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G7 : LE MONDE ENTIER, ET MOI, ET MOI, ET MOI

G7 Biarritz

 

Président du Monde !

Enfin, pas tout-à-fait, du ½ Monde puisque le G7 représente aujourd’hui un peu moins de 50% du PIB de la planète. Mais Narcisse est toujours là. Il s’était déjà pris pour le Président de l’Europe avec le succès que  l’on sait. Il avait juré que la crise des gilets jaunes l'avait rendu humble. Mais on mesure  combien il est difficile d’aller contre sa nature. A  Biarritz, Macron s’est donc pris pour le Président du monde : il a été sur tous les fronts, l'Amazonie, l'environnement, l'Iran, l'Inde et le Pakistan, la paix dans le monde (conseillé par Raffarin ?)…  Il a fait venir Poutine,  il a  ménagé  un coup de théâtre en faisant venir le Ministre des affaires étrangères de l’Iran, sur place, en marge du sommet.   Il donne des leçons à tout le monde, à Trump, à Boris Johnson et à tous les leaders dits « populistes » contre lesquels il est en croisade. Il est même tombé dans le piège de la  manipulation sans se renseigner outre  mesure sur les incendies (qui ne  sont  pas extraordinaires) de  la forêt amazonienne (qui n’est pas le  poumon de la planète) pour faire  la leçon à Bolsonaro. Procédé indigne. Président du monde alors qu'il y aurait déjà fort à faire pour être Président de la France.

Le tam-tam et le concert de louange.

Rarement on aura vu une telle  mise en scène, à grand renforts de « points presses » bien huilés. La  communication a vraiment  pris le dessus,  ça permet de cacher la réalité, et il faut dire que l’Elysée a fait fort sur ce coup-là.  Il était amusant de lire et d'écouter les commentaires français bien sûr, sur le G7 de Biarritz. Finalement,  voilà un G7 « historique » : ce serait  le  seul  G7 de tous les  G7 qui aurait été utile. La France a repris sa place, au centre du monde,  évidemment ! Donc Trump aurait cédé sur tout, face à notre président : il aurait accepté de reprendre le dialogue avec l'Iran, sujet essentiel ; il aurait décidé de ne pas taxer les produits français et de mettre en place une taxe GAFA à l'échelle mondiale. C’est bien simple, tous  les  problèmes du monde y ont été réglés et même l’Amazonie va  être sauvée. Tous ? Enfin pas tous : la  guerre commerciale de Trump avec la Chine va continuer de peser sur l’économie  mondiale. Ah, il faut voir les titres élogieux  de la presse, et je passe sur les multiples plateaux en continu de la télé-réalité-people : « Amazonie, Iran, GAFA: les paris réussis de Macron », « Macron à l'offensive au G7, Trump infléchit ses positions », « Les initiatives et le volontarisme du chef de l’État ont permis des avancées sur plusieurs dossiers sensibles lors du sommet de Biarritz », « Macron-Trump : la détente cordiale », « Le président français réussit un coup diplomatique sur l'Iran ». Il ne s’agit que de la  presse française, évidemment. C’était donc THE sommet !

Retour à la réalité.

Il  n’était pas bien difficile d’imaginer la suite. Trump reste fidèle  à lui-même, et il aura bientôt tout oublié ce qu’il a promis au gré des aléas de sa campagne électorale et repartira dans ses attaques si nécessaire. Contre la France, contre  l’Iran,  contre la Chine… Entre autres. Il vient d’apporter son soutien à Bolsonaro. Déjà un couac, et on n’est que le 29 août. L’annonce conjointe par Trump et Macron d’une future détente entre les US et l’Iran ouvrant la voie à un possible nouvel accord sur le nucléaire iranien, grand moment du G7,  eh bien c’est raté : Rohani appelle ce matin Washington à « faire le premier pas » en levant l’intégralité des sanctions qui plombent l’économie iranienne, condition sine qua non à tout sommet Iran/US, ce qui est impensable pour Trump qui s’y est toujours opposé. Et Zarif, le Ministre des Affaires Etrangères iranien a surenchéri en affirmant qu’une poignée de mains Trump/Rohani était aujourd’hui « inimaginable » ou possible « que sur Photoshop ». En attendant, Bolsonaro a refusé l'aide de 20 millions d'euros du G7 pour l'Amazonie, enfin pas tout-à-fait… En fait, les contorsions avec ses  propos sur Mme Macron continuent. Ailleurs le G7 n’a eu aucune influence sur le retour de Giuseppe Conte comme Président du conseil en Italie, après l’accord  entre le parti démocrate et le M5S ; aucune influence sur Bojo, toujours prêt à  livrer le Royaume Uni à Trump avec le Brexit et qui vient de tenter un coup de force contre le Parlement qui pourrait provoquer sa perte.

Trump  et  la Chine.

Pendant ce temps Trump continue à souffler le chaud et le froid sur la guerre commerciale avec la Chine. Il veut taxer davantage, puis il ne veut plus taxer. Il ne veut plus discuter avec les Chinois, puis il veut discuter avec les Chinois qui ont tapé à la porte. Xi Jinping est l'ennemi des États-Unis ; Xi Jinping is a « great guy, a friend, a great leader ». C'est sa façon de négocier et sa façon de mettre la pression sur la Fed, pour qu'elle baisse ses taux afin de lui garantir de la croissance jusqu’à sa réélection. Le  Monde, il s’en fout. Alors la France …

Mais l’essentiel n’est pas là.  L’essentiel c’est que les Français croient le  conte de fée qu’on vient de leur raconter et qu’ils ont un « grand Président » qui aimerait avoir les  mains libres pour la rentrée.  La réalité est plus modeste : les manœuvres politiques sont à peine commencées  avec une belle reculade sur les  retraites. Et on attend la suite.  Car ça bout toujours dans la marmite !

 


PEUT-ON ECHAPPER A LA CRISE QUI VIENT ?

Fin du monde tintin

 

Chaque jour qui passe, elle semble se rapprocher et les signaux d’alerte sont de plus en plus nombreux. Les révisions à la baisse des  prévisions de croissance s’enchaînent mois après mois, mais elles semblent accentuer la folie. Déjà, de nombreux pays sont entrés en récession industrielle. Le stock total des dettes publiques et privées est au plus haut (environ trois ans de PIB mondial). Dans ce contexte, une récession provoquerait une nouvelle crise financière avec d’énormes risques de défaillances en chaîne. A l’image de la  planète qui brûle, les financiers entretiennent le brasier au lieu de tenter de l’éteindre.

La  folie de l’argent gratuit.

Comme le  constate Jean-Claude Trichet « l’endettement public et privé a continué d’augmenter au même  rythme qu’avant la crise de 2008 alors que celle-ci était largement due à un formidable excès d’endettement ». Tous les grands chocs ont pour point commun l’augmentation incontrôlée de la  gratuité des  moyens de paiement. Or, il n’y a pas de prospérité illimitée, mais la  fascination pour les  fortunes rapides  et la croyance dans l’affranchissement des contraintes d’équilibre financier, monétaire ou budgétaire pour soutenir la croissance, pour faire face à la révolution technologique, ou parce que le monde géopolitique serait différent, aveuglent les autorités politiques. Ainsi les   banques centrales se sont lancées dans des baisses des taux d’intérêt et de nouvelles injections de liquidités.

Des relances budgétaires irresponsables.

Pourtant, la drogue monétaire n’est qu’un palliatif qui reporte les  solutions à la crise en gonflant les bulles d’actifs de l’immobilier, des obligations, de la bourse. Il s’agit de maintenir à tout prix l’activité. Le  pire exemple  vient des Etats-Unis où la Fed a  interrompu ses efforts et baissé ses taux de 0,25%. La baisse des taux favorise l’expansion monétaire et va donc de pair avec des relances budgétaires.  Les américains connaîtront un déficit public de 1 000 milliards de dollars en 2020 soit 5,5% du PIB, au moment où le taux de chômage est au plus bas (3,7%) et la frénésie des emprunts gagne tous les secteurs. Cette expansion monétaire est dangereuse : elle ne soutient que marginalement l’économie, car  les  banques centrales ne peuvent contrôler l’usage et l’affectation des moyens qu’elles émettent ;  la pénalisation de l’épargne déstabilise  les classes moyennes des pays développés et nourrit le populisme ; l’argent facile est une machine à distribuer du pouvoir d’achat factice et à créer des bulles spéculatives. Un bon exemple pour illustrer que les liquidités déversées ne vont pas en priorité à l’investissement qui améliorerait la  vraie croissance et la  productivité tient dans la distribution des dividendes qui n’a jamais été aussi élevée en France,  favorisée par la flat  tax, alors que la productivité est au point mort et que notre croissance reste atone.

Un système bancaire fragilisé.

L’expansion monétaire et budgétaire prive les banques de toute capacité de réaction.  Elles sont ruinées par les taux négatifs qui entretiennent  la finance de l’ombre, d’autant plus que le travail de sape de Donald Trump contre les  institutions multilatérales, limite  les possibilités de coopération internationale et de stratégies concertées, qui jouèrent pourtant un rôle  décisif pour endiguer la crise  de 2008. La monnaie  est un outil de politique économique qui ne doit être utilisé qu’en période de krach ou de déflation, mais certainement pas en période de plein-emploi qui consiste alors à entretenir une « surchauffe ».  L’argent gratuit est une addiction qui ne peut connaître d’issue heureuse. La fin est certaine : le  krach, seul le moment est incertain.

Des solutions existent.

Echapper à la crise qui vient suppose de relancer massivement l’investissement mondial par une intensification de  la  coopération internationale. Mais on n’en prend pas le chemin. L’Europe a les  moyens de se mettre à l’abri. Au moins pourrait-on achever la construction européenne  autour de l’euro  qui permettrait une défragmentation financière de la zone et la création d’un support d’épargne commun pour drainer les  capitaux vers une union de financement de l’investissement et de l’innovation. C’est réalisable : la zone euro dispose  de la  première épargne du monde (340 milliards d’euros) qui n’est malheureusement pas investie dans l’espace monétaire commun.  Cette union de financement nous mettrait à l’abri de la prochaine crise systémique. Mieux, elle ferait de l’euro légal du dollar. Réalisation de l’union bancaire et des marchés  de capitaux : voilà une belle tâche à la hauteur des compétences de Christine Lagarde. Si le mouvement pouvait s’accompagner d’une convergence fiscale, sociale et environnementale, l’Europe serait armée pour faire face. Cela ne dispenserait pas de la nécessité d’une conférence internationale définissant les conditions d’une relance mondiale, comme le G20 l’avait imposée en 2008, mais c’est une autre histoire et avec des Trump, des Johnson et Salvini dans le paysage, c’est pas gagné !

Il nous faudrait un Sarkozy, et nous n'avons qu'un Macron...

 


DRÔLE DE BAISSE DU CHÔMAGE !

Chômeur pro

 

Baisse selon l’Insee (critères du BIT).

Le taux de chômage est retombé à 8,5% de la population active au 2ème trimestre. Malgré le faible taux de croissance, l’économie française semble créer  plus d’emplois qu’elle n’en supprime. Il n’y aurait donc plus que 2,5 millions de personnes sans emploi. Une baisse de 0,2% par rapport  au 1er trimestre. Après avoir créé 94 000 emplois salariés supplémentaires au début de l’année, l’estimation pour le 2ème trimestre fait état de 62 000 emplois. Le gouvernement a pavoisé sur ce qu’il présente comme un bon résultat dû à ses réformes, en oubliant les chiffres de Pôle Emploi, beaucoup  moins enthousiasmants.

L’économie française crée des emplois.

Elle reste cependant à la traîne de la zone euro, notamment. Plus inquiétant, les gains de productivité enregistrés par l’économie française au 1er semestre ont été nuls et cela posera à terme un problème pour le pouvoir d’achat et le financement de  l’Etat-providence.  Cela veut dire que le nombre d’emplois augmente au même rythme  que le PIB. Or,  les gains de productivité, c’est justement ce qui permettrait d’augmenter les salaires. Et tant que notre taux de chômage reste supérieur à celui de la  zone euro, c’est à le faire baisser qu’il faut accorder la  priorité. En même temps, la France n’échappe pas au ralentissement européen : en juin, la  production industrielle affiche une baisse de plus de 2%, un repli qui fait écho à ceux constatés dans la plupart des pays européens. Le recul affecte la  métallurgie, le textile, l’habillement, et plus fortement les secteurs de l’énergie. Tous les secteurs sont dans le rouge hormis la construction et l’agroalimentaire. Sur un an, la production industrielle reste quand même positive avec une progression de 1,6%.

Mais l’écart avec les chiffes de Pôle Emploi augmente.

Le  constat était trop beau.  Une étude récente montre que près de 10% des inscrits à Pôle emploi en catégorie A n’étaient pas considérés comme chômeurs par l’Insee, soit au minimum 200 000 personnes. Différence de méthode de comptage, parait-il. En 2017, 500 000 inscrits à Pôle emploi en catégorie A n’ont pas été retenus comme chômeurs par l’Insee, qui appelle cela le « halo du chômage ».  A cela il faut en rajouter 400 000 autres,  toujours en catégorie A, qui « ne souhaitaient pas travailler » (?) … Si on s’en tient à la réalité humaine globale, l’amélioration de la situation de l’emploi est réelle mais faible. Pas de quoi se glorifier ! C’est certain, à ce jeu-là, statistiquement parlant, le  chômage pourrait retomber à 7%,  d’ici la fin du quinquennat. La  baisse constatée est donc conjoncturelle et liée à l’injection des milliards des « gilets jaunes » ;  elle n’est en rien structurelle et les réformettes n’ont pas eu d’effet comme l’affirme Pénicaud. Mais les Français, qui se rendent bien compte de leur réalité quotidienne, peuvent-ils être dupes ?

Après on s’étonne du mouvement des « gilets jaunes » !

 


DANIEL KRETINSKY, UN OLIGARQUE EN MACRONIE

Daniel Kretinsky

 

Présenté comme un des nouveaux « tycoons » des médias par le « Figaro économie », Daniel Kretinsky atterrit en France au printemps 2018.   Le roi tchèque de l’énergie effectue alors une razzia  dans la presse française avec l’acquisition des magazines de  Lagardère et une large participation dans le Monde. Ce qui étonne, c’est que l’offensive n’a pas l’air d’émouvoir plus que ça ni le gouvernement, ni l’Elysée. Evidemment, il y a une explication.

D’abord les faits.

En quelques semaines, Kretinsly s’empare de Marianne et de la quasi-totalité des titres peoples de  « Lagardère Active » :  « Elle, Public, Ici Paris,  Art & Décoration, Télé 7 Jours, France Dimanche, Version Fémina »,  pour 60 millions d’euros et rachète 49% des parts que le banquier Matthieu Pigasse détient dans la holding du Monde, ce qui n’est pas sans émouvoir la rédaction toujours jalouse de sa ligne éditoriale. Le Tchèque crée  un nouveau groupe média de 250 millions d’euros, CMI France. A 44 ans, Daniel Kretinsky, cinquième fortune tchèque,  a bâti sa fortune, estimée à 2,5 milliards d’euros dans l’énergie. Il  contrôle, notamment avec  son groupe EPH, depuis 2013, le gazoduc Eustream qui fournit à l’Europe du gaz russe via l’Ukraine et qui lui assure  des revenus conséquents (6 milliards d’euros en 2017). C’est  GDF-Suez principalement qui lui a vendu ses parts, pour investir dans le  projet  de gazoduc Nord Stream 2 en mer Baltique avec Gazprom… le géant russe. L’oligarque tchèque rachète aussi à  prix cassés des centrales à gaz et au charbon, faisant le  pari que la transition énergétique prendra du temps. Et à la fin 2018, après ses opérations dans les médias, il a commencé ses acquisitions : l’énergéticien EPH a racheté la filiale tricolore de l’allemand Uniper  avec ses deux centrales à charbon (Saint-Avold et Gardanne), et deux centrales au gaz  qu’il a  prévu de revendre à Total pour compléter le dispositif que le pétrolier a désormais  à sa disposition avec le rachat de Direct Energie. Et le magnat tchèque compte  bien réaliser à cette occasion une belle plus-value. Comme dit l’autre, tout cela ne peut pas  se faire sans l’Etat !

Deux  poissons pilotes  à  la manœuvre.

Le premier à apparaitre dans le décor, c’est Denis Olivennes. Celui-ci avait reçu d’Emmanuel  Macron, à l’été 2017, une mission sur l’audiovisuel  public, qu’il  voulait discrète. Les deux hommes se connaissent bien et l’ancien directeur du Nouvel Obs  est sur la même ligne que le Président, qu’il  a connu dans le think tank « En temps réel » créé par le banquier Stéphane Boujnah. Il connait bien d’autres piliers de la Macronie, tel Gilles Legendre qu’il a embauché en 2002 comme directeur de la communication de la FNAC dont il est alors Directeur général. Donc, en septembre 2017, Macron, pour le convaincre d’accepter la mission qu’il  lui confie, lui a fait  miroiter la tête de France Télévisions, ce qui tombe à pic pour le journaliste qui a été débarqué d’Europe 1 en avril. Mais il  est trop bavard et le projet est abandonné. Au printemps 2018, c’est  pourtant avec lui que Daniel Kretinsky négocie le rachat des titres de Lagardère et c’est encore lui qui le présente à Yves de Chaisemartin, PDG de Marianne au moment où il cherche à vendre sa participation majoritaire dans ce titre. Enfin,  c’est encore Olivennes qui rencontre les conseillers du président pour expliquer les différents rachats du Tchèque dans la presse française. Et à l’automne il est encore à  la manœuvre pour préparer la suite, l’opération « Le Monde ». Logiquement, en janvier 2019, il est nommé à la tête de la filiale française de CMI (Czech Media Invest), la holding presse de Daniel Kretinsky. 

Le second,  c’est Etienne Bertier. Cet ancien journaliste passé par L’Expansion, Libération et Le Point,  a quitté la presse en 1993 pour des activités plus politiques, notamment derrière Alphandéry, avant d’atterrir à la CDC (tiens, encore elle, décidément,  le  monde est petit). Il  y prend les rênes d’Icade, la  filiale immobilière de la Caisse,  ce qui lui vaut de nouer des liens avec un certain Gleeson, gendre du milliardaire rouge Doumeng,  et ami d’Alexandre Djouhri. Début 2007, Bertier quitte Icade et devient consultant à Bruxelles  dans le domaine de  l’énergie.  C’est là qu’il fait connaissance avec Kretinsky : ils ne se quitteront plus. Le  Français est semble-t-il pour beaucoup dans l’ascension fulgurante du Tchèque. Bertier est d’autant plus utile qu’il a de solides relations dans la Macronie.  On peut citer Dominique Marcel, patron d’une filiale de la CDC, la  Compagnie des Alpes, et sa directrice générale n’est autre qu’Agnès Pannier-Runacher dont on sait qu’elle est devenue en octobre 2018 Secrétaire d’Etat auprès de Bruno Le Maire. Il peut s’appuyer également sur Augustin de Romanet, patron d’ADP. Bref, c’est Bertier qui négocie le rachat des parts de Matthieu Pigasse dans Le  Monde. Les  deux se disent en effet « amis de trente ans » et au coeur de cette amitié il y a « Icade »*!  Sur les dossiers énergétiques, c’est Etienne Bertier qui rencontre régulièrement les conseillers économie et énergie de l’Elysée. Et dans le « big-bang » de l’énergie voulu par Macron, l’énergéticien tchèque semble avoir toute sa place. Voilà néanmoins un petit monde où l’on croise toujours les mêmes (cf. ci-dessous*) !

Un silence qui en dit long.

L’Elysée se tait sur l’arrivée pourtant on ne peut plus voyante de Daniel Kretinsky  dans le paysage français. Le ministre de la Culture, Frank Riester a fait le service minimum devant l’émoi des journalistes et de la rédaction, suscité  par l’arrivée de ce nouvel actionnaire au journal Le Monde : « la question d’un actionnariat étranger sur des grands titres français est une question importante ! » déclare-t-il sans aller plus loin. Peut-être qu’au « château » on n’est  pas  mécontent de cette nouvelle emprise sur un journal qui ne se prive pas  de  divulguer des informations déplaisantes comme dans l’affaire Benalla.  On comprend  pourquoi le soutien inconditionnel Xavier Niel  ne semble  pas apprécier l’arrivée de ce nouveau venu, qui, de plus, vient de racheter les parts (20%) que l’espagnol Prisa a dans Le Monde, et garde la possibilité d’acquérir à tout moment l’intégralité restante des parts de Matthieu Pigasse, ce qui serait une réelle  prise de contrôle du quotidien. De  son côté,  Kretinsky joue l’apaisement,  dénonce la campagne qui le présente comme un suppôt de  Moscou, se présente comme un amoureux de la France et de sa langue qu’il parle  parfaitement, et comme un europhile convaincu. Il justifie son investissement dans les médias qu’il considère comme une mission démocratique face à la  montée des populismes. Un vrai macroniste quoi !

*Icade  dont  le CA de 2007  est composé d’Augustin de Romanet, Serge  Grzybowski, Edmond Alphandéry, Dominique Marcel, Agnès Pannier-runacher, Thomas Francis Gleeson, Thierry Gaubert.

 


ADP : UNE AFFAIRE DE FAMILLE ?

Aéroport de Paris

 

La privatisation d’Aéroport de Paris est hors norme.

Evacuons l’argument du « libéralisme », c’est un faux nez qui ne permet en aucun cas d’y voir une volonté de l’Etat d’abandonner son dirigisme. D’abord, le néolibéralisme de Macron n’a rien à voir avec le libéralisme économique classique, comme je l’ai déjà évoqué dans une précédente note. Privatiser ADP n’a pas beaucoup de sens du point de vue économique. En effet, privatiser une entreprise en situation de monopole et à vocation de service public, et même à caractère stratégique, quand l’Etat est déjà actionnaire majoritaire, c’est une hérésie. ADP est dans une situation de monopole sur le marché des installations aéroportuaires utilisées pour les transports aériens en provenance et à destination de l’Île-de-France. Comme l’indique son document de référence, il n’a aucun concurrent dans un rayon de 300 kilomètres  et sa zone de chalandise rassemble 25 millions d’habitants, dont le revenu moyen est supérieur à la moyenne française. Or toute entreprise privée en situation de monopole vend ses produits à un prix plus élevé et avec une qualité moins bonne qu’une entreprise en situation de concurrence. Le prix d’un monopole est d’autant plus élevé et la qualité de ses produits d’autant plus faible que ses clients y sont peu sensibles, ce qui est assez largement le cas de ceux d’ADP. Cette décision est d’autant plus  contestable que c’est une formidable machine à cash qui rapporte chaque année à l’Etat 170 millions d’euros de dividendes et 260 millions d’euros d’impôts sur les sociétés.  Cet équipement est une pépite dont l’Etat est pour l’instant actionnaire à 50,6%. Dans ces conditions, les raisons avancées par le gouvernement sont obscures et le schéma proposé d’une rare opacité.

Une vieille histoire.

Le dossier est porté par Augustin de Romanet, sous la houlette d’Alexis Kohler. Le PDG d’ADP est un haut fonctionnaire issu de la Direction du budget à Bercy. Son parcours en fait l’un des rares grands patrons qui a les faveurs d’Emmanuel Macron. Probablement à cause de son origine mais aussi par ses postes successifs de cabinets ministériels sous Jacques Chirac, notamment chez Jean Arthuis, dont on sait qu’il a été l’un des premiers soutiens à Macron en 2016. Augustin de Romanet fut aussi  directeur de cabinet adjoint  de Jean-Pierre Raffarin quand il était Premier Ministre. Il est devenu ensuite le patron de la CDC (Caisse des Dépôts et Consignation), outil stratégique de tout gouvernement et c’est Hollande qui l’a nommé à la tête d’ADP (sur demande de Bernadette Chirac)… C’est ainsi qu’il est l’un des rares à avoir rencontré le Président fraîchement élu, une semaine avant son investiture. En décembre 2017, il est nommé, entre autre, président du conseil d’administration du domaine de Chambord, un témoignage de confiance alors que Macron souhaite rétablir les chasses présidentielles. Bref, le « chouchou » est aux avant-postes de la privatisation, projet dont on sait que le Président l’avait déjà en tête quand il était ministre : à deux reprises il avait essayé de convaincre Hollande, sans succès.

De nombreux réseaux à la manœuvre.

D’abord ceux de la CDC, bras armé financier de l’Etat. Une maison que connait bien Macron. Son ami, Antoine Gosset-Grainville, inspecteur des finances lui aussi, ancien dir-cab de Fillon à Matignon, fut directeur adjoint de la CDC. Et son mentor, Jean-Pierre Jouyet, y avait été nommé directeur général en 2012  par Hollande pour remplacer … de Romanet qui partait à ADP. Chez ADP, le directeur de l’immobilier est Serge Grzybowski, qui a été pendant 7 ans le PDG d’Icade, filiale de la CDC. On voit l’intérêt quand on sait que l’aéroport dispose d’un foncier de 8 000 ha en région parisienne. D’autres acteurs du projet sont au cœur d’En Marche !  Au parlement, le rapporteur de la loi Pacte qui porte le projet de privatisation n’est autre que le député Roland Lescure, président de la commission des affaires économiques. Il travaillait l’année dernière sur le dossier avec Aigline de Ginestous, collaboratrice parlementaire, ancienne de chez Rothschild, qui a été nommée en octobre dernier cheffe de cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, nouvelle Secrétaire d’Etat auprès de Bruno Le Maire. Cette dernière, inspectrice des finances passée par HEC connait très bien Alexis Kohler, car issus tous les deux de la même promo de l’ENA. Et c’est aussi une ancienne de la « Caisse ». Enfin, le gouvernement est conseillé sur ce dossier par la filiale parisienne de Bank of America, qui a été rejointe par un ami du Président, Bernard Mourad, ancien dirigeant du groupe Altice, appartenant à … Patrick Drahi. On reste en famille ! Voilà une privatisation bien encadrée.

Un intérêt douteux. 

Après Toulouse,  Nice et Lyon, ADP va être à son tour privatisé, sauf si le referendum réussit à être organisé. ADP serait transformé en une concession de 70 ans. La situation et les perspectives financière d’ADP sont très bonnes et l’Etat devrait donc vendre ses actions à un prix élevé, qui doit être supérieur à la somme actualisée des dividendes auxquels il va renoncer, pour que cette privatisation ait un intérêt financier pour lui. Alors que la vente de l’entreprise est estimée à 8 milliards d’euros, il est prévu de payer jusqu’à 1 milliard  aux actuels actionnaires : payer  pour privatiser, voilà qui est surprenant. Il y a une autre bizarrerie, l’Etat prévoit de racheter les actifs d’ADP au terme de la concession. Donc, pour le bénéficiaire de l’opération, l’acheteur de la société d’aéroport, ce sera un double jackpot ! Du cousu main. Sans entrer dans les détails  techniques et les exigences de l’Etat pour sécuriser la  privatisation, celui-ci a rarement su définir les besoins à satisfaire par ses concessionnaires sur une longue durée et les modifications qu’il a apportées aux cahiers des charges des concessions ont souvent conduit à une hausse des prix et des bénéfices des concessionnaires. Compte-tenu du caractère unique en France des aéroports de Paris, le cahier des charges sera particulièrement difficile à définir et on peut craindre que, sur une période de 70 ans, il soit modifié au profit des actionnaires d’ADP. On a donc hâte de savoir quel sera l’heureux bénéficiaire. Quant à l’utilité de la manoeuvre, sauf à récupérer 8 milliards d’argent frais pour jeter dans le tonneau des Danaïdes et boucler le budget, on a du mal à le saisir.  Cela ressemble à vendre les  bijoux de famille quand on est  dans l’impasse financière.

 


MA REVUE DE PRESSE COMMENTEE

Presse

 

Le monde comme il va …

Les nuages sur l’économie.

Les mauvais signes continuent de s’accumuler. La croissance continue de s’affaiblir dans la zone euro et l’inflation ne fait pas mieux, à son plus bas niveau depuis 18 mois (entre 1,1 et 1,3%) très loin de l’objectif de la BCE (2%). L’Italie est au bord de la récession, et l’atonie a gagné , après l’Allemagne, la France et l’Espagne. LA Fed américaine s’est résignée à baisser ses taux pour soutenir elle aussi une croissance qui fléchit. Du coup les investisseurs sont inquiets , notamment à cause des tension commerciales  entre la Chine et les USA, et l’or redevient une valeur-refuge : c’est la nouvelle « ruée vers l’or ». Les cours flambent à près de 1 500$ l’once. Quant au Royaume-Uni, après les annonces de Johnson, il plonge nettement, monnaie et récession (- 0,2%) !

Effets désastreux du protectionnisme.

Le tour belliqueux que prennent les relations sino-américaines nous met à la merci du moindre dérapage, compte-tenu du caractère imprévisible des réactions de Trump déjà en campagne électorale, avec à la clé le chaos sur les marchés financiers. Les effets de la confrontation sont mesurables sur le commerce, l’investissement et la croissance. Le protectionnisme brandi par Trump n’a pas protégé l’industrie, les emplois ni le pouvoir d’achat US. La démonstration est faite qu’il est inopérant dans une économie largement mondialisée, interconnectée où tout le monde est client, fournisseur et créancier tout-à-la fois. Ce sont les producteurs et les consommateurs qui paient les pots cassés. Le plus grave c’est que l’Europe est totalement inexistante et si elle ne se réveille pas, c’est la Chine et les Etats-Unis qui se partageront le monde… sur son dos.

L’hydre islamique.

Serait-on revenu 20 ans en arrière ? Un attentat à la voiture piégée a fait 14 morts à Kaboul … En 2018 près de 4 000 civils ont été tués à travers le pays, dont 1 500 au mois de juillet. Pourtant les talibans mènent des pourparlers avec les Etats-Unis. En Irak et en Syrie les combattants de l’E.I. harcèlent les troupes, profitant  des divisions entre arabes et kurdes. Une guérilla classique qu’ils savent mener, avec son cortège d’embuscades, de mines et d’assassinats. Le feu mal éteint continue de couver. On n’en aura jamais fini, mais qui les finance ?

Le climat.

On ne peut écarter les rapports du GIEC et en même temps on n’est pas obligé de plonger dans les délires des apôtres de la décroissance. Le réalisme veut que rien ne se fera de crédible contre les entreprises, le libre-échange et la capacité d’innovation du secteur privé. Le monde libre est le meilleur allié du défi environnemental, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas réguler le capitalisme. C’est le monde libre qui aujourd’hui héberge les pays qui font le plus d’efforts pour diminuer leurs émissions, grâce à  leur capacité d’innovation permanente. Les démocraties dites « illibérales » n’ont pas montré jusqu’à présent le même volontarisme.

Repentance.

Le summum de la repentance autoflagellante a été atteint pas l’actrice américaine Rosanna Arquette qui s’est dite « désolée et dégoutée d’être née blanche et privilégiée, avoir honte de sa nature … ». Jusqu’où ira-t-on ? Ce pays va décidément très mal, perdu entre ce genre de mentalité et les fusillades !

Et en France…

Rénovation énergétique.

Le gouvernement va mettre un sérieux tour de vis sur les aides énergétiques, faute de moyens. Il va donc revoir le dispositif. Il y a une catégorie de population qui n’y aura plus droit. Vous ne savez pas laquelle ? Eh bien je vais vous le dire : le crédit d’impôt transition énergétique devrait disparaître en 2020 pour les... 20% de ménages les plus aisés ! Oui, oui, encore eux, toujours la même catégorie.

Sécheresse.

Avec les épisodes de canicule, la sécheresse sévit dans beaucoup de régions de France. Et notre territoire, avec ses 17 millions d’ha de forêts, est très vulnérable. Et bien malgré tout, 2019 n’aura pas été une année catastrophique en matière de surfaces boisées brûlées : 3 900 ha, un peu plus que les 3 000 de 2018, mais nettement moins (pour l’instant)  que les 19 700 ha de 2017, année noire. L’absence relative de vent est un élément d’explication. L’utilisation des drones et une organisation toujours plus perfectionnée de la surveillance en est un autre. Cela n’empêche pas qu’on doive déplorer, malheureusement, la mort d’un pilote d’avion-pompier. On oublie aussi que si les sinistres sont plus rapidement circonscrits c’est grâce à leur talent et à leur bravoure.

Progrès ?

A Angers, Casino ouvre un hyper sans personnel le dimanche après-midi, ce qui lui permet de contourner l’interdiction d’ouverture après 13H. L’enseigne de M. Naouri  inaugure donc les « hyper automatiques », et a choisi Angers pour expérimenter le dispositif. Néanmoins, une ouverture partielle parce que des rayons ne pourront offrir le service habituel : vins, alcools, boucherie… seront fermés. Une percée qui pourrait déboucher sur des ouvertures 24H sur 24. Angers, ville connectée ! Bon, apparemment l’expérience n’emballe pas le maire Christophe Béchu.

Asile.

Pour une fois, on applaudit : la France va accueillir 31 femmes Yazidies et leurs enfants, victime en Irak de l’EI qui les avait mises en esclavage. Cela porte à 75 le nombre de familles Yazidies arrivées en France depuis 2018. C’est peu, mais c’est déjà ça. C’est mieux que de rapatrier des djihadistes dans la plus grande discrétion.

Gafa.

On le sait, la France, faisant cavalier seul, a voté une taxe de 3% sur les revenus des Gafa réalisés en France. On pensait que ça n’était que justice. En fait, la mesure ne servira à rien. Amazon va répercuter les 3% sur ses prestations. Autrement dit c’est encore le cochon de payant qui va être sanctionné. Sauf que Trump a été furieux et a menacé de taxer notre pinard. En plus, on n’évitera peut-être pas les mesures de rétorsion. Mais comment soigner la myopie de M. Le Maire ?

 


LE CAFE DU COMMERCE EN CONTINU…

Chaines d'info en continu

 

Baratin H24.

Pas une pour relever l’autre. Les chaines d’info en continu,  BFMTV, CNEWS, LCI… occupent l’espace  médiatique à longueur de  journées, ressuscitant le bon vieux café du commerce. Les tables rondes qui s’enchaînent avec à peu près les mêmes abonnés chaque jour, sont censées nous informer   en temps réel et dans le détail du moindre événement qui se passe sur la  planète. Sont  convoqués  alors les spécialistes et les  experts pour éclairer notre lanterne et nous permettre de comprendre le pourquoi du comment, sur fond d’images qui se répètent en un insupportable bégaiement. Mais on y apprend bien peu de choses, car ces intervenants n’ont bien souvent que  leur avis discutable à nous proposer et encore faudrait-il qu’il soit documenté, ce qui est rarement  le cas. J’en ai fait le constat sur des sujets bien précis que je connais bien.  Et si un « invité » a l’outrecuidance d’émettre une hypothèse ou un jugement différent, il  est aussitôt  rembarré et disqualifié en mots parfois crus. Les débats  s’éternisent et tournent en rond car il faut tuer le temps à tout  prix. Alors ça baratine et refait le monde, comme  on le faisait autrefois derrière le comptoir du café du coin, quand l’ingénieur de chez Citroën côtoyait l’employé de bureau  et la concierge devant un verre de côtes du Rhône (vécu).

Priorité au futile.

Si encore les sujets en valaient la peine. Il suffit de lister ceux qui ont été  abordés récemment  pour s’apercevoir qu’on se contente  de suivre la plus  banale des actualités. On se demande alors si informer  est vraiment le but, il s’agirait plutôt de distraire. Qu’on en juge : on a enduré « l’affaire des homards rugissants » pendant deux semaines pour enchaîner sur la tenue de Sibeth N’Diaye suite à un tweet de Nadine Morano forcément raciste, puis il a fallu se gaver jusqu’à plus soif de la venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale à cause de quelques députés qui ont osé dire qu’ils avaient autre chose à faire, et « the last but not the least » le scandale des « podiums du tour de France » … Sans oublier la canicule objet d’adoration pour cause de preuve irréfutable du réchauffement climatique, notez que les mêmes ou leurs prédécesseurs disaient déjà la même chose en 2003, avec les mêmes prophéties. A côté de ça, on a eu droit  à une simple citation pour la désignation de Ursula Von der Leyen à la tête de la Commission européenne, événement pourtant autrement plus important. Mais ces médias se contentent trop souvent de choisir des sujets faciles qui ne touchent qu’à la surface des choses, qui permettent d’exploiter facilement l’émotion ou de surfer sur l’indignation collective. Le futile prime sur l’essentiel mais ce n’est  pas  sans conséquences.

Abrutissement collectif garanti.

Il conviendra de commencer par affirmer que, même dans le  superficiel, ces chaines d’information sont orientées. Elles puisent leur énergie inépuisable dans le façonnage de la « société progressiste ».  Car les commentateurs, à défaut d’être experts, sont tendancieux et choisis pour ça. S’il arrive qu’un sujet important arrive au débat, par exemple  le projet d’ouverture de la PMA aux couples d’homosexuelles, il  convient que l’échange soit « apaisé » ce qui se traduit par « que tout le monde dise la même chose », car, le progrès étant une évidence, il ne se discute pas. En témoigne l’échange sur LCI entre Ludivine de La Rochère  et Maurice Szafran de Marianne, ce dernier reprenant vertement son interlocutrice sur ses positions « idéologiques » (donc  méprisables), comme si les siennes ne l’étaient pas !  A quoi bon inviter la présidente de la « Manif’  pour Tous », sinon pour la diaboliser évidemment…  Dans ce contexte, l’échange d’argument n’a plus lieu d’être. L’invective, l’insulte, la haine, se substituent à la discussion. L’indignation remplace  la  contradiction et occulte le vide des idées ou  l’insuffisance de la réflexion. Comme on le voit trop  souvent, ces pratiques  débouchent facilement sur le lynchage  médiatique avec  comme cible, comme par hasard et de préférence, un politique. De Rugy est le dernier à en avoir fait l’expérience, mais combien d’autres avant lui ?

La démocratie est la grande perdante.

Nous sommes tous sous le coup de la  « nouvelle inquisition », celle de Twitter, haut lieu de l’indignation sélective et de l’étalage de l’absence de culture, mais grand fournisseur de sujets. Le laconisme permet toutes les émotions et évite les arguments. Ainsi la vie politique est-elle ballottée  entre le futile et l’anodin, pour nous empêcher de voir des logiques à l’œuvre qui sapent les fondements  de notre démocratie : présidentialisme excessif, affaiblissement du Parlement, mise en cause de  la liberté d’expression, stigmatisation de personnalités dites « sulfureuses », psychiatrisation des avis divergents dont les protagonistes seraient « hystériques », mépris du peuple et de ce qui serait « populiste »…  Cette intelligentsia libertaire, majoritaire dans les médias, est au service des lobbies « progressistes », au premier rang desquels le lobby LGBT (là c’est certain, je vais être catégorisé immédiatement comme homophobe).  

Bienvenue dans le « nouveau monde », si tant est qu’il existe étant à bien des égards tellement pire que l’ancien. Après, on s’étonne que les gens n’aillent plus voter.

 


LIBERALISME : DE QUOI PARLE-T-ON ?

Liberalisme

Les observateurs de la vie économique ont coutume de dire que Macron pratique une politique libérale, là où personnellement je ne vois qu’une politique de gauche classique, essentiellement keynésienne pour le volet économique et libertaire pour le volet  sociétal. La  confusion vient de ce que, en effet, le libéralisme  n’est plus ce qu’il était. 

Le néolibéralisme.

Dans sa  conception de  l’économie, il a muté sous  l’influence de théoriciens  tels que Zygmunt Bauman, en idéologie de la mondialisation et dans sa conception politique en défense de la « société  liquide ». Ce néolibéralisme et le  progressisme social qui l’accompagne forment désormais ce que beaucoup entendent par « libéralisme ».

Ce néolibéralisme économique pour lequel seul compte l’échange qui « crée de la  valeur » débouche sur un libre-échangisme débridé qui ne tient pas compte des hommes et des territoires qui produisent les  marchandises,  ce qui justifie les réticences de nombre de députés  LR sur le contenu du Ceta. Il s’accommode de la vision keynésienne ce qui explique l’adhésion qu’il remporte  auprès de nos énarques technocrates, l’Etat  n’étant qu’un levier pour relancer  la consommation, rarement  pour réguler les échanges. L’essentiel est que ne soit pas contrarié le  « laisser-faire » dogmatique et ravageur. De son côté, le progressisme sociétal  qui considère que tout ce qui est techniquement possible  doit être réalisable, traduit une vision désincarnée de l’Homme, de sa naissance (GPA, PMA) à sa  mort (euthanasie), puisque seuls comptent les désirs individuels travestis pour l’occasion en « droits nouveaux ».

Force est de constater qu’une partie de la droite a suivi cette pente néolibérale, probablement par  méprise, plus certainement par attrait du pouvoir. Mais ce qu’elle  ne voit pas, c’est que cette dérive du libéralisme, venue des Etats-Unis, met en danger la démocratie libérale et les valeurs occidentales, et a réduit à néant le triomphe qu’elles avaient obtenu sur le communisme et l’idéologie soviétique. Ce "néolibéralisme" doit être combattu.

La pensée libérale classique.

La droite ne doit pas se laisser  prendre au piège. Elle peut, comme certains le prônent en réaction, proposer de privilégier le modèle étatiste, jacobin ou bonapartiste, interventionniste, et plutôt fermée au libre-échange,  qui a toujours animé une de ses principales composantes.  Elle ne peut pourtant pas s’abstraire de sa part de responsabilité dans la désindustrialisation, l’appauvrissement des classes moyenne et modeste, ayant été aux affaires suffisamment longtemps.  On voit bien que l’extension sans fin du domaine de l’Etat et en parallèle des impôts, n’a conduit qu’à gérer le déclin.

Le  moment est  venu de renouer avec le libéralisme classique car lui seul  permettra d’initier les  politiques nécessaires pour conjurer les totalitarismes  de notre temps, le péril islamique, et conforter  notre modèle politique. Car il conçoit la  liberté et son exercice dans des cadres établis toujours respectables : la nation, l’Etat de droit, la famille, et sur le plan culturel la conception occidentale de l’anthropologie.

Il faut donc faire  confiance à la liberté, en l’enracinant encore plus profondément au coeur du fonctionnement de notre société, il faut promouvoir l’initiative en la décentralisant, il faut protéger nos concitoyens en fixant les limites indépassables sans lesquelles triomphent la démesure et le « no   limit ».

C’est  la démocratie de la mesure : politique, économique, sociale, environnementale, culturelle, fondée sur la raison. Produire sur place ce qui peut  l’être dénote d’une vision du monde et des relations entre les hommes, une manière d’être qu’il faut absolument remettre au goût du jour. Car c’est  une démarche qui s’inspire d’une anthropologie prudente et humaine, dans laquelle l’homme n’y est pas un isolé.  Il ne s’agit nullement de plonger dans la caricature du protectionnisme ou de l’archaïsme. Le  libéralisme bien compris est ouvert au libre-échange dans le cadre d'une réciprocité  et de règles identiques pour les partenaires. Au-delà, Rappelons-nous simplement que la démocratie est mortelle, et la « libérale » plus fragile que les autres. Ses quatre piliers sont le développement économique et social, l’Etat de droit, le  primat de la  modération sur  l’extrémisme, l’adhésion des citoyens à la liberté politique.  C’est permettre aux citoyens de reprendre le contrôle de leur destin par la raison, la  responsabilité et la défense résolue de la liberté. Toutes les composantes de la droite peuvent se retrouver sur ces piliers.

Il existe une différence de fond entre le néolibéralisme, libre-échangiste, qui compte sur le ruissellement des capitaux par le haut pour irriguer l'économie alors qu'il  ne fait qu'alimenter la sphère financière et la spéculation qui va avec, et le vrai libéralisme qui consiste à donner aux entreprises les moyens de produire la richesse par le bas. Ainsi s'expliquent les lois néolibérales votées par Macron : suppression de l'ISF et flat tax. Ainsi s'expliquent les revendications des Républicains de baisse des charges et des dépenses publiques.

C’est la démocratie libérale, par ses valeurs, son équilibre entre l’individu et le collectif, qui nous protégera de l’écologisme radical comme elle nous a protégés hier du totalitarisme  soviétique. C’est encore elle dont les principes permettent de combattre le fascisme  islamique : il suffit de les  appliquer.  Ce que les néolibéraux ne font pas, à l’image d’une Assemblée nationale qui se couche devant l’infantilisme apocalyptique d’une Greta Thunberg.

 


LE GRAND MANIPULATEUR

Macron le grand manipulateur

 

 

Voilà une lecture d’été qu’on ne saurait trop recommander à qui veut comprendre la gouvernance de notre Président. Tout y est. L’enquête minutieuse de Marc Endeweld fourmille de détails et donne à peu près toutes les clés de compréhension à travers une documentation fouillée, parfois trop fouillis par souci de précision. C’est une sarabande de noms, dont certains très redondants, un passage au scanner du système de relations de Macron et de son entourage, une radiographie de son comportement, parfois jusqu’à la psychanalyse.  Le journaliste découpe au scalpel les relations du couple, met en lumière le rôle de Brigitte, à la fois coach et cornac, jalouse de ses prérogatives.  Vous découvrirez que Benalla n’est pas seulement un garde du corps et que son activité allait bien plus loin. Vous comprendrez aussi en quoi consiste le « néolibéralisme » macronien, bien dans la ligne de la gauche française, strauss-kahnienne ou fabiusienne … celle qui nous a pondu les 35 heures  et le mariage pour tous.

Opportunités et feu de tout bois pour une campagne

Comment faire une campagne nationale quand on n’a pas de parti ? Réponse, en utilisant tous les réseaux, y compris les plus éculés de la vieille politique. C’est que la candidature d’Emmanuel Macron est venue de bien plus loin qu’on ne le croit généralement. Le travail de lobbying de Brigitte Macron a été primordial pour attirer à droite. A Saint-Louis de Gonzague, elle trouve un lieu idéal pour noyauter : n’a-t-elle pas en classe les enfants de Bernard Arnaud ? Pour organiser la campagne, il y aura bien sûr En Marche ! et les « marcheurs », mais ce n’est pas l’essentiel. Tour à tour seront sollicités les Francs-Maçons, les réseaux de la Françafrique, ceux de la gauche modérée puis du centre-droit. On voit entrer en scène les réseaux algériens avec le milliardaire Issad Redrab qui vient réaliser quelques affaires en France au moment où Macron est à Bercy… C’est la valse des technocrates de tous bords qui rappliquent, séduits par la macronie. Même les circuits sarkozystes de la police sont mis à contribution, avec Ange Mancini et Squarcini…

Séduire, utiliser, jeter

Avec Macron, la procédure est toujours la même. D’abord il séduit. Il a beaucoup de talent pour  attirer à lui. La période qui précède l’élection est le moment de tous les ralliements de tous ceux qui espèrent… Il y a ceux qui voient en lui le renouveau comme Gérard Collomb, ceux qui viennent se vendre par calcul et animés par la haine comme Bayrou, il y a ceux qui basculent après la défaite de Fillon comme les juppéistes et Raffarin. Ce dernier ouvrira son carnet d’adresses pour alimenter le cabinet d’Edouard Philippe. Les soutiens viennent de chez LVMH  avec Dutreil et Donnedieu de Vabres. Le riche Henri Hermand  est un supporter de longue date et ouvre bien des portes… Macron est fasciné par Xavier Niel, Patrick Drahi apportera le soutien de ses médias. Et puis, il y a le volet plus souterrain qui se révèlera après l’élection. Ainsi le rôle que joue Ludovic Chaker, agent plus ou moins secret dont dépend Benalla, les relations qu’ils entretiennent avec Djourhi …  Il sait flatter les egos : un détour par l’Auvergne et déjeuner avec Giscard avant de filer rendre visite à Charasse. Il ménage Sarkozy probablement par intérêt, mais ce dernier n’est pas dupe. Lui aussi a intérêt à jouer la carte du « rapport républicain ». Il a même poussé Darmanin et Péchenard pour l’Intérieur. Mais Macron utilise et ensuite oublie de remercier, à quelques rares exceptions près. Il privilégie le secret et l’opacité. Il est capable de tout. Parmi ses nombreux « amis » du tout-Paris, bien peu avaient perçu sa conception très verticale du pouvoir. Il les a tous oubliés une fois élu.  Même avec les grands patrons, le charme est rompu. Le Président méprise le Medef et le capitalisme français qu’il pressure et préfère ouvrir les portes de la France aux investisseurs étrangers qu’il reçoit en grandes pompes à Versailles…     

L’enfant-roi devenu président

Macron au pouvoir se comporte comme un gamin capricieux qui exige et qui prétend imposer son point de vue, forcément le meilleur. Ainsi a-t-il mis toute l’Europe contre lui. Quant aux Français on ne la leur fait pas. Ce Président qui les a insultés, a mis à l’écart tous les corps intermédiaires et qui vient ensuite leur parler d’humilité, ils voient bien qu’il ne porte pas une ambition collective.  « Macron ne supporte pas de perdre le contrôle et en plus il a l’angoisse de déplaire », explique un de ses collègues de chez Rothschild.  Il est condamné à une fuite en avant perpétuelle. Après le désenchantement exprimé par le mouvement des « Gilets jaunes », il est reparti à la reconquête des chaumières avec son « grand débat », mais les sondages restent majoritairement hostiles. Faute d’empathie, le « jouet est cassé ». Les mots sonnent creux. Il n’a toujours pas compris.

Le rapport inversé au peuple

Le peuple aime les preuves d’amour. Macron veut qu’on l’aime. Comme il est trop narcissique, il croit qu’on doit l’aimer pour lui-même, ce dont le peuple n’a que faire, excepté quelques ébaubis fascinés par son talent de séducteur. C’est comme un prof qui entre dans la classe : les élèves sentent tout de suite si  ça va le faire. Pour les Français, c’est pareil, et ils sentent bien que ça ne le fait pas. Cet homme-là n’aime que lui. Il a accepté l’aide de tout un éventail politique pour prendre le pouvoir. Il a mis en place un fonctionnement de cour avant sa victoire. Il n’est pas certain que tous les courtisans oubliés, et ils sont nombreux, se refassent prendre une seconde fois. Certains même veulent lui faire payer son mépris. Les circonstances de 2017 étaient exceptionnelles et il les avait anticipées.  Que se passera-t-il en 2022 : le château de cartes qui lui a permis de gagner pourrait bien s’écrouler , car en fait, il n’a aucun réseau à lui.

 

Le grand manipulateur - Les réseaux secrets de Macron-  Stock  Marc Endeweld.


MA REVUE DE PRESSE COMMENTEE

Presse

 

Intelligence artificielle

Soft Bank lance un nouveau fonds de plus de 100 milliards de dollars pour investir dans l’intelligence artificielle.  Microsoft, Apple  … sont parties prenantes évidemment. Villani est bien loin avec son petit  milliard !

Chômage

Une embellie trop fragile selon J.M. Vittori. Le chômage continue de baisser, et c’est bien, mais trop lentement. Sur un an  la baisse est de 2%.Il reste encore  3,4 millions de chômeurs et si on ajoute les emplois partiels on recense près de 5,5 millions de demandeurs d’emploi. Une proportion 1/3 plus élevée que dans l’Union européenne.  C’est trop alors que les signes de faiblesse persistent : le chômage des femmes ne diminue pas, de même que celui des séniors.  Le nombre des chômeurs de longue durée reste beaucoup trop élevé.

Croissance.

En France elle fléchit au 2ème trimestre à 0,2%. C’est la  consommation des  ménages qui flanche,  malgré les gains de pouvoir d’achat financés à la suite des Gilets jaunes, environ 8,5 milliards d’euros, dont les 2/3 sont allés alimenter l’épargne. On notera un léger redressement de notre commerce extérieur. Le ralentissement européen, lié aux tensions commerciales provoquées par Donald Trump, aura-t-il raison de la capacité de résistance tricolore? La reprise de la croissance n'est pas garantie et dépendra en tout premier lieu de la transformation du regain de confiance des ménages en consommation.  C’est pas gagné !

Economie allemande.

C’est pas gagné, d’autant plus que les nuages noirs s’amoncellent sur l’économie de notre voisin. Le ralentissement allemand touche plusieurs secteurs industriels : l’automobile, la métallurgie, la fabrication des machines sont les  principales touchées. Les  prévisions de croissance du pib pour l’Allemagne tournent autour de 0,6-0,7%. Un trou d’air qui deveint une faible  conjoncture durable  … avec une menace de récession.

Essoufflement de l’économie mondiale

Pour couronner le tout le FMI revoit à la baisse la  croissance mondiale pour la quatrième fois. Presque partout, les  économies sont languissantes. Une morosité largement due à la guerre commerciale que se livrent Les Etats-Unis et la Chine. Tant dans les pays avancés que dans les émergents, l’investissement et la demande de biens de consommation restent modérés. Et ce sont surtout les émergents et les pays en développement qui noircissent le tableau. Les incertitudes sont telles que les prévisions ont encore une forte probabilité d’être revues à la baisse. Ce qui alimente la fuite en avant des  politiques monétaires « accommodantes ».

Mauvaise  donne

Pascal Durand a critiqué l'intervention de François-Xavier Bellamy au Parlement européen parce que celui-ci se réclamait de Charles Péguy en qui l’écolo voit un « nationaliste belliqueux et réactionnaire ».  C’est  l’inculture et  l’ignorance qui s’érigent  en donneuses de leçons. Pour faire  court : Péguy était un chrétien de gauche et son patriotisme, qui se réclame de Corneille, de Michelet et de Victor Hugo n'est ni contre-révolutionnaire, ni autoritariste, ni antisémite. Il  est l’antidote du nationalisme ! Pascal Durand devrait retourner à l’école  avant de tweeter.

Menus constats

On a retrouvé le téléphone disparu de Benalla et il a livré ses  secrets, mais curieusement ça a l’air de n’intéresser personne, même quand il s’agit des comptes  de campagne du candidat Macron.

Sécurité : hausse vertigineuse des cambriolages. On en est à 645/j . Mais M. Castaner  doit trouver ça normal.  Il faut dire que  la  police est à bout de souffle. La preuve : les suicides qui s’additionnent dramatiquement dans les rangs des fonctionnaires. Mais il semble qu’on s’en émeuve moins que pour d’autres victimes.

Pour Macron on était  passé des Gilets jaunes au Maillot jaune !  Mais c’était avant qu’Alaphilippe perde le Tour.

Migrants

La  France continue d’être débordée. Est-on à la veille d’une nouvelle vague ? Un indice : la Grèce voit augmenter le nombre des migrants qui prennent pied sur son sol. 

Sanchez toujours sans fauteuil

Les socialistes et Podemos  ont été incapables  de s'entendre. L'échec de l'investiture de Pedro Sanchez -qui est toujours en fonction- prolonge l'instabilité d'une Espagne à la recherche d'un gouvernement. La date du 23 septembre pour trouver une solutions sera vite là  ; sinon ce sera de nouvelles élections   ...