LES LECONS DES DEPARTEMENTALES (1)
LE PETIT COURS D’ORTHOGRAPHE

LES LECONS DES DEPARTEMENTALES (2)

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La quatrième leçon : la France des territoires sans âme.

Le vote protestataire et les abstentions témoignent d’un profond malaise. L’ancrage territorial du Front National  dans des départements comme la Sarthe ou la Nièvre où l’on ne pensait pas qu’il pourrait y trouver un terreau favorable doit nous inciter à nous interroger sur les motivations profondes des électeurs. Les percées parfois massives dans certaines communes interpellent : mais où est donc le malaise ? Ces votes traduisent  le plus souvent un ras-le-bol fourre-tout difficile à décrypter. N’y cherchons pas le goût pour la « haine » de l’autre ou « l’antifascisme », arguments du prêt-à-penser de la gauche bobo. Si le malaise identitaire peut expliquer le vote protestataire dans le Vaucluse ou dans le Nord, il ne peut être en cause dans le Saumurois où à La Flèche. Le sentiment d’abandon qui résulte de la contraction des services publics, le retrait de l’état avec une insécurité grandissante, la fermeture des commerces de proximité que les habitants déplorent tout en en étant bien souvent responsables…

Voilà de quoi alimenter la réflexion sur la politique d’aménagement du territoire, l’équilibre ville-campagnes à retrouver, les moyens de rompre le sentiment d’isolement qui s’est installé. Il y a une autre dimension que l’on a pu identifier au cours de la campagne : la désespérance des petits patrons, artisans et commerçants, des agriculteurs, confrontés pêle-mêle aux tracasseries administratives, aux impôts excessifs, aux réglementations inapplicables, aux frasques du RSI, aux exigences de Bruxelles… des gens qui renvoient tout le monde dos-à-dos, qui ont le sentiment qu’on ne les écoute pas et qui ne veulent plus rien entendre. Et puis il y a le détricotage social, celui qui fait le plus mal : avec l’absence de travail, les jeunes s’en vont et sont remplacés -quand ils le sont- par des rurbains préretraités ou retraités, et les associations sportives et culturelles s’étiolent puis meurent. C’est tout un réseau social de traditions et de voisinage qui a disparu peu à peu. Les possibilités de « solidarité » sont réduites, creusant repli sur soi et défiance dans des groupes trop atomisés pour s’agréger. A cette France rurale qui a le sentiment d’être marginalisée s’ajoute celle des zones pavillonnaires privées de centre, où l’on s’enferme chez soi devant sa télé ; et si l’on sort c’est pour faire les kilomètres qui permettent de rejoindre des centres commerciaux uniformes dans lesquels on se fond dans une foule anonyme. Une France sans âme.

La cinquième leçon : une réalité sociologique en attente d’une offre politique.

Le vote Front National est lié à deux facteurs que son discours attrape-tout sait très bien gérer : le rejet identitaire exprimé par des communautarismes provocateurs - on pense à la burka mais pas seulement- et le sentiment d’abandon vécu dans la France périphérique qui se sent délaissée et débouche sur la désocialisation. Sans vouloir reprendre les mots de la gauche, c’est la disparition du « lien social » qui entraîne le vote de rejet. Et comme le FN propose en guise de programme une photo de la France en noir et blanc, un peu jaunie, de la France heureuse d’hier,  on se tourne vers lui. Recoudre le tissu social est la première priorité : réinventer des lieux de socialisation adaptés à notre époque, en remplacement des commerces, bistrots, jeux de boules, amicales paroissiales etc… aujourd’hui disparus. Il faudra apporter l’internet haut-débit, montrer que l’innovation est une chance aussi pour nos campagnes, mais ce ne sera pas suffisant sans retombées concrètes sur le terrain. Comment remplacer les structures d’échanges que constituaient la petite association, la fête communale, la coopérative… ? Bref, tout ce qui donne du sens à la vie, rythme l’année, et procure le sentiment d’habiter un espace. C’est tout cela réuni qui redonne un sentiment d’appartenance, une identité. C’est encore le lieu où l’on vit qui détermine les champs du possible nous dit Christophe Guilluy. Ces Français n’ont pas trouvé de réponse dans la « métropolisation », les réseaux de ville ou les réseaux virtuels : la réalité économique sociale et culturelle de nos territoires exige autre chose de plus concret et recoudre ce qui s’est déchiré prendra du temps.

Il y faudra des politiques d’accompagnement de proximité, de soutien au tissu économique et social local, de développement de l’artisanat seul capable d’apporter l’emploi de proximité, de relance des réseaux associatifs. Il faudra prendre en compte non seulement la dimension humaine des publics concernés, mais aussi les conditions géographiques, les potentialités économiques et culturelles, avec à l’esprit l’efficience des moyens. Voilà du pain sur la planche pour les nouvelles équipes départementales !  Le parti qui sera capable de proposer un projet qui allie hyperproximité de terrain et capacité numérique pourrait bien rafler la mise. Les applications possibles de ce double défi sont nombreuses  aussi bien en matière de transports que dans le domaine de la santé ou du travail. Plus que jamais il faut allier tradition et modernité pour penser le territoire du 21ème siècle.

Sixième et dernière leçon : la mue de l’UMP.

Après deux ans de piétinement et de guerre des chefs, l’UMP a refait son unité. Elle renoue avec le succès après la déconvenue des Européennes. Elle le doit en grande partie à l’action déterminée de Nicolas Sarkozy. Il faut bien le créditer du travail remarquable qu’il a accompli, à la satisfaction de tous les militants. Il l’a fait avec son autorité naturelle et avec rapidité. Le cocktail « union au sommet avec le centre » associé à une campagne « sans complexe à la base » s’est montré redoutablement efficace. La participation des principaux « chefs », Alain Juppé, Bruno Lemaire notamment, à l’animation de la campagne, sans être totalement désintéressée, a permis de démultiplier l’effet d’apaisement. Le « ni-ni » pourtant décrié a parfaitement fonctionné et les conseillers départementaux tombés dans la gibecière du parti seront, sur le terrain, autant de relais pour les futures campagnes, à commencer pour celles des Régionales. À cette unité retrouvée de l’UMP et au rapprochement électoralement efficace avec le centre, il faut ajouter la volonté de donner au fonctionnement démocratique de la machine tout le champ requis. C’est un investissement dans l’avenir aussi bien pour Nicolas Sarkozy que pour les autres candidats. L’organisation de la primaire est aussi une garantie importante de participation au 2ème tour de l’élection présidentielle et le plus sûr moyen de garantir à la droite et au centre un arbitrage sans guerres fratricides comme celles qu’on a connues autrefois comme du temps de Giscard…

Mais l’enjeu de reconstruire une maison neuve doit être dépassé. La transformation du parti vise à partir sans attendre à la reconquête des électeurs passés au Front National ou qui campent sur l’Aventin. Il s’agit de travailler à une offre politique qui rassemble largement et qui aille au-delà de la simple victoire d’un camp sur l’autre. Le camp vainqueur ne devra pas se contenter d’un soutien étriqué du corps électoral pour espérer résoudre les difficultés de la France et la sortir de l’ornière où le socialisme l’a jetée.  La progression du FN s’explique moins par la stigmatisation qui lui fait de la publicité que par l’effet de son discours en prise directe avec les souffrances bien réelles des Français : chômage, immigration, insécurité, sentiment de dépossession culturelle, affaissement moral. Ils attendent à la fois de l’efficacité dans les solutions et un cap qui leur redonne confiance et espoir. Rendre inutile le parti frontiste est encore le meilleur moyen de l’affaiblir. Le brevet de « normalité » que vient de s’accorder Marine Le Pen en affrontant son père dans un scénario bien huilé montre qu’elle a bien perçu le danger de ce qui est en train de se construire entre la droite et le centre. Le signal fort envoyé aux électeurs de droite c’est qu’il n’y aura jamais d’accord avec elle, ni de près, ni de loin. Un bon moyen de renforcer le vote sur l’opposition « utile » : objectif zéro région au FN en décembre ! Le changement de nom de l’UMP n’est pas une simple manipulation de communication politicienne. En dehors des impératifs liés aux dysfonctionnements récents, il y a surtout une volonté de bâtir un lieu de rassemblement largement ouvert à ces millions d’hommes et de femmes inquiets de leur avenir et de leur identité, et quelle appellation peut concrétiser ce beau projet, dans laquelle chacun pourra se reconnaître, sinon celle de « Républicains » ! Cela ne suffira pas, évidemment, il y faudra le programme en accord avec leurs attentes.

 

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