REMANI(MINI)EMENT
QUELQUES QUESTIONS SUR LA PMA

BLANQUER EST-IL SI BON ?

Blanquer

Le chouchou à droite

Le Ministre de l’Education contribue à faire pencher la balance à droite dans l’esprit de nombreux concitoyens quand il s’agit de qualifier l’action du gouvernement. Et si on conteste en sortant quelques arguments comme ceux touchant aux attaques contre la famille, il est souvent rétorqué : « Oui, mais il y a Blanquer !». J’ai donc voulu en avoir le cœur net. D’autant plus que certains m’avaient dit que si Fillon avait été élu, c’est celui qu’il aurait choisi. Qu’en est-il ?  Justement il nous sort une loi, comme tout Ministre de l’Education qui se respecte. J’ai donc des éléments pour en juger : ce qu’il a fait depuis 18 mois et maintenant un projet de loi.

Le bilan, un peu plus d’un an après

Il faut dire qu’il a hérité de ce « grand corps malade » qu’est l’école. Et que le passage de Vallaud Belkacem n’a rien arrangé. Au bout d’un an et demi, le Ministre a fait le tri parmi les projets absurdes de sa « prédécesseure ». A son actif : il a viré le directeur des programmes, Michel Lussault le « pédagogiste enragé » pour le remplacer par le professeur Dehaene, adepte des « neurosciences ». Il a aussi commencé l’action de dédoublement des cours préparatoires pour améliorer l’apprentissage de la lecture là où c’est nécessaire. Un effort qui se poursuit. Le Ministre mène une réflexion intelligente –mais limitée- sur la revalorisation nécessaire de la condition enseignante. Dont acte. Le travail sur la réforme des programmes rétablit un peu de rigueur, et on sait que les débats restent vifs avec les « pédagogistes ». Mais comme souvent depuis le début du siècle, on n’en est pour l’instant à des réformettes.  Car « en même temps » la situation se dégrade rapidement. La laïcité est chaque jour un peu plus contestée : 30 conflits par jour répertoriés, mais combien ne sont pas relevés ? Et les motifs sont de plus en plus inquiétants causés par le communautarisme musulman : on n’en finirait pas de citer les cas d’élèves voulant imposer leur obscurantisme. Le Ministère campe toujours sur une forme de déni en minimisant. Sans parler des enseignants acquis au « multiculturalisme » prôné par le Président lui-même. Il faut aussi compter avec la violence sous toutes ses formes, comme si le recul du savoir s’accompagnait d’un retour à la loi du plus fort : harcèlement, jeux stupides, intrusions… Tout cela rend la vie infernale aux enseignants et beaucoup craquent. L’absentéisme est aussi une maladie du système éducatif, déjà plus de 26 000 heures de cours n’ont pas été assurées depuis la rentrée et les remplacements demeurent un casse-tête. La situation est en effet rendue compliquée par le fait que les enseignants sont beaucoup plus absents que les autres fonctionnaires.

La loi pour « une école de la confiance »

Autant dire qu’il y a du grain à moudre et qu’on est en droit d’attendre beaucoup d’une loi qui se fixe comme objectif de rétablir « la confiance ». On en a bien besoin, depuis qu’on voit la France reculer dans tous les classements internationaux.  Elle va donc être soumise pour avis au Conseil supérieur de l’éducation, ce machin entièrement entre les mains des syndicats. Que contient-elle ? D’abord, elle instaure l’instruction obligatoire dès 3 ans. C’est la première raison d’être de la loi. A la fois un coup d’épée dans l’eau puisque près de 90% des enfants sont déjà scolarisés à cet âge-là et un principe un peu contestable , certains y voient la volonté de retirer les enfants de l’influence des parents le plus tôt possible… La loi va permettre des expérimentations  avec de larges contours pour déroger au code de l’Education : les domaines sont variés, organisation pédagogique, coopération avec des partenaires du système éducatif, annualisation du temps de travail,  tout cela avec beaucoup de précautions. La loi crée un nouveau « conseil d’évaluation de l’école » placé sous l’autorité du Ministre, une bonne idée si cette structure ne tourne pas à un machin technocratique de plus. Pour la formation des enseignants, on met fin aux ESPE, qui ont succédé aux IUFM, mais là encore, on change le sigle, Ecole devient Institut, on change le mode de nomination du directeur, mais on reste dans le cadre universitaire, une erreur qui continue, et la loi ne dit rien sur le recrutement et les contenus. Si c’est pour garder les « mêmes abrutis » (dénomination accordée il y a quelques années par un stagiaire) pour y sévir, on n’aura pas beaucoup avancé. La loi prévoit aussi que les enseignants pourront enseigner, ceci pour pallier au recrutement déficient, des ordonnances pour redécouper les territoires des Rectorats (technocratie quand tu nous tiens) et la possibilité de créer des établissements internationaux financés par des entreprises. Une fois cette liste terminée, on est frappé du caractère assez superficiel. C’est que le Ministre ne peut espérer un vote favorable du Conseil supérieur de l’Education que s’il passe sous les fourches syndicales.

On est loin du compte

Il y aurait pourtant pléthore de réformes essentielles. Une vraie annualisation du temps de travail des enseignants pour adapter leur présence dans les établissements aux exigences de notre époque, accompagnée d’une augmentation de ce temps de travail. Le renforcement des compétences des chefs d’établissements, l’autonomie des établissements, la régionalisation de l’administration et de la gestion des corps enseignants pour déconcentrer le « mammouth »… Le système est devenu ingouvernable. Il faudrait mettre fin au paritarisme qui parasite la gestion des carrières, à travers les barèmes qui permettent les affectations et qui empêchent de mettre en place la reconnaissance du mérite. Mais tout cela doit être soumis à la consultation préalable des comités techniques académiques qui « ont compétence sur les questions relatives à l’organisation et au fonctionnement des établissements et des services » et ensuite soumis à l’avis des « commissions administratives paritaires académiques et départementales » concernées. Autrement dit : mission impossible sans une volonté politique à toute épreuve. Car tous les moyens de blocages seront utilisés. Les syndicats, nous rapporte l’IFRAP, bénéficient pour leur service de 1990 temps pleins de décharges syndicales, soit 1,4 million d’heures par an, pour un coût de 82 millions d’euros de rémunérations versées. Une force de frappe ou de frein redoutable !

Du « cosmétique »

On est donc loin du compte. On comprend que le Ministre se contente de faire du « cosmétique », certes souvent de bon aloi, mais on est loin des réformes en profondeur qu’il faudrait mener pour remettre sur les rails le système éducatif. Car les défis sont nombreux. En attendant, rien ou peu de chose est fait pour accueillir les enfants « hors normes », précoces, autistes, et tous les dys… pour qui venir à l’école reste le plus souvent un parcours du combattant quand ce n’est pas tout simplement impossible. En attendant l’obscurantisme progresse et les enseignants sont souvent très démunis pour y faire face. Par contre le gouvernement a durci la possibilité de créer de nouvelles écoles hors contrat, et freine la croissance  du privé sous contrat vers lequel fuient de nombreuses familles quand elles peuvent y trouver une place.

Blanquer : peut mieux faire !

 

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