NOCES D’OR
ARCHIBALD SE MARRE

MOLIERE AU GRAND AIR.

Alceste

Un tour de force ! Mettre face-à-face Lambert Wilson et Fabrice Luchini dans un huis-clos improbable au décor tantôt lumineux de l’ile de Ré, tantôt  misérable d’une demeure à l’état d’abandon, avec pour fonds de commerce des dialogues écrits par … Molière ! Et nous voilà pris au piège…

Ce Misanthrope version Le Guay est un vrai délice. Le cinéaste nous entraîne dans une aventure qui pourrait être une pièce de Molière, avec tous ses ressorts, du comique au pathétique, avec truculence et humilité imbriquées finement. Avec la violence et la retenue. Avec l’inévitable intrigue amoureuse en demi-teinte.

Un jeu aussi : « pile » tu fais Alceste, l’autre fait Philinte. Et la répétition commence, entrecoupée de virées à bicyclette dans l’île. C’est l’occasion pour le réalisateur de jouer avec une lumière rétaise inégalable. Un vrai misanthrope confronté à son envie de jouer le rôle et un héros de feuilleton people en mal de reconnaissance de son  vrai talent de comédien.

C’est à qui manipule l’autre. Alternativement chat et souris, les deux protagonistes nous livrent un cours magistral de théâtre, livrant toutes les facettes d’une diction qui nous charme, ressuscitant la rouerie des héros de Molière, jusqu’à introduire dans l’histoire la « naïve », sous la forme d’une « pseudo-actrice » dévolue aux films X.

Mais qu’est-ce qui fait la force de ce qui pourrait n’être qu’une farce et qui devient sous nos yeux l’éternel théâtre de la vie ? Deux personnages impossibles : un vieux bougon replié dans sa tanière, dégoûté du monde du théâtre, pour ne pas dire du monde tout court, devenu acariâtre, l’âme à vif et pour lui donner la répartie un bobo bouffi d’orgueil, capable de pédaler en grand manteau blanc, jouissant de sa gloire factice à coups d’autographes, mais capable d’exploser pour une remarque. Et quand les égos se frottent, ça produit des étincelles.

Finalement, l’ermite sortira-t-il de sa retraite pour jouer le Misanthrope ? Ah, ces deux larrons à vélo récitant les tirades en alexandrins ! Ah, cet Alceste en costume du 17ème siècle, chapeau à plume et pourpoint au vent, fonçant à bicyclette sur la jetée, avec en toile de fond le ciel inimitable de l’Atlantique, jouant du soleil et des nuages…

La vie domestique est présente. Agent immobilier, restauratrice, chauffeur de taxi, femme de ménage : tous les ingrédients sont réunis pour introduire la fantaisie comme Molière aimait à le faire.

Il faut absolument aller voir ce spectacle. Si vous aimez la langue française, si vous aimez les pièces de Molière, si vous aimez Luchini ou Wilson, … autant de prétextes pris un par un ou tous ensemble, peu importe, allez-y, vous ne regretterez pas. Un conseil : relisez le Misanthrope avant, et le film sera alors plus que du plaisir : jubilatoire !

« …Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,

Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices,

Et chercher sur terre un endroit écarté

Où d’être homme d’honneur ont ait toute la liberté. »

Je ne vous en dis pas plus !

« Alceste à bicyclette » !

 

 

 

 

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