LA TARTE A LA CREME DU GRAND DEBAT
25 février 2019
Je ne vais pas tomber dans la théorie complotiste, mais enfin, à écouter tous ces commentaires ébaubis sur le « succès phénoménal » du grand débat qui dégoulinent sur toutes les chaînes à jets continus, je me dis que toute la planète gaucho-bobo-participative s’est donné rendez-vous dans la gent journalistique. Avec émerveillement puéril devant les prouesses chronométriques macronniennes ! Malheureusement, un débat qui s’éternise trop longtemps n’est pas un signe de qualité des échanges. Le mouvement des gilets jaunes aura eu au moins une vertu : il nous interroge sur les fondations de notre vie commune. En effet, quelles sont donc les vraies causes, au-delà des commentaires convenus, qui ont conduit à l’émergence d’une telle contestation il y a maintenant quinze semaines. Laissons de côté les grilles de lectures traditionnelles, d’ailleurs commandées par les attitudes idéologiques des uns ou des autres. On peut affirmer sans trop se tromper que le mouvement trouve sa source dans deux malaises, l’un alimentant l’autre : le premier est fiscal, le second est démocratique.
Ras-le-bol fiscal.
Au moment où les manifestations s’essoufflent et changent de visage, et avec le grand débat qui pourrait faire écran, il me paraît important de redire que le point de départ à bien été une jacquerie fiscale provoquée par le ras-le-bol d’une imposition confiscatoire. Ce n’est pas par hasard si l’idée que tout le monde doit payer l’impôt sur le revenu remonte à la surface. Mais là encore, on s’aperçoit que ceux qui nous gouvernent ne veulent pas comprendre. Ils ne cessent de lancer des ballons d’essais pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve notre pays. Vous remarquerez que tous proposent d’une manière ou d’une autre, une augmentation des impôts plus ou moins déguisée. Or, rien ne sortira de bien de cette crise si on ne prend pas comme premier principe impératif : faire baisser la dépense publique ! Là est la leçon à tirer.
Hanounacratie de Mme Michu, oligarchie des énarques ou démocratie représentative ?
Le grand débat a aussi eu des moments forts singuliers comme celui de voir une ministre rendre visite au plateau de M. Hanouna. Comme on dit, là, on ne risque pas d’élever le débat. Mais, l’essentiel n’est-il pas de comuniquer ! Il faut dire que la ministre en question n’est pas non plus ce que le gouvernement compte de mieux en puissance intellectuelle. Je ne crois pas que notre pays est prêt pour la démocratie de Mme Michu, version Hanouna ou autre. Dans les revendications d’ordre démocratique qui ont émergé, le RIC, référendum d’initiative citoyenne, est le marqueur principal. C’est peut-être la conséquence d’un pouvoir perçu comme illégitime. En effet, nous avons aujourd’hui le président le plus mal élu de la Vème République et une majorité parlementaire obtenue avec moins de 50% de participation avec une abstention record. Ce déficit de représentativité n’est pas nouveau mais a atteint son apogée sous la Macronie. Il a été aggravé par le choix du nouveau pouvoir de gouverner verticalement façon « Jupiter » en s’appuyant sur l’énarchie de la haute fonction publique et en méprisant tous les corps intermédiaires, habituels tampons amortisseurs de nos rouages institutionnels. De fait la Macronie a débouché sur le pouvoir d’une oligarchie à peine dissimulée, continuant, avec la même doctrine, les politiques engagées sous le mandat précédent, et avec les mêmes résultats : déficits publics, dettes, chômage. Il n’y a qu’un retour à une démocratie représentative retrouvée, et la confiance qui va avec, que nous pourrons nous en sortir. De fait, la France est à la croisée des chemins.
La présidence abandonnée.
Mais au lieu de chercher à résoudre la crise, nous avons un exécutif sans boussole. Matignon se bat avec les problèmes du quotidien au fil de l’eau, ayant à gérer, semaine après semaine, des manifestations violentes qui épuisent nos forces de l’ordre. Le Président, lui, passe son temps à parler, en bavard impénitent qu’il est, tant sa soif de reconnaissance est inextinguible. Il bat des records de présence dans les débats, il a atteint le suprême du ridicule en restant 14H30 au salon de l’Agriculture. Il va falloir inscrire l’exploit dans le Guiness ! Avec quel objectif concret atteint, je vous le demande ? J’ai le sentiment d’assister au triste spectacle de la détresse d’un homme seul, contraint de tout faire lui-même, jusqu’à pousser le ridicule d’aller à la rencontre de la France rurale dans le cadre étroit d’un salon parisien. Dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre, avoir recours au fan club pour jouer l’illusion de la popularité,… Décidément, le vieux monde n’est pas mort. Comme Stoléru en son temps, il paiera bientôt des figurants pour faire peuple. Après la démagogie de Mme Michu, on a le président bla-bla. Qui gouverne pendant ce temps-là ? Ah oui, les technocrates veillent.
Ce simulacre de débat est un dévoiement de nos institutions. Il permettra, à n’en pas douter de nous imposer des décisions savamment choisies, dans une transparence relative. Or, je ne crois pas à la démocratie « paper-board » même si l’exercice dans un cadre défini, celui d’un parti par exemple, peut avoir un intérêt. L’échange sur un projet de société, qui doit avoir lieu avec les Français, a un nom : il s’appelle élection. Ce sont les élections qui permettent d’encadrer et de trancher le débat. Les élections européennes pourraient être un bon test. Encore faut-il que les règles de temps de parole soient suffisamment respectées. Sinon, la confiance ne sera pas au rendez-vous.
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