Radioscopie d’une expérience (1)
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QU’AVONS-NOUS FAIT DE LA VICTOIRE SUR LE COMMUNISME ?

Mur de berlin 9 nov 89

 

9 novembre 1989.

Le « Mur de Berlin » tombe. Les Berlinois de l’Est se précipitent à l’Ouest, les larmes aux yeux dans la liesse générale. Nous regardions ces images à la télé et n’en croyions pas nos yeux. Quelques années plus tôt, je m’étais rendu avec une classe du collège Jean Vilar, au cours d’un voyage d’échange scolaire, sur la frontière Oder-Neisse qui séparait la RFA de la RDA. A l’époque on l’appelait le « rideau de fer ». La frontière était fortifiée et infranchissable dans un sens comme dans l’autre : pont détruit, barbelés sur la rive en face, miradors où des ombres militaires étaient occupées à surveiller, panneaux « halt minen ! » agrémentés de têtes de mort très dissuasifs… Les élèves étaient silencieux. L’un rompit le silence : « Les habitants ne peuvent donc pas sortir de leur pays ? »  Ils touchaient  concrètement la réalité de la dictature communiste. Les habitants de l’Allemagne de l’Est étaient coupés du reste du monde, comme tous ceux qui vivaient dans les « démocraties populaires » sous la tutelle soviétique.

La fin d’un monde.

19 ans après la mort du Général De Gaulle, jour pour jour, le monde décidé à Yalta en 1945, cette conférence dont il avait été exclu et qui avait conduit au partage de l’Europe entre la partie sous influence occidentale et celle sous influence russe, voyait  s’effondrer l’un des symboles de cette coupure. Tout le monde fut surpris de la rapidité avec laquelle cet événement se produisit. On sait que les régimes communistes allaient de plus en plus mal, depuis quelques temps, de l’autre côté du « rideau de fer », en proie à une crise sociale, économique et à une soif de liberté de plus en plus affirmée exprimée par des peuples « enchaînés ». Car les dictatures mises en place après 1945, sous la férule de l’URSS, régnaient par la terreur. En témoignent le « goulag » de Soljénitsine, les milliers de morts et de torturés chimiques des asiles psychiatriques soviétiques. Dès les années 50, des peuples commencèrent à se révolter : 1956, Budapest, 1968, Prague … et chaque fois les chars du « Pacte de Varsovie » rétablissent le joug communiste, sans que les occidentaux ne bougent d’un iota. On est en pleine guerre froide et l’on craint la 3ème guerre mondiale atomique. Violence et mensonge d’Etat, espionnage de tous par tous, égalité mais dans la misère : il suffit de voir à Prague le « musée de la terreur » pour se faire une idée des méthodes employées par ces gouvernements de « démocraties dites populaires ». Tous ces jeunes qui s’apprêtent à voter Mélenchon, devraient relire l’Histoire !

Effondrement par l’intérieur.

Bien sûr, tous les peuples n’ont pas opposé la même résistance aux régimes mis en place par le Kremlin, souvent par des coups de force. La Pologne, rurale et catholique fut un foyer de résistance pour de nombreuses raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir. Avec le temps les adhérents sincères au système communiste s’amenuisent au fur et à mesure que les informations percent sur les réalités de son fonctionnement. C’est l’époque où en France Georges Marchais commence à parler de « bilan globalement positif » pour contrer les témoignages des dissidents soviétiques. L’action du pape Jean-Paul II, évêque de Cracovie a pu conforter l’action de Solidarnosc, mettant à mal l’idéologie communiste. Mais l’effondrement est surtout venu de l’intérieur : pour faire simple, c’est à partir de la succession de Brejnev et de l’avènement de Gorbatchev et de sa « perestroïka » que les fragilités que Hélène Carrère d’Encausse avaient identifiées en présentant l’URSS comme un colosse aux pieds d’argile, se sont amplifiées jusqu’à l’effondrement final en 1991. Le « Mur de Berlin » n’étant qu’un épisode hautement symbolique ayant accéléré la déliquescence d’un système à bout de souffle.

La victoire du « monde libre ».

La chute du mur de Berlin consacre la victoire du monde libre sur le totalitarisme rouge.  Du jour au lendemain la réalité que l’on pressentait apparaît au grand jour : d’un côté l’opulence, de l’autre, la pauvreté, d’un côté des entreprises prospères et florissantes, de l’autre des établissements obsolètes. La victoire intervient par KO.  Plus qu’une victoire d’un système économique sur l’autre, le capitalisme contre le communisme, c’est celle de la liberté sur l’oppression. On a cru alors à la « fin de l’histoire ».  On a cru que le modèle libéral qui venait de l’emporter sur les économies étatisées, allait s’imposer dès lors partout et de lui-même. Bref, on a cru à l’avènement d’une nouvelle ère : celle de la mondialisation heureuse. La seule bonne chose qui en est résulté, c’est la « réunification de l’Allemagne ». Non la RFA n’a pas annexé la RDA. Il faut être révisionniste endoctriné comme Mélenchon pour faire croire à une pareille fable. Mais les difficultés que cette unité retrouvée après trente ans de séparation étaient énormes à surmonter : elles ont coûté des milliards d’euros aux allemands de l’ouest. Et l’on voit bien aujourd’hui, et c’est vrai pour tous les pays de l’Europe de l’Est, que le traumatisme du joug communiste est encore présent et a profondément modifié les mentalités. Nous ne pouvions pas faire autrement que de leur ouvrir généreusement les portes de l’UE, après les avoir si souvent abandonnés à leur triste sort. Il nous appartient de leur faire comprendre que Bruxelles n’est pas Moscou et que nous sommes prêts à poursuivre le processus d’intégration, de réconciliation entre ces deux Europe artificiellement séparées pendant trois décennies. Qui va à Prague voit bien qu'on est en présence d'un berceau de l'Europe.  Profitons-en aussi pour mettre en garde contre les tentatives pour mettre à bas nos démocraties libérales. Elles ne sont pas parfaites mais  face aux autres modèles, elles restent les « moins pires » comme dirait l’autre. Les tentations totalitaires perdurent : comme on sait les régimes communistes n’ont pas disparu et s’y ajoutent les idéologies vertes ou noires.

Ecoutons Angela Merkel, cette allemande de l'Est devenue chancelière : "Les valeurs qui fondent l'Europe, la liberté, la démocratie, l'égalité, l'Etat de droit et la préservation des droits de l'homme ne vont pas de soi" et "doivent toujours être défendues", a-t-elle assuré dans la chapelle de la Réconciliation, un des lieux de mémoire de la division de Berlin qui dura de 1961 au 9 novembre 1989. Paroles de bon sens ! Restons mobilisés !

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