MAIS A QUOI DONC SERT BECHU ?
28 janvier 2023
Le fringant maire d’Angers nous avait habitués à plus de brio.
Celui dont il était courant d’entendre dire qu’il a deux cerveaux, tant son acuité intellectuelle impressionnait, paraît aujourd’hui bien pâlichon dans ses fonctions de Ministre de la « Transition écologique ». Le moins qu’on puisse dire c’est que pour l’instant, ses déclarations ne cassent pas trois pattes à un canard et que ses rares propositions depuis l’été dernier se gardent bien de sortir des sentiers battus. Evidemment, on n’attendait pas de lui qu’il s’empare des thèmes des Verts avec la radicalité d’une Sandrine Rousseau, qui puent plus l’idéologie woko-marxiste que la défense de la planète, et qui n’entrent pas dans son logiciel de pensée. A sa décharge, il a hérité d’un Ministère amputé de la très stratégique « transition énergétique » confiée à Agnès Pannier Runacher, et c’est d’abord la Première ministre, directement chargée de la « planification écologique », qui fixe le cap, ce qui finalement lui laisse peu de marge de manœuvre et un espace où il reste peu de grain médiatique à moudre. Néanmoins, même si le ministre aime s’appuyer sur son bilan à Angers pour convaincre ses interlocuteurs qu’il n’est pas devenu sensible aux questions environnementales sur le tard, pour l’instant, on le sent en mal d’inspiration.
Béchu sans idées, c’est impossible.
Je ne vois que deux explications à sa relative discrétion depuis sa nomination. La première, c’est une absence de marge de manœuvre : coincé entre les positions dogmatiques des écolos et un axe gouvernemental qui s’en inspire, il fait le dos rond pour ne pas mettre en œuvre une politique qui lui est dictée et pour laquelle il ne partage peut-être pas les fondamentaux. En témoigne sa sortie sur la « génération climat » très radicale : « Elle est utile au débat public, car elle contrebalance ceux qui se fichent de l’écologie. Mais je dis aussi qu’une société est riche de toutes ses composantes. Je trouve indécent le “bashing” des anciens et des “boomers” ». Les boomers dont je suis l’en remercie car effectivement, la radicalité de ces commandos d’activistes les exaspère, et peut-être bien, lui aussi. La seconde explication tient dans le parcours de Christophe Béchu : c’est un « libéral » et un « pragmatique » et je ne serais pas étonné qu’il ait un penchant pour l’écologie « non punitive », dans le droit fil des politiques de « défense de l’environnement », comme on les définissait naguère, conception peu compatible avec les développements contemporains et les errements sur les causes du réchauffement climatique. Il doit avoir peu d’intérêt pour la « décroissance » et la création d’un « crime d’écocide ». Comme exprimer ses vraies convictions ne serait pas audible dans le cadre du gouvernement actuel, il doit préférer se taire et avancer prudemment.
Alors qu’est-il donc allé faire dans cette galère ?
Il voulait être ministre, ça on le sait depuis longtemps. S’il a accepté ce ministère, c’est probablement en désespoir de cause. Il aurait été plus utile ailleurs, à n’en pas douter, aux collectivités territoriales ou aux Transports, par exemple. Mais comme le temps passait et que l’avenir est incertain, surtout avec une France imprévisible, il a peut-être préféré « tenir ». Il se retrouve avec un Ministère réputé compliqué pour lequel les obscurantistes verts ne lui accorderont aucune légitimité. Il risque d’y ternir son image « d’homme efficace » qui a fait sa réputation à Angers où il a littéralement transformé la ville et rénové la voirie. Il pourrait se retrouver piégé par un portefeuille qui ne permet guère la nuance face à des postures radicales qui ne lui correspondent pas et veulent imposer un « tout ou rien », et quoi qu’il fasse accusé du « rien ». Dénoncé comme « illégitime » dès sa nomination, il aura beau faire, ça ne sera jamais assez. C’est l’échec assuré.
Il y aurait pourtant à faire.
Et d’abord, ouvrir lucidement le débat sur la part anthropique de l’Homme dans le réchauffement climatique, afin de repositionner une véritable écologie d’adaptation au climat en s’appuyant sur la recherche scientifique et l’innovation qui suppose la croissance pour les financer. Ensuite de tirer au clair les vraies causes du réchauffement, à rechercher dans la complexité des paramètres qui président aux changements, et dont les scientifiques ne maîtrisent pas toutes les données. Enfin, de vérifier la véracité des graves accusations de manipulation des opinions par des savants, les rapporteurs du Giec et les médias, énoncées par Steven Koonin dans son livre : « Climat, la part d’incertitude ». On comprend que si les émissions de CO2 ne sont pas la principale cause dans le processus de réchauffement, cela change beaucoup de choses dans les décisions politiques à prendre à court, moyen et long terme. La situation politique actuelle est trop fragile pour qu’il puisse se permettre une telle démarche qui serait aussitôt jugée « climatosceptique » et « insupportable » par le tribunal médiatique.
Il rêverait de revenir aux commandes de sa bonne ville d’Angers que je n’en serais pas surpris. Encore faudra-t-il que son image ne soit pas trop ternie et que l’intérimaire de service n’ait pas fait trop de bêtises. On se doute qu’il surveille ce qu’il fait comme le lait sur le feu. J'en connais un au moins qui ne serait pas mécontent qu'il se plante en pensant à 2027...
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