LE BILLET DU DIMANCHE SOIR
Extrait du Courrier de l'Ouest du samedi 11 Février 2012

TOUS COMPTES FAITS…

 

Dette française 2011
(source insee)

Ce n’est ni une annonce, ni une promesse, ni un discours, mais un fait inscrit dans les chiffres : le déficit budgétaire constaté de l’année 2011 sera finalement inférieur aux derniers objectifs du gouvernement pourtant déjà volontaristes. Ces résultats nous positionnent légèrement à hauteur de 5,4 %, en deçà des 5,7 qu’il affichait jusqu’ici, et dont la réalisation était mise en doute par ses détracteurs. C’est une amélioration de 4,6 milliards par rapport à la dernière loi de Finances rectificative et, fait sans précédent, les dépenses de l’Etat ont été réduites de 260 millions. C’est une réelle bonne nouvelle. Fort de ces premiers résultats, le gouvernement confirme qu’il rejoindra les 4,5 % en 2012, les 3 % en 2014, jusqu’à l’équilibre en 2016.

Pour en revenir au problème de la dette, on n’a pas à se réjouir excessivement de déficits de l’ordre de 5 % comme si c’étaient des victoires, alors qu’ils ne traduisent que de moindres revers. Nous étions passés en dessous des 3 % en 2006 et 2007, mais la crise financière nous ayant propulsés à 7,1 % en 2010, on peut légitimement être soulagés d’en être revenus. Il faut aussi garder à l’esprit la grande fragilité de ces résultats.

Le rapport de la cour des comptes tombe à point nommé pour mettre les pendules à l’heure, aussi bien celle du gouvernement que celles des candidats. Au moins ne pourra-t-on pas le suspecter de favoritisme à l’égard de l’hôte actuel de l’Elysée. Les progrès accomplis depuis 2010 pour résorber le déficit sans l’aide de la croissance – le déficit structurel – sont jugés en substance encourageants mais insuffisants ; nous serions à peine au milieu du gué. Pourtant l’évolution de la dépense publique a été divisée par deux entre les périodes 2007-2009 et 2010-2012, mais ce coup de frein spectaculaire semble encore trop incertain à la haute juridiction qui fait la fine bouche. Son rapport ignore en effet, que le déficit 2011 n’est déjà plus de 5,7 % du PIB mais finira autour de 5,4 %, soit 4 milliards d’euros d’écart, ce qui n’est pas une bagatelle. Il néglige aussi le fait que la plupart des mesures de redressement jusqu’à 2016 ont été bel et bien votées. La Cour aurait gagné en crédit si elle avait publié des données actualisées.

Si le rapport est sévère pour le président sortant, il n’en est pas moins cruel pour son remplaçant présomptif. Didier Migaud jette à juste titre des pierres dans le jardin des candidats à la présidence, et la plus grosse atterrit dans celui de François Hollande. La Cour contredit, sans le viser, trois points emblématiques de son projet. La règle de non-remplacement de la moitié des fonctionnaires, non seulement n’est pas remise en cause mais elle souhaite qu'elle soit plus étayée. La « règle d’or », ensuite : le rapport demande la mise en œuvre de cette nouvelle obligation européenne consistant à limiter le déficit structurel à 0,5 % du PIB sur un cycle économique. La baisse du coût du travail, enfin : la Cour juge « difficile » d’alourdir, par une hausse des prélèvements, « les coûts de production des entreprises sans dégrader la compétitivité ». Le projet socialiste reste loin du compte de la Cour.

Alors naturellement on est tenté de poser des questions à ces candidats.

Première question : comment obtenir 50 milliards d’euros sur la dépense publique alors que les budgets consacrés à la retraite et à la santé devront continuer à progresser ? C’est donc qu’il faudra tailler dans les interventions de l’Etat : Où ? Il faut dire maintenant quelles politiques publiques seront remises en cause et renvoyer ce choix majeur à un futur chef de gouvernement n’est pas sérieux.

Deuxième question : comment trouver 50 milliards d’euros de recettes fiscales ? Compte tenu de la difficulté de la tâche, il ne suffit plus de dire que « certaines » niches seront supprimées, il faut dire lesquelles. La fin de l’exonération des heures supplémentaires est loin du compte.

Troisième question : comment « réarmer la production française » sans mesure ambitieuse de baisse du coût du travail ? Produire en France implique pour commencer de produire moins cher ! Je ne trouve nulle part de vraie réponse.

« Tous comptes faits », autant faire confiance au « sortant », la continuité valant mieux que l’aventure.

 

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