infligé à l’association Alliance VITA pour ses affiches appelant à respecter la paternité et la maternité, alors que la campagne de promotion de la série « Sex Education » bénéficie elle de la clémence des pouvoirs publics.

Ce 2 poids - 2 mesures est un scandale devenu insupportable dans notre pays.

2 poids - 2 mesures la demande de retrait des affiches d’Alliance Vita par Anne Hidalgo, Maire de Paris, et le silence assourdissant autour des affiches de la série Sex Education de Netflix.

Qui est Anne Hidalgo ? Cette gauche qui censure, qui ne s’offusque pas que la décision de justice de réaffichage ne soit pas appliquée, voire même s’en satisfait ; comment croire une seconde que ces gens-là défendent la démocratie, le débat d’idées et le respect de chacun ?

Quant au parti majoritaire présidentiel : qui ne dit mot consent, lequel d’entre eux s’est offusqué de cette censure ? Lequel d’entre eux s’est offusqué du non-respect de la décision de justice ? Force est de constater que la censure ne va que dans un seul sens.

Un adulte ne doit pas faire ce qu’il veut des enfants, et on doit avoir le droit de le dire en démocratie.

2 poids - 2 mesures les propos d’Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat, ce dimanche 19 janvier 2020 via Twitter. Comment peut-on être ministre et traiter de « réac » publiquement 41 000 manifestants pacifiques et se prétendre pour le rassemblement, la concorde et l’union ? Comment peut-on haïr et humilier à ce point toute une frange de la population et se targuer en même temps, je cite le dit tweet, « d’aimer les familles » ?

2 poids - 2 mesures les familles attaquées : toutes les familles ont droit au respect, y compris les familles hétérosexuelles, qui croient en la fidélité, et aux fruits de leur amour.

N’est-il pas ministre pour tous les français ?

Qui a le monopole de l’amour ? Olivier Dussopt ? Marlène Schiappa ? Anne Hidalgo ? Les censeurs, ces non respectueux des décisions de justice ? Être traitée de « réac » par un ministre est scandaleux. Comme être traité d’homophobe par d’autres.

Un adulte ne doit pas faire ce qu’il veut des enfants, et on doit avoir le droit de le dire en démocratie.

Au nom de tous ceux que j’ai portés ce dimanche en représentant 1/577ème des français, nous aimons toutes les familles, être accusé du contraire par les plus hauts personnages de l’Etat, par ceux qui nous gouvernent, est scandaleux. Quelle confiance apporter à ceux-là !

Grâce au droit de blasphème, on peut insulter, moquer, caricaturer les religions mais pas l’homosexualité… À croire que l’un est plus sacré que l’autre, en pays laïc.

2 poids - 2 mesures le monopole de la souffrance ! La souffrance n’appartiendrait qu’aux homosexuels alors que la loi en leur faveur prétend que l’absence de père laisse indifférent ! Qui est blessé ?

2 poids - 2 mesures les médias : les violences sont surmédiatisées quand un silence complice a couvert la manifestation pacifique « Marchons Enfants » de ce dimanche.

2 poids - 2 mesures les excuses du chansonnier sur France Inter, radio publique payée par nos impôts : grâce au droit de blasphème, on peut insulter, moquer, caricaturer les religions mais pas l’homosexualité, ce qui est normal mais on pourrait penser qu’au nom de l’égalité… À croire que l’un est plus sacré que l’autre, en pays laïc.

2 poids - 2 mesures quand ils s’offusquent de ce qui est interdit par la loi, la pédophilie- criminelle, acceptée sur les plateaux télé il y a vingt ans alors qu’ils laissent sans mot dire les émissions télé et les livres prônant ce qui est interdit par la loi en France, telle la GPA.

2 poids - 2 mesures les maladresses ! Faut-il citer celles de collègues députés, de Benjamin Griveaux lorsqu’il a présenté ses excuses concernant la photo de collabo lors du Vel D’Hiv ? Les maladresses des autres ministres et députés aussitôt oubliées après leurs excuses, quand les miennes paraissent inutiles et qu’à vie on me ressort mes deux maladresses ?

2 poids – 2 mesures pour les lieux de culte : on peut vandaliser les églises mais on ne peut pas toucher aux mosquées et synagogues. Tant mieux. Heureusement. Mais on aimerait la même indignation pour tous.

2 poids – 2 mesures pour les retraites : on cèdera à certains et pas aux autres.

Ce « en même temps », on aime les uns mais pas les autres, n’est plus supportable.

On supporte les règles, fussent-elles sévères, mais on ne supporte ni l’injustice ni l’incohérence.

Nous sommes tous citoyens du même pays. Nous exigeons le même respect pour tous, dû à chacun de nous. Nous refusons d’être continuellement traités, par les gens de gauche, ceux du parti présidentiel, et des ministres eux-mêmes, de « réac », « extrême-droite », « cathos », « homophobes ». Comme si cette violence injuste laissait sans conséquence. L’unité du pays est menacée par ceux-là même qui prétendent la construire.

Ce « 2 poids - 2 mesures » est en train de nous anéantir !

Notre pays se meurt sous ses douleurs, ses cris, ses désespoirs, ses révoltes. Ce « en même temps », on aime les uns mais pas les autres, ce « en même temps » n’est plus supportable.

Notre pays se meurt d’incohérences. On ne peut pas être ministre et mal traiter, mal nommer, mal considérer, un seul de ses concitoyens, et bien sûr, prétendre être là pour tous, au service de tous ?

Quel scandale !

 

 


2022 : LE RETOUR DES BOULETS

Haddock se marre bis

Il y en a avec qui on n’en a jamais fini. Normalement, les défaites majeures et l’accumulation des petits résultats devaient pourtant les décourager. Eh bien non, têtus comme des ânes, ils refont chaque fois surface. Ils se croient investis du lourd devoir de sauver la France. A croire que telle Jeanne d’Arc, ils entendent des voix.

Le culbuto.

Le plus précoce a été Hollande dit « le culbuto », surnom dont il fut affublé du temps où il dirigeait le PS, pour sa faculté à toujours retomber sur ses pieds. Pour ne pas se faire oublier, ou plutôt pour faire oublier un quinquennat calamiteux qui se termina pour lui avec une telle réussite qu’il fut dans l’incapacité de se représenter, il a écrit deux livres. Edité moins d’un an après son départ de l’Elysée, le premier eut un écho suffisant pour lui donner la possibilité de faire un tour de France des librairies. Il a cru que quelques dizaines de milliers de lecteurs-laudateur  cela signifiait un retour en grâce. C’était plutôt de la curiosité de la part de ses anciens électeurs : l’ancien président y racontait notamment sa version de ses relations avec Macron. Le second, contenant ses propositions pour améliorer la vie démocratique a fait « flop ! »  et l’auteur a même dû renoncer à le présenter après la mise à sac d’une réunion à Lille par des étudiants.  Depuis, il a changé de stratégie. Profitant de l’impopularité de son successeur, il procède par des attaques frontales, à intervalles réguliers, plantant ses banderilles en espérant affaiblir la bête. Mais pour l’instant, les Français ne semblent pas avoir oubliés le scooter et ses escapades nocturnes et le bilan funeste qu’il a laissé.

L’obsédée de la présidence.

Depuis qu’elle a affirmé qu’elle était « habitée », la perdante de 2007 ne rêve que de prendre sa revanche comme si elle continuait d’entendre des voix. Comme elle n’a pas pu le faire en 2012, et dieu sait qu’elle a enragé de voir ce traitre de François lui prendre la place, avec sa maîtresse à ses côtés, cette fois elle entend bien ne pas se laisser doubler. Aussi, a-t-elle ramé dans la macronie pour décrocher un poste de ministre afin de montrer que ses talents étaient toujours irremplaçables. Elle dut se contenter du fabuleux sucre d’orge « d’ambassadrice des pôles ». Mieux que rien. C’est toujours de quoi vivre et des collaborateurs pour faire le boulot. Mais voilà, elle ne peut s’empêcher de l’ouvrir. Se démarquer d’un pouvoir impopulaire, certes, mais l’exercice a ses limites : c’est que Jupiter n’aime pas qu’on lui « fasse » dans les bottes. Donc la voilà proprement remerciée. En haut lieu, on pense que sans trop de moyens, la tâche lui sera infiniment plus difficile pour tailler des croupières… Néanmoins, elle profite de sa liberté retrouvée pour aussitôt créer une officine et annoncer sa prétention pour 2022. Histoire de prendre de vitesse porcinet. Du côté du pouvoir, on compte sur le parquet financier pour faire prospérer une enquête… du déjà vu, afin de lui nuire si besoin était.

Le nain de la droite.

« Encore un qui a vu la vierge »… dirait l’une de mes filles. Bien qu’il collectionne les échecs et les petits scores, avec son micro parti « Debout la France », ce gaulliste fossile version Néanderthal, continue de se croire investi  de la mission sacrée que lui seul pourrait mener à bien, celle de redresser la France. Le maire de Montgeron n’est pas mauvais dans son rôle d’élu local, mais pourquoi ne s’en contente-t-il pas ? Probablement parce qu’il est branché en ligne directe avec le « Général » qui lui confirmerait qu’il est le seul dépositaire de la pensée gaullienne. Voyant un espace, non occupé croit-il, entre Macron et Le Pen, il s’est dit que le moment était peut-être venu pour lui. Mais comme le créneau qu’il occupe est encombré de concurrents aussi microscopiques que lui, il lance l’idée d’une primaire des « républicains et patriotes ». C’est le dispositif génial qu’il a trouvé pour la prochaine présidentielle. Il rêve donc d’une « grande primaire pour la France » entre toutes les personnes de « l’opposition républicaine et patriote » pour garantir l’union dès le premier tour contre le sortant. Sont concernés par la manœuvre : Florian Philippot, François Asselineau, mais aussi Guillaume Larrivé, Bruno Retailleau, Julien Aubert chez les Républicains. Il élargit même le cercle à Eric Zemmour et Natacha Polony (?) dont on se demande ce que cette dernière pourrait venir faire dans cette galère. Et cerise sur le gâteau, Marine Le Pen. Il serait étonnant que cette dernière se laisse tenter par une telle manœuvre alors qu’elle peut espérer prospérer toute seule. Le député de l’Essonne active ses feux, parce qu’il sent bien qu’une accélération du calendrier politique est en cours. Il faut bien exister, quand on n’a rien à proposer pour les municipales, ni candidats, ni troupes, et après avoir fait 3,5% aux européennes. Se voir en grand rassembleur de l’opposition pour 2022, relève pour le moins d’une « hypertrophie du bulbe ». Quant à l’argument « refuser une telle démarche reviendrait à se rendre complice de la réélection d’Emmanuel Macron », il est pitoyable. On ne sait même pas si l’actuel locataire de la rue Saint-Honoré a l’intention de remettre ça. On retiendra surtout que les stratégies qu’il a menées jusqu’à maintenant n’ont servi qu’à affaiblir le camp dont il se réclame, des points qui ont manqué cruellement à François Fillon, par exemple.

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - Un (tout petit) peu de prospective (6)

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L'ECOLE S'INVENTE TOUS LES JOURS

Un (tout petit) peu de prospective.

« Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoient désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est la règle… ».  Voici en quelques lignes ce que serait l’enseignement pour « Petite Poucette », tel que nous le décrit Michel Serres. Il nous projette dans la révolution numérique qui plonge les enfants d’aujourd’hui dans le  monde virtuel et planétaire où ils vivent déjà. Et d’après lui, ils n’ont déjà plus la même tête que nous : ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois, ils ne connaissent, ni n’intègrent, ni ne synthétisent comme nous sommes habitués. Par la toile ils accèdent à tout le savoir et ils ne parlent déjà plus la même langue que nous… Et voilà ces jeunes auxquels « nous prétendons dispenser   de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles  de classe, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus. »

Mais le savoir reste à transmettre !

Le nouveau monde dans lequel Michel Serres se projette va-t-il se passer du pédagogue ? De tout temps le savoir avait pour support le savant ou le « sachant » comme on dirait en « novlangue ». Au temps de la tradition orale, il était aède ou griot. Puis vint l’écriture pour le fixer sur les  supports antiques : tablettes d’argile, rouleaux, parchemins. Des moines passaient leur vie à le copier pour le diffuser. A la Renaissance, l’imprimerie fait du livre  le principal support de diffusion. On construit des bibliothèques pour le rassembler, à la Sorbonne et ailleurs. Même le moindre collège est conçu autour de ce centre vital : le CDI (Centre de Documentation et d’Information).  Mais aujourd’hui, ces supports sont devenus obsolètes,  c’est la toile qui est devenue le  principal support de messages et d’information. Dans mon bureau, il y a une éternité que je n’ai pas ouvert mon « Grand Larousse encyclopédique » ni un volume de  mon « encyclopedia universalis ». Démodés,  poussiéreux, dépassés, ils sont devenus un décor d’érudit. Un simple décor. Ils ont été détrônés par « Google » ou ses équivalents. Il suffit de taper quelques lettres et la réponse jaillit, immédiate. Désormais, le savoir est partout, sur la toile, disponible. Il suffit de se baisser  pour le ramasser. Encore faut-il se baisser ! Encore faut-il,  surtout, qu’il soit vérifié ! Car en même temps, il faut bien l’admettre,  l’ignorance  progresse.

A qui le transmettre, s’interroge alors le philosophe ? A tous ! Désormais le savoir est accessible à tous ! Avec l’accès aux personnes, par le téléphone, en tous lieux, l’accès au savoir est ouvert : d’une certaine manière il est toujours et partout déjà transmis. Soit !

Mais si on voit bien ce que ce constat génère comme conséquences matérielles : plus besoin de lieux concentrés, plus d’enseignant énonçant le  savoir à un groupe silencieux à l’écoute attentive, l’apprentissage interactif peut se faire entre des personnes dispersées dans l’espace planétaire dès lors qu’elles sont connectées. Ce n’est pas sans poser au moins deux problèmes : quoi mettre dans la tête, et à quelle(s) source(s) de savoir se référer ?

La tête bien faite.

Michel Serres utilise la métaphore de la légende de Saint-Denis pour illustrer le fait que nous avons dorénavant la tête à côté du corps, autrement dit un cerveau bis dans la main qui contient tout le savoir dont on peut avoir besoin. A-t-on pour autant de manière innée, le mode d’emploi pour l’utiliser ?  Montaigne préconisa une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine, parce qu’il prenait en compte le formidable progrès apporté par le stockage de la connaissance dans les livres. Inutile donc  comme les anciens de se remplir la tête : la méthode devenait  aussi importante que le contenu. N’oublions pas qu’il ajoutait : « qu’on y requiert les  deux ! » Et cela nécessitait d’apprendre et d’apprendre à apprendre. Ce que curieusement, Michel Serres oublie.

La tête de nos enfants mute une nouvelle fois : ils ont les fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué,  puisque ces fonctions se transforment avec le support et par lui. La pédagogie change donc totalement avec les nouvelles technologies. Tout reste à inventer ! Mais… j’ajoute un « mais ». Je pense malgré tout qu’il y a un commencement nécessaire à la transformation de la tête bien faite en tête numérique,  qui s’appelle  « apprentissage de l’écriture » –peu importe laquelle, cryptage, encodage, - et de « la lecture ». Car sans ces deux apprentissages il n’y aura point de formation de l’esprit critique, absolument indispensable à l’utilisation et à l’interprétation de toute information si on veut qu’elle devienne « connaissance ». Sinon, le cerveau bis, dont on lui imposera le contenu, pensera à sa place. D’ailleurs si l’on en croit Michel Desmurget (« La fabrique du crétin digital »), le cerveau mutant que décrit Michel Serre n’existe pas, études scientifiques à l’appui.

La  vérification du savoir.

Michel Serres nous dit : « N’ayant plus à travailler dur pour apprendre le savoir, puisque le voici, jeté là, devant elle, objectif, collecté, collectif, connecté,  accessible à loisir, dix fois déjà revu et contrôlé … ». Objectif et contrôlé : peut-on en être certain ? Et par qui ? Peut-on faire confiance au collectif ? Chacun sait que tous les moteurs de recherche ne sont pas exempts d’erreurs, et même  nombreuses.   Wikipédia, déjà citée, cette encyclopédie collective est une collection d’articles souvent fort bien documentés, mais à l’initiative de contributeurs pas toujours complètement objectifs.

Allons plus loin. 

Le monde est dominé aujourd’hui par un géant des données d’information : « Google ». Mais qui le contrôle ?  Qui nous garantit le savoir qu’il dispense. Questions de béotien probablement,  mais quand on voit tout ce qui circule sur internet, où  le vrai côtoie très souvent le « fake »,  il convient d’être  méfiant. Certes Petite Poucette  ne lit ni ne désire plus « ouïr l’écrit dit » (l’expression est de Michel Serres : en gros, la transmission orale par le prof),  parce que le  savoir annoncé, tout le monde l’a déjà, et en entier, sous la main. Alors ce nouveau savoir qui ne sort  plus du livre  où  il  était stocké, quel est–il ? « C’est une offre sans demande » nous répond le philosophe. C’est la fin des experts et un retournement de la pédagogie. Petite Poucette cherche et trouve le savoir dans sa machine. Mais celle-ci ne fait que compiler le savoir sorti des livres dont on a bien voulu la nourrir et c’est elle qui choisit ce qu’elle va afficher (Gaspard Koenig, « la fin de l’individu »). Et alors comment Petite Poucette discernera-t-elle le bon savoir de l’obscurantisme qui sait lui aussi se glisser dans les algorithmes de la connaissance ? Car, comme nous le montre Gaspard Koenig, les banques de données ne sont rien d’autre que du savoir compilé. Alors, le savoir « discuté » sera-t-il capable de faire face ? D’autant plus que l’intelligence artificielle va aussi s’en mêler. Et quand la machine  tombera en panne, quelle solution ?... Mon esprit cartésien me pousse à la  méfiance.

La compétition avec l’Intelligence Artificielle.

Aujourd’hui, c’est l’Intelligence Artificielle qui mène la danse. Elle est capable de battre des champions du monde d’échec. Elle progresse à une vitesse exponentielle et elle s’auto-éduque autant qu’elle  se programme nous prévient Laurent Alexandre (La guerre des intelligences – JC Lattès). En 2020, les ordinateurs traiteront 1 milliard de milliards d’opérations toutes les secondes, tandis que l’humanité produira 1 000 milliards de milliards de data chaque semaine, une masse de données et d’informations que le cerveau humain sera   incapable de digérer sans le recours à l’Intelligence Artificielle  dans tous les domaines de la vie humaine. Ce tsunami numérique,  dont il est déjà impossible de se passer et qui va impacter tous les métiers, exigera de  la part des humains une intelligence naturelle plus développée, au risque sinon que l’IA les  dépasse.  En effet, quelle va être la place de l’homme face à  ce qu’on appelle l’Intelligence Artificielle faible, déjà opérationnelle,  sans parler de l’Intelligence Artificielle forte dotée de conscience et d’émotions qui pourrait émerger plus tard, bien qu’on en soit encore très loin ?

Les algorithmes : des crétins performants.

Dans sa quête mondiale sur l’Intelligence Artificielle, Gaspard Koenig nous rassure tout en nous montrant les multiples biais dangereux qui peuvent conduire à la fin de l’individu. Du « Turc mécanique », ce joueur d’échec hongrois automatique du Baron Von Kempelen inventé en  1769, aux supercalculateurs de Google,  l’IA, qui se résume en fait à la somme de nos connaissances compilées en informatique, est une illusion seulement capable de reproduire un résultat et non un processus.  Mais c’est une illusion convaincante. Pour faire simple, la dernière génération d’algorithmes est capable de fouiller dans une masse de données, de manière plus ou moins autonome, pour en extraire des régularités et des prédictions. Mais sans données, pas d’IA, qu’elle soit « machine learning », « reinforcement learning » ou « deep learning ». Les technologies d’IA sont maintenant capables d’anticiper et d’orienter les comportements individuels grâce à la puissance de personnalisation et d’optimisation fournie par le traitement des « data ». La collecte de ces « data » est donc essentielle. Ce sont des milliers de personnes qui s’y emploient mais aussi chacun d’entre nous grâce à tous les « cookies » et « conditions d’utilisation »  que nous téléchargeons quotidiennement. Pourtant, la « super intelligence » est un mythe, car le bon sens est la chose du monde la moins partagée par les robots. Aucun algorithme ne peut concevoir une interprétation globale du monde et des hommes qui le peuplent : comme  l’affirmait Spinoza, « le  cerveau et le corps sont dans le  même bain  et  produisent l’esprit de  manière conjointe », ce  que Antonio Damasio, neuroscientifique de renommée mondiale, explique par  « l’homéostasie » : on pense autant avec ses doigts de pieds qu’avec son cerveau ! Et aucune IA n’est capable  d’imiter nos doigts de pied.  Avec en plus nos « sentiments », au coeur du processus homéostatique, qui sont seuls à produire du sens. Sans corps,  pas  de sens commun, mais  pas d’humour non plus. Cela n’empêche pas  l’IA de menacer l’humain.

Le « nudge » : une nounou souterraine.

Commençons par le mot lui-même, qui, en anglais, signifie «coup de pouce». C’est en 2008 que la théorie du Nudge a été popularisée par deux américains : Richard Thaler, un économiste et théoricien de la finance comportementale et Cass Sunstein, professeur à l’Université de droit d’Harvard. Son principe est simple: influencer nos comportements dans notre propre intérêt. Elle part du principe que les individus ne sont pas des êtres rationnels et que leurs prises de décisions sont sous l’influence de l’environnement, des émotions et des instincts, les biais cognitifs. Ainsi, ce « coup de pouce » serait ce qu’il y a de plus efficace pour aider les individus à faire des choix : par exemple, une grande surface avait augmenté de 30% en 3 mois ses ventes de poissons frais en diffusant des bruits de mouettes et des odeurs de marée. Issu de la  psychologie comportementale, le  principe du « nudge » a été intégré dans  les algorithmes. Pour aller à l’essentiel, l’idée qu’avance l'auteur, c’est que nous vivons dans un monde où nos libertés seraient de toute part menacées notamment par les Gafa, mais aussi par des entreprises, par des gourous et des partis politiques qui tentent de nous faire aller dans telle ou telle direction, non par une méthode autoritaire, mais en nous incitant doucement, par micro-messages publicitaires ou autres, à choisir telle option d’achat, de vote, de spectacle, etc… Influencer sans contraindre, et pour le bien. Autant de formes de soumission aux algorithmes. Avec  le danger évident, celui d’agir pas seulement pour notre bien mais surtout pour la communauté,  variable selon le développeur de l’appli. Derrière le « nudge », il y a toujours une forme d’allégeance à un communautarisme qui se profile,  soit par utilitarisme (cas américain) soit par idéologie collectiviste (cas chinois). L’individu perd  alors sa liberté de jugement. On imagine assez facilement ce que le « nudge » appliqué à des logiciels pédagogiques pourrait provoquer comme orientation des apprentissages…

Le libre arbitre en danger.

Les stratégies  développées par  les créateurs d’applications mettent en effet nos facultés de choix personnel « libre et par soi-même » à rude épreuve par le confort qu’elles nous apportent. Et les  exemples dans notre vie quotidienne ne manquent pas : « Waze » qui nous guide en nous promettant  le meilleur temps de parcours, c’est tellement plus facile  que de déplier une carte routière ; nos messageries nous proposent des réponses toutes faites sans que nous ayons à  faire  l’effort de rédiger ou de chercher un mot  plus précis… Des petits riens qui font de nous, petit à petit des zombies décérébrés : interrogez un chauffeur parisien d’Uber sur la ville qu’il traverse chaque jour, et vous serez surpris du vide ;  et ne cherchez pas pourquoi vos enfants, sinon vous-mêmes, avez  perdu votre vocabulaire  et votre syntaxe !  A force d’économiser nos fonctions cérébrales,  Gaspard Koenig explique que l’humain perd pour de bon l’habitude de prendre ses propres décisions et sa liberté de choisir.  Les algorithmes agissent comme une drogue. Grâce aux délibérations « tellement logiques » servies sur un plateau, chacun acceptera d’être accompagné par une IA dans les choix les plus importants de son existence. C’est déjà ce qui se passe avec les sites de « rencontres ». C’est la fin de l’individu autonome et responsable par le triomphe du « bien-être » !

L’individu n’a pas dit son dernier mot.

On observe déjà  les nombreuses transformations  dans la société, générées  par la fin du libre arbitre. Ce sont les ordinateurs qui échappent au monde financier, c’est  l’art sans artiste, la science sans causalité, la théorie, fruit de la réflexion humaine rendue obsolète par les data, et sans libre arbitre,  fini le marché : la prédiction de nos comportements suffit déjà à ajuster l’offre à la demande dans bien des  cas.  Pour échapper à tous ces dérèglements, c’est à l’individu de reprendre la main  en commençant par ne plus fournir gratuitement  ses données,  en définissant ses  propres normes  pour les imposer aux algorithmes et tant pis  si elles ne sont pas « optimales » pour  le  groupe.  Chacun devrait pouvoir  imposer  son propre nudge, de manière consciente et volontaire.  C’est le  principe de  la  « Prime Directive », que Gaspard Koenig sort  de la  série Star Trek, pour en faire  une règle supérieure d’ordre moral.  Cela remettrait de l’humain dans l’IA et surtout lui redonnerait du sens.

L’Etat français à la manœuvre.

Notre  pays présente des prédispositions pour exploiter  le  filon du « nudge » et utiliser les algorithmes à son profit. Il est centralisé et hypertechnocratisé, deux caractères facilitateurs. Le système fiscal  mis en place  avec  le  prélèvement à la source en est un bon exemple : le  « nudge » ici consiste à soulager le contribuable  de toutes les démarches déclaratives, il n’a plu qu’à  payer, et encore, le prélèvement  a lieu sans même son consentement. Une autre application est en train de se mettre en place : Bercy a glissé dans le  projet de loi de finances une disposition qui lui donnerait  le droit de collecter et d’exploiter, au moyen de traitements informatisés,  les contenus librement accessibles publiés sur internet.  Un « ciblage de  la fraude et valorisations des requêtes », pour définir un traitement automatisé des données collectées consistant à appliquer des  « méthodes statistiques innovantes ». En clair  il  s’agit de conjecturer qui va frauder dans le futur en fonction de  données personnelles (vraies ou fausses)  publiées par soi-même  ou  par des tiers…  Le  « data mining »  est  en plein dans le sujet puisqu’il est  censé permettre de prédire les  comportements et de prévenir le délit. Et on envisage maintenant d’utiliser la « reconnaissance faciale » pour la sécurité. Espérons qu’on ne suivra pas le modèle chinois. Big Brother est  déjà  là !

Il  ne s’agit  pas pour autant de devenir technophobe. Le particularisme de l’Europe, par rapport au reste du monde, c’est sa culture spécifique à l’origine de l’individu libre et responsable.  L’Europe  a  tout son rôle à  jouer pour proposer des régulations intelligentes conciliant prospérité et libertés. L’important est que, là  aussi, les  algorithmes n’enterrent pas nos « Lumières ». Comme le dit Gasparov dans le livre, à  propos de « Deep blue » qui l'a battu aux échecs : «  il n’est  pas plus intelligent qu’un réveil-matin programmable ! »

Plus que jamais, l’éducation aura un rôle primordial.

Dans ce contexte, l’une des grandes questions qui sera au cœur des préoccupations sera celle de l’éducation : quelles compétences et quelles connaissances transmettre à nos enfants et petits-enfants pour qu’ils ne deviennent pas les esclaves de l’Intelligence Artificielle, des personnes ayant perdu leur libre-arbitre, et qui fera qu’ils ne seront pas facilement manipulables par les médias où le virtuel peut si facilement remplacer le réel, par le  monde économique, toujours preneur de mains-d’œuvre dociles, sans parler du politique  où  le mensonge peut façonner l’opinion plus facilement qu’autrefois (cf. la campagne sur le Brexit au Royaume-Uni) ?

Déjà les métiers tels que la  médecine, la radiologie et la chirurgie sont envahis par elle. Il n’y aura bientôt plus d’agences bancaires parce que la  plupart des opérations sont traitées sans intervention humaine… L’avenir est donc dans les activités qui font appel à l’esprit d’entreprise dans les métiers de la robotique, les biotechnologies,  les nanotechnologies.  Il sera aussi  dans toutes celles qui peuvent donner un sens à la vie : l’enseignement évidemment, la recherche bien sûr,  mais aussi le droit,  les loisirs, les services  à la  personne, la sécurité, et  forcément la politique dont il vaudrait mieux qu’elle ne soit pas exercée par des robots !

Il est impératif  que l’économie de la connaissance prenne rapidement en compte les personnes qui ont des capacités moyennes ou modestes, puisque dans le même temps l’Intelligence Artificielle va avancer de  plus en plus vite. Celles que l’on commence à former seront encore sur le marché de l’emploi en 2070.  Qu’en fera-t-on quand elles seront dépassées  par les progrès de  l’Intelligence Artificielle ? L’auteur de « La guerre des intelligences » préconise : l’école a un rôle à jouer, à condition que, lorsqu’on investit dans l’éducation, cela ne profite pas qu’aux élèves qui ont un QI élevé. En effet, partout dans le monde, l’éducation ne marche vraiment bien que sur ces derniers, toutes les études internationales le montrent. Cela  passe par une modernisation des moyens et un nouveau type de recrutement des enseignants. 

Investir dans la recherche pédagogique.

Il faut réfléchir à une pédagogie qui améliore  les capacités des gens à QI modeste et qui leur permette d’apprendre : c’est le seul moyen d’éviter le  pire scénario qui consisterait à avoir d’un côté l’élite et de l’autres  les inutiles. Laurent Alexandre, déjà cité  plus haut, stipule que nos cerveaux pourraient être modifiés par la  science pour augmenter notre quotient intellectuel afin de résister à la concurrence de  l’Intelligence Artificielle. Une montée en puissance radicale en utilisant tout le potentiel  des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Il  plaide encore  pour une école « transhumaniste » qui trouvera normal de transformer le cerveau des élèves, pour favoriser une démocratisation de l’intelligence. Nombre d’intellectuels humanistes y verront une dérive qui rappelle le « Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley,  mais l’essayiste a des arguments qu’il faut savoir entendre, sans qu’ils soient décisifs.

On a lancé la société de la  connaissance, du big data, et l’industrialisation de l’Intelligence Artificielle sans se préoccuper de l’intelligence biologique. Laurent Alexandre dénonce, à juste titre  des élites qui n’ont même pas commencé à réfléchir à l’avenir des gens moins doués, alors  que les inégalités de quotient intellectuel sont les principales sources des inégalités sociales et économiques. Or le quotient intellectuel mesure notre capacité à résister à l’Intelligence Artificielle puisqu’il synthétise notre plasticité neuronale et donc notre adaptabilité intellectuelle. En ce sens, la prise  en compte  par  l’école de cette nécessité évidente  d’égalisation des chances, impose des investissements lourds dans la recherche pédagogique au moins autant que les  géants du numérique américains et chinois investissent dans l’éducation des cerveaux de silicium.

Nous avons en France, une « mission sur l’intelligence artificielle » pour la développer dans notre pays et en Europe. Elle a défini six pistes de  réflexion : politique industrielle, enjeu des données, impact  sur l’emploi, écologie, éthique et recherche. Rien sur la formation et l’évolution de la pédagogie ! En retard sur le développement de l’Intelligence Artificielle, nous ne prenons pas en compte son impact sur l’humain. Peut-on se contenter d’une vision qui réduit l’Intelligence Artificielle à débarrasser l’humain de ce qui est répétitif pour se concentrer sur le stratégique et l’empathique qui font de nous des humains ? Voilà une vision un  peu trop réduite du rôle de l’Intelligence Artificielle. Le  débat est donc loin d’être clos. 

Les écrans ne sont pas la solution.

L’ouvrage de Michel Desmurget qui a mis trois ans à rassembler la littérature scientifique concernant le sujet est sans appel. Dans « la fabrique du crétin numérique », il démontre avec une grande précision les dégâts provoqués par le temps passé de nos chères têtes blondes devant les écrans. Toutes les études montrent un affaissement majeur des compétences cognitives de ces jeunes, depuis le langage jusqu’aux capacités attentionnelles en passant par les savoirs culturels et fondamentaux les plus basiques. La numérisation de l’école ne fait qu’aggraver les choses, on le sait, entre autre, par les études PISA. Le miracle que décrit Michel Serres  n‘a pas eu lieu : homo numericus n’est pas advenu. Ce prodige évolutif que d’aucuns nomment « millenial, digital native, e-generation,… » n’existe que dans la tête des propagandistes de la consommation d’écrans. L’enfant mutant du numérique, que son aptitude à taquiner le smartphone aurait transformé en omnipraticien des nouvelles technologies, qui grâce aux jeux vidéo aurait vu son cerveau prendre force et volume, cet enfant n’est qu’une légende. De même la performance des élèves chute d’autant plus que les investissements dans les technologies de l’information et de la communication (TICE) augmentent. Alors que nombre d’études ont démontré l’importance de la lecture dans les livres pour enrichir et développer le langage et son influence positive sur les résultats scolaires. L’enfant n’a besoin pour développer son verbe ni de vidéos ni d’applications mobiles, il  faut qu’on lui parle, qu’on sollicite ses mots, qu’on l’encourage à nommer les objets. Il a besoin d’interaction humaine. Le cerveau humain s’avère, quel que soit son âge, bien moins sensible à une représentation vidéo qu’à une présence humaine effective.  C’est pour cette raison que la puissance pédagogique d’un être de chair et d’os surpasse irrévocablement celle de la machine.

Donc, le professeur solidement formé reste la meilleure solution. Un écran ne peut pas sourire, accompagner, guider, stimuler, encourager, rassurer, émouvoir, faire preuve d’empathie … qui sont des éléments essentiels de la transmission et de l’envie d’apprendre.

Les écrans ont d’autres effets négatifs qu’il serait dangereux de sous-estimer : leur utilisation abusive affecte lourdement le sommeil, augmente fortement la sédentarité en diminuant d’autant le niveau d’activité physique, effets auxquels il faudrait ajouter les contenus « à risque » de tous ordres ( sexuels, tabagiques, alcooliques, alimentaires, violents …) qui saturent l’espace numérique. Maîtriser l’utilisation des écrans s’avère donc une nécessité si l’on veut préserver les performances scolaires, le développement intellectuel et la santé des enfants.

D’autres enjeux tout aussi cruciaux.

La France a aussi pris du retard dans toutes les problématiques d’accueil des enfants « différents » : tous les « dys.. », précoces, autistes.  Ce sont des défis que les autres  pays relèvent. Et dans le domaine de la pédagogie, voilà un des rares domaines où les outils numériques peuvent être d’une grande utilité pour faciliter l’insertion de ces enfants, le  plus souvent possible, en milieu « ordinaire », c’est-à-dire les scolariser.

Ainsi, prenons le cas des enfants autistes. En France,  80% des enfants autistes ne sont pas scolarisés. Leur prise en charge devient indispensable,  d’autant plus que la Haute Autorité de Santé estime à 1 nouveau-né sur 150 concerné par l’autisme, taux que les spécialistes estiment largement sous-estimé et plutôt  à 1 sur 100. Ils seront donc de plus en plus nombreux. A la rentrée 2019, ce sont plus de 4 000 enfants de 3 ans qui n’ont pas pu intégrer l’école maternelle. 

L’imagerie cérébrale montre que le cerveau des autistes fonctionne différemment de celui des « neurotypiques » (gens dits « normaux »). Ce ne sont pas les mêmes zones du cerveau qui s’activent chez les uns et chez les autres, ce qui suggère qu’aux différences constatées au niveau des processus cognitifs répondraient des connexions  entre régions cérébrales elles-mêmes différentes. Un chercheur californien a établi que le développement important du cortex préfrontal, siège des fonctions cognitives supérieures,  comme le langage et le raisonnement, résultait d’un nombre anormalement élevé de neurones dans cette région, de 67 % supérieure à celui des enfants non autistes. Ainsi, si les autistes ont tant de difficultés pour apprendre à parler, ce serait peut-être en raison d’un excès de neurones à la naissance.  Ces  observations ont permis dans d’autres pays de  mettre en place des stratégies d’apprentissage adaptées. L’apport des neurosciences pourrait être décisif pour adapter  les  modèles d’enseignement. Il existe des méthodes qui sont mises en œuvre dans d’autres  pays, qui fonctionnent et qui permettent de sortir la  plupart des enfants autistes du milieu hospitalier. Ce sont soit des classes spécialisées, de moins de 12 élèves, soient des classes  ordinaires avec accompagnant formé. Au Canada, on pratique « l’autorégulation ». Les cas d’autisme étant très variés, les enfants sont insérés dans des classes ordinaires et en cas de « crise » dirigés  vers un « sas » médico-social associé à l’établissement. L’important étant d’assurer la  prise en charge en continu de la maternelle à l’école élémentaire et au collège. Cela suppose de former les  personnels à ce type d’encadrement. L’expérience démontre que tout le  monde bénéficie de cette démarche : les autres élèves acquièrent une connaissance de ces enfants et s’habituent à eux, les  accompagnants spécialisés profitent aussi aux élèves dits « normaux » mais en difficultés. Et les outils pédagogiques sont déjà familiers. Le  problème des autistes étant souvent un défaut de verbalisation, l’i-pad permet, grâce à des logiciels de pictogrammes, de contourner ce défaut et de rétablir la communication. Il existe évidemment d’autres contraintes correspondant à la sensibilité particulière de ces enfants, comme privilégier le visuel, qui peuvent être gérées.  Il  ne s’agit pas ici d’entrer dans le détail. Le « plan autisme » du gouvernement vise en priorité la précocité du diagnostic, avant 2 ans, ce qui voudrait signifier  une entrée en maternelle à 3 ans, en 2021. Restera à convaincre le ministère de l’Education nationale et à former les  enseignants et les accompagnants, ce qui imposera un gros effort financier.

Pour faire court, je suis persuadé que les outils numériques, utilisés avec des programmes très précis et adaptés, associés  à des stratégies pédagogiques spécialisées mises en œuvre par des enseignants dûment formés, permettraient de répondre aux cas des élèves  précoces,  si mal  pris en compte dans  les classes  ordinaires, et de tous ceux qui présentent des troubles de dyslexie, dysphasie, dyspraxie… Toujours avec le même  objectif : leur faire suivre autant que faire se peut une scolarité en milieu ordinaire. Espérons que comme d’habitude, nous ne prenions pas un train de retard. Car il faut compter avec les forces conservatrices du système que sont les syndicats de gauche comme le Snuipp-FSU, qui continueront de défendre l’indéfendable. Il serait temps que les sciences, et surtout les neurosciences, qui sont autrement plus fiables que la psycho-sociologie des pédagogistes, soient prises  réellement en compte en ce qu’elles apportent des éléments de connaissance sur l’activité cérébrale. C’est   ainsi que le professeur Dehaene, spécialiste de psychologie cognitive  a  démontré, imagerie cérébrale à l’appui, l’inefficacité de la méthode globale pure expérimentée dans les années 80. Et de fait, il estime que le « décodage » doit tenir une place importante en CP dans l’apprentissage de la lecture.  De quoi faire se dresser tous les experts en « sciences de l’éducation » de la rue de Grenelle !

Le pédagogue a encore un rôle à jouer.

Je vois bien que lorsque mon imagination me projette dans un enseignement avec des élèves bardés d’outils électroniques, en adaptant mes recettes et un  renversement des rôles - les élèves qui énoncent ce qu’ils ont trouvé et le  prof qui écoute et fait le tri, réoriente ou valide- je ne suis qu’une relique du 20ème  siècle qui ferait cours avec  les schémas de « l’ancien monde ». Evidemment, les cours du 21ème siècle s’annoncent complètement différents et l’on peine à les imaginer à travers les évolutions qu’envisage Michel Serres, assez surréalistes d’ailleurs. Pourtant je reste persuadé que malgré tout, il faudra continuer d’apprendre à lire  et  à écrire parce que c’est par là que tout a commencé et continuera de commencer. Luc Ferry nous prévient : il ne croit pas  au recours aux « sciences de l’éducation » ou « neurosciences », il doute, en effet, qu’une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau d’un élève par un enseignant rendra forcément ce dernier meilleur pédagogue, sinon comment expliquer que de merveilleux professeurs aient pu tout ignorer des neurosciences ! Il a en partie raison s’il veut dire par là que la relation pédagogique restera essentielle. Sauf que l’amélioration des facultés cognitives est  possible et requiert des méthodes adaptées, utilisant tout le potentiel des sciences du cerveau. Une meilleure connaissance du fonctionnement de notre matière grise ne peut qu’aider  le  pédagogue à imaginer ses stratégies d’apprentissage, comme  je l’ai fait  en découvrant les travaux de La  Garanderie.

Pédagogue ou « médiateur » ?

Il n’y aura peut-être plus de pédagogue dans un rôle tel qu’on le conçoit aujourd’hui encore, néanmoins je reste  persuadé qu’un « médiateur » du savoir sera toujours indispensable,  sous quelle forme et comment… cela reste à inventer. La solution pourrait être dans la recherche des complémentarités entre le cerveau humain et  celui de silicium, grâce à une cartographie de l’intelligence artificielle qui permettrait d’en identifier les zones de  compétences. Ainsi, il y aura des endroits où l’on va être moins bons que l’Intelligence Artificielle mais que l’on pourra reprendre par de la formation,  par  du travail de groupe,  par de nouvelles  approches intellectuelles… Une guerre de  mouvement passionnante et du pain sur la planche pour  les futurs pédagogues qui devront se remettre sans cesse en cause.  Il reste que les livres de  Laurent Alexandre, de Michel Serres, de Gaspard Koenig, de Michel Desmurget, soumettent à la réflexion de ceux qui ont en charge les destinées du système   éducatif, des pistes de réflexions qui rendent leur lecture indispensable par nos intellectuels et nos politiques s’ils veulent appréhender les enjeux du monde qui vient, et  qui est déjà là pour partie. Avec toutefois une constante : le geste d’enseigner, quel que soit le contexte, se situera toujours au-delà des réformes et des circulaires, car il est d’abord une relation qui se  construit avec autrui, en l’occurrence entre le pédagogue et un élève ou un étudiant.

 


ALERTE : LES ECRANS VONT FAIRE DE NOS ENFANTS DES CRETINS !

La fabrique du crétin digital001

 

« La consommation récréative du numérique sous toutes ses formes (smartphones, tablettes, télévision, etc…) par les nouvelles générations est absolument astronomique… Entre 8 et 12 ans, ils passent à peu près 4h45 (chaque jour). Entre 13 et 18 ans, ils effleurent les 6h45. » 

C’est sur ce constat que débute le livre de Michel Desmurget « LA FABRIQUE DU CRETIN NUMERIQUE ». L’auteur est directeur de recherche en neurosciences à l’Inserm. Il a passé trois ans à éplucher toute la littérature scientifique qui existe sur le sujet et son constat est sans appel : on court à la catastrophe. La consommation actuelle de nos jeunes, et souvent dès deux ans, saborde tous les piliers de notre intelligence avec comme résultat un affaissement du QI et de nombreux autres effets nocifs. L’article que je vous propose est un peu long, mais la matière est dense (400 pages), même synthétisée. Et je n'ai fait qu'effleurer le sujet...

Rétablir la vérité.

Le chercheur se fixe comme premier objectif de démolir toute la propagande véhiculée par les pseudos experts médiatiques qui semblent se féliciter de la situation et selon lesquels nous aurions changé d’ère et le monde appartiendrait désormais aux « digital natives » dont le cerveau aurait muté. Un cerveau plus rapide, plus réactif, plus apte aux traitements parallèles, plus compétent à synthétiser d’immenses flux d’informations, plus adapté au travail collaboratif. Et ces évolutions représenteraient une chance extraordinaire pour l’école, pour refonder l’enseignement, terrasser l’échec scolaire…  La réalité est toute autre. Les études scientifiques viennent malheureusement infirmer le discours des charlatans du numérique. La recherche met en lumière une longue liste d’influences délétères chez l’enfant et l’adolescent. C’est pourquoi Michel Desmurget s’attache d’abord, preuves à l’appui,  à démonter tous les discours offerts au grand public pour le rassurer et le pousser à consommer de l’écran. Car la partie n’est pas gagnée. Il faut d’abord en finir avec « l’enfant mutant » : « si vous voulez voir à sapiens un successeur, revenez dans quelques millions d’années ». Il faut combattre ceux qui sèment le doute en présentant les savants comme des « alarmistes digitaux ». Il faut expliquer que science et opinion ne se valent pas…

Le mythe : homo mediaticus.

La première partie de l’ouvrage est consacrée au démontage précis et méthodique de la construction du mythe. Comment il s’est répandu  en faisant croire à l’émergence d’une génération différente, possédant un cerveau plus développé, et vantant le caractère formidable des écrans. Ces « contes et légendes »  ne tiennent pas. L’enfant mutant du numérique, de la confrérie X, Y, Z, lol, zappien ou C, que son aptitude à taquiner le smartphone aurait transformé en omnipraticien des nouvelles technologies, qui grâce aux jeux vidéo aurait vu son cerveau prendre force et volume, cet enfant n’est qu’une légende. Aucune étude scientifique ne valide une telle évolution. Le problème n’est pas résolu pour autant. Son image continue à hanter les croyances collectives. Comme pour les industriels, le problème est tout de même sérieux, ils dépêchent sur le terrain  et dans les médias les « experts ». Il faut alors dénoncer les conflits d’intérêts, combattre les verbiages creux et les réponses fumeuses, et s’attaquer à tous ceux qui entretiennent le doute. Le constat est sans appel : « nombre d’experts médiatiques parmi les plus importants présentent une stupéfiante capacité à collectionner les âneries, sornettes, revirements, approximations et contrevérités » nous dit Michel Desmurget. Pour le citoyen lambda il est très difficile d’isoler les sources compétentes des foyers impropres et lobbyistes. Et au bout du compte les petits soldats du numérique, psychiatres, psychologues, médecins, universitaires, continuent, sous couvert d’expertise, sans jamais avoir à expliquer leurs sujétions industrielles, à emplir l’espace collectif de leur affligeante propagande. Ainsi des études boiteuses à la méthodologie coupable,  font croire que les loisirs numériques n’affectent pas les performances scolaires, que les jeux vidéos améliorent les résultats scolaires, et même qu’il y aurait moins de crimes grâce aux jeux vidéos violents. Toutes ces errances se combinent pour installer un mythe bien éloigné des dures réalités scientifiques.

Homo numericus : la réalité est loin du mythe.

La génération contemporaine est bien « la plus bête ». Les écrans sont mauvais pour le développement cérébral. Les nouvelles technologies mettent le cerveau dans une situation permanente de multitâche pour laquelle il n’est pas conçu… Bien plus grave encore le numérique à l’école est un désastre, un canular à 60 milliards de dollars qui n’améliore pas les résultats des élèves. Ce qui explique que les fameux « geeks » soient nombreux à inscrire leur descendance dans de coûteuses écoles privées dépourvues d’écrans, comme l’admet l’un de ces visionnaires de la Silicon Valley. Michel Desmurget analyse le problème en le prenant à la racine : le constat des usages abusifs trop répandus.

L’imprégnation se fait dès l’enfance alors que les premières années d’existence sont fondamentales en matière d’apprentissage et de maturation cérébrale, amputant l’enfant d’un certain nombre de stimulations et expériences essentielles très difficiles à rattraper.

Suit la période 8-12 ans de l’amplification : le temps passé aux activités numériques, essentiellement des jeux et des vidéos, dépasse quotidiennement les 4h30. La généralisation des smartphones entraîne une vraie submersion au moment de l’adolescence poussant la consommation au-delà de 6h30/jour… 40% du temps normal de veille. Sur une année, les écrans absorbent autant de temps qu’il y a d’heures cumulées d’enseignement du français, des maths et des SVT durant tout le secondaire. Ces chiffres ne sont que des moyennes d’usage. Il est évident qu’avoir plusieurs télés, consoles, smartphones ou tablettes à la maison favorise la consommation, et ce d’autant plus que la chambre est concernée.

Le milieu familial devrait au contraire limiter l’accès et donner l’exemple. La consommation n’est pas inéluctable : les études démontrent que fixer des règles ça marche, à condition de réorienter les activités. D’autant plus que l’impact préjudiciable des écrans récréatifs sur la santé et le développement cognitif surgit bien en deça des seuils d’usages moyens observés.

Ecrans et résultats scolaires ne font pas bon ménage. 

L’auteur aborde ensuite les répercussions sur la réussite scolaire pour souligner le danger. La littérature scientifique démontre de façon claire et convergente un effet délétère significatif des écrans domestiques sur la réussite scolaire, indépendamment du sexe, de l’âge, du milieu d’origine. A cet égard, le « smartphone » se révèle être le Graal des suceurs de cerveaux et de la décérébration : plus ses applications deviennent intelligentes, plus elles se substituent à notre réflexion et plus elles nous conduisent à devenir idiots.

L’utilisation du numérique à l’école, n’est guère plus convaincante. Pour faire court, la technologie peut permettre d’optimiser un enseignement de qualité, mais elle ne pourra jamais pallier un enseignement de piètre qualité. On comprend pourquoi toutes les expériences de « classes sans profs » ont échoué. Il est infiniment plus astreignant d’apprendre avec un MOOC qu’avec un enseignant qualifié, sans parler du danger que présentent les algorithmes qui se soucient comme d’une guigne de la validité des résultats, incapables qu’ils sont de s’interroger sur la rigueur factuelle des contenus identifiés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus les Etats investissent dans les TICE, plus la performance des élèves chute. A la différence d’un prof, un ordinateur ne peut pas sourire, accompagner, guider, encourager, stimuler, rassurer, émouvoir ou faire preuve d’empathie, qui sont les éléments essentiels de la transmission et de l’envie d’apprendre.

Une intelligence entravée.

Les résultats scolaires ne sont que la partie visible de l’iceberg des effets néfastes. Ce qui est atteint c’est l’essence même de l’édifice humain en développement, depuis le langage jusqu’à la concentration en passant par le mémoire, le QI, la sociabilité et le contrôle des émotions. Une véritable agression silencieuse. Les écrans mutilent les interactions humaines si importantes au cours de l’enfance et de l’adolescence notamment pour la réussite scolaire, la stabilité émotionnelle et la prévention des conduites à risque. Une étude récente montre l’action négative du temps global d’écran sur le développement moteur, social et cognitif. Le langage est amputé ; il demande bien plus que des paroles pour assurer son déploiement : il demande des livres. L’attention est saccagée. Sur ce point les résultats sont accablants. Un exemple : la pratique de la télé ou des jeux vidéos, le matin, avant l’école, altère durablement les capacités de concentration et par suite la performance intellectuelle.

Une santé menacée.

Les médias électroniques doivent être reconnus comme un problème majeur de santé publique, souligne la communauté scientifique. La liste des champs touchés paraît sans fin : obésité, anorexie ou boulimie, tabagisme, alcoolisme, toxicomanie, violence, sexualité non protégée, dépression, sédentarité… Bref, les écrans sont les pires faiseurs de maladies de notre temps.

Le sommeil est brutalement mis à mal, oubliant que pendant que nous dormons, notre cerveau travaille. Or, le manque de sommeil perturbe la réactivité et la connectivité des circuits cérébraux impliqués dans la gestion des émotions. Et les écrans portent une large part de responsabilité : ils retardent l’heure du coucher, augmentent la latence d’endormissement, interrompent souvent la continuité de nos nuits, et altèrent la qualité du sommeil par les contenus excitants, stressants ou anxiogènes. Ainsi les scientifiques ont établi un lien étroit, au sein des jeunes générations, entre consommation numérique et souffrance psychique (dépression, anxiété, mal-être, suicide…).

La sédentarité que la consommation d’écrans engendre a aussi son cortège d’effets dévastateurs. Chez les enfants, une heure quotidienne d’écran suffit à perturber le système cardio-vasculaire. Des indices convergents indiquent des risques plus inquiétants sur le long terme. Ainsi, l’augmentation impressionnante du nombre d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) depuis une trentaine d’années chez le jeune adulte. Je passe sur le lien avec le développement des addictions : tabagisme et alcoolisme. Un quart de nos lycéens de 16 ans boivent régulièrement et se saoulent une fois par mois au moins.

Pour en sortir : 7 règles essentielles.

1 - Avant 6 ans : pas d’écrans.

2 - Après 6 ans : pas plus de 30 mn à une heure par jour, tout compris.

3 - Pas d’écran dans la chambre.

4 - Pas de contenus inadaptés.

5 - Pas le matin avant l’école.

6 -  Pas le soir avant de dormir.

7 - Un écran à la fois.

Moins d’écrans, c’est plus de vie : c’est toute l’écologie familiale qu’il faut réorganiser. Parler, échanger, dormir, faire du sport, jouer d’un instrument de musique, dessiner, peindre, sculpter, danser, chanter, prendre des cours de théâtre, et surtout lire.

A vous de jouer, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

Bon courage.

Une satisfaction, l’info commence à sortir : « Le Point » traite du sujet, c’est déjà ça !

La fabrique du crétin numérique - Michel Desmurget - Editions du Seuil.

 


QUE RESTE-T-IL DE LA REFORME DES RETRAITES ?

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Je reviens sur le sujet pour apporter quelques précisions qui montrent bien le coup d’épée dans l’eau macronien. C’est Marc Fiorentino, dans son billet quotidien qui nous résume parfaitement la situation avant que le texte n’arrive au Parlement où il va encore subir quelques retouches, dans le mauvais sens, forcément, puisque les REM de gauche font le forcing.

Une vraie fausse réforme !

Cette réforme des retraites n’en est pas une. Les mesures qui seront adoptées prendront effet tellement tard que de nouveaux présidents ou de nouveaux gouvernements auront le loisir de les annuler. Elle ne prendra réellement effet qu'en 2037. D'ici là... Le plus frappant, c'est le maintien de fait, des régimes spéciaux, avec des régimes « spécifiques » pour les policiers, le personnel de l'aviation, les danseurs de l'Opéra, la SNCF, la RATP... bref tous les régimes spéciaux.

Que retenir ?

Le changement, c’est la mise en place du système par point. Les assurés nés à partir de 1975 toucheront tout ou partie de leur retraite dans le nouveau système, à leur départ à la retraite en 2037, donc. Tous les cotisants se constitueront un capital de points. Chaque euro cotisé donnera droit à des points. Ces points verront leur valeur évoluer en fonction du « revenu moyen par tête ». Au-dessus d'un certain revenu, pour l'instant 120 000€, mais on peut s'attendre à ce que ce seuil soit régulièrement baissé, on cotisera sans créer de droits à la retraite. À l'inverse, la pension minimum sera de 1000€ en 2022, soit 82% du SMIC, et passera à 85% en 2025.

Une réforme de gauche.

Mais c’est bien une réforme de gauche, sociale-démocrate, bien égalitaire pour les salariés qui n’entrent pas dans les catégories « spécifiques », et redistributive à souhait puisque ce sont les revenus les plus élevés qui sont perdants au profit des plus « fragiles ». Même si le projet ne dit pas, pour l’instant, comment l’équilibre financier est obtenu ! D’autant plus que garantir la valeur du point indépendamment de la situation économique et démographique, c’est se contraindre à mettre en œuvre des mesures d’âge uniformes qui font perdre une grande partie de l’intérêt d’un système par points. Les partenaires sociaux sont donc condamnés à se mettre d’accord avec le gouvernement sur des mesures d’âge ou sur des moyens d’augmenter les recettes.

Conclusion.

Le gouvernement a fait une énième concession en supprimant l'âge pivot. La retraite devait être « universelle ». Elle ne l'est pas. Elle devait repousser l'âge de départ à la retraite, comme dans tous les pays développés. On reste à 62 ans. Elle devait permettre l'instauration de la retraite par points. C'est repoussé aux calendes grecques. Faute de mesure d’âge, il faut néanmoins trouver autour de 12 milliards d’euros pour équilibrer les comptes d’ici à 2025, c’est-à-dire demain. Et comme toujours, au final, avec Macron, ce sont les mêmes qui seront sollicités pour équilibrer les comptes : les aisés qui ont plus de 2 000€ mensuels de revenu. En attendant on tremble de connaître l’addition finale car les multiples concessions vont coûter très cher et on tremble encore plus à l’idée que c’est finalement le génie fiscal de Bercy qui va nous pondre les bonnes mesures lors de la conférence sur le financement des retraites. On parie sur qui va payer : les aisés, les banques, le capital,… Le principe d’universalité ne perdure qu’à travers ce qui est en fait une étatisation du régime des retraites, autre marqueur de gauche.

Donc, pas universelle et injuste en plus !

Un conseil : commencez ou continuez à constituer votre retraite PAR CAPITALISATION, car la retraite par répartition, qui n’assurera au mieux qu’un remplacement de 50%, ne sera plus pour vous qu'une retraite complémentaire. Alors je pose la question aux gens de droite dont les sondages disent qu’ils soutiennent le gouvernement et sa réforme : vous allez être myopes jusqu’à quand ?

En attendant, Philippe va continuer d’afficher sa « fermeté » : la réforme ira jusqu’au bout … de rien. Pitoyable !

 

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - La place des parents (5)

Une vraie et juste place pour les parents.

 

Je n’ai guère évoqué mes relations avec les parents de mes élèves au cours de ma carrière. C’est tout simplement parce que, sauf quelques rares exceptions, ils n’ont pas fait partie de mes  « bonheurs ». Je n’ai pourtant pas entretenu de mauvaises relations ni n’ai gardé de mauvais souvenirs, mais  il faut croire que jouant leur rôle  à leur place, ils ont peu interféré dans ma pratique d’enseignant.

J’ai commencé ma carrière à une époque où les parents étaient tenus à l’écart de l’institution et les conseils de professeurs étaient souverains. Progressivement, les relations avec les parents d’élèves se sont institutionnalisées et ceux-ci, par le biais de leurs associations représentatives ont pu participer aux conseils de classes. Mais l’inspiration « robespierriste » du service public, réactualisée peu ou prou par Vincent Peillon puis par Najat Vallaud-Belkcem, dont la méfiance vis-à-vis des parents provient, ne s’est jamais vraiment éteinte.  L’école a bien sûr évolué et a accordé aux familles toujours plus d’importance, au moins officiellement. Pourtant je n’ai guère vu d’évolution. Au conseil de classe, le parent-délégué ne représentait souvent que lui-même et venait surtout pour s’intéresser au cas de sa progéniture.  Il apportait rarement des informations utiles sur les cas des autres élèves, présentés et discutés au cours du conseil. Je garde dans l’ensemble le souvenir de relations plutôt cordiales et, dans mon dernier poste, que j’ai occupé pendant près de trente ans, je pense même avoir souvent bénéficié de leur sympathie en raison des multiples projets que nous menions dans  l’établissement, sans qu’ils y soient vraiment associés. Je le mesurais au succès que rencontrait le  besoin de me voir  lors des traditionnelles rencontres parents-prof. A cette époque-là, nous n’avions pas recours aux « parents-accompagnateurs » pour sortir du collège. Parmi les quelques petits bonheurs, j’ai en mémoire quelques liens exceptionnels tissés avec certains d’entre eux à l’occasion des spectacles. Il y a bien aussi un « grenadier magnifique » pour frapper les « trois coups » au moment de la représentation d’une pièce de théâtre, fabriqué et offert par un parent, technicien au théâtre municipal. Je l’ai gardé précieusement. ... 

Lire l'article complet, dans la colonne ci-jointe à gauche, dans "L'Ecole s'invente tous les jours", chapitre : "III - Réflexions pour aujourd'hui : la place des parents" (5). Tout en bas.

 

 


Réforme des retraites : retour à la case départ ?

Christelle Morançais

Une fois, n'est pas coutume. Le bloc-notes donne la parole à une élue : la Présidente de la Région Pays de la Loire. Elle vous dit mieux que je n'aurais pu le faire, ce qu'il faut penser de la réforme des retraites. Alors, pourquoi se priver !

 
"Certains mots qui reviennent dans l’actualité semblent annoncer de prochaines défaites. «Conférences de financement» et «régimes spécifiques» sont de ceux-là. Comment imaginer qu’avec une dette de 2400 milliards d’euros (l’équivalent du PIB annuel), la France puisse s’offrir le luxe de renvoyer la question du financement des retraites aux calendes grecques (le déficit du régime à l’horizon 2025 est évalué entre 8 et 17 milliards par an) ? Et comment tolérer la survivance – y compris sous une autre appellation ! – de régimes spéciaux dont l’immense majorité des Français ne veut plus ?
 
La réforme des retraites devait marcher sur ses deux jambes : la fin des régimes spéciaux pour la justice sociale et une mesure d’âge pour le financement. Du moins était-ce la promesse initiale d’Edouard Philippe – et il faut reconnaître au Premier ministre une certaine constance sur la question de l’équilibre financier, malgré l’opposition qui se manifeste jusque dans sa propre majorité. Mais au 37ème jour de grève, le gouvernement ne semble pas en mesure de soutenir plus longtemps le bras-de-fer avec les syndicats. Et déjà se profile un compromis perdant/perdant : l’abandon du volet financier de la réforme et la création d’une universalité mitée de dizaines de régimes spéciaux. Retour à la case départ, en somme. Et 5 semaines de galère dans les transports pour rien !
 
Dès l’origine, le gouvernement a commis une faute : ne pas avoir dit la vérité aux Français. Pour sauver notre régime par répartition des déficits structurels (la part d’actifs rapportée au nombre de retraités ne cesse de diminuer) et pour préserver le niveau des pensions, une mesure et une seule s’impose de toute urgence : travailler plus longtemps (rappelons qu’avant 1982 les Français travaillaient jusqu’à 65 ans). Faire de cette vérité absolue la variable d’ajustement des négociations syndicales, c’est risquer d’enterrer la réforme avant même de l’avoir vue naître.
 
Plus fondamentalement, et au-delà des erreurs que le gouvernement a pu commettre, une question majeure se pose : la France est-elle irréformable ? Alors qu’une majorité de Français est consciente qu’il faut transformer notre modèle social pour préserver l’essentiel : la solidarité entre les générations et la compétitivité de notre économie, pourquoi aucun consensus politique n’arrive à émerger ? Pourquoi l’intérêt général est-il systématiquement écrasé par des intérêts particuliers ? Ces questions restent entières, et pour tout dire préoccupantes."
 
Christelle Morançais
 

UN CENTENAIRE ENCORE BIEN VERT !

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Bien vert, bien que sa tunique soit depuis toujours colorée de noir et blanc, ardoise et tuffeau, identitaire de la bonne ville d’Angers, dont ce club est l’emblème. Je veux parler du SCO foot pro qui vit sa centième saison en caracolant dans le haut du classement de la première division. Le SCO a cent ans ! Voilà qui mérite un coup de chapeau dans le bloc-notes.

Une épopée.

Ce serait trop long d’entrer dans le détail des multiples rebondissements qu’a pu connaître la vie d’un club au long d’un siècle d’existence. Créé à l’automne 1919, le club de foot deviendra  assez vite la section d’un club omnisport. Mise en sommeil en 1924, elle renaît en 1929. Cette nouvelle impulsion est la bonne : le SCO est champion de la division d’honneur de l’Ouest en 1934 et champion de France amateurs en 1943. Il faudra attendre 1945 pour le voir évoluer parmi les clubs professionnels : pour sa première saison sous le nouveau statut, le SCO terminera 3ème de la 2ème division. Malgré plusieurs saisons réussies, ce n’est qu’en 1956 que le club rejoindra l’élite de la 1ère division, qu’il ne quittera pas jusqu’en 1981, à l’exception d’un bref accident en 1968-69. De 1976 à 1981, il sombre dans une tourmente qui se solde par un dépôt de bilan. Mais il repart en s’appuyant sur ses jeunes pousses. La remontée sera lente mais aboutira en 1993 à un retour éphémère en 1ère division. S’ouvre alors dès 1994, une situation instable avec une relégation en 3ème division, qui conduit le SCO aux portes du monde amateur. Une quinzaine d’entraîneurs en  douze saisons …  C’est en 2006 que la situation s’éclaircit. A nouveau le SCO s’impose en ligue 2 et ambitionne de retrouver la ligue 1, ce qui sera effectif à la fin de la saison 2015.

Le club des continuités.

Les hommes comptent, aussi bien sur la pelouse que pour la direction. Et le club en a vu passer des têtes depuis le colonel Bertin, président bâtisseur des premiers jours. Des présidents, des entraîneurs, des joueurs : tout le monde se souvient de Kopa, forcément, même si ce n’est pas au SCO qu’il a le plus brillé, de Guillou, l’homme du « ballon qui rend fou », de Berdoll, … Mais tant d’autres ont contribué aux heures de gloire du club avec un palmarès impressionnant : 12 ans consécutifs en D1,  deux fois finalistes de la coupe de France à 60 ans d’intervalle (1957 et 2017), une participation à la coupe d’Europe… Et plusieurs joueurs sélectionnés pour la coupe du Monde de 1958.

Le beau jeu.

Les Angevins sont presque toujours restés fidèles à leur club, sauf dans les quelques années noires de la fin des années 90. C’est qu’à Angers, on pratique le « beau jeu ». Presque depuis toujours, c’est dans l’ADN de la formation : le SCO pratique un football élégant, fluide, qui fait que les supporters sont contents, même quand il perd. Même pendant l’année passée en National, le stade était plein. Il faut y rajouter une autre constante : au SCO, on ne lâche rien, jamais ! C’est la « dalle angevine », la faim de victoires ! Le beau jeu, c'est le produit de l’école de formation, et c’est d’abord le club omnisport avec ses multiples équipes. Puis le club de foot  lui-même se structure pour accueillir les jeunes. Et cultiver déjà l’attachement à la maison. C’est comme ça qu’un Vincent Manceau entré à six ans au club, est passé par toutes les étapes avant de rejoindre l’équipe pro à 18 ans et en vient à prolonger encore son contrat au printemps 2019 pour trois années supplémentaires.  Le cap des 300 matchs  sera franchi avec le SCO, et pourquoi pas les 477, record de Pierre Bourdel.  C’est comme ça, aussi, qu’un certain Stéphane Moulin …

Un entraîneur sérieux.

Le tandem Chabane-Moulin a donné au SCO une stabilité bienvenue.  Saïd Chabane poursuit méthodiquement la structuration du club et la rénovation de ses infrastructures avec un succès certain. Il est aidé en cela par l’enfant du club devenu son principal entraîneur avec un réel savoir-faire, et qui est tout-à-fait représentatif des valeurs du SCO. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs de la 1ère division, Arsène Wenger le comparant à « Guy Roux ».  Il a 52 ans et il a déjà  passé neuf ans sur le banc. En cette année centenaire, le club caracole en tête, avec beaucoup de hauts et quelques bas. Les Angevins aiment être discrets, aussi ne fait-il pas de bruit, mais il a les idées claires : exigence et empathie sont ses deux jambes d’entraîneur. Il fait avec les moyens qu’on lui donne mais cherche à en tirer le meilleur parti, comme de ses hommes. Avec son budget, il sait qu’il ne peut pas ambitionner d’avoir des internationaux, ce qui ne l’empêche pas de viser le plus haut possible. Alors les mauvaises langues n’hésitent pas à dire que c’est le niveau du championnat qui n’est pas à la hauteur : quel mépris.  Il y a des clubs qui travaillent et qui petit à petit font faire des progrès à leurs joueurs et à leur équipe. C’est le cas à Angers.  « Le foot c’est comme la vie, il y a des bons et des mauvais moments… » se permet-il d’affirmer. Il sait qu’il a la confiance de son président et la durée pour lui. Il sait aussi qu’il peut être victime des conditions économiques et qu’un président peut y être sensible. A lui de faire en sorte que ça n’arrive pas. Un entraîneur qui croit à l’abnégation, l’entraide, l’effort dans la durée, qui souhaite appréhender les situations pour tirer le maximum de chacun. Et qui aime ses joueurs. Par les temps qui courent, c’est une denrée rare. Il est comme ça Stéphane, toujours lui-même, jamais en représentation. Il cultive ses valeurs et fait en sorte qu’elles soient partagées. Et ça marche. Ne lui parler pas d’ambition : lui il souhaite simplement s’épanouir professionnellement, et manifestement, il y parvient ! Pour notre plus grand bonheur d’Angevins.

 


QUE NOUS RESERVE 2020 ET APRES ?

Fin du monde tintin

 

Je ne vais pas tenter de vous faire croire que je possède une boule de cristal ou que je lis dans le marc de café. J’ai beau avoir quelques réminiscences de culture gréco-romaine, je ne sais pas pour autant jouer les augures ni interpréter les auspices, pas plus que je n’ai sous la main la Pythie de Delphes pour consulter ses oracles… Bref, tout ça pour vous dire que je m’en suis tenu benoitement à une compilation des avis parus ici et là en ce début d’année. Avec une constante quand même : alors que le pessimisme prévalait début 2019, la fête boursière avec un indice qui a bondi de 25% sur l’année, conduit aujourd’hui à l’euphorie sur les marchés.

Politique et banques centrales.

Rien ne semble avoir prise sur l’impact des politiques d’aisance monétaire menée par les banques centrales. Marc Fiorentino le constate : « Aucun événement politique majeur n’a eu d’impact durable depuis que les banques centrales ont inondé les marchés de liquidités gratuites ou à taux négatifs,  ni l’élection de Donald Trump, ni le Brexit, ni, plus récemment, les attaques sur les infrastructures pétrolières saoudiennes ou encore la procédure de destitution de Trump. Rien ne peut gâcher la fête sur les indices boursiers. » Les jours qui viennent vont constituer un test important pour les marchés en 2020. Nous allons savoir s’il faut définitivement ignorer les événements politiques et géopolitiques majeurs et si la puissance des banques centrales est telle que les « cygnes noirs », sont pulvérisés dès leur apparition. Et il ne va pas en manquer : Trump qui a endossé l’uniforme de chef de guerre a frappé au cœur du régime iranien. Il y aura des représailles qui passeront par l'intermédiaire des multiples milices financées par l’Iran dans la région. Et il faut s’attendre au pire puisque en représailles des représailles Trump a menacé de frapper 52 cibles iraniennes. « 52, comme le nombre des otages à l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979 », a-t-il dit. On aura aussi du nouveau du côté du Brexit…

Les songes d’Attali.

Il ne s’agit pas de l’héroïne de Racine, mais de Jacques. Dans sa chronique hebdomadaire des Echos, il nous livre une liste de 12 événements improbables auxquels il faut néanmoins se préparer. Il appuie son raisonnement sur les événements surprises survenus depuis 2010, dont l’un des plus significatifs fut l’élection « d’un total inconnu à la présidence de la République française »… Je vous livre cet inventaire sans développer : en 1. Le plus « sympathique », l’effondrement du système financier mondial sous les coups d’une très grande crise financière (il n’est pas le seul à y penser) 2. Un tir de missile balistique nucléaire de la Corée du Nord vers Tokyo, ou Washington 3. La dislocation de l’Eglise catholique (ça c’est plus original) 4. L’invasion d’un des pays baltes par la Russie, suivie d’aucune réaction des Etats-Unis 5. La constitution d’un nouveau califat islamique de la Lybie au Nigeria 6. L’élection en France d’une présidente de la république d’extrême-droite (on n’y est pas encore) 7. La victoire à l’élection présidentielle américaine d’une femme sociale-démocrate et écologiste 8. Des découvertes majeures permettant la guérison des cancers les plus résistants 9. Une prise de conscience écologique planétaire avec un prix mondial du carbone à 100 dollars la tonne 10. Une charte contraignante édictée par les 50 plus grands fonds d’investissement du monde pour ne plus investir que dans les entreprises durables 11. Des révolutions démocratiques victorieuses en Russie, en Turquie ou en Chine 12. Des œuvres d’art et de nouveaux courants artistiques changeant notre regard sur le monde. C’est une liste à la Prévert, j’en conviens. Je vous laisse le soin d’imaginer les développements, c’est plus romanesque.

Le regard de Nicolas Baverez.

Voilà un économiste sérieux. Certes, il verse facilement dans le pessimisme, mais les temps y prédisposent. Il analyse le cycle de démondialisation auquel nous assistons sous la poussée des populismes, qui explique le contexte économique beaucoup plus dur, marqué par une diminution de la croissance et des emplois ainsi qu’une hausse des risques politiques et financiers. Pour lui, l’abandon de toute discipline monétaire et budgétaire (les deux vont ensemble), dans les grands pays développés renforce la probabilité d’un nouveau krach. Il prédit que les années 2020 seront placées sous le signe de la crise de la démocratie représentative et du regain (déjà en cours) des nationalismes. Car l’échec économique des populistes n’arrive pas à remettre en cause leur capacité à arriver au pouvoir et même à s’y maintenir, profitant de la déstabilisation des classes moyennes ou de la polarisation des territoires, des désarrois identitaires et de la montée de la violence… Triste tableau. L’antidote au national-populisme, c’est le patriotisme et la liberté. Encore faut-il le mettre en œuvre.

A vous de faire votre opinion.

Allez, une bonne nouvelle pour terminer, comme quoi rien n’est impossible : la Grèce où la bourse d'Athènes triomphe des indices boursiers mondiaux avec 52% de hausse. Et elle emprunte à des taux plus bas que l'Italie. Hé, Hé ! Et Carlos Ghosn qui s’évade du Japon, c’est pas un joli pied de nez ? Pendant ce temps-là, nous, on concocte une réforme des retraites qui se voudrait universelle et juste et qui ne sera ni universelle, ni juste…

Bah, le principal n’est-il pas d’être en bonne santé !

 

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - La formation professionnelle des enseignants (4)

 

Celui qui n’est jamais allé dans une salle des profs peut encore  penser que  les sciences éducatives, ça existe. En fait, c’est une grave erreur. Si l’éducation était une science, alors il y aurait une « meilleure façon d’enseigner » et  il  serait possible d’évaluer les  méthodes mises en œuvre. Mais voilà, ce qui fonctionne ici, ne marche pas là. Telle pratique est appliquée avec succès dans un établissement et échoue dans celui d’à côté  …

Tout simplement parce que l’éducation est d’abord affaire d’humain. D’une école à l’autre, d’un collège à l’autre,  les élèves ne sont pas les mêmes, les enseignants non plus. Le contexte joue un rôle primordial.  Comme je l’ai montré dans un chapitre précédent, la pédagogie nait de l’interaction entre le prof et ses élèves, et il y a une infinité de rapports  possibles. La pédagogie relève du domaine des arts, tant elle est en rapport avec la  « sensibilité » d’un maître et celle de  son public. Mais c’est de la compétence que naît la bonne pédagogie, et non l’inverse. Derrière ce mot se cachent plusieurs exigences : celle du savoir (au sens posséder les connaissances) vient en premier, celle des « savoir-faire » vient ensuite, suivie de celle du « savoir être ». L’enseignement  ne peut pas  être un métier que l’on exerce « par défaut »,  mais si possible  par vocation, même si le mot est un peu fort....

Lire la suite dans "L'Ecole s'invente tous les jours", Chapitre III : "Réflexions pour aujourd'hui - La formation professionnelle des enseignants (4)" dans la colonne à gauche, en bas. (il suffit de cliquer sur le titre du chapitre  choisi).

 


LA CONVERGENCES DES COLERES

Macron voeux 2020

 

Teasing…

Le teasing orchestré par les médias autour des traditionnels vœux du Président Macron a plutôt bien fonctionné : plus de 10 millions de nos compatriotes ont fait l’effort d’écouter ce qui devait être un discours d’apaisement. « Un discours très attendu » nous a-t-on rabâché. Alors, le moins qu’on puisse dire, c’est que le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Toujours aussi glacial, aussi lointain, l’hôte de l’Elysée nous a livré un petit chef d’œuvre de méthode Coué : des vœux sans surprise, des annonces déjà connues, et ce qu’on savait déjà, à savoir que Philippe est en première ligne sur le dossier des retraites. Avec une erreur de taille : 2020 n’est pas la première année d’une nouvelle décennie, mais la dernière de la période 2011-2020. Ainsi va le calendrier grégorien. Un détail, me direz-vous, mais révélateur d’un certain amateurisme.  Les réactions n’ont pas tardé : il aurait voulu jeter de l’huile sur le feu qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Les Franciliens ont donc encore de beaux jours de galère devant eux.

Climat délétère.

Je reprends ici les constats énoncés par Jean-Pierre Robin dans le Figaro. Macron a échoué à redynamiser la France. Son action après deux ans et demi de mandat débouche sur « un climat social délétère et une économie à plat ». La promesse de renouveau entraperçue au début de son mandat, à laquelle je n’ai jamais cru mais que beaucoup espéraient, a fait place à la « convergence des colères » : les étudiants, les hôpitaux, les retraités et plus particulièrement ceux des régimes spéciaux, les policiers qu’il a fallu calmer, les pompiers, sans parler des Gilets jaunes, on se demande s’il existe une catégorie de Français satisfaits de leur sort.  Pourtant, Emmanuel Macron avait au départ tous les atouts pour réussir : une croissance revenue (2,3% du Pib en 2017), un peu grâce aux mesures Hollande et beaucoup grâce à la conjoncture mondiale, et l’aura d’un homme neuf et jeune. De fait, il a engagé le quinquennat au pas de charge : ordonnances de la loi travail (qui peinent aujourd’hui à s’appliquer), changement de statut de la SNCF (imposé par l’Europe) pour être désormais soumise à la concurrence, puis suppression progressive de la taxe d’habitation (une ânerie mais aussi une promesse), abolition partielle de l’ISF, réforme de l’apprentissage (qui entre en application ce jour), modification des règles d’indemnisation du chômage et le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu qui devient pour la masse des contribuables invisible et indolore, perversité suprême du fisc dans un pays qui bat tous les records d’imposition. Mais voilà, s’il y a quelques bonnes décisions, toutes ont été imposées d’en haut, dans la pure tradition technocratique. Jupiter se voulait le « maître des horloges ». Il a tout simplement oublié l’adage qui dit « qu’on ne change pas la société par décrets ». Il a suffi d’une banale taxe sur les carburants pour que l’illusion se perde dans la « révolte des Gilets Jaunes » à l’automne 2018.  Une erreur qui en dit long sur la coupure qui existe entre nos hauts fonctionnaires des finances et la France profonde : personne n’imaginait qu’il était absurde d’instaurer une taxe carbone au moment où les cours du pétrole s’envolaient. Mais une erreur coûteuse  qui a mis fin au projet de grande transformation du pays…

100% endetté.

Il a fallu en effet, renoncer aux réformes visant à renforcer la compétitivité des entreprises et améliorer les compétences des Français, pour finalement financer une vulgaire politique de redistribution du pouvoir d’achat par de l’argent public (près de 20 milliards), en impôts prélevés sur les « aisés » et de la dette . Cela n’a pas empêché la baisse de régime de la croissance, deux fois moindre aujourd’hui qu’en 2017 et celle de 2020 s’annonce calamiteuse. La France reste le pays à la pression fiscale record avec 46% de prélèvements obligatoires et les baisses d’impôts annoncées n’y changeront rien puisqu’il s’agit de l’habituel bonneteau : on prend aux uns pour donner aux autres. Les recettes fiscales restent par contre dynamiques, ce qui veut dire qu’elles continuent de croître, mais pas suffisamment pour rattraper les dépenses. L’année 2019 se termine avec un déficit de près de 100 milliards d’euros. Et la dette publique a dépassé les 100% du Pib à 2 415 milliards d’euros. Ce record est lié à une ligne politique fondée sur des impôts et des dépenses élevées, notamment pour financer les prestations sociales. Et telle qu’elle est partie, la réforme des retraites, qui ne devait rien coûter, va se solder par un gouffre financier supplémentaire. Elle ne sera ni universelle, ni juste, j’aurai l’occasion d’y revenir. La dette publique n’a donc pas fini d’enfler telle la grenouille… qui finit par éclater ! C’est la solution de facilité pendant les taux bas, mais c’est 100% dangereux : un seul petit point de plus en taux et c’est 19 milliards de plus d’intérêts supplémentaires, davantage que le déficit de nos régimes de retraites attendu en 2025. La sagesse voudrait qu’on s’intéresse davantage à notre endettement et qu’on s’attaque enfin à cette préférence pour la dépense publique. La France a levé 200 milliards d’euros sur les marchés en 2019. Mais cette folie dépensière n’a débouché sur aucune accumulation de richesse : l’Etat est focalisé sur ses dépenses courantes mais ne crée pas de valeur pour les générations futures. Cette dérive affaiblit la France, paupérise les Français et annonce des lendemains difficiles !

Evidemment, ce tableau réel de la situation du pays n’apparaît pas dans le propos présidentiel.  Et quand il annonce de nouvelles réformes,  il sait forcément qu’il ne pourra pas les financer, ayant épuisé toutes ses marges de manœuvre. Car le court-termisme a un gros inconvénient : il se paiera cher dans dix ans.

 


BONNE ANNEE 2020 !

Boule de gui

 

J'adresse à tous mes amis et à tous les visiteurs du bloc-notes

mes meilleurs voeux de bonheur, santé et prospérité.

Que 2020 apporte à chacun d'entre vous sa part de félicité et les mille petites joies qui font que la vie vaut d'être vécue. 

Que 2020 éclaire ceux qui nous gouvernent afin qu'ils engagent notre pays sur la voie du redressement et du rassemblement.

 

Bonne année 2020

 

 


JOYEUSES FÊTES !

Bonne année haddock001

 

Je vous souhaites de bonnes fêtes de fin d'année,

un joyeux Noël et une belle Saint-Sylvestre

entourés de ceux que vous aimez !

Le bloc-notes fait la trêve des confiseurs. 

Nous nous retrouverons le 2 janvier 2020.

Je vous remercie de votre fidélité qui ne se dément pas,

A bientôt,

Daniel

 

Bonhomme_de_neige


LE PARCOURS DU COMBATTANT

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La France périphérique existe : je l’ai rencontrée.

Un exemple bien concret : faire établir un passeport ! Même en s’y prenant à l’avance, il vaut mieux ne pas habiter en province, chez les ploucs, comme on dit, parce que là, il ne faudra pas être pressé.

Histoire vécue.

Fin octobre nous décidons de faire un voyage au Maroc en février 2020. Pays pour lequel un passeport à jour est nécessaire. Les nôtres étant périmé, et toujours prévoyants, nous décidons de faire les démarches rapidement. Nous nous rendons donc à la mairie de Saint-Barthélemy d’Anjou pour effectuer la demande de renouvellement de nos documents : surprise, le premier rendez-vous disponible qu’on nous propose est le 23 mars, et il faudra compter ensuite  6 à 8 semaines pour récupérer le passeport. Ce qui faisait autour du mois de mai… Autant dire, il valait mieux envisager le voyage en 2021. Devant notre protestation, on nous propose d’essayer auprès d’autres mairies du Maine-et-Loire et on nous fournit la liste d’une quinzaine d’entre elles, car toutes ne sont pas équipées de l’équipement biométrique nécessaire. Autre étonnement. Plusieurs coups de téléphone ne donnent pas plus satisfaction : la mairie d’Angers pouvait nous proposer au mieux le 8 mars !

La région parisienne.

Nous commencions à nous dire que notre voyage était bien compromis. Mais dans quel pays vit-on où il faut 6 mois pour établir un passeport !!! Côté préinscription sur le site internet du gouvernement, c’est plutôt facile et ça marche bien : l’interface est accessible à tous et c’est rapide. Oui, mais il reste à trouver une mairie pour déposer le dossier. Ayant à nous rendre chez nos enfants dans la région parisienne, nous tentons notre chance auprès de la mairie d’Asnières. Bonne surprise : nous pouvions avoir un rendez-vous dès le 6 décembre. Date peu pratique pour nous, en raison des grèves et puis nous avions des obligations fin novembre, ça nous obligeait à des démarches de reports pas très faciles. Alors nous tentons Le Chesnay où habite l’un de nos enfants. Incroyable : nous pouvions déposer notre dossier dès le lendemain si nous le souhaitions. Nous avons pris rendez-vous pour le 27 novembre. Nous avons déposé notre dossier en un quart d’heure, grâce à une organisation d’accueil très efficace, et la secrétaire nous a assurés que nous aurions nos documents sous trois semaines. 12 jours après, ils étaient arrivés, et pas besoin de rendez-vous pour les récupérer. Elle est pas belle la vie ?

La France périphérique existe bien.

Comment expliquer une telle différence de délais ? Comment la déconcentration des préfectures vers les collectivités a-t-elle été réalisée ?  A Saint-Barthélemy, la ville dispose d’une machine biométrique pour 10 000 habitants. Angers en a 8 pour 150 000 habitants, et Le Chesnay en a quatre pour 30 000 habitants ! Cherchez l’erreur ! Elle est où la « Smart City » à Béchu ?  Quant aux délais de confection du document une fois le dossier déposé, nous n’avons pas de réponses. C’est le mystère des méandres de notre administration. Nous en avons déduit que le Maine-et-Loire était un département sinistré sur le plan administratif. Probablement comme beaucoup d’autres en France périphérique. La fracture existe bien avec les grands pôles urbains. Voilà un beau sujet pour nos chantres de l’égalitarisme.

 


DATI L’AUTHENTIQUE !

Dati 001

 

Le petit livre de Rachida Dati mérite le détour. Ce n’est pas du Maupassant, mais ça n’empêche pas qu’il soit très bien écrit. Il est surtout criant de vérité. A chaque page on reconnaît l’auteure. C’est un témoignage sincère, sans retenue. A son habitude, elle dit ce qu’elle pense et moi j’ai aimé. Voilà une attitude qu’on aimerait voir plus souvent adoptée par le personnel politique.

Rester soi-même.

Elle a fait irruption sur la scène politique lors de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy. Son talent avait éclaté au grand jour. Elle avait fait campagne avec la fougue qui lui semble une seconde nature. Depuis, elle a continué son chemin sans jamais oublier d’où elle vient, elle est fière de sa famille, elle a gardé ses relations de jeunesse et a su en même temps se faire des amis prestigieux dont elle a bénéficié de la bienveillance, ce qui valide ses qualités humaines  et ses compétences. Elle a travaillé dur pour accéder à l’élite. Elle a dû faire face à l’adversité, à ceux que son profil dérangeait, avec pugnacité sans jamais douter d’elle-même. Face aux préjugés, elle a répondu par l’action sans jamais chercher à contourner l’obstacle, persuadée que seul le travail et le mérite paient. De la Chancellerie au Parlement européen et à la « prestigieuse » mairie du 7ème arrondissement de Paris, personne n’a décidé pour elle de son parcours. Elle est toujours à la hauteur des fonctions qu’elle exerce. Et pourquoi pas la mairie de Paris ? Le bilan d’Hidalgo est tellement piteux qu’il faut bien une Dati pour redresser la ville.

Etre fidèle.

Rachida Dati s’est forgé ses convictions. Partie du bord opposé, son chemin l’a amenée chez les Républicains. Elle correspondait bien à l’esprit de l’UMP. Le « mouvement populaire », elle en est une incarnation. Par son origine, elle est du peuple et elle sait parler son langage. Elle en comprend les difficultés et les problèmes quotidiens pour les avoir vécus. Comme « politique », elle dit ce qu’elle pense et c’est une autre de ses qualités, que ça plaise ou non. Cela ne l’empêche pas de rester fidèle à sa famille. Quand elle n’est pas d’accord, elle le dit, sans jamais tourner le dos. C’est pourquoi elle est fort respectable. On n’est donc pas surpris qu’elle soit restée proche de Nicolas Sarkozy. Evidemment, cela ne fait pas que des heureux et son franc parler peut déranger les habituels bretteurs de l’entre-soi.

Etre sans complexes.

Mais le peuple ne s’y trompe pas. Les candidats de salons feraient bien de se méfier. Rachida qui a réussi à se faire élire dans le 7ème arrondissement est tout-terrain. Elle rencontre le peuple des quartiers, écoute les problèmes, propose des solutions possibles. Et elle n’a pas peur d’aller partout, parce que partout elle est à l’aise. Elle est tout sauf déconnectée, à l’opposé de bien des technocrates devenus élus. Elle fait peu de cas des idéologies et préfère privilégier le pragmatisme qui s’appuie sur une bonne connaissance technique du sujet à traiter. Et quand elle parle de ses origines c’est pour louer le syncrétisme de la société française qui permet la fusion des cultures : « ce qui m’ancre, c’est l’universalisme de la France des Lumières qui prône l’égalité et le bonheur de tous, et le rassemblement autour de ces valeurs. »

Avoir de l’audace.

Ce dont son parcours témoigne c’est que Rachida n’a peur de rien, dès lors qu’elle est certaine d’avoir les compétences pour assumer les responsabilités qu’elle convoite. C’est pourquoi, ceux que sa candidature à la mairie de Paris faisait sourire commencent à rire jaune. En peu de temps, elle a réussi à se hisser au niveau de Benjamin Griveaux qui se targue « d’avoir tissé un lien charnel avec les parisiens ». Ce dernier bénéficie pourtant de la bénédiction présidentielle…. Elle a enterré ses concurrents de la pseudo-droite et laboure le terrain sans se préoccuper du qu'en-dira-t-on. Vous voulez que je vous dise ? Elle peut gagner !

Je n’ai fait qu’effleurer le sujet pour vous laisser le plaisir de la découverte. A lire absolument si vous voulez vous réconcilier avec « le » politique ….

Rachida Dati, La confiscation du pouvoir - Plon

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - Le collège, ce maillon faible (3)

Le collège, ce maillon faible.

 

Dans le système éducatif, le collège unique a été un pas historique d’ouverture à tous de la scolarité jusqu’à 16 ans mais il est devenu le maillon faible du système car il est le plus exposé aux problèmes de l’intégration, et, disant cela, je ne pense pas qu’aux élèves d’origine étrangère. D’abord parce qu’il est censé accueillir tout le monde, y compris les élèves en difficulté et en retard scolaire, ensuite parce que les élèves qu’il reçoit sont à l’âge où se façonne la personnalité. Cette quête du moi des adolescents et la mixité sociale qu’ils vivent devraient être deux atouts pour les guider vers une bonne intégration dans la société. Mais beaucoup d’établissements concentrent une trop  grande hétérogénéité des élèves et trop de types de difficultés pour faire face efficacement à l’une d’entre elles : celle des élèves abandonnés à eux-mêmes, à cause de difficultés sociales, de traumatismes affectifs, du gavage vidéo-télévisuel et numérique ou sous l’emprise d’une culture obscurantiste…

Lire  le chapitre complet dans "l'Ecole s'invente tous les jours" , en cliquant sur : "III. Réflexions pour aujourd'hui - Le collège, ce maillon faible (23" dans la colonne ci-contre, à gauche, tout en bas.


LA GUERRE DU PROTECTIONNISME

Donald Trump

 

Il ne suffit pas de tenir un discours qui plait politiquement, encore faut-il qu’il tienne ses promesses. Dans la guerre commerciale qu’il mène face aux Chinois et même à ses alliés européens, Trump a multiplié les mesures protectionnistes, par souci de plaire à ses électeurs : elles ne leur ont pour l’instant produit que des désagréments. La vérité, c’est que malgré l’apparente bonne tenue de l’économie américaine, Trump a perdu la bataille du protectionnisme.

Perte de pouvoir d’achat.

« L’ensemble des mesures protectionnistes décidées par Donald Trump depuis son élection ont provoqué une perte de pouvoir d’achat de 51 milliards de dollars pour les consommateurs américains », nous assure Eric Le Boucher dans les Echos, s’appuyant sur les calculs d’économistes éminents, ce qui correspond à une perte de 0,3% de PIB. En contrepartie, les barrières tarifaires n’ont produit que 7 milliards de gains pour les producteurs américains qu’elles sont censé protéger. Plus grave pour lui, ce sont les cultivateurs américains exportateurs qui ont été pénalisés par les mesures de rétorsions. Ainsi la Maison blanche a dû leur accorder un plan d’aide de 12 milliards … Bref, les consommateurs américains ont vu les prix augmenter et les producteurs n’ont rien gagné.

Perte de compétitivité.

Les géants américains ont perdu en compétitivité par l’importation de pièces détachées plus coûteuses. Dans le même temps, certaines firmes étrangères se sont implantées, suivant la nouvelle tendance de l’économie qui veut que l’on produise là où on vend pour éviter d’émettre du CO2 en transport et se mettre en concordance avec l’esprit écologique du moment. C’est bien parce que Trump est sur la défensive qu’il change constamment d’adversaire et cherche à paralyser l’OMC en bloquant le fonctionnement de l’ORD, l’instance d’appel du règlement des différends, contestant son caractère supranational. Une attitude d’autant plus incompréhensible qu’elle a rendu de nombreux arrêts favorables aux Etats-Unis. C’est aussi pour détourner l’attention qu’il fait une proposition jugée inacceptable en ce qui concerne la taxe mondiale sur le numérique  qui se négocie à Riyad avec 134 pays : il s’agirait ni plus, ni moins, de rendre le nouveau régime fiscal mondial non obligatoire mais en option pour les entreprises, américaines en l’occurrence. « Inacceptable », a jugé Paris, à juste titre. En gros, pour « mes Bafa » tout est permis. Une position de Matamore.

L’arme politique factice.

La guerre commerciale est très difficile à gagner, mais elle reste une arme politique facile à manier. Le Président américain multiplie les allers-retours, imposant des droits de douane un jour, les suspendant le lendemain, change de front constamment en restant pro-actif, menaçant l’Europe quand les négociations avec la Chine s’enlisent… Mais en réalité les électeurs de Trump ne sont pas si contents. L’an passé, pour les élections du "mid term" les Républicains ont perdu 5 sièges dans les « comtés républicains » où les effets négatifs du protectionnisme frappent particulièrement les agriculteurs. 15 sièges supplémentaires ont été perdus  avec la suppression de « l’Obamacare » qui a atteint nombre de « petits blancs » : la fidélité des électeurs ne dure que tant qu’ils ne sont pas touchés eux-mêmes. La politique populiste est bonne dans les discours électoraux, dans les faits elle n’obtient aucun des buts qu’elle affiche, et peut même blesser ceux qu’elle a séduits.

La trêve avec la Chine.

Pékin a toujours un temps d’avance dans le maniement du temps. Alors que Trump se débat à coup de tweets démagogiques exagérés pour se faire réélire l’an prochain, Xi Jinping a le temps d’attendre que les présidents passent, et il peut se contenter de négocier quelques broutilles. Sa stratégie de conquête des « routes de la soie » n’est même pas atteinte par la guerre commerciale. Néanmoins, les barrières douanières érigées par Trump ont eu des effets sur la croissance de l’empire du milieu. Les belligérants ont donc décidé de faire une pause. La Maison Blanche a crié victoire à son habitude. Les 160 milliards de dollars supplémentaires de produits chinois importés qui étaient menacés de droits de douane, seront épargnés, en échange d’achats de produits agricoles US, notamment de soja et de porcs ( en raison de la crise porcine chinoise) pour 40 milliards de dollars en 2020. Vu de Pékin, « l’accord de la phase 1 » conclu avec Washington est présenté comme une victoire, arrachée sans faire de concessions majeures, ce qui est réel. C’est vrai que les taxes, toujours maintenues, imposées sur 450 milliards de produits chinois ont fini par se faire sentir sur les flux commerciaux. Mais l’effet tangible des tarifs douaniers reste limité pour les entreprises chinoises qui se sont relocalisées ailleurs en Asie du Sud-Est. Le problème tient davantage dans la fragilité de l’économie chinoise et c’est ce constat lucide qui explique la volonté du régime chinois d’obtenir une trêve commerciale avec Washington. Les deux parties y avaient intérêt. Pour la suite, « la phase 2 », rien n’est assuré. Tout le monde sait bien que la rivalité géostratégique et technologique entre les deux premières puissances mondiales n’est pas prête de s’éteindre. Le match ne fait que commencer.

Une bonne santé artificielle.

Aux Etats-Unis, le marché de l’emploi est toujours dynamique : il a créé 266 000 postes en novembre contre 182 000 attendus. Le taux de chômage est tombé à 3,5%, un plus bas en 50 ans. Mais c’est peut-être l’arbre qui cache la forêt. C’est une croissance aux pieds d’argile. Elle repose sur un endettement massif des consommateurs profitant des taux bas. Les bulles financières se multiplient et rappellent de mauvais souvenirs. Les fondamentaux de l’économie américaine ne sont pas bons : l’endettement massif de l’Etat, le déficit abyssal du commerce extérieur, la difficulté de l’Etat fédéral à boucler ses fins de mois en sont les signes les plus visibles. Malgré la tentative de la Fed pour reprendre le contrôle, le laxisme budgétaire et le foisonnement des activités financières échappant à toute régulation se trouvent au cœur des dérèglements d’un capitalisme qui conjugue multiplication des rentes et des inégalités, surendettement et économie de bulles. En effet, c’est Trump qui a supprimé la règle « Volcker » qu’il trouvait trop contraignante, lui permettant ainsi d’engager une nouvelle phase de déréglementation à travers l’expansion de la finance de l’ombre et l’émergence anarchique des cryptomonnaies. Si Trump était réélu, les Américains pourraient ensuite le payer chèrement.

L’expérience nous a, en effet, enseigné que les épisodes d’argent gratuit s’achèvent toujours par des krachs dévastateurs !

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - Les remèdes (2)

Les remèdes.

 

Une tâche de longue haleine.

Une fois qu’on a dit tout ça, avec les progrès importants des sciences cognitives et grâce à l’aide que pourrait apporter l’intelligence artificielle (IA), il est possible de  mieux définir ce qui est efficace et ce qui ne l’est pas en pédagogie, et même en matière d’organisation. Il y a des établissements pionniers, il existe des méthodes alternatives, des outils qui ont fait leurs preuves. Dans son livre « Apprendre », Stanislas Dehaene énonce les chemins que balisent ses expériences scientifiques sur le fonctionnement du cerveau. Les pratiques qui fonctionnent peuvent être la source des réformes indispensables, en ne perdant pas de vue que la restauration de la confiance de la société  dans son école  est une priorité.

Remettre la machine sur le chemin des performances sera néanmoins une tâche de longue haleine. Et d’abord, tant pis pour les cénacles progressistes qui crieront à la « réaction », mais il est urgent de renouer avec l’humanisme pédagogique. Il  ne s’agit pas de se  tourner vers le monde d’hier, mais plutôt d’examiner en quoi le  passé peut nous aider en essayant de ne pas confondre « l’école d’hier » avec « l’école de toujours », une école qui ne devrait jamais perdre de vue que la  culture peut vraiment  être transmise pour ce qu’elle est : le patrimoine de l’humanité  à travers la diversité des œuvres de l’esprit à toutes les époques. C’est la Culture partagée qui rassemble, qui fait lien entre les individus.  Commençons donc par arrêter de charger l’école  de tous les problèmes du moment pour la laisser se concentrer sur sa seule et unique mission : la transmission du savoir.

L’objectif.

Il est simple : transmettre à chaque enfant le meilleur de la culture dont il est, d’où qu’il vienne, un légitime  héritier. Mais il n’y a pas de culture sans savoir et de savoir sans instruction....

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LA COMEDIE CONTINUE

Comédie grecque

 

Inutile de se prendre la tête. Pour Laurent Berger la ligne rouge a été franchie, mais tout reste négociable bien que le Premier Ministre prétende être ferme.  Inutile de se prendre la tête, parce que, en l’état, je ne risque pas de voir la fin des régimes spéciaux… Si ça continue comme ça, je serai dans l’autre monde avant.

Un peu plus de clarté.

La réforme a été présentée. On y voit un peu plus clair. Mais elle reste lointaine : elle sera appliquée pour la génération 75, avec une mention spéciale pour les régimes « spéciaux » qui bénéficieront d’un large report  (générations 80, 85, voire plus…). Ce sera un régime universel par points, avec une augmentation des cotisations pour les salariés du privé touchant plus de 120 000 € par an. 64 ans, c'est le nouvel âge d' « équilibre » (on ne dit plus âge pivot). C'est le sujet qui a fâché la CFDT plutôt favorable au régime universel. On pourra toujours partir à la retraite à 62 ans mais avec un malus et il faudra attendre les 64 ans pour toucher le taux plein, ce qui revient à une diminution déguisée des pensions. Quelle hypocrisie pour ne pas avoir le courage d’expliquer qu’il faudra travailler plus longtemps.

Peut faire mieux !

On serait tenté de dire « tout ça pour ça »… Doit-on enfoncer les portes ouvertes , ce qu'on se tue à répéter depuis des mois : on va devoir travailler plus longtemps , on va devoir cotiser plus, on va toucher une retraite plus faible, et elle sera davantage taxée. Avec ce système universel, c’est inévitable compte tenu de la démographie et du vieillissement de la population. Pour les bas revenus, la retraite sera préservée. Pour les classes moyennes « supérieures », la retraite par répartition ne sera qu'une retraite « complémentaire », leur retraite « principale » viendra de leur capitalisation. Quand je dis « on », c’est pas nous, les actuels retraités, pour qui rien ne change.

Quant à la méthode, difficile de faire pire.

Voilà le pays complètement bloqué ! Bref, vous allez dire que je suis incorrigible : le projet des Républicains est autrement plus franc, plus réaliste et plus opérationnel pour garantir les pensions et mettre fin à la fuite en avant de la dette. La droite c’est différent !

En attendant, je pense à ceux qui galèrent pour aller au boulot. Et aussi : prenez vos précautions, si vous devez bouger pour les fêtes, remplissez vos réservoirs …


PARLONS FRANÇAIS !

Académie française

 

Halte à la colonisation culturelle !

L’anglo-américain s’insinue partout, sous la forme du franglais le plus souvent, ou même comme seconde langue de communication entre les Français. Les enseignes commerciales, l’univers audio-visuel, quand ce ne sont pas les équipements publics –ainsi Angers a son « ice-park » (une patinoire)-, sont gangrénés par ce qui est devenu plus qu’une mode : une véritable colonisation culturelle. Pourtant, tous les sondages montrent que nos compatriotes sont attachés à leur langue, d’autant plus qu’elle est la seconde langue internationale, utilisée sur tous les continents, sans parler de l’Afrique et de sa francophonie. Mais malgré le foisonnement d’associations de défense du français, le mal se répand.

Le « globish » hante tous les milieux.

Il est devenu « in » de glisser des mots anglais dans les phrases au milieu de mots français, et de conjuguer des verbes improbables : ainsi le verbe « timer » cité en exemple samedi dernier par Barbara Lefèbvre, pour dire plus ou moins « programmé » ou « arrivé à l’heure » … Les premiers défenseurs de notre langue devraient être les femmes et hommes politiques. Las, ils sont loin d’être exemplaires. Anne Hidalgo est très active pour introduire le franglais dans la communication de la mairie de la capitale: « Made for sharing ! » vantant les JO de 2024 est inscrit en grand sur la Tour Eiffel, inscription contraire à la loi et aux dispositions olympiques, un comble ! Et Metz a son « Lorraine Airport », une décision du Conseil Régional qui s’est cru probablement très original. Nous ne sommes pas les derniers avec notre « Loire Valley »… Notre président « manager » n’est pas en reste avec sa « start-up nation », ses « clusters de compétences » sous les applaudissements des représentants de la « French Tech » pour mettre en avant la « French touch »…

L’univers de l’entreprise est particulièrement exposé. Le franglais en inonde les moindres recoins, de « calls » en « meetings » dans « l’open space ». On y fait du « benchmark », on engage des « process », on attend le « feedback »… Ce sont les nouveaux codes du « corporate ». Ainsi va la novlangue du bureau. Plus on fait « Silicon Valley », plus on est certain de paraître performant, critère inversement proportionnel au niveau de compréhension du vulgum. J’ai passé sous silence « job » trop connu et « mail » pour courriel, trop usé, que « courriel » n’a pas vraiment réussi à remplacer.

Mais ce n’est pas fini. Le cancer a gagné la vie quotidienne. Désormais, on quitte son « job » pour aller boire un « drink » dans un « afterwork ».  Autrefois on pratiquait le culturisme, remplacé désormais par le « bodybuilding », dans des salles de sport ? non, de « fitness », les pieds dans des baskets pour faire du « running ». En sortant tardivement il n’y aura plus qu’à se consacrer au « souping » (le « must ») : c’est l’art de manger la soupe. On ne rit pas !  Mais notre univers culturel est aussi envahi par « Facebook », ses « followers », ses « likes »…  Nous n’utilisons pas un téléphone multifonctions, mais un « smartphone » qui nous permet de faire des « selfies » et d’agrémenter nos messages de « gifs » sur « Whatsapp ». On regarde « the Voice », on organise un « brunch », on fait ses courses à « Carrefour City ». L’envahisseur anglais est partout. Le sabir est devenu un incontournable des conversations du quotidien.

Allons enfants …

Ne me faites pas dire que cette évolution est inévitable et que c’est la vie ! Rappelons que dans la salle de presse de la Commission européenne à Bruxelles, il est d’usage de parler français. Pourtant, on assiste à une accélération de la soumission universitaire, intellectuelle et populaire à l’impérialisme linguistique de la langue anglaise. Elle s’impose d’autant plus facilement que ceux qui l’adoptent, le font soit par naïveté pour faire moderne, soit sous l’effet d’une globalisation mal comprise. C’est renoncer, en réalité, à notre empire intellectuel : cette anglicisation souterraine marque le déclin des intellectuels français qui croient pouvoir renverser leur marginalisation en adoptant la langue dominante, à laquelle ils ont si longtemps résisté. Il est bon de rappeler ici la richesse de notre langue et que cette évolution est d’autant plus inacceptable qu’elle constitue un appauvrissement. N’acceptons pas cette lente dégringolade dans le sous-développement culturel. Ce n’est pas rien de parler et d’écrire la langue de Racine, Voltaire, Chateaubriand, Hugo, que le monde admire et même nous envie. Car ne nous y trompons pas, perdre la maîtrise de notre langue, c’est aussi perdre notre identité. Ce sont les idées qu’elle véhicule qui vont disparaître et perdre de leur influence, ce que Jean-Marie Rouart dénomme « l’âme française », « ce message si original d’esthétique et d’éthique façonné par les siècles ». Le globish n’est la langue de personne, il fait même injure à la langue anglaise, c’est un mythe de modernité qui a surtout la faveur des publicitaires et des « branchés ». Et la langue française a tous les outils pour résister, il suffit d’en convaincre ses usagers. Commençons par respecter la loi qui la défend. Justement nous fêtons les 25 ans de la loi Toubon.

 


III - Réflexions pour aujourd'hui - Les maux du système éducatif (1)

Ces maux dont souffre l'Education nationale.

Triste constat.

Le recul des performances éducatives de la France dans les classements internationaux n’est que l’effet visible d’une dégradation profonde du système éducatif qui vient de loin. Le dernier classement Pisa en est encore le reflet même s’il semble montrer une certaine stabilisation par rapport au précédent. Tout de même, il paraît difficile de s’en satisfaire : la France, 7ème puissance mondiale, le pays de l’éducation gratuite et obligatoire, en 22ème position en lecture, 25ème en mathématique, 24ème en sciences…  Le Ministre Jean-Michel Blanquer a raison quand il dit que le redressement sera une tâche de longue haleine et qu’il faudrait le même ministre pendant au moins dix ans ! Ce classement consacre, malgré les efforts récents, l’échec d’un système et de ses pédagogies hasardeuses incapables d’affronter correctement l’enseignement de masse. Il suffit de regarder comment font les pays qui font réussir leurs enfants : priorité aux fondamentaux, enseignants solidement formés, évalués, et surtout valorisés. Le pire, c’est qu’avec une idéologie égalitariste largement partagée par le corps professoral, on arrive à un système champion de la reproduction des inégalités sociales qu’il prétend combattre. Souhaitons bon courage au ministre actuel qui en est bien conscient !... 

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UNE FOIS DE PLUS, FAIRE SEMBLANT ?

Retraites 3

 

Quelle réforme ?

L’idée était séduisante : un régime universel unique pour tous, bien égalitaire à souhait, qui mettrait fin aux injustices. Un système par point bien technocratique comme nos énarques savent en pondre. Et surtout bien flou et comme dit notre Martine lilloise, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ! ». On ne sait plus s’il s’agit de remettre de l’ordre dans les comptes, ou comme la promesse de la campagne présidentielle l’avait annoncée, de construire un régime idéal mettant fin aux 42 régimes disparates actuels. Une réforme mérite d’être menée, mais faut-il voir si simpliste dans un pays aussi compliqué que la France, où les « acquis sociaux » se sont construits dans la durée et ne seront pas faciles à détricoter. C’est bien pour cela que le pouvoir avance masqué et prolonge à n’en plus finir le moment où il faudra annoncer la vérité : le système par points est une machine à ne faire que des perdants et une étatisation déguisée, mettant à la marge les partenaires sociaux, qui ont pourtant montré leur capacité à gérer de façon paritaire les retraites complémentaires, avec le grand danger de laisser l’Etat fauché et impécunieux fixer le prix du point, moyen le plus commode de faire les ajustements… à la baisse.

Mobilisation massive.

Le jeudi 5 décembre a annoncé la couleur : le gouvernement voulait savoir, il n’est pas déçu. La mobilisation a été massive et cela ne présage rien de bon. Trop de colères, de rancoeurs accumulées, se sont exprimées face à un Macron trop présomptueux, trop orgueilleux, incapable de reconnaître ce qui a été fait avant lui, par la droite notamment, aveuglé par une promesse de campagne inconsidérée. Il a cultivé les ambiguïtés, multiplié les petites phrases sources de confusion, méprisantes à l’égard du peuple. Avec le Premier Ministre, ils ont réussi à alimenter les craintes au lieu  de rassurer et d’établir la confiance. Et puis ce Jean-Paul Delevoye qui met les pieds dans le plat en élargissant maladroitement le sujet à l’immigration… comme si le climat n’était pas assez anxiogène ! Le constat : ils ont réussi à faire l’unanimité contre eux et ce projet qui se voulait simple et se révèle fumeux. Le pouvoir est donc condamné à reculer, d’une manière ou d’une autre, s’il veut éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé. On voit déjà comment : en reculant sur les régimes spéciaux et en prenant le chemin de la fuite en avant sur la dette.

Une autre réforme est possible.

Les comptes sont tenus même si leur équilibre est fragile, comme le souligne le dernier rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites). Et cela grâce aux réformes en profondeur de 2003 et 2010 menées par les Républicains, Hollande s’étant surtout contenté de rajuster le niveau des cotisations. Les dernières réformes de 2010 et de 2014 ont commencé à rapprocher les règles dans les régimes spéciaux de celles des fonctionnaires et du secteur privé. Mais, c’est vrai, rapprochement ne veut pas dire égalité de traitement. Ce sont ces différences qui perdurent auxquelles voudrait mettre fin le régime universel en intégrant les régimes spéciaux, ce qu’il faudra faire de toute façon, en évitant de reculer aux calendes grecques. Mais, la priorité devrait être d’ajuster d’abord le financement avant d’envisager les autres modifications, et il n’y a qu’une mesure qui puisse assurer l’équilibre financier au-delà de 2025 : reculer l’âge de départ progressivement à 64 puis 65 ans. Les Français le savent et ils y sont prêts, pour peu qu’on y mette les formes. Ensuite, il faut mettre fin aux injustices criantes pour les salariés en faisant converger les régimes public et privé. Evidemment, il faut en profiter pour mettre fin aux autres injustices du système actuel concernant les femmes et les carrières hachées, préserver les droits familiaux et conjugaux, et les caisses autonomes bien gérées qui ne demande rien à personne. C’est la réforme qui permettra de maintenir assurément le niveau des pensions sans faire peser leur financement sur les générations futures, sans augmenter les cotisations qui pèseraient sur le pouvoir d’achat des actifs. C’est le projet proposé par les Républicains. Il est réaliste et il est tenable.

La clarification à reculons ?

Edouard Philippe va devoir clarifier le projet. Mais les rumeurs qui circulent ne sont pas de nature à rétablir la confiance ni rassurer les Français inquiets pour leur avenir. Quelle justice à reculer la réforme des régimes spéciaux en appliquant la clause du dite du « grand-père », qui consiste à la repousser de 40 ou 50 ans ? Il n’y aurait pas non plus de « mesure paramétrique », expression technocratique pour dire qu’on ne repoussera pas l’âge de départ, ce qui veut dire que le financement serait assuré par l’emprunt et la dette pour combler les 17 milliards d’euros qui manqueront à court et moyen terme. Peut-on être surpris que le pouvoir lâche du lest  sur la dette et les économies, lui qui fonctionne à chéquier ouvert depuis le début du quinquennat ? C’est une faiblesse et un manque de courage qui est la marque de toutes les réformes entreprises depuis 2017.

C’est tout simplement de l’irresponsabilité.

 

 


L'école s'invente tous les jours !

Après le "bref regard sur une carrière" et la "radioscopie d'une expérience", j'aborde le 3ème chapitre, tourné davantage sur le présent et l'avenir du système éducatif.

Plus que jamais, je reste persuadé que "l'école s'invente tous les jours" !

 

III - Réflexions pour aujourd'hui 

« L’unité de tout cela, Monsieur l’Inspecteur, c’est la vie, la  qualité de tous ces textes, la résonance qu’ils provoquent chez les  élèves  … »

                                                      Philipe  Delerm

 

C’est comme Obélix tombé dans la marmite de potion magique : l’enseignement, une fois qu’on est tombé dedans, il arrive très souvent qu’on ne s’en défasse plus jamais. C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de continuer à cogiter en suivant les convulsions et évolutions de notre système éducatif.

 

Deux constats préliminaires

L’ignorance gagne du terrain.

De manière générale, je suis effaré de constater qu'à mesure que le progrès scientifique accumule un savoir de plus en plus exact, on observe à travers le monde une lente montée de l'ignorance. Chaque jour la science nous apporte de nouvelles découvertes et pourtant jamais l'ignorance n'a gagné autant de terrain. En France, les chiffres sont là : nous comptons 6 % d'illettrés, c'est-à-dire environ 3 millions de personnes. Si on additionne les personnes analphabètes qui ont des difficultés à lire et à écrire le français, on arrive à près de 10 % de la population. C’est énorme pour un pays où l’enseignement est gratuit et obligatoire !

Mais ce phénomène concerne le monde entier. Selon une récente projection de l'ONU, en 2020, le monde arabe comptera 25 % d'analphabètes. Ce monde arabe qui a publié plus de livres entre le VIIIe et le XIIe siècle qu'aujourd'hui. Que penser de ces prédicateurs saoudiens qui apprennent à leurs étudiants que la Terre est plate, et dernièrement, à l'Université de Sfax en Tunisie, qui est pourtant l'un des pays arabes parmi les plus avancés, une chercheuse voulait démontrer aussi que la Terre était plate et qu'elle ne tournait pas autour du Soleil. Il y a quarante-cinq ans, quand j’enseignais au Maroc, je rencontrais le  même problème avec le professeur de l’enseignement religieux  mais cela ne semblait pas perturber les élèves qui s’accommodaient des deux vérités. Cette progression du fondamentalisme  existe aussi aux États-Unis où 46 % des Américains (effarant, non ?) pensent que la Terre a moins de 10 000 ans. Parmi eux, il y a ceux qu'on appelle les « créationnistes » et ceux-ci commencent à prendre pied en France, en Angleterre, et même en Turquie où, parait-il, ils sont déjà très nombreux. Cette montée de l'ignorance favorise  l’obscurantisme, phénomène à mettre en corrélation avec la montée de l'islamisme politique.

Faut-il admettre que nous sommes en pleine régression intellectuelle dans le monde ?

La surinformation favorise l’ignorance.

Certains établissent aussi un lien avec la révolution numérique. Selon eux c’est dans les années 2000 qu’on a commencé à assister à une surinformation qui a conduit à l'ignorance. J’avais commencé à faire ce constat, juste avant de  prendre ma retraite, en 2003. Aujourd’hui, trop de 15-29 ans ne lisent plus de livres. En revanche, ils lisent davantage sur les réseaux sociaux, les blogs... D'après une étude de l'Université de Yale, la lecture sur le réseau internet n'est pas la même : les informations se superposent les unes aux autres alors que la lecture d'un livre permet de pénétrer les pensées de l'auteur et de structurer les informations. D'autres études sont à mettre en corrélation avec ce constat inquiétant : les Français auraient perdu 4 points de QI entre 1989 et 2009, phénomène mesuré aussi en Angleterre ou aux États-Unis.

Wikipédia est le plus bel exemple des effets pervers de l'Internet. Si dans le domaine scientifique, les notices sont rédigées par des experts, dans le domaine de la littérature et en histoire, c'est un agrégat de données nivelées par le plus grand nombre. On est loin du concept des « encyclopédies », véritables réceptacles du savoir vérifié. Ce qui est grave c’est que l’absence de hiérarchisation du savoir conduit au relativisme culturel où tout se vaut. La page d’une star de la chanson  est bientôt  plus fournie que celle de Victor Hugo, et Homère y passe pour un galopin.

 

Il n’y a qu’une seule façon de réagir à cela : rétablir le pouvoir  du savoir et de l’intelligence par l’école ! Il faut absolument replacer la culture générale et l'histoire au centre de nos préoccupations. Avec des enseignants aux connaissances indiscutables, de préférence !

A suivre : "Les maux dont souffrent le système éducatif".


NOUS SOMMES LA NATION FRANCAISE…

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« C’est ça la France … Qu’a-t-on fait pour mériter ça ? » Un livre que tout citoyen qui s’intéresse à la chose publique devrait lire.  Barbara LEFEBVRE y passe en revue toutes les dérives de notre temps qui cherchent à détruire La France, sa culture, son histoire, sa laïcité, son unité…. Un livre d’une grande lucidité qui part de l’observation des faits et qui en analyse les origines et les conséquences néfastes. Et pourtant, nous restons la « nation française », c’est le cadre qu’il faut continuer à défendre. Elle nous dit comment. Un merveilleux outil de réflexion pour une droite qui se reconstruit.

Les deux postmodernités.

Faisant référence au sociologue Yves Bonny, Barbara Lefèbvre évoque « l’idéologie de la déconstruction » à l’œuvre et met en lumière les deux axes de la critique postmoderne du « en même temps » macronien. La première postmodernité met en valeur toutes les catégories sociales dite marginalisées ou opprimées (femmes, immigrés, homosexuels, minorités religieuses…). Racialisation et ethnicisation en sont la démarche naturelle. Le processus débouche sur la nation multiculturaliste. L’identité nationale y est présentée comme hégémonique, car imposée par les groupes sociaux dominants. La seconde postmodernité est celle de l’individu nomade, cosmopolite, sans racines… Il est chez lui partout et ne connait pas les frontières. Sans passé ni avenir, il vit uniquement dans le présent. Il est le digne représentant des élites intellectuelles, artistiques, économiques des grandes métropoles. La nation est l’ennemi de ces deux postmodernités : elle oppresse les minorités, elle est un geôlier pour le nomade. Voilà pourquoi tous ceux qui s’en réclament sont aussitôt stigmatisés et suspectés de vouloir restaurer des valeurs nauséabondes.

La nation.

La culture qui fonde notre identité nationale est le résultat d’un melting-pot, de mélanges, de métissages, elle s’est forgée au cours des siècles. En valorisant l’unité de la nation (une et indivisible) nous mettons en avant ce constat. Accepter de se fondre dedans va à l’encontre de l’accusation d’exclusion, de xénophobie ou de racisme. Encore faut-il adopter le principe d’universalité sur laquelle cette identité s’est construite. Cela ne convient pas aux obsédés de la race ou du genre qui préfère la psychologie victimaire.

La patrie.

Ce n’est pas un hasard si le drapeau tricolore a été remis à la mode au milieu des années 2000. Déjà, l’insécurité culturelle pointe et une partie de l’élite politique, intellectuelle et médiatique s’empare des couleurs nationales pour  montrer au peuple inquiet un attachement patriotique à la France. Mais il ne suffit pas de pavoiser. D’abord le bleu-blanc-rouge ne plait pas à tout le monde et est réduit par certains à « la revendication d’une nation mythifiée de tradition judéo-chrétienne, de blancs aux yeux bleus, excluante et raciste ». L’extrême gauche apporte ainsi son soutien aux islamistes. Peu importe qu’on soit pris en contradiction entre l’hyper souverainisme des Conventionnels de 1792 et le courant internationaliste prolétarien repeint aux couleurs du multiculturalisme, dont ils se réclament. La patrie c’est aussi La Marseillaise. Autre symbole fort de l’attachement à la France, elle est forcément une cible. Se réapproprier les symboles de la République, c’est aussitôt être suspecté de faire le jeu de l’extrême droite. Le débat autour du « sang impur » qui au début du XVIIIème siècle n’a aucune connotation raciste ni protofasciste, n’est qu’un artifice pour se démarquer à bon compte. En quoi une ligne de la Marseillaise réduit-elle l’identité des Français à une couleur de peau ou à une ethnie quelconque ?  La patrie enfin, c’est un territoire. La géographie rejoint l’histoire. Le pays abrite la nation comme le paysan fait le paysage. C’est pour avoir nié cette réalité que le pouvoir centralisé et technocratique s’est pris de plein fouet le mouvement des « gilets jaunes » ! Attaquée sur ses symboles et niée dans sa réalité par la mise à mort du monde rurale, notre « patrie » est en grand danger.

Christianisme et laïcité.

« Les religions sont des structurants identitaires fondamentaux » affirme Barbara Lefèbvre avec justesse, ne serait-ce que parce que la « morale judéo-chrétienne » subsiste et se retrouve dans nombre de nos valeurs, de nos principe juridiques sous une forme sécularisée, rationalisée. Evidemment l’islam provoque un électrochoc identitaire, dans un monde où le religieux s’est réduit à la « sphère privée ». Mais qui ne voit la contradiction d’une doxa qui se plait à décrire le modèle judéo-chrétien comme désuet voir réactionnaire et pousse des cris d’orfraie quand on s’offusque du port d’un voile pourtant largement discriminant à l’endroit des femmes. Passons sur le fait que les participants à la « manif’ pour tous » soient décrits par les médias « éclairés » comme un ramassis de cul-bénis et de fachos homophobes, ce qui n’est en rien la réalité, il suffit de quelques images bien choisies et le combat est perdu d’avance. Le paravent de la laïcité pour lutter contre une religion qui a la prétention de régir la vie des sociétés humaines dans toutes ses dimensions, depuis la sphère privée jusqu’à l’organisation de l’espace public, risque d’être bien maigre d’autant plus que le Conseil d’Etat rend des arrêts d’une grande tolérance à l’égard de l’islam, en vidant de sons sens la loi de 1905.

L’idéologie de la déconstruction.

C’est le pire poison pour notre société. « La nation est un monstre, l’identité nationale est luciférienne, l’Etat a des penchants génocidaires ». Le culte du repentir concerne tout l’Occident, et l’Europe en particulier, accusés de tous les crimes esclavage, impérialisme, colonialisme, génocide…  Inutile d’entrer dans le détail. Et pour que ce soit bien clair, on réécrit l’histoire. L’objectif est simple :  déconstruire les idéaux universels occidentaux. Le progressisme s’est attaqué à l’art, la littérature, la philosophie. La mise en procès de l’Occident esclavagiste, raciste, islamophobe, sexiste est généralisée. Elle débouche sur le relativisme intégral qui excuse d’avance le terrorisme. Ainsi depuis vingt ans, la repentance est devenue une routine. Mais ne nous y trompons pas, la mouvance décoloniale est par sa nature identitaire, fondée sur des bases ethniques et/ou religieuses. Elle entend se confronter à l’identité nationale pour la disloquer, la remplacer : « La France est à nous ! » disent-ils. Ils refusent ainsi de se fondre dans l’identité nationale comme d’autres l’ont fait avant eux.

La place de l’armée.

Avec le sacrifice d’Arnaud Beltramme, image indépassable du « héros » au service de la patrie, à laquelle on pourrait ajouter le sacrifice des 13 soldats morts au Mali, le lien armée-nation a plus que jamais sa raison d’être. L’engagement militaire reprend enfin tout son sens. Le déni de la guerre est-il pour autant conjuré ? Va-t-on enfin utiliser vraiment l’armée dans le rôle qui lui est dévolu, et non la confiner dans des tâches subalternes, de sécurité-parade ou éducatives. Mais que penser quand le chef des armées humilie son chef d’état-major ?

Je n’ai fait que survoler superficiellement un ouvrage à la réflexion dense et implacable. Le livre mérite qu’on entre dans son intensité.

Vous n’avez pas le temps de le lire ? Alors venez samedi prochain à la rencontre de l’auteure. Et en plus vous pourrez lui poser toutes vos questions au cours d’un échange qui s’annonce ouvert et riche.

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Les catalyseurs de pédagogie - (2) Les voyages

Le voyage,

cet autre adjuvant pédagogique…

(et machine à fabriquer les « petits bonheurs »).

 

Les voyages scolaires sont, dans la  deuxième moitié de ma carrière, les compléments indissociables des spectacles, dans la mesure où beaucoup d’entre eux ont donné lieu à une représentation devant un public. Ce fut d’abord un compte-rendu sous forme de diaporama audio-visuel, un peu à la manière de ce que présentaient les voyageurs de « Connaissance du monde »,  puis ce furent des spectacles de plus en plus élaborés, comme je l’ai évoqué dans le chapitre précédent.

Entendons-nous, un voyage, ce n’est pas la simple sortie locale. C’est un déplacement plus ou moins lointain qui nécessite au minimum une journée entière, voire plus. Il faut distinguer deux types de voyages.

Les échanges linguistiques.

D’abord, il y avait les voyages organisés dans le cadre des échanges linguistiques. Enseignant le français et  l’histoire-géographie, je n’étais pas concerné au premier chef, mais  les collègues d’allemand ou d’espagnol me sollicitaient comme  accompagnateur. C’est ainsi que je fis plusieurs fois les séjours de Brême et de Grenade....

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Les catalyseurs de pédagogie - (1) Le spectacle

Le spectacle, 

pédagogie de la « troisième dimension ».

 

«  Ah, tu es avec Monsieur Houlle, alors tu vas faire du théâtre ! » s’était écrié un parent en début d’année.

Le spectacle compte-rendu.

Justement, cette année-là, un voyage en Touraine de trois jours devait nous mener de Bourgueil à Richelieu en passant par le Clos Lucé, Villandry, Saché et Chinon. C’est comme ça que naquit l’idée de monter un spectacle genre diaporama. Une autre année, avec nos élèves de cinquième, nous avions fait une « classe patrimoine » à l’abbaye de Fontevraud : un séjour d’une semaine qui nous avait permis de « radiographier » l’ensemble monumental,  des égouts à la charpente. Au retour, il fallait trouver le moyen d’exploiter ce capital de découvertes accumulées au cours des nombreuses activités et aussi en rendre compte aux parents : évidemment, un spectacle s’imposait. Inévitable pour des collégiens fréquentant le collège « Jean Vilar » ! ....

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LA FILIERE NUCLEAIRE DANS L’IMPASSE ?

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Mais que se passe-t-il avec la construction de l’EPR de Flamanville ?

Aujourd’hui, plus personne ne semble maîtriser ni l’agenda, ni les coûts du chantier, et l’on peut compter sur les écolos pour contribuer à saborder définitivement le projet. Heureusement on n’en est pas encore là. EDF ira certainement au bout, mais 12 milliards d’euros ont déjà été engloutis pour un devis initial de 3,5 milliards !  Ce qui est en jeu est bien plus grave : c’est l’avenir du réacteur de nouvelle génération que les retards de Flamanville compromettent. Or c’est un outil dont la France a grand besoin pour remplacer d’ici les 15 prochaines années le parc des réacteurs actuels que le « grand carénage » va prolonger à une soixantaine d’années d’exploitation. Car les écolos ne nous feront pas croire à l’alternative généralisée des énergies renouvelables qui se ferait au prix d’une augmentation colossale du coût de l’énergie.

Une catastrophe industrielle.

L’histoire de la construction de l’EPR est édifiante de la gouvernance politique des dix dernières années : la guerre entre EDF et AREVA, le mensonge de Flamanville, les pertes de compétences… et la pression constante des écologistes. En 2006, AREVA vend un EPR à la Finlande. Pour ne pas laisser  le marché  libre à son concurrent, EDF s’engage à construire un EPR à Flamanville pour 3,3 milliards d’euros et programme un chantier sur 54 mois. Un énorme mensonge que l’Etat avale. Irréaliste, surtout que les pertes de compétences ont rendu le pari totalement impossible : depuis  le début des années 90, l’électricien n’avait plus construit de centrale nucléaire (dernière en date Civeaux, 1991). Entre temps, il a perdu les capacités de maîtrise d’ouvrage et surtout les soudeurs hautement spécialisés pour lesquels il a fallu recourir à des entreprises étrangères. La crédibilité du nucléaire français en est profondément affectée. En 2018, 8 soudures de haute technologie défaillantes sont découvertes reportant le retard à 2022 après une liste de contretemps déjà impressionnante. Pour arranger les choses, depuis 2007, l’énergie est une compétence partagée entre le ministère de la Transition énergétique et le ministère de l’Economie. L’Etat actionnaire ne parle plus d’une seule voix et l’arrivée de Hollande à l’Elysée n’a fait qu’aggraver les choses avec des promesses de campagne, comme la fermeture de Fessenheim et la réduction de moitié de l’apport de l’énergie nucléaire, se sont révélées insoutenables. La catastrophe de Fukushima a fait le reste, en rendant l’ASN (Agence de Sureté Nucléaire) quasi paranoïaque.

Le temps est compté.

L’Elysée reste le décideur ultime. Fidèle à son habitude, le Président se garde bien de donner une direction claire et assumée. Certes, le retard d’entrée en production de Flamanville ne permet pas d’avoir un retour d’expérience sur le prototype. La décision de construire une flotte d’EPR devait être prise en 2021. La question sur la compétitivité risque donc de rester entière et rend aléatoire la relance d’un programme nucléaire de grande ampleur. De son côté EDF veut emmener l’ensemble du parc actuel jusqu’à 50 ans, et même pour certains réacteurs jusqu’à 60 ans, moment où une flotte d’EPR devrait prendre le relais. A condition que la décision soit prise en temps utile. EDF est certaine que les travaux de mise à niveau permettront aux centrales actuelles de se rapprocher des standards de sécurité les plus élevés tout en permettant de produire de l’électricité dans de bonnes conditions économiques. Fessenheim qui doit fermer l’année prochaine est considérée comme la plus sûre du parc et devrait voir sa vie encore prolongée du fait du retard de mise en service de Flamanville qui devait prendre le relais. Par ailleurs, notre électricien national continue de vouloir exporter sa technologie, notamment en Inde, sans parler du contrat avec les Anglais. Le géant français jouit encore d’un statut qui n’est pas contesté en matière de référence dans le domaine de l’atome.

L’espoir vient de Chine.

Le comble, c’est que les Chinois, eux, ont réussi avec leur EPR. La centrale de Taishan fonctionne à plein régime depuis sept mois ; elle a été construite avec une cinquantaine d’ingénieurs d’EDF présents en permanence sur place. Une coordination exemplaire saluée par les Chinois : la centrale a été portée par une coentreprise entre le chinois CGN (51%), EDF (30%) et un provincial Yuedian (19%). Le second EPR est presque terminé. A Paris, le chœur des voix discordantes continue a capella : tandis que Bruno Le Maire souhaite s’affranchir de la mise en service de Flamanville pour prendre la décision d’un nouveau programme nucléaire, Elisabeth Borne, de son côté, campe sur cet enchaînement : d’abord Flamanville puis décision…. Ce qui reporterait le projet de la construction de 6 EPR au mieux à 2023 ou 2024. Aucun arbitrage présidentiel n’a été rendu sur le sujet. Il est vrai que le Président a d’autres chats à fouetter en ce moment. Et pourtant, s’il y a bien un enjeu crucial, c’est bien celui-là. La France sera-t-elle demain toujours un pays nucléaire, quand la Chine construit 11 autres réacteurs ? La réponse est éminemment politique. Le fait que le gouvernement ait discrètement mis fin au programme ASTRID de recherche sur le surgénérateur ne rend pas optimiste. L’arbitrage à rendre entre le nucléaire et les autres sources de production d’électricité, c’est maintenant ! C’est la sécurité énergétique des générations futures qui l’exige. Il est encore temps de remobiliser une filière industrielle qui connait des déboires mais qui a les moyens de redevenir le fleuron qu’elle a été. En choisissant de l’abandonner, la France s’engagerait définitivement sur le chemin du déclin. Il faudrait d’autant plus de courage politique que les « vents écologiques » sont très défavorables, avec leur capacité de désinformation phénoménale.

Mais du courage, en a-t-on seulement encore une parcelle en haut lieu ?

 

 


Radioscopie d'une expérience - (7) L'évaluation, l'inspection

L’évaluation.

S’il y a bien une question qu’on ne se posait pas au début des années 60, c’était celle de la notation. Tous les devoirs et travaux étaient évalués sur une base immuable, sauf rare exception : le barême sur 20. Il en était fait une déclinaison décimale jusqu’au ¼ de point selon la nature des exercices, du « pifomètre » de la rédaction au décompte méticuleux des fautes de dictée, des questions qui suivaient ou des exercices de grammaire. Le tout faisait l’objet d’une moyenne trimestrielle elle-même sur 20. Un système très ancré et qui a eu la vie dure puisqu’il est encore largement utilisé, même s’il n’a plus le monopole de l’évaluation.

Evacuons d’abord le débat sur l’absence de notes :....

 

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Radioscopie d'une expérience - (7) L'évaluation, l'inspection


" C'EST CA LA FRANCE..." Conférence-débat

On ne présente plus Barbara LEFEBVRE, enseignante, auteur de livres qui ont fait l'actu. 

C'est son dernier ouvrage qui sert de support à son exposé. : "C'est ça la France ... Qu'a-t-on fait pour mériter ça ?"

Elle y passe en revue tous les enjeux et les modeleurs de la "pensée conforme" à la manoeuvre, tout ce qui déconstruit et détisse les liens entre les générations, la France coupée en deux entre gentils "progressistes" et  méchants "nationalistes"...

Nation, identité nationale, culte victimaire, manipulations idéologiques : un état des lieux sans concession par quelqu'un qui n'a pas froid aux yeux !

Nous avons la chance qu'elle vienne à notre rencontre !

Un rendez-vous incontournable !

Merci de vous inscrire, en utilisant le lien ci-dessous. Vous aiderez à la bonne organisation de la réunion.

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