EN MÊME TEMPS…!?
LE JOURNAL DE BORD N°3 DE VIRGINIE CALMELS

POURQUOI LA FRANCE IMPORTE-T-ELLE SA CROISSANCE ?

Compétitivité

La croissance extérieure.

Nous venons de le constater : notre pays a été le dernier à voir sa  croissance redémarrer, bien après les  Etats-Unis et après tous nos partenaires européens. Et pour cause, elle nous vient de l’extérieur.  C’est  bien pour ça que Hollande la guettait, juché sur le toit de l’Elysée,  comme « soeur Anne » en haut de sa tour. « Pas de bol », elle n’est pas venue à temps. Macron le sait bien qui organise à Versailles un grand raoût pour attirer ce que la  planète compte de grands investisseurs. La raison est toute simple : La  France se  révèle  incapable  de générer sa croissance propre. En cause, un système d’imposition et de prélèvements qui épuise l’épargne privée au profit d’un Etat omnipotent qui prétend tout diriger. Ce qui manque le plus en France, c’est le capital privé qui devrait irriguer la bourse, les entreprises, l’immobilier… En macro-économie, l'accumulation du capital est le processus qui permet de transformer l'épargne en moyens de production ou en actifs financiers. Avec le travail et le progrès technique, elle est l'un des facteurs de production qui est nécessaire au développement économique. Le niveau des  prélèvements obligatoires et les dispositifs fiscaux rendent impossible  le  bon déroulement de ce processus.  Et notre  pays est bien le seul en Europe à avoir un système aussi complet de captation de l’épargne à  sa source  pour alimenter un monstre obèse qui malgré cela  dépense plus qu’il ne perçoit. Il est même  le champion mondial des dépenses collectives de tous les pays développés : près de 57% du Pib de dépenses pour 46% du Pib de prélèvements obligatoires. Non seulement on empêche l’épargne privée d’alimenter la croissance, mais l’Etat est obligé de l’acheter à crédit, puisqu’il n’arrive  pas à joindre les deux bouts malgré la lourdeur des prélèvements. C’est pourquoi il compte sur les capitaux étrangers pour venir investir en France, un jeu dangereux qui nous appauvrit à long terme.

Toujours plus d’impôts.

La « transformation » annoncée par  Macron n’a pas lieu. Sa logique d’Inspecteur des Finances l’a emporté. Il a certes supprimé l’ISF et mis en place la « flat taxe » à 30% sur les revenus mobiliers. Ce sont deux arbres  pour cacher la forêt des taxes et impôts nouveaux et les augmentations des existants. Malgré son souhait de réduire les prélèvements obligatoires et la suppression annoncée de la taxe d'habitation, la France a déjà créé huit impôts nouveaux.  Pourtant, le programme fiscal du candidat Macron contenait plusieurs propositions dont les plus emblématiques étaient, d'une part, l'opération « hausse de la CSG/baisse des cotisations sociales » et, d'autre part, la suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des assujettis. L'objectif final était une baisse de l'ensemble des prélèvements obligatoires de 32 milliards d'euros. Déjà, elle est ramenée à 20 milliards par la mise en place à hauteur de 12 milliards d'une nouvelle fiscalité écologique : une paille ! Parmi les huit nouveautés, un exemple ubuesque : l’IFI. Cet impôt se révèle être à la fois une usine à gaz comme  on n’en a jamais vue et une aberration fiscale. Ainsi l’immobilier français supporte  3,3 points d’impôts et taxes quand celui de l’Allemagne est à … 0,8 point !  Un écart qui se chiffre à 50 milliards d’euros. Les mécanismes sont tellement complexes qu’un assujetti « pourrait ne pas être en capacité de posséder les informations nécessaires à l’estimation de  la  valeur des parts ou actions représentatives des biens qu’il détient » !  Voilà un inextricable  monument directement sorti  de la  technostructure de Bercy !  Mais ça n’est pas tout. D'autres impôts sont arrivés un peu par surprise comme la très étrange « taxe pour le développement des industries de fabrication du papier, du carton et de la pâte de cellulose ». Il faut y ajouter l'entrée en vigueur de la Gemapi (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) accompagnant une réalité dont on se serait bien passée, et l'augmentation de 3 % de la taxe « cabanon » ( un impôt sur la construction des abris de jardin et des piscines). A cet inventaire à la Prévert, il faut ajouter la nouvelle taxe sur le tabac, deux sur « l'exploration d'hydrocarbures et de gîtes géothermiques », une autre sur les plus-values de ventes de logements HLM et les deux contributions exceptionnelles sur l'impôt sur les sociétés des très grandes entreprises qui ont pour but de financer l'annulation de la taxe à 3 % sur les dividendes. En outre, L’exécutif envisage une réforme de l’impôt  sur les sociétés qui se solderait par un gain pour l’Etat d’1 milliard d’euros supplémentaire. A Bercy, on ne réforme pas pour rien. C’est pourtant l’inverse qu’il faudrait faire !

Le capital, clé de la croissance inclusive.

Au sein des entreprises, l’accumulation du capital est liée à l'investissement qui est financé par l'excédent brut d'exploitation ou par l'emprunt. Comme le capital subit une dépréciation permanente du fait de son utilisation pour la production, il y a accroissement du capital et donc accumulation si l'investissement brut est supérieur à cette dépréciation. Ce mécanisme est largement obéré par le manque de marges sous le poids des  charges. C’est  pourquoi le CICE n’a pas fait  reculer le chômage, les entreprises profitant de ce ballon d’oxygène pour les reconstituer avant d’embaucher. C’est pourtant d’une baisse des charges qui favoriserait durablement  l’investissement que pourrait repartir la  croissance « inclusive »,  celle qui permettrait d’augmenter le Pib de l’intérieur. Une reprise est saine quand elle est portée  par les investissements. Les  décisions prises par le gouvernement Philippe vont dans le bon sens mais ne sont pas suffisantes. Rien dans le budget 2018 n’améliore la compétitivité de nos entreprises et l’année 2019 devrait même diminuer leur  marge de  manœuvre avec la fin du CICE et le basculement en une baisse des charges qui devrait être moins avantageuse.

La formation et le capital humain.

Le déploiement de la croissance soutenable et durable passe par la mobilisation des trois formes de « capital » : humaine, financière et  environnementale. Mais,  dans une économie de la connaissance et de services à haute valeur ajoutée, le capital humain joue aussi un rôle essentiel. La  croissance « inclusive » ne peut ignorer la question de l’accès  à l’emploi qualifié. L’éducation constitue une des  principales réponses à la révolution numérique, au risque de déclassement du fait de la transformation des emplois et même des entreprises, des bouleversements des cadres sociaux et des modes de vie. Education et formation doivent être repensées pour accompagner les individus au long de leur vie avec pour objectif de leur permettre d’accéder à l’emploi productif. C’est l’intention poursuivie avec les réformes de  l’apprentissage et de la formation professionnelle. En choisissant de favoriser le corporatisme, la voie risque d’être non seulement décevante mais catastrophique comme le soulignent Nicolas Bouzou et Bertrand Martinot dans un article paru récemment. Rien de bon ne peut  sortir d’une emprise accrue des appareils syndicaux et patronaux sur la formation. Les  institutions potentiellement concernées par l’emploi et le développement économique sont soigneusement tenues à l’écart, en premier lieu les Régions dont on attend cependant la contribution financière : un comble !

Comme on le voit, la bataille de la croissance est  loin d’être gagnée.

La vision centralisatrice et technocratique de nos gouvernants, formatés par l’ENA, continue de corseter l’économie de notre pays. Qu’arrivera-t-il  quand le retournement de conjoncture –inévitable- se produira ? Les risques systémiques liés à la finance, au cybermonde, sont amplifiés par le démantèlement des institutions multilatérales voulu par Trump, le retrait de l’accord de Paris en étant l’exemple emblématique. Malgré l’activisme réformateur superficiel qui agite l’exécutif, la France fait du surplace et, telle la cigale, va se trouver fort démunie quand la bise se mettra à souffler.

 

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