INTER…NET OU PAS NET !

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Il manquait au palmarès d’internet et tous les « buzz » qu’il permet, celui de l’émeute : pari réussi avec l’épisode malheureux et absurde du coup de pub’ en forme de distribution de billets de banque. Internet fait partie de notre univers quotidien. Il n’est pas question ici de regretter l’ invention ou l’outil qui rend par ailleurs de multiples et vrais services. Mais le meilleur y côtoie le pire et pour séparer le bon grain de l’ivraie, il faut des qualifications que tout le monde n’a pas.

Aujourd’hui, 83% de nos concitoyens disposent d’un ordinateur à leur domicile et ils l’utilisent jusqu’à 24 heures par semaine. C’est ce que nous apprend une étude publiée par le Ministère de la Culture. On comprend mieux pourquoi il n’est pas possible de résister à internet, comme il aurait été absurde il y a vingt ans de se passer de la télévision. Du petit dernier de la fratrie jusqu’au papy ou la mamy, tout le monde « surfe sur le net » ! Le réseau est devenu un moyen de communication instantané et pratique, d’autant plus pratique qu’il est instantané.

Comme toujours, ce n’est pas l’outil qui est important, c’est l’utilisateur et ce qu’il en fait. A voir tous les dérapages auxquels on assiste, gageons qu’un jour il faudra un permis d’accès comme il existe un permis de conduire une automobile, ou un permis de pêcher. Car le recours à internet nécessite des compétences d’autant plus précises que les logiciels offrent des possibilités dans tous les domaines.  On peut tout faire… sans avoir besoin de sortir de chez soi, et c’est bien là le danger ! Il arrive que les compétences exigées par telle ou telle activité dépassent les limites des connaissances des utilisateurs, qu’il s’agisse d’aspects techniques ou de conscience morale : un apprentissage est donc nécessaire, comme en toute chose.

Internet s’ajoute à tous les moyens pratiques dont nous disposons mais ne doit pas devenir un moyen exclusif des autres. On peut « chater », mais cela ne dispense pas de la conversation de vive voix ; on peut se distraire mais cela ne remplace pas une soirée au théâtre ou au cinéma ; on peut lire et s’informer, mais cela n’est pas la même chose que lire un roman, ou un journal ;  etc…  C’est un vecteur extraordinaire de démocratie qui a l’avantage d’être gratuit et il permet à chacun de nous de s’exprimer. Mais les meilleurs logiciels ne procureront jamais l’intelligence et les connaissances nécessaires pour se servir correctement d’un ordinateur. Il suffit de suivre quelques « chats » pour s’apercevoir que nos contemporains manquent furieusement de culture générale, et ce ne sont pas les milliers d’illettrés (au sens propre du terme) produits par notre système éducatif qui vont arranger les choses.

Internet est donc la meilleure et la pire des choses. On y assiste à la collision permanente entre le vide (les lacunes) des internautes et leur hâte à s’adresser au reste du monde. A quoi bon écrire quand on ne sait pas aligner deux mots ou articuler trois phrases pour en faire un raisonnement ? Tout internaute doit savoir que les informations qu’on lui délivre et qui servent de base à un argument ne sont probablement pas vérifiées, que peut-être on cherche à le manipuler en multipliant des mensonges et en remplaçant les faits par de la propagande. Internet est le lieu de tous les excès : irresponsabilité des écrits, excès des passions, indécence des propos quand ce n’est pas l’insulte. Il en existe des utilisations frauduleuses avec des escrocs en tout genre, des experts du piratage de biens culturels (musique, films), des exploiteurs des dérives humaines sexuelles ou autres. Y mettre le pied, c’est entrer dans une jungle !

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. On trouverait mille exemples à contrario des bienfaits  de cette invention qui bouleverse notre mode de vie dans ses aspects les plus concrets comme faire ses courses ou acheter un lave-linge, communiquer à distance avec ses proches, se tenir informé en temps réel, se cultiver en allant à la rencontre des gens savants… Simplement, il ne peut y avoir de bon internet qu’avec des internautes « qualifiés », sachant lire, écrire, concevoir, analyser, bref, ayant ce savoir indispensable à tout individu, qu’il se serve d’internet ou pas.