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L’EURO : CHANCE OU HANDICAP ?

 

Euro

A l'approche des élections européennes, le débat resurgit en France sur l’euro « fort ». Beaucoup d’industriels se plaignent d'être pénalisés à l'exportation. Faut-il faire baisser l'euro ? La BCE, pour une fois, semble vouloir aller dans ce sens. Mais le problème est de savoir si cela résoudrait le défi de la balance commerciale française.

Voilà maintenant près de 15 ans que la monnaie unique a été mise en place. Il circule beaucoup de bêtises à son endroit, et il n’est pas toujours facile de démêler le vrai du faux. Pour certains, elle serait la source de tous nos maux, pour d’autres, la bénédiction viendrait de l’indépendance de la BCE vis-à-vis des gouvernements. Le tropisme le plus courant, c’est la focalisation sur les exportations qu’elle rendrait plus compliquées, en tout cas pour nous, cela dit sans prendre le temps de s’interroger de son impact sur les importations. Nous vivons dans un monde compliqué, et les arguments les plus percutants sont presque toujours les plus simplistes, ils sont malheureusement, la plupart du temps, bâti sur une hérésie quand ils ne sont pas un vrai mensonge.

L’euro est-il déterminant pour la croissance ?

Entre le 1er janvier 1999 et le 31 décembre 2013, le PIB de la France a progressé de 22%.  Si on se compare à l’Angleterre, elle a fait beaucoup mieux avec 29% sur la période, mais le Danemark n’a réalisé que 13%. Intrazone, l’Espagne a fait 31%, l’Irlande 60% et l’Allemagne seulement 20%. Autrement dit, ni le fait d’être en dehors de la zone euro, ni l’appartenance n’ont garanti une performance économique. La monnaie n’est donc pas le seul déterminant ! Le fait de dévaluer la monnaie commune de 20%, ce qui correspond à notre perte de compétitivité sur la période, redonnerait de l’oxygène à notre économie. Mais c’est une illusion monétaire, car le but de la dévaluation c’est de pouvoir dépenser davantage et éviter de procéder aux réformes douloureuses. L’expérience menée par Shinzo Abe au Japon devrait nous rendre prudent. L’euro n’est pas responsable de notre déclin pas plus qu’il ne peut faire revenir la prospérité comme par magie. La France aurait dû se rénover profondément pour profiter de l’union monétaire, il ne suffisait pas de changer les billets de banque.

L’euro a-t-il provoqué une hausse des prix ?

Contrairement à l’idée couramment admise que le passage à l’Euro a fait monter les prix, notamment par le jeu des arrondis au moment de l’abandon du Franc, quinze ans après on constate des évolutions contrastées d’un produit à l’autre. Si on prend comme référence le prix d’une baguette de pain, qui était en 2000 de 4,50 F, peut-on dire que son prix d’aujourd’hui de l’ordre de 0,80 € à 1€ (soit entre 5,25 F et 6,50 F) a exagérément augmenté si on prend en compte le prix de l’énergie, de la farine, des charges diverses… sans oublier l’inflation. Si on se réfère à l’évolution des prix de l’électro-ménager, on oscillera entre stabilité et baisse. On trouvera bien des produits qui ont fortement augmenté, c’est certains, mais il est bien difficile de dire ce qui se serait passé si on avait gardé le Franc. Une certitude : ce n’est pas l’euro qui a fait baisser le pouvoir d’achat des Français.

Pourquoi sa valeur est-elle aussi élevée ?

Si l'euro affiche aujourd'hui une santé éclatante vis-à-vis des principales devises, il le doit en partie au fait que la zone euro dans son ensemble affiche… un excédent de sa balance courante. Selon les derniers chiffres d'Eurostat, elle était excédentaire de 67,4 milliards d'euros au dernier trimestre 2013, contre 42,3 milliards d'euros au dernier trimestre 2012. Si l'on isole la seule balance commerciale des biens, là encore, la zone euro affiche un confortable excédent de 44,7 milliards d'euros contre 28,2 milliards. Le Fonds Monétaire International, lui, avance dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales, un excédent courant de 295 milliards de dollars pour 2013 pour la zone euro, à comparer au déficit de 473,5 milliards de dollars des Etats-Unis. Ce constat fait, il n'est guère surprenant d'assister à la revalorisation de l'euro contre le dollar.

Certains ne manquent pas de rétorquer que les excédents de la zone euro proviennent essentiellement de deux pays : l'Allemagne et les Pays-Bas dont les performances commerciales dépassent de loin celles de leurs partenaires. C'est incontestable. L'Allemagne n'a cessé d'accroître ses excédents commerciaux qui ont culminé à près de 200 milliards d'euros l'an dernier.

Dans le même temps, la France affichait un déficit de près de 76 milliards d'euros. La comparaison des performances commerciales de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne et de la France dans le détail est encore plus riche d'enseignements. A l'exception de la France, ces trois pays n'ont pas cessé d'améliorer leur balance commerciale globale. La performance de l'Espagne est encore plus spectaculaire puisque les chiffres s'établissent à 10 milliards d'euros en février dernier. Parallèlement, l'Italie, elle, a doublé ses ventes. La série statistique d'Eurostat dément donc le discours voulant que la hausse de la monnaie unique handicape les exportateurs. Une tendance qui explique pourquoi la France est quelque peu isolée sur le dossier d'autant plus que la dégradation du commerce français est à rechercher ailleurs.

Dévaluer, pour quoi faire ?

Les performances des quatre pays cités depuis le début de l'année 2008 en ce qui concerne leurs exportations dans les seuls pays de la zone euro sont édifiantes. L'Espagne et l'Italie ont significativement amélioré leur balance commerciale pour revenir près de l'équilibre. L'Allemagne, elle, continue d'afficher de confortables surplus. La France, elle, n'a pas cessé de voir sa position se dégrader. Les difficultés à l'exportation des entreprises françaises, sinon la dégradation, sont concentrées sur les seuls pays partageant la même monnaie. La hausse de l'euro, si elle peut avoir des effets contraires sur les marchés hors de l'Europe, n'explique pas le déficit de la balance commerciale française. Le Conseil d'analyse économique précise que « la baisse de l'euro ne peut être la réponse unique » au déficit de compétitivité de la France, «… une dépréciation nominale n'a qu'un effet de court-moyen terme sur la compétitivité alors que les réformes structurelles permettant une baisse des coûts ou une amélioration de la qualité des biens produits ont un effet permanent sur la compétitivité. »

Aux réticences européennes face aux souhaits de la France s'ajoute l'idée même que l'euro n'est pas surévalué. C'est ce que souligne Jérôme Héricourt, chargé de recherche au Cepii. « Le taux de change effectif réel de l'euro n'est pas à son plus haut historique constaté au milieu des années 1990. Et à cette époque, la France dégageait des excédents commerciaux », dit-il.

Une baisse de l'euro ne résoudrait donc pas les problèmes de la France. Voilà sans doute pourquoi le gouvernement s'est désormais engagé, avec le « pacte de responsabilité », sur la voie d'une baisse des charges pour les entreprises. Pour doper vraiment leur compétitivité globale.

L’euro était une chance, nous en avons fait un handicap.

Nous n’avons pas respecté le traité et les cadres fixés à la monnaie. Nous avons abusé de la protection que la monnaie unique offrait en ne permettant pas les attaques monétaires, pour vivre à crédit et emprunter à tout va, pris au piège d’une erreur de stratégie économique qui nous a fait privilégier le tertiaire et le rêve d’une économie dématérialisée. Le réveil est douloureux. Mais l’abandonner serait encore bien plus pénalisant et… coûteux.

Si notre pays est sérieux, il redeviendra une chance, comme pour l’Allemagne.

 

 

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