PARENTHESE PARISIENNE

Soy de Cuba001

Un peu d’évasion dans ce monde où les mauvaises nouvelles tombent plus vite que les missiles sur les djihadistes, ça fait du bien. Tourner le dos à l’actualité a aussi son revers : elle a vite fait de vous rattraper. Bon, en attendant, pas de regrets.

Jeudi soir nous étions en famille à la Cigale pour une soirée détente et divertissante. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle fut réussie. A l’affiche : « SOY DE CUBA ! », une comédie musicale de belle facture, au rythme endiablé avec des protagonistes de qualité exceptionnelle. Certes le fond de l’histoire est un roman à l’eau de rose, la paysanne éternelle qui veut vivre son rêve de danseuse et s’exile à la grande ville pour y tenter sa chance. Suit un parcours sans surprise : serveuse, puis remplaçante, jalousies, … puis la gloire ! Mais quel spectacle ! Une mise en scène précise, un orchestre sur scène aux musiciens talentueux, des danseurs et danseuses multipliant les figures époustouflantes d’agilité et de précision, avec une sensualité de bon aloi.

Amateurs de rumbas, de mambos, de sambas, de tangos, de salsas, pas de temps à perdre ! « Soy de Cuba » se joue jusqu’au 7 décembre à La Cigale, à Paris. Et vous aurez encore une chance avec la tournée qui suivra dans toute la France. Publicité non payée.

Et pour finir une dinette à la « Cantine » voisine. Des plats simples dans le style « bistrot » servis avec le sourire et des mets de belle qualité, signés Christian Etchebest. Autrement dit, la « totale ».

 

 


"BRAVO, C’EST NOUS QU’ON PAYE !"

 

Tout le monde se tait, mais le fait est avéré et rapporté par le journal « Les Echos » : en 2009 (dernier bilan connu), les intermittents, techniciens et artistes, du spectacle vivant représentent 3 % des allocataires de Pôle emploi, mais 33 % du déficit de l'assurance-chômage. Cent mille personnes couvertes, 1 milliard d'euros de pertes. En clair ils ont reçu 1,3 milliard d’euros pour 223 millions de cotisations versées. un déficit qui est un spectacle (dramatique) à lui seul. Vous comprenez maintenant pourquoi les coulisses sont interdites au public.

Et pourtant, on croyait le problème résolu avec les réformes de leur régime en 2003 puis 2006. On se souvient même du conflit qui avait duré tout l’été  et qui avait pourri les grands festivals. C’est qu’à défaut de bosser, ils ont une grande capacité de nuisance. Toucher à ce régime, c’est s’exposer à de gros ennuis.

On sait que les règles spécifiques d'indemnisation sont plus souples que celles du régime général puisque, pour en bénéficier, il faut avoir travaillé 507 heures en 10  mois ou 10,5 mois, selon la profession. Et ce qui est bizarre c’est qu’alors que la crise a provoqué une explosion du chômage en 2009, avec plus de 400.000 demandeurs d'emploi supplémentaires sur douze mois, le nombre d'allocataires des annexes 8 et 10 (régime des intermittents) n'est passé que de 104.208 à 105.826 entre 2008 et 2009. Cherchez l’erreur ! Depuis la dernière réforme du régime, entrée en vigueur en avril 2007, la situation reste la même, le déficit toujours aussi important. En 2009, les deux déficits ont même presque correspondu, celui de l'Unedic atteignant 1,172 milliard d'euros : de là à affirmer que sans les intermittents et leurs « privilèges » (il faut bien le dire) … Insoutenable ! Aucun autre pays européen ne réserve à ses artistes un traitement spécifique et sur mesure, assorti de cotisations et prestations enviables par le commun des salariés. On voit mal en quoi « l'art » serait un passe-droit dans la galère ordinaire du chômage : il n’est pas outrancier de parler de privilège.

Mais les intermittents sont-ils les seuls responsables ? Le déficit du régime ne renvoie-t-il pas au problème posé par les pratiques de « certaines entreprises » qui usent et abusent du statut de l'intermittence ? Car ce régime constitue de fait un financement de la politique culturelle française, dont peut-être l’Etat se satisfait. Il n’en reste pas moins une absurdité, dont les bénéficiaires des deux côtés ne se plaignent pas. On dit même que des « célébrités » de l’audiovisuel touchent une partie de leur rémunération (confortable) par ce biais en ne travaillant que 3 jours par semaine. Mais chuuutt ! C'est le grand non-dit de la négociation sur l'Unedic qui a démarré entre le patronat et les syndicats la semaine dernière.

Il ne devrait pourtant pas être difficile d’identifier ceux qui abusent du système et d’y mettre un terme, non ?  Au fil des ans, la générosité publique en faveur des artistes, érigée en acquis social par leurs bruyants représentants, a été détournée de son objet. Il devient urgent d'infliger des taux de cotisation pénalisants aux employeurs et aux salariés qui abusent du système, car il est choquant que l’indemnisation soit utilisée comme un mode permanent de rémunération.



NUIT D’ANTHOLOGIE


    Festival d'Anjou001                                                  

 

Il fallait un spectacle d’exception pour l’ouverture de ce 60ème Festival d’Anjou. Anniversaire réussi avec une pièce de Shakespeare en clin d’œil avec le « Roméo et Juliette » de la première édition, la « Nuit des Rois » jouée magistralement par des comédiens brillants et inspirés.

 

Et le choix de Nicolas Briançon s’est révélé judicieux dans tous les domaines : le texte de Shakespeare, écrit au XVIIème siècle rappelons-le, s’inscrit parfaitement dans notre modernité, avec ce qu’il faut d’humour et de provocation, où la finesse se sert de la vulgarité pour être mise en valeur ; la mise en scène bondissante qu’il a imaginée, relayée par le jeu des acteurs, permet de tenir le public par le rythme endiablé des situations les plus inattendues passant de la pose romantique au burlesque hilarant ; enfin, le choix des acteurs qui jouent leur partition au plus juste, avec une fraîcheur et un enthousiasme qui ont vite séduit le public.

 

Dans ce registre, impossible de délivrer des mentions qu’il s’agisse du « fou » jonglant avec les mots et susurrant ses chansons d’une voix doucement modulée, du majordome qui sombre dans sa folie d’arriviste, des joyeux lurons en kilts qui nous servent une gigue endiablée ponctuée de « ferme ta gueule » tonitruants, une Viola qui fait oublier sa taille fluette par un jeu très pointu, une Olivia resplendissante de beauté…. Dans des costumes résolument contemporains, ce qui renforce la proximité que le public peut trouver dans le texte, qui, pourtant, a été scrupuleusement respecté par une transcription méticuleuse.

 

Voilà une pièce qui alterne les bouffonneries dignes des farces de Molière, des jeux de rôles dont on peut imaginer que notre grand dramaturge s’est inspiré, comme  ce passage dans lequel le « fou » imite plusieurs personnages dans l’obscurité et qui fait penser immanquablement à une scène des Fourberies de Scapin, avec des moments d’une grande subtilité sur le sens des mots ou l’analyse du sentiment amoureux.  Modernité de l’intrigue aussi dont on peut penser que Musset s’est inspiré pour écrire son mélodrame des « Jeux de l’amour et du hasard ». Il y avait des parentés de textes entre Molière et Cyrano. Rien d’étonnant à ce que le génial Shakespeare ait été source d’inspiration pour nombre d’auteurs…

 

Une « Nuit des Rois » qui restera dans les annales, et bien mise en valeur par le décor du château du Plessis Macé, tout-à-fait dans le ton.