PETIT ANNIVERSAIRE POUR UN DESASTRE HISTORIQUE.

Révolution russe

 

Le  6 novembre 1917, un coup de force de quelques milliers  de soldats et gardes bolchéviques  dirigés par Lénine et Trotski,  établissait à Saint-Pétersbourg le  premier régime  communiste de l’Histoire. Cet épisode faisait suite à la révolution de février de la  même année, dite « révolution bourgeoise » qui avait mis fin à 300 ans de régime tsariste  de  la dynastie des Romanov. Ainsi naissait  le régime bolchévique qui donna naissance à la  Russie soviétique (URSS). Pourtant le 6 novembre 2017 aurait pu presque passer inaperçu sur la  place  Rouge.

Rétablissons les faits. 

La révolution d’octobre (comme on l’appelle) à cause du décalage du calendrier orthodoxe avec le nôtre, n’est pas  du tout une révolution qui aurait mobilisé les  « masses » comme  ont cherché à nous le faire croire les communistes. Les combats ont fait moins de cinq morts à Pétrograd contre un pouvoir en déliquescence. C’est plutôt une révolte de l’armée alors qu’on est en plein conflit avec l’Allemagne. Le parti bolchévik mené par  Lénine en profite pour s’emparer  des leviers du pouvoir  au détriment des « mencheviks » et des « socialistes-révolutionnaires »  et dissoudre en janvier 1918 l’assemblée constituante élue en novembre, où il est très  minoritaire. Il n’y aura plus d’instance véritablement démocratique pendant 70 ans.

La terreur bolchévique.

Le régime bascule rapidement dans la terreur et instaure un totalitarisme que Lénine a théorisé  et  préparé : une volonté de domination totale qui avec le  monopole du pouvoir politique, s’impose de remodeler toute la société selon  la  doctrine marxiste, jusqu’aux individus  dans les moindres faits  et gestes, via une propagande intensive inconnue jusqu’alors : « Nous allons maintenant procéder à la construction de l’ordre socialiste » a-t-il  annoncé. Il  s’empare de tous les leviers économiques : abolition de la grande propriété foncière, nationalisation des entreprises, répudiation de la dette publique, planche à billets, contrôle ouvrier dans les usines…  Il  phagocyte tous les organes de l’Etat, prend les  banques, les usines et les  terres, installe des  camps de concentration qui préfigurent le goulag… La  Tchéka, police politique, est créée dès décembre 1917, et arrête, torture et  exécute sans aucun contrôle.   

L’archipel du goulag.

Les résultats sont catastrophiques, avec une production industrielle en chute de 80 % et des prix multipliés par 8.000 en quatre ans, Lénine est obligé de desserrer le carcan dès 1921 avec une Nouvelle Politique économique qui redonne un peu d’air aux acteurs privés. Cependant, sous l’effet de la planification, les céréales manquent. A partir de 1928, Staline collectivise l’agriculture, à la fois pour contrôler l’approvisionnement en grains et prélever des excédents pour investir dans l’industrie. Plus de 5 millions d’hommes et de femmes meurent de faim en 1932-1933. Le « Père des peuples » est obligé d’imposer l’ordre qu’on nommera « stalinien », en envoyant des millions de personnes dans les goulags, en donnant le pouvoir économique au parti communiste, en planifiant la production et les prix. La priorité est réservée à l’industrie lourde ! Dès lors, les statistiques officielles font état d’une activité qui s’accélère. La croissance aurait été de 14 % par an de 1928 à 1941, de plus de 10 % dans les années 1950. Le 12 avril 1961, Youri Gagarine accomplit le premier vol dans l’espace de l’histoire. L’URSS semble avancer à pas de géant non seulement dans la sidérurgie, mais aussi dans la haute technologie. En France, Jean-Paul Sartre et Raymond Aron s’affrontent sur la question de savoir si l’URSS va dominer le monde. Pourtant on est loin de la réalité. Les résultats impressionnants  des programmes entre 1930 et 1960 sur le plan quantitatif s’avèrent complètement bidons quand on découvre à la dislocation de l’URSS qu’ils étaient largement le fruit de manipulations statistiques ou fondés sur des évaluations politiques de la valeur, en l’absence de prix de marché.

La Russie a gaspillé un siècle.

Le niveau de revenu moyen par habitant se situait à la veille de la Première Guerre mondiale entre celui de l’Italie et celui de l’Espagne. Aujourd’hui, il est équivalent, en données brutes, à un tiers du PIB par habitant d’un Espagnol. En 1913, sa production industrielle était équivalente à celle de l’Allemagne, elle n’en dépasse pas le tiers actuellement, malgré les programmes d’industries lourdes lancés par le régime soviétique. A peu près aucun produit industriel russe n’est connu, à part la vodka… et la kalachnikov. La Russie, avec 147 millions d’habitants, semble être un des très rares pays au monde, dont la population a décliné depuis cent ans, sous l’effet d’une faible natalité et de l’alcoolisme. Les bolcheviks ont exterminé nombre de membres des élites scientifiques et artistiques et la contribution de la Russie en la matière, hormis en physique, discipline clé pour l’armement, n’est pas du tout au niveau du potentiel du peuple russe ou de son histoire. Il faudrait rajouter le désastre écologique de la mer d’Aral, Tchernobyl…  Il n’y a quasiment que dans le secteur militaire et des technologies associées (spatial) que la Russie a gagné en puissance depuis la révolution d’Octobre. Sous l’effet de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide, elle dispose du plus grand arsenal nucléaire de la planète à égalité avec celui des Etats-Unis. Et elle figurerait au deuxième rang mondial en nombre de chars, navires et avions.

Poutine, nouveau Tsar ?

75 ans de régime soviétique ont façonné les mentalités : 75 ans de répression qui, entre les exécutions, les déportations et les goulags, a fait de 10 à 20 millions de morts selon les historiens. Les gens sont habitués à obéir, y compris à la violence. Hormis la Corée du Nord, il n’existe plus de régimes totalitaires de même intensité : dans les autres  pays communistes, les gens ont le droit de voyager, une classe moyenne s’est créée,  le parti se contente de garder le contrôle politico-idéologique de la population. A moins que le pouvoir chinois de  Xi ne préfigure un nouveau retour en arrière… ce qui n’est pas exclu. Pour la Russie, après huit ans de parenthèse démocratique chaotique sous Eltsine, Moscou semble revenu à une sorte de tsarisme : une concentration du pouvoir entre les mains d’un seul homme, inconnue depuis la mort de Staline en 1953. Le Parlement, les médias, les oligarques, les gouverneurs, les partis politiques, l’armée et le FSB (exKGB) sont aux ordres de Vladimir Poutine, qui s’appuie sur un lien direct avec le peuple russe, illustré par une popularité authentiquement supérieure à 80 %. Un système très instable toutefois, où se posera la question de la succession du maître du Kremlin, un jour.

Totalitarisme pas mort !

Comme l’affirme Stéphane courtois, l’Historien spécialiste du communisme, « on fête  plus la  révolution d’octobre à Paris qu’à Moscou ». En effet, Poutine n’a pas sorti le grand jeu pour le « centenaire », comme s’il voulait faire oublier cette triste époque. Des médias français glorifient toujours Lénine, et la présence de marxistes dans les Universités, refusant de reconnaitre leurs égarements, comme l’avait fait Yves Montand, est avérée. Et quand Macron veut commémorer Mai 68, qui a dévasté l’université française et l’exigence intellectuelle dans les sciences humaines, on croit rêver ! Il y en a toujours  qui préparent le « grand soir », du côté de chez M. Laurent, Mélenchon et Besancenot….

 

 


VOYAGE MEMORIAL

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P1170726Je m’étais promis un jour de  me rendre sur la tombe d’un oncle tombé lors  de la guerre de 1914-1918, dont j’avais retrouvé l’emplacement  grâce au travail minutieux des services du ministère des Armées. Cet  oncle  a été tué le 2 juin 1917 et j’avais prévu d’aller sur place commémorer le centenaire de sa disparition. Mais la nécropole d’Aubérive, près de Reims, où il a été enterré faisait l’objet d’importants travaux de restauration qui en interdisait l’accès. Comme je souhaitais m’y rendre avant la fin 2017, c’est donc lundi dernier que ce vœu a pu se réaliser.

Gabriel, Eugène, Alfred Houlle, né en 1894, était le frère ainé de mon père. Jeune instituteur, mort à 23 ans, il n’eut guère  le  temps d’enseigner. Tout ce que je sais de lui, c’est que mon père lui vouait une grande admiration. Etre instituteur, au début du 20ème siècle, ça n’était pas rien ! 



P1170836« Mortellement blessé le  27 mai 1917, par une grenade à ailettes alors  qu’il  assurait la protection de travailleurs à proximité de l’ennemi à Moronvilliers, au nord-est de Reims. Il appartenait à la 124ème division d’infanterie, avec le  grade de sous-lieutenant.  Il a été cité à l’ordre de sa division : sous-officier d’un très grand courage vigoureux et  plein d’entrain. Volontaire pour toutes les  missions difficiles. Le 1er juin 1916 s’est offert spontanément pour porter un renseignement au colonel commandant le régiment sous un effroyable bombardement, circulant de jour sur un terrain découvert battu par les mitrailleuses ennemies. A accompli sa  mission dans le  minimum de temps. »

Par arrêté du 30 mai 1920, il a été décoré de la « Légion d’honneur » à titre posthume.

Je lui dédie ces quelques vers de « l’hymne » de Victor Hugo :


« Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau !

Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
À ceux qu'enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts ! …»

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Il avait laissé un texte écrit de sa main que mon père conservait précieusement. Ce texte, symboliquement,  je l’ai déclamé devant la croix qui porte son nom. Il rend bien compte de l’état d’esprit qui animait les Français. Je l’avais déjà publié sur le bloc-notes  en novembre 2008. Il est un peu long, mais je vous le propose ci-dessous à nouveau.

En sa mémoire.

« Sous les ordres du sanguinaire empereur

Les troupes allemandes s’apprêtent aux combats

L’entrain manque car les boches ont peur

Des coeurs ennemis qui eux sont de vrais soldats

Guillaume parle à sa troupe amollie

Voulant en cela aussi singer Napoléon

Soldats ! leur crie-t-il, partons, notre ennemie

Nous attaque, que chacun se batte comme un lion

Sus à la France, Sus à l’Angleterre

Sus à la Russie, que rien ne vous arrête

Qui donc sera le maître sur la terre

Si la grande Allemagne ne peut lever la tête

La campagne sera belle et Paris

Verra dans ses murs avant le mois prochain

L’empereur Guillaume avec tous ses amis

Célébrer la victoire Boulevard Saint-Germain

Allez ! soldats, la Belgique impatiente

Vous attend pour la libérer de ces maudits

De ces damnés, de ces vaches. Elle tente

Mais en vain de repousser ses ennemis

Liège vous tend les bras. Namur vous recevra

En fête et à Bruxelles je m’installerai

Car ce pays ami désormais s’appellera

Province prussienne ; pour elle je choisirai

Un gouverneur parmi les grands de ma cour

Puis nous irons tout droit jusqu’à Paris

Et la France paiera tous les frais. A ce jour

Nous prendrons du repos dans la joie et le ris

La fière Albion, la patrie perdue

Londres sera accusée après quelques jours

Elle comptait sur la France : la France s’est abattue

Elle appelle Nicolas à son secours

Mais avant qu’il ne soit prêt à marcher contre nous

Avant que le premier cosaque ait franchi

La frontière ne craignant rien derrière nous

Nous quitterons Bruxelles, Londres et puis Paris

Pour voler à Petersbourg et puis à Moscou

Maître absolu de l’Europe entière

J’aurais enfin atteint le rêve de nos aïeux

L’Allemagne par-dessus toute la terre

Frémira aux récits de vos exploits glorieux.

Ainsi parla Guillaume dans sa démence

Soumettre l’Europe ! Quel but ? ne sait-il pas

Qu’il en coûte à un empereur de France

D’avoir fait parcourir l’Europe à ses soldats.

Entendant les fières paroles de leur kaiser

Les lourds soldats allemands, cavaliers ou fantassins

Crurent que déjà ils tenaient la victoire

Ils se voyaient en Champagne, buvant le vin.

Liège tint bon, Namur résista. Ah ! tremblez

Ulhans, lanciers, fantassins, hussards de la mort

Tremblez, vous êtes trompés ! Le peuple français

Debout vous attend conscient, calme et fort.

Là-bas les Anglais viennent à la rescousse

Tandis que déjà les russes arrivent à Berlin

Tremblez ! Vous allez sentir la secousse

Des peuples dressés pour la défense de leur bien.

Les lâches ont peur de la mort et de la mitraille

Comment arrêter les balles meurtrières

Oh ! ils prennent tout : vieillards, hommes, marmailles,

Et ils les offrent aux fusils de leurs frères.

Est-ce là une guerre, dis-moi, Guillaume

Est-ce ainsi que tu te venges de ces gens

Qui refusent de t’obéir ? Es-tu homme

Ou bourreau ? Tu n’es pas empereur mais tyran.

Honte à toi qui a déchaîné cette guerre

Honte à toi pour qui le sang humain n’est rien

Honte à toi qui sème partout la misère

Honte, honte à toi Guillaume le vaurien…

            Gabriel HOULLE

Instituteur de la République

            P1170734 Sous-lieutenant au 101ème régiment d’infanterie, 10ème compagnie

            Mort pour la France le 27 mai 1917 à Moronvilliers (Marne)

            Chevalier de la Légion d’Honneur

 

 


SOURIEZ, C’EST L’ETE ! (1)

Retraites

 

D’abord un peu d’Histoire.

Le bruit  a couru qu’à la suite de sa cuisante défaite,  le PS serait obligé de vendre son siège de la rue de Solférino. Mais sait-on à quoi se réfère le  nom de cette rue ?

24 juin 1859 : la victoire française de Solférino.

Mais qu’est-on allé faire en 1859 aux confins de la Vénétie avec nos troupes en campagne ? C’est que  la  bataille que les  Français ont livré ce jour-là aux Autrichiens  n’est pas le fait du hasard, on s’en doute bien.  Rappelons-nous : on est sous Napoléon III.  C’est le  Second Empire. De l’autre côté  des  Alpes, l’Italie, fractionnée entre petits duchés, Etats du Pape et le Royaume de Piémont-Sardaigne, n’a pas encore fait son « unité ».  Justement, c’est le sujet. A Plombières, Napoléon III a promis au rusé Cavour, Ministre de Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, que la France interviendrait en faveur de ce dernier si l’Autriche l’attaquait. Dans  l’accord, il était convenu que le Piémont recevrait le royaume lombardo-vénitien, les duchés de Parme,  Modène et Toscane et une partie des états pontificaux. Nice et la Savoie reviendraient à la France. Vieux rêve napoléonien de redonner des frontières naturelles à la France ! Evidemment, Cavour qui oeuvrait passionnément à l’unité de la  péninsule  au profit du royaume de son maître, insupporta suffisamment l’empire autrichien pour qu’il  lui déclare la guerre. C’est ainsi qu’en 1859, Napoléon III entra en campagne,  en annonçant « une Italie libre des Alpes à l’Adriatique ». On résume  … Après la  victoire non décisive de Magenta (4 juin 1859), à l’issue d’une bataille décousue, les Français progressent vers la Vénétie et se heurtent presque par hasard aux Autrichiens à Solférino.  On est le 24 juin. Niel se  distingue sous les ordres de Canrobert : 22 000 morts du côté autrichien, 17 000 dans le camp franco-piémontais, une vraie boucherie !  Un témoin, au spectacle de ces morts et de ces blessés, eut l’idée de fonder la « Croix Rouge ». C’était le Suisse Henri Dunant. Les  Français avaient contribué à remporter une victoire décisive, mais Napoléon  III n’ordonna pas de  poursuivre  les Autrichiens pour qu’elle soit totale. C’est qu’il était pris entre la pression des catholiques, inquiets pour les états du Pape, et ses sympathies pour l’unité italienne. Finalement il favorisa l’expansionnisme de Cavour. Le Piémont acquit toute l’Italie centrale (24 mars 1860) et grâce à son allié français, le roi Victor-Emmanuel II  reçut le soutien de la Prusse qui avait des vues sur l’unité allemande de son côté.  C’est ainsi que le royaume piémontais devint royaume d’Italie et reçut la Vénétie, une fois que les Prussiens eurent réglé leur compte aux Autrichiens à Sadowa (1866).  Il ne restait plus que Rome…   La France eut évidemment sa part avec Nice et la Savoie. La suite est  moins glorieuse avec  les Prussiens et la guerre de 1870…  Mais c’est une autre histoire.

Détendons-nous.

Quelques devinettes :

Qui a dit :

« Qui m’aime me suive ! »

  • Philippe VI de Valois
  • Louis XIV
  • Madame de Pompadour

« L’argent n’a pas d’odeur »

  • Louis XI
  • Fouquet
  • Vespasien (empereur romain)

« Impossible n’est pas Français »

  • François 1er
  • Napoléon 1er
  • César

(réponses demain)


DETENDEZ-VOUS, ON EST DIMANCHE !

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NOS ANCÊTRES …LES GAULOIS !

Ah, je ne peux pas m’empêcher de mettre mon grain de sel sur cette polémique stupide qui n’en vaut vraiment pas la peine. Mais que les gens ont la mémoire courte et bon sang, où est passée notre culture  populaire ? 

Un vieux poncif !

Depuis toujours, pour les Français, leurs ancêtres sont les … Gaulois. C’est d’ailleurs ce qui a fait le  succès d’Astérix. Cette expression est directement sortie du folklore de notre enseignement  primaire avec Clovis et le vase de Soissons,  et … ce sacré Charlemagne ! C’est le récit de  notre Histoire de France en images d’Epinal, souvent repris en humour et en chansons. Qui donc chantait « Notre ancêtres, les Gaulois, habitaient des huttes en bois … » ? Henri Salvador, un noir qui plus est ! Tout est dit.

Alors vraiment ceux qui cherchent des poux à Nicolas Sarkozy n’ont vraiment rien compris, au contraire de tout le monde, je veux dire tous ceux qui n’appartiennent pas à l’élite intellectuelle bobo des médias parisiens et consorts. Que des socialistes se soient jetés dessus comme  la pauvreté tombe sur le monde (ils sont spécialistes), ça n’est pas étonnant : cela nous  a valu de découvrir les  approximations historiques de notre Ministre de l’Education et un cours d’histoire de Le Foll après évocation du sujet en Conseil des Ministres. Avec en filigrane une justification du multiculturalisme, eh oui, incorrigibles ! Jusqu’où va l’aveuglement. Mais que Alain Juppé ait cru bon de s’en mêler, je suis déçu.

Il  n’y a pas pire bêtise que de prendre l’expression au pied de la lettre.

L’art oratoire du tribun c’est de trouver les images qui parlent au peuple. Ah, c’est certain, Nicolas Sarkozy n’a pas fait l’ENA et ne possède pas vraiment le jargon technocratique. Il a la verve populaire. Bien sûr, c’est réducteur, bien sûr on a le droit de ne pas  aimer, mais au moins il sait se faire comprendre. En réutilisant  l’expression : « Nos ancêtres les Gaulois », il n’a fait que dire à sa manière qu’en devenant Français, on épouse l’Histoire de France et que ça ne se réduit pas à une formalité administrative. Rien d’autre ! J’ai interrogé autour de moi, je n’ai rencontré que des gens qui ont bien compris ce sens-là… et qui sont d’accord. Mais madame Vallaud Belkacem ne sait peut-être pas ce qu’est une métaphore.

Alors après, on peut faire un débat sur les mérites de l’assimilation par rapport à l’intégration,  mais c’est une autre histoire.

Cette polémique est risible et justement, « Faut rigoler… avant que le ciel nous tombe sur la tête » !

 


UN PEU D’HISTOIRE…

Election suffrage universel De Gaulle

 

L’ELECTION DU PRESIDENT AU SUFFRAGE UNIVERSEL

Voilà un sujet qui entre dans l’actualité. Il faut savoir que la République Française pendant longtemps a préféré désigner son président par d’autres  moyens comme « le congrès » rassemblant les deux chambres Assemblée et Sénat. Cela mérite explication.

1848…

La première élection du président de la République au suffrage universel direct eut lieu en 1848. La révolution du 24 février a renversé la « monarchie de Juillet », renvoyé Louis-Philippe et proclamé la Seconde république. Celle-ci institue le suffrage universel direct masculin et une assemblée constituante est chargée de rédiger une nouvelle constitution votée le 4 novembre 1848. Elle instaure un régime présidentiel « à l’américaine », avec une séparation stricte des pouvoirs législatif, exécutif,  judiciaire avec un président de la république élu  pour 4 ans, non rééligible immédiatement, au suffrage universel direct. Un vice-président est nommé par l’assemblée nationale sur sa proposition pour le remplacer  en cas d’empêchement. Ce président est à la fois chef de l’Etat et chef du gouvernement, il  a l’initiative des lois qu’il promulgue et dont il  assure l’exécution. Cerise  sur le gâteau, ni lui, ni son gouvernement ne sont politiquement responsables devant l’Assemblée nationale, unique chambre législative qui ne peut être dissoute.

Pourquoi en revenir à 1848 ?

C’est la suite qui est intéressante et qui va nous éclairer sur la longue éclipse du suffrage universel. En décembre 1848 se tient donc la première élection d’un président de la République. Six candidats sont en lice : le Général Cavaignac, champion des républicains modérés mais haï des ouvriers depuis la répression de l’émeute socialiste et ouvrière parisienne de juin 1848 ; l’avocat Ledru-Rollin partisan d’une république démocratique et sociale ; Le socialiste Raspail ;  le Général Changarnier pour les légitimistes ; Alphonse Lamartine, membre du gouvernement provisoire ; et enfin le Prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l’Empereur et très populaire, qui se présente comme républicain progressiste et défenseur de l’ordre, de la religion et de la propriété. Ce dernier profite de la légende attachée à son nom et rafle 75% des voix. On connait la suite, l’expérience se  termine par le coup d’état du 2 décembre 1851 qui rétablit l’Empire.

Le souvenir de cet épisode et la crainte qu’il ne se reproduise conduiront les constituants de la 3ème puis de la 4ème République à considérer l’élection au suffrage universel  comme un danger. La fonction présidentielle s’en trouvera affaiblie pour longtemps. Les régimes dit « d’assemblée » qu’elles mettent en place sont sujets à l’instabilité gouvernementale qui atteint son sommet sous la 4ème République avec un gouvernement qui ne durera… qu’une journée.

1958/1962

C’est le Général De Gaulle, d’abord élu par les « grands électeurs » qui rétablit l’élection du président au suffrage universel direct, regroupant hommes et femmes (qui ont obtenu le droit de vote en 1945), après un référendum en 1962. Le retour de l’élection au suffrage universel a donc été pour l’échéance de 1965. Avec le raisonnement inverse : il s’agissait d’échapper au « régime des partis » et à leurs combinaisons, en s’adressant directement au peuple. Evidemment le Général De Gaulle fut élu (ou réélu).

 

 


UN PEU D’HISTOIRE…

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LES CONGES PAYES

En descendant tranquillement vers la côte vendéenne, hier matin, sur l’A 87, la circulation était fluide, mais dans l’autre sens, ça « remontait ». Les « aoûtiens » dont le temps de vacances était terminé s’acheminaient en grappes drues vers leurs pénates afin de reprendre le dur labeur. C’est que les traditions ont la vie dure : je le constate tous les ans, c’est la première quinzaine d’août qui est toujours la plus fréquentée par les vacanciers. Ce phénomène nous vient de 1936, quand les « accords Matignon » accordèrent les premiers « congés payés » dans l’enthousiasme général.

Ce principe était déjà appliqué dans plusieurs pays et même dans certaines professions en France. Ce n’était donc pas tout-à-fait une révolution. C’est Napoléon III qui publia un décret en 1853, accordant quinze jours de congés aux fonctionnaires (c’est aussi lui qui accorda le droit de grève). Vous allez penser que ce sont toujours les mêmes qui sont servis en premier.  Au début du XXème siècle, les salariés du métro, des usines électriques et à gaz, les employés de bureau et de commerce ont obtenu en moyenne une semaine de congés. Ceux de la Société des Transports en Commun Parisiens battent tous les records avec vingt et un jours ! Quelques entreprises privées adoptent aussi le principe en particulier dans les secteurs du livre et de la couture. C’est ainsi que les employés du journal « l’Information » profitent de congés payés dès 1920, ce qui n’échappe pas à Léon Blum, collaborateur au journal. Cette expérience inspirera le chef du gouvernement du « Front populaire ».

Pourtant, la grande majorité des ouvriers échappent à cette évolution. Probablement parce que les syndicats sont encore en retard d’une guerre et préfèrent concentrer leurs efforts sur les salaires et la durée du travail. Bien que beaucoup d’usines ferment en août, leurs ouvriers ne sont alors pas payés, ce qui paraîtrait scandaleux aujourd’hui mais pas à l’époque, où pour le patronat et beaucoup de salariés il est inconcevable « d’être payés à ne rien faire ». C’est pourquoi la généralisation des congés est jugée encore en 1936 comme utopique et ruineuse.

Cette loi votée le 8 juin 1936 sera emblématique des conquêtes sociales sacralisées par le « Front Populaire ». Elle accorde quatorze jours de congés annuels pour les salartiés ayant travaillé un an.  Dans le même temps, Léo Lagrange, sous-secrétaire d’Etat aux sports et à l’organisation des loisirs (ça rappelle André Henry, ministre du temps libre en 1981), propose des billets populaires de congés annuels mis en vente dès le 3 août. On part en train, en vélo, ou même à pied pour le plaisir de planter sa tente dans un coin de verdure. Beaucoup voient la mer pour la première fois ! Et si une grande majorité n’a pas les moyens de partir, ce temps de repos est utilisé en pique-niques ou invitations entre voisins. C’est une manière de s’approprier ce moment inédit et le sentiment d’être maitre de ses journées.

La coupur d’août n’a jamais été remise en cause. Elle rythme l’année. Le tourisme de masse s’est peu à peu développé avec le secteur des loisirs et des vacances, faisant vivre des milliers d’autres salariés. Des lois successives ont augmenté la durée des congés : trois semaines en 1956, quatre en 1969, cinq en 1982. La trêve estival reste mais est moins tranchée, elle est souvent complétée par un temps de repos pris pour aller aux sports d’hiver et depuis les RTT qui viennent s’ajouter, la mode est de plus en plus à l’étalement des vacances tout au long de l’année.

Pourtant, la coupure de la première quinzaine d’août est encore très marquée. Les traditions ont la vie dure, les fermetures annuelles aussi !


PLANCHE A BILLETS ET COMPAGNIE …

Planche à billets

 

L’Histoire ne se répète jamais, dit-on. Il arrive quand même qu’elle bégaie. Surtout, l’être humain, cet incorrigible, devrait savoir que les mêmes causes entraînent toujours les mêmes effets. Ce principe est immuable et a été maintes fois vérifié, y compris dans notre Histoire de France. Vous vous demandez bien où je veux en venir…

Le « Q.E. » n’est pas si nouveau.

Evidemment, ce que je vais vous raconter a un lien direct avec notre époque. Toutes les banques centrales pratiquent le « quantitative easing », expression savante pour dire en raccourci : faire tourner la  planche à billets. Cet « assouplissement quantitatif » inonde le monde entier de milliards de liquidités. Un système dans lequel les Américains sont entrés les premiers, suivis par la BCE, mais dont on ne connaît pas vraiment la porte de sortie, faute d’expérience, dit-on. Et pourtant, l’expérience, elle est là, comme dirait le pingouin. Il suffit de connaître un peu son Histoire, ce dont je doute pour un certain Mario Draghi, cet Italien inventif, qui préside la Banque européenne. Et pourtant, il y a trois cents ans, on a fait tourner la planche à billets en France. C’était sous la Régence de Philippe d’Orléans, en 1716, peu après la mort de Louis XIV. Comme on sait, le Roi Soleil avait laissé les finances de son royaume en bien piteux état : dettes, impôts élevés … Une situation pas aussi dégradée que celle d’aujourd’hui, mais tout de même. C’est alors qu’un écossais exilé chez nous proposa ses services : il défendait l’idée d’un papier-monnaie, convertible en or et en argent, dont l’abondance permettrait de relancer le crédit, stimuler le commerce, développer l’économie. Avec en corollaire l’assainissement des finances de l’Etat. Il n’eut pas de  mal à convaincre le Régent qui lui accorda toutes facilités pour mettre en œuvre  son projet. En 1719 circulaient donc des coupures de 10, 100, 1 000, 10 000 livres et les affaires prospéraient comme par miracle, assises sur le fabuleux essor de la « Compagnie des Indes » qui contrôlait la quasi-totalité du commerce maritime français et la « ferme » des tabacs. Ainsi, les  particuliers apportaient à la banque or et argent et recevaient en échange du  papier avec lequel ils souscrivaient aux émissions de la compagnie, espérant des dividendes annoncés comme « fabuleux ». D’ailleurs la Compagnie avait entassé un tel trésor qu’elle se mit à prêter de l’argent à l’Etat ! La machine s’emballa : argent, or, billets de banques, titres de rentes, actions au porteur s’échangeaient à un rythme effréné. En retour, on bâtissait, on investissait, les carnets de commandes étaient pleins, et les loyers flambaient…  Aujourd’hui, cela porte un nom : on appelle ça « une bulle ». Tout allait si bien que l’Ecossais en question fut promu Surintendant des finances du royaume.

Les facilités ne durent qu’un temps. 

En janvier 1720, brutalement la confiance disparut. Les particuliers, profitant de la convertibilité totale, commencèrent à échanger leur papier-monnaie contre de l’or et de l’argent qu’ils investirent dans des biens fonciers et immobiliers, placements plus sûrs mais figés. Sans entrer dans les détails, tout se mit à aller mal, et très rapidement. Les correctifs apportés : cours forcé des billets, limitation des retraits, manipulation des cours et des taux ne firent que précipiter la chute et furent source de violences, d’émeutes, … En octobre, Philippe d’Orléans mit fin à l’expérience et dut rétablir l’ordre avec sévérité. Le magicien en question, c’était John Law, et il dut s’exiler. Même si l’expérience n’eut pas que des effets négatifs, -l’état se désendetta partiellement et l’expérience eut des répercussions keynésiennes avant l’heure sur le commerce, le bâtiment, l’artisanat et même l’agriculture-, il n’en est pas moins vrai qu’elle retarda en France l’avènement d’une banque d’état et la mise en œuvre des techniques financières telles que titres au porteur, marchés boursiers… La méfiance des Français pour la finance n’est donc pas nouvelle. Law avait commis une erreur monumentale, celle de ne pas avoir régulé la création monétaire au rythme de la croissance de l’économie réelle.

Conclusion.

Tiens, tiens, justement, c’est la même erreur que celle que sont en train de commettre nos grands sorciers des banques centrales. Le déversement de monnaie ne profite guère à l’économie réelle et alimente plutôt soit la spéculation, soit la thésaurisation en or, par exemple. Sauf que la banqueroute qui nous guette serait infiniment supérieure à celle de 1720. La crise de 1929, qui sert encore de référence et celle de 2008 nous apparaîtront alors comme de modestes incidents de parcours.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça n’est pas rassurant.

A suivre mardi : « Trois fois rien, c’est quelque chose ! »

 


LA NUIT Où LA FRANCE BASCULA DANS LA MODERNITE.

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Il y a 227 ans, dans la nuit du 4 au 5 août, la France connut l’un des événements les plus étonnants et les plus inattendus de son histoire : les Etats Généraux qui s’étaient transformés en Assemblée nationale proclamèrent l’abandon des privilèges dont jouissaient la noblesse et le clergé, mettant fin de fait à ce qu’on appelle depuis « l’ancien régime ».

Inattendu, oui, l’événement peut paraître surprenant. Au moment où Louis XVI convoqua les Etats Généraux, il était loin de penser que moins de trois mois plus tard, c’est une vraie révolution que la France connaîtrait, autrement plus importante que l’émeute du 14 juillet et la fameuse prise de la Bastille, pour symbolique qu’elle fût. Ce mouvement des députés, tous ordres confondus, qui se précipitent à la tribune pour mettre fin à un ordre social multi-séculaire  -la société cloisonnée entre la noblesse, le clergé et le tiers état-  s’explique par le contexte. Pour caricaturer, on pourrait dire que la nuit du 4 août fut la nuit de la « grande trouille ».  C’est que, à la suite de la prise de la Bastille, une « Grande Peur » parcourait les villes et les campagnes : les rumeurs les plus folles se propageaient, amplifiées par la sonnerie du tocsin, selon lesquelles les aristocrates préparaient une revanche violente, payaient des brigands pour brûler les récoltes, échafaudaient même des plans de «massacres des patriotes ». À travers tout le pays, des paysans s’armaient, les populations des campagnes pillaient les châteaux et brûlaient les archives, et notamment tous les documents fixant les droits et les propriétés seigneuriales. Ces émeutes qui se multipliaient inquiétaient les députés qui siégeaient à Versailles, mais étaient restés divisés sur les solutions à apporter pour rétablir l’ordre.

C’est alors que deux aristocrates, à la séance du 4 août 1789, prirent successivement la parole. Le premier, Louis Marc Antoine, vicomte de Noailles,  âgé de 33 ans, cadet d’une famille pauvre, élu par le bailliage de Nemours député de la noblesse aux États généraux, surprit l’assistance en proposant de supprimer les privilèges dont bénéficiaient l’aristocratie française depuis le Moyen-Âge. Venant en appui à son collègue, Armand Désiré Vignerot du Plessis Richelieu, duc d’Aiguillon, proposa dans la foulée une motion sur l’égalité fiscale, l’abolition des servitudes et le rachat des autres droits féodaux et seigneuriaux. Cette spectaculaire initiative des deux nobles était destinée à calmer l’incendie révolutionnaire qui se propageait dans les provinces. Elle suscita une véritable effervescence dans l’Assemblée, comme on peut l’imaginer.

De nombreux participants, dont on notera qu’ils étaient autant de la noblesse, que du clergé et du tiers état, vinrent les uns après les autres, à la tribune pour se joindre à cette renonciation collective des droits pluri-séculaires. Ils le firent dans un élan surprenant mêlant une sorte de ferveur romantique à la sensation grisante de participer à un acte historique d’une portée considérable. Pour la petite histoire, l’une des interventions marquantes vint de l’élu du bailliage de Blois comme représentant de la noblesse aux États Généraux, Alexandre François Marie, vicomte de Beauharnais. Celui-ci, qui sera guillotiné en 1794 quelques jours avant la chute de Robespierre, avait épousé en 1779 une créole martiniquaise, Marie-Josèphe Tascher de la Pagerie, qui, devenue veuve, se fera appeler Joséphine de Beauharnais et deviendra la première épouse de Napoléon Bonaparte, puis l’impératrice des Français. Tout ça parce que son premier mari avait perdu la tête. Amusant, non ? Et ce n’est pas fini : de son union avec le vicomte de Beauharnais étaient nés deux enfants, Eugène de Beauharnais, qui deviendra roi d’Italie,  et Hortense qui deviendra reine de Hollande, et fut aussi la mère de Napoléon III. L’Histoire a de ces retournements …

Mais, heureusement,  on ne revint jamais sur l’abandon des privilèges de la nuit du 4 août ! Après la « liberté » et la « fraternité », la France avançait vers « l’égalité ». On en n’était pas encore à l’égalitarisme à tout crin que nous impose la socialie actuelle. Il parait que les hallucinés de « Nuit Debout » rêvent d’une nouvelle nuit du 4 août. Si vous voulez avoir une idée des privilèges qu’ils veulent abolir, vous n’avez qu’à aller sur le site de « Merdiapart ». Vous ne serez pas déçus !

On comprend alors qu’il y a intérêt à maintenir l’Etat d’urgence  et à nettoyer la place de la République pour lui rendre sa fonction première beaucoup plus paisible. Pendant ce temps-là, pépère promène sa bedaine à Rio. Vous avez dit "privilège" ? 


UN PEU D’HISTOIRE, POUR CHANGER …

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LES COLONNES INFERNALES DE TURREAU

Mes lectures d’été vont vous paraître bien studieuses. Deux raisons m’ont amené à lire ce livre. D’abord, le prof d’histoire qui reste éveillé et qu’un ouvrage sur le drame vendéen ne pouvait qu’intéresser, ensuite il se trouve qu’il a été écrit par une excellente amie, Anne Rolland, dont j’admire la vivacité intellectuelle. En prime, il m’intéressait de savoir ce qu’il en avait été exactement de cet épisode de l’histoire de la Révolution française, notamment au moment de la Terreur, moi qui ai toujours eu le sentiment d’enseigner une version un peu trop officielle de la répression républicaine en Vendée. Evidemment, ce livre est un peu « documenté » et s’adresse aux férus d’histoire, bien qu’il soit parfaitement accessible et très bien écrit. Mais c’est avant tout un état des lieux sur les recherches d’une historienne rigoureuse.

La question principale que je me posais et à laquelle j’étais incapable de répondre était : « Y a-t-il vraiment eu une tentative de génocide de la population vendéenne ? »

C’est aussi l’une des préoccupations de l’auteure. Mais c’est aussi une vendéenne dans l’âme. Ses recherches vont-elles être partiales ? La réserve tombe tout de suite : nous sommes en face d’un travail parfaitement honnête et sans parti-pris, entièrement fondé sur des documents eux-mêmes indiscutables. La rigueur fait partie de la méthode, on n’y déroge pas pour se faire plaisir. L’intérêt de cet ouvrage réside aussi dans le tableau très fouillé qu’il dresse d’une époque, de ses acteurs locaux ou nationaux, des conditions matérielles, de la réalité d’un pouvoir politique encore instable… et qui permet de mieux comprendre ou d’approcher ce qui s’est réellement passé.

Anne Rolland passe en revue les multiples aspects de cette guerre civile, car c’en est une : qui sont les soldats de la Terreur, avec leur mentalité, leurs représentations mentales, leurs peurs, leurs difficultés, leurs conditions de vie souvent épouvantables ; pourquoi les « colonnes » imaginées par Turreau, qui vont conduire à un paroxysme de violence, n’ont jamais réellement rempli leur objectif ; combien y a-t-il eu exactement de « colonnes » et quels contingents elles ont mobilisé ; comment on compte les morts (ou pas) et on rend des comptes avec les exagérations et les approximations d’officiers au gré des besoins politiques ou militaires de leur commandement.

Elle analyse avec minutie le système des colonnes à travers les stratégies militaires et le « plan Turreau » pour observer son application dans la réalité, la réalité de l’armée républicaine, souvent sans uniforme, mal armée, aux effectifs souvent fantaisistes. Le « théâtre vendéen » lui-même présente un décor de « mauvais chemins », un labyrinthe où se perdent les troupes, propice à la guerrilla, bref une sale guerre qui génère tout un cortège de tueries, de massacres de part et d’autre.

Elle nous présente aussi les hommes, ces généraux de l’armée de l’Ouest, l’aventure que celle-ci peut représenter pour eux, entre goût de la guerre et choix politiques, les querelles qui les divisent, les rapports d’autorité entre eux et avec le pouvoir central, la place qu’occupe Turreau qui a laissé son nom aux « colonnes » pour l’Histoire. Ils commandent une armée de « nu-pieds », mal nourrie, manquant en permanence de munitions, confrontée à de redoutables difficultés de logistique. On découvre que la guerre qui est menée est encore une guerre archaïque, avec une armée manquant de pain et obligée de vivre sur le « terrain » à l’ancienne en se livrant au pillage, et dont l’image de bravoure et de discipline qu’on veut en donner est souvent à cent lieues de ce qui se passe. Elle est confrontée à une « armée vendéenne » divisée par les rivalités de ses chefs, instable en nombre, qui opère par coups de mains, et qui n’arrive pas à prendre le dessus non plus.

Au final, il n’y a pas eu de « génocide », au sens d’une volonté affirmée d’exterminer une population par des moyens concordants et constants. Par contre, il y a bien eu des massacres et des tueries, des villages brûlés, et des accès de violence inouïe. C’est le type même de la « sale guerre ». Comme conclut Anne Rolland, « la Vendée militaire au temps des colonnes permet une histoire en creux de l’Etat révolutionnaire sous la Terreur, confronté à une insurrection populaire dont le sens et la maîtrise lui échappent durant de longs mois ». Les colonnes apparaissent comme « un système de guerre dans l’impasse, f    aute d’un Etat fort, d’une stratégie claire et d’une politique cohérente à Paris comme en province. » Et Turreau apparait pour ce qu’il est : plus qu’un militaire, avant tout un politique et d’ailleurs il sera peu souvent sur le terrain. Ce qui fait la particularité du conflit vendéen tient dans la part importante de l’idéologie et la diabolisation de l’ennemi qui conduit à l’extrême violence contre les populations civiles où soldats et non-combattants ne sont plus distingués. La « Vendée militaire » est bien une guerre civile. Elle n’a pas fait les 300 000 morts généralement avancés par les Vendéens mais plus probablement 150 000 victimes. Et c’est encore beaucoup.

Au demeurant, un livre technique mais qui sait rester passionnant. Les nombreux angles d’analyse en font tout l’intérêt par les recoupements qu’ils permettent, le tout à partir des documents d’archives existants.

Avis aux amateurs d’histoire avec un « H ».

Anne Rolland-Boulestreau – Les colonnes infernales (Violence et guerre civile en Vendée militaire, 1794-1795) – Fayard Histoire.

Anne Rolland est maitre de conférence à l’Université catholique de l’Ouest.


C’EST DIMANCHE, ON S’DETEND !

Machiavel

 

UN PLAN MACHIAVELIQUE

Un peu d’histoire.

Nicolas Machiavel, homme de la Renaissance,  était un philosophe, un homme politique et un diplomate. Mais aussi un poète et un stratège. Né à Florence, ville des Médicis, il connut la dictature du dominicain Savonarole avant de commencer une carrière politique. Envoyé successivement à la cour pontificale de César Borgia, à la cour de Louis XII en France et encore auprès de l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, il fait l’expérience de tous les usages de ces milieux où le complot est quotidien. Il réorganise l’armée florentine mais ne peut empêcher le retour des Médicis. Il est exilé parce qu’il est soupçonné d’avoir participé à un nouveau complot. Arrêté et torturé, il se retire dans sa propriété où il rédige « le Prince » : il y dresse le portrait philosophique du « Prince », celui qui gouverne, en s’appuyant sur son expérience, sa grande connaissance des hommes au pouvoir à son époque et sur sa culture humaniste et historique. Selon Machiavel, diriger, gouverner, c’est d’abord se faire craindre, ce qui suppose de ne pas s’embarrasser de trop de principes moraux. Ces derniers peuvent être utilisés quand ils servent le « Prince », mais au même titre que la violence, la ruse ou le mensonge.  La théorie politique de Machiavel est avant tout celle de l’adaptation et de l’habileté lucide, louvoyant entre vie et vertu afin de consolider dans la durée l’exercice du pouvoir.

Machiavélique veut dire perfide.

Avec le temps, les belles théories les plus complexes se réduisent souvent à leur plus simple expression. Aujourd'hui, un « plan machiavélique » est toujours la traduction d’un schéma perfide, dépourvu de sens moral, élaboré sans s’encombrer de scrupules selon une règle simple : la fin justifie les moyens.

L’actualité nous offre moult exemples d’agissements  qu’on pourrait qualifier de « machiavéliques », qu’il s’agisse de la manœuvre de Ségolène Royal sur le dossier de l’aéroport de Notre-Dame des Landes ou encore de sa piètre défense contre les accusations de « gabegie » dans sa gestion de la Région Poitou-Charentes. On pourrait en trouver aussi une belle illustration dans les méthodes utilisées par Hollande pour tenter d’imposer sa candidature en 2017, contre l’avis de 80% des Français !

 


A PAQUES … OU A LA TRINITE !

Tintin paques 2

 

Voilà une expression qui ne s’emploie plus guère, qui veut dire : « à une date inconnue », c’est-à-dire, par extension : jamais. Un exemple : Quand la courbe du chômage s’inversera-t-elle ? On peut répondre : « A Pâques ou à la Trinité ! »…

C’est curieux, comme interprétation parce que les dates de Pâques ou de la Trinité sont parfaitement connues. Il n'y aurait donc aucune raison de considérer qu'on parle d'une date indéterminée. Cela vaut bien une explication.  A la fin du XVIIe siècle, Lord Churchill, duc de Marlborough, l’ancêtre de Winston,  était le capitaine de l'armée britannique et, à ce poste, il mit plusieurs fois bel et bien la pâtée aux Français. En 1709, à l'époque de Louis XIV, il les affronta encore à la bataille de Malplaquet. Au cours de cette bataille, pour se moquer du capitaine anglais qu'ils croyaient mort, les Français écrivirent la chanson « Malbrough s'en va-t-en guerre ». Vous connaissez bien sûr les paroles et l’air : « Malbrough s'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine,… Il reviendra-z-à Pâques, ou à la Trinité ! … La Trinité se passe, Malbrough ne revient pas. » L’expression est donc née de la chanson : il reviendra à Pâques ou à la Trinité, comme Malbrough, c'est-à-dire un jour peut-être ou bien jamais.

Pâques n’est jamais à la même date.

Si elle est connue à l’avance, voilà pourtant une fête chrétienne dont la date change tous les ans. Encore un problème de calendrier. Mais plusieurs explications se croisent. Auparavant, le peuple juif célébrait la fête de la « Pâque » pour commémorer la fin de l'esclavage et la sortie d'Égypte. A l'époque de Jésus-Christ, la date était fixée au 14 nizan, jour de la pleine lune de printemps. Cette date est dépendante du cycle lunaire (13 mois ou lunaisons) et non de notre actuel calendrier solaire en 12 mois. C’est le concile de Nicée, en 325, qui a souhaité faire coïncider la célébration de la résurrection du Christ avec le retour du printemps, le premier dimanche suivant la pleine lune après l'équinoxe de printemps. La définition précise du jour de Pâques fut établie par les pairs de l'Église, réunis par l'empereur Constantin : « Pâques est le dimanche qui suit le 14ème jour de la Lune qui atteint cet âge le 21 mars ou immédiatement après.» Cela permettait aussi de christianiser les nombreuses fêtes païennes qui célébraient depuis longtemps cette résurrection de la nature. Le calcul de cette date, qui dépend du cycle lunaire, permet de déterminer non seulement le jour de Pâques mais aussi celui des nombreuses célébrations chrétiennes qui s'y réfèrent comme l’Ascension, par exemple.

Astronomie et mathématique à la rescousse.

Cette définition a posé de redoutables problèmes de calcul astronomique et mathématique auxquels les savants se sont attelés dès le IVème siècle. Il faut attendre le VIème siècle pour qu'une méthode de calcul précise soit progressivement adoptée par les Églises. Comme on le sait, la Terre tourne autour du Soleil en un peu plus de 365 jours et le compte n'est pas rond, d'où les années bissextiles, tous les quatre ans, pour rectifier le décalage. Un tout petit décalage qui a entraîné, mille ans plus tard, une différence de dix jours entre le calendrier sur papier et le calendrier solaire. C’est pourquoi, en 1582, le pape Grégoire XIII a décidé de rattraper le retard en supprimant dix jours du calendrier.  Cette année-là, on est passé du 5 octobre au 15 octobre. Pour compliquer un peu plus les choses, les chrétiens orientaux,  en froid avec Rome depuis plusieurs siècles, n'ont pas adopté cette réforme, et ont préféré rester au calendrier julien, plus conforme selon eux au rythme des Écritures. Bien que ce soit la fête chrétienne la plus importante, les Pâques catholique et orthodoxe ne coïncident que rarement, marquant ainsi symboliquement la division des Églises. Ainsi, la fête de Pâques orthodoxe peut se célébrer soit en même temps que la catholique, comme ce fut le cas en 2014 et en 2017, soit une semaine après, comme en 2012 et en 2015, mais il arrive que ce soit jusqu'à cinq semaines après. Pâques tombe en mars ou en avril pour le culte romain mais jamais en mai ; en avril ou mai pour les orthodoxes mais jamais en mars.  

Les cloches de Pâques.

En ce dimanche de Pâques, il est une question que nous devions nous poser et sur laquelle nous mettre d’accord: cloche ou lapin? Parmi les différentes mythologies autour des Pâques, laquelle choisirons-nous pour nos enfants.

Après la messe du Jeudi Saint, veille de la mort de Jésus, les cloches se taisent, jusqu’au Gloria de la veillée pascale. La croyance serait apparu à la fin du XIIème siècle et serait liée au fait que Rome venait de faire interdire de sonner des cloches de métal. D’après la légende, les cloches déposent des oeufs dans les jardins en revenant de Rome où elles sont allées se faire bénir. Pour la commodité, et la gourmandise aussi, la matière des œufs s’est transformée en chocolat pour tous les goûts.

Le lapin de Pâques tire ses origines d’une légende allemande selon laquelle une femme trop pauvre pour acheter des chocolats à ses enfants aurait décoré des oeufs pour les cacher dans son jardin. Au matin, lorsque ses enfants se mirent en quête, ils auraient aperçu un lapin et crurent alors que c’était l’animal qui avait déposé les oeufs. A partir de ce jour, ils fabriquèrent un nid dans leur jardin chaque année espérant que le lapin viendrait y déposer des oeufs. Une fois qu’on a expliqué, on n’est pas plus avancé. Alors voici la synthèse de mon petit-fils : ce sont les cloches qui lâchent les œufs en passant, et ce sont les lapins qui les cachent dans le jardin ! Bien, tout le monde s’y retrouve !

Et la dimension commerciale.

La gourmandise est aussi affaire de commerce : cette année, plus de 15.000 tonnes de chocolat seront consommées autour de Pâques. Au total, le marché du chocolat de Pâques - qui est concentré sur cinq semaines - représente 300 millions d'euros de ventes en grande distribution, contre 725 millions pour Noël. Pâques reste, en effet, un moment incontournable pour les familles. Les œufs font partie du rituel pascal depuis le XIXe siècle grâce aux progrès réalisés dans l'affinage de la pâte de chocolat et la mise au point des premiers moules. « Les Français sont attachés au chocolat car il est le symbole du plaisir que l'on offre et que l'on est content de recevoir », explique le Syndicat du chocolat qui regroupe 81 entreprises du secteur. Pâques est aussi une fête familiale : 87% des consommateurs reçoivent ou sont invités par des proches à Pâques, selon Ferrero, leader du marché. Et des chasses aux œufs, pour petits et grands, sont organisées un peu partout, dans les parcs et jardins publics ou privés. Tout le monde y participe, croyants et non croyants. Question de tradition culturelle.

Ah oui, précisons, c’est quand même une fête chrétienne !

 


C’EST DIMANCHE, ON SE DETEND !

Tournoi entrer en lice

 

Le vocabulaire politique fourmille d’expressions venues des profondeurs de notre histoire. Je vous propose d’en passer quelques-unes en revue au gré de l’actualité, et comme l’Histoire est plutôt malmenée, ce sera l’occasion de rafraîchir quelques mémoires ou tout simplement d’instruire.

« ENTRER EN LICE »

Le monde politique bruit à droite comme à gauche à propos des primaires que l’on organise pour sélectionner les « hérauts » qui auront le privilège de porter les couleurs de leur camp pour la compétition présidentielle. Occupons-nous du cas de la droite et du centre, puisqu’à gauche on est empêtré dans des querelles de principe. Les prétendants sont nombreux, bien que tous n’aient pas encore fait connaître leur décision de participer. Tous ne sont pas encore « entrés en lice » !

Entrer en lice : l’expression vient du Moyen Age. Les Lices ont d’abord désigné les fortifications en bois qui ceinturaient les premiers châteaux forts. Ensuite, ces mêmes palissades ont servi à entourer les champs dans lesquels on organisait les tournois. Ils apparaissent au XIIème siècle et sont des reproductions codifiées des batailles qui permettent aux jeunes chevaliers de montrer leur savoir- faire et aux princes de renforcer leur vassalité. Le combat oppose d’abord des groupes de cavaliers armés de lances qui s’attaquent frontalement en se jetant les uns sur les autres. A partir du XIIIème siècle, le tournoi devient individuel pour permettre à l’aristocratie chevaleresque de se distinguer. C’est alors que la « joute » apparaît. Les « lices » deviennent une palissade séparant chacun des concurrents et forçant les chevaux à se faire face. L’enjeu est de désarçonner son adversaire par la puissance de la lance, face à un public friand du spectacle. Le tournoi devient une fête où le seigneur du lieu doit briller. Entrer en lice, c’est donc aborder le combat, en entrant dans l’espace où il se livre.

Aujourd’hui, l’expression a perduré : c’est s’engager dans une joute symbolique, un concours, une élection, un débat, une compétition… Les concurrents ainsi en lice se préparent à l’affrontement, à l’image des chevaliers des tournois.

 


FRONDEUR

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Le mot est à la mode depuis qu’une poignée de députés socialistes renâclent à soutenir la politique voulue par le chef de l’Etat, pourtant issu de leur parti. Mais ce n’est pas une nouveauté dans notre beau pays de France, où les habitants dignes descendants des Gaulois, aiment à se « coltiner ». La politique n’échappe pas à la règle, vous l’aurez remarqué.

« Frondeur » !

En 1650, « un vent de fronde a soufflé ce matin ; je crois qu’il gronde contre Mazarin » rapporte un libelle qui circulait à Paris. Ah ! Mazarin, ce cardinal-ministre d’Anne d’Autriche dirigeait la France pendant la minorité de Louis XIV. Le royaume connaissait des difficultés financières qui obligèrent le gouvernement à prendre des mesures sur le plan fiscal pour tenter de faire face. Il s’en suivit une période de troubles politiques de 1648 à 1653 qui ébranlèrent le trône, car derrière la révolte fiscale, se cachait les ambitions politiques du parlement qui pensait profiter de l’agitation pour augmenter ses pouvoirs.

Mais d’où vient le mot ?

C’est un conseiller au Parlement qui demanda à ses confrères d’imiter les « frondeurs », ces gamins de Paris qui s’attaquaient à coups de lance-pierres et prenaient la fuite devant les « gens d’armes » pour y revenir peu après, le champ devenu libre… 

Faire souffler un vent de fronde, c’est donc pousser à la contestation, à la critique, voire à la révolte pour s’opposer à des projets ou à des lois.

Les socialistes n’ont rien inventé.

Sans faire de parallélisme avec le règne de Mazarin, il est amusant de constater que la Fronde prenait sa source dans le mécontentement fiscal. Il y aurait donc en France, aujourd’hui, deux types de frondes. Celle qui sévit à l’intérieur de la gauche et celle qui sourd de l’oppression fiscale que le pouvoir tente d’enrayer en faisant croire à des baisses d’impôts. Impossible à croire quand le rendement de l’IR augmente de 18 milliards d’euros.

 


UN PEU D’HISTOIRE

Crepes

LA CHANDELEUR

Le 2 février, 40 jours après Noël, c’est invariablement la « Chandeleur ».

Aujourd'hui, cette fête est associée aux crêpes que l'on cuisine à cette occasion. Dans mon enfance, c’était le branle-bas de combat dès le milieu de l’après-midi, car ma mère préparait la pâte pour qu’elle ait suffisamment le temps de « reposer ». Le temps fort avait lieu le soir, après dîner, dont les crêpes étaient le dessert. Nous avions alors grand plaisir à voir la dextérité de la cuisinière qui n’avait pas son pareil pour les faire sauter  dans la poêle et, exceptionnellement, nous devions chacun notre tour nous livrer au même exercice, non sans être muni d’une pièce dans la main, un petit Louis d’or en l’occurrence, sorti d’un tiroir à secret pour l’occasion, au nom d’une vieille tradition qui rapporte que les paysans avaient coutume de le faire en tenant une pièce de monnaie dans la main gauche (un louis d'or pour les plus riches) afin d'attirer sur eux bonheur et prospérité... De plus, lorsqu'on cuisine la première crêpe, il est courant de la faire sauter plusieurs fois de suite afin de conjurer le mauvais sort pour l'année à venir. Que de superstitions !

Mais pourquoi fait-on des crêpes ce jour-là ?

C’est une tradition que l'on fait remonter à la coutume de distribuer des galettes aux pèlerins venant à Rome, ou peut-être pour se rappeler que la fin de l'hiver approche et que l'on a encore des réserves de nourriture. Mais en réalité, la « Chandeleur » est une fête chrétienne célébrée 40 jours après Noël. Le terme de Chandeleur vient de « fête des chandelles », expression traduite du latin festa candelarum. Il s'agit pour les fidèles de célébrer le fait que « Jésus est lumière », ainsi que la pureté de la vierge Marie. En effet, la Chandeleur commémore la présentation de Jésus au Temple, la tradition juive voulant que chaque premier né mâle de la famille soit amené au Temple 40 jours après sa naissance afin d'être consacré au seigneur. Cette durée de 40 jours correspond à la période durant laquelle les mères étaient considérées comme impures par la loi juive après leur accouchement, interdiction leur était donc faite de se rendre sur un lieu de culte. Une fois ce délai écoulé, les mères pouvaient se rendre au temple afin d'y effectuer un sacrifice animal et recouvrer ainsi leur pureté.

Ce que nous dit l’évangile de Luc.

Le jour où Marie et Joseph emmenèrent Jésus au Temple, un homme nommé Siméon y vint, poussé par l'Esprit Saint et la promesse qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu le Messie. Il y prit Jésus dans ses bras et dit « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut. Salut que tu as préparé devant tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations. Et gloire d'Israël, ton peuple ». C'est donc cet événement religieux précis que les fidèles se remémorent lors de la Chandeleur. Toutefois, il semble que cette fête ait des origines plus anciennes, et pourrait être, comme souvent dans le christianisme, la reprise d'un rite romain, les amburbiales, lié à la purification de la ville. Rite célébré par des processions au flambeau autour de Rome. La christianisation de ce rite païen serait l'oeuvre du pape Gélase 1er (en 494) ou de l'empereur Justinien (dans un édit de 542), les sources divergeant à ce sujet.

Célébration de la Chandeleur

Dans la religion catholique, la Chandeleur donnait lieu, dans toutes les paroisses, à une bénédiction des cierges, puis à une procession aux chandelles jusqu'à l'église où avait lieu une messe solennelle, cela afin de rappeler aux fidèles la montée de Joseph et Marie, portant Jésus au Temple. À l'issue de cette messe, chaque fidèle rapportait chez lui un cierge auquel on prêtait des vertus purificatrices selon les traditions locales ou nationales. Le rite semble être tombé en désuétude, peut-être faute de participants … Mais cette pratique associant fête des Lumières à la consommation d'un dessert « gras » se retrouve aussi dans la tradition juive qui consiste à manger des beignets lors de la fête de Hanoucca (fête des Lumières du judaïsme). Il n’en reste chez nous que le « dessert gras » que consomment croyants et non  croyants. Voilà comment un rite religieux, tout en perdant son sens, perdure et devient une « tradition ».

 


L’HORIZON INDEPASSABLE

                                     De gaulle

Demain nous commémorerons le 70ème anniversaire de l’appel du 18 juin 1940. Le Général De Gaulle entrait dans l’Histoire. Aujourd’hui, il se dit que le gaullisme est périmé. Ce serait bien dommage, mais je ne le pense pas. Il suffit pour s’en convaincre d’observer le nombre de manifestations du souvenir qui ont déjà eu lieu et auront lieu demain. Nostalgie ? Non, en aucun cas. Il s’agit d’abord d’honorer celui qui a rendu son honneur à notre pays en lui permettant d’être aux côtés des alliés au moment de la capitulation de l’Allemagne nazie. Mais c’est aussi faire œuvre de mémoire : l’exemple du Général est porteur de nombreuses leçons dans tous les domaines, de la philosophie politique et à la vision géopolitique, de la réflexion sur la manière de gouverner à la conception de la république, de l’ascèse individuelle à l’effort collectif.

La France doit beaucoup au Général De Gaulle. Pas seulement pour son rôle incontournable pendant la guerre pour préserver les intérêts de notre patrie, coordonner la résistance intérieure, organiser les forces de l’empire et faire vivre la « France libre ». Nous lui devons les institutions de la Vème République et la fin de l’instabilité gouvernementale. Il a été le bon gestionnaire des années de croissance qu’il a fait fructifier en restaurant la valeur de notre monnaie. Il a été un habile décolonisateur en sachant anticiper les évolutions, même si le drame de l’Algérie aura été à la fois la cause de son retour et la source de malentendus et de violences. Enfin, nous lui devons la réconciliation franco-allemande et après avoir dit non à la CED (Communauté européenne de Défense), les bases solides de la construction de l’Europe.

Le général de Gaulle a laissé dans notre paysage politique une double trace : une filiation partisane à travers la diversité de ses sigles (du RPF à l’UNR, au RPR et à l'UMP), et une image consensuelle de héros national, transcendant les clivages idéologiques. Au fil des années, la deuxième empreinte a effacé la première : la référence politicienne « gaulliste » doit cohabiter avec le « mythe gaullien », que d’aucuns qui ont tant combattu le grand homme revendiquent aujourd’hui en s’y référant… quand cela les arrange.

L'historien britannique Sudhir Hazareesingh le définit ainsi : « l'image du Général, remarque-t-il, cumule toutes les formes d'exemplarité : libérateur de la patrie, père fondateur de la République, éducateur civique, protecteur de la nation avec en prime, une touche de martyr, à la suite de son départ du pouvoir en 1969. Une autre vertu de cette image est sa capacité à concilier les contraires, et donc de pouvoir servir de référence aux attitudes politiques les plus diverses : l'affirmation d'un pouvoir fort, mais aussi la rébellion contre l'ordre établi, le conservatisme et l'audace réformatrice, le culte intransigeant de la « grandeur » et l'adaptation opportuniste aux circonstances… » Tout est dit.

Si le souvenir du Général resurgit aujourd'hui, la véritable cause en est probablement la crise économique, qui exacerbe les tensions : quand s'aggrave la crainte des sacrifices à venir, on se raccroche à l'image du décideur puissant et impartial, porteur d'un projet réconciliateur. Le Président de la République l’a bien compris, lui dont les racines politiques puisent aux sources du « père fondateur ».

 


AUSTERLITZ !

Austerlitz

Voici une petite page d'histoire.

Le 2 décembre 1805, un an jour pour jour après son sacre, l'empereur Napoléon 1er remporte à Austerlitz sa victoire la plus éclatante autour du petit village d’Austerlitz en Europe centrale au cours de la plus extraordinaire bataille des temps modernes. En quelques heures, sous un soleil hors saison, il vainc les deux autres empereurs, Alexandre 1er, tsar de Russie, et François II de Habsbourg, empereur romain germanique (ou empereur d'Allemagne). Avec sa « Grande Armée », Napoléon défait les deux plus puissantes armées du moment, faisant preuve d’une stratégie brillante qui deux siècles plus tard est encore enseignée dans les écoles militaires du monde entier, de Saint-Cyr à Sandhurst.

« Soldats ! Lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France. Là vous serez l’objet de mes tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie et il vous suffira de dire : j’étais à Austerlitz, pour qu’on vous réponde : Voilà un brave ! »  Napoléon Bonaparte.