COULIS D’ETE
COULIS D’ETE

COULIS D’ETE

Achille Talon

 

« TU AS RONFLE ! »

Le ton faussement détaché  a quand même gardé son côté comminatoire : « si, si, tu as ronflé ! ».  Une sentence qui vient sortir l’interpelé de sa torpeur, surpris l’œil quelque peu torve assorti du regard du « ravi de la crèche ». Et cela, juste au moment où il goûtait la volupté de fermer les yeux  tout en suivant une conversation dont les éclats de voix lui parvenaient de plus en plus lointains dans une atmosphère progressivement cotonneuse. Que répondre ? Il n’y était plus !

Devant ses dénégations, car on n’aime pas être accusé de ronfler en public, la question le crucifie : « Ah oui ! Qu’est-ce qu’on disait ? ». Le réveillé est acculé, alors qu’il est encore ébloui par la luminosité de la nappe blanche d’une table  en fin de déjeuner. Le soleil est radieux, l’air embaume les roses toutes proches,  l’ombre est délicieuse. Son regard balaie l’assistance des convives qui, mi-goguenards, mi-ironiques, attendent sa réponse. Avec indulgence bien sûr. De quoi replonger.

Les yeux refermés, l’intéressé marmonne une réponse complètement à côté. Dans sa tête a surgi le visage de la tombe inca qui surprend Tintin dans le tunnel du Temple du soleil. La digestion doit s’accompagner d’une petite sieste, c’est bien connu. Et quand on a des invités et un repas un peu trop riche, l’âge aidant, le résultat est garanti. « Tu devrais aller t’allonger » lui suggère alors la même voix sur un ton bien plus doux. Message reçu dans les nimbes alors que déroulant le fil de l’histoire, on ne sait pourquoi, il en était  à la dalle qui bascule dans la grande salle du trône de l’Inca…

Mécaniquement, le somnolent s’exécute, sans chercher à résister. Les rires ponctuent son parcours sans qu’il cherche à savoir si c’est lui qui en est l’objet. Alors défile la liste des résolutions qu’il avait  prises  pour ces vacances et toujours en rade : faire du vélo, ranger le garage, lire le dernier Pennac… Livré à ses réflexions, tout en marchant vers le canapé, ce coup de pompe lui paraît vraiment surprenant. Ce n’était pas la  première fois qu’un petit coup de mou le prenait après le repas,  mais il trouvait l’excuse dans son activité débordante. Mais là ?  Enigme !

« Finalement, c’est crevant les vacances », dit-il en balbutiant au milieu d’un baillement, en forme de conclusion logique.

 

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