HISTOIRE

DANS LES PAS DE NAPOLEON

Bonaparte chef de guerre

 

L’EMPIRE CONTINENTAL 1807-1812

L’affrontement avec l’Angleterre devint l’axe majeur de la politique de l’Empereur. Après Trafalgar, elle était maîtresse des mers ce qui lui permit de résister au « blocus continental » imposé par Napoléon. La volonté de le rendre plus rigoureux l’entraîna  dans une politique d’annexions et de guerres qui inquiétaient les monarchies. L’invasion de l’Espagne, en 1808, procédait de cette exigence mais se transforma en un guêpier où la grande armée perdit son statut « d’invincibilité ». L’Europe soumise se remit alors à espérer, alimentant les complots, les revirements des monarques et le renouvellement des coalitions. L’entrevue d’Erfurt avec le tsar Alexandre montra la fragilité de l’empire napoléonien.

Le blocus continental.

Dès lors Napoléon était prisonnier de la logique du système : il fallait à tout prix empêcher les marchandises anglaises d’entrer sur le continent. En 1807, il fit occuper la Poméranie suédoise. Tous les grands ports de la mer du Nord passèrent sous la souveraineté française ; la Hollande fut annexée en 1810… ll restait à régler le sort du Portugal, vieux client et ami de l’Angleterre. Face au refus de fermer ses ports aux Anglais, Junot fut chargé de conquérir le pays, et en novembre 1807, il entrait  dans Lisbonne. L’occupation de l’Espagne s’imposa alors. Celle-ci semblait être une proie facile.

Le guêpier espagnol.

L’arrivée des troupes françaises commandées par Murat (1808) provoqua des troubles. Charles IV dut abdiquer et son successeur Ferdinand, craignant la révolte populaire, fit appel à l’aide française. Murat entra dans Madrid en mars et Napoléon organisa la « tragi-comédie » de Bayonne où il convoqua la famille royale espagnole. Il venait d’apprendre le soulèvement de Madrid le 2 mai et la sanglante répression qui s’en était suivie. Napoléon imposa à Ferdinand de rendre la couronne à son père qui s’empressa d’abdiquer en faveur du « grand Napoléon, son ami » qui l’offrit aussitôt à son frère Joseph. Rien n’était résolu. Des milliers de partisans prenaient les armes, une junte, réunie à Séville dirigeait l’insurrection et organisait la « guerrilla ». En juillet 1808, le Général Dupont capitulait à Baïlen, Joseph dut quitter Madrid. 16 000 Anglais débarquèrent au Portugal et Junot capitulait à Cintra au mois d’août. A Erfurt, Napoléon s’efforça d’obtenir des garanties suffisantes du tsar avant de partir pour l’Espagne, mais rien de précis n’en sortit. En novembre l’Empereur était en Espagne pour y engager un combat difficile avec la « grande armée ».  Comme toujours, la campagne commença par une série de victoires et il entra le 4 décembre à Madrid. Le siège de Saragosse par Lannes montra que la résistance espagnole était loin de s’éteindre. Napoléon qui craignait une nouvelle guerre continentale rentra à Paris en 1809 où Talleyrand et Fouché, inquiets pour l’avenir, complotaient. Les troupes françaises tenaient les villes mais ne parvinrent jamais à se rendre maîtresses des campagnes. Napoléon perdit en Espagne des forces précieuses qui manquèrent par la suite. L’affaire se solda par le renvoi de Ferdinand sur son trône en 1812 !

Une cinquième coalition.

A peine rentré, Napoléon dut faire face à l’Autriche qui entrait à nouveau en guerre. Trois fois déjà, elle s’est trouvée en guerre contre la France révolutionnaire et impériale (1797, 1801, 1805), et elle a été à chaque fois battue. En 1809, elle espère qu’un soulèvement de toute l’Allemagne viendra la soutenir amis la tentative de rallier la Prusse avorte et « l’appel de l’archiduc Charles à la nation allemande », en avril 1809 n’obtient que des résultats sporadiques. Si, après la prise de Vienne, Essling fut un échec pour Napoléon, il écrasa définitivement les Autrichiens à Wagram en juillet 1809, malgré une bataille difficile où il laissa 20 000 morts. Pour l’Autriche, une crise financière totale venait s’ajouter à la défaite militaire. Elle dut accepter la dure paix de Vienne (octobre 1809). La France continuait son expansion territoriale jusqu’aux « provinces illyriennes » et l’Empereur obtint la main de Marie-Louise d’Autriche. Napoléon répudia Joséphine et le mariage avec l’archiduchesse fut célébré solennellement en 1810. L’alliance matrimoniale des Habsbourg avec l’ennemi et l’usurpateur, considérée comme une infamie par l’empereur François, permettrait, pensait Metternich appelé aux affaires, de préparer en paix le relèvement intérieur autrichien. L’archiduchesse était réellement éprise de Napoléon et lui donna un héritier en 1811, complétant le triomphe de l’Empereur. Celui-ci reçut le titre de « roi de Rome », vieux titre du Saint-Empire romain germanique. Plus encore que la Prusse en 1806, l’Autriche avait accepté et adopté l’Empereur des Français. Metternich sera fidèle à Napoléon jusqu’au début de 1814. La puissance de la France, qui étend son pouvoir de l’Adriatique aux bouches de l’Elbe, en Europe occidentale, lui paraissait conciliable avec celle de l’Autriche en Europe centrale.

La défaite de Masséna au Portugal en mai 1811 réalisait la prophétie de Joseph Bonaparte : « Sire, votre gloire échouera en Espagne ». Le dernier chapitre de l’épopée va bientôt s’ouvrir avec le nouveau conflit voulu par le tsar Alexandre.


CONTRE-VERITES ET AUTRES BALIVERNES DES ECOLOGISTES

éoliennes

 

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les causes du réchauffement climatique, et l’attribuer aux hommes est caricatural. Surtout quand on établit systématiquement un lien avec les catastrophes climatiques : par exemple, les incendies en Australie s’expliquent par l’exclusion des Aborigènes qui maîtrisaient la gestion des forêts. Un peu de connaissance de l’histoire climatique de la Terre ne nuirait pas, car le réchauffement a commencé à la fin de la dernière glaciation, ce qui explique que les ports de l’Antiquité sont tous sous l’eau. Quant au domaine alimentaire, si la bio était si bon que ça, comment expliquer que la DGCCRF ait retiré du marché l’an passé uniquement des produits bio au motif de leur dangerosité pour la santé humaine… La pression écologiste nous conduit tout bêtement à pénaliser inutilement notre industrie, notre agriculture et au bout du compte les ménages. Excluons aussi du débat toutes ces mesures prises par les nouveaux maires écolos, sapin de Noël et autres délires « genrés » qui relèvent des idéologies à la mode chez les « progressistes » mais non aucun fondement scientifique.

L’écologie radicale dans la constitution.

La proposition du Président de la République de réviser la Constitution pour y introduire dans l’article 1er « la garantie de la préservation de l’environnement et de la diversité biologique » ouvre la voie à une politique écologique qui fait de cette « garantie » un absolu qui prévaudra sur tout autre droit, tout autre objectif d’intérêt général, toute autre considération politique. Une disposition dans laquelle s’engouffrera  tous les écologistes radicaux pour empêcher tous les projets qu’ils jugeraient, selon leurs critères, nuisibles à l’environnement. Elle nous fait courir le risque d’une régression à la fois politique, sociétale et démocratique en faisant table rase des acquis du développement durable que la Charte de 2005, à valeur constitutionnelle, promeut. Avec le verbe « garantir » il y a une obligation de résultat qui vient en contradiction avec l’article 6 de la Charte qui dispose que « les politiques publique… concilient la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social ». Le développement durable n’est pas la « décroissance ». L’écologie radicale à l’oeuvre dans le projet de révision constitutionnelle est une fuite en avant qui nous ferait sortir de l’écologie humaniste dont les principes inspirent la Charte de 2005.

Le  mensonge énergétique.

Les écologistes diabolisent le nucléaire au profit d’énergies qui seraient plus vertes. Déjà, ils oublient de dire que pour financer les éoliennes et le photovoltaïque, les Français et les entrepreneurs paient plus cher l’électricité avec 20% de taxes dédiées. On peut ajouter que l’électricité produite en France à partir du nucléaire et de l’hydraulique est déjà décarbonée. Le nucléaire a fait la preuve de sa maîtrise et exige peu d’espace, sa production est fiable. Quant au traitement des déchets, les plus radioactifs peuvent être recyclés sur les surgénérateurs. Le plutonium produit relève d’un autre débat quant à son utilisation.

L’énergie du vent est diffuse et aléatoire et les éoliennes ont un niveau de production faible, capricieux, auquel il faut être capable de substituer une autre production immédiatement disponible, donc gaz ou charbon. La fermeture de Fessenheim, pour faire plaisir aux écologistes, alors que la centrale offrait toutes les garanties de fiabilité, a failli provoquer, le 8 janvier dernier, un « black-out » en raison d’un pic de consommation électrique. Heureusement, les entreprises, en raison du télétravail tournaient au ralenti… Là est tout le problème : la variabilité de l’éolien et du solaire dont la production ne survient pas forcément quand les consommateurs ont besoin d’électricité. Cela suppose d’investir lourdement pour construire entre 40 et 60 gigawatts de capacité supérieures de production pour conserver des marges et faire face aux pics de consommation. De plus, particuliers et entreprises devront, en outre, adapter leur consommation en fonction de l’électricité disponible. Une autre difficulté reste encore à résoudre : le maintien stable du réseau à 50 hertz, que les grosses centrales nucléaires sont seules capables de maintenir.

Dernier obstacle : passer à un mix énergétique à plus de 50% « d’énergies renouvelables » suppose de densifier les parcs éoliens et solaires, avec le maillage équivalent du réseau des lignes électriques. Et on s’aperçoit alors de la forte résistance locale aux adaptions nécessaires. Les parcs éoliens sont vécus de plus en plus souvent comme des envahisseurs qui défigurent les paysages et ces moulins de plus en plus hauts, lourds, bruyants font l’objet d’un rejet des populations pour des raisons de préservation de leur environnement mais aussi parce que nombre de citoyens ne tombent pas dans la fiction écolo, peu persuadés qu’ils sont que l’énergie qu’ils produisent est propre, et même qu’ils en produisent.

En 2050, la France pourrait se passer du nucléaire, nous dit un rapport de RTE et de l’AIE, mais les auteurs n’ont ni évalué le coût des investissements nécessaires pour y parvenir ni leur impact sur les prix de l’électricité. Il y a une autre voie plus sûre pour remplacer les centrales nucléaires existantes, celle des EPR. Ce serait le bon sens. Mais les écolos en manquent cruellement.

A suivre : L’escroquerie de la voiture électrique, les contre-vérités sur l’eau et la biodiversité, l’hypocrisie sur les OGM, derrière l’écologie, la décroissance.

 


DANS LES PAS DE NAPOLEON

Bonaparte empereur

L’APOGEE NAPOLEONIENNE 1804-1807

L’exécution du duc d’Enghien leva les dernières inquiétudes des anciens révolutionnaires qui craignaient une restauration de Louis XVIII par le Premier consul. Ils acceptèrent que la dictature fût habillée en monarchie pour conforter le régime, garant des conquêtes de la révolution. Napoléon ne sera pas roi, mais empereur, titre qui correspond bien au mimétisme de l’empire romain à la mode. De plus on pensait que cela allait lui permettre de parler d’égal à égal avec les empereurs d’Autriche et de Russie. Un referendum est organisé en 1804 sur la question : « Le peuple français veut-il l’hérédité de la dignité impériale dans la descendance directe, naturelle, légitime et adoptive de Napoléon Bonaparte ? ». Il y eut plus de 3,5 millions de « oui » pour 2579  « non ». Bonaparte devient Napoléon Ier, empereur des Français, s’entourant d’une cour et d’un appareil qui rappelle la tradition monarchique. Le sacre n’était pas prévu dans la constitution, mais on pensait qu’il renforcerait l’autorité de l’empereur. Il eut lieu à Paris, à Notre-Dame, le 2 décembre  1804 en présence du pape. L’histoire retient surtout de l’événement, le tableau de David exposé au Louvre qui attire toujours un public nombreux et qui représente le couronnement de … Joséphine par Napoléon ! Celui-ci à 35 ans.

La monarchie impériale.

Comme les rois, Napoléon voulut une cour, à la fois instrument de pouvoir et de contrôle. La famille de l’Empereur formait les dynasties princières, au-dessus de six grands dignitaires, quatorze maréchaux, huit grands officiers civils et militaires. A la cour, l’étiquette effaçait les souvenirs du tutoiement des bivouacs. Sabres et galons étaient proscrits.  Seul l’Empereur s’habillait en soldat, adoptant l’uniforme des chasseurs de la garde. Une nouvelle noblesse  fut fondée, comme instrument de règne : il y eut bientôt  trente fiefs en Italie. L’Empereur distribua des trônes à sa famille : Louis devint roi de Hollande, Joseph, roi d’Espagne, Jérôme, roi de Westphalie, Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie  … Désireux de fonder une dynastie, Napoléon se désolait de ne pas avoir de fils. Il se croyait stérile puisque Joséphine avait eu deux enfants de son premier mariage jusqu’au jour où la comtesse Walewska lui donnera un fils.  Raison d’Etat obligeant, il répudia Joséphine et devint le gendre de l’Empereur d’Autriche. Une manière de rattacher sa dynastie à celle qu’il avait renversée. Marie-Louise lui donna l’héritier tant attendu : le roi de Rome. Napoléon a même donné un « style » : meubles, draperies, décors.

L’expansion économique.

Au recensement de 1802, la France comptait 27 millions d’habitants et ce chiffre s’accrut jusqu’en 1814 pour atteindre 29 millions. Avec  le retour de l’ordre et de l’autorité sous le Consulat, le pays retrouva peu à peu sa prospérité. L’agriculture était devenue plus féconde. La pomme de terre, introduite dans la culture donnait aux paysans une nourriture plus consistante et plus saine, les récoltes de blé étaient plus abondantes,  la consommation de vin et de viande augmentait. On commença à tirer le sucre de la betterave, une production stimulée par la demande en l’absence du sucre de canne. L’industrie était aussi en pleine progression avec le développement du machinisme notamment dans les textiles : Oberkampf pour la toile de Jouy, Jacquard pour les soieries, Richard et Lenoir dans les cotonnades étaient des patrons modernes.  Chaptal, Berthollet, Vauquelin s’employaient à l’essor de la chimie. De nouvelles mines de houille furent mises en exploitation ce qui tripla la production, tandis que De Wendel utilisait le coke pour fondre le minerai de fer de Moselle et pourvoyait aux fournitures d’artillerie de l’Etat. De son côté l’Etat favorisait les entreprises par des subventions et des commandes ainsi que l’organisation de foires expositions. L’économie était aussi soutenue par une politique de grands travaux : routes, canaux, ports, voies alpestres, aménagement de Paris avec la construction de nouveaux ponts, le percement de la rue de Rivoli et du carrefour de l’Arc de Triomphe. Enfin, les  ouvriers étaient tenus en main avec le « livret ouvrier » et l’interdiction des grèves.

Les guerres interminables.

Bonaparte en avait assez du caractère belliqueux des Anglais. Il rêvait de débarquer sur l’île. Mais comment faire ? Il envisagea une double opération : d’abord rassembler une armée de débarquement imposante et éloigner  la flotte anglaise pendant au moins six heures, le temps de faire travers la Manche à ses troupes.  C’est ainsi qu’au camp de Boulogne furent concentrés 150 000 hommes (cinq ans de service  militaire, ça aide !). Ses bateaux étant bloqués dans les ports par la flotte anglaise, il ordonna à Villeneuve qui commandait la flotte de Méditerranée de faire une manœuvre de diversion. Mais Nelson ne tomba pas dans le piège qui  lui était tendu.  Le Français,  au lieu de se réfugier dans la rade de Brest, préféra prudemment  rejoindre Cadix. Ayant reçu l’ordre de Napoléon, furieux, de venir à Brest, il prit la mer  le 21  octobre  1805 et ce fut… Trafalgar. Une déroute avec un lot de consolation : Nelson y trouva la mort quand la France perdait le tiers de sa flotte. Les Anglais gardaient la maîtrise des mers. Il fallut abandonner le  projet d’invasion.

Par contre sur le continent, les victoires s’enchaînaient contre la  troisième coalition : Ulm, Austerlitz, Iéna. Napoléon imposa le « blocus continental ». Il faut savoir que deux mois avant les hostilités, il avait dicté un plan de campagne : on reste confondu, encore aujourd’hui de voir comment ces plans furent systématiquement réalisés, les batailles livrées et les dates presque respectées selon ses prévisions. Mais, sans nul doute, la plus prestigieuse  victoire et la plus géniale dans sa manœuvre fut celle d’Austerlitz, utilisant le brouillard puis le fameux soleil qui apparut au moment primordial,.  Inutile d’entrer dans les détails. Il suffit de dire qu’elle eut lieu un an jour pour jour après le sacre ! La plus belle manière pour fêter un tel anniversaire. « Soldats, je suis content de vous. Mon peuple vous reverra avec joie, il vous suffira de dire : j’étais à Austerlitz pour que l’on vous réponde : voilà un brave ! » Détail : les canons pris à l’ennemi servirent à fondre la colonne Vendôme. L’Empereur d’Autriche signa la paix de  Presbourg…

Mais Napoléon allait devoir faire face à la quatrième coalition. Là encore, son génie tactique lui permit d’écraser la Prusse, le 14 octobre 1806 à Iéna pendant que Davout, à Auerstaedt, rencontrait le gros de l’armée prussienne qui se débanda.  Contre les Russes,  la bataille d’Eylau fut une effroyable boucherie, mais les Français restèrent maîtres du terrain. Ce fut la paix de Tilsitt. Sur un radeau installé au milieu du Niemen, le  25 juin 1807, Napoléon et le tsar Alexandre Ier pouvaient décider du sort du monde. Le maître de la Russie était las de la guerre et outré par la politique des Anglais qui ne faisaient aucun effort pour constituer une armée terrestre. La paix fut signée le 8 juillet.

Napoléon est au sommet de sa gloire.

A suivre : l’Empire continental et la chute.

 


« UNE BELLE SALOPERIE ! »

Archibald en colère

 

Cette manière de faire de la politique me donne envie de vomir.

En politique, ce que vient de faire Renaud Muselier, s’appelle « une belle saloperie ». C’est l’expression qu’aurait utilisé autrefois un ancien maire d’Angers qui était mon ami. Car elle a été faite dans le dos de tous ceux qui lui faisaient confiance. Muselier a mené ses tractations souterrainement, a attendu d’être réélu à la tête de sa fédération et a passé son accord en contournant les consignes liées à son investiture par le parti LR et qu’ils connaissaient parfaitement : pas d’alliance avec LRem au premier tour. Et l’annonce intervient alors qu’il reste peu de temps avant le dépôt des listes. Des conditions de réalisation qui rendent la manœuvre encore plus sordide. Muselier, un maillon faible, ça n’est pas nouveau, c’est bien pour ça que Gaudin n’a jamais voulu lui passer le manche à la mairie de Marseille. Et tout ça parce que son manque d’envergure le faisait arriver derrière le RN dans les sondages. Mais additionner deux faiblesses n’a jamais fait une force. Rien ne dit que l’accord passé lui permettrait de gagner, les sondages sont souvent trompeurs face à une dynamique électorale. Qui peut mesurer en région PACA, le taux de répulsion qu’inspirent Macron et LRem dans l’électorat LR ?

Le poker menteur de Macron.

Macron aime tirer les ficelles, car le coup de PACA vient de l’Elysée. Il a une bête noire : Les Républicains qui existent encore et toujours. Ils sont la cible privilégiée car c’est de là que pourrait venir l’alternance qui le mettrait au chômage. Son assurance-survie, c’est Marine Le Pen. Mais PACA n’est peut-être pas le bon choix pour tester sa stratégie d’absorption à droite (on dit pudiquement de « recomposition » comme le répète si mal le perroquet Castex). En effet, ce n’est pas non plus un hasard si Marine Le Pen a mis en tête de liste Thierry Mariani, cet ancien LR, ancien ministre de Sarkozy. Et dans ce cas de figure, elle pourrait bien remporter le « jackpot » : nombre d’électeurs LR de PACA auraient moins de  mal à franchir le Rubicon en votant pour un ancien de la maison plutôt que pour un « traître » (on est dans le midi). Macron pourrait bien vérifier le scénario qu’il souhaite pour 2022 à ses dépens. Si le RN remportait la région PACA, quel signal  pour la  présidentielle !!! Et dans ce cas-là, ce n’est pas un « « bla-bla tour de France » qui changerait la donne. Justement, parce qu’on a déjà donné avec le simulacre du « grand débat ».

LR n’a pas dit son dernier mot. 

D’abord Muselier a perdu son investiture, ce qui est logique et sain. Et ce serait bien que le parti soit  en capacité de vider la liste du parjure et d’en monter une autre « LR grand teint ». Avec en tête de liste un « David Lisnard » : ça aurait de la gueule ! Le Cannois n’aurait rien à perdre étant donné les conditions, et il est capable de mener une campagne « à la hussarde », d’autant plus que LR est très bien implanté dans tous les départements de la Région. Et d’autant plus que toutes les études montrent que l’épicentre politique de la France est aujourd’hui à droite. Et en PACA probablement encore plus. Le  meilleur moyen de démontrer qu’on ne peut pas évacuer notre famille politique est encore de la faire exister.

Ce qui ne tue pas renforce.

Macron voudrait souder tous les Républicains qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Car le parti, fort de son ancrage territorial, est plus solide que les médias qui ne répercutent que l’écume des choses veulent bien le dire. Car, bien évidemment, la droite aura «un» candidat en 2022. Chaque jour qui passe nous montre qu’elle a des représentants dignes de la représenter, qui ont des convictions, du souffle, de l’énergie, une vision pour la France, tels les Retailleau, Bertrand, Pécresse, Lisnard, Juvin. Demain peut-être ce sera le tour des Wauquiez, Barnier, Baroin, et j’en passe. Nos talents ne manquent pas. Les Républicains ont de quoi être au « rendez-vous ».  Et je suis frappé par la grande cohérence de leurs discours. Les adeptes de la martingale « anti-Le Pen » devraient savoir qu’elle se retournera inévitablement contre eux, parce que le discours que tient Attal est usé jusqu’à la corde et parce que 80% des Français ne veulent pas d’un nouveau duel Macron-Le Pen. De quoi donner aux électeurs affamés l’envie d’aller chercher un autre menu. Du coup, la responsabilité de la droite est immense !


DANS LES PAS DE NAPOLEON

Bonaparte 2le Premier Consul

 

LE  CONSULAT 1800-1804

Après le 18 brumaire, Bonaparte, auréolé du titre de Premier Consul, est le maître de la France. Avec la nouvelle constitution, tous les pouvoirs procèdent de lui. Le Consulat exerce une rigoureuse centralisation administrative qui marque encore  la France aujourd’hui, rétablit les finances, assure la paix religieuse par le concordat de 1801, met au point le Code civil.

Un administrateur exceptionnel.

Dès les premières semaines du Consulat, le pays et ses élites se rendirent compte qu’ils s’étaient donnés à un homme d’Etat exceptionnel aux immenses qualités. Bonaparte savait s’entourer et écouter les avis de collaborateurs choisis pour leurs compétences, leurs capacités de travail et leurs compétences… au moins  jusqu’au moment où « Napoléon » prit le dessus. Des hommes qui ont aussi souvent laissé leur nom dans l’Histoire : Cambacérès, son numéro deux, pour l’analyse juridique et la stratégie politique, Gaudin et Barbé-Marbois pour les finances publiques, Fouché pour la police, Portalis pour les grands textes, Talleyrand, évidemment, pour la politique étrangère, mais pas seulement. Il avait sa garde rapprochée avec Berthier, Duroc, Murat, Savary et côté familial il pouvait compter sur ses frères Joseph et Lucien, les  Beauharnais et les Clary. Bourreau de travail et homme d’autorité, ce jeune chef de l’Etat de trente ans frappait tous ceux qui l’approchaient par sa soif d’agir et de décider, par son implication jusqu’aux moindres détails et très souvent par la justesse de sa vision. Il se voulait « national », c’est-à-dire, dans son esprit, hors et au-dessus des factions.

La paix civile.

En un semestre, de janvier à juin 1800 des dizaines de lois et de décrets remirent  la France en ordre. La  loi du 17 février 1800 établit une centralisation administrative telle que la France n’en avait jamais connue : une organisation hiérarchisée avec un découpage territorial uniforme en départements, arrondissements et communes, et les collectivités sous tutelle avec les préfets, sous-préfets et maires nommés.  La justice fut réorganisée avec 29 cours d’appel et des magistrats nommés ;  auprès de chaque tribunal un commissaire faisait fonction de ministère public et avait aussi pour tâche de surveiller ses collègues. La restauration des finances était nécessaire : Gaudin créa la Direction des contributions directes et la Caisse d’amortissement ; un groupe de banquiers fonda la Banque de France qui eut le monopole de l’émission des billets. Le budget fut rapidement équilibré. Le Franc « germinal » de 5g en argent, la  pièce de 20 francs en or devaient rester stables jusqu’en 1914. La réforme éducative de 1802 mit en place les lycées. La paix civile put s’appuyer sur un système  policier relevant exclusivement de l’Etat et de nouveaux corps intermédiaires virent le jour telles les chambres de commerce et d’agriculture, et les professions judiciaires furent elles aussi rénovées. Enfin, la Légion d’honneur fut instituée pour récompenser les fidèles.

Le Code civil.

L’outil principal de « l’ordre public » devait être la règle de droit. En ce domaine, le travail qui fut mené fut colossal pour aboutir à un ensemble cohérent et pérenne. Les conseillers d’Etat sous la direction de Cambacérès et de Bonaparte reprirent le travail de la Convention et rassemblèrent les articles du code civil en articles simples et clairs : égalité, liberté, laïcité, partage égal des successions, suppression des dernières féodalités, mais aussi sacralisation des valeurs bourgeoises comme la propriété, ou la domination du père de famille. A cet égard, Napoléon Bonaparte, était un homme de son époque sur la répartition des rôles des femmes et des hommes dans la société. Après la période troublée que la France venait de traverser, les grèves et les coalitions ouvrières étaient interdites. L’œuvre fut terminée en 1804 et porta d’abord le nom de « Code Napoléon », car bien qu’il ne rédigeât rien lui-même, il était celui qui avait rendu possible cette codification sans précédent  qui marquait le triomphe du droit écrit unique sur les coutumes et les législations locales. Une petite moitié des articles actuels datent encore de 1804,  preuve qu’au fond, Napoléon Bonaparte n’avait pas tort lorsqu’il déclarait à Las Cases que « son » Code resterait une des vraies gloires de son règne. De fait la France contemporaine vit encore beaucoup sur cet héritage.

Le Concordat.

La paix religieuse était, pour Bonaparte, une autre condition essentielle du redressement de la France. Il n’était pas un pratiquant convaincu mais il appréciait la puissance du catholicisme et pensait qu’il était nécessaire de rallier l’Eglise à la France moderne. Politiquement, l’appui du clergé lui semblait indispensable à la consolidation de son pouvoir. Et il était urgent de régulariser la situation du culte catholique. Le traité entre la puissance temporelle du Consulat et la puissance spirituelle de Rome, le Concordat, fut signé le 15 juillet 1801. Le catholicisme n’était pas religion d’Etat,  mais reconnu comme celle de la grande majorité des Français.  Le Premier Consul nommait les évêques, qui, à leur tour, nommaient les curés : l’Etat leur assurait un traitement en échange d’un serment de fidélité. Le pape mettait fin au schisme révolutionnaire et gardait le contrôle du clergé régulier. Il reconnaissait la vente des biens du clergé.  Les articles organiques établirent le nombre des évêchés et des cures et renforcèrent le contrôle du gouvernement sur la liturgie et le catéchisme. En guise d’apaisement, 16 évêques réfractaires furent nommés en même temps que 12 constitutionnels. La religion protestante était légalement reconnue elle aussi.

La vie politique étroitement encadrée et surveillée.

La paix civile n’en fut pas autant instaurée immédiatement comme par magie. L’organisation mise en place par Fouché pour surveiller et encadrer les activistes de tout bord nécessitait un peu de temps pour produire ses effets. Elle en avait bien besoin car les opposants, royalistes et jacobins restaient actifs. Le 24 décembre 1800, alors que le Premier Consul se rendait à l’opéra, un baril de poudre explosa rue Saint-Nicaise, tuant un grand nombre de personnes. Napoléon en sortit sain et sauf, il avait été protégé par le plancher de son carrosse. L’enquête établit de manière accablante que les « chouans » avaient préparé la machine infernale à l’instigation de Cadoudal, mais ce sont les  Jacobins qui furent incriminés, ce qui permit une répression féroce et de se débarrasser des irréductibles de la gauche dont une centaine furent déportés. Progressivement le régime se durcit, la presse fut de plus en plus censurée, et en 1802 les opposants furent exclus des assemblées. Un plébiscite nomma Bonaparte Consul à vie et la Constitution de l’an X lui donna le droit de nommer son successeur tout en augmentant encore ses pouvoirs devenus quasi absolus.  A la fin de 1803, les royalistes tentèrent un suprême complot, avec Pichegru et l’accord  tacite de Moreau, concurrent éconduit de Bonaparte. Cadoudal, débarqué d’Angleterre préparait l’enlèvement de Bonaparte et attendait pour agir, l’arrivée d’un des princes émigrés. Il est arrêté le 2 mars 1804 après avoir abattu deux agents. Le 15 mars suivant, Bonaparte fit enlever le Duc d’Enghien, descendant du Grand Condé, en Allemagne, et après un simulacre de jugement, il fut condamné à mort et fusillé  séance tenante dans les fossés du château de Vincennes. Les conséquences, par le retentissement que prit l’événement, furent multiples et contribuèrent notamment à ce qu’une partie de l’aristocratie se détachât du pouvoir consulaire.

La reprise de la guerre.

La paix fut de courte durée. Dès 1803 les hostilités reprirent avec l’Angleterre, à son initiative. Le traité d’Amiens n’avait pas abordé les questions de fond. Les Anglais voyaient d’un mauvais œil le redressement français, le retour d’une politique coloniale active notamment dans les Antilles, l’interventionnisme permanent dans les « républiques italiennes » et en Allemagne. Les Français à Anvers, c’était un pistolet braqué sur le cœur de Londres. La reprise des hostilités avec l’Angleterre à cause de Malte est suivie d’une troisième coalition avec  la Russie et à nouveau l’Autriche, suivis de la Suède et de Naples… Aucune des deux puissances ne fait d’efforts pour sauvegarder une paix à laquelle personne ne tient vraiment.

La question de l’esclavage.

 C’est le moment d’en parler. Présenter Napoléon Bonaparte comme une icône de l’esclavage est un anachronisme qui ne tient compte ni de la situation, ni de l’époque. Quand la France récupéra les îles antillaises des mains des Anglais en 1802, l’esclavage n’y avait pas été aboli. Et l’exemple de Toussaint Louverture qui finira en drame par sa faute même, pourrait servir d’exemple a contrario. Le général noir, français, s’était autoproclamé quasi chef d’Etat de Haïti, partie française de Saint-Domingue, et après avoir aboli l’esclavage avait fait voter des lois sur le travail forcé, ce qui revenait au même. Napoléon n’avait qu’une idée en tête : il fallait relever l’agriculture en ruine et la France avait besoin du sucre. L’esclavage fut donc maintenu par nécessité, pour des raisons économiques –ne pas déstabiliser l’économie des îles-  et géopolitiques.  Ses consignes sur le sujet furent d’ailleurs floues et ne furent guère appliquées pour la simple raison que la France reperdit ses colonies avec la reprise des hostilités avec l’Angleterre. L’expédition aventureuse contre Toussaint Louverture relevait  d’autres raisons : l’île était livrée aux désordres et Toussaint Louverture avait décidé d’envahir la partie espagnole alors que Napoléon venait de signer une alliance avec l’Espagne. Napoléon reconnut d’ailleurs dans ses mémoires que ce fut deux erreurs.

La reprise de la guerre avec l’Angleterre accéléra le glissement vers l’Empire en 1804.

 


DANS LES PAS DE NAPOLEON.

Bonaparte 18 brumaire001

LE 18 BRUMAIRE ET LE CONSULAT

L’instabilité gouvernementale.

A partir de la fin 1797, le Directoire entre dans une période confuse. Les Directeurs se servent de l’armée pour régler leur conflit avec les assemblées. Le 18 fructidor (4 sept  1797) les troupes de Hoche interviennent contre les députés royalistes et permettent au Directoire de s’octroyer des pouvoirs étendus. En mai 1798 (le 22  floréal), un nouveau coup d’Etat annule de nouveau les résultats d’élections trop favorables cette fois aux jacobins. S’en suivirent une répression féroce contre monarchistes et jacobins, une politique d’assainissement financier avec la  « banqueroute des deux tiers » et de nouveaux impôts. Mais la 2ème coalition vint perturber une situation fragile. Au printemps 1799,  les armées républicaines reculaient sur tous les fronts. Un nouveau Directoire se mit en place avec Sieyès, et le général Bernadotte au ministère de la guerre. La reprise en  main nécessita des mesures impopulaires : réquisitions et emprunts forcés.  

Le coup d’Etat du 18 brumaire.

Lorsque Napoléon arriva d’Egypte à Paris le 24 vendémiaire (16 octobre 1799), après s’être secrètement échappé d’Egypte, le régime était en plein désarroi. Les élections de « l’an VIII » menaçaient de remettre en question à nouveau l’équilibre gouvernemental. Seule l’armée paraissait alors en mesure de résoudre la crise dans un pays où la population aspirait à un pouvoir fort. C’est alors qu’une poignée d’hommes parmi lesquels figuraient Sieyès (encore lui), Benjamin Constant et Talleyrand, décida d’y mettre un terme par un coup d’Etat. Ils avaient d’abord pensé au général Joubert, mais celui-ci fut tué à la bataille de Novi en août 1799. Le prestige dont jouissait le jeune Bonaparte était immense : on ne voyait en lui que le prestigieux vainqueur d’Italie.  Il leur parut être  l’homme de la situation. Cette proposition rencontrait les ambitions du Corse et il accepta. La mécanique se mit en place. A un député qui invoquait le danger d’un « complot terroriste », les Anciens votèrent le transfert des Conseils à Saint-Cloud et mirent les troupes sous le commandement de Bonaparte, tandis que Lucien Bonaparte était porté à la présidence des Cinq-Cents. Sieyès et Ducos étaient prêts à remettre leur démission, il fallait obtenir celle de Barras que Talleyrand était chargé « d’acheter », ce qui fut fait le 18 brumaire (9 novembre 1899).

Bonaparte posta le lendemain 5 000 hommes autour du château de Saint-Cloud et se présenta devant les Conseils pour effectuer le coup d’Etat. Si les Anciens lui firent bon accueil bien qu’il peinât à expliquer qu’on les faisait siéger à Saint-Cloud pour échapper à un complot parisien,  il put prononcer une harangue dans laquelle il promettait d’abdiquer des pouvoirs extraordinaires qu’il réclamait dès que tout danger serait écarté. Il pénétra ensuite dans la salle des Cinq-Cents sans autorisation du président, entouré de grenadiers et d’officiers généraux ; il fut accueilli aux cris de « à bas le dictateur ». Il fut même assailli et bousculé et dut être entraîné dehors par ses grenadiers. La  discussion continuant dans la confusion, son frère Lucien réussit à retarder le vote de la "mise hors la loi" qui équivalait à une condamnation à mort sans jugement. Exfiltré par un peloton du service d’ordre, ce fut encore Lucien, monté sur un cheval qui convainquit l’armée hésitante d’intervenir, en faisant croire qu’une minorité avait tenté d’assassiner leur général. Les troupes sous le commandement de Murat et Leclerc évacuèrent la salle et dispersèrent les représentants. L’opération changea de sens. Le  coup d’Etat devait être parlementaire, en faisant voter les députés sur un nouveau gouvernement et la nécessité d’une nouvelle constitution, il devint de fait un coup d’Etat militaire.

La confusion tourna pourtant à l’avantage de Bonaparte.  C’est lui qui tenait désormais les rênes du pouvoir en s’appuyant sur l’armée.  Le soir même, le Directoire était dissous par la majorité des Anciens et la minorité des Cinq-Cents, et remplacé par une commission consulaire de trois membres, Sieyès, Bonaparte et Ducos, investis des pleins pouvoirs. Deux commissions de vingt-cinq membres, chargées de voter les lois présentées par les Consuls et de préparer la révision  de la constitution  prirent la place des Conseils. Napoléon Bonaparte avait eu chaud. Sa maladresse avait failli lui coûté cher. Sans son frère, le coup d’Etat aurait tourné court ou se serait terminé par un bain de sang.

Le Consulat.

Le 15 décembre 1799, la  constitution de l’an VIII  était promulguée. Elle consacrait autorité et centralisation. Elle était en réalité essentiellement l’œuvre de Bonaparte. Le suffrage universel était rétabli. En fait, on n’élisait plus : les  électeurs désignaient 1/10 d’entre eux parmi les notabilités communales qui élisaient dans les mêmes proportions les notabilités départementales.  Un dernier échelon conduisait aux notables nationaux (En gros le même mécanisme que sous le Directoire mais sans le « cens » électoral). Parmi eux, le gouvernement choisissait les fonctionnaires et les membres des assemblées. Le pouvoir exécutif était confié à trois Consuls nommés par un Sénat pour dix ans et rééligibles. La totalité du pouvoir était entre les mains du Premier Consul, qui nommait ministres et fonctionnaires, possédait l’initiative des lois et le pouvoir réglementaire pour leur application. Les deux autres Consuls n’avaient qu’une voix consultative. Quatre assemblées se partageaient le pouvoir législatif : le Conseil d’Etat (30 à  50 membres) nommé par le Premier Consul était chargé de préparer les projets de lois que ce dernier lui proposerait ;  le Tribunat (100 membres désignés par le Sénat) se contentait d’émettre un vœu pour ou contre, autrement dit discutait les textes sans voter ; le Corps législatif (300 membres) votait par scrutin secret sans aucune discussion. Le Sénat (60 puis 80 membres de 40 ans au moins) choisis par les trois Consuls puis par cooptation, désignait les membres du Tribunat et décidait de la constitutionnalité des lois. La souveraineté populaire s’exerçait aussi par plébiscite qui proposait au peuple de voter sur un texte à registre ouvert par oui ou par non. En février, un plébiscite ratifia cette constitution à une énorme majorité. Bonaparte, c’est-à-dire l’armée, tenait la réalité du pouvoir.

Napoléon était bien le général appelé à mettre fin à la révolution. Désormais, il voulait imposer une paix qui « finirait la guerre de la Révolution en assurant l’indépendance et la liberté de la grande nation ». La France était dans un état lamentable, ruinée, la population appauvrie et au bord de la famine. Si la Vendée était boursouflée de cadavres, les plaines du Nord et les campagnes du Midi étaient couvertes de « croix humaines ». La bourgeoisie aspirait à l’ordre, indifférente quant à la forme du gouvernement. Elle ne voulait surtout pas de la restauration de l’Ancien Régime qui effrayait les acquéreurs de biens nationaux. En deux ans, Napoléon redressa la situation financière, pacifia la Vendée, signa un concordat avec le Pape qui permit la reprise du culte.

Restait à mettre fin à la guerre. Descendant par la Suisse et le Grand Saint-Bernard en Italie, Bonaparte battit à nouveau les Autrichiens à Marengo (14 juin 1800), grâce à Desaix qui y laissa sa vie. La  victoire de Moreau à Hohenlinden, en Bavière (décembre 1800) contraignit les Autrichiens à traiter : la paix de Lunéville (février 1801) renouvelait les stipulations de Campoformio et reconnaissait les « républiques-sœurs ». Le tsar Paul 1er fut assassiné le mois suivant. L’Angleterre, à nouveau esseulée, qui connaissait de sérieuses difficultés intérieures, ouvrit les négociations en mars 1801, après la démission de Pitt.

Les préliminaires de Londres débouchèrent sur la Paix d’Amiens le 25 mars 1802. L’Angleterre rendait les Antilles à la France (on y reviendra) et toutes leurs possessions à l’Espagne et à la Hollande, alliées des Français. En échange la France évacuait l’Egypte et les ports napolitains. Cette paix fit pousser à toute l’Europe, comme à la France, un immense soupir de soulagement. Bonaparte, de « Petit Caporal » devint le « héros pacificateur ». En 1802 un plébiscite fit de lui un « Consul à vie », témoignage de la reconnaissance nationale. Il avait  pu compter encore sur sa bonne étoile : le  coup d'Etat sauvé par son frère, et la bataille de Marengo, mal engagée sauvée par la cavalerie de Desaix qui meurt et lui laisse la victoire et l'aura qui va avec. 

Cependant, le Consulat ne fut pas de tout repos pour le nouveau maître de la France. A tous points de vue. C’est entre 1800 et 1804 que l’essentiel de l’œuvre de rétablissement du pays est menée.

A suivre.

 


LE PROPHETE ET LA PANDEMIE

Gilles Kepel001

DU MOYEN-ORIENT AU JIHADISME D'ATMOSPHERE

Par Gilles KEPEL

Certes  l’ouvrage est ardu à lire.  C’est une enquête très serrée et très documentée mais un outil indispensable  pour qui veut comprendre ce qu’est aujourd’hui « l’islamisme », ou « islam politique », et quels en sont les différents acteurs, les alliances qu’ils nouent et les stratégies qu’ils développent, face aux grands acteurs mondiaux : Europe, Etats-Unis, Russie et même Chine. L’auteur y explique comment on est passé d’un djihadisme de commanditaires avec Al Qaïda et Daech à un « djihadisme d’atmosphère » alimenté par des « entrepreneurs de colère ».

Le livre de Gilles Kepel trouve toute son actualité, malheureusement, avec le nouvel  attentat qui vient de frapper la France, et qui entre en une triste résonnance avec  les  mécanismes qu’il décrit. Voilà un livre que tout responsable public, homme politique ou fonctionnaire exécutif devrait lire. Cela éviterait à certains leur attitude de déni.

Gilles Kepel est directeur de la chaire « Moyen-Orient Méditerranée » à l’Ecole Normale supérieure. Il est l’un des rares spécialistes français du monde arabe et fin connaisseur du Moyen-Orient. Son savoir gène les mouvances décoloniales et « indigénistes » à l’œuvre dans l’Université et les grandes écoles dont il affirme qu’elles  participent indirectement de ce djihadisme d’atmosphère. Il en a vécu personnellement  les effets par la fermeture de la  chaire « Moyen Orient Méditerranée » à Sciences Po, créée en 1985 par Rémy Leveau et dont il avait pris la suite, et qui rayonnait dans le monde entier. « La connaissance a été éradiquée pour faire  place nette à l’idéologie, et l’on a vu apparaître le « hidjab day » à l’instigation d’associations islamistes et les études postcoloniales » précise-t-il. Or Gilles Kepel déplore le délaissement des études de la langue et de la civilisation arabes quand elles n’ont pas été détruites volontairement par de hauts fonctionnaires omniscients mais incultes et des « cuistres universitaires » selon lesquels  « ça ne sert à rien de connaître l’arabe pour comprendre ce qui se passe en banlieue ». Il  plaide au contraire pour que soit renforcée en France et à l’université la connaissance du monde arabe, de ses langues, de ses cultures et civilisations qui ne se réduisent nullement à la simplification salafiste. Une faiblesse que la  loi « confortant les principes républicains » ne saurait compenser.

Dans son livre « Le Prophète et la pandémie », il tente un parallèle avec la progression du coronavirus : « et si le djihadisme prospérait dans notre pays à la manière d’un virus ? ». En retraçant l’année 2020, de l’effondrement du marché pétrolier à l’assassinat de Samuel Paty, d’Ankara aux banlieues françaises, il démonte les rouages d’un mécanisme qui se met en place, s’appuyant sur « une atmosphère » entretenue par des activistes qui ne peinent pas à motiver quelques « idiots utiles » qui passent à l’acte. Les ressorts sont souvent complexes et les alliances à géométrie variable courantes : ainsi en Syrie, Turcs et Iraniens parrainent deux camps ennemis mais communient dans le patronage du mouvement palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza… Cartes et chronologie à l’appui, il met en perspective l’actualité de l’année 2020 ce qui permet de comprendre la trame profonde des évolutions à l’œuvre. Ainsi vous saurez comment s’est forgée « l’entente d’Abraham » sous l’égide des Etats-Unis qui établit la paix entre les pays arabes et Israël avec la bénédiction discrète du saoudien Mohamed Ben Salman, et comment cette entente se heurte au front « fréro-chiite » animé par Qatar, Turquie et Iran, avec le soutien ponctuel de la Russie…

Parmi les indispensables : le président turc Erdogan en profite pour mener une « blitzkrieg » pour tenter de refaire d’Istanbul le centre de l’islam mondial. Ainsi il rend au culte musulman la  basilique Sainte Sophie dont Atatürk, pour « l’offrir à l’humanité », avait fait un musée 85 ans auparavant. Il fait de la France sa bête noire pour faire oublier l’héritage très francophile d’Atatürk, mène une campagne déchaînée contre le président Macron qu’il couvre d’insultes en réaction à son « islamophobie » présumée, permettant à son contempteur de conforter la figure du héraut des musulmans offensés. Il devient de ce fait, l’un des principaux entrepreneurs du djihadisme d’atmosphère, d’autant plus qu’il peut attiser les affrontements avec la république laïque honnie par les leviers qu’il  possède sur notre propre territoire, telle l’association Milli Görüs. Il peut même provoquer des désordres comme on l’a vu à Décines où des « Loups gris », des extrémistes nationalistes turcs, sont venus en commando, s’attaquer aux descendants du génocide arménien, depuis longtemps réfugiés en France et intégrés. Par ailleurs, il bénéficie de la mollesse de l’Europe qu’il n’hésite pas à humilier.

En dehors du Moyen Orient, il existe un autre territoire qui cristallise l’ensemble  des crises : la Libye.  On y trouve un concentré des  problèmes :  des hydrocarbures aux migrations, du terrorisme aux rivalités  entre Tripolitaine - où Turquie et Qatar soutiennent, avec la mansuétude américaine, un pouvoir issu des Frères musulmans -, et la Cyrénaïque, - où Abou Dhabi et Le Caire appuient leurs rivaux avec le support de Moscou -. Sur le terrain les  deux camps se combattent grâce à des mercenaires syriens prélevés parmi les insurgés islamistes et les miliciens pro-Assad démobilisés, tous les ingrédients sont réunis pour que viennent s’installer là le vecteur de la déstabilisation de l’Afrique du Nord et derrière elle de l’Europe,  en parallèle au contentieux qu’Ankara cultive contre Athènes en Méditerranée. Et profitant que l’Europe  est divisée entre les intérêts concurrents de l’Italie et ceux de la France.  

Le résultat en est un terrorisme qui frappe  en France, en Autriche, avec des combattants sans organisation. Passant tous les attentats au crible, il met à jour, preuves à l’appui, le système des « entrepreneurs de colère », mobilisant foules et réseaux sociaux du monde musulman pour venger le prophète face à l’Occident, qui servent de support de motivation. Mille autres détails passionnants ou éclairants émaillent un ouvrage riche en références.

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

A lire en prenant son temps !

« Le Prophète et la Pandémie », du Moyen-Orient au jihadisme d’atmosphère – Gilles Kepel – Chez Flammarion. Collection Esprits du Monde.

 


DANS LES PAS DE NAPOLEON

Bonaparte en Egypte"Soldats, du haut de ces pyramides 40 siècles vous contemplent !"

L’EXPEDITION D’EGYPTE

Pour comprendre pourquoi la France est engagée par le Directoire dans l’expédition d’Egypte, il nous faut à nouveau faire un petit détour pour rappeler l’enchaînement des événements.

On se souviendra qu’en 1789, les Etats-Généraux réunis par Louis XVI s’étaient proclamés « Assemblée Constituante ». Elle accoucha d’une monarchie constitutionnelle, accordant au Roi un pouvoir très limité, l’essentiel des prérogatives étant entre les mains de « l’Assemblée Législative », élue  pour deux ans. Celle-ci se réunit le 1er octobre 1791. La fuite du Roi rattrapé à Varennes, les débuts catastrophiques de la guerre contre l’Autriche et la 1ère coalition,  les insurrections de 1792, conduisirent la Législative à suspendre le roi et convoquer une nouvelle assemblée, la « Convention nationale ».

La  nouvelle assemblée élue, organisa le procès du Roi pour trahison et procéda à son exécution. Elle proclama la République. Et elle se mit à la tâche pour installer le nouveau régime pour remplacer la monarchie constitutionnelle : elle vota en juin 1793 une nouvelle constitution mais elle ne fut pas appliquée. La guerre civile, la crise économique, les troubles et les rivalités politiques conduisirent au « Comité de salut public » qui la suspendit, installa la « Terreur » et la dictature de Robespierre. Après la chute de celui-ci, la Convention thermidorienne se remit au travail et proposa la Constitution de l’an III. Vous suivez ?

La constitution de l’an III.

Elle met en place Le régime du « Directoire ». Elle est mise au point par une commission de 11 membres, où dominent les républicains modérés et les monarchistes constitutionnels. Elle marque le retour aux principes de 1789, et en réaction aux excès de la Terreur et des révoltes  populaires, elle rejette la démocratie politique pour confier le pouvoir aux  propriétaires aisés et aux « notables ». La Déclaration des Droits  de l’Homme qui la précède est en recul  par rapport  à celle de 1789 : seule l’égalité civile est reconnue. Elle est assortie d’une « Déclaration des devoirs ». Elle établit le suffrage censitaire à deux degrés : les « citoyens actifs » qui sont en capacité de payer le cens électoral nomment les « électeurs », environ 30 000 pour toute la France.  Ceux-ci  élisent le « Corps législatif », composé du « Conseil des Anciens » de 250 membres âgés d’au moins 40 ans, et du « Conseil des Cinq-Cents », âgés d’au moins 30 ans, l’un et  l’autre renouvelables  par tiers chaque année.

Les « Cinq-Cents » ont l’initiative des lois et adoptent des résolutions que les « Anciens » peuvent transformer en lois. Le pouvoir exécutif est confié à un « Directoire » de cinq membres nommés par le Conseil des Anciens, et renouvelable par cinquième chaque année. Ses pouvoirs sont étroitement encadrés. On s’aperçoit tout de suite que cette nouvelle constitution est écrite avec une volonté de ne pas revivre l’accaparement du pouvoir par une faction, elle met en place un pouvoir conservateur, qui émiette les responsabilités et marqué par la méfiance du peuple. Coupé de la réalité politique qui restait encore agitée comme on l’a vu précédemment, il révéla une faible autorité. La période fut propice à des tentatives de coups d’Etat : comité insurrectionnel de Gracchus Babeuf (mars 1796), agitation des royalistes…

Au printemps 1797, l’impopularité du Directoire était à son comble : l’effondrement de l’assignat avait provoqué une crise économique très grave, les troupes manquaient d’armes et de munitions et se détachaient d’un gouvernement incapable d’imposer son autorité. Les royalistes parvinrent même à obtenir la majorité du Corps législatif. Le conflit entre le Directoire et les assemblées devenait inévitable. Les Directeurs jouèrent l’armée contre la monarchie et s’octroyèrent des pouvoirs étendus, réduisant les Conseils à un rôle secondaire.  Mais il avait perdu tout contrôle sur les généraux qui donnaient libre cours à leurs ambitions, dont notamment Bonaparte qui imposa « son » traité de Campoformio. Il devint urgent de les éloigner.

L’expédition d’Egypte.

19 mai 1798. 340 navires embarquèrent 40 000 hommes commandés par les meilleurs généraux de la République : Bonaparte, général en chef, Berthier, chef d’état-major, Desaix, Kléber, Lannes, Davout, Murat, entre autres, et de nombreux savants illustres tels Monge, Berthollet, Dolomieu. Ils appareillèrent de Toulon, Marseille, Ajaccio, Gênes et Civitavecchia. La destination, tenue secrète ne sera dévoilée aux troupes que le 28 juin, veille de l’arrivée. C’était l’Egypte ! Un pays dont probablement la plupart n’avait jamais entendu parler. Le choix, il était simple, Bonaparte l’expliqua lui-même à ses soldats : «  Vous porterez à l’Angleterre le coup le plus sûr et le plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort ».

Trois objectifs plus un.

L’Angleterre, restée seule contre la France, malgré tout s’installait dans la guerre. Pour l’amener à traiter, il fallait la toucher dans sa force vive, c’est-à-dire dans son commerce. L’expédition d’Egypte répondait à trois objectifs : en occupant l’isthme de Suez, couper l’une des routes de l’Angleterre vers l’Inde, utiliser l’Egypte comme base d’attaque contre l’Inde ou s’était insurgé Tippo-Saïd, et fonder une colonie qui se substituerait aux Antilles que nous avait enlevées l’Angleterre. Une autre raison plus noble est invoquée : la découverte scientifique d’un pays que « Les Ruines » de Volney avait mis à la mode. Cette mission aura un grand retentissement ensuite, avec la publication très documentée de la « Description de l’Egypte » et la découverte de la pierre de Rosette qui permettra à Champollion de déchiffrer les Hiéroglyphes.

L’Egypte était une proie facile selon les dires du Consul de France sur place à Alexandrie. L’autorité du sultan de Constantinople y était purement nominale et la domination des Mamelouks très affaiblie.

Après avoir occupé Malte, les Français débarquèrent à Aboukir et enlevèrent Alexandrie. En juillet, la  bataille des Pyramides leur livrait Le Caire. Poussés par les Anglais, les Turcs qui avaient la légitimité de leur suzeraineté, entrèrent aussi en guerre. Bonaparte se porta à leur rencontre en Syrie. Il prit Gaza et Jaffa,  mais échoua devant Saint-Jean d’Acre. Entre temps, Nelson avait découvert la flotte française dans la rade d’Aboukir. Les bateaux  pris au dépourvu n’eurent pas le temps de se  mettre en ordre de bataille et les Anglais  les envoyèrent pratiquement tous par le fond.  Napoléon était piégé, coupé de toute possibilité de ravitaillement et de renforts.

La 2ème coalition.

D’autre  part, sur le continent, les Anglais réussirent à reconstituer un front des  monarchies contre la République française. C’est la 2ème coalition. C’était la réponse de l’Europe à la politique expansionniste de la France, avec les « Républiques sœurs ». Autour des anglais, on retrouva la Russie, l’Autriche, le Royaume des Deux-Siciles et la Turquie. En « métropole », le Directoire privé de sa meilleure armée bloquée en Egypte, ne disposait que de 170 000 hommes. Il dut affronter 300 000 coalisés. Le cauchemar sembla recommencer. Les Français reculèrent d’abord sur tous les fronts. La situation se redressa grâce à la victoire de Masséna sur les Russes à Zurich et au St-Gothard (sept. 1799), à l’action de Brune en Hollande  et aux dissensions entre les alliés. L’offensive coalisée était brisée. Les Russes retirèrent leurs troupes.  Bonaparte, informé de la situation, rentra secrètement en France, après avoir laissé l’armée d’Egypte à Kléber,  mais il arriva trop tard pour être le sauveur sur les champs de bataille.

Napoléon avait-il un rêve « oriental » ? On lui a prêté l’idée de se constituer un empire dans la lignée d’Alexandre. Certaines de ses déclarations ont pu le laisser penser. En fait, Bonaparte est allé en Egypte pour conquérir la France. Car, malgré ses faiblesses, pour ne pas dire ses déboires, l’expédition, après ses victoires en Italie, allait lui valoir un immense prestige. Après la paix de Campoformio, il avait déjà pensé qu’il  pourrait renverser le Directoire, mais Talleyrand l’en avait dissuadé. C’était trop tôt. Cette fois, l’heure était venue. Il sut s’imposer.

Le coup d’Etat du 18 brumaire lui donna le pouvoir.  Ce sera le prochain épisode.


EXASPERATION !

Archibald en colère

 

Le crime barbare de Rambouillet fait monter en moi une forte envie de révolte.

Une fonctionnaire de 49 ans, désarmée, habillée en civil, se fait égorger à l’intérieur  d’un commissariat de police au fin fond de l’Ile-de-France. Le fait qu’elle soit mère de deux enfants encore adolescents rend le geste d’autant plus monstrueux. Comment est-ce possible ? On hallucine ! Alors bien sûr, on va avoir les fleurs et les hommages, l’inévitable marche blanche et puis … circulez, il n’y a rien à voir. Ce sont les cache-misère de l’impuissance tout comme les  « nous ne céderons rien » ! Autant le dire tout de suite, nous ne ferons rien de plus, jusqu’à la prochaine fois. Peut-être une loi de plus qui ira grossir l’arsenal pléthorique des textes suant les bonnes intentions martiales, et l’eau passera sous les ponts, le temps qu’elle soit votée et que les textes d’application paraissent, et qui sera appliquée ensuite avec parcimonie par une justice précautionneuse. Je parierais bien que d’ici là… mais non, n’en rajoutons pas à notre désarrois.

Il va bien falloir que ça s’arrête. Trop c’est trop !  La France n’a pas vocation à être le terrain de prédilection où  les fanatiques islamistes peuvent venir assouvir leurs pulsions barbares. Il n’y a plus de place pour le « en même temps » ni pour les discours. Il faut une réaction forte : que l’événement se soit produit dans un commissariat de police, au cœur même de l’Etat de droit, est une provocation qui ajoute à l’insupportable.  Alors assez de  mollesse, assez de génuflexions, assez de repentance, assez de prudence  pour ne pas « stigmatiser » car ce ne sont pas les musulmans qui sont en cause, mais ceux qui instrumentalisent la religion !

Désormais, tous les sujets doivent être posés.

Il n’est pas anodin que l’assassin ait été fraîchement « régularisé », ce qui veut dire qu’il était entré irrégulièrement en France, tout comme celui de Nice, lui aussi originaire de Tunisie, qui arrivait clandestinement d’Italie en n’ayant pas obtempéré aux injonctions de retour dans son pays. Migrations et régularisations  d’étrangers venus sur notre sol sans y être autorisés sont un seul et même sujet, rendu encore plus sensible par le contexte djihadiste que nous ne pouvons ignorer. Le contrôle des frontières, la gestion des flux migratoires, le mécanisme européen du « nouveau pacte migratoire », tout doit être réexaminé.

La question migratoire est l’une des dimensions principales du rapport à la France des pays d’Afrique du Nord et du Sahel, dont est originaire le groupe d’immigrés et de leurs descendants directs le plus important à s’être implanté. En 2018, l’INSEE  établit que le poids de ces habitants de confession presque exclusivement musulmane représente un nombre supérieur à celui des citoyens de l’ensemble des Emirats arabes. L’attractivité de la France et de l’Europe reste forte en dépit des protestations récurrentes contre les discriminations, le racisme et autre « islamophobie » dont les « fréristes » ont fait leur ritournelle. Le flux migratoire répertorié, sans compter les clandestins, vers  la France, au cours de la décennie 2010, oscille entre 150 000 et 200 000 entrées par an… même en ayant une vision négative de notre pays : « La misère de la France est un paradis pour nous ! »  clame un candidat à l’émigration, selon un journaliste du Monde. Autant dire que nous sommes face à une impossibilité « d’intégrer » tous ces gens, si tant est qu’ils le souhaiteraient. 

La menace de « l’Islamisme politique ».

Nous ne pouvons pas ignorer non plus, que les répercussions de l’islamisme politique, inspiré  par les Frères musulmans et le djihadisme d’une manière générale, font peser une menace sur le devenir du mode de vie libéral européen, et du nôtre en particulier, tant que l’immigration n’aboutit pas à une intégration culturelle dans les pays d’accueil dont les nouveaux arrivants auraient vocation à partager les valeurs, alors que nombre d’entre eux se réfugient dans un « séparatisme islamiste » qu’ils prônent ou tentent d’imposer. Il n’est pas certain qu’une loi soit suffisante pour régler ce problème. Si nous étions ne fût-ce qu’un seul instant en guerre contre le terrorisme islamiste, nous placerions cette cause tout en haut de nos priorités. Le drame de Rambouillet est d’une clarté aveuglante : il met en cause l’immigration et la présence de l’islamisme politique dans notre pays.

Il souligne l’absence béante d’une politique d’assimilation digne de ce nom, négligée par un Etat plus prompt à parler de la République que de la faire vivre. L’augmentation du nombre des policiers n’y changera rien. Ils resteront encore pour un moment des « cibles », ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas un rôle essentiel à jouer.

Pas d’état de droit sans police.

Encore faudrait-il que nos islamo-gauchistes ne jouent pas à la « cinquième colonne ». Classer Sonia Mabrouk (avec mépris) dans la « droitosphère », comme le fait Libération, parce qu’elle revendique son assimilation et fait la guerre au séparatisme communautariste, est un signe qui ne trompe pas. Pour un peu, ce serait une « réac » ou une « facho » ! Cependant, il y a des coïncidences qui ne s’inventent pas et sont particulièrement significatives : jeudi soir dernier, Élise Lucet a consacré son numéro d’« Envoyé spécial » aux « violences policières »,  avec comme invité un certain M. Zécler, ce producteur passé à tabac… Comme s’il fallait à tout prix nous persuader que croiser une patrouille de police en France, c’était risquer sa peau surtout si elle n’est pas blanche. En tout cas, c’est ce leitmotiv qu’Élise Lucet a cherché à nous faire avaler, en l’accompagnant comme il se doit des traditionnelles précautions de langage, censées cerner une « infime minorité de brebis galeuses ». On ne pourra s’empêcher de rapprocher les deux événements : quelques heures après la diffusion de ce reportage, où M. Zecler a été mis en exergue, c’est Stéphanie, policière depuis vingt-huit ans, qui aura été sacrifiée sur l’autel de la République. Elle s’ajoute à la trop longue liste des policiers qui ont versé leur sang pour défendre nos vies, et même celle des gauchistes qui leur crachent dessus… On ne peut pas faire la guerre à la fois au terrorisme et à la police. Il faut en finir avec l’idée qu’en France, les musulmans seraient persécutés et que la police serait structurellement raciste.

Alors oui, la tâche est immense.

Les solutions existent, les sources du mal sont connues. Mais d’abord commençons par fermer le « robinet ». Ensuite, il sera question d’urbanisme et de mixité sociale, d’éducation et du rôle de l’école, des réseaux sociaux, des paraboles qui enferment dans la culture d’origine quand elles ne déversent pas la haine de la France, de justice ferme, de renforcement du renseignement, de surveillance ... et enfin d’appliquer sans faiblesse les lois qui obligent à respecter la République, La France !

 


DANS LES PAS DE NAPOLEON

Bonaparte 1

LA  CAMPAGNE D’ITALIE

Donc, le 26 mars 1796, Napoléon est à Nice. Dès le lendemain, il rencontre les généraux placés sous ses ordres, et  pas les moindres : Masséna, Augereau, Laharpe et Sérurier. Dire qu’ils sont enthousiastes face à ce jeune général qui ne compte à son actif que la reprise du port de Toulon et l’écrasement de  l’insurrection royaliste à Paris, avec ses canons,  serait beaucoup dire. Il n’a jamais participé aux campagnes sur les champs de bataille de  l’Europe. Pour Masséna c’est un intrigant ou un comploteur, quant à Augereau il le prend tout simplement pour un imbécile. Il était si petit et  malingre que ses subordonnées ne daignèrent même pas enlever leur chapeau. Il les aurait subjugués d’un seul regard, paraît-il.  Mais l’armée d’Italie est considérée comme secondaire, même si elle  n’est pas si mal équipée que Napoléon l’a décrite plus tard. Elle compte 60 000 hommes. Elle manquait de vivres et de  munitions et l’inaction poussaient les soldats  à l’indiscipline.  Pour le Directoire, elle n’a qu’un rôle de diversion. L’action extérieure a l’avantage d’occuper quelques généraux gênants. Il faut abattre l’Autriche, dernière puissance de la coalition encore debout sur le continent. Au nord, l’armée du Rhin,  commandée  par Moreau porte l’essentiel des espoirs.

Commencée en avril 1796, la  campagne d’Italie devait être l’une des plus retentissantes de l’histoire. En face, l’armée austro-sarde, compte 80 000 hommes, commandée par des officiers vieillissants tels  Beaulieu ou Wurmser qui ont 70 ans. Par comparaison, Bonaparte et Joubert en ont 26 !

Surprise et rapidité.

Bonaparte pratique avec succès deux principes qui seront sa marque en matière de stratégie : la surprise et la rapidité. La rapidité de ses déplacements lui permet la concentration de ses forces pour affronter les uns après les autres ses adversaires sans se disperser. C’est ainsi qu’il surgit par le col de Calibone le 11 avril 1796 entre les forces autrichiennes et l’armée sarde et en trois jours les sépare.  Alors que Moreau piétine au nord contre l’archiduc Charles, Bonaparte improvisant la victoire, vainc les Sardes en quatre batailles : il repousse les Autrichiens à Montenotte, le 12 avril, écrase sur sa gauche les Sardes à Millesimo le 13 puis sur sa droite les Autrichiens à Dego le 15. Coupés des Autrichiens, durement éprouvés, les Sardes sont anéantis à Mondovi le 21 avril et poursuivis jusqu’à Turin. Le souverain du Piémont-Sardaigne dépose les armes et signe la paix le 15 mai. Il reconnaît par le traité de Paris, l’attribution de la Savoie et du Comté de Nice à la France.

Reste à affronter à nouveau les Autrichiens de Beaulieu qui veut défendre Milan à tout prix. Bonaparte franchit le Po à Plaisance le 7 mai, et la bataille a lieu à Lodi le 10 mai. Le général autrichien a abandonné la ville aux Français pour se replier sur la rive gauche de l’Adda, de l’autre côté d’un vieux pont qu’il n’a pas pu détruire. Après une bataille acharnée,  les Français le franchissent obligeant ses adversaires à battre en retraite. La route de Milan est ouverte et le général français y  entre triomphalement le 15 mai, scène immortalisée avec  lyrisme par Stendhal dans la Chartreuse de Parme : « Le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles, César et Alexandre avaient un successeur ! ».  A la tête de son armée,  il pénètre successivement à Parme et Modène, avant même que les Autrichiens puissent intervenir, et entreprend le siège de Mantoue, place forte qui commandait la route de l’Autriche. Les armées autrichiennes tentèrent vainement de débloquer cette ville clef : à Castiglione, Arcole, Rivoli, d’août 1796 à janvier 1797, ils furent battus et Mantoue capitula. A Rivoli, près du lac de Garde, Masséna se couvrit de gloire, avec la fameuse 32ème demi-brigade ;  la vitesse des manœuvres, l’emploi de la cavalerie eurent raison d’Alvinczy qui avait 82 ans. Masséna avait fait faire à ses troupes plus de 110 km et trois batailles en quatre jours. Le sort de l’Italie était joué. Le pape Pie VI signa la paix. Bonaparte prenait déjà la route des Alpes pour marcher sur Vienne à travers les montagnes, lorsque l’Autriche accepta des négociations de paix qui débouchèrent sur le traité de Campoformio, en octobre 1797.

Le traité de Campoformio.

Daté de Campoformio,  petit bourg de Vénétie, mais signé en réalité à Passariano, où réside Bonaparte, il est précédé par l’armistice et les préliminaires de paix de Leoben du 18 avril 1797. Le traité est signé le 18 octobre 1797 entre Bonaparte et le gouvernement autrichien représenté  par   Cobenzl. François II d’Autriche renonce au profit de la France à  la possession des Pays-Bas autrichiens. Comme souverain du Saint-Empire, il consent par des articles secrets à l’annexion de la rive gauche du Rhin par la France, à l’exception de la région de Cologne, et s’engage, lors du congrès prévu à Rastatt entre la France et l’empire, «  à employer ses bons offices pour que la République française obtienne cette même frontière ». En Italie, il abandonne la Lombardie à la France et reconnaît comme « puissance indépendante » la République cisalpine constituée par Bonaparte avec la Lombardie, le duché de Modène, la Romagne et les légations enlevées au Pape, les territoires de  Mantoue, Crémone, Brescia et Bergame, enlevés à la République de Venise qui est rayée de  la carte. L’Istrie,  la Dalmatie, Venise sont donnés à l’Autriche qui obtient ainsi un accès à l’Adriatique en échange de la cession de la Lombardie. Le traité de Campoformio ne tient aucun compte du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et dans ses  négociations, Bonaparte n’a pas tenu compte non plus des instructions données par le Directoire qui comportaient la cession de la rive gauche du Rhin et le rétablissement de la République de Venise. Néanmoins, le gouvernement s’incline devant l’immense popularité que valent à Bonaparte, dans un  pays las de la guerre, ses succès et la conclusion de la paix.  Le Directoire n’en ratifie pas  moins le traité qui couronnait la  « campagne d’Italie » et reconnaissait à la France ses « frontières naturelles ». La paix continentale est établie et seule l’Angleterre reste en guerre contre la France.

Bonaparte avait conquis ses hommes, galvanisés par les victoires remportées. 

A Lodi, à l’issue de la bataille, les soldats élevèrent le « soldat Bonaparte » au grade de « caporal » pour le courage dont il avait fait preuve. Le surnom de « petit caporal » vient de là. « Après Lodi, dira plus tard Napoléon, je me regardai non plus comme un simple général, mais comme un homme appelé à influer sur le sort d’un peuple ». A Arcole, autre fait d’arme devenu légendaire, Bonaparte donne de sa personne. Le lundi 15 novembre 1796, ses troupes se trouvent à Ronco, face à Arcole qu’occupent les Autrichiens de Wurmser.  Reliant les deux localités, le pont d’Arcole, enjambe l’Alpone, affluent de l’Adige.  Les « habits blancs » le tiennent fermement, contraignant sous la mitraille les Français à marquer le pas dans les marais. Alors, agacé par l’hésitation de ses soldats, Bonaparte saisit un drapeau et le plante sur l’ouvrage. Le geste subjugue ses grenadiers qui s’élancent et enlèvent à moitié la position. Mais un feu de flanc les met en panique et  ils  battent en retraite, bousculant parmi eux  leur général qui tombe accidentellement dans la boue. Vite dégagé, il ressaisit ses braves et  à la charge emporte le pont,  puis le bourg. Bon, certains disent que c’est Augereau qui a commis l’exploit. La victoire d’Arcole n’est acquise que le 17 novembre, en plaine.  Elle coûte aux Autrichiens  qui se sont pourtant battus à deux contre un, 40 000 hommes. C’est Napoléon que le peintre représentera sur le célèbre tableau commémoratif de l’épisode dans la posture de l’homme qui entraîne  ses soldats à sa suite.

Après la campagne d’Italie, Bonaparte a acquis une gloire énorme, d’abord auprès de ses soldats,  mais elle déborde rapidement jusqu’au peuple tout entier. Il a consolidé son autorité et peut désormais assouvir de nouvelles ambitions.

L’Autriche battue, restait l’Angleterre…

 


DU «EN MÊME TEMPS» A «L’ESSUIE-GLACE»

Macron voeux 2020

 

"IL" ne pense plus qu’à ça : comment être réélu. A un an de l’échéance, Emmanuel Macron a lancé sa campagne électorale.  Après avoir tenté de séduire les jeunes en donnant une interview sur les réseaux sociaux avec Brut, constatant qu’il avait perdu 17 points dans l’électorat de droite il donne une interview au Figaro pour tenter de « rassurer » en s’emparant du thème de la sécurité. Il réaffirme au passage quelques principes « qu’il ne valide pas » en contradiction  avec ses propos précédents. Puis dans la foulée, il est interviewé par la chaine américaine CBS, interview au cours de laquelle il explique que la France doit « déconstruire » son histoire à cause de son passé colonial.  De quoi plaire aux oreilles américaines … mais là encore en contradiction avec ce qu’il avait dit auparavant : il n’était pas question de déboulonner les statues !  Autant d’interlocuteurs, autant de discours complaisants. Ce n’est pas nouveau. Toute l’année 2020, il est  passé  de la mise en avant des idées communes au centre gauche et au centre droit à l’envoi de signaux désordonnés aux deux camps. Plus il parle et moins on l’entend, plus il s’explique, moins on le comprend. Bien malin est celui qui sait ce qu’il pense vraiment. Chez nous on appelle ce genre d’individu « un charlatan » !

Le confusionniste.

Le  propos est de Jacques Julliard.  Voilà quelqu’un qui manie sciemment le contresens et les contradictions dans ses discours. « Nous sommes un peuple de paradoxes »  prévient Emmanuel Macron. Si c’est vrai, il est un expert en la matière. Sur l’identité, il énonce dans une interview donnée au Point, « Etre français, c’est habiter une langue et une histoire », ajoutant même la laïcité au triptyque « liberté, égalité, fraternité ». Cependant, il ajoute aussitôt, « Comme Président, je ne reconnais qu’une communauté nationale, mais je ne dénie pas aux autres communautés, le droit d’exister ». Il oublie de dire qu’en aucun cas ces communautés d’origine ou de culture ne doivent s’ériger en concurrentes de la communauté nationale. Une brèche dans laquelle les islamistes se sont engouffrés. En affirmant « qu’on peut être français et cultiver une autre appartenance », il avoue son communautarisme. Sur Brut, il a été capable de prendre la défense de la police tout en dénonçant les « violences policières », élément de langage qui est une manière de donner satisfaction à l’extrême gauche. La polémique sur la loi de sécurité globale l’a conduit à dire tout et son contraire en quelques jours selon qu’il s’adressait à des jeunes ou à des policiers. Emmanuel Macron déplore notre déclassement industriel et affirme « l’élite économique s’est mondialisée… elle est partie, elle est devenue de nulle part ».  Le  « libéral-libertaire » de 2017 qui devait adapter la France à la mondialisation et qualifiait les migrants de « héros » dénonce désormais « la trahison des clercs », une autre manière de nommer les élites dirigeantes économiques et politiques.  Le but est le même qu'en 2017 : reprendre des thèmes de gauche et de droite, poussant les politiques des deux camps à se radicaliser pour exister, et donc à dériver vers les marges. Mais sa mise en oeuvre a changé, faite d'embardées puis de coups de frein.

Le démagogue.

Philippe Bilger, commentant l’interview récente au Figaro n’y va pas par quatre chemins. Quand le président affirme : « Je me bats pour le droit à la vie paisible », il se moque de nous. Et il poursuit : « Je relève, dans ses réponses, son goût du verbe, son appétence pour le commentaire qui pourrait séduire la gauche avec ses considérations sociologiques, la surestimation de son action et le caractère provocateur d’annonces in extremis, comme si on n’aurait pas dû en bénéficier bien avant. » L’ancien magistrat dénonce la  volonté d’occuper le terrain parce qu’il sent l’exaspération monter face à la délinquance et que ça influera sur l’élection présidentielle : « Il est clair que nous avons une action à bride abattue pour créer l’illusion d’un pouvoir qui aurait été conscient depuis le début des exigences régaliennes, alors que les Français n’ont cessé de constater dans leur quotidien les errements et les abstentions de cette présidence dure avec les faibles et molle avec les forts. Dont le « en même temps », n’arrêtant jamais son cours, fait se succéder rigueur proclamée et impuissance concrète. » Tout est dit, exemples, ils sont multiples, à l’appui. Un mélange dévastateur de démagogie et de cynisme. Je me demande encore comment quelqu’un d’aussi intelligent que Christophe Béchu peut suivre un tel personnage… à moins qu’il ne soit comme lui.

L’adolescent attardé.

On a l’impression que chaque intervention  présidentielle est une dissertation comme on en fait encore probablement à Sciences-Po, avec les trois parties, thèse, antithèse, synthèse. Emmanuel Macron parle trop, trop longtemps et en tous sens. C’est son souci de tout dire, d’aller au-devant de toutes les objections qui l’amène à la profusion et à la confusion. Or, diriger c’est choisir ! Il cherche encore sa vérité qu’il n’a pas atteinte, c’est évident. Mais en politique, ce type de discours porte un nom : la duplicité ! Nous avons affaire à une espèce de caméléon politicien : le personnage de 2021 ne parle pas comme celui de 2017 et pas  plus probablement que celui de 2022, au moment de  l’échéance. L’ivresse qui l’accapare dans le maniement des concepts a quelque chose d’adolescent (le constat est de Jacques Julliard) .  Il faut simplement se demander si l’Elysée est l’endroit adéquat pour continuer son éducation. On peut être séduit par son intelligence, son énergie, mais « le petit prince de la technocratie, combinant l’ouverture de la société avec le souci de la verticalité »  voit sa « rêverie » violemment interrompue par les vents violents qui agitent l’arène politique, les mouvements sociaux,  les « gilets jaunes », jusqu’au déferlement du coronavirus. Le fait est qu’il ne rassure pas grand monde. Il voulait être le chantre du centrisme, cette union de la droite de la gauche avec la gauche de  la droite, contre la droite de la droite et la gauche de la  gauche, un jeu politique  qui a toujours été incompréhensible pour l’opinion publique. Il n’est en réalité que celui du centrisme étatique,  ou centralisme, vieux courant jacobin, qui, s’appuyant sur une technocratie inamovible, domine encore dans la gestion de notre  pays et qui passe à côté du clivage économique, social et culturel entre la France du centre, les métropoles, et la France périphérique. L’obsession des sondages qui servent de boussole explique les motivations actuelles du chef de l’Etat. Les personnes âgées qui sont les  plus assidues aux élections demandent une protection sanitaire et de l’ordre et ses rivaux de droite restent  plus dangereux que ceux de gauche. D’où les signaux moins fréquents à gauche qu’à droite, d’autant plus que le centre gauche semble rester fidèle, probablement parce que l’action menée lui convient alors que les discours qui s’adressent à la droite en restent souvent aux paroles.

Qu’en sera-t-il à l’heure du bilan ? Si le président jouit d’un socle de popularité stable, les Français n’en jugent pas moins très sévèrement son action.

 


DANS LES PAS DE NAPOLEON

Bonaparte Saint-Roch

 

PREMIERS FAITS D’ARMES

La  Corse, c’est terminé. Il réintègre l’armée  et rejoint la cause des « montagnards » et tourne le dos à la cause fédéraliste  désormais  honnie à cause de Paoli. Capitaine d’artillerie, il arrive au siège de Toulon en septembre 1793 avec l’armée de la Convention.

Le port de Toulon.

Premier coup d’éclat : son génie militaire permet de précipiter la chute du port tenu par les royalistes et les Anglais, grâce à ses canons. Les révolutionnaires sont généreux avec les promotions.  Dès le 22 décembre 1793 il est nommé général de brigade. Mais il doit cette promotion au frère de Robespierre.  Encore une mauvais pioche. La chute de « l’incorruptible » le 27 juillet 1794 (9 thermidor)  lui vaut d’être destitué et même mis en état d’arrestation un court moment. C’est l’insurrection royaliste contre la Convention qui va le remettre en piste.  Barras qui défend l’assemblée a besoin  des généraux républicains qui se trouvent à Paris.  Il connaît Bonaparte qu’il a rencontré lors d’une mission dans le midi. Il le réintègre et une fois de plus,  les canons du jeune général vont faire la différence alors que l’assemblée est cernée par 25 000 insurgés le 5  octobre 1795 (13 vendémiaire).

Devant l’église Saint-Roch.

Bonaparte avait assisté à la prise des Tuileries  le 10 août 1792. Il a encore en mémoire la violence de l’émeute. Cette fois, il empêche la concentration des sections contre-révolutionnaires en interdisant l’accès aux avenues qui mènent à l’assemblée avec ses pièces d’artillerie. Il est aidé par un jeune chef d’escadron : Joachim Murat. On gardera de l’épisode l’image de la canonnade de la foule sur les marches de l’église Saint-Roch, qui relève plutôt de la légende, mais il disperse les insurgés sans faiblesse, mettant fin à l’épisode.  La restauration monarchique attendra. La voie est libre pour mettre en place le Directoire.

La percée du jeune Bonaparte.

Il est enfin dans le camp des vainqueurs. Et en plus il y gagne la main d’une ancienne maîtresse de Barras, Joséphine de Beauharnais, dont il tombe follement amoureux. Un bonheur n’arrive jamais seul : on lui confie le commandement de l’armée d’Italie qui doit faire une manoeuvre de diversion pendant que les armées de Sambre et Meuse avec Jourdan et du Rhin avec Moreau devront porter les coups décisifs aux Autrichiens et marcheront sur Vienne. La campagne d’Italie sera décisive pour établir la renommée de Napoléon Bonaparte. Pour bien comprendre dans quel contexte elle a lieu, faisons un petit détour pour expliquer pourquoi en 1796, au moment ou le général Bonaparte rejoint Nice pour prendre son commandement, la  France est en guerre contre l’Autriche.

La 1ère coalition.

Sous la Révolution et l’Empire, la guerre est pratiquement continue en Europe.  La France doit faire face à sept coalitions mises sur pied essentiellement sous l’impulsion de l’Angleterre.

Les origines de la 1ère coalition remontent à la déclaration de guerre de Louis XVI, le 20 avril 1792, après approbation de l’Assemblée Législative, au roi de Hongrie et de Bohême, c’est-à-dire à l’Autriche. Elle va faire face non seulement à celle-ci mais aussi à la Prusse qui lui apporte son soutien et à l’armée des émigrés sous les ordres de Condé. L’invasion de la France sera à l’origine de l’insurrection du 10 août 1792 et des massacres de septembre. Elle est heureusement arrêtée par le général Dumouriez à Valmy le 20 septembre 1792.

Le 21 septembre 1792, la « Convention nationale » a succédé à la « Législative », élue au quasi suffrage universel, mais le scrutin s’est déroulé dans un climat de peur et d’insécurité. Elle siège pour la première fois le lendemain de la victoire de Valmy et proclame aussitôt la République. Essentiellement bourgeoise, elle se partage entre Girondins à droite, Montagnards à gauche et « la Plaine » entre les deux. Le Roi est mis en accusation. Son procès conduit à sa condamnation à mort et il est exécuté le 21 janvier 1793. Pendant ce temps, il s’en est suivi un renversement de situation avec les armées révolutionnaires qui progressent le long de la rive gauche du Rhin, en Belgique et en Savoie.

Ces victoires et surtout la  mort de Louis XVI provoquent une vaste coalition dont l’âme est l’Angleterre pour riposter à la France. C’est la « première coalition » qui regroupe, outre l’Angleterre, l’Espagne, la Hollande, la Prusse et l’Autriche. La France connaît alors de violentes secousses : la trahison de Dumouriez, les défaites à l’extérieur, le soulèvement de la Vendée et de nombreux troubles conduisent à la « Terreur ». Avec Carnot qui réorganise les armées et la « levée en masse », l’ordre est rétabli à l’intérieur et les frontières sont dégagées. La Convention se termine dans les soubresauts évoqués plus hauts.

Heureusement, à l’extérieur, les victoires se succèdent : après la  victoire de Jourdan à Fleurus en juin 1794, la Belgique est rapidement reconquise, les Pays-Bas occupés ainsi que la Rhénanie. A la suite du traité de Bâle (avril 1795), la  paix est signée avec la Prusse puis avec l’Espagne et la Hollande ; seules restent en guerre l’Autriche et l’Angleterre. Avant que ne se sépare la Convention, la France a annexé la rive gauche du Rhin, les Pays-Bas deviennent une république  satellite, et la réunion de la Belgique à la France est proclamée le 1er octobre 1795. Les opérations reprennent  notamment contre l’Autriche.

C’est à ce moment-là qu’intervient la campagne d’Italie.

(à suivre)


LREM, L’AUTRE NOM DE LA GAUCHE.

Lrem logos

 

Le néogauchisme dont la France insoumise est le principal vecteur, renforcé par les idéologies importées des Etats-Unis, a fracturé la gauche française. Et à un an de l’élection présidentielle, les études d’opinion sont toutes convergentes : toutes tendances confondues, elle ne rassemble plus qu’entre 24 et 26%, pas plus. Le total d’intentions de votes à gauche est l’un des plus faibles de toute l’histoire de la Ve République. En fait c’est un trompe l’œil.  Les Français sont toujours globalement partagés.  Mais pour les formations politiques concernées, il y a urgence.  Et la priorité des verts, du PS et autres tendances est de trouver un moyen de se rassembler pour avoir un candidat commun avec l’objectif de passer la barre du 1er tour. Samedi dernier, ils étaient nombreux à se retrouver toute la matinée, à l’initiative de Yannick Jadot qui en rêve, dans un hôtel parisien du 19e arrondissement. N’en manquait pas un ! Si, justement, l’un des principaux, Jean-Luc Mélenchon, parti opportunément rendre visite à ses amis gauchistes d’Amérique du sud dont il admire les régimes totalitaires. Après une matinée de palabres, dispersion avec  clause de revoyure. Autant dire que la réunion a tourné au « bal des faux-culs ». Mais personne ne se demande où sont passés les 25% manquants !

La gauche française n’est pas à l’agonie. Elle a juste changé de nom. 

La réponse tient en un seul constat.  Les mêmes sondages indiquent que 25% des électeurs de Hollande continuent  de voter pour Macron. Eh oui, on voudrait nous faire oublier que Macron est entouré de la plupart des hommes qui constituaient le socle du PS : Ferrand, Véran, Le Drian … et que son groupe parlementaire est composé pour une bonne part d’élus venus de la gauche.

Mieux, son bilan est encore plus révélateur car la politique mise en œuvre s’apparente bien davantage à la poursuite de la politique socialiste de François Hollande qu’à un alignement sur les projets de la droite. Sur le plan économique et financier, la hausse des déficits et des prélèvements obligatoires, la vertigineuse explosion des dépenses de l’Etat, le célèbre et socialiste « quoi qu’il en coûte », autre expression pour « c’est gratuit, c’est l’Etat qui paye », l’augmentation exponentielle de la dette, n’ont fait que prolonger la tendance déjà à l’œuvre avant 2017. De même, sur les questions sociétales, les choix accomplis par les macronistes divergent largement des orientations de la droite et du centre : la PMA sans père remboursée par l’assurance maladie, l’interruption médicale de grossesse à 9 mois pour détresse psycho sociale, et maintenant la tentative d’instaurer l’euthanasie, à quoi il faut ajouter l’explosion sans précédent des flux migratoires, le communautarisme forcené, la flambée de la délinquance et de la violence à laquelle Lionel Jospin n’a rien à envier. Il faudrait ajouter ses contorsions écologistes qui font la part belle aux tenants de la décroissance. Enfin, la repentance qui imprègne la vision du chef de l’Etat qui voit dans l’histoire de la colonisation un « crime contre l’humanité » est un emprunt au néogauchisme.  

Et  pis encore, le recours aux conventions citoyennes pour traiter de sujets fondamentaux est devenu une pratique banalisée du « nouveau monde politique », directement tirée des thèses de la démocratie de proximité chère à Ségolène royal. En fin d’année dernière, à la demande du président de la République, 35 Français ont été tirés au sort pour former un « collectif de citoyens » chargé de « se prononcer sur la stratégie vaccinale en France ». Cette initiative faisait suite à « la Convention citoyenne sur le climat », composée de 150 citoyens, sélectionnés au hasard pour « représenter pleinement la société dans toute sa diversité et sa vitalité ». La méthode est-elle si nouvelle ? D’ores et déjà sous le quinquennat de François Hollande, « une conférence citoyenne », composée de 18 citoyens désignés selon des critères de représentativité de la société française définis par l’IFOP avait été chargée de réfléchir à la fin de vie. Elle avait débouché, à la fin de l’année 2013, sur des conclusions favorables à la « possibilité de se suicider par assistance médicale (dans certaines conditions) ».

Ce portrait du soi-disant « nouveau monde » ressemble furieusement à « l’ancien monde socialiste », y compris pour le nombre des fonctionnaires qui ont continué d’augmenter. Il suffisait seulement de rebaptiser le parti socialiste en LREM, et de débaucher un quarteron d’opportunistes à droite, il y en a toujours, et le tour était joué. Voilà pourquoi la gauche « titulaire » se meurt.  En fait, elle est au pouvoir depuis 9 ans, le quinquennat Macron s’inscrivant très clairement dans la suite de celui de François Hollande. C’est une évidence. Des segments de réforme dite de droite  et un verbe droitier pour le « en même temps » n’y changent rien. Comme s’il suffisait de poser des mots sur les maux de la France pour les faire disparaître. Et voilà pourquoi,  comme beaucoup d’autres qui me le font savoir, en aucun je ne revoterai pour lui.

LR pour sortir de la confusion.

Ce scénario repose sur une contre-vérité entretenue par les transfuges de la droite vers le macronisme : « Ce qu’a fait le président (Macron), la droite en a toujours rêvé mais ne l’a pas fait », et largement reprise par les commentateurs et les  médias.

La responsabilité de la droite est historique. Au moment où elle est clairement l’objet d’OPA, à la fois du Macronisme qui voudrait l’asphyxier et du RN qui s’empare un à un de ses  thèmes pour se rendre plus acceptable, elle a le devoir de s’affirmer haut et clair.

Le cycle électoral qui commence va façonner la gouvernance de notre pays pour la décennie à venir. Face à une gauche fracturée, une majorité présidentielle qui entretient la confusion, un Rassemblement national qui vote systématiquement contre tous les textes régaliens mais qui soigne sa « normalisation », la  droite porte une responsabilité importante. Celle de proposer d’abord dans chaque région, puis à l’élection présidentielle, une candidature intransigeante sur les fondamentaux et déterminée à prôner d’abord puis à appliquer sans faiblesse ensuite les mesures difficiles mais indispensables pour restaurer l’autorité de l’Etat et recréer une « envie »  de reconstruire la communauté nationale pour en faire à nouveau « une Nation ».

A l’heure ou 80% des Français expriment de la méfiance ou du dégoût envers la politique (enquête CEVIPOF), un alignement de LR sur LREM se présenterait comme une manœuvre opportuniste. Quant à un ralliement au Rassemblement national il n’est tout simplement pas pensable. Ces manœuvres ne feraient qu’aggraver l’image de responsables politiques ayant tourné le dos à l’intérêt général et obsédés par leurs intérêts personnels, le partage des prébendes et des privilèges.

L’idée que les LR n’auraient pas de « candidat naturel » touche à la quintessence du renoncement et de la sottise politique. Les tentatives pour l’empêcher d’exister montre assez bien que c’est en raison de sa capacité à apporter les vraies réponses au pays. C’est  bien pourquoi la sphère  médiatique se garde bien de faire écho du travail en profondeur qui est mené depuis bientôt un an. Il y aura évidemment un candidat issu de ses rangs ou de sa sphère. La question n’est pas de porter à l’Elysée un surhomme, un sauveur providentiel, mais de donner à la France un candidat crédible, motivé par le sens de l’Etat et la capacité à s’entourer d’une équipe solide et compétente pour gouverner le pays dans le respect de la démocratie. Et pour cela, il en est largement encore temps.

Les Républicains apparaîtront rapidement comme la seule alternative raisonnable  pour éviter un nouveau duel Macron-Le Pen.

 


NAPOLEON BONAPARTE

Sainte-Hélène, 5 mai 1821, 17h49,  l’Empereur s’éteint. Deux cents ans plus tard nous nous apprêtons  à commémorer sa  mort. Un évènement  qui suscite bien des expositions, bien des émissions de télévision, et même des manifestations avec défilés en habits, colloques  sans oublier les innombrables articles et livres.  Nous saurons tout sur Napoléon,  le  vrai, le faux,  le génie, le despote,  son parcours,  ses amours, sa gloire et ses  erreurs… Certains voudraient qu’on l’efface de notre histoire.  Je ne serai pas de ceux-là. Car  Napoléon est l’une des figures les plus populaires du monde, dont l’aura dépasse largement les frontières de la France. Il est autant connu par la vraie histoire que par la légende qui est née après sa  mort et qui a dominé  les esprits tout au long du XIXème siècle, et même encore aujourd’hui. Son œuvre a été considérable bien que le bilan de son règne soit évidemment contrasté.

Je vous propose donc d’entrer "dans les pas de Napoléon Bonaparte".  Une  histoire que j’ai enseignée pendant de nombreuses années et que je prends plaisir à redévelopper pour le calepin.

 

Bonaparte à BrienneBonaparte à Brienne

Deux mots pour dresser le décor.

Le printemps 1794 est marque par la lutte de Robespierre contre les factions hébertistes et dantonistes. Mais la « Révolution est glacée » comme  le  dit « justement » Saint Just. La dictature de Robespierre et la Terreur, que ne justifie pourtant plus la situation militaire, ne peuvent se prolonger : le 9 thermidor (27 juillet 1794), les robespierristes disparaissent dans le soulagement général. Les thermidoriens représentent la bourgeoisie révolutionnaire qui veut consolider son pouvoir politique face aux sans-culottes et aux royalistes. L’équilibre est difficile à maintenir, et  lorsque  la Convention fait place au Directoire, le nouveau régime ne parvient pas davantage à la stabilisation : une série de coups d’Etat traduit cette lutte sur deux fronts. Une force va dès lors s’imposer et jouer le rôle d’arbitre : l’armée, auréolée de son immense prestige dû aux victoires d’Italie.  Il faut donc s’intéresser au plus populaire de ses chefs, Bonaparte, qui est choisi par le Directoire pour mettre fin à l’anarchie qui s’installe à Paris.

Qui est Napoléon Bonaparte.

Deuxième fils de Charles Marie Bonaparte et de Letizia Ramolino, Napoléon est né le 15 août 1769  à Ajaccio, un an après l’annexion de la Corse par la France. Pasquale Paoli avait défendu en vain l’indépendance de l’île ;  il avait été vaincu à Ponte-Novu en mai 1769 et s’était exilé. Charles Bonaparte qui combattait à ses côtés avait alors rallié les Français. C’est grâce au comte de Marbeuf, nouveau gouverneur, que la noblesse d’origine florentine des Bonaparte est reconnue et c’est ainsi que Napoléon eut accès aux écoles d’officiers du continent. Il quitte donc la Corse fin 1778 pour faire ses études. Il sera successivement élève au collège d’Autun, puis de Brienne pour terminer à l’Ecole militaire de Paris dont il sort lieutenant.  Il n’en est pas moins resté Corse dans l’âme. Il n’aura de cesse que de retourner dans son île natale qui devient bientôt un département et où il se mettra au service de Paoli, revenu d’exil. A ce moment-là, il ne voit son avenir qu’en Corse.  Il lui importe peu que la monarchie soit renversée et que la guerre éclate sur le continent.  Mais ses relations avec Paoli sont entachées par la trahison de son père que le chef corse n’a pas oubliée, et quand celui-ci se rapproche des Anglais, Napoléon s’y oppose. Son admiration pour lui s’effondre.  Paoli étant mis hors la loi, Napoléon rejoint les Conventionnels envoyés en mission pour rétablir l’ordre. Mais la tentative pour reprendre Ajaccio aux paolistes échoue. Napoléon est obligé de fuir avec sa famille. Il débarque en France le 11 juin 1793.  C’est sur le continent que s’écrira son histoire !

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