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UN PEU DE PROSPECTIVE

Bercy_ministere_finances

 

1er jour du re-confinement. Nous voilà donc assignés à résidence avec sorties auto-autorisées réglementées. Il se dit que le virus aurait muté. C'est ce qu'a découvert une équipe internationale de scientifiques nous apprend le Financial Times. La nouvelle variante s'appelle 20A. EU1. Et si l'Europe est particulièrement touchée, c'est que cette variante du Covid est apparue chez des travailleurs agricoles en Espagne en juin et qu'elle s'est répandue en Europe pendant l'été du fait de l'absence de contrôles sanitaires et de l'absence de distanciation sociale pendant les vacances. Cette nouvelle variante du Covid serait responsable de 80% des cas en Espagne, 60% en Irlande et 40% en France. Donc reconfinement. Mais comment notre économie déjà bien mal en point va-t-elle pouvoir résister à ce nouveau choc ?  Le  gouvernement table désormais sur une récession de 11% en 2020, et cette  prévision  pourrait bien être encore très optimiste.

Voilà à quoi on peut s’attendre.

Ce que je vais vous livrer,  je ne l’ai pas inventé. C’est l’analyse de  mon prévisionniste  préféré, Marc Fiorentino, que j’apprécie pour se prudence et sa modestie.  En voilà un qui a l’audace d’avouer qu’il  ne sait pas ou ne comprend pas quand c’est le cas.  Rare à notre époque encombrée de pédants  pressés d’étaler leur fausse science. Alors que nous  prédit l’ami Marc ?

D’abord, l’économie mondiale pourra supporter ce nouvel avatar.  Tout simplement parce que tous les pays ne sont pas touchés par cette deuxième vague, et ça change tout par rapport à la première vague. Vu de chez nous, nous avons l'impression que le monde entier va se reconfiner. En fait, non : la Chine joue à nouveau son rôle de moteur de la croissance mondiale et elle n'est pas touchée. Son économie tourne à nouveau à plein régime grâce à la reprise de la consommation et des investissements. C’est une reprise classique en V. Pour les Etats-Unis, le comportement est différent. La deuxième vague est bien présente, mais les états américains y répondent de façon dispersée. Le rebond de la croissance post première vague s'essouffle un peu, mais on n'aura pas de retour à la récession car les États-Unis ont fait le choix de privilégier l'économie. De plus   le 3 novembre approche à grand pas et la levée de l'incertitude des élections pourra également permettre à l'économie de reprendre son rebond. Une reprise en « aile d’oiseau » (les économistes  sont parfois poètes).

C'est donc surtout l'Europe qui est touchée par cette deuxième vague. Enfin, pas toute l'Europe.
Macron a dit une contre-vérité que Castex le lendemain a voulu confirmer graphique à l’appui. 
À plusieurs reprises ils ont répété que tous les pays européens étaient confrontés à la même situation et allaient tous prendre les mêmes mesures, alors que c'est totalement faux. Six pays « seulement » sont touchés : l'Italie, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Irlande, la Belgique et la France.
L'Allemagne a certes resserré les boulons, mais elle n'a pas reconfiné, elle a juste fermé ses bars et ses restaurants. Quant à l'Europe du Nord, elle est globalement épargnée. Donc l’économie du continent va patiner du fait du poids des pays du Sud, mais elle ne va pas s'écrouler grâce à la résistance des pays du Nord. Il faut s’attendre à une reprise en « aile d'oiseau légèrement retombante ». Bref, la France est plutôt une exception.

Vu de  chez nous,  nous avons l'impression que le monde entier est frappé par la deuxième vague et a reconfiné. C'est faux. Et c'est une bonne nouvelle pour l'économie mondiale.

Et l’économie  française dans tout ça ?

Notre économie va supporter cette deuxième épreuve parce que le gouvernement va maintenir voire renforcer son soutien à l'économie, grâce à la Banque Centrale Européenne : financement du chômage partiel, subventions aux entreprises des secteurs les plus touchés, « helicopter money » avec des chèques pour les plus défavorisés et nouvelle vague de prêts de trésorerie. Il  a déjà prévu de décaisser 20 milliards supplémentaires. MAIS certaines entreprises, cette fois c'est sûr, ne se relèveront pas. On va assister à une vague de faillites une fois la crise sanitaire terminée et les aides gouvernementales arrêtées.  Les  secteurs sont faciles à déterminer : dans la restauration, dans l'hôtellerie, dans l'évènementiel, dans le tourisme, dans la distribution spécialisée.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette crise, contrairement à la première, n'est pas mondiale.
Elle est donc moins dangereuse d'un point de vue macro-économique. C'est malheureusement une crise qui nous touche, nous Français, plus particulièrement. Mais nous en sortirons dans quelques mois, c'est une certitude, et nous la traverserons grâce aux interventions gouvernementales massives et grâce à la BCE. En France c'est donc un mélange de W (nous sommes dans la troisième barre descendante) et de K (pour illustrer ce qui va repartir fort et ce qui va mourir). Pour la  France, l’INSEE nous annonce 18.2% de rebond de la croissance en rythme annualisé au 3ème trimestre, après la chute de 13.7% au deuxième trimestre. Le PIB reste en retrait de 4.3% par rapport à la fin de 2019.

A qui profite la crise ?

Pendant ce temps-là, la galaxie tech américaine a publié ses résultats pour le troisième trimestre de l'année : Jeff Bezos a augmenté son chiffre d’affaires de 37% à 96,2 milliards de $ (c'est sur un trimestre seulement...) et un triplement de son bénéfice à 6,3 milliards $. C’est largement au-dessus des anticipations des analystes qui étaient déjà très optimistes. Rappelons au passage que le cours d'Amazon a progressé de plus de 70% depuis le début de l'année, rien d’étonnant et ça va continuer puisqu’on lui facilite le marché en confinant notamment notre réseau de librairies. Google voit  son chiffre d'affaires progresser de 10%. Les chiffres d'affaires cumulés des 5 plus grosses capitalisations américaines Apple, Amazon, Google, Facebook et Microsoft, les GAFAM, ont progressé de 18% sur le trimestre par rapport à l'année dernière. Comme quoi le  malheur des uns peut faire le bonheur des autres. Le taux de croissance annualisé aux États-Unis au troisième trimestre est de 7.4% : l'économie américaine a déjà récupéré les 3/4 de sa perte de croissance. En parallèle, l’épidémie du coronavirus flambe à nouveau. Reste à savoir quelle influence tout cela aura sur le résultat du 3 novembre.

Voilà,  vous savez tout. 

What  else ?

 


LES FORTERESSES DE LA REPUBLIQUE

Hussard de la République

Face à l’offensive islamiste, nombre de nos concitoyens sont déstabilisés. Son discours culpabilisant et pervers, qui fait de la France un état raciste islamophobe, insinue le doute. Raison de plus pour réagir et combattre cette idéologie obscurantiste  et semeuse de mort par une idéologie encore plus déterminée : celle qui a permis à notre civilisation de s’épanouir et à la liberté d’éclairer le monde. L’important est donc de rétablir la transmission de ses fondamentaux, plus ou moins abandonnée depuis quelques années.

Le collège est l’échelon prioritaire sur lequel il faut faire porter cet effort de transmission des valeurs de la civilisation des lumières. C’est particulièrement vrai dans « les quartiers ». En effet, les élèves que  le  collège reçoit sont à l’âge où se façonne la  personnalité. Cette quête du moi des adolescents et la mixité sociale qu’ils vivent devraient être deux atouts pour les guider vers une bonne intégration dans la société.  Mais beaucoup d’établissements concentrent une trop  grande hétérogénéité des élèves et trop de types de difficultés pour faire face efficacement : celles rencontrées par des adolescents abandonnés à eux-mêmes à cause de conditions sociales défavorables, de traumatismes affectifs, du gavage vidéo-télévisuel et numérique ou sous l’emprise d’une culture obscurantiste… Cela ne veut pas dire qu’il faille ignorer les autres échelons de  l’enseignement, l’école, le lycée ou l’université.

Des citadelles de la République contre la loi des cités.

Le massacre récent du professeur à Conflans-Sainte-Honorine démontre s’il  en était besoin qu’il y a urgence à agir. C’est maintenant qu’il faut engager les actions et  il est peut-être encore temps. Chaque collège doit devenir une citadelle de la République : il faut faire de chaque établissement une forteresse intellectuelle, ouverte sur son environnement mais ferme sur ce qu’on y transmet et enseigne. Pour réussir l’intégration, le collège a un rôle essentiel à jouer. On doit « instruire » d’abord  avant « d’éduquer ». Savoir lire et rencontrer  les grands auteurs, écrire, sont des compétences indispensables plus importantes que l’éducation aux modes du moment sur le genre ou le féminisme, par exemple. C’est l’instruction qui permet le développement de l’esprit  critique et  l’émergence du libre-arbitre. Quand il est au cœur des cités, le collège doit devenir la forteresse de la réussite et de la  promotion sociale. Beaucoup d’écrits  et beaucoup de théoriciens de l’éducation évoquent  les  difficultés  de ces établissements,  mais  peu décrivent concrètement la  réalité quotidienne de ce qui s’y vit. En particulier à cause du déni avéré de l’administration centrale qui préfère ne pas la voir, de crainte  de tomber sous l’accusation de racisme ou de xénophobie. La principale difficulté de la plupart des collèges d’éducation prioritaire,  c’est la misère qui touche leur public scolaire et  l’inégalité. La mixité sociale y est absente. Des associations d’accompagnement social y ont introduit la religion discrètement. Ainsi dans un établissement où 90% des élèves sont  musulmans, de plus en plus de filles  arrivent voilées à sa porte, des élèves contestent certains cours. La fracture grandit entre garçons et filles. Certaines de ces dernières ne participent plus aux cours de natation… Face à cette intrusion du religieux, il s’agit d’avoir un personnel  qui tient bon quand un certain Islam devient incompatible avec les valeurs de la République. L’Ecole (mot générique) se doit  d’affirmer sa  laïcité, LA Laïcité. Ce qui fait dire à un ancien Principal* (Bernard Ravet) qui a dirigé ce type d’établissement qu’il se considérait comme un « Imam de la République » ! On retrouve dans son livre nombre de constats que je partage pour les avoir vécus.

Un encadrement renforcé.

Les établissements concernés doivent bénéficier d’un traitement spécial. Il  faut « mettre le paquet » sur eux et concentrer les moyens appropriés. Il faut accepter de redéployer les enseignants de manière inégalitaire : les collèges aux publics « faciles » peuvent admettre jusqu’à 30 élèves par classe, voire plus, alors que les groupes réduits sont requis ici. Pour les enfant dont la culture ou sous-culture multiplie les obstacles, à quoi il faut ajouter souvent ceux constitués par leur environnement social et affectif, il est de notre devoir collectif de leur apporter ce qu’ils n’ont pas, d’une part, et de faire en sorte, d’autre part, qu’ils ne soient pas exposés aux « prédateurs extérieurs » prêts à les endoctriner contre un soutien social. Car la pression sociale est forte. Cela nécessite un encadrement renforcé. Dès 2004, le rapport Obin sur « les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires » décrit parfaitement la montée du « fait religieux », pour ne pas dire l’Islam, dans les écoles. Ce rapport a  été ostracisé  par la bien-pensance et son auteur accusé d‘islamophobie. Les événements de 2015 ont réussi à dessillé les  yeux de nombreux responsables politiques, sans que rien de décisif n’ait été vraiment entrepris, en partie à cause du « pas-de-vaguisme » et du clientélisme électoral, et du coup, beaucoup de chemin reste à  parcourir. En dehors des aspects de politique générale qui se définissent au plus haut niveau (programmes, objectifs…), les moyens à mettre en œuvre ne sont pas si extraordinaires : les dotations attribuées aux établissements classés en ZEP sont en général suffisantes.

Des personnels choisis et formés.

C’est sur les compétences des personnels qu’il faut travailler si l’on veut réussir. Il faudrait, en quelque sorte, ressusciter les « hussards de la République », forts de leur savoir  mais aussi capables de faire face  aux situations singulières auxquelles ils seront exposés, faisant d’eux des sortes de travailleurs sociaux autant que des enseignants, et en même temps animés par un engagement fort. En veillant en plus à la cohérence de leur recrutement afin qu’ils présentent un front homogène tant intellectuel que pédagogique en accord avec l’objectif fixé de reconquête républicaine, à commencer par le Principal. Ces enseignants ultramotivés existent et sont plus nombreux qu’on ne le pense. Pour rejoindre ce type d’établissement, j’ajouterai quelques exigences supplémentaires : une expérience reconnue et le volontariat en échange d’un avancement plus rapide et d’un avantage de carrière sur la même base qu’un détachement à l’étranger, le tout assorti d’un plus financier appréciable pour le salaire. Il faudrait aussi fixer un seuil de 50% de professeurs masculins : dans l’enseignement, on gagnerait à maintenir la parité exigée ailleurs. Ces enseignants devraient, avant de prendre leur poste, suivre une formation spéciale renforcée sur les  contenus : en premier lieu sur la laïcité qu’il convient de faire prévaloir face au multiculturalisme, mais aussi droits de  l’Homme, connaissance des cultures étrangères, rudiments d’arabe, en même temps que sur  les  attitudes et comportements à adopter  pour gérer les situations auxquelles ils seraient susceptibles d’être confrontés. Tout cela en échange d’un engagement de rester au moins cinq ans dans le poste. Il  serait  bienvenu que le Ministère de l’Education s’engage sans attendre dans cette voie. Je suis bien placé, pour l’avoir vécu dans mon établissement : une classe d’alphabétisation est toujours nécessaire. Son usage pourrait  être étendu aux parents en cours du soir. De même l’obligation scolaire sans aucune  tolérance doit être la  règle quitte à utiliser la  peur du gendarme,  comme aux débuts de  l’école  obligatoire. Enfin, dans ce type de collège,  le  système  d’apprentissage doit prendre en compte les  devoirs,  faits sur place le soir après les  cours, en étude, et encadrés par les professeurs. « Citadelle » ne veut pas dire établissement recroquevillé sur lui-même : il doit rayonner sur le quartier grâce à des projets impliquant parents  et autorités locales. Des moyens humains et matériels supplémentaires pourraient être accordés sur un projet pédagogique élaboré par l’équipe du collège et maintenus en fonction d’une évaluation des résultats obtenus à partir d’une grille conçue en commun administration/équipe pédagogique, à la fin de chaque année scolaire ou tous les deux ans. Cela fait beaucoup,  mais ça n’est rien à côté d’une vie sacrifiée.

Sous le coup de l’émotion, beaucoup d’engagements ont été pris. Mais, une fois celle-ci retombée, seront-ils tenus. Nous voyons déjà la contre-attaque des communautaristes brandissant « l’islamophobie » en étendard  se déployer. Ne tombons pas dans le piège. Il est urgent d’agir au nom de l’idéal républicain  et de la Nation une et indivisible. Si ces expressions ont encore un sens !

 

 


NOUS SOMMES TOUS CONCERNES !

Hommage paty (2)

Sous le choc !

J’ai mis un peu de temps à me décider  à écrire cet article. Trop  bouleversé par l’assassinat de Samuel Paty  et  le mode opératoire utilisé. Une horreur. Mais aussi parce que je me dis rétrospectivement que j’aurais pu être Samuel Paty si j’avais encore enseigné aujourd’hui, tellement je me sens en concordance avec ce que l’on sait maintenant de lui. J’ai eu à enseigner en histoire les Hébreux, les croisades, l’Islam, les  conquêtes arabes, les guerres de religion, la réforme et la contre-réforme. En classe, on parlait  donc des religions, sous l’angle historique, ce qui n’a rien à voir avec le prosélytisme. J’avais des élèves d’origine maghrébine : ils ne se sont jamais sentis offensés, même quand je leur expliquais que la religion hébraïque, la chrétienne et la musulmane étaient trois religions du « Livre », (autrement dit la Bible) puisées  à la même source.  De la même façon en éducation civique, j’aurais été amené, moi aussi, à utiliser des documents comme la reproduction des caricatures de Charlie Hebdo.  Développement de l’esprit critique et attachement à la liberté d’expression obligent. Croyant ou non croyant, n’est pas le sujet. Le sujet c’est : nous vivons dans un pays de liberté de pensée et de penser ! Et cela s’apprend.

Enseigner peut tuer.

Cependant, cet assassinat qui fait suite à l’attaque devant l’ancien local de Charlie Hebdo nous montre très clairement, alors que se tient le procès des complices de la tuerie de janvier 2015, que tout ce qui a été dit par plusieurs gouvernements sur le droit intangible de publier des caricatures de Mahomet en France n’a pas été sérieusement cru par une fraction de la population musulmane. Avec ce nouveau crime, il apparaît à tous les enseignants qu’il y a un danger à expliquer la laïcité aux élèves. Ce sont les  acteurs de tout un métier qui sont menacés de meurtre, car les interdits concernent de nombreux sujets qui touchent à l’enseignement. Tous les profs sont sommés par une minorité de ne pas appliquer les programmes.

Le projet de l’Islam politique.

Les djihadistes ne sont pas des apprentis sorciers. Ils ont un projet politique. Ils veulent imposer une société où la liberté de penser n’a pas sa place, où le droit de ne pas croire n’existe pas. Dans l’immédiat, leur action consiste non seulement à semer la peur, mais à diviser les Français, à créer une atmosphère empoisonnée susceptible d’encourager la violence. Il importe donc que tous ceux qui militent en faveur du terrorisme islamiste soient expulsés ou jetés durablement en prison. Le débat qui va s’ouvrir au Parlement sur le projet de loi contre le « séparatisme » doit être enrichi par des dispositions capables de protéger les enseignants. Car l’école est un pilier de la République. Il doit être l’occasion aussi de rappeler de manière formelle que la liberté d’expression est sacrée en France. Et de rappeler évidemment que la Nation est une et indivisible, en explicitant ce que cela implique.

Pas de stigmatisation.

Mais nous devons rappeler qu’il ne s’agit nullement de stigmatiser l’Islam et que nous avons le devoir de garder à nos côtés tous les musulmans en paix avec la République, comme  nous le montre avec véhémence l’Imam Chalghoumi. Parmi les manifestants qui se sont exprimés dimanche dernier dans les centres des grandes villes, il y avait des musulmans, accourus non seulement pour soutenir le corps enseignant mais pour indiquer leur propre adhésion à la laïcité. A eux de nous aider en contribuant à l’effort pédagogique dont les enfants musulmans, qui ne font jamais que rapporter ce qu’ils entendent à la maison, ont grand besoin. Ensemble, proclamons que dans une société pacifique, on ne meurt pas pour une caricature et encore moins d’ouvrir une discussion à son sujet ; et que, après tout, nous avons tous le droit de ne pas aimer ces caricatures et de le dire. D’ailleurs c’est  mon cas mais je suis le premier à en rire.

Nous sommes donc tous concernés. Et nous devons réagir d’une double manière : en conservant le dialogue avec tous les musulmans raisonnables, et en livrant bataille à ceux qui, décidément, ne sont plus récupérables.

 


LA REPUBLIQUE EN RUINE

Marianne pleure

 

On l’invoque à tous propos, mais tous les piliers sur lesquels notre République est fondée sont attaqués ou rongés.

L’école effondrée.

L’ignoble attentat dont a été victime ce professeur de Conflans-Ste-Honorine s’attaque à la République parce qu’il vise l’un de ses prérequis les plus essentiels : la liberté de pensée, fille de l’esprit  critique, qui ne va pas sans la connaissance qui est la source de la raison. C’est  donc l’institution scolaire qui est atteinte en premier. Notre République est fondée sur « Les Lumières » et l’école en est le vecteur principal. Pour les obscurantistes, qui prospèrent sur l’ignorance, le savoir est un adversaire qu’il faut exterminer. La multiplication de ces crimes barbares ne doit pas seulement nous inquiéter. Les condamnations verbales, aussi définitives soient-elles,  ne sont plus suffisantes. C’est  une guerre civile larvée que nous mène le terrorisme islamiste, il nous faut  le combattre vigoureusement par des actes et pas seulement par les mots. Mais l’école elle-même est malade depuis de nombreuses années. L’effondrement du savoir en est le symptôme le plus visible. C’est un lieu commun que d’affirmer que le système éducatif est au bout du rouleau. La France ne cesse de reculer dans les classements internationaux, mais ce n’est que la  partie visible de l’iceberg. Des enseignants parmi les plus mal payés d’Europe, le refus d’apprendre de certains élèves, des programmes édulcorés, l’autorité contestée… et pour finir des diplômes dévalués pour ceux qui en obtiennent un. L’école de la République n’est  plus ce qu’elle était.

La laïcité contestée.

Principe établi de la République française, la laïcité  en est une spécificité. La séparation de l’Etat laïc et de la religion fait  partie de notre identité nationale. Elle est régie par la  loi de 1905 qui relègue la pratique religieuse dans la sphère privée et qui recommande  la discrétion dans l’espace public. C’est en son nom que des millions d’étrangers ont pu être assimilés et acquérir la pleine citoyenneté française. Certains en font une lecture erronée : la « laïcité ouverte » ou élargie qui voudrait laisser s’exprimer les spécificités culturelles. On en voit le résultat : cette conception conduit au multiculturalisme et au communautarisme. C’est ce qui empêche de « faire nation ». En s’attaquant à un enseignant laïc de l’école publique, l’assassin s’attaque donc aussi à ce principe fondamental.

L’Etat régalien impuissant.

Notre République est aussi dotée d’un  Etat aux pouvoirs régaliens, notamment  ceux qui garantissent la liberté et la sécurité des citoyens. Il n’y a pas de liberté sans sécurité.  Or celle-ci est battue en brèche quotidiennement. C’est  même devenu un feuilleton quotidien. Quel sera  l’atteinte du jour aux forces de l’ordre ? Car chaque jour nous apporte une agression ou un refus d’obtempérer aux conséquences dramatiques, son lot « d’incivilités » pour ne pas dire de violences : une fusillade à Marseille, une attaque de commissariat aux mortiers d’artifice par une quarantaine d’individu, une agression au couteau, sont la chronique de la France ordinaire. Et on va occuper les forces de l’ordre  à surveiller les réfractaires au couvre-feu, comme si elles n’avaient rien d’autre à faire. Pour leur remonter le moral, heureusement elles peuvent compter sur  les coups de menton et les tweets de  Darmanimbus.  En attendant elles doivent faire avec le  manque d’effectifs, du matériel à bout de souffle et des locaux souvent pitoyables.

La démocratie en crise.

Le système démocratique instauré par la Vème République est aujourd’hui bien mal en point. La maladie dont il souffre s’appelle « abstention ». A chaque échéance le nombre de citoyens qui participent au scrutin diminue jusqu’à moins d’un électeur sur deux. La légitimité d’un président élu est assurée par le quart du corps électoral, ce qui lui donne une base électorale étroite pour gouverner. Le scrutin qui mobilise le moins c’est celui de l’élection des députés au parlement européen. Les dernières élections municipales ont atteint des records, mais la crise sanitaire ne permet pas d’en tirer un jugement définitif. Les échéances de 2021, départementales et régionales, si elles ne sont pas gênées par la covid, permettront d’y voir plus clair en matière de participation. Il faudrait une réforme des modes de scrutin : comme l’affirme Xavier Bertrand, élu d’une région où la gauche a préféré se retirer du second tour pour empêcher le Front National de gagner, il n’est pas sain que dans un hémicycle il n’y ait que deux courants politiques de représentés. Il n’est pas certain pour autant qu’une meilleure représentation incite davantage de citoyens à aller voter. Le fond du problème tient dans la défiance à l’égard de la politique et du monde politique qui règne en France. Avant toute réforme qui pourrait aggraver le mal en rendant le pays ingouvernable, la question à laquelle il faut répondre est : « Comment rétablir la confiance ? ».

La Nation effacée.

La France n’est pas le pays d’un peuple, d’une race ou d’une ethnie, c’est une Nation. Elle est le creuset dans lequel se sont fondus des peuples venus de partout en Europe depuis la nuit des temps. La République en a reçu l’héritage. Elle l’a élevée, grâce aux « Lumières », jusqu’à l’universel, par le principe de raison. Elle est fondée sur l’idée de patrie et le peuple souverain décide de son destin par l’éducation, le savoir et l’esprit critique qui rendent possible le débat démocratique. C’est comme cela qu’elle a permis à tous ceux qui voulaient s’installer d’où qu’ils viennent, de devenir français, citoyens à part entière, pour peu qu’ils adhèrent  à ces principes. Mais aujourd’hui, parmi ceux qu’elle accueille, il y en a qui refusent de partager l’esprit des lumières, préférant conserver leur culture obscurantiste et leur théocratisme. Ce refus d’assimilation conduit au communautarisme, au refus de « faire nation » ce qui est incompatible avec les valeurs de notre République. Mais la nation est aussi fragilisée par la construction européenne, dont certain ont peur qu’elle dilue notre identité nationale dans un concept plus large de « nation européenne » qui suppose des souverainetés partagées.

La République, dans sa conception jacobine, est un bloc. Or, celui-ci est de plus en plus fissuré : l’égalité par le mérite laisse place à la discrimination positive, la démocratie plie sous les coups des passions irraisonnées, la patrie tend a s’effacer au profit d’une souveraineté partagée dont on discerne mal les contours, la laïcité est sapée par le multiculturalisme et le savoir, la science sont combattus par les obscurantismes de tous poils. C’est un tel contexte qui conduit au drame que nous avons vécu vendredi : un crime odieux qui nous jette à la face ce qu’est l’application d’une autre loi, celle de la « charia », au nom de laquelle il a été commis. Souhaitons que son horreur provoque en réaction le réveil de tous les citoyens de bonne volonté qui croient encore dans la France éternelle, la « seule France » aurait dit le Général De Gaulle.


TU L’AS DIT BOUFFI !

Archibald en colère

 

Quoi qu’il en coûte.

Il en coûte toujours quelque chose. Les générations futures paieront la note héritée de Macron. La Caisse d’amortissement  de la dette sociale (Cades)  a été prolongée cet été jusqu’en 2033 et pourrait être étendue jusqu’en 2045,  portant sa durée de vie totale à un demi-siècle…

La dette publique s’envole.

Après de 2 640 milliards d’euros au deuxième trimestre, l’endettement de la France représente désormais un peu plus de 114% de la richesse nationale. La dette  a  grimpé de 200 milliards sur le seul  12ème trimestre 2020.  Explosion des dépenses publiques et effondrement des recettes liées aux reports et aux exonérations de cotisations et d’impôts.

Le déficit de la sécu explose.

Un record  à 53 milliards contre 5,1 attendu initialement, avant la crise. Retour dans le rouge de l’ensemble  des branches : 21 milliards pour l’assurance-maladie, 17 milliards pour les retraites, 3 milliards pour la famille…

Economie et emplois « zombies ».

Les taux d’intérêt quasi nuls prodigués  par les  banques centrales et les aides d’Etat ont mis sous perfusion des dizaines de milliers de sociétés petites  ou grandes dont on ne sait pas si elles retrouveront un jour une activité normale. Le danger est d’entretenir une population de canards  boîteux qui serait préjudiciable pour le pays tout entier. Mais le problème se pose de  la  même façon pour les  emplois préservés temporairement grâce au chômage partiel financé par l’Etat qui prend en charge de 60 à 100% des salaires. Il y aurait en France  près de 2 millions de jobs « zombies ». Et faute d’une reconversion professionnelle de leurs titulaires, ces « emplois zombies » ne seront qu’un cache-misère statistique permettant de dégonfler artificiellement les chiffres su chômage. Il s’agit du problème social le plus douloureux que nous aurons à affronter !

Purge.

La purge des  emplois provoquée par la crise du Covid  est déjà à l’œuvre mais largement invisible. Elle touche les intérimaires, les salariés en CDD, les indépendants sans mission… auxquels il faut ajouter le gel des   plans d’embauche, notamment des jeunes diplômés. Par exemple, l’intérim affiche toujours un déficit de 150 000 emplois sur un an, soit une purge de 20% par rapport à la rentrée 2019. Et encore, on n’a rien vu. Le gros des plans sociaux est attendu pour début  20121.  La recrudescence de l’épidémie n’arrange rien.

Education en crise.

Selon la commission européenne, la France est le  pays d’Europe occidentale qui rémunère le plus mal ses enseignants, à l’exception de l’Italie.  Et pourtant le rôle  de  l’école dans l’éducation est parait-il  primordial.  Un professeur qui enseignait pour la première  fois en 2018-19 a perçu un salaire brut de 26 329  €.  La  même année un instituteur allemand touchait quasiment 50 209 €, et un Suisse  71917 € (ça fait rêver !).  Après on s’étonne qu’on ne trouve plus dans le recrutement de nos enseignants, le « haut du panier » (pour rester correct).

Darmaninbus  gros menteur.

Darmanin a déclaré dans le Figaro : «  Il vaut  mieux que les élèves apprennent l’arabe avec des enseignants français que dans les mosquées ».  C’est un gros  mensonge. La France n’a pas d’enseignants français capables d'enseigner l'arabe et au  mois d’avril dernier elle a passé un accord  avec la Tunisie  pour qu’elle fournisse les professeurs nécessaires. Je trouve  que c’est un peu gros !

Covid et Neandertal.

Les  facteurs génétiques entreraient en ligne de cause pour expliquer les formes graves du coronavirus. Une équipe internationale a identifié sur le chromosome n°3 un groupe de gènes jouant un rôle clé. L’un des variants de cette séquence d’ADN serait à l’origine d’un risque trois fois plus élevé de développer une forme  grave  nécessitant  une ventilation artificielle. Or on a retrouvé cette séquence à risque dans l’ADN fossilisé d’un homme de Néandertal qui vivait il y a 50 000 ans et l’aurait donc transmis à certains d’entre nous. Peut-être que Tump en fait partie. Pas certain que  les créationnistes  américains acceptent cette explication.

 


DANS LES BROUILLARDS DE L’AUTOMNE

Brouillard

 

Absence de visibilité.

Comment ne pas se laisser envahir par l'ambiance actuelle d'incertitude qui ne favorise que la procrastination ou la déprime. Quel que soit le sujet qui vient à l’esprit, c’est la confusion ou l’absence de visibilité. A commencer  par cet épisode pandémique qui nous ligote d’un fil invisible et nous paralyse et  qui n’en finit pas. Il y a de quoi atteindre le  moral. Sans parler  de cette actualité qui se répète et qu’on pourrait intituler : « le coup de couteau du jour » ou quelque chose comme ça. Partout s’insinue le  poison de l’incertitude. Incertitude de l’élection américaine qui flirte avec le vaudeville trumpien, incertitude politique en France  à droite, à la Rem, à gauche, chez les Verts, incertitude  économique avec une reprise insaisissable, aussi bien en Europe que dans le monde…  Et on est désarçonné par la puérilité de certains comportements législatifs telle cette proposition d’amendement pour créer un « gibier électronique » pour remplacer le vrai dans la chasse à courre ! Si c’est pas de la masturbation ça ?

Quand tout cela va-t-il s’arrêter ? 

En fait, c'est la question qu'on entend ou qu'on se pose soi-même sans cesse depuis plusieurs semaines. Pour l’élection américaine, nous serons bientôt fixés : plus que trois semaines à attendre, en espérant que le résultat sera suffisamment net pour éviter la  période de désordre qui s’installerait s’il prêtait à contestation. Qu’on le veuille ou non, le sort du monde en dépend quelque peu (euphémisme). Pour le reste,  la question n’a qu’une importance relative.  Chaque sujet aura nécessairement une réponse. L’incapacité à anticiper nous chagrine, mais c’est parce que nous sommes impatients. Prenons l’épidémie de la Covid 19 (ah oui, on dit « la » maintenant, je ne sais pas pourquoi) qui préside au découragement : personne ne sait quand ça va s'arrêter : va-t-elle encore durer  3 mois, 6 mois, 9 mois ? Peu importe. On a quand même  une certitude : elle va s'arrêter un jour, toute seule, ou grâce à un vaccin ou à un traitement efficace. Or, si on prend un peu de recul, on s'aperçoit qu'on n'est plus à 3 ou 6 mois près ! D’ailleurs, si l’on en croit ce qu’on lit dans la dernière note du FMI ;  « les gouvernements doivent augmenter l’investissement public et les taux d’intérêt bas rendent l’endettement désirable". Vous n’avez pas la berlue : la plus grosse institution économique mondiale, apôtre traditionnel de la rigueur budgétaire et du désendettement à tout prix se range officiellement du côté de la relance keynésienne. Le Covid fait tout voler en éclat et, dans ce cas, c’est tant mieux, parce que selon le FMI, augmenter l’investissement public de 1% du PIB conduit directement à la création de 7M de jobs et plus de 20M indirectement. Evidemment, certains secteurs économiques y laisseront des plumes, mais imaginons plutôt ce qui va se passer quand ça va s’arrêter.

Se projeter dès maintenant.

Imaginons le boom de consommation et le boom d'investissements avec le retard accumulé par les ménages et les entreprises dans leurs dépenses. Un carburant phénoménal a été accumulé qui inévitablement va alimenter la reprise, avec l'épargne des ménages au plus haut et la trésorerie des entreprises, au plus haut elle aussi, sans parler des plans de relance gouvernementaux et des torrents de liquidités déversés par les banques centrales. Nous allons enfin pouvoir respirer sans masques ! Libérés de tout ce qui nous entrave ! Alors, plutôt que de se laisser envahir par la déprime qui pousse à la procrastination, il vaut  mieux dès maintenant se projeter. C’est le moment de se  poser les bonnes questions : comment allons-nous tirer profit du monde d’après et quelles réponses  allons-nous apporter, quels changements allons nous opérer pour nous y adapter. Voilà un bon sujet de  réflexion. Quelques pistes : la  dette  va-t-elle ruiner les rentiers ? La déflation causée par la déprime économique conjoncturelle et les données démographiques  associées aux évolutions techniques va-t-elle céder la place à une inflation salvatrice avec le rebond ?  La question est de savoir comment l'équilibre s'opérera entre déflation structurelle et inflation conjoncturelle, sujet fondamental  pour tous ceux qui ont des « assurances vie ». 

Même les brouillards les plus épais se dissipent dès que l’atmosphère se réchauffe un peu.

 


SYLVAIN TESSON ET LE SECRET DE L’AIGUILLE D’ETRETAT.

L'aiguille creuse Tesson 1003

 


L'aiguille creuse Tesson 1005 « … Une fois seul, Beautrelet retourna vers le fort. Il l’avait déjà presque dépassé, quand tout à coup il s’abattit à terre et resta blotti contre un pan de mur. Et il songeait en se tordant les mains :

— Suis-je fou ! Et s’ « il » me voit ? Si ses complices me voient ? Depuis une heure, je vais… je viens…

Il ne bougea plus.

Le soleil s’était couché. La nuit peu à peu se mêlait au jour, estompant la silhouette des choses.

Alors, par menus gestes insensibles, à plat ventre, se glissant, rampant, il s’avança sur une des pointes du promontoire, jusqu’au bout extrême de la falaise.

Il y parvint. Du bout de ses mains étendues, il écarta des touffes d’herbe, et sa tête émergea au-dessus de l’abîme.

En face de lui, presque au niveau de la falaise, en pleine mer, se dressait un roc énorme, haut de plus de quatre-vingts mètres, obélisque colossal, d’aplomb sur sa large base de granit que l’on apercevait au ras de l’eau et s’effilait ensuite jusqu’au sommet, ainsi que la dent gigantesque d’un monstre marin. Blanc comme la falaise, d’un blanc-gris et sale, l’effroyable monolithe était strié de lignes horizontales marquées par du silex, et où l’on voyait le lent travail des siècles accumulant les unes sur les autres les couches calcaires et les couches de galets.

De place en place une fissure, une anfractuosité, et tout de suite, là, un peu de terre, de l’herbe, des feuilles.

Et tout cela puissant, solide, formidable, avec un air de chose indestructible contre quoi l’assaut furieux des vagues et des tempêtes ne pouvait prévaloir. Tout cela, définitif, immanent, grandiose malgré la grandeur du rempart de falaises qui le dominait, immense malgré l’immensité de l’espace où cela s’érigeait.

Les ongles de Beautrelet s’enfonçaient dans le sol comme les griffes d’une bête prête à bondir sur sa proie. Ses yeux pénétraient dans l’écorce rugueuse du roc, dans sa peau, lui semblait-il, dans sa chair. Il le touchait, il le palpait, il en prenait connaissance et possession. Il se l’assimilait…

L’horizon s’empourprait de tous les feux du soleil disparu, et de longs nuages embrasés, immobiles dans le ciel, formaient des paysages magnifiques, des lagunes irréelles, des plaines en flammes, des forêts d’or, des lacs de sang, toute une fantasmagorie ardente et paisible.

L’azur du ciel s’assombrit. Vénus rayonnait d’un éclat merveilleux, puis des étoiles s’allumèrent, timides encore.

Et Beautrelet, soudain, ferma les yeux et serra convulsivement contre son front ses bras repliés. Là-bas, — oh ! il pensa en mourir de joie, tellement l’émotion fut cruelle qui étreignit son cœur, — là-bas presque en haut de l’Aiguille d’Étretat, en dessous de la pointe extrême autour de laquelle voltigeaient des mouettes, un peu de fumée qui suintait d’une crevasse, ainsi que d’une cheminée invisible, un peu de fumée montait en lentes spirales dans l’air calme du crépuscule. »

                                                   Extrait de « L’aiguille  creuse » de Maurice Leblanc.

Dans le roman de Maurice Leblanc, Arsène Lupin tente d’échapper à la police et à Isidore Beautrelet, un lycéen rusé et habile en déductions.  Après une longue enquête et malgré les nombreuses embûches et obstructions menées par le gentleman cambrioleur, le lycéen découvre enfin le repaire de son adversaire. L’extrait ci-dessus nous fait revivre ce moment décisif du roman. Arsène Lupin se cacherait à l’intérieur du célèbre rocher près d’Etretat où se trouverait également le fabuleux trésor des rois de France.

L'aiguille creuse Tesson 1001L’aiguille est-elle vraiment creuse ? Le trésor y est-il  encore ? Voilà une vérification qui aurait intéressé Tintin. Eh bien le  héros d’Hergé est réincarné en la personne de Sylvain Tesson. Il aime relever les défis de la littérature. Après avoir sillonné la Mer Méditerranée dans les pas d’Ulysse, notre Tintin du XXIème siècle, a voulu vérifier le « secret de l’aiguille creuse », en escaladant le célèbre rocher. En redingote et chapeau haut-de-forme, s’il vous  plait ! pour rappeler que c’était le repaire d’Arsène Lupin.  Pour le détail, il en fait le récit dans le Figaro magazine de cette semaine avec  son complice Philibert Humm. Et, pour faire un pied  de nez à « l’esprit de sérieux qui nous gouverne et aux masques qui nous étouffent », depuis son sommet, il nous lance un appel  pour que nous retrouvions ce qui fait l’esprit français : la gaieté, la désinvolture, la joie de vivre, l’esprit d’aventure, l’amitié …

L'aiguille creuse Tesson 1004

L’APPEL DE L’AIGUILLE

POUR LE PRIMESAUT DE FRANCE !

Quelle force s’est acharnée à nous rendre si tristes, nous, Français ?

Le monde a parfois considéré la France comme la patrie de la légèreté universelle.

Un proverbe disait : « Heureux comme Dieu en France. »

Pourquoi sommes-nous devenus si méchants et à ce point moroses ?

Les temps sont durs, nous le savons. Ils l’ont toujours été.

C’est précisément dans la peine que la gaieté est cruciale.

Cet appel n’est pas une lubie d’enfant gâté, mais une supplique.

Résumons le début du siècle XXI.

Chacun, devant l’écran ou derrière son masque (c’est la même chose)

surveille son voisin.

On connaît ses droits, on se pense offensé. On signale, on assigne,

on exige réparation. On  se censure puisqu’on s’épie. Le langage est régenté.

Un bon mot s’appelle une discrimination.

Quelques-uns s’emploient à tout réinventer. La forme des villes, le visage des paysages,

la substance de  la langue, les vieux modes de vie, les livres d’histoire.

Terra Nova et novlangue, disent-ils !  Résultat : un infralangage de manageurs,

un ordre techno-moral et  plus personne pour chanter à table

après les repas  de  famille. Quel chantier, quel pensum !

Chacun se sent malheureux. On pense la France l’antichambre de l’enfer.

On connaît mal le Soudan.

Voilà pour le tableau. Il est moins vivifiant qu’un Monet maritime.

Nous sommes quelques-uns à ne pas aimer ces maussaderies.

Nous leur préférons l’électricité d’Arsène Lupin et l’esprit de l’aiguille creuse.

Le héros de Maurice Leblanc ne voulait pas changer le monde, ni trouver des

coupables. Au sommet de l’aiguille blanche, il se gaussait des idées creuses.

Il moquait les vieilles barbes, échappait à l’enfermement. Il défiait les ordres

Poussiéreux mais n’imposait rien par la  violence, ni par l’esprit de sérieux, poison

suprême. Rebelle et poli. Il chantait le « primesaut », autre nom de la gaieté,

et célébrait les rois qui savaient s’amuser.

Il y avait en lui l’anarchiste et le seigneur féodal.

Par le primesaut il faut entendre la fantaisie du style, l’amour de la liberté, l’absence

du ressentiment, le goût des belles choses. Le contraire du primesaut, c’est la  vie sans

la joie telle que la concocte l’administration psycho-sanitaire « pour votre confort et

votre sécurité ».

Le primesaut est notre trésor perdu : la désinvolture et la longue mémoire.

L’essence de la France se tient peut-être là :

dans la rencontre des gravités publiques et des gaietés privées.

Nous autres, qui aimons les aiguilles, nous ne manifestons pas, nous ne revendiquons

rien. Nous faisons attention à ne pas faire tomber les pierres. Nous vénérons

ce qui est plus ancien que nous, ce qui demeure et ce qui domine. Nous préférons la

liberté à la sûreté, les nostalgies personnelles aux promesses

globales. Nous voudrions aimer, boire et chanter sans que la puissance publique nous

indique comment vivre, sous quel masque nous cacher, de quoi nous repentir et

comment nous exprimer.

Nous aimons les aiguilles parce qu’elles sont des refuges, comme  les Patagonies,

La colonne des stylites, certains jardins, quelques musées et les tablées d’amis.

Les strates des parois d’Etretat trahissent la profondeur des temps :

accumulation de la mémoire. Les silex sont coupants : esprit d’insolence.

Le soleil frappe l’ombre : gaieté de plein vent. La mer les barate, jamais fatiguée :

énergie vagabonde. Elles se tiennent debout, postées devant le  large, le dos tourné :

distance polie. En leur sommet, on y respire bien, on y dit ce que l’on veut, et la  vue

porte loin : liberté vitale. Iode, azur, photon : devise de notre royaume.

Les  aiguilles sont belles car intouchées par l’Administration et  conservées

par le temps. On y est libre de  déclarer son amour à la France, à la gaieté,

aux amis, à l’art, aux bêtes, à l’aventure. Elles s’écroulent un peu,

mais elles tiennent bon contre la gravité !

Il faut connaître ses aiguilles, les rejoindre,

Se tenir debout sur leur fine pointe, quand l’air devient épais.

Que les vieilles aiguilles crèvent les nouvelles baudruches ! 

 

L'aiguille creuse Tesson 1002Et Philibert Humm de conclure : au prétexte qu’il fait l’usage d’un sous-marin, téléphone au monde entier et roule à plus de quatre-vingts kilomètres par heure, il s’en trouve pour prétendre que Lupin n’a jamais existé. Qu’il serait le pur produit d’une imagination fantaisiste, celle de l’écrivain Maurice Leblanc. Croyez-moi ou ne me croyez pas, cela m’est égal. Je puis dire pourtant que je l’ai vu comme je vous vois, gravissant la paroi de l’aiguille creuse, il y a quelques jours de cela. Et en chapeau de cuir bouilli ! Et guêtres, et redingote ! Je puis dire aussi que j’étais son complice…

… Ces monte-en-l’air sans butin, ces conquérants de l’inutile, l’époque nous commandait de les dédaigner. Leur canular ne rapportait rien, sans compter que tous ces efforts étaient «chronophages», comme disent les esthéticiennes de Romorantin. Lupin a peut-être enfin trouvé un ennemi à sa mesure: l’esprit de sérieux. Il paraît que la fantaisie est passée de mode, ainsi que le primesaut, le poireau vinaigrette et les faux cols en Celluloïd. Nous ne marchons pas. Ils grimpent. Et nous montons les aiguilles en épingle.

… Ainsi donc, Lupin existe, c’est un fait indiscutable. Il existe parce qu’il le faut. Parce que je l’ai vu. Parce que sans lui le monde aurait bien mauvaise mine. «Et l’on ose dire que la vie est monotone! s’exclame-t-il à la fin du roman. Mais la vie est une chose adorable, mon petit, seulement, il faut savoir… et moi je sais…»

Et moi j'ajoute : "Ah que tout cela fait du bien !"

 


UN BUDGET 2021 LARGEMENT VIRTUEL

France-faillite

Avant la crise du Covid, le gouvernement n'avait pas réduit les dépenses publiques.
Mais celle-ci lui donne un prétexte pour aller encore plus loin et exploser tous les records budgétaires.

Un délire de dépenses.

Bruno Le Maire a présenté le projet de loi de finances pour 2021 et force est de constater que c'est le délire le plus total : Le déficit sera de 200 milliards d'euros. Rappelons qu'il était déjà à 92,7 milliards avant la crise du Covid. Et pour 2021, pour l'instant, il est prévu à 152,8 milliards. Mais le chiffre sera évidemment revu à la hausse, car 2021 est une année préélectorale et la distribution de cadeaux sera inévitablement encore conséquente. De son côté, avec 200 milliards de dettes supplémentaires sur le seul deuxième trimestre de 2020, la dette était passée à 114,1% du PIB à la fin du mois de juin. Le gouvernement l’envisage à 117,5% du PIB fin 2020 et 116,2% fin 2021.
Mais ne vous inquiétez pas, au train où va la dépense publique, on fera pire que ça !

Deux chiffres illustrent l'absurdité de la situation actuelle : 117,5% du PIB, comme on vient de le voir, c'est le niveau record d'endettement de la France prévu dans le budget du gouvernement à la fin de l'année 2020 ; -0,25% c'est le taux auquel la France emprunte sur les marchés à 10 ans. C’est du jamais vu. Plus les déficits budgétaires sont élevés, plus la dette est élevée, plus la France... gagne de l'argent puisqu'elle emprunte à taux négatif. Voilà une « anomalie » des marchés que le gouvernement, addict à la dépense, a vite exploitée. Il s'est engouffré dans la brèche dès que l'Allemagne a fait sauter le verrou de la limite du déficit à 3% ! Elle emprunte donc à un taux largement négatif, grâce aux achats massifs de la Banque Centrale Européenne qui finance ainsi ces dépenses publiques elles-mêmes massives. Le monde marche sur la tête.

La gageure du budget 2021.

Dans le contexte actuel de crise sanitaire qui se prolonge, l’élaboration d’un budget pour l’année prochaine relève d’une forme de gageure. Ce que semble souligner l’avis rendu le 21 septembre par le Haut-Conseil des Finances Publiques (HCFP). Il ressort de son examen que l’édifice intellectuel du PLF (Projet de Loi de finances) souffre « d’apesanteur ». On ne sait si le compliment vise Jean Castex ou Bruno Le Maire et les services de Bercy.

D’abord, c’est le socle qui est sapé par le Haut Conseil : la prévision de croissance est surestimée. Il ne valide pas l’hypothèse de 8,1% retenue par Bercy. « la prévision d'activité́ pour 2020 est prudente et, à l'inverse, l'ampleur du rebond prévu pour 2021 est volontariste. » Pour qui connaît les nuances sémantiques des usages scripturaux administratifs, nommer un chiffre de « volontariste » revient à ne pas lui accorder de rigueur. D'aucuns diraient même de rectitude. Dès lors que la croissance visée se situe, compte tenu des derniers rebondissements de la crise de la Covid-19, à près du double de ce qui aboutira, on  peut en déduire que le budget n’est guère réalisable. D’autant plus que, deuxièmement, le même Haut conseil est réservé quant à la vigueur de l'investissement dont il estime la prévision trop élevée en raison des facteurs nombreux qui pourraient gêner la reprise de l’investissement productif, qu’il s’agisse de la structure de bilan des entreprises fragilisée par l’endettement, et des perspectives de débouché peu porteuses dans certains secteurs. On ne peut dire les choses plus clairement.

Finances publiques à la dérive.

Avec 152,8 milliards d'euros de déficit public, soit l'exacte moitié des ressources nettes fiscales de 2019, l'Etat - donc nous - est dans une passe délicate qui imposera de lever plus de 260 milliards de dette additionnelle en 2021. Et encore, à condition que les recettes fiscales ne s’érodent pas alors que le Ministère des  Finances projette une contraction du PIB de 200 milliards en 2020. Quant au plan européen, le montant exact des financements européens, supposés améliorer le déficit public de 17,3 milliards en 2021 dans la prévision du gouvernement, reste incertain. Et la conclusion est sans appel : « En conséquence, le Haut Conseil estime nécessaire l'adoption dès le printemps 2021 d'une nouvelle loi de programmation des finances publiques fixant une nouvelle trajectoire d'évolution du PIB et du PIB potentiel ainsi que de finances publiques. »  C'est donc l'acte de décès de la loi de programmation votée le 22 janvier 2018 pour la période 2018 – 2022 !

Bercy lit dans une boule de cristal.

Le Gouvernement, comme les principaux organismes de prévisions, élaborent leurs scénarios macroéconomiques sous l'hypothèse forte d'une amélioration de la situation sanitaire, en France comme dans le reste de la zone euro. Au-delà des incertitudes qui portent sur l'activité elle-même, Le Haut Conseil souligne que les outils mobilisés habituellement par les économistes pour prévoir l'emploi sont rendus inadaptés par plusieurs facteurs : l'ampleur inégalée de la chute de l'activité au premier semestre comme du rebond qui lui succède ; l'impact des mesures sanitaires sur la productivité des entreprises ; la très forte hétérogénéité des évolutions sectorielles qui interdit d'ignorer la composition de l'activité, alors que celle-ci joue un rôle beaucoup plus faible dans des périodes normales ; la mise en oeuvre de mesures d'accompagnement des entreprises et de soutien à l'activité financées par le secteur public. Un avis qui révoque les outils utilisés par les économistes et appelle à la quête de créativité (« think out of the box ») et au progrès de l'économie politique. Bref : il faut faire sortir de la routine une administration sclérosée  et obèse, remplie de certitudes. Les  150  fonctionnaires en moins font sourire. Il ne reste plus au Parlement qu’à agir vigoureusement pour rétablir le niveau de flottaison d'un budget qui appelle déjà une future loi de finances rectificative. Le  gouvernement et la majorité en auront-ils la volonté ?

Retour sur Terre.

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, s'est exprimée, devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen. Et elle n’a pas mâché ses mots : « Les entreprises sont confrontées à des difficultés, les gens perdent leur emploi… La reprise reste incomplète, incertaine et inégale... Le PIB réel de la zone euro ne devrait retrouver les niveaux d'avant la crise que vers la fin de 2022 ». Voilà qui plombe un peu plus le discours optimiste de notre argentier. L’économie française qui peinait déjà à rebondir, ralentit déjà. La consommation des ménages marque à nouveau le pas. L'épargne continue de déborder et les entreprises n'investissent toujours pas. Enfin, pour compléter  le tableau d’une reprise en K, les secteurs de l'économie déjà au tapis voient tout espoir de redémarrage s'envoler. Une réalité qui contredit l’optimisme d’un budget surréaliste.