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LES DOSSIERS DE L'ETE

Dossiers de l'été

7 / AU BAL MASQUE…

Au bal masqué, si les faux-culs faisaient banquette, on ne pourrait plus s’asseoir. Le port du masque a ses décideurs et ses contradicteurs. Quel débat, pour ne pas dire déballage.  Ce petit carré de tissu en fait couler de la salive.  Mais comment s’y retrouver dans toutes ces injonctions mouvantes et parfois contradictoires…. C’est une préconisation du Conseil scientifique : voilà qui clôt le débat ! Alors, circulez, on ne discute pas la  science !  Voilà un débat marginal mais qui occulte  bien la réalité.  Et quand les masques tomberont, nous pourrons constater l’étendue des dégâts.

Le  masque intégral.

A partir de ce mardi, nous voilà donc masqués, presque partout. Après les Toulousains, puis les Marseillais, les Caennais, les Parisiens passeront désormais leurs journées avec le masque collé à leur visage. Donc, sauf à domicile ou en voiture, ce qui est devenu l'arme principale anti-Covid qui permet de pallier les limites de la distanciation physique, sera de rigueur dans les commerces, mais aussi au sein des entreprises et dans la rue. Port du masque obligatoire dans les lieux publics clos, port du masque obligatoire en extérieur dans les métropoles, port du masque obligatoire dans les communes de plus de 10.000 habitants, comme cela vient d’être décidé dans le Bas-Rhin, port du masque obligatoire dans toutes les entreprises et établissements scolaires :  face à la recrudescence de l'épidémie de coronavirus, et alors que plus d' un cluster sur cinq se trouve en entreprise, le gouvernement a décidé de rendre obligatoire, dès le 1er septembre, le port du masque sur les lieux de travail, y compris les open space. Seule exception, les bureaux individuels. Pour les écoles, certains  plaident même le  port obligatoire du masque dès 6 ans. On se demande bien comment un maître peut enseigner avec un masque, mais là n’est pas la question. Et tout cela, sans que l’on n’ait aucune étude scientifique qui en démontre l’utilité en extérieur.

Science sans fondement.

Le mouvement de généralisation du masque est d'autant plus frappant que le gouvernement, pendant des mois, a répété que son port était inutile, voire contre-productif. En la matière, le retournement, quoique progressif, est à 180°. Nous n’oublions pas comment, du ministre de la Santé Olivier Véran au directeur général de la Santé Jérôme Salomon, les mêmes qui décident aujourd’hui l’obligation du masque avaient décrété son inutilité pour le grand public, avec des mots définitifs et un ton agacé envers ceux qui ne comprenaient pas cette position. Le peuple français est  quand même bonne pâte. Et  si ça renâcle ici ou là,  comme du côté des   motocyclistes qui portent des casques à visière,  la confiance en ceux qui obligent au port du masque serait plus forte, et donc les consignes plus nettement respectées, s’ils reconnaissaient s’être trompés. Ou avaient dit tout simplement la vérité : pénurie !  Or aucun mea culpa n’a été prononcé. À cet impératif d’humilité qui aurait été salutaire s’ajoute l’exigence de cohérence des mesures imposées. Or, une fois encore, les allers-retours sont nombreux : sur l’obligation du port permanent du masque par les enseignants, sur la même obligation pour les cyclistes ou ceux qui mangent un sandwich en marchant, sans parler du premier ministre annonçant cette obligation sans porter de masque. Et comme chacun sait, la défiance s’engouffre toujours dans les approximations ou les contradictions. Et de nous demander : est-ce bien le rôle de nos gouvernants de s’immiscer aussi précisément dans notre vie quotidienne ?

Les éternels contestataires.

La  directive aurait été trop belle si elle n’avait pas suscité de rébellion. Les anti-masques se sont réunis dans plusieurs villes de France samedi dernier lors d’un « acte 1 » pour marquer leur opposition au port du masque. Le plus important rassemblement a  eu lieu à Paris. Comme lors des manifestations des gilets jaunes, il y aura donc d’autres « actes » à suivre.  Ils  veulent crier leur ras-le-bol des mesures contraignantes et des injonctions contradictoires, infantilisantes et culpabilisantes. Les anti-masques viennent s’ajouter à la liste déjà bien longue de  ceux qui osent remettre en cause l’autorité et la vérité officielle. Donc des complotistes, il en existe toujours, des pestiférés classés réacs ou des populistes tendance poujadiste…  La médiasphère aux ordres aura vite fait de faire le tri et d’attribuer les étiquettes. Le port du masque, qui n’est pas préconisé par l’OMS, relève-t-il du bon sens ou du non-sens ? La  question mérite d’être posée.

Et même un enjeu capital.

François Hollande a répété qu’il  pouvait « être utile ». Il vient d’en donner un exemple en estimant que le masque devait être «gratuit pour tous» dans l'enseignement privé comme public. Il prend ainsi une position décisive face à Emmanuel Macron qui préconise l’inverse. On a compris qu’il s’agit d’un débat  stratégique vital pour l’avenir de la France. Il ne nous manque plus que l’avis de Ségolène …. Macron n’a-t-il pas reporté la présentation du plan de relance, pour donner la priorité à la crise sanitaire ! Il semble pourtant urgent de  se préoccuper des conséquences  du confinement et la mise en léthargie de notre activité pendant deux mois (le PIB a chuté de 14% au 2ème trimestre !).

Pendant le même temps, en Suède, on vit normalement : pas de masque, pas de distanciation. Plus de virus non plus.  Mais  comment ont-ils donc fait ? Les « politiques » seraient-ils plus efficaces au Nord ?  A observer leurs résultats en matière de finances publiques, on serait tenté de le croire. A moins que le coronavirus ne soit une aubaine pour nos technocrates qui peuvent ainsi se faire plaisir à bon compte en prescrivant, interdisant, précisant, réprimant,  exercices dans lesquels ils excellent, pour « diriger » le bon peuple. Moins il y a de morts, plus il y a de précautions ! Ainsi,  on serait dirigé par des personnes dont la principale occupation est d’inventer de nouvelles interdictions. Après avoir instrumentalisé la pénurie, les voilà à la manœuvre pour résorber les stocks de masques. A  croire !  Ainsi va la technocratie…


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6 / DELINQUANCE, CRIMINALITE, INSOUMISSION : LES SIGNES VISIBLES DE NOTRE DECADENCE.

 

Nous vivons une drôle d’époque.

Le laid remplace le beau. Le désordre s’impose face à l’ordre. La facilité supplante la rigueur. L’obscurantisme gagne du terrain sur « les Lumières ». Le matérialisme dézingue la transcendance … Les signes de régression sont multiples et touchent à tous les domaines de notre vie en société. La  coiffure masculine se doit d’être hirsute, le jean se porte en guenille, le mâle se doit d’être mal rasé. « J’ai le droit » se  prononce plu souvent que « je dois ». Le  « genre » remplace le sexe en s’appuyant sur une théorie dont l’auteur canadien a avoué qu’il avait tout  inventé, mais elle fait des ravages sociétaux chez les « progressistes ». Certains veulent défigurer notre langue sous prétexte de dictature masculine par ignorance crasse de sa grammaire. Notre Histoire est soumise à la « question » (torture pour les incultes), et est dénaturée par les  « déconstructeurs ». L’école ne transmet plus qu’un savoir relatif, quand elle en transmet un. On dénonce les « violences policières » et les délinquants deviennent des héros. La fidélité est une valeur à mettre au rencart et respecter une règle est devenu le signe le plus sûr d’une névrose psychorigide. Mais le signe le plus avéré de notre décadence, c’est le glissement de notre société dans la violence gratuite qui explose au moindre prétexte et que certains nomment désormais « ensauvagement ».  

L’inversion des valeurs.

Le fonctionnement de nos médias nous propose trop  souvent  une vision décalée, aseptisée ou orientée de la réalité, cédant le  plus souvent à l’émotion qu’à une observation rationnelle. Les violences urbaines de Dijon, de Nice et d’ailleurs, les meurtres gratuits qui témoignent d’une totale indifférence à la vie des autres ont propulsé la notion d’ensauvagement au premier plan de l’actualité. On vient de comprendre que c’est le citoyen qui doit fermer les yeux et baisser la tête, car à vouloir rappeler la loi, il risque sa vie. C’est la France à l’envers. On touche là à une question plus essentielle que l’écologie ou l’économie, car elle est nationale et dépend uniquement de nous et de notre volonté politique. C’est ainsi que des groupes de pression idéologiques et déstabilisateurs, comme l’étonnante incursion en France, du « racialisme » prétendument antiraciste, ont facilité la scandaleuse exploitation de l’affaire Traoré. Les morts particulièrement cruelles commises par des « sauvages » font monter à la surface une réalité que peut-être on aurait préféré continuer à nous cacher : celle de quartiers et même de villes où la loi qui règne n’est pas celle de l’État mais ici, celle des bandes qui vivent des trafics, ou là celle de communautés qui pratiquent d’autres règles que les nôtres. Mais force est de constater que les gouvernements depuis huit ans l’ont jusqu’à maintenant ignorée. L’inversion des valeurs est victime d’une volonté de déni.

La violence de l’insubordination.

Pourtant, les chiffres sont éloquents : après une année 2018 marquée, au niveau national, par une hausse sensible du nombre de violences sexuelles enregistrées (+19 %), l’année 2019 continue d’afficher une augmentation très nette (+12 %). Les escroqueries sont en forte progression en 2019 (+11 %) de même que le nombre d’homicides (970 victimes). Comme en 2018, les coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus enregistrent une forte hausse en 2019 (+8 %). Ces données traduisent le désintérêt d’un gouvernement plus prompt à utiliser les forces de l’ordre pour réprimer les manifestations que pour protéger concrètement les citoyens. Et même dans ce cas, on ne parle jamais d’émeute, mais on vilipende les « violences policières ». Certain(e) vante la pratique de la polygamie et insulte la police en prétendant qu’elle massacre des gens à cause de la couleur de leur peau. D’autres multiplient les refus d’obtempérer, se soustraient aux interpellations de la police avec des conséquences souvent dramatiques que la mauvaise foi et le soutien médiatique imputeront systématiquement aux forces de l’ordre. Les violences, les coups de couteau, les blessures, les handicaps à vie, les morts, pour un mauvais regard, pour une cigarette refusée, pour un rappel à l’ordre, sont monnaie courante mais demeurent dans la zone grise des faits divers où les revendications islamistes sont assimilées au déséquilibre mental et les noms des auteurs oubliés ou maquillés. Et il ne s’agit plus  « d’incivilités » comme l’évoque maladroitement Macron.  Il  s’agit d’une augmentation des délits et des crimes, de la montée de ce que l’on appelle « l’anomie », l’absence de loi et de norme qui est le signe de l’effondrement du corps social. Une sorte d’insubordination généralisée.

Les réponses technocratiques.

La perception de la gravité de ce phénomène se heurte à un obstacle majeur : on est gouverné depuis longtemps par des « techniciens » du pouvoir, plus technocrates que politiciens, pour beaucoup coulés dans le même moule et qui n’envisagent que des solutions techniques. Il ne suffit pas d’augmenter les effectifs de la police, encore faut-il qu’elle ait les moyens d’agir. Un policier, visible ou non, est souvent mis hors d’état d’agir par les risques du métier et leurs suites judiciaires ; menacé lui-même et insulté, sa présence dans certains secteurs est même présentée comme une provocation. Dans ces conditions, la réalité nous montre qu’il  ne sert pas à grand-chose. Un autre obstacle de taille c’est la défaillance de la Justice : non seulement elle manque de moyens, non seulement elle est lente et procédurière, encombrée de sujets de moindre importance que l’ordre public, mais elle applique avec une orientation politique de moins en moins cachée, des lois qui n’ont cessé de mettre des entraves au maintien de l’ordre. La voie du redressement, s’il est encore possible, n’est pas technique mais idéologique.

Un enjeu de civilisation.

Et pour une bonne part, la responsabilité de la situation incombe à l’idéologie « progressiste », c’est-à-dire décadente, qui anime la sphère du pouvoir évidemment incapable d’endiguer la montée des séparatismes puisqu’il refuse de prendre en compte l’identité, nationale ou civilisationnelle, comme des repères indépassables. Le refus d’intégration dans notre société est largement en cause.  On sait qui ensauvage la France. Ne fermons plus les yeux. Ce sont ceux qui dans les cités et les quartiers sensibles, se livrent au trafic de stupéfiants, terrorisent les résidents honnêtes, empêchent les interventions de la police ou n’hésitent pas à exercer des violences de toutes sortes contre elle.  Ce sont ceux qui pour tout et n’importe quoi, s’en prennent aux maires au point que l’un d’eux, frappé, doit se satisfaire d’un rappel à la loi pour son agresseur. Ceux qui s’en prennent à des citoyens rappelant l’obligation du masque dans une laverie ou ailleurs. Ceux qui sèment la panique dans les centres de loisirs, comme à Étampes, récemment. Ces bandes qui se comportent dans l’espace public comme en terrain conquis, sans souci d’autrui mais avec l’arrogante certitude de l’impunité… Les solutions pour combattre cette réalité, imposeront un courage politique de tous les instants, des expulsions et éloignements à un rythme soutenu, une action équitable dans sa rigueur, une police et une gendarmerie accordées avec une Justice sans faiblesse, une exécution des sanctions efficace et réactive et, surtout effectives, avec le retour des peines plancher que les juges se devront d’appliquer. Cependant, la fermeté ne suffira pas. La responsabilité de cet ensauvagement incombe à des fauteurs d’origine étrangère, maghrébine ou africaine, parés nominalement de la nationalité française grâce à un droit du sol qui n’a plus aucun sens puisqu’on l’offre mécaniquement à des générations qui dévoient cet honneur. Il convient donc de remettre en discussion le « droit du sol » : envisager aujourd’hui, dans une France éclatée, son effacement n’est ni inhumain ni contraire à une tradition dont les effets sont devenus dévastateurs. De même, on doit pouvoir prononcer la déchéance de nationalité pour les binationaux. Cette remise en cause doit intervenir en parallèle d’une politique migratoire  intransigeante. Ces exigences vont bien au-delà des gesticulations actuelles faites pour donner le  change.

Enrayer la décadence, c’est possible.  Constantin a bien réussi à sortir l’Empire Romain de son abaissement et lui redonner éclat et grandeur, et la tâche était autrement plus immense. Cela implique de changer non seulement ceux qui sont aux commandes, mais aussi les objectifs qu’ils se fixent. Comme le dit souvent François-Xavier Bellamy, l’enjeu est civilisationnel, et ne concerne pas que nous, mais toute l’Europe.

 


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5 / BIOETHIQUE : LA RAGE TRANGRESSIVE

En fausse urgence et au forceps, la loi de bioéthique a été adoptée en seconde lecture à l'Assemblée nationale le samedi 1er août à 03h45 du matin, par 1/10e de la représentation nationale, sans vote solennel et en l'absence remarquée toute la semaine des principaux ministres concernés. Tout a été fait pour détourner l’attention des Français et faire en sorte qu’elle passe inaperçu. Alors que la crise sanitaire a révélé les faiblesses de notre système de santé et que la priorité devrait être à la relance, l’examen en plein été du projet de loi bioéthique ne peut qu’être un choix idéologique. Pourtant, ce texte mériterait un débat plus approfondi, tant il ouvre des possibilités vertigineuses, préparant l’arrivée de certaines formes d’eugénisme et même de gestation pour autrui. Il va revenir devant le Sénat courant octobre, probablement avant adoption définitive ensuite en 3ème lecture si la commission paritaire ne parvient pas à un accord, ce qui est le plus probable. Pour l’heure, le débat n’est donc pas terminé.

Un désastre bioéthique.

Les mesures phares du projet de loi ont été retenues : PMA excluant le père et remboursée par la sécurité sociale, filiation fictive, transgressions transhumanistes, manipulation des embryons, autorisation des embryons chimériques animal-homme. Pire encore des mesures sans rapport mais tout aussi transgressives ont été adoptées, comme l'assouplissement de l'accès à l'interruption médicale de grossesse. Les contributeurs Français sont donc sommés de prendre en charge l’abolition officielle de la paternité comme pilier de la famille et de l’enfance.

Après une bataille homérique d’amendements par une poignée de députés « résistants », tentant de façon presque désespérée de faire passer 2 500 amendements en commission spéciale face à un petit groupe majoritaire, habité d’une rage transgressive, quelques rares limites ont été posées, au moins jusqu'à la prochaine révision, dans 5 ans : interdiction de la ROPA, de la PMA post-mortem, de la commercialisation des gamètes, de la PMA pour les hommes transgenres, du DPI-A ou encore limitation à deux personnes pour accéder à la PMA. Malgré la conviction, le courage et la hauteur de vue des députés opposants, le droit de la filiation est sorti ruiné de ces travaux, le respect de l'embryon, laminé et les repères anthropologiques les plus solides déstructurés, au cours de débats bâclés, difficiles, parfois houleux, où les arguments d'autorité ou affectifs ou encore la victimisation ont été régulièrement utilisés par les promoteurs.

GPA et humanité génétiquement modifiée.

La perspective de légalisation de la gestation pour autrui (GPA) se rapproche. Le nouveau texte prévoit une transcription quasi automatique du statut de l’enfant né de GPA à l’état civil, tandis qu’aujourd’hui, la procédure reste relativement dissuasive. Quant aux chimères et aux embryons transgéniques, le texte de loi autorise désormais leur fabrication et « utilisation ». Ces expérimentations rejetées par le Sénat en première lecture ont été réintroduites dans le texte début juillet. Dans l’article 17, la modification génétique des embryons humains devient possible, ouvrant la voie à d’éventuels essais visant à faire naître des enfants génétiquement modifiés. Il est aussi envisagé d’expérimenter la création d’embryons animaux dans lesquels seraient intégrées des cellules humaines, qu’elles soient embryonnaires ou adultes reprogrammées. Noir sur blanc, la frontière homme-animal est abolie. C’est une rupture anthropologique majeure !

Sylviane Agacinski se révolte : « Je suis très inquiète. Par ce texte, la France assure qu’elle n’est plus hostile à la GPA, qu’elle cautionne et encourage la marchandisation des corps et le système des mères porteuses. » Et la philosophe marquée à gauche rajoute : «  Le lien mère-enfant n’est pas un rapport de propriété. Le lien filial ne peut être vendu. Si la loi m’autorise à louer la vie de quelqu’un et à lui acheter son enfant, alors elle traite les personnes comme des biens, autrement dit des choses ».

Un débat de société.

Le débat de société ?  Quel débat de société ?  L’avez-vous vu passer ?  Pas moi. Un vote lâche, honteux, en catimini.  « Conservateur » l’opposant à cette réforme ?  Non : résistant, résistant à une dérive totalitaire de la même nature que toute forme d’expérimentation touchant à la nature humaine. Deux visions irréconciliables de la personne humaine, de la famille, de la société et de la politique se sont affrontées entre les opposants et les promoteurs, les premiers soutenant des convictions au service de l'intérêt supérieur de l'enfant, les seconds soutenant des intérêts particuliers sur fond de vision libérale libertaire de la famille et de la personne humaine. « Tout le monde a peur de s’opposer », confie le député Patrick Hetzel. Peur d’être traité d’homophobe, peur de passer pour ringard ou antiprogressiste. 

Les mots de traîtres et d’opportunistes ne sont pas excessifs pour qualifier ceux qui ont retourné leur veste pour un maroquin (comme Edouard Philippe) sur ce sujet essentiel. 

La bioéthique ne pourra désormais plus être dénommée que « bioéconomie » ou « biopolitique ».

 


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4 / UNE RECESSION BIEN FRANCAISE !

Tous les pays du monde connaissent un repli de leur PBI à cause de la crise sanitaire.  L’Europe n’échappe pas à la règle. Mais pourquoi en France, la récession est-elle plus forte qu’ailleurs ? Le Royaume-Uni qui cumule les atermoiements de Johnson et les conséquences du Brexit  fera peut-être pire que nous, mais ça n’est pas certain.

Ce constat est d'autant plus perturbant que, traditionnellement, notre économie, du fait de l'importance de son secteur public et de ses mécanismes de redistribution protecteurs, est moins exposée aux chocs internationaux que nos partenaires de l’Union. Si l’on en croit les chiffres du début de l’été, qui peuvent encore bouger, l’OCDE a annoncé que la France pourrait connaître une récession de 11,4 % (246 milliards d'euros)  à 14,1 % de son PIB en 2020. C’est en France, juste devant l’Italie et l’Espagne, pourtant plus touchés par l’épidémie, que la crise économique pourrait donc être la plus forte. Car  pour le  moment, si les Français sont inquiets, ils n’ont pas  encore vraiment subi  les effets de la crise économique. Le  pire est devant nous quand les amortisseurs sociaux cesseront inévitablement de tendre leur filet  protecteur : chômage partiel,  prêts, paiements de  charges différés, etc… Cette chute, liée au confinement pendant près de huit semaines, est presque mécanique : quand on a 35 % de l’économie en pause pendant deux mois, ça ne se rattrape pas pendant les mois qui suivent. Au global, l’OCDE prévoit que l’économie mondiale va se rétracter de 6 % cette année. Ce sera encore pire dans la zone euro (entre 9 et 11 %). Le contexte est donc morose pour tout le monde.

Alors que s’est-il passé ?

  • La France a été prise au dépourvu.

Les  déclarations successives de nos responsables en disent long. Inutile de revenir sur les propos qui se sont enchaînés dont Sibeth N’Diaye a été le porte-drapeau risible. Non seulement personne ne croyait une pandémie possible, mais notre dispositif de santé, le meilleur du monde, était complètement inadapté pour y faire face. Quand l’épidémie est arrivée sur le continent européen, nous avons tardé à réagir et la  prise de conscience a  été brutale.  Ce n’est qu’au pied du mur, qu’on a mesuré que la vague des malades allait submerger nos hôpitaux, en manque de lits dédiés, de respirateurs, de matériel basique de soins. Manque de masques, de blouses, de tests, … Le  seul   moyen  pour éviter la  catastrophe, a été le confinement général, décidé en toute hâte, alors que les élections municipales étaient déjà programmées.

  • La France cumule deux handicaps majeurs : la centralisation excessive et  une technocratie toute puissante. 

Chez nous tout part d’en haut, et tout le monde doit faire pareil. Le nombre de prises de  paroles  du Président de la République pour commenter la situation est la partie visible de l’iceberg. L’exemple du confinement est emblématique de notre système centralisé : il s’est appliqué uniformément sur tout le territoire, Paris et Mende logés à la même  enseigne. Au moment du déconfinement, nous avons eu droit aux territoires à couleurs variables, avec des procédures de circulation très codifiées, inventées  par nos technocrates jamais en mal d’inspiration. Le fameux  Conseil scientifique n’était en fait qu’un assemblage de médecins bureaucrates, pas  toujours en phase avec la réalité. Pire, l’Etat qui ne connaît d’habitude que ses Préfets s’est pris les pieds dans le fouillis entremêlé de ses services déconcentrés  entre le Ministère de la Santé, l’Agence France santé, les ARS, …  au point d’enrayer les initiatives prises par les collectivités territoriales plus réactives et plus souples que l’Etat obèse. Si nous avons connu  la pénurie des masques, on le doit principalement à notre technocratie. Depuis « la Bercysation » de notre système de santé, il a fallu trouver les  économies à réaliser,  c’est ainsi que  les stocks de  masques périmés n’ont pas été renouvelés… Simple calcul de technocrate. Même embolisation pour les commandes de masques. Une autre des particularités françaises est la centralisation de son économie autour de deux régions, l'Ile-de-France et l'agglomération lyonnaise : « Vous avez à peu près 40% de l'économie française » résume Jean-Marc Daniel. « Quand vous bloquez les transports dans des régions qui sont aussi concentrées, vous avez un effet qui est l'incapacité de déplacement de la main d'œuvre. » Nouvel  effet démultiplicateur.

  • Le secteur public n’a pas joué son rôle amortisseur. 

D’habitude le secteur public n’est pas touché par la crise qui atteint majoritairement le secteur privé. Les  fonctionnaires continuent de consommer et permettent au moteur de la « consommation des ménages » de continuer à tourner. Mais cette fois-ci, avec le confinement, cet effet d’amortissement n’a pu avoir lieu. Et en plus, certains services ont dysfonctionné et contribué à paralyser ce qui continuait de marcher : La Poste, les transports publics, notamment …

  • Le confinement a touché nos points forts.

Soulignons d’abord que la France  a été l’un des pays où le confinement a été le plus long, près de deux mois donc, et où le déconfinement est des plus progressifs. Et ce confinement sanitaire a touché tous les points clefs ou les points forts de l’économie française. Les secteurs de services ont été plus atteints que les activités industrielles, en particulier le tourisme, les loisirs et toute la filière de la «mobilité». Or, en temps normal, ce sont les points forts de l'économie française, de l'aérien à la restauration, de la construction automobile au musée du Louvre. D'où l'impact immédiat et massif sur toutes ces activités dans notre pays. Le tourisme a été sapé dans ses fondements par le confinement. Le secteur est très important en France, comme pour l’Espagne et l’Italie. Car, même si on ne retrouvera pas tout de suite les touristes étrangers qui viennent par millions chaque année en France, le tourisme interne à lui seul représente les deux tiers des recettes touristiques. Sans réouverture totale du secteur on ne retrouvera pas les niveaux d’avant crise. L’industrie aéronautique se retrouve clouée au sol. Et plus globalement les secteurs exportateurs de la France que sont la chimie, l’agroalimentaire et le luxe. C’est vrai qu’en temps normal notre balance commerciale est déjà déficitaire. Mais le facteur aggravant c’est que ce sont les secteurs où la France est bien positionnée qui ont été touché. Arrivent ensuite l’automobile, la France n’est pas l’Allemagne mais a quand même un secteur important. La construction, qui compte pour 6 % dans le PIB français, a, elle aussi, été globalement à l’arrêt pendant deux mois. Il s'agit là de données objectives auxquelles on ne pouvait se soustraire. C’est pourquoi le gouvernement a déjà présenté un plan pour l’automobile, pour le tourisme et l’aéronautique.

  • Une économie qui tourne à l’envers.

En France, nos hauts responsables sont persuadés que c’est l’Etat qui crée la richesse et que donc il suffit de distribuer du pouvoir d’achat. La consommation des ménages est considérée  comme le principal moteur de la croissance tricolore. Pour la financer, l’Etat a recours à l’impôt qui donne lieu de ce fait à une « redistribution » qui brime les plus aisés. Comme  l’impôt  a atteint des seuils de saturation fiscale, il a eu recours à l’emprunt faisant grossir régulièrement la dette,  qui dépassait au début de l’année 100% du PIB.  En conséquence, la capacité des investissements par le privé est amoindrie et insuffisante pour financer la recherche et l’innovation, et le poids des charges rendent nos entreprises peu compétitives.  Nous perdons régulièrement des parts de  marché à l’export et notre balance commerciale est gravement déficitaire.  A l’inverse, des  pays comme l’Allemagne sont plus tournés vers l’export et veillent à garder leurs entreprises compétitives.  Tant qu’on ne comprendra pas que « le pouvoir d’achat » est la résultante de la  capacité des entreprises à créer de la richesse, on continuera de creuser nos déficits. Nous avons abordé la crise sanitaire dans les pires conditions : dès le début de l’année, la croissance était en berne contrairement aux affirmations de Bruno Le Maire. C’est pourquoi,  avec la fermeture de nombreux commerces, la capacité même à consommer a été largement amputée. Le résultat ne s’est pas fait attendre : dès mars, avec seulement deux semaines de confinement, on est revenu au niveau de consommation de l’an 2000. Une chute vertigineuse. Mais le taux de croissance du 1er trimestre était en recul de 5%, alors que le confinement n’est intervenu qu’à la mi-mars !

Dans son rapport, l’OCDE voit une reprise très nette, et même plus forte qu’ailleurs, en France en 2021. Mais il faudra a priori attendre fin 2022, dans l’état actuel des choses, pour retrouver le niveau économique du début de l’année 2020.

  • Une relance keynésienne serait suicidaire.

J’entends par là, une relance qui tablerait  essentiellement sur une reprise de la consommation. Il faudrait profiter du contexte actuel  « d’argent facile » pour financer  massivement la recherche-innovation, aider les entreprises à investir  en baissant significativement leurs charges- toutes leurs charges. Bruno Le Maire semble en avoir conscience mais les gestes qu’ils  prévoient restent à des niveaux très faibles : baisse de 10 milliards des charges de production sur 70 milliards, renouvellement pendant deux ans des baisses d’impôts sur les sociétés. Pas de quoi bouleverser la  donne de la  création de richesse.

Notre système de protection sociale est efficace pour amortir  le choc de la crise quand elle survient.  Le système de chômage partiel – coûteux mais nécessaire – a permis de conserver le capital humain des entreprises. C’est ce qui leur permettra de repartir plus vite que si elles devaient engager et former de nouvelles personnes. Aussi louables soient-ils, les dispositifs d'aide publique, en incluant les prêts des banques centrales, ont eu pour seule vertu de soutenir les revenus des personnes et les comptes financiers des entreprises. Ce sauvetage était nécessaire. Mais en tant que tels, ces dispositifs n'ont pu compenser les pertes de production et de consommation elles-mêmes, d'où ce paradoxe effarant avec, d'un côté les ménages qui ont accumulé une sur-épargne de près de 100 milliards d'euros et de l'autre un pays qui s'apprête à supprimer 800.000 emplois faute de perspective d'activité, selon les prévisions de Bruno Le Maire lui-même, le ministre de l'Économie et des Finances. Or, contrairement à ce que nous raconte le discours ambiant, la reprise de la consommation ne  doit pas  être la seule clef de la croissance dans les mois à venir. Certes, l’épargne a doublé pendant le confinement, c’est colossal ! Les ménages ont des marges de manœuvre de consommation. Reste à savoir si les ménages auront suffisamment confiance en l’avenir pour faire chauffer la carte.

Si la France subit aujourd'hui la récession économique la plus violente d'Europe et du monde, cela tient à la fois à la façon dont elle y est entrée et à sa sortie. Après avoir mis en place le confinement le plus draconien, l'exécutif et les Français eux-mêmes, anesthésiés par leur paperasserie, peinent à s'en extraire. Or c'est là que le bât blesse dans l'Hexagone, qui reste engoncé dans ses règlements pointilleux, ses protocoles sanitaires abracadabrantesques, ses délais de réflexion et de communication extravagants entre l'Élysée, Matignon et Bercy.

Voilà ce que traduisent les chiffres de l'OCDE : une certaine exception française au pire sens du terme. Le plan de relance concocté par Bercy risque de ne pas viser les bonnes cibles  et on peut craindre une coloration par trop électoraliste, ce qui serait la pire des options. L’urgence serait de recréer de la richesse « hexagonale » en réinstaurant un cycle vertueux, et pas de la transférer ailleurs, par la consommation qui augmente inévitablement nos importations et fait travailler les autres, en Asie, par exemple.


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3 / MEDITERRANEE : ENDIGUER ERDOGAN !

 

Escalade en Méditerranée.

Conflit gréco-turc001

Notre mer intérieure n’est plus la « Mare nostrum » des Romains. Lieu de rencontre des grandes civilisations, et particulièrement celles du « Livre », elle devient aujourd’hui une zone de tensions majeures, marquée par l’extension du désordre qui domine le Moyen-Orient et  sa  côte sud, et la montée en puissance de la démocrature (pour ne pas dire la dictature) turque. L’effondrement du Liban et le jeu trouble de l’Iran, la décomposition de la Libye qui s’enfonce dans une guerre intestine sans fin  où se mêlent conflits tribaux et importation des conflits régionaux avec l’intervention de la Turquie et du Qatar du côté Tripoli, de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, des Emirats et de la Russie du côté Haftar, n’arrangent pas la situation. Mais c’est peut-être la  rivalité entre les Etats pour le contrôle des espaces maritimes, et  l’appropriation des ressources qui vont avec, qui risque de déclencher des conflits.

La  découverte du gisement est-méditerranéen dont les réserves de gaz sont estimées à 3 500 milliards de m3 rend la situation  proprement explosive (sans jeu de mots). Sans compter que la Méditerranée voit transiter ¼ du trafic maritime mondial et constitue l’une des zones de  migrations les plus intenses. On comprend avec regrets pourquoi le projet de Nicolas Sarkozy de créer « l’Union Pour la Méditerranée »  était si stratégique.  Il avait réussi à réunir autour de la même table tous ceux qui s’affrontent aujourd’hui, plus de 40 dirigeants, pour en faire une zone de paix et de coopération autour de quatre thématiques : la dépollution de la  Méditerranée, la construction d’autoroutes maritimes et terrestres, le développement d’une protection civile méditerranéenne et l’installation d’une université euro-méditerranéenne en Slovénie. Les  « printemps arabes » bouleversèrent les données, et surtout, François Hollande abandonna le projet, probablement parce qu’il n’en voyait pas l’intérêt ou ne se sentait pas à la hauteur, ou les deux. Sans la France, L’Union européenne ne pouvait que se désengager. La  place est vacante pour laisser libre cours à tous les appétits !

L’inquiétante Turquie d’Erdogan.

Mais dans ce paysage aux soubresauts tumultueux, c’est l’évolution de la Turquie qui devrait nous inquiéter le  plus. Entre les mains d’Erdogan, le régime ne cesse de se durcir. La  liberté d’expression n’y est plus qu’un souvenir : les avocats sont soumis à un contrôle renforcé, on ne compte plus les députés de  l’opposition déchus de leur mandat, de nombreux journalistes sont poursuivis pour « espionnage politique » ou pour des révélations qualifiées de « secrets d’Etat » et il  ne fait pas bon critiquer le régime, il faut rajouter  les  procès à rallonge de personnes qualifiées « d’activistes », la  destitution des maires élus du parti pro-kurde.  En juin, une loi a été votée pour renforcer les pouvoirs des milices de quartier qui seront désormais armées. Les « Bekci », en chemise caramel rappelleraient à certains le temps des « chemises brunes ».  Ils veillent sur les villes et les villages dès la nuit  tombée.  L’AKP leur a donné le  pouvoir de contrôler et de fouiller, de porter une arme et d’en faire usage en cas de besoin. Une véritable  armée au service du régime  est  en train de se mettre en  place. Le pays va être pris dans un véritable étau dont Erdogan serre la vis.  Fin juillet, le  parlement a de nouveau frappé en élargissant l’emprise du pouvoir sur twitter et Facebook.  Les  réseaux sociaux sont d’une importance capitale pour de nombreuses personnes qui les utilisent pour s’informer, faute de médias libres. Désormais, la  censure en ligne est possible. Sous son action politique, la Turquie ne cesse de s’islamiser et dans une nécessité qui lui a paru sans faille, il a récemment transformé la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul en super mosquée. Et pendant ce temps-là,  l’arrogant dictateur gesticule et multiplie les provocations à l’égard de l’Europe, pour faire oublier la crise économique qui sévit chez lui et exacerber le nationalisme turc. Un engrenage que l’on connaît bien.

Il faut "endiguer" Erdogan.

Erdogan

Après son intervention dans le conflit syrien contre les Kurdes, Erdogan se mêle de la  Libye  tout en maintenant le chantage aux immigrés sur l’Europe moyennent finances. Maintenant, il mulitplie les  violations de l’espace grec notamment au prétexte de chercher du gaz. Car la Méditerranée orientale en regorge, et la Turquie, confinée sur ses côtes par les eaux territoriales grecques, n’entend pas être tenue à l’écart de ces richesses. C’est l’un des enjeux de ses interventions ces derniers temps dans les eaux chypriotes et grecques. Le gaz est la nouvelle pomme de discorde entre la Turquie et Chypre. Les projets gaziers chypriotes irritent particulièrement Ankara, car la Turquie ne reconnaît pas les limites maritimes validées par l’ONU. Il y a quelques jours, elle a signé un accord avec la Libye qui délimite de nouvelles zones maritimes entre les deux pays. Elles ne sont, bien sûr, pas reconnues par les autres pays, mais elles auraient pour effet de bloquer un projet de construction d’un gazoduc long de près de 2.000 km, baptisé « EastMed » qui relierait les champs gaziers d’Israël, d’Egypte et de Chypre à la Grèce, ouvrant les portes du marché européen. Bruxelles y est favorable, mais beaucoup doutent de la viabilité économique de l’opération, évaluée à 6 milliards d’euros alors que l’Europe est déjà bien approvisionnée en gaz par pipeline et en GNL bon marché. Cela n’empêche pas la Turquie de tout faire pour torpiller le projet EastMed et la  situation peut réellement déraper.

Les derniers développements ont conduit l’UE à réagir : Josep Borrell, chef de la diplomatie, a convoqué  les Etats-membres. Les 27 devraient exprimer leur solidarité avec La Grèce  avec un ton plus dur. Une fois n’est pas coutume, mais j’approuve la décision du Président Macron  de renforcer la présence militaire française en Méditerranée orientale. Deux chasseurs Rafale et deux bâtiments de la Marine se sont rendus dans les zones de tensions. Il faut montrer  ses muscles pour ne pas avoir à s’en servir. Erdogan est comique quand il l’accuse de jouer au « Caïd ».  Il n’y a aucune raison de ménager le « Caudillito » d’Ankara qui tente par tous les moyens d’imposer la présence turque en Méditerranée et qui multiplie les incidents avec les Grecs en envoyant drones, bateaux et soldats sur leur sol ou dans leurs eaux.  

Angela Merkel a engagé des négociations. Un compromis serait  possible, car  les Turcs peuvent légitimement revendiquer un droit d’accès aux richesses, pour peu  qu’ils soient raisonnables… Et l’Europe ne manque pas de moyens de rétorsion : elle est le plus grand partenaire commercial de la Turquie et pourrait créer un énorme problème à son économie déjà mal en point. Mais dans l’immédiat, il est urgent d’endiguer Erdogan. Et compte tenu du sort qu’il réserve à la démocratie  dans son pays, le mieux serait de mettre fin officiellement aux négociations pour son entrée dans l’Union européenne qui n’ont aucune chance d’aboutir. Ce n’est pas avec une attitude belliqueuse qui pue la haine de  l’Europe et les ambitions impérialistes, en piétinant la démocratie, en s’adressant aux autres avec un langage de charretier et en exacerbant le sentiment nationaliste de sa  base, qu’Erdogan parviendra à ses fins. Ou alors, ça rappellerait de biens tristes souvenirs comme ceux de 1938.

Heureusement, l’Histoire, dit-on, ne se répète jamais. 

 


DU SARKO « NI PLUS, NI MOINS » !

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LE TEMPS DES TEMPÊTES

L’écriture se veut nerveuse et il n’est pas difficile de voir que le récit a été écrit d’un seul jet. On y retrouve l’ancien Président tel qu’en lui-même. Tout y est : le ton, les tics verbaux, les formules aussi bien assassines que laudatives, même l’emphase reste celle qu’on lui connaît bien. Bien sûr, la pâte humaine est présente, elle transpire à chaque page, elle participe du personnage. Nicolas Sarkozy aime la politique. Et on le croit difficilement quand il assure avoir tourné la page. Il a aimé ses fonctions, même si celles-ci lui ont parfois demandé plus que de raison. Mais on sent qu’il aime par-dessus tout les Français et la France dont il a une haute idée et pour laquelle il nourrit la plus grande ambition. Alors quand il affirme, en ouvrant son récit que « les tempêtes l’ont toujours fasciné » nous ne sommes pas surpris. On savait déjà de lui qu’il ne manque jamais de courage, il l’avait montré lors de la prise d’otages  des élèves d’une école de Neuilly, dont il était le maire. On comprend aussi que son quinquennat l’a profondément marqué, les injustices pour ne pas dire l’acharnement, dont il a été victime aussi. Voilà pourquoi, exilé au Cap Nègre, pendant le confinement, privé de ses sorties à vélo, il s’est rabattu sur l’écriture. Et en 500 pages il fait le tour des deux premières années de son quinquennat. Il fallait que ça sorte. Et cela tombe bien : le « Temps des Tempêtes » résonne avec la crise économique que traverse la France.

Sarkozy « assume ».

Il ne s’agit pas ici de résumer le livre. Au « sarkozyste » qui suivait l’action du Président au quotidien, il n’apprend d’ailleurs pas grand-chose. Cela ne retire pourtant rien à l’intérêt de la lecture. Il n’est pas inintéressant de découvrir comment le quinquennat a été vécu de l’intérieur : ses premiers pas et la découverte de la fonction, l’exercice du pouvoir au quotidien, les crises auxquelles il a dû faire face, qu’elles soient de l’ordre de l’intime ou dans le cadre de ses fonctions. Rien n’est laissé au hasard, mais rien n’est passé sous silence. Même quand l’enchaînement des faits lui est défavorable. Et il n’hésite pas à reconnaître ses bévues.

L’hyperprésidence.

On savait Nicolas Sarkozy  hanté par l’inaction de son prédécesseur. On va donc vivre de l’intérieur cette hyperactivité qui avait marqué son action dès sa prise de fonction. « En allant vite, je voulais créer une dynamique, impulser un rythme, donner un sentiment d’efficacité » écrit celui qui avait décidé de s’occuper de tout, de tout mener de front, de tout suivre et d’être derrière chacun de ses ministres. Le récit recoupe ce qu’on savait : une vie politique bousculée par les projets, les coups d’éclats, les initiatives « transgressives » comme l’ouverture à des personnalités de gauche… Les syndicats, on s’en souvient, ne savaient plus où donner de la tête. Et l’international est soumis au même rythme. Aucun mea culpa sur les choix politiques fondamentaux pour lesquels il ne regrette rien et il n’est pas inutile d’en faire le bilan. Car, près de dix ans plus tard, il est facile d’en mesurer le bien-fondé de la plupart.

La part des confidences.

Evidemment, l’intérêt d’un tel ouvrage réside dans la part du vécu méconnue de l’extérieur. De la séparation avec Cécilia à la liaison puis au mariage avec Carla, les relations avec les grands du monde, le décryptage du caractère d’Angela Merkel, les portraits du personnel politique de son camp comme des adversaires… le livre fourmille de détails. Les jugements sont parfois sans appel. Ils sont, la plupart du temps, le simple constat tiré du vécu. Ils permettent de mesurer la méchanceté gratuite, quand ce n’est pas la haine de certains, l’hypocrisie ou la lâcheté des autres. Les anecdotes sont nombreuses, cocasses ou plus sérieuses. Elles donnent au récit sa densité humaine. 

Les dernières pages du livre s’ouvrent sur la plus forte des secousses de son quinquennat : la crise des « subprimes ». Ces pages entrent en résonnance évidemment avec la crise économique déclenchée par la pandémie du Coronavirus : « Fascinant de voir surgir exactement les mêmes phénomènes dans des contextes pourtant bien différents » !  Un hasard qui sonne comme une évidence : si les choses tournent mal, lui, se sent à l’aise par gros temps. Mais le « capitaine » jure qu’il n’est pas en campagne et que la politique ne lui manque pas. Il est vrai qu’avec Carla et Giulia il a probablement trouvé une vie bien remplie d’amours. Il a pris soin de ne fermer aucune porte et cela ne l’empêche pas de conclure : « C’est le sens de la politique. Voir grand, voir large, voir pour demain ». Une manière de dire qu’il n’est pas usé et que …  

De quoi alimenter les espoirs dans le camp de son électorat.

 

Le Temps des Tempêtes - Ed.  L'Observatoire. 

 


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2 / LE MOMENT DE L’EUROPE

Les trois femmes qui font avancer l’Europe.

Auréolée par sa gestion de la crise sanitaire, plébiscitée dans les sondages, Angela  prend la présidence de l’Union pour six mois, en position de force.  Et les peuples européens auraient tort de s’en  plaindre. Car le hasard, pour une fois fait vraiment bien les choses. Cette présidence tournante lui échoit à un moment clé alors que les  27 viennent de se mettre d’accord sur un plan de relance inédit dont l’Histoire nous dira s’il a été « historique ». Mais en ce mois de juillet 2020, l’Europe a effectué un virage décisif qui lui permet de faire un bond en avant exceptionnel. Elle le doit à trois femmes d’exception que la conjoncture et les aléas de la politique ont permis de se retrouver en même temps aux manettes :  Christine Lagarde à la BCE, Ursula Von der Leyen à la Commission et Angela Merkel indéboulonnable à la Chancellerie. Retour sur six mois exceptionnels.

Christine à la manœuvre.

Pour une fois, Emmanuel Macron a eu la main heureuse : Christine Lagarde est arrivée  à la tête de la BCE  parce qu’il fallait une femme, au nom de  la parité aux postes clés des institutions européennes. Elle était attendue au tournant, elle qui n’était même pas une économiste.  Mais près de 10 ans passés à la tête du FMI en pleine tempête financière lui conféraient une certaine légitimité. Néanmoins, les sceptiques dominaient au moment de sa nomination. Ceux-là  n’ont pas été déçus. Car  après un faux pas initial, c’est la Présidente du FMI qui a posé avec vigueur la   première ligne de  défense dace à la crise  sanitaire : dès le 18 mars elle lance un plan massif de soutien  à l’économie en engageant la banque centrale à racheter pour 1 000 milliards d’euros de titres de dette d’état et d’entreprises, une stratégie ambitieuse dépassant la « Fed ». Elle visait deux objectifs  qui ont été largement atteints : relâcher la  pression sur les  taux d’intérêt et empêcher la débâcle de la zone euro. Elle en remet  même une couche début  juin en élargissant l’effort avec 600 milliards d’euros supplémentaires. Cette femme intelligente a su tirer toutes les   leçons de la crise de 2008 lorsqu’elle était aux commandes à Bercy. Avec elle, la BCE utilise toutes les ressources dont  elle dispose. L’élan est donné.

Ursula la battante.

Propulsée quelques  mois plus tôt à  la présidence de la Commission  européenne, bien que novice  à un tel  poste, l’impopulaire ministre allemande de la Défense, est imposée  à la tête de l’exécutif européen par les chefs d’Etat et de Gouvernement et n’avait reçu qu’un soutien limité des eurodéputés. Beaucoup doutaient alors qu’elle trouve sa  place entre le Conseil et  le Parlement. C’est pourtant Ursula  Von der Leyen qui met en branle la lourde machine technocratique bruxelloise  avec un succès inattendu.  Depuis le début de la crise elle a mis la pression sur les  Etats-membres pour qu’ils coopèrent, lançant dès la fin février des programmes d’achat en commun de matériels  de protection et le 19 mars la toute première réserve européenne commune de matériel médical  d’urgence. Dans mes articles des 6 et 7 juin derniers, j’ai décrit dans le détail son action déterminante. Avec  elle, la  Commission a décidé de prendre les événements à bras-le-corps avec l’objectif de préserver le marché unique. La  deuxième quinzaine de mars permet de mettre de l’ordre dans la réaction continentale et les commissaires concernés ont multiplié les initiatives. Les mesures pleuvent. L’exécutif bruxellois est partout à la manœuvre. L’encadrement des dettes d’Etat est très largement assoupli ce qui autorise les gouvernements à renflouer des industries et des activités menacées.  Elle parvient à faire travailler les 30  000 collaborateurs  en télétravail dans des conditions « remarquables ». Les besoins en financement sont libérés en quelques jours et redirigés rapidement  alors que les règles ne le permettaient  pas. Elle est bien secondée par les  commissaires à l’instar de Thierry Breton  qui enchaine les démarches pour dynamiser le marché intérieur, et Margrethe Vestager, à la concurrence, qui approuve à la chaîne les nombreux plans nationaux de sauvetage qui atterrissent sur son bureau. Diplomatiquement, la Présidente de la Commission va jusqu’à  présenter ses excuses aux Italiens pour les réactions d’égoïsmes de  certains partenaires. L’accord  franco-allemand  du 18 mai lui permet  de proposer un colossal plan de relance de 750 milliards d’euros, du jamais vu, qui vise à  réduire les écarts que la crise a creusés entre les partenaires, sans sacrifier le « pacte vert » et la transition numérique. Elle va  plus  loin, en anticipant : elle jette les bases d’une union de la santé, proposant de  mettre à l’abri les industries stratégiques européennes contre les concurrents étrangers et mobilise des fonds pour la recherche d’un vaccin disponible pour tous.

Angela la chevronnée.

Comme à son habitude, Angela Merkel met un peu de temps à réagir. Cependant, cette fois-ci, elle prend conscience assez vite que la crise sanitaire qui a commencé en Italie et se répand en Europe va mettre cette dernière à genoux, surtout les pays du sud, avec le risque de disloquer le marché unique. Bien qu’elle soit menacée par la cour suprême allemande qui met en doute la légalité de l’action de la BCE, elle se décide à briser le tabou de la solidarité financière. Cette volte-face s’explique aussi par  les turbulences mondiales entre l’imprévisibilité de Trump qui replie l’Amérique sur elle-même et la nouvelle politique chinoise qui ne cache pas son penchant prédateur, avec un Poutine  en embuscade qui rêve de remettre la main sur l’Europe de l’Est, et un Erdogan qui multiplie les provocations impérialistes. Il faut donc sauver l’Union européenne.  C’est pourquoi, elle propose à Emmanuel Macron, qui en rêvait et qui la pressait depuis  longtemps, un fonds de relance de 500 milliards d’euros, empruntés collectivement par l’Union et redistribués au plus fragiles par le budget européen sous forme de transferts. Les réticences de la  Chancelière face à l’activisme de la France, suspectée à juste titre de vouloir transférer à Berlin le financement de  son modèle social insoutenable, passent au second plan. L’épidémie du Covid19 a changé la donne et lui a offert une occasion  de rétablir son autorité battue en brèche par la crise migratoire, le dieselgate, la déroute de la Deutsche Bank et la poussée de l’Afd. C’est là qu’intervient son remarquable sens politique, car l’Allemagne n’a plus d’autre option que l’Europe : elle va faire de la présidence allemande le  moteur d’une refondation de l’Union européenne, rendue nécessaire par  la nouvelle  donne mondiale. L’Europe a non seulement besoin d’une relance économique qui permette d’enrayer le grand écart entre ses membres, mais d’une réorientation vers la puissance et l’autonomie stratégique. C’est tout l’enjeu de la présidence du Conseil de l’Union par l’Allemagne au cours du second semestre  2020, placée sous la devise : « Tous ensemble pour relancer l’Europe ».

L’heure de l’Europe.

L’Europe a changé sous nos yeux. Elle a choisi d’être solidaire dans l’adversité. Personne ne l’attendait sur ce terrain-là.  Elle a choisi de franchir un pas décisif vers une union plus généreuse, autonome, indépendante, soucieuse de ses intérêts stratégiques et de sa place dans le monde, à un moment crucial de son histoire. C’est le bon moment pour l’Europe pour qu’elle se décide à exister. Nos amis anglais nous ont quittés : peut-être est-ce là le meilleur cadeau qu’ils fussent capables de nous faire. Ses anciens alliés néerlandais, danois, suédois, renaclent à l’idée d’une Europe puissance : ils n’auront pas le choix !  Les pays du groupe de Visegrad derrière la  Pologne et la Hongrie, dits « illibéraux » grincent, ils n’auront pas d’autre choix que celui d’évoluer au sein de l’Union qu’ils ne peuvent pas quitter, pour des raisons à la fois politiques et économiques. Car l’Allemagne a décidé  d’exercer son leadership européen autrement que par défaut et rend la refondation possible par son engagement et du fait de son poids économique. La récession y sera limitée à 6,3% du PIB et elle retrouvera son niveau de richesse dès la fin 2021, tout en restant en plein emploi. La France, affaiblie par l’épidémie  qui acte son déclassement, n’a d’autre choix que de soutenir inconditionnellement la présidence allemande, dont le réussite conditionne le plan de relance européen, vital pour le redémarrage  de notre économie. Et c’est heureux !  Le  couple-moteur de l’Europe reprend toute son importance. Elle apporte un renfort à l’Allemagne sur le seul point où elle peut être utile: la sécurité. La France peut apporter par ce biais une contribution décisive à la refondation de l’Europe en inscrivant la défense parmi  les priorités du plan de relance. L’accord  entre les vingt-sept, signé à Bruxelles, permet des évolutions décisives : emprunt européen , fiscalité… Nous vivons un tournant du monde qui impose de serrer les rangs  si nous voulons continuer à exister en tant que nations.

L’Europe, dernier rempart de la démocratie.

Il est peut-être encore trop tôt pour affirmer que l’Europe est devenue adulte en ce  mois de juillet 2020. Mais ce qui est une certitude c’est que l’ordre international né de la fin de  la seconde guerre mondial se disloque sous nos yeux. L’ONU  est au mieux paralysée, au pire impuissante. Les  Etats-Unis, après  la  guerre froide, la fin du communisme et le World Trade Center, et  les  avatars qui en ont découlé, dans la  dernière décennie  ont décidé de sonner le glas de « l’Occident », d’abord de  manière soft, puis plus  brutalement avec Trump qui fait éclater méthodiquement toutes les institutions mises en place par ses prédécesseurs , à commencer par  l’Otan et tous les  pactes régionaux qui permettaient aux Etats-Unis de dominer le monde. Avec la mondialisation, la structure idéologique du monde en deux camps opposés, capitalisme contre socialisme, a perdu toute signification  au profit d’ensembles régionaux qui font ressurgir souvent les empires du passé, Poutine et la Russie des Tsars, Erdogan et l’empire ottoman, Xi Jinping et la Chine impériale,  sans parler des islamistes qui rêvent du Califat.  Ils ont tous en commun la hiane ou le mépris de l’Occident. Le « multilatéralisme » qui a tenu lieu de doctrine internationale ces vingt dernières années en est mort, remplacé par des « politiques de puissance ».

La conséquence en est dramatique : tous ces néodictateurs ne se cachent pas pour proclamer que la « démocratie occidentale » ne leur convient pas. Et son recul est général partout dans le monde, en territoires et en régimes juridiques. Nous entrons dans un monde autoritaire, policier et  belliciste. Le pire  modèle est probablement ce que met en place la Chine communiste  quand les techniques  les  plus  raffinées de la reconnaissance faciale sont utilisées systématiquement pour contrôler  un à un, à chaque moment de leur vie, des centaines de millions d’hommes. Il devient vital que notre Europe  se décide enfin à exister, non seulement comme espace  économique  et commercial,  mais comme  puissance  politique. Si nous voulons encore faire  vivre notre modèle  démocratique et protéger notre civilisation ! La querelle entre fédéralistes et souverainistes est dépassée.

Saisissons la chance  que la présidence allemande nous offre. Elle va inscrire la  relance de l’Europe dans les principes de l’ordo-libéralisme qui l’a construite : le fédéralisme de souverainetés partagées, l’économie de marché et le libre-échange. On peut compter sur son pragmatisme et la recherche du consensus qui restent en termes de méthode le chemin le  plus sûr pour réaligner l’Europe du Nord et celle du Sud, celle de l’Ouest et celle de  l’Est. Un des facteurs de la réussite de cette volonté allemande réside dans les choix que la  France fera pour relancer son économie. Il est important qu’elle ne gaspille pas l’argent que la crise lui a permis d’emprunter à tout va. Car, il ne faut pas qu’Emmanuel Macron se méprenne : pour Angela Merkel, il ne s’agit pas de saisir sa main tendue, son ralliement au fonds de  reconstruction est une réponse pragmatique à un sentiment d’urgence, alimenté  avant tout par  le  plongeon vertigineux de l’économie allemande qui conditionne la reprise outre-Rhin au redressement des pays méditerranéens. En même temps, on peut sauver notre  modèle démocratique, ça  n’est pas anecdotique ! 

Merkel, VDL, Lagarde : un tiercé gagnant ? A  la fin de l’année 2020, on y verra déjà plus clair !

 


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I  /  LA CRISE DE LA DEMOCRATIE FRANCAISE …

On est en droit de s’étonner que si peu d’intérêt ait été accordé par les médias et les politiques au fait majeur des élections municipales : le record  des abstentions à une consultation qui traditionnellement recueillait l’intérêt de nos concitoyens. 58,4%,  c’est 20 points de plus qu’en 2014 qui était déjà considéré comme un record en abstentions. Mettre  ce résultat sur le dos de la crise sanitaire, même si le phénomène a pu jouer, c’est vouloir se rassurer à bon compte. Il faut surtout y voir une grave dégradation de notre lien civique, malheureusement, que les conditions matérielles du scrutin ne suffisent pas à expliquer. De fait, de nombreux facteurs y concourent. Quatre crises !

Le dépérissement du civisme fiscal.

Aujourd’hui, dans notre pays, 57% des ménages ne paient plus d’impôts sur le revenu ni de taxe d’habitation. La suppression de cette  dernière qui était dédiée  au financement des services publics communaux tels que écoles, équipements sportifs, culture, s’inscrit dans une longue série de décisions antérieures et qui remontent au quinquennat précédent, au nom du sacro-saint principe d’égalité très discutable.  On comprend bien que le lien civique sans la relation fiscale qui incite  le citoyen à s’intéresser à l’usage de l’argent public et à demander des comptes aux élus, n’a plus guère de contenu. Il reste bien la CSG et la TVA que tout le monde paie, mais ce sont des contributions qu’on identifie moins clairement. Plus d’un foyer sur deux n’a pas vraiment d’intérêt à aller voter. Et il est facile de mettre en corrélation le taux d’abstention avec le taux d’exemption fiscale… même si ça n’est pas si simple.

Le dépérissement de la démocratie représentative.

Convenons que le discours dominant porte une critique disproportionnée des procédures électorales.  Or, il n’y a pas de système supérieur à la démocratie représentative au suffrage universel par désignation dans le secret d’un isoloir, qui constitue le seul  moyen d’associer tout le monde à la décision, qu’on soit pour ou contre. Toutes les autres procédures qu’on nous présente comme supérieures : tirage au sort, démocratie participative, délibérative, ric ou rip, ont en commun de pousser dehors le plus grand nombre  en réintroduisant le clivage  entre  les  « entreprenants », experts autoproclamés, qui participeront, et la masse des simples électeurs qui ne se sentiront pas ou peu concernés. L’étude de ces  pratiques  montre que les citoyens se déplacent peu et ceux qui le font correspondent à des profils sociologiques particuliers. Les taux de participation en font foi. D’ailleurs, les  villes qui pratiquent la démocratie participative n’ont pas eu des taux de  participation plus mirifiques que les autres aux municipales. Le sujet c’est bien celui de la représentation :  y a-t-il aux manettes des gens qui nous ressemblent ?  Ce n’est pas un hasard si le taux d’abstention a été  particulièrement élevé chez les ouvriers (70%) et les  employés (65%), aux élections municipales. Et de fait,  la transmission des valeurs démocratiques aux nouvelles générations est menacée.

Le miroir déformé de la représentation médiatique.

C’est probablement l’une des causes majeures du dépérissement du lien civique : la représentation médiatique en parfait décalage avec le réel. Les sujets débattus dans les médias ignorent ou minorent des réalités qui déplaisent ou qui ne sont pas appréciées  à leur juste intérêt.  Par contre le monde médiatique, peut-être  parce qu’il est trop parisien (euphémisme), se montre trop souvent déterminé à  promouvoir des irréalités dans lesquelles il nous demande de nous reconnaître.  Par exemple, à l’occasion des élections municipales,  la « vague verte » était annoncée dès janvier  2020 et  le soir du second  tour, c’est encore la « vague verte » qui fait la une de tous  les médias.  Or, il n’y a pas eu de « vague verte » !  C’est l’abstention historique qui aurait dû faire la une !  Et pourquoi les Français seraient-ils aller voter,  puisque lorsqu’ils ne le font pas, leur absence est à peine remarquée. A cela s’ajoute, un succès éclatant de  l’opposition, droite en tête, en dépit de la participation électorale. Sujet oublié, lui aussi. C’est donc  un supplice pour le public qui n’a plus d’autre solution que de se tourner vers les réseaux sociaux pour chercher une représentation du monde qui ait du sens. Et que penser des polémiques violentes qui ont saturé l’espace public à propos du « racisme français », des « violences policières », du « déboulonnage des statues », instituant la « racialisation » du confit social alors  que notre pays combine une puissante culture républicaine à un Etat providence parmi les plus généreux.  On croit marcher sur la tête. La réalité tangible  dans laquelle chacun  peut se reconnaître est escamotée au profit d’un monde irréel qui n’est pas le nôtre, jusque dans les séries où l'on nous impose des représentations sociales marginales comme étant la règle alors qu'elles sont largement minoritaires. Au point que les Français ne reconnaissent plus leur propre pays dans le miroir médiatique qu’on leur tend !

L’évanescence du monde politique et les ravages du « en même temps ».

Si à ce phénomène médiatique on ajoute le sentiment le plus partagé selon lequel les « politiques sont impuissants » ou sont « tous pourris », on ne s’étonnera pas de l’érosion de la  participation électorale. Les conditions sont réunies pour que cette défiance en la politique s’aggrave toujours davantage. Pendant les trois mois de la crise intense du covid 19, les plus hautes autorités ont martelé, avec des  procédés qui relèvent de la propagande, que le « masque » était strictement inutile. Aujourd’hui, ces mêmes autorités le rendent absolument obligatoire…  Ce  « tête-à-queue » politique, nos responsables ont  préféré le mettre sur le dos  des experts scientifiques. Ils n’ont pas eu le courage d’assumer leurs  responsabilités, voire de s’excuser.  En apparence, la nation semble encaisser passivement, mais les Français n’ont pas été dupes. On retiendra des récents événements et du résultat des municipales que le bon vieux clivage gauche-droite demeure le plus pertinent quand il faut apprécier une politique. Le  « en même temps » et l’exhortation à transformer et à se réinventer n’a  pas résisté à la réalité. Mais ce  qui compte par-dessus tout,  c’est l’authenticité des convictions et pas la couleur de la « carte ». De ce point de vue, la montée des extrêmes s’explique surtout parce que les citoyens désabusés n’ont plus foi  dans ceux dont les « ambitions » sont tentées par la comédie du pouvoir au détriment de leurs convictions qui paraissent alors secondaires. Les retournements de veste, les trahisons (appelons un chat, un chat), ceux qui sèment le trouble dans leur propre camp, paraissent banalisés, compris, acceptés, et même valorisés au plus haut sommet de l’Etat. Renier son camp et son parti politique pour un prestigieux maroquin, quoi de plus normal, de plus ordinaire ? Ainsi, M. Castex peut-il avoir été un loyal collaborateur de Nicolas Sarkozy  et avoir été élu avec l’étiquette « Les Républicains », être nommé  par un Président dont ce n’est un secret pour personne qu’il est de gauche,  pour faire une politique démocrate-socialiste sous le contrôle de son directeur de cabinet Nicolas Revel, proche collaborateur de Macron, et finalement adhérer à LRem,. On comprend alors que c’est surtout un haut fonctionnaire qui poursuit son parcours,  en bon technocrate tout terrain. La  gauche et la droite ce n'est pas pareil  :   pourquoi les Régions gérées par la droite font-elles  des économies et réduisent leur dette et pas les collectivités gérées par la gauche ? A force  de faire croire que c'est la même chose, comment les électeurs peuvent-ils s’y retrouver. L’indifférence, quand ce n’est pas le dépit, d’un peuple blasé par les volte-face, les incohérences, les contradictions, les  fausses représentations, semble dominer, mais on en mesure le prix au moment d’aller  voter. On constate alors ce qu’en pense la nation dans ses profondeurs, que les sondages n’effleurent même pas.

Faut-il, comme interroge Maxime Tandonnet se demander si « l’apathie du pays dans ses profondeurs, est le fruit de l’indifférence, du déclin intellectuel, d’un authentique abrutissement de masse ; ou bien n’est-elle au contraire que le reflet de la surface des choses, entre reportages et commentaires lèche-bottes et sondages truqués, couvrant un mouvement de révolte, un grondement sourd dans les profondeurs de la France qui ne demande qu’à s’exprimer en la première occasion ? »

L’urgence est donc de résoudre cette quadruple crise démocratique. 

Et ce n’est pas en nous vendant un scénario écrit à l’avance d’affrontement Macron/Le Pen que notre démocratie  survivra. Quatre impératifs s’imposent : ranimer le lien civique, restaurer la souveraineté de l’élection, faire en sorte que l’espace  public soit représentatif de nos réalités politiques et sociales, présenter un personnel politique fiable avec de vraies convictions.

 

 


LA COMMODE AUX TIROIRS DE COULEURS

 

La commode aux tiroirs de couleurs001

Roman d’Olivia RUIZ.

J’ai déjà écrit un article sur Olivia Ruiz.  C’était à l’été 2008, elle était alors au début de sa carrière de chanteuse, tout au moins sur les plateaux télé. Je disais que j’appréciais ses textes, ses rythmes, sa voix, sa gestuelle : bref, une véritable déclaration de fan. Et j'ai toujours un ou deux CD à portée de main quand « l'envie d'Olivia me vient » ! Cette une femme qui a du talent  et  elle vient encore de le  prouver avec la  publication de son premier roman : « La  commode aux tiroirs de  couleur ».  Tout le monde savait déjà que son nom de scène, elle l’a emprunté à sa grand-mère, et que son ascendance ibérique lui tient chaud au cœur depuis qu’elle s’exprime, bien que ce lien ne lui vienne que de sa mère. On en retrouve les accents dans ses chansons, dans son spectacle, dans sa gestuelle.  Pourquoi cet attachement ?  C’est peut-être pour tenter d’y répondre qu’elle a écrit ce qui aurait pu être un récit autobiographique, mais qui faute d’éléments concrets est devenu un authentique roman.

Le thème de l’histoire revient sur son passé de petite fille de réfugiés espagnols ayant fui le franquisme. Une histoire qui résonne dans notre famille puisque ma belle-mère a connu le même épisode, et qui plus est, avec des ressemblances dans le parcours de la fuite vers la France, et l’accueil qui était réservé aux réfugiés. Comme chez nous, elle s’est heurtée à une sorte d’omerta sur l’exil.

A 40 ans, elle dévoile donc une autre facette de son talent : elle écrit  avec un style inimitable que sa double culture rend encore  plus attachant. Les  300 pages se lisent d’un coup.  On sourit, on s’amuse et on sort  son mouchoir à la fin.  Sa fougue, qui fait partie de son personnage, et que l’on  mesure sur scène, se retrouve ici dans le choix des mots, dans les images, dans le rythme de la phrase. Le tableau est complet, car faute de témoignage, elle s’est documentée. L’Espagne franquiste, la guerre civile, la fuite à pied à travers les Pyrénées, l’arrivée dans les camps, prennent un accent véridique tellement ils sentent le vécu. On a  envie d’y croire.  Et puis la double culture, l’assimilation, la transmission ou son absence, voilà un vécu très proche de ce que ma femme a reçu en héritage. Ce roman nous renseigne donc, indirectement sur la volonté d’oubli de ceux qui ont dû fuir leur patrie pour se refaire une autre vie. Ce que ces trois femmes, censées être sa grand-mère, sa mère et elle, ont vécu devient une épopée. Quand on suit Olivia Ruiz, on reconnait dans le roman  les références au café familial de Marseillette. Les femmes de son roman pourraient être sorties  de chez Almodovar. L’espagnol est sa seconde langue. Ce  passé, elle s’y cramponne. Ruiz comme nom de scène est un hommage revendiqué à sa grand-mère et quand sur scène elle entonne « la foule » en espagnol, encore un thème familial, la voix se fait plus rauque et l’accent est là, que seuls ceux qui ont les gènes ont avec cette justesse. Ce qui permet à sa grand-mère de crier son plaisir :  « Olivia est la plus espagnole de nous tous !». Le déracinement, elle en a fait aussi un spectacle : « Bouches cousues »  créé sur la scène nationale du Grand Narbonne  et devrait être à l’affiche des Bouffes du Nord en octobre, si covid veut bien.

Dans ce roman, il y a quelques pages grandioses. Le récit du « corps à corps » avec Rafaël est un sommet de délicatesse et de sensualité. Il y aurait bien d’autres épisodes à citer, mais je vous laisse  les  découvrir. « On pourrait croire à une petite fille sage mais le spectacle laisse au contraire entrevoir un tempérament volcanique.... » écrivais-je en 2008.  Cela se vérifie dans le roman. Voilà une écrivaine qui a du tempérament ! Allez, hâtez-vous d’aller ouvrir les tiroirs de couleurs de la commode !

La  commode aux tiroirs de couleurs, Olivia Ruiz, chez JC Lattès