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LA QUÊTE DU GRAAL

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La gestion de la crise sanitaire et ses conséquences n’empêchent pas les responsables des différentes familles politiques d’envisager leur stratégie pour la présidentielle de 2022.

La macronie en crise.

C’est le fait majeur que l’on observe à l’occasion de la  crise sanitaire et qui ne va faire que s’aggraver avec la relance de  l’économie, génératrice de divisions au sein d’En Marche.  Macron constate sa perte de confiance de la part des français, confirmée par tous les sondages. Il va perdre sa majorité absolue La République en Marche (LREM) à l’Assemblée nationale puisque la création d’un groupe parlementaire constitué par d’anciens marcheurs est maintenant établie : 22 députés LREM ou apparentés vont bien faire sécession et créer un nouveau groupe à l’Assemblée dès la semaine prochaine, avec pour nom « Ecologie Démocratie et Solidarité ». On y retrouve  tous les déçus de la majorité, d’abord ceux qui ont déjà été virés du groupe, dont Cédric Villani, la tendance écolo avec Matthieu Orphelin proche d’Hulot ou Delphine Batho, ex-Ministre de l’Ecologie sous Hollande, et les jeunes députés issus du PS réclamant un rééquilibrage à gauche. Alors que LREM a débuté le quinquennat avec 310 députés (sur 577), le parti présidentiel devrait se retrouver demain à 285. De leur côté, la plupart des députés ex-socialistes se sont organisés au sein de LREM dans deux cercles sociaux-démocrates et attendent leur heure.

Macron à la recherche d’un nouveau « en même temps ».

Donc, Macron craint la défection de certains soutiens et de certains réseaux déçus. Il vit une réelle tension avec Philippe à la suite de plusieurs prises de décision de ce dernier. Enfin, il apprécie peu la remontée de son Premier Ministre dans les sondages, basée sur un effet comparatif avec lui-même. Il songe à relancer son quinquennat. Avec la même  équation qu’en 2017 : rallier à gauche et à droite. Il proposerait un programme nouveau centré autour d’un « pari écologique », avec pour objectif de rallier une part des électeurs de gauche, qui lui ont tourné le dos. Au passage il abandonnerait une partie de sa politique antérieure mise à mal  par la crise : réforme de l’assurance chômage, projet de réforme des retraites, arrêt des baisses d’impôts pour les entreprises. Cette manœuvre a été en partie préparée par la tenue d’une « convention citoyenne pour le climat » réunissant 150 citoyens au Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE). Les conclusions de cette convention devraient donner lieu à un référendum, basé sur un écologisme punitif, afin de donner une nouvelle légitimité à Macron pour la fin du quinquennat et pour préparer sa réélection.  De  l’autre, il enfourche le cheval de  la « résistance » et, en cette année éminemment « gaullienne », il n’hésite  pas à se référer à chaque commémoration,  à l’esprit  du Grand Homme. Et il fait feu de tout bois : le chef de l’État se rendra dimanche à Montcornet, dans l’Aisne, pour commémorer une bataille méconnue de l’histoire de France mais lourde de sens symbolique. Il s’agit de la contre-offensive du 17 mai 1940, menée par un certain Charles de Gaulle, qui envoya 85 blindés à l’assaut des positions allemandes. C’est ce jour-là, racontera plus tard le futur Général dans ses Mémoires, qu’il se serait juré de mener la guerre jusqu’au bout. De miser sur la grandeur de la France et l'esprit de résistance pour l’emporter. Pour sûr, Emmanuel Macron ne manquera pas de donner à cet hommage un écho contemporain. La  récupération est énorme,  comme avec Jeanne d’Arc. Le nouveau « en même temps » sera celui de la « reconquête nationale ». Un chemin de crête. Il a d’ailleurs réuni ses conseillers cette semaine pour leur soumettre son projet: renouer avec « l’esprit de conquête » afin de mieux contrer ce qu’il appelle « l’esprit de défaite ». Macron tente de reconstituer une force électorale centrale. Ce plan ne vise aucune nouvelle alliance, mais juste la survie d’un bloc majoritaire LREM-MoDem. Les supplétifs centristes d’Agir seraient largués sans conséquence. Mais en voulant absolument garder son totem  politique, Macron se trompe.

Le mirage de la « pensée inclusive ».

Le « en même temps » de notre président ne peut pas se comprendre si on n’a pas la grille de lecture pour l’appréhender. Il relève de la philosophie postmoderne, inspirée par des écrivains comme Lyotard ou Derrida. C’est une philosophie de l’inclusion, nous explique Chantal Delsol. Tout est vrai à la fois (dans la pensée postmoderne, le vrai est un moment du faux, la notion de vérité n’a pas de sens) tout est bien, tout doit être voulu à la fois. La pensée inclusive représente un courant de pensée très actif au sein de l’Occident contemporain. Les hiérarchies morales étant bannies parce que discriminantes, tous les comportements ou façons de voir sont également bons. Cette indistinction éthique engendre ce qu’on appelle ici l’inclusion : rien n’est exclu, tout est inclus. La pensée du « en même temps » ne rejette ni ne repousse rien. Dans cette vision des choses, rien n’est incompatible : tout doit être inclus. Il n’existe plus de divergences, seulement des différences qui sont toutes bienvenues, puisque toutes ont la même valeur. Comment expliquer alors l’hostilité contre les gouvernements illibéraux, le populisme identifié à une lèpre? C’est simple : tout est inclus, sauf ceux qui croient encore à l’exclusion, par exemple ceux qui pensent que tous les immigrés ne sont pas bienvenus sur notre sol, ou bien ceux qui pensent que toutes les formes de famille ne sont pas dignes du nom de « famille ». Ces derniers constituent le camp du mal, contre lequel lutte vaillamment le camp de l’inclusion, camp du bien. De sorte que le seul adversaire sérieux reste le Rassemblement national, considéré comme parti de l’exclusion. La philosophie de l’inclusion qui se trouve derrière le fameux « en même temps » traduit à la fois une forme de relativisme moral et une neutralisation volontaire des convictions, bien caractéristique de l’époque. C’est en fait un état d’esprit flottant et dilatoire, qui relève du papillonnage immature et du refus des convictions profondes. La politique inclusive est une manifestation postmoderne de l’esprit utopique. On reconnait là toute la gouvernance présidentielle depuis trois ans. Une crise comme celle que nous traversons impose les alternatives. Nous n’avons pas besoin d’infantilisme politique. 

La droite modérée véritable alternative.

Très critiques à l’égard des trois premières années du quinquennat, Les Républicains estiment être de plus en plus en capacité d’incarner une alternance, surtout après un quinquennat aussi  « épouvantable » que celui d’Emmanuel Macron. Il faut dénoncer les éléments de langage des macroniens qui parlent sans cesse de l'oeuvre colossale de réforme depuis trois ans et qui ont mis la France en situation de force. Le résultat est assez simple, résume le président des Républicains : on a fait exploser les dépenses publiques, la dette a considérablement augmenté et aucune réforme de structure n’a été possible. C’est d’ailleurs cela qui met la France aujourd’hui dans une situation beaucoup plus compliquée que nos voisins. La crise actuelle met en lumière un État « technocratique », une « déconnexion » du pouvoir face aux réalités et une « crise morale ». C’est aussi l’échec de la méthode jupitérienne consistant à gouverner tout seul, d’en haut, avec un gouvernement fragilisé et des députés incapables d’assurer un équilibre des pouvoirs. Le bilan des réformes est maigre : hors la SNCF et la « barémisation » des indemnités prud’homales dans la loi Travail, Macron n’est pas allé très loin, et il est obligé aujourd’hui de « tourner le dos » à la première partie de son quinquennat. Le recul du PIB au 1er trimestre n'est en rien lié à la crise, puisque le confinement a commencé le 17 mars. L'échec est cuisant. La droite aurait-elle fait mieux ? Oui, assurément si on se réfère au quinquennat de Sarkozy et les multiples réformes qui avaient été menées à bien. Aussi, le  parti se prépare-t-il en vue de 2022. Entre avril et juin, il aura organisé près de 66 forums thématiques, pour la plupart en visioconférence.  La crise  aura eu au moins un intérêt :  celui de révéler aux Français qu’il existe au Palais Bourbon et au Sénat deux groupes parlementaires sérieux, actifs et soudés,  capables de faire  un travail de fond sur tous les dossiers. Ce sont les élus, députés et sénateurs Les Républicains. Et dans le pays, des élus mobilisés au service de leurs concitoyens, efficaces, imaginatifs, porteurs de  solutions concrètes : nos élus régionaux, départementaux et nos maires ont fait parler d’eux. Les fondamentaux de la droite restent un socle solide : ordre, autorité, liberté d’entreprise… Les municipales ont par ailleurs montré que l'électorat est toujours disponible.

La gauche aussi !

Les autres partis de gauche rêvent tous d’une « Union de la gauche » version 2022, chacun à leur manière. Ils savent que pour battre Macron, ils doivent présenter un seul candidat et se partager les circonscriptions pour les législatives. EELV, Génération.s, LFI, NPA, PS, PCF, etc. n’ont pas la même vision de cette union, mais la perspective d’un accord des socialistes, des communistes et des écologistes ne peut être écartée, tant elle constitue une condition de survie ! Tribune, université de rentrée commune… Plusieurs initiatives en cours illustrent un certain renouveau malgré les dissensions. La longue tribune intitulée «Au cœur de la crise, construisons l’avenir», a rassemblé beaucoup de socialistes parmi les signataires, dont le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, ou l’ex-ministre Najat Vallaud-Belkacem, mais aussi des écologistes, dont le député européen Yannick Jadot, ou le maire de Grenoble, Éric Piolle. Des communistes aussi, dont l’ex-secrétaire national Pierre Laurent, et beaucoup d’associatifs dont ceux Attac. Pas d’Insoumis en revanche.

On le voit les grandes manœuvres sont engagées partout.

La quête du « Graal » est relancée. Et le  « vieux monde » veut y participer.

 

 

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