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UNE SITUATION SURREALISTE.

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C’est certain, ça va repartir.  Tous les ingrédients d’une reprise forte s’accumulent.  Le  problème c’est quand.   Car avec cette pandémie qui n’en finit pas et dont on ne voit pas le bout,  avec les multiples complications apportées par les « variants », bien malin celui qui peut le dire.

2020 : une année hors-normes.

En attendant, nous vivons une période atypique pour ne pas dire surréaliste. L’exercice économique 2020 aura été hors normes.  Qui peut comprendre que la production nationale, le  PIB, ait baissé de 10% et qu’en même temps les revenus français se soient maintenus, le pouvoir d’achat aurait progressé de 0,3% en moyenne selon la Banque de France. L’activité tourne à un rythme inférieur de 10% à celui de janvier 2020 et pourtant le chômage n’a pratiquement pas augmenté et  les faillites d’entreprises ont été  moins nombreuses qu’en 2019. On saisit alors que nous sommes en plein dans l’artificiel. Ces paradoxes ont une explication : la crise sanitaire a été largement « surfinancée ». Si la chute de  production subie a entraîné une perte de 240 milliards l’année dernière, les pouvoirs publics ont injecté 400 milliards entre les  plans d’urgence et de relance.  Ce déluge d’argent public soit déboursé dans le chômage  partiel, soit prêté aux entreprises sous des formes multiples garanties par l’Etat  a permis jusqu’à maintenant d’éviter  ce qui aurait dû être la conséquence de la  crise  sanitaire, une dépression qui aurait été bien plus terrible que celle de 1930.

Le miracle pourra-t-il continuer en 2021 ?

Ce serait surprenant. La sagesse serait de se préparer à la fin de « l’argent hélicoptère » déversé par la Banque Centrale Européenne. Les difficultés sont forcément devant nous. Elles vont surgir aussi bien à l’échelle européenne que chez nous, au moment où nous allons entrer dans la campagne électorale de 2022, dont les enjeux vont du même coup se trouver exacerber. Certes Emmanuel Macron peut se  glorifier des avancées de l’Union européenne qui a réussi à concevoir un plan de relance collectif et massif de 750 milliards d’euros avec un endettement commun.  Mais si l’Europe nous protège, il ne faut pas oublier qu’elle reste, et c’est heureux, un espace de concurrence. Elle financera les dettes  publiques jusqu’en mars 2022 puis ses béquilles seront amenées à être retirées. Les divergences Nord-Sud reviendront au premier plan. Comment alors, résorber les déficits qui resteront béants une fois l’épidémie vaincue, et qui seront autant de handicaps ? Voilà une question hautement politique. Il ne suffira pas d’affirmer : « pas d’impôts Covid », comme l’assure pour l’instant Bruno Le Maire. Nous, nous savons qu’il n’a pas de baguette  magique, et que son « quoi qu’il en coûte » a été financé  par la générosité de la  BCE. Certains on pu croire à la magie, la réalité s’imposera durement une fois la source  tarie.

Une année marquée par l’incertitude.

Elle risque même d’être chaotique. Elle démarre mal avec  une stratégie vaccinale illisible et incompréhensible. Les pierres  d’achoppement s’additionnent : gestion sanitaire approximative, croissance économique  insaisissable, chômage aux contours inquiétants, finances de  l’Etat transformées  en corne d’abondance, restructurations de secteurs entiers, autant de sujets qui vont mettre l’exécutif  à bout de souffle face à une opinion publique éruptive. « Peut-être que je devrai faire des choses dures dans la dernière année », s’interrogeai le Président lors de son interview sur le site  Brut. Il peut en effet s’y préparer,  car  il va devoir faire des arbitrages hautement politiques, et notamment  trouver  la recette qui lui permettra  de mettre fin au torrent des dépenses  publiques qui agit sur les Français comme une drogue. On sait alors   que le plus difficile c’est quand il faut commencer à s’en passer. L’autre écueil  c’est la tentation  d’augmenter  les  prélèvements dans un pays  qui est pourtant au plafond en la matière. Mais c’est incontournable : nos incorrigibles  PS proposent un prélèvement exceptionnel de « solidarité » (élémentaire) sur les en-cours d’assurance-vie supérieurs à 30 000 euros, avec en prolongement, le retour de l’ISF.  De son côté, le  Comité de suivi des retraites recommande une mesure de sous-indexation des pensions visant toute la population des retraités, au prétexte qu’elles ont été épargnées  par la crise. Pendant ce temps-là, les épargnants thésaurisent les billets de banque. Un phénomène qui inquiète les autorités bancaires : rien qu’en France, ce serait 33 milliards d’euros qui seraient stockés sous les matelats, manifestation d’une méfiance d’autant plus paradoxale que l’on paie de  moins en moins en billets. Ce trésor caché est une façon d’échapper à d’éventuelles hausses d’impôts.

Le flou est partout.

La paralysie du pouvoir est patente. Le quinquennat entre dans sa phase terminale et finalement le bilan des réformes sera bien maigre. Il reste peu de temps utile et tant de choses à faire : réforme des retraites, de la décentralisation, du droit du travail, de la constitution, sans parler du referendum sur le climat. Avec un calendrier parlementaire déjà bien encombré. Les incertitudes  politiques s’y ajoutent : quel calendrier pour les  élections, quels candidats pour s’y présenter, quels champions  pour les familles politiques qui constituent l’offre électorale. Autant de domaines pour lesquels les Français aimeraient avoir des réponses et n’ont qu’un théâtre d’ombres à se mettre sous la dent. Une certitude commence à se faire jour : encore un quinquennat pour rien. Le déclassement de la France va continuer.

 


LA DICTATURE DU « JE »

Haddock insultes maj

 

La toute puissance des algorithmes.

Pour ceux qui, comme moi, ont  lu le livre de Gaspard Koenig, « La  fin de l’individu »,  dont je vous ai déjà entretenu, la numérisation accélérée de la société  pendant le Covid n’est pas une surprise. Elle annonce un tremblement de terre qui met en évidence un risque d’obsolescence  rapide de nombreuses tâches pour lesquelles nous estimions que l’homme était indispensable, mais en plus, et c’est le plus grave, le rétrécissement de la pensée subjective humaine individuelle submergée par une rationalité déterminée par des algorithmes supposés nous représenter dans notre globalité.

Encore une fois, ce n’est pas l’Intelligence Artificielle qui est en cause, mais l’usage que nous en faisons et qui façonne une drôle de société. Comme l’Europe a déjà perdu pied dans la compétition qui s’est engagée pour la maîtrise du modèle, il nous reste le choix entre celui qu’impose le régime  chinois, exquise fusion du communisme et des technologies les plus avancées pour enrégimenter l’individu, et celui des Etats-Unis contrôlé entièrement par le géant Google et ses intérêts matériels, dont on vient de voir qu’il pouvait faire le tri dans le contenu des messages qui circulent dans ses réseaux et  fermer un compte purement et simplement.

Deux périls nous menacent : les choix des algorithmes et les choix politiques ou idéologiques de ceux qui contrôlent les serveurs que nous utilisons. Ils connaissent de mieux en mieux nos vies, nos goûts, nos habitudes et ils dominent des pans entiers de l’activité économique du fait de l’accumulation incroyable de données qu’ils sont parvenus à réaliser. Ils se sont aussi attribué un nouveau rôle : être les censeurs de la vie politique et de l’opinion. Et ce n’est peut-être qu’un début. La suspension des comptes de Donald Trump après l’invasion du Capitole le 6 janvier dernier pose la question essentielle pour la liberté d’expression, de la régulation des réseaux sociaux.

Ultra-connectés et bavards.

A cela s’ajoute un troisième péril.  L’avènement du smartphone a fait de la plupart d’entre nous des êtres ultra-connectés, repliées sur leur subjectivité et leurs intérêts tout en intensifiant l’impression de jouir d’une forme d’allégement de l’existence et d’une indépendance sans cesse accrue, constate Eric Sadin (« L’ère de l’individu tyran »). Et nous sommes devenus dépendants de cet « infini » vertigineux. Avec nos téléphones, nos tablettes, nos ordinateurs, un espace d’expression sans limite et à tous moments permet à chacun de s’offrir une multitude de tribunes virtuelles, pour exprimer un avis sur tout –et surtout un avis, aurait dit Coluche-,  dans une débauche de « je » aussi gratifiante qu’addictive. L’inconvénient c’est que ces réseaux sociaux échappent à tout contrôle. Ils constituent un territoire ni structuré ni  hiérarchisé,  chacun étant maître de son « je ».

Avec Twitter on assiste au triomphe de la parole sur l’action, où l’on cherche à s’affirmer non pour défendre un point de vue mais pour imposer une perception des choses. Avec Instagram, l’affichage de soi se transforme en une continuelle monétisation de sa personne, faisant de « l’instagrameur » un homme-sandwich. Les mécanismes pervers mis en œuvre nous font glisser vers une culture de l’humiliation.  Il suffit de lire les commentaires sur Facebook pour s’en convaincre. Enfin, en étant indulgent, parce que l’indigence y règne entre la syntaxe approximative et l’orthographe déficiente qui va généralement avec la superficialité du discours. La  plupart y recherchent des signes pouvant flatter  leur narcissisme ;  asséner sa vérité est devenu un carburant pour l’ego : « je twitte, donc j’existe ! » Cette galaxie inépuisable d’individus produit une profusion de messages qui concurrence les médias traditionnels qualifiés de « top down ».

Un fait, une phrase, une remarque qui tombe  dans ces réseaux va s’envelopper d’une masse de commentaires dont les chaines d’information en continu font leur miel. Ainsi, l’information disparaît au profit de son commentaire. La parole « des gens » remplace l’argumentation de ceux qui militent ou réfléchissent, elle devient vérité et disqualifie le sachant et l’expert, le journaliste, ces passeurs d’une parole vérifiée, d’une opinion étayée ou d’un projet structuré. Tout se vaut, la  parole d’un professeur d’université et celle d’un youtubeur, celle d’un président et celle d’une madame Michu. Il devient quasiment impossible de faire émerger un point de vue  sur ces forums obéissant à la règle de celui qui braille le plus fort. L’information est partout,  mais elle n’est  pas hiérarchisée  et nous nous égarons.

Le triomphe du relativisme.

Les « gens », bien à l’abri de l’anonymat qui permet le lynchage permanent, peuvent s’indigner, se révolter, dénoncer les  incapables, les pratiques insupportables, les complots imaginaires  … Argumenter dans ces conditions, c’est perdre son temps, quant à la raison, « braves gens » … Les contenus qui ont le plus de succès ne sont pas nécessairement les  plus rationnels. C’est lié à la nature même de nos cerveaux qui mémorisent davantage les informations contre-intuitives, qui sélectionnent celles qui confirment nos vues, qui installent des œillères mentales pour nous permettre de camper sur nos positions et que les algorithmes savent renforcer. Car les  plateformes accélèrent la diffusion des fausses nouvelles,  les  post-vérités des complotistes, parce que c’est ainsi qu’elles fonctionnent : proposer à chaque internaute des lectures « proches » de ses recherches précédentes et « fabriquer » des groupes de gens qui pensent pareil, qui se confortent et se justifient. La parade serait l’esprit critique, mais il a disparu avec la culture qui l’accompagnait.

Menace pour la démocratie.

Sauf que tout ce tintamarre, ce  système d’expression est dangereux pour la démocratie.  Il favorise le populisme et le rejet des élites. D’autant plus que toutes les manipulations sont possibles, une minorité de dictateurs de l’indignation polluent les plates-formes, en dénaturent les valeurs de partage.  S’y ajoutent les algorithmes  de certains réseaux qui choisissent et trient vos « followers ».

L’impact de ces nouvelles technologies sur notre psychologie individuelle et collective  est effarant : l’histoire récente des systèmes numériques révèle une ivresse des réseaux qui encourage l’avènement de particularismes autoritaires et l’émergence d’une forme d’ingouvernabilité permanente, autrement dit la montée des comportements d’incivilité qui caractérisent l’effondrement de notre monde commun. Ceux-ci sont aggravés par les technologies de l’embrasement des esprits mises en œuvre sur les réseaux tels que Facebook, Twitter ou Instagram. On s’étonnera alors de la vacuité de ceux qu’on porte au pouvoir, faisant ainsi les choux gras de la technostructure inamovible et de ce fait, toute puissante.

Il faut se doter d’outils pour contrôler les algorithmes eux-mêmes et limiter la puissance des géants du numérique pour rétablir la concurrence. Les Facebook, Twitter, Youtube, Instagram, Snapchat doivent rentrer très rapidement dans le champ de la loi française. Ce sont tous des éditeurs de médias dont les dirigeants pour la France doivent être pénalement responsables de leurs contenus, à l’instar de leurs homologues de la presse audiovisuelle et écrite. Mieux, la  France devrait détenir ses propres plateforme numériques. Il y va de notre survie démocratique, économique et culturelle. Ces  plateformes sont simples, rapides et  peu coûteuses à démarrer et  l’on sait que notre environnement digital est fécond.

L’Europe est le premier continent à s’être engagé dans une réforme globale de son espace numérique par le biais du Règlement sur les services numériques (DSA),  et du Règlement sur les marchés numériques (DMA). Ils sont en discussion actuellement.  Ils permettront de veiller en temps réel à ce que les  plateformes se conforment aux injonctions qui découleraient de ces règlements qui s’appliqueront à tous les Etats membres. Nous devons en effet, fixer les règles du jeu et organiser l’espace informationnel avec des droits, obligations et garanties clairement définis.  C’est une question essentielle pour nos démocraties au XXIème siècle.

 


WOKE, PIRE QUE LES BOLCHOS !

Crétin

Avez-vous entendu parler du mouvement « Woke » ?

Aux Etats-Unis il a envahi toutes les universités. Dans  l’éventail politique, on le place  à « l’ultra-gauche ». Ce sont des extrémistes qui alimentent le « Black lives Matter » et  avec lesquels Joe Biden va devoir composer. De ce point de vue, il  aurait mieux valu que les Démocrates ne gagnent pas les deux sièges qui leur permettent d’avoir les coudées franches au Sénat. Le nouveau président aurait eu ainsi un bon prétexte  pour leur résister.

Un obscurantisme simpliste.

Cette gauche « woke » est adepte de la  politique identitaire et pratique la chasse aux sorcières en faisant taire toute parole dissidente au nom d’un antiracisme devenu une sorte de racisme fou lui-même. Bret Weinsten, professeur de biologie, a dû démissionner de l’université d’Evergreen où il enseignait après s’être  opposé à une journée « anti-blancs » organisée par des étudiants militants  de la cause identitaire. Il ajoutait ainsi son nom à la liste déjà longue des « professeurs annulés » par les « justiciers sociaux ». Ce mouvement vise à abattre le système parce qu’il le considère comme corrompu, et se donne comme objectif de « tout recommencer » à partir d’une page blanche. C’est d’une grande naïveté, mais aucune nuance n’est possible et la contradiction n’est pas permise. Ce que l’on observe ressemble de manière effrayante au bolchévisme où à la période chinoise précédant le Grand Bond en avant.  Des séances d’autocritique sont organisées où les professeurs blancs doivent battre leur coulpe en public en énumérant leurs privilèges.  Des séances grotesques mais  le mouvement manie une telle stigmatisation, notamment sur les réseaux sociaux, avec la complicité de grands  médias, qu’il n’y a guère de possibilité d’y résister. Les  accusés préfèrent se résigner et avouer des choses qui ne sont pas vraies dans l’espoir que les accusateurs passent à autre chose ou ciblent quelqu’un d’autre. Une dictature en cours de formation menace donc les principes fondamentaux de la démocratie et du libéralisme qui font de nous des citoyens et non simplement des porteurs d’identités raciales ou sexuelles. Même si les arguments sont pauvres et la « bêtise » de la vision Woke évidente, le caractère contagieux de la stratégie est spectaculaire. Notre civilisation se trouve confrontée à ces nouvelles formes de racisme, camouflées en lutte contre l’injustice.

Une coalition instable.

Les règles  d’appartenance à la cause sont basées sur ce qu’on appelle l’intersectionnalité (qui vient de faire son entrée à Science Po Paris). Le mouvement appelle à la « cancel culture », ou « culture de l’annulation » qui consiste à appeler explicitement au boycott et à l’effacement de l’espace public de personnes jugées racistes, homophobes ou sexistes. Tout est prétexte pour cette génération qui ne supporte plus d’être offensée et pour laquelle le moindre propos caricatural et le scepticisme sont considérés comme autant de micro-agressions  exigeant la création d’espaces sécurisés où aucune parole blessante ne puisse les atteindre (On est où ?). « Je me sens blessé », tel est l’argument qui autorise désormais toutes les excommunications : avoir conscience que l’on est blessé, c’est être « éveillé », « woke » ! "Eveillé" dans l'obscurité, allez comprendre. Il faut dire, que le « woke » vient de loin, il est né dans les départements d’études critiques énamourés du philosophe Michel Foucault et de la théoricienne du genre, Judith Butler. Le « wokisme » s’est épanoui sous la seconde présidence d’Obama. Et ce n’est donc pas un hasard si le Black Lives Matter, après la mort de George Floyd, a vite abandonné le thème des violences  policières pour appeler à mettre à bas le capitalisme et à démanteler tout l’héritage américain. Mais si ce mouvement prend de l’ampleur et parvient à prendre du pouvoir, il se fragmentera en factions qui ne tarderont pas à se battre les unes contre les autres.  La communauté LGBT se fractionne déjà aujourd’hui entre les homosexuels et les transgenres. Les « tribus » auront tendance à se recomposer selon des lignes identitaires raciales, ce qui est très dangereux. L’antisémitisme est présent dans le mouvement  de manière ouverte et en progression.  De plus, ce  mouvement est en train de créer le démon qu’il prétend combattre, et sortir le nationalisme blanc des marges où il campe actuellement, ces blancs que leur diabolisation exaspère et qui vont grossir les rangs des « suprémacistes ».

Mais une idéologie qui se répand.

La  résistance s’organise. De nombreux intellectuels de la gauche libérale américaine se rebellent contre cet étouffement, plus  de 150 écrivains, artistes et journalistes parmi lesquelles J.K.Rowling, Margaret Atwood.... L’université de Chicago a pris la tête de la fronde, suivie par plus de 50 autres établissements universitaires. Il s’agit de défendre la liberté d’expression et le débat contradictoire. En réalité, ces voix dissidentes restent très isolées.  La  vague « woke » a quitté le champ strictement universitaire pour déborder dans les médias grands publics,  le monde des affaires et les institutions de l’Etat. Certains s’alarment de l’alliance des campus avec l’industrie de la tech, cette oligarchie omniprésente qui prête allégeance au mouvement en forçant  ses employés à organiser des séminaires d’inclusivité et à signer avec les fameux pronoms (him, her,she, he), pratique mise en place pour ne pas risquer de « mégenrer » certaines personnes, et que Kamala Harris emploie elle-même sur son compte twitter. La victoire démocrate sonne  comme une victoire pour eux.  Le Committee on Rules de la Chambre des représentants a dévoilé la feuille de route de la 117ème session du Congrès qui se veut la « plus  inclusive de l’histoire ».  Que l’écriture inclusive soit l’une des premières urgences traitées par les démocrates en dit long sur la puissance de la base progressiste « woke ». Et ce n’est pas un hasard si les Etats-Unis voient  se développer comme un phénomène de  mode le nombre des adolescents transgenres qui touche particulièrement les jeunes filles.

Défendre l'universalisme !

L’absurdité du portrait que fait la gauche « woke » des défauts de l’Occident est en fait une terrible insulte pour les minorités qui veulent simplement une chance de réussir.  D’ailleurs l’élection présidentielle américaine a révélé le  nombre impressionnant d’intellectuels noirs qui ont donné de la voix contre ce mouvement, et le constat doit aussi être fait que  le score de Trump a été largement renforcé par les électorats  de gens de couleur.  On comprend aussi pourquoi Trump qui a dénoncé cette idéologie comme un poison, a fait un score énorme bien qu’il ait été battu. Près de la moitié des américains  sont donc en résistance. Comme le constate Sam Abrams,  professeur de sciences politiques à New York et cible  des wokistes : « ça fait tellement de bien de savoir que chez vous les parents peuvent encore dire à leurs enfants qu’ils sont un petit garçon ou une petite fille.  Chez nous on dirait : comment osez-vous assigner un genre ? ». Nous ne sommes pas pour autant à l’abri. La « cancel culture » s’implante dans nos universités et dans nos grandes écoles. Delphine Ernotte l’impose sur le service public télévisuel sous prétexte de « diversité », elle est suivie par le nouveau directeur de l’Opéra où l’obsession raciale est entrée avec Alexander Neef. A Sciences Po Paris, l’idéologie racialiste,  décolonialiste et indigéniste fait peu à peu son nid : « Comment voulez-vous travailler avec des gens qui vous disent que, parce que vous êtes blanc, vous n’avez pas le droit de participer  à la discussion, que vous ne pouvez pas comprendre ce que vivent les noirs ou les personnes maghrébines ? » s’indigne le président de la section UNEF. J’ai envie de crier « au secours, Félix Eboué, Léopold Senghor, Aimé Césaire, Rachida Dati, … ! ». L’universalisme qui fonde notre culture est pourtant le seul remède  au racisme, car  c’est une expérience unique qui essaie de réduire l’impact de l’identité en favorisant la collaboration au-delà des lignes identitaires, à travers la citoyenneté et le mérite. Un système éminemment supérieur aux autres, et plus juste, mais aussi très fragile dès lors qu’il repose sur la volonté et l’effort individuels. La guerre idéologique ne fait que commencer.

Il n’empêche, je suis un mâle blanc, hétérosexuel, républicain universaliste et démocrate libéral. J’assume l’Histoire de mon pays et son passé colonialiste, je respecte sa culture et ses traditions chrétiennes.  Ceux à qui ça ne plait pas, wokistes ou islamistes radicaux, peuvent aller se faire voir ailleurs. Si vous voulez de l'autocritique, en voilà !

Lire aussi Le Figaro, 20 déc. 2020 : «Cancel culture», «woke»: quand la gauche américaine devient folle  !

 


HADDOCK A 80 ANS, MILLE SABORDS !

Haddock 80

Bien que plus vieux que Tintin dans la vie dessinée, Haddock en tant que personnage  est plus jeune que son inséparable ami, qui affiche,  en ce début janvier 2021 ses 92 ans de personnage de BD. Haddock, dont on apprendra bien plus tard qu’il se prénomme Archibald, est apparu dans le « Crabe aux pinces d’or ». Il est alors le capitaine au long cours d’un cargo, « le Karaboudjan », alcoolique au dernier degré, et entretenu dans son vice par son second, Allan, qui utilise le bateau pour faire du trafic de drogue, à son insu.

Un nouveau personnage.

Haddock apparaît donc en 1941, c’est le 9 janvier qu’il croise la route de Tintin, ou plutôt l’inverse puisque ce dernier fait une intrusion spectaculaire dans la cabine du capitaine. Il vient grossir les rangs des personnages qui entoureront le héros dans toutes ses aventures. Le marin barbu fera sa réputation avec ses sautes d’humeur, son penchant pour le « Loch Lomond », ses crises de délirium à répétition  et surtout ses insultes. Dans les années 50, avec les copains, on s’ingéniait à apprendre  par cœur son florilège, et même à tenter de l’enrichir par imitation. Je me souviens encore d’une « brique enfumée » inventée par Pierrot, l’un d’eux. Le génie d’Hergé est d’avoir accolé à Tintin, personnage pur et sans défaut, un être humain plein de défauts, colérique, prétentieux, impulsif. Il est grossier  comme souvent les gens de mer le sont,  mais il fallait contourner les impératifs de l’époque qui régissaient la littérature de jeunesse, c’est pourquoi le capitaine ne pouvait pas décemment utiliser les insultes en vigueur à l’époque, à connotation scatologique ou sexuelle, qui auraient été censurées. Hergé réussit encore son coup en le dotant d’une logorrhée inhabituelle, faite de mots peu connus ou d’expressions détournées de leur sens   comme « moule à gaufre »,  « bachi-bouzouk » ou « ectoplasme ».  « Les bandes de … » ou « les espèces  de … » fleurissent à chaque séquence. Après de longues recherches, Albert Algoud, tintinologue réputé, a découvert le sens de « tchouk-tchouk-nougats » : c’était le nom donné aux marchands ambulants dans le nord de la France et en Belgique. La ruse a tellement bien fonctionné, qu’aujourd’hui encore, Haddock est aussi réputé que Tintin, dont on ne connait comme réaction verbale que « sapristi ! », très propre et très correct. C’est encore grâce à Albert  Algoud qu’on connait la liste des injures et leur sens réel avec son « intégrale des jurons du Capitaine Haddock ». Sens que gamins nous recherchions dans le dictionnaire.

Qui est vraiment « Haddock » ?

« Tintin c’est moi », affirmait Hergé. Ce qui fait que ses aventures n’ont pas eu de suite après la mort de son créateur.  Mais qui est Haddock ? Dans l’univers de Tintin, les personnages qui gravitent autour de lui, ont un rapport avec la vie réelle d’Hergé. Pour Serge Tisseron et pour d’autres experts, Haddock serait aussi une transposition d’Hergé, mais son côté « noir ». Comme Haddock, il était capable d’écarts, de dépression, il était hanté par la folie de sa mère et il avait peur de sombrer lui aussi. Tintin-Haddock, les deux faces d’Hergé. Ne manque que le sexe. Mais les aventures de Tintin n’abordent jamais cet aspect de la vie humaine ? C’est tout juste si l’on subodore un penchant de la Castafiore pour le capitaine, que les médias voudraient marier dans « les  Bijoux de la Castafiore ».

Apporter de la fantaisie dans l’univers de Tintin.

Le rôle du Capitaine Haddock est donc d’apporter de  la fantaisie dans les aventures de Tintin dont le  personnage trop  parfait aurait pu lasser le public. Si Haddock est alcoolique, c’est d’abord pour le comique qu’Hergé veut en tirer, lui qui a été abreuvé par le cinéma muet. Le capitaine est donc excessif dans la gestuelle, les mots et les réactions. Mais imposer un personnage alcoolique et intempérant dans une BD pour enfants et adolescents, à une période où il fallait faire attention à ce qu’on disait, c’est un tour de force. Au début, c’est un fou furieux. Son amitié avec Tintin commence très mal : Haddock tente de l’étrangler. Tintin rêve que Haddock veut lui tire-bouchonner la tête. Cette relation aurait pu être éphémère mais Hergé a dû comprendre toutes les possibilités qu’il pouvait tirer du personnage : ainsi, quand, sur la dune, dans le désert, Haddock se lève fou de rage –un tir vient de fracasser la bouteille posée à côté de lui-  et se met à insulter les pillards pour les faire fuir, il ne se rend pas compte que ce qui les fait réellement fuir est la cavalerie qui arrive derrière lui. Il croit avoir une grande puissance avec ses jurons, alors que ce n’est que de la gueule. Effet comique garanti, amplifié par le découpage des vignettes !

Il a donc fallu donner une épaisseur au personnage.

Ce sera fait avec « le secret de la Licorne » et « le trésor de Rackam le Rouge », puisque le voilà descendant du Chevalier de Hadoque et propriétaire d’un trésor. Ce marin perdu se découvre une lignée, avec des origines nobles.  Cela l’oblige à se « civiliser ». Il se retrouve avec un château ayant appartenu à son ancêtre  au fronton duquel les armoiries affichées montrent un « dauphin couronné », autre fantasme hergéen, et au fil des aventures,  il deviendra un gentleman-farmer. Moulinsart sera même le cadre d’un voyage immobile  avec le mystère des « Bijoux de la Castafiore ». Au fil des aventures il se donne les moyens de dépasser les forces qui le déchirent au  point qu’à la fin, il paraît apaisé. Et dans « Tintin et les Picaros », c’est même lui qui décide d’aller délivrer la chanteuse d’opéra, pour laquelle il aurait une affection…  C’est là qu’Hergé lui accorde enfin un prénom. Il était temps, on est au 23ème album. A noter que ni les Dupondt, ni Tintin n’ont eu ce privilège.

Pourquoi Hergé a-t-il choisi ce nom pour son personnage ?

Haddock, c’est le nom d’un poisson fort connu en Belgique, de l’églefin fumé. Ce qu’on sait moins, c’est aussi le nom du commandant du paquebot jumeau du Titanic (véridique) qui arriva le premier sur les lieux de la catastrophe. Albert Algoud fait le lien avec l’épave qui commande le Karaboudjan : le spectacle des cadavres  aurait ravagé le pauvre capitaine qui ne s’en serait jamais remis. Haddock, un nom facile à retenir, sauf pour la Castafiore. Rien que dans l’album des bijoux, on trouve 14 déclinaisons qu’elle utilise pour nommer le capitaine qui ne cache pas son agacement : Bartock, Kappock, Koddack, Mastock, Kosack, Hammock, Kolback, Karbock, Karnack, Hocklok, Kornack, Hablok, Maggock et Medock ! Pour autant, par la grâce d’Hergé, il est devenu un héros légendaire qui fait partie de la continuité » du monde. Il est encore en résonnance avec ce que nous sommes. Comme les  personnages de Molière, Haddock est universel !

Tonnerre  de  Brest !

 


BREXIT : UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS POUR BOJO !

Brexitaccordcommercial

 

Une « victoire à la Pyrrhus » est une victoire tactique, obtenue au prix de pertes si lourdes pour le vainqueur qu'elles compromettent ses chances de victoire finale. Allusion à Pyrrhus Ier, roi d’Épire qui fut vainqueur des Romains aux batailles d’Héraclée en 280 av. J.-C. et à celle d’Ausculum en 279 av. J.-C. avec des pertes telles que son royaume ne put s’en remettre.

A la fin, c’est l’Europe qui gagne !

Ursula von der Leyen a fait un joli coup double pour les fêtes. La présidente de la Commission européenne a envoyé les Européens réveillonner avec un accord de coopération pour l’après-Brexit en poche, et les a cueillis au sortir des agapes de Noël avec une campagne de vaccination lancée le même jour sur tout le continent. De ces deux victoires pour le projet européen, il faut retenir une leçon : à la fin, c’est l’Europe qui gagne. Malgré les assauts répétés des Anglais, les Vingt-sept auront fait bloc jusqu’au bout et négocié un compromis de manière unie.  Cette unité retrouvée sera utile alors que de nombreux défis l’attendent déjà. On ne peut pas en dire autant pour le Royaume-Uni qui largue les amarres, avec une crise économique comme il n’en a jamais connue, une crise sanitaire qui redouble de violence et qui a dû finalement se résoudre à un accord avec l’U.E qui ne coche pas tous  les cases de ses exigences, loin s’en faut.

Le poker menteur jusqu’au bout.

Bojo aura pourtant tout tenté. Fidèle à sa stratégie du tout ou rien, il a multiplié les coups, les chantages, les revirements, négociant âprement les différents points. L’objectif : avoir le beurre et l’argent du beurre, quitter l’Europe en gardant les avantages du marché sans les inconvénients d’en respecter les règles. Le cirque aura duré dix mois pour se terminer au bout du bout, mettant à rude épreuve la patience des européens. Michel Barnier a des nefs d’acier et son talent aura permis aux 27 de former un bloc jusqu’au bout, ruinant les espoirs du britannique qui espérait diviser pour régner. Boris  Johnson a multiplié les démarches latérales, appelant Merkel, ou Macron, pour à chaque fois se faire renvoyer à Ursula Von Der Leyen et Michel Barnier. 

Finalement l’accord ne pouvait qu’aboutir, tant il est vrai qu’on ne se ferme pas à un marché de 400 millions d’Européens quand il est à sa porte. Chaque année, le  commerce avec le continent représente en valeur 56 milliards  d’euros de flux dans les deux  sens, acheminé par près de 5 millions de camions  … Le Royaume-Uni en avait fait déjà l’amère expérience avec la CEE, pour finalement la rejoindre, tant son industrie avait souffert d’en être exclue. Pour les observateurs avertis, l’accord est équilibré. Tout le monde avait à perdre en cas de « no-deal ». Mais le Royaume-Uni plus que l’Europe.

Les  Britanniques constateront très vite,  s’ils ne le savent déjà, que la souveraineté de leur pays dont ils ont fait l’argument essentiel de leur volonté de quitter l’Union européenne n’existe pas réellement, que leur économie est étroitement liée à l’UE et qu’elle le restera. Pour diverses raisons commerciales : en hiver, ils ont besoin de produits frais venus de l’étranger parce que les conditions climatiques à leur latitude ne favorisent pas la poussée de fruits et de légumes ; d’autres produits comme ceux de la pêche doivent être achetés sur le continent ; même leur industrie n’est ni souveraine ni suffisante pour leur marché intérieur. Le point d’achoppement qui aurait pu faire échouer toute la négociation est caricatural et montre bien  ce jeu de poker menteur : la pêche qui représente 0,06% du Pib du RU.  Les Européens ont lâché un peu de lest en renonçant à 25% de leurs quotas de pêche avec une période de transition raisonnable pour lever ce point de blocage plus populiste que réaliste.

Les points clés de l’accord.

Le  Royaume-Uni  n’aura plus les liens étroits qu’il entretenait avec l’UE, mais il  pourra continuer à y exporter sans droits de douane, mais pas sans contrôle. Pour autant, les échanges ne pourront pas avoir la  même fluidité. Le  Brexit  aura  des conséquences très concrètes, du fait que Londres a quitté le marché unique : les marchandises issues d’un Etat tiers vont devoir se soumettre aux certifications européennes, au minimum des formulaires de douane. Et ce sera très contraignant dans le secteur agroalimentaire (tests phytosanitaires…). De même, il a fallu trouver un accord sur les règles de concurrence, notamment en matière de réglementation  environnementale ou sociale et chacune des deux parties sera en mesure, en cas de divergence d’imposer des droits de douane. Même chose pour les aides d’Etat. La  City est la grande  absente de l’accord. L’ensemble des services financiers qui constituent l’un des atouts majeurs de l’économie britannique ne sont pas  concernés. Londres  perd donc ses certificats financiers. Mais des dérogations ont été négociées pour trouver des équivalences avec les  places européennes. L’accès des banques et des assureurs est une question traitée en parallèle, avec de nombreux sujets à régler encore. L’objectif étant d’empêcher un dumping financier. Pour régler les litiges, si l’accord  n’est pas respecté, un panel d’arbitrage indépendant sera mis en place.

Mais il est évident qu’en quittant le marché unique, Le Royaume-Uni perd de nombreux avantages  pour ses entreprises comme l’espace aérien commun européen qui offre en son sein la  liberté d’accès, de tarifs et d’établissement. Même chose pour les transports  routiers, l’énergie et la  finance. Et la participation à un certains nombres de programmes  européens se fera sous réserve de  la contribution financière correspondante. C’est ainsi que Boris Johnson a souhaité sortir du programme Erasmus pour les étudiants. L’accord prévoit néanmoins un cadre de coopération policière et judiciaire, indispensable pour lutter contre  la criminalité  et  le terrorisme. Par contre rien n’est prévu sur la politique étrangère, la sécurité extérieure et la défense, ce que Michel Barnier a déploré.  L’accord entre en vigueur dès le 1er janvier 2021, provisoirement en attendant qu’il soit ratifié par le Parlement européen.

Quelle suite attendre ?

Le principal défi que Boris Johnson doit maintenant relever, c’est de démontrer les avantages d’une souveraineté retrouvée. Cela fait des années qu’il tient un discours offensif, certes susceptible de plaire aux Brexiters, mais qui ne repose pas sur une impeccable logique. La notion de Brexit a introduit dans les relations européennes, fondées sur le compromis et le gagnant-gagnant, une forme de cynisme incompatible avec un traité garantissant des rapports sereins. À quoi cette souveraineté dont il nous a rebattu les oreilles sert-elle, sinon à affaiblir le Royaume-Uni économiquement, socialement et politiquement.

La vérité c’est que le divorce consiste essentiellement à nier le passé, l’histoire et la valeur des progrès accomplis en commun ; nier le renoncement définitif à la guerre ; nier la négociation au profit de la confrontation. L’accord signé a pu être accueilli en Grande-Bretagne et notamment à la Chambre des communes, par des cris de rage ou de victoire. Sur le continent il n’a soulevé aucune émotion. La réaction des 27 a été à la hauteur de l’enjeu. Ils ont riposté comme un seul homme, confiant aux négociateurs de Bruxelles le soin de préserver leurs intérêts communs, restant unis comme jamais ils ne l’ont été, démontrant tous les jours la force tranquille de l’UE. Il y a gros à parier que le Brexit soit une catastrophe pour les Britanniques tout simplement parce qu’il n’y a pas d’autre pays européen qui souhaite imiter l’exemple de Londres. D’autant plus que le risque grandit d’une implosion du Royaume, l’Ecosse ne cachant pas sa volonté de revenir rapidement dans l’Union… en tant que nation indépendante !

Il reste que l’accord est bénéfique pour l’économie  française.  L’hexagone a réalisé l’an dernier son  premier excédent commercial bilatéral avec le Royaume-Uni, à 12 milliards d’euros.  Les  Britanniques restent un partenaire commercial de premier plan : près de 120 000 entreprises françaises exportent  ou importent des services ou des biens de l’autre côté de  la Manche. La France a exporté 34 milliards d’euros de biens en Grande-Bretagne en 2020 et en a importé un  peu  plus de 22 milliards. L’accord conclu aura un impact de 0,2 point de PIB pour l’économie hexagonale en 2021.

 


LA FIN CATASTROPHIQUE DE TRUMP

Donald Trump

 

Ultime coup politique.

Les images des manifestants pro-Trump envahissant le Capitole étaient spectaculaires. Par son discours incendiaire, Donald Trump a lui-même incité ses partisans à interrompre la procédure de confirmation du nouveau président, dans l’ultime tentative de prouver par l’absurde qu’il n’a pas perdu l’élection présidentielle. On a frôlé le coup d’État. Beaucoup d’observateurs sont, en effet, tentés de décrire un coup d’État avorté, mais il n’a pas eu lieu. En revanche, le seul et unique responsable de cette journée sinistre qui a ridiculisé l’Amérique aux yeux du monde entier, c’est bien Trump : il a tout fait pour inciter les émeutiers à intervenir physiquement dans la procédure et ce n’est pas par hasard que le rassemblement avait été prévu hier à Washington. Ces manifestations ont provoqué 4 morts et des dizaines de blessés. La fin du règne du président sortant est pathétique. Cette tentative de renverser le cours démocratique aura réussi à détacher de lui la plus grande partie des élus Républicains. Certains ministres envisagent même de l'écarter du pouvoir en le déclarant inapte.

La démocratie résiste.

Heureusement le fonctionnement normal des institutions a pu reprendre et la confirmation officielle de l’élection de Jo Biden a pu se faire. Comme pour couronner cette officialisation, le parti démocrate a remporté les deux sièges de sénateur dans l’élection sénatoriale de Géorgie, ce qui lui procure, dans la chambre haute, la majorité absolue de 50% à laquelle s’ajoute le vote démocrate de la présidente du Sénat, qui n’est autre que la future vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris. Dans quelques jours, le 20 janvier exactement, Biden va devenir officiellement président. Et, c'est une surprise, il aura à ses côtés un Congrès à majorité démocrate, Chambre des Représentants et Sénat. Le nouveau président disposera des instruments nécessaires pour gouverner, et s’il n’a pas la majorité des deux tiers indispensable aux grandes réformes, il dispose néanmoins des voix pour conduire à la fois son programme économique et sa politique extérieure. Par contre il n'aura pas l'excuse de la crainte d'un blocage par les Républicains pour refuser certaines mesures réclamées par l'aile la plus radicale de son parti, mesures auxquelles il lui faudra résister. Il a déjà montré hier, par un discours de haute tenue, qu’il n’était pas l’homme amoindri dont certains nous faisaient complaisamment le portrait.

Un couple aguerri.

Le couple Biden-Harris n’est pas une somme de médiocrités. Joe Biden a été sénateur pendant trente ans, vice-président pendant huit ans ; Kamala Harris, qui se destinerait à la présidence en 2024, était sénatrice après avoir occupé le poste de procureur de la Californie. Ces deux-là ne souhaitent pas plonger leur pays dans une révolution. Ils veulent, comme tous les dirigeants centristes du monde, le réformer. Ils continueront à le faire, même s’ils affrontent le vent contraire que fait souffler la minorité républicaine. Il n’est pas impossible que, maintenant que Trump est à terre, les ténors du Grand Old Party se ravisent et s’affranchissent de sa tutelle ; les chances du perdant de continuer à peser sur la politique ne vont pas cesser de s’amenuiser, surtout après la journée d’hier. D’autre part, Joe Biden ne sera pas inerte : il a déjà annoncé que les États-Unis reviendraient dans le giron de la conférence mondiale sur le climat ; il est probable qu’ils reviendront à l’Unesco ; on peut espérer qu’ils vont redevenir membre de l’OTAN à part entière. Il ne fait aucun doute que la pandémie sera gérée désormais avec le sérieux nécessaire, que la réforme de l’assurance-maladie, amorcée par Obama, va progresser, en dépit des réticences républicaines, car les électeurs américains ont compris ce qui se passe au moment d’une épidémie quand on n’a pas d’assurance-maladie. Les pessimistes font grand cas de la division du pays entre ceux de la campagne et ceux des villes, les suprémacistes blancs et ceux qui vénèrent les libertés pour tous, la gauche dite socialiste et la droite réactionnaire et irréductible. Il n’existe pas d’autre moyen, pour un gouvernement rationnel et raisonnable, de convaincre par les actes qu’il ne présente aucun danger pour ses opposants. Et ça, Biden devrait savoir le faire.

Un sombre avenir pour Trump.

Pendant les quatre années qui viennent, Donald Trump va continuer à répéter que les fonctions de Biden sont le produit de la fraude électorale, conformément à l’esprit de la « réalité alternative » qui remplacerait la vérité tout court, celle qui résulte de l’arithmétique électorale. Le contexte ainsi créé par cette machine à mensonges n’est pas favorable à l’exercice du pouvoir, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais combien de temps encore la moitié de la population des États-Unis maintiendra-t-elle l’idée que Trump a gagné les élections de 2020 ? Quelques occasions vont lui être offertes de douter de son héros, principalement les procès judiciaires et politiques qui lui seront intentés et au cours desquels seront déposées les preuves innombrables de sa corruption : d’abord et avant tout, il a tenté à plusieurs reprises de fausser le jeu des institutions, ensuite il traînait déjà quelques lourdes casseroles qui lui valent des procès au sujet de la conduite de ses affaires immobilières. Au terme de cette descente aux enfers, combien d’Américains souhaiteront encore le réélire, s’il se représente ? Car Trump a tout à craindre pour son sort de citoyen lambda.

La réaction des marchés.

La façon dont les marchés se sont positionnés dès qu'ils ont appris la victoire des démocrates au Sénat est très intéressante : baisse du dollar, hausse des taux d'intérêt et envolée des marchés spéculatifs comme le bitcoin. Ces trois mouvements reflètent la même anticipation : une hausse des dépenses publiques, un creusement du déficit, et une possible perte de confiance sur le dollar et certains actifs américains. Du côté des actions, on a assisté à un mouvement de hausse surtout le S&P et le Dow Jones : les investisseurs ont préféré jouer un nouveau plan de relance plus généreux des Démocrates. En fait, il y a eu « rotation » : ils se sont rués sur les valeurs « Biden », comme les valeurs liées à la consommation ou aux énergies renouvelables, et ont un peu délaissé les valeurs technos. Pour nous, Français, Biden avec les pleins pouvoirs, c'est une présidence qui va être beaucoup plus sociale. Dans un premier temps c'est une bonne nouvelle pour les indices boursiers car Biden va être beaucoup plus généreux et distribuer encore plus d'argent aux ménages américains, surtout les plus modestes. Mais dans un deuxième temps, cette présidence va peser sur les indices boursiers car on peut s’attendre à ce que les déficits, la dette et les taux d’intérêts dérapent.