DOUBLE LANGAGE ET MENSONGES
LA LECON ITALIENNE

LE PORTRAIT DE LA SEMAINE

 

 

HGE
 HENRI GISCARD D’ESTAING

 

Un Giscard peut en cacher un autre.

Comme beaucoup de Français, j’avais été séduit par l’intelligence exceptionnelle de VGE et sa vision politique faite d’humanisme, de libéralisme social et de forte conviction européenne. Cette séduction fut à l’origine de mon engagement dans la politique, au sein de Génération Sociale et Libérale, le mouvement des jeunes giscardiens, avec Dominique Bussereau et Jean-Pierre Raffarin, puis du Parti Républicain au sein de l’UDF. C’est ainsi que j’avais eu l’occasion de rencontrer Henri.

A l’université d’été des Jeunes Giscardiens, à Montpellier, il animait un atelier sur la « société libérale avancée ». J’en étais ressorti étourdi de certitudes, tellement son exposé était limpide et convaincant, entrant en résonance profonde avec mes propres convictions. Nous nous sommes côtoyés ensuite au sein du bureau politique national où j’étais entré. Henri y excellait par ses analyses, il est vrai, alimenté par une proximité certaine avec le Président. Même intelligence, même mécanique intellectuelle chez cet étudiant sorti major de promo de Sciences Po Paris. Si on prête à son père une certaine distance, Henri frappe d’entrée par l’empathie qu’il suscite. Chaleureux dans les relations, simple et volontiers pochard, rien ne l’aurait distingué parmi nous si ce n’est son physique de « jeune premier » et son éternel sourire. Et aussi un phrasé de la diction reçu en héritage génétique.

Il est élu en 1979 Conseiller Général dans le Loir-et-Cher. Il est alors le plus jeune de France à occuper cette fonction.  Après ces débuts prometteurs en politique, il opte pour une carrière dans le privé, choix à mettre peut-être en relation avec la défaite de 1981 avec la victoire de Mitterrand. Armé de sa maîtrise en sciences économiques, il entame une carrière qui le mènera à occuper des postes de direction générale : société des eaux d’Evian,  Danone Waters France, … et entre en 1997 au Club Mediterranée.

Il préside aujourd’hui aux destinées du « Club Med » en tant que PDG depuis 2002. Quand il y entre comme directeur financier, le défi est de taille : le Club est en perdition, son cours de Bourse a été divisé par dix, et le tourisme mondial est en crise depuis la première guerre du Golfe. Mais, aux finances comme à la direction générale, il pratique une gestion rigoureuse et économe qui sera vite en désaccord avec son président, Philippe Bourguignon, qui dépense alors sans compter pour financer des diversifications hasardeuses. Il en prend la direction générale en toute logique.

Seul aux manettes, HGE s’est tout de suite senti à l’aise dans son costume de président. Cela ne lui donne pas pour autant la grosse tête, toujours aussi facile d’accès, on peut le croiser à la station Corentin-Cariou, où il prend régulièrement le métro vers 9 heures ou 22 heures. D’aucuns le décrivent comme étant d’humeur constante et animé de vraies valeurs humaines, comme un personnage dénué d’envie de paraître. Ce n’est pas non plus un tendre : Il est d’une exigence extrême avec ses collaborateurs et lors de ses voyages privés ou professionnels, il passe en revue dans les moindres détails les clubs de la région. Rien, en effet, ne peut l’écarter de sa feuille de route, qui prévoit une montée en gamme des prestations du Club Med à marche forcée jusqu’à la fin 2008.

Et les efforts sont payants. Il avait le choix entre deux options : « low-cost » ou luxe. Les structures du club ne permettaient pas la première. Ce sera donc la seconde. En quelques années, les villages "4 tridents" fleurissent à la place des « villages de cases ». La restructuration est complète et place aujourd’hui le Club Med en situation confortable, quand d’autres, comme Pierre et Vacances pleurent. Mieux, Henri continue sur sa lancée et est toujours à l’offensive. Alors que le Club Méditerranée a achevé sa transformation, les nouveaux villages se multiplient. Le Club, qui profite pleinement de ses complexes pour le ski, à la clientèle largement internationalisée, crée un nouveau village à Val-Thorens, avec l'appui des banques locales. De même, un autre voit le jour dans le Sud marocain, avec le concours de son partenaire égyptien Orascom. Il est aussi parti à la conquête de l’Asie et décline sa campagne de pub qui même poésie et onirisme, en fonction des cultures locales. Mieux, il prend le pari audacieux de multiplier les points de vente en passant un accord avec Nouvelles Frontières, reconfigure ses 60 boutiques dans lesquelles il réalise 60% de son chiffre d’affaires, et crée un concept de « corner » pour identifier sa marque dans les autres agences de tourisme. Comme quoi, la mondialisation, quand on veut bien faire avec, ça peut être un champ de développement et de création de richesse.

Henri Giscard d’Estaing s’est forgé une vraie légitimité auprès de ses 15 000 employés. Il a surtout réussi le tour de force de recapitaliser son entreprise après la sortie du Groupe Accor, son actionnaire principal. Même la Bourse, séduite par son plan stratégique, lui fait les yeux doux : le cours de l’action du Club Med se porte bien. Il a bluffé tout le monde. Sans faire de vagues, sereinement, « Henri » impose son style, sa méthode... et son prénom.

Je n'en suis pas surpris.

 

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